Rencontre APA-SPP
Le cadre en psychanalyse
Thierry Bokanowski
(membre titulaire SPP)
Les avancées personnelles de Alcira Mariam Alizade,
proposent un point du vue original qui stimule la
discussion. Elle cherche à approfondir certains aspects
des propositions désormais classiques de J.Bleger
[J.Bleger, 1967]
[1] concernent le " cadre ", c'est-à-dire
la " structure encadrante " de l'analyse.
Je rappelle que, pour J.Bleger, le " cadre "
constitue un fond silencieux muet, une constante qui
permet un certain jeu aux variables du processus,
du fait qu'il est un " non-moi " (dépositaire
des parties psychotiques du patient et de la relation
symbiotique, entre patient et analyste, dans l'analyse),
" non-moi " qui ne révèle son existence
que par défaut. Elément organisateur qui a fonction
de contenant, il opère indépendamment de la volonté
des deux protagonistes de la situation analytique.
Au regard du processus analytique, il s'institue comme
un élément neutre. Dans ce sens, il est un pare-excitant
qui permet la régression topique et de ce fait, on
peut voir en lui une boussole pour le vertex que l'on
est en train d'explorer au sein de l'espace analytique.
Notre collègue, à la recherche des éléments du cadre
qui appartiendraient spécifiquement au " monde
interne de l'analyste ", en retient un certain
nombre (que je rappelle pour mémoire) :
- l'écoute avec la " troisième oreille " ;
- la perméabilité de l'analyste à son propre inconscient
et à celui du patient ;
- l'attention flottante ;
- l'association libre de l'analyste et du patient ;
- l'observation des règles du jeu interactives
(abstinence et neutralité) ;
- la transmission entre inconscients ;
- la spontanéité et la créativité.
Cette intéressante recension, ainsi que les propositions
sur lesquelles elles débouchent, appellent un certain
nombre commentaires, que je développerai en trois
points.
1/ Mon premier commentaire porte sur les deux premiers
éléments du " cadre interne " relevés par
notre collègue, à savoir : l'écoute avec la " troisième
oreille " et la perméabilité de l'analyste à
son propre inconscient, comme à celui du patient.
Je me suis posé la question de savoir si l'on devait
faire une véritable distinction entre ces deux éléments
(lesquels sont du ressort des qualités de l'analyste
concernant l'écoute du matériel du patient), car ils
me semblent quelque peu identiques, voire superposables :
ils découlent de la " seconde règle fondamentale "
de l'analyse [S.Ferenczi, 1928] [2], à savoir le rôle fondamental de l'analyse de
l'analyste (et de ses éventuelles ré-analyses) au
regard de sa disponibilité interne pour écouter et
accueillir le matériel du patient.
Ces qualités - perméabilité de l'analyste à son propre
inconscient, comme à celui du patient - impliquent
l'importance de l'équation psychique personnelle
de l'analyste, à savoir, pour moi, ce qui relève de
la qualité de son préconscient, associée
à ses capacités identificatoires, elles mêmes
en lien avec la familiarité qu'il a acquis de l'aspect
défensif de ses théories sexuelles infantiles,
lesquelles peuvent donner lieu à des " représentations
bouchons " ou des " points aveugles "
du fait de leur collusion avec les théories sexuelles
infantiles du patient [F.Guignard, 1996]
[3] . C'est ce mixte qui vient ordonnancer
ce que, pour ma part, j'entends par " troisième
oreille " [T. Reik, 1926] et / ou perméabilité
de l'analyste à son propre inconscient, comme à celui
du patient.
2/ Mon deuxième commentaire porte sur l'attention
flottante (l'attention " également " flottante),
ainsi que l'association libre de l'analyste et du
patient.
Ces deux éléments forment ce que j'appellerai les
invariants fonctionnels fondamentaux qui constituent
le moteur même de la cure ; en ceci ils forment
la matrice active du processus [A.Green, 2001]
[4] .
Ajouté à ces deux éléments, j'en proposerai un troisième,
lequel s'inscrit de mon point de vue comme étant la
résultante de la conjonction de ces deux éléments,
à savoir, l'interprétation.
En ceci, l'interprétation me paraît constituer un
des éléments essentiels du " cadre ".
Je distinguerai deux types d'interprétations :
a/ l'interprétation que l'on donne au patient
et qui est un élément important, pour ne pas dire
essentiel, du " cadre " ;
b/ l'interprétation que l'on se donne en écoutant
le patient mais que l'on n'est pas nécessairement
conduit à lui délivrer, celle-ci faisant pleinement
partie du " cadre interne ".
A/ En ce qui concerne l'interprétation que l'on donne
au patient, elle est un indispensable complément du
" cadre ", un outil essentiel et la véritable
clef de voûte qui seule permet l'action sur la psyché
de l'analysant. C'est dans la mesure où l'espace analytique
est étayé par le cadre que le déroulement du processus
qui s'y déploie peut venir, grâce à l'interprétation,
prendre sens [5] .
Que celle-ci s'établisse au moyen des différents
modes qui vont de l'intervention à la reconstruction,
en passant par l'interprétation de transfert (interprétation
du transfert aussi bien qu'interprétation dans
le transfert), l'interprétation permet l'établissement
de liens entre deux, ou plusieurs, éléments latents
restés jusque là inconscients. Reflet des processus
inter et intrapsychiques en cours, le travail interprétatif,
comme la perlaboration qui en résulte (la Durcharbeitung),
permet que se dévoilent et se précisent les représentations
psychiques inconscientes (les fantasmes inconscients)
qui animent ce qui se joue sur la scène analytique.
Le travail interprétatif, qui crée un " espace
de jeu " (D.W.Winnicott), à la fois, intra et
interpsychique, permet, par le biais de l'interprétation,
la levée du refoulement, la remémoration, avec libération
de l'affect, et la représentation.
B/ L'interprétation que l'on se donne en écoutant
le matériel du patient, mais que l'on est conduit
à ne pas nécessairement lui délivrer, comme je l'indiquais
plus haut, me semble être spécifiquement du ressort
du " cadre interne de l'analyste ". Il me
semble que c'est elle qui est le moteur même de
l'activité processuelle de l'analyste, activité
processuelle qui est au cour même de son activité
analysante.
Je rappellerai, ici, que D.W.Winnicott disait que
pour certains patients, il est indispensable de donner
au moins une interprétation par séance, afin que le
patient puisse voir où en est la compréhension de
son analyste le concernant. Par ailleurs il me semble
important, concernant les interprétations (tout autant
celles que l'on livre au patient, que celles que l'on
se livre à propos de ce que le patient est conduit
à énoncer, ou à ne pas énoncer), que l'on ne doit
pas perdre de vue, comme W.R.Bion [W.R.Bion, 1963]
[6] l'indique, que " les interprétations analytiques
se révèlent être des théories soutenues par
l'analyste à propos des modèles et des théories que
le patient se construit au sujet de l'analyste. "
3/ Mon troisième, et dernier, commentaire portera
sur le fait qu'il me semble que tous les éléments
relevés par notre collègue, et qui appartiennent au
" cadre interne ", éléments qui ne sont
pas " indépendants " les uns des autres
et qui s'articulent les uns avec les autres, ont comme
particularité d'être autant d'éléments qui, chez l'analyste,
tissent un fond réticulaire, un réticulum
qui sera constamment mis en éveil et sollicité par
la rencontre analytique, servant ainsi aux éléments
de transformations pour les deux protagonistes
de la cure. Idéalement, ces éléments servent à permettre
au patient l'introjection de la capacité de transformation
psychique liée à l'action de l'analyse, comme
au développement de sa capacité d'introjection
au fonctionnement de l'analyste, ce que j'appellerai
identification processuelle. Ceci permettra
au patient d'acquérir à long terme de nouveaux mécanismes
de déliaison et de reliaison pour la
poursuite d'un travail analytique interne.
Mais leur propriété essentielle est de concourir
à l'établissement, comme à la fonctionnalité, de la
capacité de contenance et de sollicitude
de l'analyste. J'ajouterai que cette capacité de contenance
exemplifiée par ce que Bion a décrit comme capacité
de rêverie maternelle, est en relation avec l'identité
de genre de l'analysant, comme de l'analyste.
De celle-ci dérive aussi la capacité négative
de l'analyste, c'est-à-dire sa tolérance au doute
et au non-savoir, laquelle était ainsi définie par
Bion [W.R.Bion, 1970] [7] : " Capacité qu'un homme possède s'il sait persévérer
dans les incertitudes, à travers les mystères et les
doutes, sans se laisser aller à une recherche fébrile
des faits et des raisons. "
C'est elle qui permet une ouverture à l'écoute de
la destructivité psychique active dans la cure,
tant du côté du patient que de l'analyste. Cette ouverture
permettra, à long terme, que le patient s'intéresse
au processus qui l'a placé sous le joug de cette destructivité,
ce que souligne à juste titre notre collègue, lorsqu'elle
évoque que ace à une " réaction thérapeutique
négative ", le " défi peut alors se transformer
en une aventure passionnante " .
À mon avis, c'est la carence de l'analyse
de la propre destructivité de l'analyste qui constitue
les perturbations essentielles de l'établissement
du " cadre interne ".
__________
[1] Bleger J. (1967), Symbiose et ambiguïté,
"Le fil rouge", Paris, PUF., 1981.
[2] Ferenczi S. (1928), Élasticité de la technique
psychanalytique, in Psychanalyse IV, Paris,
Payot, 1982, p.53-65.
[3] Guignard F. (1996), Le vif de l'infantile,
Lausanne / Paris, Delachaux & Niestlé.
[4] Green A. (2001), Séminaire sur " La pensée
clinique ", Institut de Psychanalyse de Paris.
[5] Bokanowski T. (1998), De la pratique analytique,
Coll. "Épîtres", P.U.F., 1998.
[6] Bion W.R. (1963), Eléments de la psychanalyse,
Paris, P.U.F., 1979, p.24.
[7] Bion W.R. (1970), L'attention et l'interprétation,
Paris, Payot, 1974.
Alain Fine (membre
titulaire SPP)
Notre collègue le DR Alcira Mariam Alizade nous propose
de réagir à son court texte sur internet, précis et
conçis, qui traite du cadre interne du dispositif
psychanalytique. Il serait incorrect que ma participation
soit longue, alors que le sujet s'y prêterait.
Notre collègue pense à juste titre que la méthode
psychanalytique requiert un cadre qui encadre son
parcours. La nature et la structure du cadre ont été
diversement théorisées ; certaines hypothèses
ont suggéré l'idée de cadre interne. Après les travaux
déjà anciens de Beugler, cité par notre collègue,
d'autres auteurs l'ont aussi théorisé ; je pense
aux travaux français de JL Donnent et R Roussillon.
Le cadre se conçoit effectivement comme « réalité
invariante », fonction délimitante, régulatrice,
médiatrice - une protection externe en analogie avec
la notion de pare-excitation externe freudienne, corrélat
de se découvrir qui implique la première règle fondamentale.
Il serait en quelque sorte une « matérialisation »des
conditions extrinsèques, créant dans les bons cas,
un micro-climat tempéré, malgré les perturbations
transféra/contre-transférentielles.
Mais le cadre ne saurait être seulement maintenu
dans l'extériorité de ses repères et de ses conventions
contractuelles ; il aurait aussi une face interne,
serait un au delà du simple dispositif liant ses effets
à ceux du principe de la méthode que résume la règle
fondamentale et la réponse interprétative. Le cadre
formerait ainsi un ensemble selon une dynamique « auto-organisationelle
(Donnet) »tenant compte de la temporalité en
spirale du processus analytique. Cette approche englobe
celle de cadre interne, le cadre aurait une fonction
complexe contenante qui rejoint celle présentée par
notre collègue. Quant À la nature de ce cadre ?
Selon une perspective qui convoque le « symbiotique »
avancé par Begler, Donnet annonce : « toujours
déjà symbolique, il est toujours encore symbiotique »,
avec ses relents de séduction incestueuse.
Peut-on délimiter le cadre ? le signifier comme
élément transitionnel ? « On ne saurait,
écrit Donnet, en définir les limites au sens strict
mais dire ce qu'il n'est pas : ni réalité externe
du champs psychique, ni ce champs lui même. »
Bien sûr, dans « la situation analysante »
sont insérés les mondes internes du patient mais aussi
de l'analyste ; ce dernier serait conforté, comme
elle le souligne, par les bénéfices de sa propre analyse
(deuxième règle fondamentale) et par l'auto-analyse
de son contre-transfert ; il est par ailleurs
astreint à la discipline de disjoindre et d'articuler
en lui, sujet et fonction. En préalable le patient
aurait accepté le dispositif et les règles du travail
analytique.
« Le cadre interne serait un encadrement intersubjectif,
interactif. »
L'idée d'interactivité semble, à mon avis, concerner
le jeu, l'oscillation, transféra-contre-transférentielle.
Et l'intersubjectivité ? Certes la subjectivité
de l'analyste est engagée et l'analyste est partie
prenante, comme contenu du contenant que représenterait
le cadre interne. L'analyste est un élément privilégié
du « site analytique ». Doit-on pour autant
évoquer l'intersubjectivité dans la relation
analytique ?
L'idée du rôle de l'analyste renvoyant à l'univers
conceptuel de ses « opératoires » psychiques
est justifiée ; elle pourrait cependant déboucher
sur une interrogation du lien entre cadre et technique
de la cure, entre cadre et processus analytique -
qui n'existe pas chez notre collègue. Si le cadre
n'a pas la dignité psychanalytique du processus, il
reste une condition nécessaire (et c'est bien rappelé),
mais dont on ne sait trop si elle est intrinsèque
ou extrinsèque.
Quoiqu'il en soit - et bien qu'elle ne l'annonce
pas ainsi, je pense qu'elle sera d'accord - , le vrai
cadre serait intérieur à l'analyste et reposerait
sur la conscience claire qu'il garde de sa position
d'analyste.
« Les propriétés concernant le cadre interne »
Cette métaphore de troisième oreille, d'oreille analytique,
dépassant celle de simple organe d'écoute est pertinente.
Certains ont décrit l'oreille interne non seulement
comme organe de réception auditive mais comme organe
de transformation (C David). Alors ! interprétation
des messages sub-liminaux des profondeurs de l'inconscient ?
Oui la perméabilité de l'analyste à son inconscient
et à celui du patient devrait être une propriété décisive..idéalement.
Il faudrait aussi envisager, non seulement l'empathie
réciproque mais aussi les résistances des deux protagonistes,
les défense mise en avant, bref ce qui concerne la
marche et les avatars du processus pour ne pas tomber
dans la simplification. Il serait aussi question de
la force et du sens que contiendrait le cadre interne.
Bien sûr il faut convoquer les possibilités associatives
des deux protagonistes, elles sont requises comme
technique de la cure, renvoyant à la possibilité de
penser, de parler autrement ; seraient-elles
pour autant une mise en acte de l'inconscient chez
le patient ? le préalable des potentialités interprétatives
de l'analyste ?
Je suis plus circonspect à l'idée de transmission
entre inconscients. S'il y peut y avoir transmission,
ce pourrait être par le biais de la voie régrédiente
de l'analyste, par ses capacités de régression formelle
telles que les Botella nous les ont proposées.
« L'hypothèse de spontanéité et de créativité »
Que nous serions heureux s'il pouvait en être ainsi,
le cadre deviendrait une aire de jeu, son enfouissement
serait parfait ; nous serions dans un « créer-trouver,
cher à Winnicott.
A propos de créativité m'est revenu une séquence
de lecture qui je pense intéressera notre collègue :
« toute cure implique des moments de dé symbolisation
où le pricipe de réalité psychique supposé par la
règle se trouve subverti par une actualisation transférentielle
qui tend à faire s'effacer tout écart symbolique entre
le psychanalyste et sa fonction, entre la méthode
et l'action. Comme on le sait, ces moments peuvent
déboucher sur une réorganisation subjective de la
fonction symbolique, dont la corrélation est étroite
avec la « créativité primaire ».(JL Donnet) »
Rendre plus lâche, plus laxiste le cadre externe
est sûrement nécessaire dans certains cas, cela ferait
partie des aménagements techniques, donnerait plus
de « jeu » au cadre interne. Je pense cependant
que le cadre d'un « holding » dans la cure
ne se situe pas au niveau du cadre externe ;
le « holding » et le « Setting »
tels que le conçoit Winnicott donnent au contraire
de la marge dans les cas difficiles, surtout lorsqu'il
s'agit de psychothérapies selon moi.
À Clamart, le 25/11/2001.
Steven
Wainrib (membre titulaire SPP)
Le texte d'AM Alizade sur le "cadre interne" vient
à point nommé, rencontrant bon nombre de questions
actuelles concernant les contours du champ analytique.
La mise en place d'un cadre analytique est loin de
se limiter à un protocole d'organisation des séances.
Si la fiabilité de cet aspect du "cadre" est certainement
une condition nécessaire, elle n'est en rien une condition
suffisante à l'avènement d'un processus mutatif. Mettre
l'accent sur le cadre psychique, tel qu'il résulte
chez l'analyste, non seulement de sa formation, mais
aussi du dépassement de celle-ci dans l'expérimentation
de sa créativité propre, revient à souligner l'importance
de l'attitude profonde du psychanalyste.
L'idée d'un cadre psychique, s'ajoutant au cadre
formel des séances, vient faciliter l'abord des questions
posées par la diversité de la psychanalyse actuelle.
Qu'on le veuille ou non, la psychanalyse du 21e siècle
sera diversifiée, et loin d'avoir à le déplorer, je
pense que cette psychanalyse plurielle nous engage
à une nécessaire complexification de la métapsychologie.
D'un côté, de nombreux "courants de la psychanalyse"
nous donnent une vision très différente de ce qui
peut se passer sur le divan. Si nous ne disqualifions
pas immédiatement ceux auxquels nous ne sommes pas
formés, nous découvrons que leur altérité, en nous
faisant perdre certaines certitudes, ouvre souvent
de nouvelles perspectives, pertinentes par rapport
à certaines problématiques cliniques.
De l'autre côté, les « extensions de la psychanalyse »
correspondent à la mise au point de cadres très
variés, permettant de traiter un grand nombre d' analysants
d'aujourd'hui qui ne répondent pas, ou insuffisamment
au modèle de la névrose de l'adulte, en raison de
leur organisation psychique, quand ce n'est pas leur
âge ( enfants, adolescents) qui requiert une technique
particulière.
Et si nous étions au point où le travail de deuil
d'une "cure type", au sens d'un mythique centre de
référence identificatoire, était de nature à nous
accompagner sur les chemins de la complexité? La diversité
de la psychanalyse est en fait parfaitement viable,
pour peu qu'elle soit articulable à un certain nombre
d'invariants.
Ce que notre collègue entend par cadre interne fait
à l'évidence partie de ces invariants, compatibles
avec les nouveaux contours de la psychanalyse. La
pratique de la psychanalyse diversifiée, loin de mener
l'analyste à un clivage, peut au contraire clarifier
l'essentiel d'une disposition de l'analyste au travail
analytique, soit son "cadre interne" fluctuant à l'intérieur
de certaines limites.
Notons avec intérêt que l'élément de jeu dans la
psychanalyse, est ici lié à la question du cadre interne
proposé par l'auteur. AM Alizade n'évoque-t-elle pas
les "règles de jeu interactives" de la psychanalyse,
et surtout l'idée essentielle que la spontanéité et
la créativité de l'analyste génèrent une "tâche analytique
devenant ludique, même lorsque la situation
analytique s'avère difficile, au milieu d'une réaction
thérapeutique négative qui envahit la séance."
Ces propos font associer sur ceux de Winnicott, mettant
l'accent sur l'accompagnement de l'analysant d'un
état "où il n'est pas capable de jouer à un état où
il est capable de jouer". La réaction thérapeutique
négative est un bon exemple de ces situations où l'agir
l'emporte sur la symbolisation, même si le cadre formel
est parfaitement respecté par les deux parties.
Loin de connoter ici une dérivation de l'analyse
vers un amusement vain, la métaphore d'un jeu analytique
témoigne de l'engagement dans le vif de la rencontre
analytique, permettant à l'analysant d'utiliser de
plus en plus le cadre proposé, dans le sens d'un "cadre
de jeu analytique", générateur d'insight et d'approfondissement
du processus analytique.