Rencontre APA-SPP
Contribution des collègues membres de la SPP
Claude Smadja
Les singularités du cadre dans le travail analytique avec des patients somatiques
Les échanges entre psychanalystes autour du thème du cadre analytique ont été fréquents ces derniers temps. Un certain consensus semble s'être dégagé sur l'idée d'une distinction entre le cadre matériel ou technique et le cadre interne. Le cadre de matériel comprend tous les référents habituels de la séance d'analyse et qui règlent son déroulement ainsi que le déroulement de la cure entre les deux protagonistes du travail analytique : les horaires, le paiement des séances, le lieu,le nécessaire secret de ce qui se déroule à l'intérieur des séances. Le cadre interne concerne la tenue de l'analyste, tenue à la fois physique et surtout psychique. La règle d'abstinence et la neutralité bienvaillante de l'analyste résument cette tenue analytique. Le cadre interne comprend également, dans sa signification extensive, l'ensemble du contre-transfert de l'analyste, non seulement son contre-transfert au sens strict impliquant une auto-analyse permanente des mouvements inconscients de l'analyste à l'égard du transfert de son patient, mais aussi l'expérience sociétale et culturelle de l'analyste qui le fonde comme un interlocuteur social et institutionnel en face de la position symétriquement sociale de son patient.
Depuis une cinquantaine d'années, des analystes s'intéressent aux patients atteints d'affections somatiques dans une visée de soins psychanalytiques. Cette démarche est très différente de celle d'un analyste qui voit se développer chez son patient, au cours de sa cure, des symptômes somatiques. Dans le premier cas, c'est la maladie somatique qui fonde la démarche analytique du patient, dans le second cas, le symptôme ou la maladie somatique, merge dans des relations complexes et surdéterminées avec le processus analytique en cours. La réflexion que je veux apporter ici concerne les patients de la première catégorie. Il s'agit souvent de patients qui associent un fonctionnement psychique non névrotique à une absence de culture analytique du point de vue social. Cela veut dire que ces patients n'auraient jamais imaginé faire la démarche de rencontrer un psychanalyste en raison d'une souffrance personnelle s'ils n'y avaient pas été conduits en raison de leur maladie somatique, sur les conseils de leur médecin. Nous nous trouvons donc d'emblée dans une situation inhabituelle du point de vue de leur rencontre analytique. Le caractère d'étrangeté du cadre, aussi bien dans sa version matérielle que dans sa version interne, est immédiatement perçu, tant par le patient que par l'analyste. Dans cette conjoncture qui s'éloigne notablement des conditons classiques de la cure, une "variante" technique s'impose nécessairement à l'analyste. Elle résulte des caractéristiques propres du fonctionnement mental du patient que l'ont peut définir sous l'expression plus ou moins accentuée d'un manque à penser, à représenter et à éprouver. Cette conjoncture contraint l'analyste à une certaine activité dans son travail de pensée. Il peut ainsi être amené à penser, à représenter et à éprouver, en lieu et place du patient, et proposer le produit psychique de son activité à ce dernier. Plusieurs formulations ont été proposées historiquement pour définir ce type d'activité de l'analyste, telles le prêt du préconscient ou l'injection de fantasmes. Je pense que l'ont peut conserver le terme d'activité de l'analyste qui me paraît plus ouvert et moins concret. Cette variante consiste en définitive en une adaptation du travail de pensée de l'analyste au fonctionnement mental de son patient.