Jean-Pierre Caillot
Les thérapies psychanalytiques du
couple
Les thérapies psychanalytiques du
couple visent à rétablir
la communication à lintérieur
du couple, à favoriser la figuration
et la mise en fantasme au détriment
de lagir, à interprêter
les transferts dans une perspective groupale.
Elles tendent à permettre aux partenaires
du couple de mieux vivre ensemble ou bien
de se séparer.
Nous distinguons la psychanalyse du couple,
technique uniquement verbale, du psychodrame
psychanalytique du couple avec son jeu
psychodramatique.
I. Historique
Historiquement le cadre psychanalytique
des thérapies verbales du couple est né
dans les années 70. Il a été défini par
André Ruffiot et fait suite aux travaux
des auteurs systémiques dans les années
60 sur la famille et le couple, notamment
ceux de Grégory Bateson concernant les
paradoxes et aux travaux de Jean-Georges
Lemaire (Les thérapies du couple, 1971).
En 1984 paraît «La thérapie psychanalytique
du couple» d'André Ruffiot et Alberto
Eiguer.
En 1987, dans la revue GRUPPO, Jean-Pierre
Caillot et Gérard Decherf abordent la problèmatique
des défenses perverses dans le couple et
la famille.
En 1989, dans «Psychanalyse du couple
et de la famille», ces mêmes auteurs
traitent du couple anti-famille, de la
famille anti-couple, des manoeuvres perverses
dans le couple et la famille et du fantasme
d'autoengendrement du couple.
La thérapie psychanalytique du couple s'enrichit
dans les années 80 du psychodrame psychanalytique
du couple sous l'impulsion de Simone Decobert
et ses collaborateurs (J.-P. Caillot, A.-M.
Blanchard).
II.
Principaux concepts psychanalytiques concernant
le couple et ses thérapies
En 1912, dans « Totem et Tabou »,
Freud décrivait les états amoureux comme
les prototypes normaux des psychoses.
En 1921 (Massen Psychologie und Ich-Analyse)
il mettait l'accent dans l'état amoureux
sur la «formation de masse à deux»
(Massenbildung) caractérisée par les phénomènes
d'indifférenciation psychique des relations
d'objet narcissique.
Il disait : «Il n'y a manifestement
pas loin de l'état amoureux à l'hypnose,
les concordances entre les deux sont évidentes,
même soumission humble, même docilité,
même absence de critiques envers l'hypnotiseur
comme envers l'objet aimé, même
résorption de l'initiative personnelle
; aucun doute l'hypnotiseur a pris la place
de l'idéal du moi. Simplement, dans l'hypnose,
les rapports sont encore plus nets et plus
intenses, si bien qu'il conviendrait plutôt
d'expliquer l'hypnose par l'état amoureux
que l'inverse.»
Plus loin l'auteur ajoutait : «Mais,
d'un autre côté, on peut dire aussi que
la relation hypnotique représente, s'il
est permis de se servir de cette expression,
une formation de masse à deux. L'hypnose
se prête mal à la comparaison avec la formation
de masse, car elle est plutôt identique
à celle-ci. L'hypnose
s'écarte de la formation de masse en
groupe par cette limitation du nombre comme
de l'état amoureux par le manque de tendance
directement sexuelle. En ce sens, elle
tient le milieu entre les deux.»
À partir de «Totem et Tabou»
et de «Psychologie des foules et
analyse du moi» une idée essentielle
émerge : les phénomènes d'indifférenciation,
c'est-à-dire les phénomènes de masse sont
à l'origine d'un corps commun imaginaire
du couple, du groupe ou de la famille et
d'une psyché commune.
Le choix du partenaire sexuel dans
le couple se fait pour Freud (Pour introduire
le narcissisme, 1914) selon deux modes
:
- le choix d'objet narcissique : c'est
«un type de choix d'objet qui
s'opère sur le modèle de la relation
du sujet à sa propre personne et où
l'objet représente la personne propre
sous tel ou tel aspect» (J.
Laplanche et J.-B. Pontalis).
- le choix d'objet par étayage : c'est
«un type de choix d'objet où
l'objet d'amour est élu sur le modèle
des figures parentales en tant qu'elles
assurent à l'enfant nourriture,
soins et protection. Il trouve son
fondement dans le fait que les pulsions
sexuelles s'étayent originellement sur
les pulsions d'auto-conservation.»
(J. Laplanche et J.-B. Pontalis).
Didier Anzieu soulignait en 1986 qu'un
des fantasmes de base du couple est qu'il
possède une peau commune, un corps commun
et une psyché commune.
«Pourquoi vit-on en couple ?»
demandait Didier Anzieu. «...
La raison originaire semble être la peur
de la solitude, le besoin archaïque d'un
étayage des fonctions psychiques sur un
objet primordial, la nécessité de
parer l'angoisse d'un retour à l'état de
détresse lors des frustrations, des échecs,
des stress de l'existence. L'objet primordial
est celui qui a jadis protégé de cette
détresse. L'énamouration apporte la révélation,
au sens quasi religieux du terme, que cette
personne-ci est une réincarnation de l'objet
primordial. Dans l'état d'exaltation amoureuse,
qui est généralement l'état fondateur du
couple du moins dans la culture occidentale,
s'instaure la double croyance que le partenaire
est l'objet qui compte par-dessus tout
pour moi et qu'il a lui-même le désir d'être
cet objet primordial pour quelqu'un, moi
en l'occurence - comme la mère a voulu
l'être autrefois pour son tout-petit qui,
de son côté, la mettait en place d'être
cet objet.»
Dans son «introduction à l'étude
des fonctions du moi-peau dans le couple»,
D. Anzieu (1986) décrivait l'illusion duelle
ou gémellaire fondatrice du couple à l'instar
de l'illusion groupale fondatrice du groupe.
«La première expérience du couple,
écrit D. Anzieu, réalisée par deux partenaires
jeunes commence généralement par une phase
d'illusion duelle. Les éventuelles expériences
ultérieures de couple faites avec d'autres
partenaires tendent à reproduire cette
phase sous forme atténuée, tantôt exacerbée.
Une telle illusion s'avère fondatrice
pour un jeune couple et elle le fonde en
même temps comme couple de partenaires
qui sont ou qui veulent rester ou redevenir
jeunes. La phase suivante, de désillusion,
peut entraîner soit la dissolution du couple
qui reconnaît avec amertume et ressentiment
s'être aveuglé sur lui-même, soit, au travers
d'une crise et son dépassement, la réorganisation
des relations d'objet entre ses
membres et l'évolution des fonctions psychiques
exercées envers l'autre, ceci s'effectuant
grâce à l'encadrement par des fantasmes
nouveaux de peau familiale.»
Ce couple, ajoutait D. Anzieu, est
«un couple de jumeaux imaginaires,
unisexes et à la limite interchangeables...
«Le travail psychanalytique avec
des couples en difficulté fait souvent
apparaître que chaque partenaire a été
dans son enfance très dépendant, bien que
de façon différente, de l'image maternelle
et n'a pu se séparer de sa famille d'origine
qu'en emportant avec lui la peau imaginaire
de cette mère.
Leur couple s'enveloppe dans ces deux
peaux imaginaires maternelles, structurées
selon la double paroi que j'ai décrite,
dans mon ouvrage «Le moi-peau»,
comme typique de l'enveloppe narcissique
idéalisée. A l'intérieur de celle-ci les
deux jeunes gens se sentent voués au projet
d'une union exceptionnelle».
Par exemple, une femme dit à son mari au
cours d'une thérapie de couple : «Je
le connais si bien que je pourrais faire
son autoportrait, écrire son autobiographie».
Dans une séance de psychodrame, l'un des
membres du couple propose de jouer la séparation
du couple mais ils ne possèdent à eux deux
qu'un poumon et un coeur. Il faudra donc
faire intervenir dans le jeu, un chirurgien
et un juge pour décider du partage impossible
: qui aura à la fois le coeur et le poumon
? Qui mourra ?
Dans un autre couple à propos de leur unité
conjugale, la femme disait : «nous
avons une troisième jambe commune qui nous
permet de marcher du même pas».
La naissance du fantasme de corps commun
du couple est consubstantielle à notre
avis du fantasme d'engendrement réciproque,
du fantasme d'autoengendrement du couple.
Le fantasme d'autoengendrement du couple
est à l'origine de ce corps commun imaginaire,
idéal et omnipotent.
Ainsi dans une thérapie psychanalytique
d'un couple, la femme exprime les pensées
suivantes :
«Avant, dit-elle, on vivait
en autarcie, on s'alimentait soi-même,
on était en pleine forme sur tous les plans,
on n'avait pas besoin d'autre chose. On
était indépendant.» Puis, elle
ajoute : «quand on a quelqu'un
pour soi tout seul, c'est grisant.»
Son mari ajoute : «c'est un
besoin !» «oui, répond-elle,
mais la mère on doit la partager avec les
frères et les soeurs, alors que là, c'est
une mère pour soi tout seul et en même
temps on est chacun la mère de l'autre
pour lui tout seul, vous comprenez ? Vous
savez, conclut-elle, c'est un lien
très fort, bien plus fort qu'avec la mère».
Cette femme ajoutait sur un mode paradoxal
: «J'ai pu ainsi refaire le même
chemin différemment» lorsqu'elle
comparaît sa relation à sa mère à celle
qu'elle établissait avec son mari.
À l'instar de René Kaës (1975) qui
décrit «L'appareil psychique groupal»,
André Ruffiot parle d'appareil psychique
familial et d'appareil psychique conjugal.
Ces auteurs tiennent compte à la fois de
l'espace intra-psychique et de l'espace
psychique inter-subjectif des individus.
L'espace inter-psychique est le lieu psychique
de la mise en commun des fantasmes. Dans
cet espace, le fantasme est partagé ; il
est commun. Cette mise en commun des idéaux
et des interdits de cet espace psychique
intermédiaire appartient, à la fois, à
chacun et au couple. L'espace inter-psychique
est normalement, certes développé, mais
il n'empêche pas la constitution et la
préservation d'un espace individuel, intra-psychique
et secret.
Dans les relations de couple pathologique,
du fait de la massivité des identifications
narcissiques adhésives ou projectives,
du fait encore des engrènements pervers,
cet espace intermédiaire fantasmatique
transitionnel disparaît au profit d'agirs
et de confusion entre les membres. L'espace
transitionnel intermédiaire tend à disparaître
au profit de la topique interactive qui
désigne selon Paul-Claude Racamier
«...l'organisation particulière qui
seule permet de rendre compte de processus
psychiques dont l'unité (qui ne peut s'apercevoir
dans la seule enceinte intrapsychique)
s'accomplit entre plusieurs personnes (couple,
famille, groupe, société) en vertu d'interactions
inconscientes obligées. Illustrée par le
processus d'engrènement et de participation
confusionnelle, ainsi que par les défenses
interactives, cette topique est celle qui
émerge et prévaut dans le jeu des fantasmes-non-fantasmes
qui sont en circulation dans toute pathologie
narcissique grave. La topique interactive
est un dérivé de la troisième topique laquelle
désigne l'organisation du réel en trois
registres : interne, externe et intermédiaire.»(P.-C.
Racamier, Cortège conceptuel).
C'est le couple en tant qu'objet qui est
surinvesti au détriment de l'individu ;
le «nous» est surinvesti au
détriment du «Je».
Nous pouvons ajouter que ce choix d'objet
amoureux s'établit à partir «d'une
connaissance» de la famille interne
du partenaire. Ces phénomènes sont à mettre
en rapport avec ceux de la résonance fantasmatique,
de l'interaction fantasmatique intense
entre les partenaires. Les représentations
familiales prévalentes sont oedipiennes
ou antoedipiennes.
Ainsi un sujet structuré sur un mode oedipien
fait le choix habituellement d'un partenaire
structuré sur le même mode oedipien prévalent.
Cela évoque le choix d'objet par étayage.
De même un sujet structuré de façon prévalente
sur un mode antoedipien (antoedipe désigne
l'organisation essentielle et spécifique
du conflit originaire en tant qu'elle prélude
à l'oedipe), c'est-à-dire incestuel ou
incestueux, fait habituellement le choix
d'un partenaire organisé selon ce même
registre antoedipien. Cela évoque le choix
d'objet narcissique.
Rappelons qu'incestuel selon P.-C.Racamier
«désigne et qualifie ce qui dans
la vie psychique individuelle et familiale
porte l'empreinte de l'inceste non-fantasmé».
Rappelons aussi que «l'inceste
n'est pas l'oedipe, qu'il en est même le
contraire».
Les familles internes oedipiennes figurent
des représentations générationnelles normales
où les parents y sont plus âgés et plus
grands que les enfants. Ainsi la différenciation
des générations, des êtres, des sexes,
des morts et des vivants est acquise. Les
fantasmes de séduction narcissique et sexuelle
co-existent mais la séduction sexuelle
prédomine dans le couple. La relation de
contenance initiale des partenaires a été
vécue de la façon suivante : l'objet maternel
a été contenant et a été introjecté comme
tel. Les angoisses primitives catastrophiques
claustrophobiques (angoisse «du trop
serré») et agoraphobiques (angoisse
«du laissé tomber», «du
trop lâché») ne sont pas excessives.
Dans les familles internes antoedipiennes
la différenciation générationnelle est
mal ou pas acquise. La séduction narcissique
est prévalente et la séduction sexuelle
se met pathologiquement à son service.
Le fantasme d'autoengendrement est sous-jacent
à cette organisation psychique. Les enfants
et les parents peuvent être à égalité générationnelle
: ils ont imaginairement le même âge,ou
bien encore, les parents des parents sont
imaginés frères et soeurs, et ainsi de
suite.
Il peut aussi s'agir d'un renversement
générationnel : l'omnipotence infantile
est figurée par des parents plus jeunes
et plus petits que les enfants ; les enfants
sont ainsi les parents des parents. Ici,
la différenciation des générations, des
êtres, des sexes, des vivants et des morts
n'est pas bien acquise et des confusions
de tous ordres ont lieu, parfois massivement.
La relation précoce des partenaires a été
dominée par une dépendance infantile pathologique
à la mère contenante. Tantôt il s'agit
d'une dépendance excessive à l'objet, d'une
quête frénétique de l'objet, tantôt défensivement
contre cette dépendance pathologique s'est
constitutée une auto-contenance mégalomaniaque.
Cette auto-contenance pathologique est
vraisemblablement le terreau du fantasme
d'autoengendrement (J.-P. Caillot, 1992).
Un couple consulte pour tristesse, conflits
fréquents et surtout perte des relations
sexuelles depuis la naissance de leur fils
qui a maintenant cinq ans. Le mari et la
femme ne comprennent pas ce qui leur arrive.
Ils sont de niveau culturel élevé, très
appliqués à éduquer leur enfant et à le
choyer. Leur famille se présente essentiellement
comme une institution. Elle a évincé toute
sexualité. Dans ses antécédents, la mère
avait été fréquemment corrigée et sermonnée
par sa mère (grand-mère maternelle) qui
lui disait : «tiens-toi bien !
assieds-toi correctement ! baisse ta jupe
et sers les jambes quand tu t'assieds !
tu sais ton père est un homme!».
Lorsqu'elle allait se coucher, elle devait
tirer son verrou pour les mêmes raisons.
Ce climat incestuel s'expliquait par le
fait que la mère de la patiente (la grand-mère
maternelle de l'enfant) avait subi une
tentative de viol de la part de son père
(l'arrière- grand-père maternel de l'enfant)
vers l'âge de 16 ans. Quant au mari, il
n'avait pratiquement pas connu son père
car ses parents s'étaient séparés très
précocement.
Lorsque sa mère se disputait avec son second
mari, elle mettait ce dernier à la porte
et prenait son fils dans son lit. Ces agirs
incestuels ont existé jusqu'à l'âge de
15 ans, âge auquel il est parti de sa famille.
Il habitait alors un studio tout seul.
Il semble, comme dans l'histoire d'Oedipe,
que la naissance de ce fils ait fait émerger
des fantasmes incestueux partagés par le
père et la mère. Les parents avaient alors
la crainte inconsciente qu'une relation
incestueuse ait lieu avec leur fils et
avaient défensivement tenté d'éliminer
toute sexualité dans leur couple et dans
la famille.
Tout se passait comme si les parents se
disaient: «si nous supprimons
la sexualité de notre couple, de notre
famille, nous vivrons sans drame».
Dans cette sphère incestuelle ou incestueuse,
dans cette sphère antoedipienne les phénomènes
d'emprise sont au premier plan, les fantasmes
envieux y sont exacerbés, les agirs envieux
y sont fréquents. Les angoisses sont volontiers
des angoisses catastrophiques primitives,
agoraphobiques ou claustrophobiques. Il
est fréquent d'observer une répartition
dans le couple de ces deux formes d'angoisse
: l'un est porteur des angoisses claustrophobiques
primitives, l'autre des angoisses agoraphobiques
primitives.
Le partenaire agoraphobe recherche la présence
du partenaire claustrophobe, ce qui renforce
les angoisses claustrophobiques de ce dernier
et le pousse à s'éloigner. Ainsi un cercle
vicieux s'établit, des interactions conflictuelles
surviennent. Le sujet agoraphobe tend à
devenir intrusif et le sujet claustrophobe
rejetant, voire humiliant.
Ainsi les phénomènes paradoxaux du registre
antoedipiens sont à l'origine d'une impasse
relationnelle du couple. Nous avons pu
décrire (1982) des relations paradoxales
entre les partenaires du couple et dans
le transfert que nous pouvions résumer
de la façon suivante : «vivre
ensemble nous tue, nous séparer est mortel».
D. Anzieu a énoncé d'autres formes de paradoxe
: «nous sommes un bon couple,
dont chaque membre est mauvais pour l'autre».
Ou bien encore : «Nous sommes
de bons membres qui formons un mauvais
couple».
Enfin, pour R. Kaës, les alliances inconscientes
du couple telles que la communauté de déni,
«permettent de comprendre comment,
dans les modalités névrotiques et psychotiques
du refoulement, se constitue ou achoppe
à se constituer, pour les sujets singuliers,
en raison de l'enjeu de leurs liens, la
fonction refoulante.» «Elles
sont, dit-il, des formations de
l'appareillage psychique des sujets d'un
ensemble intersubjectif». Un
couple dans le cas qui nous préoccupe.
Les alliances inconscientes sont au service
de la fonction refoulante.
Dans l'exemple que nous venons de donner
la communauté du déni, l'alliance inconsciente
porterait sur le déni des relations d'objet
incestuel dans leur famille d'origine et
dans leur couple.
Ce déni protégeait leur enveloppe commune
narcissique idéalisée constituée lors de
la création de leur couple.
III. Cadres psychanalytiques
de la thérapie du couple
- Le plus souvent l'échange est uniquement
verbal.
- Parfois une indication psychodramatique
est posée, ce qui donne une place essentielle
au jeu.
Les psychanalystes, habituellement, proposent
des rencontres hebdomadaires ou bi-mensuelles.
Ils invitent le couple à parler librement
de leur couple en couple.
La règle de non-ommission, spécifique de
la situation psychanalytique individuelle
est remplacée ici par une invitation à
parler librement plutôt qu'une contrainte
à ne rien omettre. La constitution de secrets
individuels marquera fréquemment, en effet,
la progression de la thérapie du couple.
En somme, chacun dit ce qu'il souhaite
dire. Il ne s'agit pas ici de la règle
du «tout dire», comme dans
l'abord individuel. On parlera alors d'association
libre verbale du couple.
Lorsque les manoeuvres perverses dans un
couple pervers sont massives et fréquentes,
nous proposons désormais dans un premier
temps des rencontres ponctuelles consacrées
au dévoilement des manoeuvres perverses
sans donner ainsi une trop grande prise
aux agirs envieux du couple envers la situation
psychanalytique. C'est éventuellement dans
un deuxième temps lorsque de l'angoisse
apparaîtra qu'un cadre de rencontres régulières
pourra être mis en place.
L'association libre verbale du couple est
associée à la règle d'abstinence.
Le couple doit renoncer à l'obtention de
conseils, de solutions concernant la réalité
quotidienne, au partage de relations privées
ou sociales avec le ou les psychanalystes.
La règle de restitution oblige l'analyste
à restituer le contenu de ce que pourrait
lui dire entre les séances un des membres
du couple.
Seul le couple sera reçu. Il n'y a pas
de rencontre individuelle.
IV. Indications
Dans une famille, les indications de thérapie
de couple ont lieu lorsque les difficultés
relationnelles rencontrées sont localisées
essentiellement au couple.
Le couple reconnaît que le dysfonctionnement
se situe à son niveau. Il s'agit le plus
souvent :
- de conflits verbaux ou physiques avec
parfois désirs de séparation ;
- de dépression avec perte des désirs
sexuels ;
- de troubles sexuels apparu après la
naissance d'un enfant ;
- d'angoisses catastrophiques : l'un
des partenaires se sent étouffé par
l'autre qui se sent lui-même abandonné.
- de crainte de passage à l'acte meurtrier
dans le couple associé à des passages
à l'acte incestueux envers les enfants.
- l'un des partenaires se plaint des
agirs d'emprise incessants de l'autre.
V. Structure des différents
types de couple
- Les relations perverses narcissiques
sont fréquentes avec leur cortège de
manoeuvres sado-masochiques et de provocation,
de manoeuvres de séduction mensongère,
de disqualification de tous ordres,
d'injections d'angoisse et de manoeuvres
confusionnantes. Rappelons, à cette
occasion, le très bel ouvrage de Maurice
Hurni et Giovanna Stoll qui traite du
lien pervers dans le couple ( «La
haine de l'amour») et de la tension
intersubjective perverse.
Ici le travail interprétatif doit être
précédé d'un travail de dévoilement des
manoeuvres perverses de telle façon qu'une
certaine quantité d'angoisse nécessaire
au travail analytique apparaisse.
Ces manoeuvres d'emprise paradoxale jouissives
empêchent dans un premier temps l'établissement
d'un cadre de rencontres régulières.
Alors le couple occupe volontiers une position
narcissique phallique : c'est la relation
dominant-dominé qui est investie préférentiellement.
Une lutte pour la possession d'un pénis
imaginaire tout-puissant fait rage.
- L'association d'une organisation psychotique
chez l'un des partenaires et d'une organisation
perverse chez l'autre est aussi un cas
de figure fréquent.
- Quelques soient les structures individuelles
des partenaires les phénomènes paradoxaux
sont fréquents ainsi que les manoeuvres
perverses.
VI. Les transferts
Nous distinguons trois catégories d'objets
dans les thérapies collectives : l 'objet-individu,
l'objet-couple et l'objet-groupe.
Voici résumées les différentes figures
transférentielles :
- le transfert groupal global sur le
groupe thérapeutique comme objet transférentiel
: un des partenaires ou bien les deux
partenaires du couple transfèrent sur
le groupe thérapeutique (couple et psychanalystes)
comme objet ;
- le transfert groupal central du couple
sur le ou les analystes :: ici l'objet
transférentiel est le ou les analystes.
Le couple comme unité transfert sur
le ou les analystes.
- les transferts latéraux entre partenaires
du couple.
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