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Alain Ksensée
Note introductive

Cette Proposition théorique prolonge en quelque sorte la discussion passionnante qui se déroula lors du rapport présenté par Denys Ribas au    62° Congrès des Psychanalystes de Langue Française[1].

Bernard Penot dès les premières lignes de sa proposition théorique évoque l’article de Paul Denis[2]. Paul Denis dans cet article nous rappelle que le concept de pulsion de mort « a été ressenti par les psychanalystes contemporains de Freud comme un corps étranger par rapport à un édifice déjà très élaboré. » L’auteur de l’article s’attache à montrer combien ce concept affaiblit de manière significative la notion de pulsion définie avant 1920 par sa poussée,  son but, sa source. Il évoque à propos du concept de pulsion de mort une  démarche de Freud qui serait poétique, philosophique, fondamentalement « métabiologique » et non métapsychologique. P. Denis s’attache à démontrer que la seconde  théorie des pulsions   néglige de façon significative la notion même de travail psychique.

«  Pourquoi faudrait-il qu’il existe un instinct fondamental spécialement consacré à la désorganisation et à la destruction ? Pourquoi refuser l’idée qu’il est possible de rendre compte de la destructivité à partir de la théorie de la libido ? » Et Paul Denis de poursuivre : « La clinique du traumatisme nous  montre que la surcharge d’excitation sexuelle sans possibilité d’en tirer satisfaction a un pouvoir désorganisateur, de déliaison psychique qu’il n’est pas nécessaire de rapporter à un instinct particulier. » Mais Paul Denis va s’attacher à distinguer dans cette invention freudienne une dimension finalement heuristique. Certes, l’auteur de l’article souligne combien le concept de pulsion de mort juxtapose des éléments hétérogènes, ce qui en fait selon son expression un « zeugme théorique […]  une figure de style rapprochant des éléments sans rapport les uns avec les autres. » Néanmoins, il insiste après J. Laplanche sur la validité de la notion de pulsion de mort conçue comme un principe de fonctionnement psychique : « L’essentiel est donc de considérer l’opposition entre Éros et Thanatos non comme un affrontement entre des pulsions mais comme un principe d’organisation - désorganisation régissant le psychisme complémentairement au principe de plaisir –déplaisir. » C’est dans la dernière partie de son article que Paul Denis en vient à discuter l’idée de désintrication, selon une perspective différente de celle adoptée par  Denys Ribas[3] qui développe la désintrication en référence à la pulsion de mort. Paul Denis s’appuie et développe une idée de Freud selon nous particulièrement intéressante : la pulsion naîtrait de « l’intrication » entre deux courants libidinaux, l’un en satisfaction et l’autre en emprise  En fait, B. Penot relance le débat qui s’instaura entre Paul Denis et Béno Rosenberg à partir des propositions de Denis Ribas dans son Rapport intitulé : « Chroniques de l’intrication et de la désintrication pulsionnelle. » B. Rosenberg conférait une place clinique et théorique à la pulsion de mort « incontournable. » Il se révéla alors pour toute une génération de psychanalyste, comme un théoricien de la psychanalyse qui  invitait les psychanalystes à une nouvelle lecture des écrits freudiens sur le Masochisme. Nous rappellerons à ce propos combien les opposants post - freudiens à la pulsion de mort avaient tendance à négliger les liens entre le concept de pulsion de mort et le masochisme. Le concept de masochisme originaire est pour Freud le  « témoignage » du reste dans l’individu de la pulsion de mort. Il va par une opération théorique, nous inviter à concevoir dans un premier temps de sa réflexion une sorte d’équivalence entre le sadisme originaire et le Masochisme originaire. Puis, dans un deuxième temps Freud va conférer au masochisme une position théorique  qui fait alors du masochisme un « originaire. » On conçoit les difficultés  du texte freudien consacré au « Problème économique du masochisme. » Les incertitudes du texte sont nombreuses. J. Laplanche le considère comme un écrit dont la faiblesse est inhabituelle chez Freud ! Dans l’après coup de ce Congrès, Bernard Penot tout en s’appuyant sur les éléments du rapport de Denys Ribas consacré au deuil et à la sublimation,  interroge aussi et surtout la validité de l’opérateur « intrication - désintrication » proposé par Denys Ribas.