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Nos collègues de la SPP publient...

Andrée BauduinPsychanalyse de l’imposture
Anne BrunMédiations thérapeutiques et psychose infantile
Bernard Chervet (sous la direction de), Christine Jean-Strochlic (sous la direction de)Le rêve et la séance
Colette ChilandSois sage, ô ma douleur. Réflexions sur la condition humaine
René Roussillon (sous la direction de), Bernard Chouvier (sous la direction de)La temporalité psychique. Psychanalyse, mémoire et pathologies du temps
Didier Houzel (préface de), Bianca Lechevalier (préface de), James GammillLa position dépressive au service de la vie
Gisèle Harrus-RevidiSéduction. La fin d’un mythe
Vassilis KapsambelisL’angoisse
Julia KristevaCet incroyable besoin de croire
Gabrielle RubinPourquoi on en veut aux gens qui nous font du bien. La haine de la dette

Autres publications psychanalytiques

L’année psychanalytique internationale 2007
Pierre-Henri CastelÀ quoi résiste la psychanalyse ?
Laurie LauferL’énigme du deuil
Ginette Raimbault, Patrick Ayoun, Luc MassardierQuestions d’inceste
Nathalie ZaltzmanL’esprit du mal

Lectures non psychanalytiques

Ludwig Binswanger, Aby WarburgLa guérison infinie
Françoise ChandernagorCouleur du temps
Richard PowersLe temps où nous chantions
Oswald WyndUne odeur de gingembre
 

Dominique Bourdin, juin 2008
Chronique no11

• Social Killer ; m, n, crime exemplaire, de Franck Burns (édition de l’écailler du sud, 2007, 164 pages, ISBN 978-2-3529-9019-2), n’est pas un roman policier ordinaire. L’auteur, sans doute lui-même SDF, de cette chronique glaçante de la descente aux enfers d’un SDF ramassé dans une rue de Marseille et déposé inanimé dans un foyer d’accueil, se définit dans un poème liminaire comme « quelqu’un d’inconnu,/ Immodeste valet de plume,/ Qui ne peut se recommander de/ Personne ». Il a laissé à l’éditeur un nom, mais aucun moyen réel de le joindre. Six mois plus tard, Cathy Lévy, réalisatrice de cinéma, produit un film-enquête, A la recherche de Franck Burns, diffusé sur Arte, qu’elle présente en postface. Le fil du récit décrit trois ans et quatre morts, l’effort pour reconstituer ce qui n’a plus rien d’une vie, la quête de l’assassin paradoxal et la montée de la haine – destructrice ou nécessaire ? Abel, le narrateur, devient Caïn, ou bien meurt en vain…

• Egalement violente, et d’une certaine façon plus énigmatique encore, la reconstruction romanesque sur Le vampire de Ropraz de Jacques Chessex (Paris, Grasset, 2007, 108 pages. ISBN 978-2-246-70401-0) vaut d’être lue. Très présente, et pourtant évoquée a minima, presque sur le mode d’un rapport, l’atmosphère sombre, isolée et superstitieuse du Haut-Jorat vaudois, en 1903, est le cadre de ce récit qui, sans pathos, devient méditation sur la peur et la folie. Le meurtrier supposé de Rosa Gilliéron est Favez, alcoolique, taciturne, ataviquement enclin à des crises de violence ; mais il est difficile de voir en lui le démembreur de cadavres anthropophage, coupable de l’horreur de cette sauvagerie. Il fut néanmoins condamné à la réclusion à vie le 2 novembre 1882 ; il s’évade en 1915, devient volontaire étranger dans la Légion étrangère de l’armée française. Ironie de l’histoire, l’analyse de l’ADN des restes du soldat inconnu appartiendraient au citoyen vaudois Charles-Augustin Forez.

• Un homme, de Philip Roth, Paris, Gallimard, 2006 (978-2-07-0789094-5) commence par l’enterrement du père. Le récit évoque à la première personne le cri qui tombe dans le vide et la façon dont la mort et la maladie ont touché le destin d’un homme, à la fois très personnel et dépouillé jusqu’à toucher une certaine universalité. Devenu ce qu’il ne voulait pas être, au travers des amours et des mépris, cet homme relit sa vie pour accepter sa mort, attentif à son corps, présent pour la première fois au temps qui passe.

• Dans Le songe d’Eichmann, Michel Onfray propose une pièce de théâtre à thèse : les Lumières, et tout particulièrement la pensée kantienne et sa rigueur ou sa rigidité, auraient contribué à façonner la mentalité des bourreaux nazis agissant au nom des ordres reçus et du devoir. La pièce est un dialogue entre Eichmann et Kant, dans lequel Eichmann démontre à Kant, qui s’en étonne et s’en attriste, l’interprétation qu’il fait de ses thèses philosophiques, et la façon dont elles légitimeraient l’inhumanité. Le dialogue est ponctué de quelques remarques de Nietzsche (qui écrit dans La généalogie de la morale « L’impératif catégorique a un relent de cruauté »), ce qui, par rapport à la dimension polémique, accentue l’effet de méditation paradoxale sur l’éthique (Paris, Galilée, 2008, 95 pages. ISBN 978-2-7186-0767-2). Un texte théorique, sorte d’évaluation de la vie et de la pensée d’Eichmann précise la portée du questionnement : Eichmann a-t-il ou non mal lu Kant, perverti la notion de conformité au pur devoir ?

• Après ces mises en lumière crue, on appréciera Brumes, brefs récits ou plutôt poèmes en prose subtils, profonds et voilés de Marie-Laure Hurault, accompagnés de dessins de Frédéric Khodja, et publiés à Nice par une petite maison d’édition, La rue de Russie (2007, 69 pages. ISBN 978-2-9529984-0-6). Silhouettes, drames esquissés ou dénoués, s’élèvent, prennent forme et s’évanouissent. Sans disparaître. « Quand personne n’est encore là, dans les brumes qui ne sont pas dissipées, je reviens et je comprends que je n’ai pas quitté ces lieux, parce que j’y reste un peu quand je m’en vais. »

• Du côté des livres n’a pu suivre les publications lacaniennes récentes au fur et à mesure de leur parution. Mais il nous faut cependant signaler la poursuite de la parution des séminaires : Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XVI. D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, 2006 (ISBN 2-02-082705-0), qui comporte notamment un commentaire du pari de Pascal ainsi que des réflexions sur la jouissance ; Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XVIII. D’un discours qui ne serait pas du semblant,  Paris, Seuil, 2006 (ISBN 978-2-02-09219-9), aborde l’écrit, dans ses rapports à la vérité et à la parole (et la leçon sur « Lituraterre », l’homme et la femme, et commente le mythe originaire freudien.

Mentionnons d’autre part Le mythe individuel du névrosé, également de Jacques Lacan (Paris, Seuil, 2007, 117 pages. ISBN 978-2-02-082706-5), recueil de trois textes : le premier, prononcé en 1952 au Collège philosophique montre, à partir d’un commentaire de « l’Homme aux rats », que le mythe du névrosé est de structure quaternaire : dédoublement du partenaire sexuel, ou dédoublement de lui-même. Le deuxième texte, « Du symbole et de sa fonction religieuse », fut prononcé en 1954, dans un congrès de psychologie religieuse et donne lie à un échange avec Mircea Eliade. Le troisième est une intervention adressée à Claude Lévi-Strauss à la Société française de philosophie, qui insiste sur le rôle organisateur du signifiant.

Chez Navarin éditeur, Philippe Sollers a consacré quelques pages à Lacan même, c’est-à-dire en fait à l’histoire de ses rencontres avec Lacan (2005, 75 pages. ISBN 2-95119169-7-3). Ce petit recueil comporte un texte paru dans le Monde du 13 avril 2001 (date où Lacan aurait eu cent ans) et deux articles publiés dans les revues L’infini (2002) et Le Nouvel Âne (2003). Sollers dit Lacan passionnant, improbable, insolité, inquiétant, insiste sur sa manière de faire corps avec ce qu’il disait, indique une fureur sous-jacente, note son plus grand embarras à l’écrit, évoque quelques moments de plus grand rapproché. Sur l’avenir de la psychanalyse, il souligne la dévastation de l’inculture, l’importance de la pensée heideggérienne, et l’œuvre de Beckett.

C’est l’occasion de revenir à Philippe Sollers en mentionnant son autobiographie, Un vrai roman, Mémoires (Paris, Plon, 2007, 352 pages. ISBN 978-2-259-19720-5). L’écrivain tel qu’il se voit, ou du moins tel qu’il souhaite se montrer. L’homme, sa vie, ses rencontres, plus romanesque que ses romans ? « Sollers » est un surnom choisi vers 15 ans, de sollus et ars : habile, ingénieux, tout un art. Florence et Venise. Tant de rencontres, et de portraits acérés : l’œuvre de Heidegger, Debord, Barthes, Beckett, Foucault, Lacan… L’effervescence verbale du Paris de ce temps là –inaugural – « un merveilleux carnaval sérieux de pensée ».

• Un autre bonheur, des yeux et de la pensée, c’est la parution du texte de Jean Genet sur L’atelier d’Alberto Giacometti (Paris, Gallimard, 2007. ISBN 978-2-07-078631-2), illustré de trente-trois photos de l’atelier réalisées par Ernest Scheidegger. L’approche de Genet se dit délibérément naïve, pour éliminer solennité et timidité, comme ses évocations de l’artiste au travail, à la fois tendu vers la réalisation et totalement présent, modelant. Photos et commentaires font venir à nous ses statues, comme si nous étions en contrebas, mais elles ne nous rejoignent que pour nous dépasser. Veiller les morts, dit Genet. En un va et vient de la femme à la déesse. Rien n’est plus en repos dans cette vigilance immobile. Chaque angle ou pointe acérée du métal « continue à émettre la sensibilité qui les créa. Aucune pointe, arrêt qui découpe, déchire l’espace, n’est morte ».  La force de l’objet, dans sa solitude totale.

• Trois rééditions sont à signaler : celle du livre de Jacqueline Schaeffer, Le refus du féminin (1° édition PUF « Epitres », 1997) dans la collection « Quadrige Essais Débats » (Paris, PUF, 2008, ISBN 978-2-13-056643-4), qui montre avec force la différence entre l’opposition phallique / châtré et la révélation, par la jouissance, au-delà du phallique, de la différence masculin / féminin, qui crée le féminin érotique, génital. Une préface à la nouvelle édition insiste sur l’angoisse du sexe féminin et son conflit interne entre besoin d’effraction et résistance au féminin. Une postface inédite de René Roussillon souligne que les fantasmes, les pratiques et les jeux de la sexualité, sont une troisième voie royale pour l’exploration de la vie psychique.

La deuxième est un ouvrage de référence sur les angoisses de séparation et de perte d’objet, ainsi que sur leur élaboration dans les cures : La solitude apprivoisée, de Jean-Michel Quinodoz, psychanalyste à Genève, membre formateur de la Société Suisse de psychanalyse (Paris, PUF, 3° édition 2008, 1° édition 1991, 241 pages. ISBN 978-2-13-056479-9) paraît en collection Quadrige. Développements et exemples cliniques, exposé des diverses positions analytiques et qualité émotionnelle d’une grande sensibilité réussissent à se conjuguer dans ce très beau livre avec un rare bonheur. L’auteur introduit la notion de « portance », nécessaire à l’élaboration de la solitude, y compris lors des fins d’analyse.

D’autre part, Le rire, d’Eric Smadja, publié en 1993 dans la collection « Que sais-je ? », connaît une troisième édition (Paris, PUF, 2007, 128 pages. ISBN 978-2-13-056118-7). L’ouvrage présente les aspects littéraires et les questionnements philosophiques sur le rire, ses aspects éthologiques et socioculturels, ainsi que ses causalités. Construction sophistiquée, système de communication et d’expression émotionnelle, le rire est dans une relation structurelle au jeu. Décharge libératrice et défense efficace, l’éclat de rire symboliserait un éphémère éclat de vie.

• Les éditions de la revue Sciences Humaines ont consacré un ouvrage à la psychanalyse : La Psychanalyse, Points de vue pluriels. Histoire, Figures, Controverses, Société, constitué d’articles parus dans la revue et coordonné par Magali Molinié (Auxerre, Sciences Humaines Editions « Les ouvrages de synthèse », 2007, 329 pages. ISBN 978-2-915601-52-0). Une première partie propose des aperçus sur l’histoire de la psychanalyse : sa naissance, les disciples de Freud, Jung, les scissions françaises, les ramifications américaines (avec parmi d’autres, des contributions d’Alain de Mijolla et Elisabeth Roudinesco). Les contenus et figures de la psychanalyse, qui constituent la deuxième partie, s’attachent à l’interprétation du rêve (D. Bourdin), à la notion d’inconscient, au complexe d’Œdipe, aux raisons de faire une analyse (Roger Perron), à la psychanalyse de l’enfant (Didier Houzel), à la thérapie familiale psychanalytique, ainsi qu’à Mélanie Klein, Françoise Dolto, Lacan. La troisième partie répond aux critiques faites à la psychanalyse, notamment par des entretiens avec Daniel Widlöcher, Célia Hodent-Villaman, J.-B. Pontalis, Jean Laplanche. Nicolas Journet revient sur l’affaire du Livre noir, Pierre-Henri Castel présente sa thèse sur les résistances à la psychanalyse, – y compris celles des psychanalystes – Jacques Lecomte et Elisabeth Roudinesco revisitent le complexe d’Œdipe. C’est aux relations entre psychanalyse et société que s’attache la dernière partie, faisant place à l’histoire (Michel Tort), au cinéma (H. Vaillié), à la psychologie clinique (R. Gori) à la religion (D. Bourdin) ainsi qu’à la littérature (G. Marchand). L’ouvrage s’achève sur un panorama mondial proposé par Alain Gibeault. Malgré son caractère inévitable de survol, cette publication manifeste une diversité de bon aloi, sans unité artificielle ni complaisance, qui peut favoriser la prise en compte de la psychanalyse et les discussions à son sujet.