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Nos collègues de la SPP publient...

Jacques André, Sylvie Dreyfus-Asseo, Mi-Kyung YiLa folie maternelle ordinaire
Jacques Boushira, Hélène Parat (sous la direction de)L’affect
Maurice BouvetLa relation d’objet
Maurice Corcos (sous la direction de)L’adolescence entre les pages. Psychanalystes sous influence littéraire
Bernard GolseL’être bébé
Philippe JeammetAnorexie, Boulimie. Les paradoxes de l’adolescence
Julia KristevaLa haine et le pardon. Pouvoir et limites de la psychanalyse
Julia KristevaL’amour de soi et ses avatars. Démesure et limites de la sublimation
Roger Perron (sous la direction de)Psychanalystes, qui êtes-vous ?
P. Porret, Philippe JoyceUne écoute lumineuse
François Richard, Steven WainribLa subjectivation
Simone Sausse-KorffPlaidoyer pour l’enfant-roi
Henri Vermorel, Jean-Baptiste Guillaumin (sous la direction de)Jean Guillaumin

Autres publications psychanalytiques

Alain BraconnierMère et fils
Georges Didi-HubermanGestes d’air et de pierre. Corps, parole, souffle, image
Horacio R. Etchegoyen, Daniel Widlöcher (préface de), Jacques Alain Miller (préface de)Fondements de la technique psychanalytique
E. Gaburri, L. AmbrosianoUlulare con i lupi. Conformismo et rêverie
François GantheretPetite route du Tholonet
Michel Gribinski, Josef LudinDialogue sur la nature du transfert
Doris-Louise HaineaultFusion mère-fille. S’en sortir ou y laisser sa peau
J.-B. PontalisFrère du précédent
Emilio RodriguéSéparations nécessaires
Michel SchneiderMarilyn dernières séances

Lectures non psychanalytiques

Saïd Chebili, David Christian (préface de)Foucault et la Psychologie
Maurice Corcos, Patrick ClervoyPetits moments d’histoire de la psychiatrie en France
Jacques DerridaApprendre à vivre enfin. Entretien avec Jean Birnbaum
Maurice GodelierMétamorphoses de la parenté
Catherine HerszbergFresnes, Histoires de fous
 

Dominique Bourdin, novembre 2006
Chronique no8

Nous savons bien que, depuis déjà longtemps, le champ de la psychanalyse a envahi littérature et sciences humaines. Il est particulièrement intéressant de lire certains textes qui ouvrent les perspectives parfois limitées dans lesquelles notre pratique quotidienne nous enferme.

La revue « Genèses (éditions Belin) – revue de « sciences sociales et histoire » CNRS – intitule son numéro 61 (ISBN 1 15 56321 9) Histoire et oubli . Selon le propos de l’introductrice Isabelle Backouche, « les réflexions proposées mettent en valeur l’obligation de rapporter toute mémoire à un groupe dont les modalités d’autonomisation sont aussi centrales que les potentialités mémorielles » ; les articles qui suivent, se rapportant à des travaux sur des témoignages d’expériences historiques portant sur les conditions (voire la nécessité) de l’oubli, sont un incontestable bien que modeste élargissement au delà du dialogue psychanalytique parfois péremptoire et réducteur dans ce domaine.

Claude Arnaud qui se présente comme « romancier, essayiste et critique » a réuni une série d’articles dans un livre intitulé Qui dit je en nous ? (ISBN 978-2-2466-9981) ; un peu hétéroclite, sa galerie de portraits d’écrivains ou de personnages nous est présentée comme une réflexion sur l’identité et le sujet. Imprégné par la psychanalyse, il tente de prouver qu’Œdipe s’éloigne au profit de Narcisse – ce que nous savons – mais aussi comment Narcisse (en cela rejoint le propos des sociologues) est plongé dans l’histoire de son époque.

Denise Weill, août 2006

• Il n’est pas sans intérêt de donner un peu de son temps au…déchet. Gérard Bertolini, économiste et sociologue, consacre en effet un essai très efficace à la question de notre traitement social mais aussi psychique des déchets. Dans Le déchet c’est les autres (Ramonville saint Agne, Erès, 2006, 191 pages. ISBN 2-7492-0650-2), il montre la montée de l’intolérance aux déchets, les jeux d’attraction et de répulsion dont ils sont l’objet, le mouvement par lequel les communautés urbaines veulent que l’on enlève leurs déchets, avec une collecte sélective, tandis qu’aucune commune ne veut accueillir les usines de traitement et transformation de ces mêmes déchets (ce qu’il considère comme une réappropriation psychosociologique). Prenant appui sur Freud et Hélène Deutsch, mais aussi sur le jungien Jean Maubourguet, l’anthropologue Pierre Clastres comme sur Jacques Attali et Waring (spécialiste de l’ingénierie sociale), il ne décrit pas seulement les attitudes sociales liées aux déchets (par exemple les marchés aux Puces), mais surtout le traitement anal de l’altérité tel qu’il se montre dans les symptômes, obsession, fascination et autres, que suscitent les déchets. Sa thèse centrale est que nous attribuons toujours les déchets aux autres, tandis que nous nous sentons propres.

• Notons la réédition du mémoire de Franz Anton Mesmer (Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, Paris, Allia, 2006, 71 pages. ISBN 2-84485-226-2) et son ambition de trouver dans la nature un « moyen universel de guérir et de préserver les hommes ». S’il faut, comme nous l’ont montré Jacqueline Carroy et d’autres, considérer les tentatives de Mesmer comme des ancêtres de la découverte de la relation analytique et du transfert, on mesurera d’autant plus, dans cette relacture, le chemin parcouru depuis.

• Toujours dans les reprises de références classiques, Les éditions de l’aube ont repris le dernier texte de Claude Henri de Saint Simon, Nouveau christianisme (1825, Dialogues entre un conservateur et un novateur, présenté par Pierre Musso, Paris, éditions de l’aube, 2006, 87 pages. ISBN 2-7526-0266-9). On y voit clairement comment la critique du catholicisme, considéré comme incompatible avec l’économie moderne et les sciences, y est référée à une nouvelle croyance d’enracinement protestant : « si la réforme de Luther avait pu pêtre complète », elle aurait donné… le socialisme de Saint-Simon, nouvelle religion. Non seulement les thèses de Max Weber se voient ainsi soutenues, mais ce rappel de l’ambition religieuse de penseurs du dix neuvième siècle, Saint Simon ou Auguste Comte, vient déranger notre rationalisme spontané. Peut-être est-ce utile pour nous interroger et mieux entendre ceux de nos patients pour qui le salut et la nouveauté s’inscrivent d’emblée dans des réveils religieux.

• Pour rester dans le champ du religieux, le Traité d’athéologie de Michel Onfray (Physique de la métaphysique, Paris, Grasset, 2005, 282 pages. ISBN2 246 64801 7)mérite attention, étude, discussion. Sa relecture de l’histoire, son attention au christianisme épicurien d’Erasme, de Montaigne ou de Gassendi, aux positions pyrrhoniennes de Pierre Charron dépoussièrent des auteurs importants. Ses prinicipes d’athéologie, déconstruction des monothéismes soucieuse de montrer leur unité, relancent la question essentielle de savoir si la pensée religieuse est fondamentalement et irréductiblement constituée dans et par un interdit de penser (ce qui ne signifie absolument pas, naturellement, que tout athéisme relève d’une pensée libre…) Ses pages sur le dressage des corps nous rappellent au passage qu’il a commencé sa carrière par une étude sur Le ventre des philosophes et leur rapport à la nourriture, avant de montrer dans La sculpture de soi combien sa revendication de liberté est ancrée dans un individualisme proche du culte de soi-même, bien contemporain et finalement assez éloigné de l’épicurisme et de l’hédonisme antiques.

Mais le succès, fût-il légitime, n’excuse pas tout et l’on peut être irrité par la désinvolture avec laquelle Michel Onfray, dans le premier article repris dans Traces de feux furieux. La philosophie féroce II (Paris, Galilée, 2006, 128 pages. ISBN 2-7186-0723-8)) traite le débat sur la contrôle par l’Etat de la profession de psychothérapeute et assimile tous les « psys », sans mention des débats internes, à du chamanisme postmoderne soucieux de conserver sa puissance sur le patient fragile. La suite de l’ouvrage est à l’avenant, et le pourfendeur du religieux y exerce moins sa saine ironie qu’une prétention à régenter à son aune une vie sociale qu’il regarde de haut. Au risque de se retrouver dans la position du dicton enfantin « c’est celui qui le dit qui l’est », à savoir « la vieille et increvable figure du prêtre ».

Cette réaction d’humeur m’a poussée à prêter intérêt au propos critique d’un de ses collègues, lui-même professeur agrégé de philosophie, Harold Bernat-Winter : dans Des-montages (Troyes, éditions Vingt-scènes, 122 pages. ISBN 2-915829-07-1), il argumente sa critique du « poujadisme hédoniste de Michel Onfray », qui mobiliserait, autour du mythe hédoniste et de la mythologie du professeur de philosophie, un discours clientéliste, celui du libertaire contre le libéral, en recyclant le thème du grand complot, la croyance mystificatrice dans la répression multi-séculaire des gentils par les méchants.

Même si nous aurons à revenir plus sérieusement sur les débats actuels intenses et nombreux touchant le champ religieux, et sur le travail de Michel Onfray en ce domaine, pour cette fois nous nous contenterons d’un peu de polémique, car celle-ci reste sans doute (surtout aujourd’hui…) une saine et réjouissante hygiène de l’esprit.

Dragons entre sciences et fictions, publié sous la direction de Jean-Marie Privat en liaison avec l’exposition du Muséum d’histoire naturelle consacrée aux dragons, en collaboration avec le Conseil général de la Moselle, est une heureuse publication du CNRS (Paris, CNRS éditions, 2006. ISBN2271-06418-X). En un livre-album aux illustrations éclectiques savoureuses et parfois très belles, nous apprenons tout ce que nous n’aurions pas osé demander sur les dragons ; ceux de la science – leur décomposition sous le regard des naturalistes, la sémantique de l’hybride, la spécificité éventuelle d’un dragon asiatique – comme ceux des thématiques religieuses : non seulement le refus de l’hybride et la parenté entre les dragons et monstres marins avec la mort dans la Bible, mais le dragon dans les prédications et processions médiévales et l’intéressant Traité des saintes images de Molanus au XVI° siècle qui veut lutter contre certaines interprétations en soutenant la réalité des dragons de la Bible et des légendes, figures explicites du diable. Savez-vous que la cuisine à l’estragon utilise « l’herbe dragonne » ou « serpentaire » ? En littérature, la vogue d’un « merveilleux noir » dont témoigne un conte comme « le serpent à collerette », les dragons peints par William Blake ou racontés par Thomas Harris, les récits de dragons qui figurent si bien les questionnements sexuels des petites filles introduisent aux études suivantes sur les dragons de l’art, en Chine ancienne comme au XX° siècle, et ceux de l’anthropologie (des contes au carnaval, en passant par les pays au dragon dont témoigne la toponymie). L’imaginaire du monstrueux et la peur du pulsionnel trouvent dans la thématique des dragons une élaboration d’autant plus intéressante que le dragon n’est pas seulement dans notre héritage celui qui menace et effraie, mais aussi et surtout celui que le héros, ou l’enfant, peut combattre victorieusement. Le tuer est ainsi moins une mise à mort qu’une possibilité d’apprivoiser le pulsionnel, d’humaniser le feu, l’inconnu et même la mort.

• Le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Freud a amené quelques éditions ou rééditions d’albums intéressants à signaler. Michel Siméon et Robert Ariel rééditent chez Phébus Editeur (Paris, 1976, 2006. ISBN 2-7529-0187-9), Freud. L’Aventure psychanalytique, sorte de bande dessinée d’autrefois, en noir et blanc et au commentaire abondant, qui veut suivre l’itinéraire d’abord tâtonnant mais toujours obstiné de ce conquérant qui tel Œdipe interrogea le Sphinx. L’initiative vient du peintre Michel Siméon, familier d’André Breton et intéressé par les relations entre langage et inconscient, associé au graphiste Pierre Faucheux, aux jeunes éditions Phébus et à Jane Strick. Trente ans après, l’approche semble inégale mais comporte de très belles trouvailles comme l’illustration de l’oubli du nom Signorelli ; quelque chose du mordant irréductible de la peste freudienne y est incontestablement saisi. Moins par le texte que par l’audace inventive et souvent provocatrice du graphisme – même si nous sommes loin du goût classique de Freud lorsqu’il s’agissait d’art.

Infiniment plus classique, justement, car l’ouvrage relève délibérément du mémorial et non de la création interprétative, voici Sigmund Freud. Lieux, visages, objets, publié sous la direction d’Ernst Freud, de Lucie Freud et d’Ilse Grubrich-Simitis, avec une esquisse biographique de K. Eissler et une mise en pages de Willy Fleckhaus, édité en commun par les éditions Complexe et par Gallimard (1979, 2006. ISBN 2-07-011846-0). Photographies des personnages, des lieux voire des manuscrits donnent une vie concrète, sensorielle au souvenir de Freud et de ses contemporains, de ses travaux et de ses voyages, ancrée dans des représentations toujours choisies avec pertinence. Cet album de famille est un outil de travail précieux par son ampleur et sa précision. Il est aussi extrêmement émouvant.

On peut également signaler l’album destiné à un large public rédigé par Catherine Clément, Pour Sigmund Freud (éditions Mengès, collection « Destins », 2006. ISBN 2-8562-0460-0) qui s’ouvre par le récit de la mort de Freud, et dans lequel l’auteur s’adresse parfois directement au professeur pour évoquer sa personne. Photographies et reproductions d’œuvres d’art accompagnent un texte au style percutant qui « actualise » délibérément le récit de la vie et l’évocation de l’œuvre freudienne.