64e Congrès des Psychanalystes de Langue Française
Milan, Hôtel Michelangelo, du 20 mai au 23 mai 2004
Le processus psychanalytique
Compte-rendu
Comme l’a souligné Jorge Canestri, ce 64e CongrèsdesPsychanalystes de Langue française sur Le Processus Psychanalytique, a constitué en lui-même un processus dont les participants au dernier congrès de Milan ont fait la riche expérience. Un véritable travail de transformation s’est mis en œuvre à partir de la cristallisation opérée par les dicutants, tissant dans la trame des intervenants, une nouvelle conception, à la fois plus contenante et moins aporétique du processus, de l’épistémologie et de ce qu’il faut bien aussi appeler, de la méthodologie analytiques. Un détour obligé par la psychanalyse de l’enfant et le transfert de base fut convoqué, permettant une sorte de première configuration processuelle qui allait se prolonger dans les conclusions des rapporteurs.
Ainsi donc ce congrès fut-il le lieu et l’agent multiple d’un processus intense de transformation, permettant de mieux appréhender le processus analytique. Sa problématique renvoyait à la fois au premier Freud, de l’Esquisse, comme à celui des derniers développements, ainsi qu’à Klein et à Bion, réunissant à la fois un travail de pensée du processus et une évocation générative de ses transformations dans la réalisation. Sil y a de fait un relatif consensus à vivre le processus, il y a une plus grande difficulté à le penser et donc à en parler. C’est autour de cette réalité que se sont organisés les différents mouvements de pensée.
Une fois posé le processus dans l’inter et l’intra-psychique de la situation analysante, son asymétrie maintenue, a surgi la question des critères de validation et de l’émergence du sens. Différents modèles furent sollicités, certains endogamiques, issus de la théorisation freudienne, selon un statut métapsychologique déjà patenté, d’autres imaginaires, importés de la théorie quantique ou de celle du chaos, par exemple, permettant de rendre compte du fonctionnement non-linéaire, voire dissipatif, engendré au sein du couple analytique, par les vicissitudes transféro-contre–transférentielles. Car, tel un fil rouge parcourant la pensée du processus et de sa transformation, ce sont bien les incidences des aléas du transfert-contre- transfert qui en ont étayé le déploiement.
Sous la Présidence de Domenico Chianese (SPI), Thierry Bokanowski fit un exposé dans le prolongement de son Rapport, en ayant choisi d’articuler dans Souffrance, destructivité, processus, l a problématique de la souffrance et de la destructivité dans le processus, autour de la différenciation bionnienne entre douleur et souffrance, d’une part, et destructivité, de l’autre, organisée selon les concepts d’anti et de contre-processus, reliée à l’hétérogénéité du fonctionnement
psychique au sein de la relation transféro-contre-transférentielle. C’est ainsi que pouvait se dessiner une pensée du processus comme un procès constitué d’une alternance de moments progrédients, « l’action du processus » ou régrédients, constitués alors de plages de douleur confinant à un désespoir immobilisant, et frappés de mécanismes négativants et destructeurs, Or, pour Th. Bokanowski, cette rupture de contact interne se rejoue dans la relation analytique où s’inscrit alors parfois une collusion mortifère transféro-contre-transférentielle. Dans son appréhension clinique, il fit une large part à l’exposé et à l’analyse d’un rêve de cannibalisme d’un patient, Mr. E, dans lequel il voyait l’incapacité de ce dernier à élaborer la position dépressive, actualisée par le changement imposé d’horaire de la séance, et la nécessité de transformer cette incorporation de l’objet figé, en une introjection d’un objet pulsionnel.
Sous la Présidence de Carlo Tedesco (AIPsi.), Antonino Ferro, sous le tître L’étrange cas d’Hannibal Lecter et de son analysteDavy Crockett discuta ce Rapport en soulignant d’emblée la conception de la psychanalyse qui s’y faisait jour comme processus de développement non linéaire, et releva les difficultés que soulevait la subversion de la croissance psychique, ajoutant qu’il en allait du patient, comme de l’analyste, et de la théorie.
Reprenant le thème de la douleur, il la relia aussi au changement, géré souvent sur le seul mode de l’évacuation : en hallucinations, hallucinoses, délires, pathologies psycho-somatiques, caractérielles etc., soulignant l’importance du travail mental de l’analyste face à ces évènements permettant au patient de tolérer la douleur inhérente à la transformation, en instaurant un « modèle du fonctionnement psychique comparable à celui du rêve ». (A. Green). Selon A . Ferro, le processus qui se manifeste dans le rapport de Th. Bokanowski, à travers la persécution-dépression-ennui-découragement, doit être fait dans et par l’appareil psychique de l’analyste et ne renvoie pas alors à sa seule capacité d’endurer. Il compare alors le processus analytique à un long processus de digestion inconsciente, comme en témoigne la première phase de l’analyse de Mr. E., afin que cette douleur devienne une souffrance qui soit vécue avec quelqu’un qui doit être là où ne peut être la théorie.
Exprimant également son accord quant au lien destructivité–douleur, A. Ferro propose de considérer une certaine part de cette destructivité (instinct de mort) comme un écart entre « un excès d’afférence (sensorialité), et une capacité de transformation inadéquate (pensée) » chaque fois que les soins primaires (holding, rêverie, etc.) font défaut. Il est essentiel que l’appareil psychique, et a fortiori celui de l’analyste, n’ait jamais de d’évolution définitive. Sa discussion des vicissitudes du processus est particulièrement intéressante. Il voit dans le « On attaque » de la première séance de Monsieur E., évoquée par Th. Bokanowski, un désir d’affrontement que le silence de l’analyste transforme en défi silencieux et qui trouve son acmé dans le fantasme cannibalique du rêve : « je voudrais tuer un père que je pense comme abusant de moi » ce qui débloque le processus, car le rêve en soi, ainsi apporté, est aussi une réponse tendre à la préoccupation de l’analyste de le nourrir à l’heure du déjeûner.
Sous la Présidence d’André Beetschen,(APF) Jorge Canestri prolongea son Rapport sur: Le concept de processus et le travail de transformation. Il a posé la question de la relation que la psychanalyse entretient avec son savoir et son objet, désignant ainsi une préoccupation épistémologique qui n’allait pas manquer de rencontrer la question de l’existence d’une épistémologie spécifique de la psychanalyse. Tel était d’ailleurs notre furet au cours de ce congrès. Si la psychanalyse est une connaissance de l’inconscient et de l’extrême subjectivité, peut-elle transmettre quelque chose de ce savoir sans verser dans une démarche objectivante ? L’objet analytique est, par ailleurs, hyper-complexe.
J. Canestria choisi de laisser le concept infondé pour proposer une approche du processus analytique construite sur les sédiments de différents modèles des sciences physiques et en particulier sur le modèle d’une physique quantique pris comme modèle imaginaire, entendu dans une acception « comme si », appuyé sur la conception de l’ouverture mentale des systèmes d’auto-organisation (G. Pragieret S. Faure-Pragier) et destiné à désaturer la clôture théorique, réverbérée dans le champ analytique en interprétations saturantes (A. Ferro), choisi davantage pour ses qualités « troublantes », que pour son adéquation stricte à un aspect intra-et-interpsychique du couple analytique. Il justifie son choix du modèle quantique eu égard aux liens de l’objet et de l’instrument, et à son impact sur l’objet en tentant un rapprochement épistémologique entre physique quantique et psychanalyse, qui sera particulièrement discuté par Sylvie Faure-Pragier.
J. Canestri, semble à la recherche de nouveaux moyens conceptuels d’expression sur le processus et son travail de transformation. Il part de la dispersion du concept de processus, et citant la conception de D. Meltzer sur le processus analytique comme « produit naturel » de l’esprit, il évoque, par exemple, celle d’A. Green, complétant la théorie de l’esprit par la théorie du traitement, étayée sur « le trépied cadre/rêve/interprétabilité ».
Selon lui, l’incidence de la pathologie sur le processus rallie un certain consensus (qu’il s’agisse de la destructivité, de l’identification projective excessive, par exemple), de même que la mutation conceptuelle du transfert-contre-transfert, transformatrice du processus lui-même, et de sa conception. Toutefois, pour lui, travail analytique et processus ne sont pas équivalents, car la situation analytique peut aussi produire un non-processus (M. et W. Baranger, et J. Mom), et, comme l’a par ailleurs démontré Th. Bokanowski, un anti-processus et un contre-processus, également. Deux conceptions théoriques se juxtaposent dans son approche :
- l’une référée à la seconde théorie des pulsions de Freud, aux travaux de Klein (position dépressive, transfert négatif, mécanismes de défense primitifs), à ceux de Bion ( identification projective, concept de contenant, rêverie et théorie de la
pensée) et aux conception modernes de W. et M. Baranger et J. Steiner, J. Lacan, A. Green, M. Fain, J.-L. Donnet, C. et S. Botella, et L. Danon-Boileau,
- l’autre, consentie aux théories privées ou encore implicites de l’analyste, que J. Sandler nomme « segments théoriques », plus appropriées souvent que les théories officielles, et à haute valeur épistémologique dans la réflexion sur le processus de formation des théories psychanalytiques.
A l’appui de son emploi personnel du concept de contenant, qu’il entend comme activité particulièrement intense de transformation interne de ( et dans) la psyché de l’analyste, il a présenté deux fragments de séance d’une patiente, par ailleurs gravement traumatisée, en soulignant que le moindre écart empathique de sa part suscitait en elle des réactions catastrophiques (la haine couvée durant l’enfance et la culpabilité réactionnelle se transformant en fantasmes d’auto-mutilation), relativisant ainsi le simple emploi du concept de destructivité. Puis, décrivant un mouvement à peine perceptible de sa patiente, il a eu recours au concept bionien de « transformation en hallucinose », soulignant alors, au-delà de la nécessaire attention à l’impact du mode émotionnel de l’analyste, ses constructions théoriques dans le cours du hic et nunc.
En conclusion, J. Canestri va définir le processus à partir de quelque chose, au lieu de l’accentuer vers quelque chose, véritable postulat pour qu’intervienne une expérience de transformation et de changement.
Sous la Présidence de Jacqueline Godfrind-Haber (SP Belge), Sylvie Faure-Pragier discutante du Rapport de J. Canestri, après avoir souligné les contradictions théoriques de la babélisation analytique, dont fait état le Rapport, ainsi que l’absence de critères validant les modèles scientifiques en jeu, engagea une discussion très détaillée :
Elle souligne d’abord, dans le rapport, la notion même de processus analytique, l’approche participative avec l’abandon d’un modèle linéaire, et l’assertion de l’imprévisibilité du déroulement de la cure. Elle y reconnaît la « situationanalysante » (J.-L. Donnet), indexée d’une « capacité auto-organisatrice et d’une dynamique processuelle de désorganisation /réorganisation », fidèle à l’assymétrie et posée comme artifice. Toutefois, l’appréhension du processus conçu comme postulat par J. Canestri, lui paraît renvoyer à une circularité sophistique, et souffrir d’un soupçon de suggestion.
Elle relève ensuite le fait que les critères d’un modèle théorique ne sont remplies par aucune des théorisations actuelles de l’appareil psychique, et dit son accord à J. Canestri sur l’abandon du statut de science pour la psychanalyse. Ce qui la conduit à discuter l’utilisation du modèle imaginaire quantique dans la pensée du processus, qui se fonde sur les contraintes de l’observation, l’irreprésentabilité des objets, et la discontinuité, et les avantages du concept de métaphore. Seul lui importe l’usage de ces représentations dans la cure, et la validité de ces ressemblances dans la réflexion épistémologique analytique. Lester la cure d’une pesanteur aléatoire ne conduit-il pas à une probabilité statistique de l’inconscient ? La causalité psychique, après-coup est elle réductible à une variante aléatoire ? Elle préfère proposer une utilisation à minima de la quantique, pour favoriser la solution narrative, dont parle A. Ferro, en mettant en lumière la relative contradiction, dans la démarche de J. Canestri, entre son invitation à l’étude des théories privées, si utiles effectivement, et l’organisation très démonstrative du travail de recherche qu’il préconise. Le modèle non linéaire du chaos déterministe lui apparaît plus adapté pour rendre compte de l’hypercomplexité de notre mode de pensée. Elle se réfère ainsi aux modèles physiques de fonctionnement non-linéaires à propos des structuresdissipatives, comme par exemple dans un psychisme tendu « aux limites » où un événement mineur peut provoquer une décompensation et organiser une structure inattendue, (cf. L’impact du « moindre écartempathique » sur la patiente de J. Canestri, notation méthodologique, précisément). Le premier entretien, lui apparaît souvent « contenant » de toute la cure à venir. Elle oppose un processus affirmé dans la compulsion de répétition, vecteur d’une dynamique linéaire dans une structure névrotique à un processus comme il s’en rencontre avec certains patients proches de la psychose, ou psychotiques.
Elle souligne aussi l’importance des métaphores biologiques, en relation avec la répression de la destruction qui entraîne la vie. Le vivant qui manifeste une aptitude au changement correspond, dit-elle, à notre enjeu d’analyste. Interrogeant J. Canestri sur la multiplicité des théories - est-elle significative de notre échec ? – elle propose une figuration de la progression du couple analytique à la manière d’une crise auto-organisatrice, créatrice d’un nouveau fragment théorique, et conclut sur ce qui pourrait être aussi une véritable invention d’un fragment de la technique « un peu comme la fabrication d’unrécit ». N’est-ce pas, précisément, dans ce passage du fragment théorique au fragment technique qu’une approche méthodologique, dont elle déplorait l’absence, pourrait se situer ?
Le troisième Rapport, sous la Présidence d’Alain Fine (SPP) Sur le processus analytique : images, modèles et mythes de Fausto Petrella, a témoigné d’un souci peut-être plus méthodologique que le précédent, quand il énonce d’emblée que le thème très vaste du processus se prête à tester la personne de l’analyste.
Il entend saisir la processualité à travers les narrations dans une exploration qui se situe entre ce qu’il appelle la « cristallisation conceptuelle et terminologique de la métapsychologie et le fil discontinu du discours analytiqueen séance. » Or, tout discours au sujet du processus produit des images de processus. Ainsi, le fait de devoir parler du processus conduit d’une part à particulariser et à définir des phénomènes et des théories, et de l’autre à construire une continuité, à justifier ce mouvement processuel.
Selon lui, tous les traitements de phénomènes que nous effectuons le sont à travers une méthode relativement stable, et nos interventions diverses se fondent sur une diversité de matériaux qui comprennent également nos propres éléments associatifs et émotionnels en séance. Ces faits du processus sont innombrables. Il invoque à la fois l’accueil et la nécessaire distance à l’égard de ces matériaux, et dans un retour au premier Freud, en particulier de l’Esquisse, il valide la position de l’analyste entre le processus qui conditionne le sujet et le sujet qui pense le processus et le modifie. Il propose une figuration graphique du processus dans laquelle il trace, en abscisses, une ligne d’inspiration biologico-fonctionnelle, et de l’autre, en ordonnées, une ligne anthropologique et historico-archéologique. A leur intersection, il situe le rêve, la représentation et la mémoire, non sans faire référence au champ relationnel qu’il situe entre les deux axes.
Récusant tout courant théorique totalisant, il s’interroge sur la légitimité du processus. Celui-ci ne peut-être qu’après-coup. Il convie l’analogie du roman dont la fin transformera le récit en synthèse de la mémoire, mais il la relativise en précisant que le récit analytique doit ouvrir le sujet sur le possible et l’inconnu qui est à l’intérieur et à l’extérieur de lui. Ce qui lui permet d’affirmer que pour qu’un processus se réalise, il faut que « quelque part un changements’associe à une persistance » . Et c’est ce jeu « dramatique » entre continuité et discontinuité de l’expérience de soi et de l’autre qui peut définir l’accord précaire qui sous-tend l’idée de processus. La Gradiva de W. Jensen illustre particulièrement bien, selon lui, les différentes caractéristiques du processus, dans son tissu entrecroisé de rêves, délires et réalité.
Après avoir souligné que l’analyste entre dans les expériences de connaissance comme variable significative, il conclut sur l’évocation de l’impact du négatif, souvent sollicité, auquel il juxtapose le rôle d’une positivité possible pour fonder l’engagement dans l’analyse.
Ce Rapport devait être discuté sous la Présidence de José Luis Lopez Penalver (AP Madrid), sous le titre : Processus et procédépsychanalytiques : vertus et limites de l’analogie, par Dominique Sarfone.
Confrontant « processus » et « procéder », transitif élu par F. Petrella,D. Scarfoneappuie le « procéder », qu’il juge plus dynamique, et indique la tension existant entre procédé et processus analytiques. Il souligne aussi le choix de F. Petrella, en traitant des images, des modèles et des mythes du processus analytique, de recourir à l’analogie pour rendre figurables les transformations psychiques dans l’analyse. Freud, nous dit-il, exigeait à propos des phénomènes de l’âme, une description métapsychologique fondée aussi sur une métaphore spatiale. Or, ces modèles semblent représenter pour D. Scarfone « la plus grandeproximité formelle » à laquelle la psychanalyse peut prétendre à l’égard de la science physique, qu’elle effectue grâce à l’analogie, ce qui n’empêche pas la biologie de recourir aussi à elle pour décrire tout phénomène psychique. L’analogie se conçoit donc chez F. Petrella dans un usage de fidélité et d’utilité. Il ne donne par ailleurs aucune priorité au chemin ni au but, et D. Scarfone nous en livre la limite en définissant le but du travail analytique comme le « traçage et le forage de nombreux chemins ».
Le temps des processus intrapsychiques doit être mis en relation avec la réalité psychique, et sa matière résistante : défenses, compulsion de répétition, sentiment de culpabilité inconscient, présents dans la personne et entre deux personnes. Et D. Scarfone, d’interroger alors F. Petrella sur la limite des modèles spatiaux, figurables, et donc analogiques, à propos, précisément, de l’allégorie de la Gradiva, en recourant à une considération linguistique sur le processus psychique de substitution opéré dans Gradiva et qui sert, dit-il, à traduire inconsciemment le « gang » de Bertgang (Zoe Bertgang) qui se cache sous la femme de pierre.
Le processus analytique lui paraît ouvrir sur la réalité d’un processus historique ou praxis, action humaine, qui le conduit alors à conclure en interpellant F. Petrellasur la possibilité de départager processus et procédé analytiques. Mythes, modèles, etc. permettraient de rendre visibles les formes du procédé analytique d’investigation et de la méthode de traitement, alors que le processus renverrait plutôt à la dimension interhumaine de « procéder enanalyse », qui suppose l’imprévisible et l’immaîtrisable. Il nous faut retenir que si pour D. Scarfonenos propres référents sont suffisants pour rendre compte de nos démarches, nous avons aussi à construire notre épistémologie avant de discuter avec les autres disciplines.
Après la scansion des différents ateliers, eut lieu, sous la Présidence deViviane Chetrit-Vatine (SP Israël), un débat sur « Le positif et le négatif dans le processus analytique » constituant un début de synthèse sur le concept de processus et le travail de transformation.
Jacqueline Amati-Mehler a d’abord posé, à partir de l’évaluation du négatif et du positif influençant le processus, et en relation avec le Rapport de Th. Bokanowski, la question d’une aire psychotique ou narcissique dans l’organisation psychique névrotique. Elle a été frappée par le décalage entre la théorie et la technique, citant un Bion parlant de non-analysibilité de certains patients faute de niveau de symbolisation suffisant, elle a souligné la pesanteur considérable du contre-transfert. Marie-France Dispaux a repris la discussion autour des aspects positifs et négatifs du travail analytique. Du côté positif, l’organisation du cadre, organisateur psychique, et sur l’autre versant, les attaques du lien. Le travail analytique proposé apparaît alors comme l’ultime protection contre l’anéantissement et le vide. L’analyste porte le positif du patient et doit avoir la capacité de contenir la destructivité. Et si « la théorie n’empêche pas d’exister », elle nous permet, selon elle, à certains moments de survivre. Stefano Bolognini a souligné la composante spatiale du travail analytique. Le négatif se caractérisant par la composante mortifère des contenus internes empêchant la nutrition mentale, turbulences qui doivent pouvoir s’exprimer. René Roussillon a discuté l’anti-processus et le contre-processus de Th. Bokanowski en réfutant le processus analytique. Il existe pour lui un processus psychique où un certain travail de symbolisation s’effectue grâce au vecteur de la répétition qui permet une transformation si de nouvelles données sont permises. Et pour cela, il est nécessaire de vivre quelque chose que le patient veut faire vivre et donc savoir : l’histoire, pour penser et transformer le
processus de désymbolisation qui justifie qu’à côté de la conflictualité, soit convoquée la paradoxalité de cette réalité psychique complexe.
Th. Bokanowski a répondu en reliant le contre-processus et l’anti-processus à l’hétérogénéité du fonctionnement psychique inscrit dans la transférabilité, alors que R. Roussillonne voit la violence qu’en messagère. Reprenant alors l’influence de Bion, A. Ferro souligne le rôle de ses outils conceptuels qui nous permettent de travailler dans les pathologies contenant-contenu. Pour F. Petrella, le négatif de nos patients est un défi pour nous. Rappelant que le processus travaille en silence, J. Canestri considère le temps comme argument du processus.
Un second débat, sous la Présidence de Martin Gauthier (SP Montréal) était consacré à « Le transfert de base dans la psychanalyse des enfants et des adolescents », resituant ainsi le sexuel infantile au cœur du processus.
Mario Bertolini, en présentant une adolescente de seize ans a insisté sur la reconnaissance de l’autre qui donne un sentiment de soi au milieu d’un équilibre paradoxal, où existe aussi le besoin de détruire. Dominique Arnoux, évoque à propos d’un enfant de huit ans des états-affects, sorte de « quanta-bruts » que l’analyste doit réfléchir dans son amour de contre-transfert. Tonia Cancrini, parlant de la projection de moments de désespoir d’un enfant de trois et demi a insisté sur l’importance de ces éprouvés transférentiels et contre-transférentiels, permettent la reconstruction d’un objet interne fiable. Rodolfo Rodriguez, devait présenter une situation assez atypique de la prise en charge analytique avec un enfant de quatre ans, messager d’une mère en épisode maniaque, situation à propos de laquelle il concluait qu’en laisant se produire un scénario, il pouvait voir se mettre à l’œuvre l’infantile, appuyé suruntransfert de base, dont Fl. Guignard dira dans la discussion qui s’ensuivit, qu’il ne se conçoit pas sans un contre-transfert de base.
C’est alors que Paul Denis proposa une intervention conclusive sur l’ensemble des débats. Remise en question ou réduite, la notion de processus s’est maintenue, considère-t-il. L’humour d’A. Ferro s’est montré un antidote à la souffrance et à la douleur, dont nous avait parlé Th. Bokanowski au cœur du contre-processus et de l’anti-processus. Le débat serré et passionnant entre J. Canestri et S. Faure-Pragier a déjoué les sortilèges des modèles pour les circonscrire avec rigueur. F. Petrellaa relativisé l’universalité du processus en le renvoyant à sa dimension pluri-dimensionnelle. Il a souligné la distance de D. Scarfone à l’égard des métaphores. Reconnaissant l’existence d’une différence entre les procédés de l’analyse et le processus qui en résulte. P. Denis retient aussi la fonction potentielle dans l’analyse avancée par R. Roussillon et d’autres, et conclut en apportant une dimension de la sexualité qui n’est pas seulement l’infantile. Ainsi, dit-il, partis d’une perspective inscrite dans les troubles, nous sommes parvenus à la notion d’un processus global, acceptant l’utilité des métaphores, qui nous permettent la figuration, en même temps que « nous développons une sorte de pragmatisme intelligent».
Sous la Présidence de Betty Raguse (SP Suisse) André Green fit un exposé sur le thème du congrès.
Ayant souligné nos différences techniques d’avec celles de Freud, en posant le couple analysant-analyste, A. Green a considéré que dans la pensée du processus on part de quelque part, même si tous ne partent pas du même point. Quant à sa fin, citant C. et S. Botella, il opte aussi pour l’inachèvement. L’heureuse issue, au regard de la métapsychologie freudienne, concerne le névrosé. Reprenant J. Canestri, A. Greenaffirme aussi que l’on ne peut dissocier une théorie du traitement d’une théorie de l’esprit.
Ce qui lui apparaît le plus important dans la théorie du processus est qu’elle soit une théorie du mouvement (cf. L’Esquisse) de l’affect par rapport aux représentations, ce qui place la représentation au cœur du dispositif analytique. Le processus peut alors être défini comme un mode d’organisation dynamique en mouvement, impliquant des organisations de régimes différents. Comment ce que connaît l’analyse permet-il d’influencer le mode de connaissance et l’action de l’analysant, interroge-t-il ? La psychanalyse moderne s’est appliquée à déterminer le postulat fondamental permettant l’avancée. Bion, par exemple, a placé la fonction alpha, correspondant à la capacité d’abstraction, et ce faisant, a fondé le concept de transformation, qui nécessite le temps. Soulignant avant de conclure qu’il existe différentes formes d’analysabilité, il assigne comme but final clinique que nous poursuivons, celui de la découverte et de la possibilité de l’autre, d’aimer, de se quitter, de se retrouver, sans catastrophe. Puis, reprenant la conception de J. Canestri, il affirme qu’il nous faut comprendre sur quelle théorie de la connaissance nous nous appuyons et quel est le mode d’effectivité que notre connaissance peut transformer dans la connaissance que l’analysant a de lui-même et des autres.
Th. Bokanowski, en réponse à André Green, a rappelé que l’hétérogénéité extrême du processus analytique nous conduit à une hétérogénité conceptuelle dans une écoute de la cure. La difficulté du processus –notion ou concept ?- réside dans le fait qu’il touche à l’ensemble du champ analytique. J. Canestri a appuyé le problème de la théorie de la connaissance repris par A. Green et a redit les différents niveaux de complexité. Et F. Petrella a souligné sa démarche fictionnelle dans l’appréhension du processus et a semblé donner son accord à A. Greensur la finalité.
Dans une intervention conclusive, Fernando Riolo a repris la légitimité du processus et son acception restreinte par S. Faure-Pragier : une succession temporelle qui acquiert une unité par rapport à un état final. Il s’interroge sur le niveau auquel va se situer une théorie de l’esprit et une théorie du traitement. S’agira-t-il d’un modèle descriptif ou explicatif dont a parlé D. Widlöcher ? Pour lui, le thème du congrès concerne une techné, qui se distingue d’une expérience humaine commune. En 1938, Freud parle de transformer le processus inconscient. Avons-nous un accord là-dessus ? Se référant au modèle bionien de la relation entre un sein et une bouche, F. Riolo considère que le processus excède la relation. Il est impossible de prévoir son développement ou sa direction, aussi la métaphore du chemin est-elle inopérante. Il propose, comme D. Scarfone, de distinguer entre l’objet del’analyse et celui des procédures d’investigation, sujettes à des règles. Or, l’analyse, pour lui, sert à explorer les processus psychiques qui fonctionnent selon le déterminisme psychique. Le congrès Pan-américain de Buenos-Aires, en 1960, a mis en lumière les forces contre-processuelles, dont A. Green a proposé le modèle, revisité par Th. Bokanowski. F. Riolo veut relativiser l’isomorphisme de l’esprit et du processus d’un Meltzer, et propose pour opérer la transformation analytique, la référence à une théorie du rêve comme théorie de transformation, et le passage, avec Bion, à une théorie de la pensée du rêve, véritable système de transformation de significations. La connexion entre ces deux théories est le modèle de ce que nous cherchons. En étant confrontés à de nouveaux modèles, conclut-il, nous pourrons comprendre le processus psychanalytique.
Dans les Réponses des Rapporteurs, F. Petrella a rappelé l’utilité des modèles en particulier dans la dimension intersubjective qui accompagne le travail sur le transfert et le contre-transfert, dans l’accompagnement de la compassion et de l’attention.
J. Canestri a repris son idée d’un processus par complexification. Il a repris les pensées qui lui avaient inspiré des pensées nouvelles, notamment celles du micro- et macro-processus (G. Diatkine), la question du temps (J. Guillaumin), l’après-coup (A. Gibeault), les dernières propositions d’ A. Green et de F. Riolo, celles, épistémologiques de M. Bertrand et de S. Lambertucci-Mann, celles de S. Bolognini reliant changement dans l’analyste et changement dans le patient. Il a cité aussi la possibilité, en utilisant le concept de champ, de penser dans un modèle nouveau de réfraction, le concept d’hallucinose (A. Ferro). L’oscillation entre la fin et les moyens (J.-L. Donnet et D. Scarfone). Sans parler du processus iatrogène (J. Amati-Mehler).
Th.Bokanowski, dernier intervenant, apportant sa conclusion au Rapport, livra une conclusion plus générale du processus. Il a d’abord repris la distinction entre le Vorgang, moteur de la cure, animé dans la temporalité par la force des processus psychiques, et le Prozess, qui concerne l’ensemble des procédures (B. Chervet), (nettement moins exploré dans le congrès que le Vorgang). Puis, soulignant l’analysabilité et la transférabilité, il s’est référé aux parties névrotiques et psychotiques de la personnalité, ainsi qu’aux possibilités de transformations psychiques, tant dans le patient que dans l’analyste, ceci pour la positivité du processus. Evoquant son autre face, il s’est appuyé sur la théorisation par Biondes résistances à l’inconnu et aux angoisses douloureuses, soulignant une fois encore les incidences du fonctionnement hétérogène chez tout sujet, ainsi que sur celle du travail du négatif et de la désobjectalisation d’A. Green.Face aux différentes identifications projectives du patient,l’analyste aura à plonger dans ses propres mouvements régressifs tout en assurant une réceptivité qui le constitue en un objet primaire qualifiant. Ainsi se saisit pour Th. Bokanowski la finalité du processus : assurer une tranformation de chaque protagoniste de la cure, celle de l’analysant, en parvenant à être plus au contact de contenus psychiques douloureux, celle de l’analyste, en supportant l’incertitude liée à tant de référentiels théoriques hétérogènes, et en restant « ouvert » « à l’essence (la nature) subversive de la méthode sans en faire une conviction idéologique ».
C’est précisément cette ouverture qui médiatise la rencontre analytique, car la théorie, fut- elle en segments, n’est jamais en unique et directe relation avec les contenus du patient dans la psyché de l’analyste, elle se situe bien plutôt dans une référence tierce, étayante de ses mouvements de pensée, sur laquelle le thème du congrès avait voulu jeter un éclairage grossissant. Pendant ces quatre journées de travail analytique, l’ensemble des participants, silencieux comme intervenants, sont parvenus à donner sens au concept de processus.
Béatrice ITHIER (SPP)