66e Congrès des Psychanalystes de Langue Française
Relations d’objet et modèle de la pulsion
Un congrès francophone à Lisbonne
C’est sous le signe d’une francophonie élargie que le congrès des psychanalystes de langue française (CPLF) a réuni environ 670 collègues à Lisbonne, du 25 au 28 mai 2006, dans une capitale où la langue française fut, pendant plusieurs décennies, la langue étrangère obligatoire enseignée dans les établissements scolaires. Cette manifestation a bénéficié du soutien de la Ministre déléguée à la Coopération, au Développement et à la Francophonie qui en accordant son parrainage au CPLF écrivait aussi dans sa lettre du 5 octobre 2005 : « Je voudrais par ailleurs vous féliciter et vous remercier pour le travail accompli par l’association « Société psychanalytique de Paris ». J’en connais la qualité et je sais qu’elle est reconnue sur la scène internationale ».
A entendre l’usage aisé de notre langue par nos collègues portugais, tous les francophones présents purent constater l’efficacité de l’enseignement du français au Portugal. Le Président Pedro Luzes coprésida les deux premières séances du congrès en association avec Gérard Bayle, Président de la Société psychanalytique de Paris. Il y eut ensuite Teresa Flores présentant son rapport, et Manuel Matos sa communication conclusive, ainsi que Fatima Cabral et Luisa Branco Vicente participant à des tables rondes, et enfin la présence très active d’autres collègues portugais dans les travaux des Ateliers, parmi lesquels Raquel Cavaleiro et Paula Oliveira.
Une autre particularité très singulière de notre manifestation francophone a été le grand intérêt qu’elle a suscité au Brésil. Ce mouvement s’est concrétisé par la présence d’une quarantaine de psychanalystes issus des Sociétés psychanalytiques Brésiliennes de Sao Paulo, Rio de Janeiro, Porto Alegre. Cette dernière métropole est le lieu de résidence de Claudio Eizirik, Président de l’API nouvellement entré en fonction, en août 2005. Dans un français impeccable et rythmé par son enthousiasme, le nouveau Président de l’API ne s’est pas limité à ouvrir la manifestation du CPLF par une allocution institutionnelle.
Le lendemain, dans une intervention de trente minutes qui a été discutée par l’auditoire, il a développé son point de vue sur l’état des lieux de la psychanalyse contemporaine, à partir du thème même du Congrès. A sa suite, Luis Carlos Menezes, Président de la Société de Sao Paulo, a discuté subtilement et avec une maîtrise parfaite de la langue, le rapport théorico-clinique présenté par Teresa Flores.
Cet usage aisé de notre langue est, bien sûr, à rapporter à l’attention qui est portée à la psychanalyse française, entre autres choses pour la place qu’elle continue d’assigner à la lecture de Freud, et aussi au rôle déterminant de la pulsion dans la théorisation. Le thème du congrès RELATIONS D’OBJET ET MODÈLE DE LA PULSION a suscité curiosité et intérêt. L’interrogation lancée par Bernard Brusset, de l’intérêt d’une « troisième topique » a été discutée avec passion. Il faut dire que Lisbonne, la ville de Pessoa, était le lieu privilégié où pouvait se dire ce questionnement, écho étonnant à une phrase de ce grand écrivain sous la plume de l’un de ses hétéronymes : "je me demande même si cet espace intérieur ne sera pas simplement une nouvelle dimension de l’autre".
Le premier signe de cet intérêt autour de ce Congrès de Lisbonne, a été, parmi nos voisins européens comme au Canada, au Brésil et même en Argentine, la tenue tout au long de l’année, de séminaires de préparation au congrès, déjà nombreux et très fréquentés chez nous. Et cet intérêt s’est ensuite manifesté par un grand nombre de congressistes venus d’une douzaine de pays et qui ont participé par des interventions à la tribune, mais aussi depuis la salle, d’une façon spontanée.
Comme à chaque congrès depuis sa fondation par un groupe de psychanalystes français et suisses, en 1926 sous la dénomination de Conférence des psychanalystes de langue française, nos collègues suisses ont été très présents pour accompagner leur nouveau Président Giuseppe Scariati qui co-anima l’atelier présidé par Raymond Cahn, sur la subjectivation. Très attentifs, ils concoctaient déjà leur accueil spécifique du CPLF à Genève en 2008 sur le thème « Constructions.... » proposé par le rapporteur Jacques Press. Mais il n’y avait pas seulement les collègues de la Suisse romande ; ceux de Berne, Bâle, Zurich ou Locarno nous ont bien montré que le français restait encore une langue bien vivante dans la plupart des composantes de leur société.
Quant aux nombreux collègues belges, très actifs autour de leur Présidente Nicole Minazio et de leur Présidente « elect » Marie France Dispaux, ils se préparent, paraît-il, à une invitation du CPLF...en 2016.
Deux ans après notre rendez-vous d’Athènes en 2010 pour lequel les rapporteurs Marilia Aisenstein et Françoise Coblence ont d’ores et déjà été désignés pour traiter du thème « Entre psychique et somatique : flux et reflux », les analystes espagnols de l’APM et de la SPE paraissent heureux de recevoir la manifestation dans la ville de Bilbao en 2012,
Il faut dire aussi la grande qualité des interventions de nos amis italiens de plus en plus nombreux, de plus en plus francophones pourrait-on dire si on se réfère au travail de l’ensemble du Bureau de la SPI, avec Anna Ferruta et Giuseppe Squitierii ainsi que la forte participation de Nino Ferro, et la présence si psychanalytiquement suggestive de Jorge Canestri et Jacqueline Amati.
Un mot, encore, pour notre dernière société composante, celle d’Israël situé au carrefour de nombreux héritages culturels et dont la déléguée exprime avec clarté les enjeux des nécessaires confrontations entre les courants anglophones et francophones.
Et pour finir, remercions le grand groupe de canadiens venus d’outre-atlantique, avec les termes de notre langue originaire pour nous dire que la francophonie a encore de beaux jours devant elle.
Oui, la psychanalyse francophone est ouverte aux débats, et simultanément elle est ancrée dans une tradition freudienne qui lui confère la fiabilité si nécessaire à la création du « nouveau » que Bernard Brusset, aux côtés de Gérard Lucas et de Teresa Flores, a voulu susciter avec l’originalité de son travail.
Après la lecture, dans les pages suivantes, des comptes-rendus des séances plénières et aussi de chaque atelier, prenons date de notre rendez-vous pour le prochain congrès organisé conjointement par l’Association psychanalytique de France et la Société psychanalytique de Paris. Il se tiendra en plein coeur de Paris, au plus près de l’antique Lutèce, au Palais de la Mutualité, du 17 au 20 mai 2007.
Georges Pragier et Rémy Puyuelo Michèle Emmanuelli et Félicie Nayrou, secrétaires scientifiques et membres du Comité scientifique