Conférence Vulpian du 14 novembre
2001
Elsa Schmid-Kitsikis
Les traumas de la passion à ladolescence [1]
Plus que pour n'importe quel autre âge, la distinction
biologique/soma, objet externe/socius est sollicitée
avec l'apparition de l'adolescence. L'adolescent est
pris entre des forces contraires, celles qui l'attirent
vers la réalisation de ses désirs incestueux et qui
nécessitent un espace à huis clos, disponible
aux aménagements psychiques qui favorisent de telles
sollicitations et celles qui répondent ou résistent
à une autre nécessité : faire partie d'un groupe
social, où il pourra se confronter à la différence
et à la ressemblance. L'adolescent est ainsi mobilisé
dans ses capacités, lorsqu'elles sont présentes, à
utiliser son potentiel transformationnel, afin de
gérer le nouveau regard qu'il désire dorénavant porter
sur lui-même, selon une dimension symbolique qui tient
compte de la différence des sexes et des générations ;
afin aussi d'être aidé dans son désir de faire partie
du monde social de ses congénères. Il se trouve par
conséquent au centre du grand chambardement que subissent
les repères jusque-là établis ; mouvements de
transformation en profondeur, sollicitant le corps,
les choix identificatoires et les tentatives d'insertion,
souvent douloureuses, dans le cadre d'une communauté
de pairs.
J'ai constaté, à travers ma pratique clinique, que
l'analyse de la conflictualité et du fonctionnement
psychique propres à l'adolescent est surtout révélatrice
de sa spécificité, lorsque le processus qui mène à
l'adolescence est déjà vraiment engagé, la première
période étant encore sous l'entière domination du
pubertaire.
[2]
Dans la perspective des travaux psychanalytiques
actuels francophones, l'adolescence est considérée
comme un processus de transformation gérant des fonctionnements
psychiques en pleine évolution, les difficultés rencontrées
par l'adolescent étant considérées essentiellement
à travers les entraves à cette activité de transformation
: primauté du narcissique sur l'objectal, primauté
de l'excitation sur les processus d'intériorisation,
fragilité des limites rêve / éveil ainsi que des repères
identitaires, confusion des désirs issus du conflit
oedipien, des exigences de la génitalité et de celles
de la bisexualité, des nécessités liées au renoncement
oedipien. L'intrication des mouvements pulsionnels,
des défenses anciennes et nouvelles, des mécanismes
d'introjection et de projection en particulier, est
telle que le thérapeute ne possède pas les moyens
de pronostiquer l'issue d'une cure, sauf dans le cas
de certaines pathologies lourdes, ce qui ne facilite
pas ses échanges avec les familles et les institutions.
La primauté des mécanismes de destruction, le recours
fréquent à des représentations mortifères, placent
au premier plan les particularités du fonctionnement
préconscient, de ses mouvements de liaison et de déliaison.
Les tendances à la déliaison s'illustrent à travers
la fragmentation des liens des représentations au
service du Moi, les tendances à l'agir, à la resexualisation
des identifications et des processus de pensée. Le
fonctionnement psychique laisse apparaître sa vulnérabilité,
le système de pare-excitation du Moi, moins opérant,
expose l'adolescent aux excitations internes et externes,
à l'institution de mécanismes, de déni, de négativisation,
de clivage particulièrement mutilants.
Les risques de décompensation mentale, d'effondrement
psychique (dans le sens de Winnicott), la remise en
question des fondements de l'identité sexuelle et
sexuée sont au centre de la vulnérabilité adolescente.
Elle exacerbe les tendances à des attachements ignorant
ou révélant l'absence d'une problématique objectale,
débouchant sur des fonctionnements passionnels, qu'aucune
instance « calmante » ne permet de rendre
psychiquement intériorisables.
L'adolescent doit faire le deuil de son enfance,
en préservant, dans le meilleur des cas, une forme
de nostalgie, lui permettant de revivre, à travers
sa descendance, les affects positifs et ambivalents
de son enfance. Si la primauté narcissique et l'expérience
qui en découle lui font découvrir ou redécouvrir des
sensations, des affects et des désirs jusque-là ignorés
ou tombés dans l'oubli, l'amenant à explorer et à
se projeter dans le vécu d'une personne sexuée, elles
représentent également une menace renforcée du côté
de l'intégrité psychique. Dans ce sens, les expériences
homosexuelles constituent à la fois un refuge contre
la peur de l'hétérosexualité, mais aussi la confirmation
narcissique, spéculaire, de sa propre identité sexuelle.
L'angoisse, qui peut prendre chez l'adolescent les
accents d'une tragédie, se situe face à l'affrontement
de l'acte sexuel. La rencontre du sensuel le place
face à l'angoisse provoquée par une jouissance sexuelle
accompagnée du sentiment océanique décrit par Ferenczi,
sentiment qui efface tout repère, sorte de no man's
land, particulièrement terrifiant. La recherche
du même, entre autres dans l'état amoureux, peut répondre
à un besoin de trouver des points communs réels ou
inventés, de gommer les différences, sans toutefois
aller jusqu'à effacer la différence des sexes. Cette
recherche peut aussi révéler une intolérance face
à la dissemblance, une peur massive de la relation
différenciée, conduisant à des ruptures brutales,
à de l'évitement, du déni, des vécus persécutoires,
des désirs de mort, ces derniers étant souvent vécus
comme moyens de s'affirmer et non nécessairement comme
recherche de destruction.
Concentration de mouvements contradictoires, d'injonctions
paradoxales, de sens latents. La complexité de l'organisation
psychique de l'adolescent nous révèle la qualité du
regard que ses parents portent sur celle-ci, regard
différencié ne menaçant pas les désirs d'autonomie
et la constitution de l'identité de l'adolescent,
regard de « parents combinés », selon la
conception de M. Klein, débouchant sur la prégnance
d'une imago maternelle, dont la toute-puissance devient
l'objet de tous les dangers. Ce sont de telles configurations
qui président, pour le meilleur et pour le pire, au
travail du psychanalyste d'adolescents.
L'éprouvé de la passion est au centre du vécu adolescent
Dans ses formes les plus contradictoires, la passion
s'exprime comme une flambée d'une telle intensité
qu'elle peut entraîner aussi bien, par ses excès,
une ouverture créative orientée vers la vie, qu'une
extinction psychique dont le calme apparent suggère
l'imminence d'une mort psychique ou réelle.
D'où le sentiment d'un manque total de liberté, d'une
absence de temps psychique pour la réalisation de
désirs ; l'impression d'un mouvement pulsionnel
obsédant et douloureux qui prend naissance au fin
fond du Moi ; l'exigence psychique de rester
accroché à l'autre en un mouvement circulaire permanent.
La compulsion d'une répétition sans limites laisse
apparaître ce que Ch. David
[3] nomme « une fascination de l'illimité,
qui aimante leurs projets, quels qu'ils soient, ... ».
La passion est ainsi l'amour impossible : elle
exige la fusion, la passivité de l'amour absolu, de
l'amour fou, et ne s'accomplit pleinement que dans
le désir narcissique de la mort, dans la mort.
Car l'amour ne peut survivre dans sa pulsionnalité
et sa subjectivité que grâce à la capacité d'objectalisation
qui garantit, à travers le lien créé avec l'autre,
ce que la passion ne permet pas, l'espace narcissique
du rêve et de l'illusion. La passion est vécue comme
l'éprouvé d'un moment, l'amour comme celui
d'un processus psychique.
D'où la nécessité de distinguer état passionnel
et état amoureux en fonction entre autres des
aléas de l'investissement corporel, de la place du
conflit psychique et du statut de l'objet dans l'une
ou l'autre des configurations.
Les mouvements du transfert illustrent bien ces moments
d'ouverture ou de défaillance. Le lien qui passe par
l'objet ouvre des perspectives, un espace de création
et de symbolisation. Il reconnaît la place du fantasme
et du projet. Il sollicite le jeu des identifications.
La passion, par contre, en plaçant au second plan
le désir et la satisfaction sexuels dans ce qu'ils
nécessitent comme rencontre, comme partage, comme
espace de rêverie qui inclut l'autre, suggère la répétition
sans fin d'une expérience oubliée, l'inachèvement
d'une rencontre. Tout lien durable, même s'il est
vécu comme éternel, devient impossible, ne serait-ce
qu'en raison des limites qu'instaure cette répétition.
Les moyens de son expression, les gestes, les mots
étant inaptes à traduire l'intensité, l'avidité, l'étendue
du désir pour l'autre ; ce désir se referme sur
lui-même, tend à se confondre, à se dissoudre et à
se perdre. Cet inachèvement entraîne dans son sillage
une nostalgie indicible, ineffaçable.
L'analyste se sent souvent désarçonné et impuissant
devant l'expression de la passion, devant l'absence
de toute ambivalence et d'espace pour la représentation
de soi, la représentation de l'autre, pour le va-et-vient
des mouvements et des avatars de la pulsion. Le passionné
est habité par la douleur et par les tourments.
Et pourtant, en venant consulter, cet adolescent
de douleur est rarement à la recherche d'un apaisement
psychique ou physique, mais plutôt d'un moyen susceptible
tout à la fois de lui permettre de fuir ses tourments
et de continuer à satisfaire son désir de possession,
de présence constante de l'autre, de pérennité de
ses sentiments.
La passion signe la suprématie de la douleur sur
le plaisir. La perte, l'absence, le manque ne prennent
pas corps dans la douleur qui ne parvient pas à sa
forme psychique de souffrance.
La passion constitue un complexe où pensée/non pensée,
amour/haine, vie et mort s'assimilent l'un l'autre.
Ce complexe nous interroge car il peut aussi
bien s'ouvrir à la création ( artistique, scientifique,
littéraire) qu'entraîner la destruction. Le choix
du suicide est souvent celui du couple passionnel
adolescent. Il ne voit d'autre issue à son vécu aliénant,
dépassant de loin la réalité romanesque, que la mort
dans un enlacement à la forme originaire, celle de
l'infans et de sa mère.
Le vécu passionnel renvoie au conflit entre éprouvés
du besoin et éprouvés du désir. Dans
le meilleur des cas, il concerne, du point de vue
des conditions d'investissement, l'objet partiel,
dans le pire, celui de l'éprouvé lui-même considéré
comme objet de plaisir ou de déplaisir. Il permet
de prolonger l'excitation à travers l'impression d'un
soi pulsionnel, d'un soi sensoriel.
La passion s'exprime ainsi moins en termes d'affects
élaborés qu'à travers une gamme de sensations corporelles
ou idéïques (ces dernières renvoyant à la conception
bionnienne qui fait émerger la pensée du corporel),
généralement ignorées par le sujet lui-même, lesquelles
pourraient constituer, si tout se passe bien, les
prémices d'une symbolisation future.
Ses expressions les plus extrêmes se moulent dans
des modes de figuration qui sont ceux entre autres
de l'envie, de la fusion, de l'absorption, de l'idéalisation,
de la fascination, du fanatisme. Ils révèlent le conflit
qui se joue entre mouvements pulsionnels d'emprise
et de satisfaction (P. Denis). L'investissement à
long terme du ressenti lui-même, en tant que source
de plaisir ou de déplaisir, à la place de l'objet-soi
ou de l'objet-autre, rend compte de la toxicisation
ou de la fétichisation de l'éprouvé (je pense
ici au roman de Süskind, Le Parfum, et l'investissement
que fait le héros, Grenouille, de l'odeur).
Dans notre époque actuelle où le temps se comprime,
se conçoit essentiellement dans une mise en acte virtuelle
et perd ainsi sa valeur structurante, on peut se poser
la question de la valeur de l'acte thérapeutique que
l'on propose à l'adolescent, alors qu'il semble avoir
peu de signification pour lui. Comment amener l'adolescent
entraîné par ses passions, ses exaltations, ses excès,
dans son désir de court-circuiter toute référence
à une temporalité psychique, à s'engager dans une
démarche qui non seulement représente un obstacle
au fonctionnement psychique qu'il désire imposer à
son entourage, mais qui surtout se situe en porte-à-faux
avec les exigences d'efficacité et de compression
temporelle de la société d'aujourd'hui ? C'est dans
le cadre de tels questionnements que se situe de nos
jours la pratique thérapeutique avec les adolescents.
Notre travail clinique révèle que si notre activité
de psychanalyste est préférentiellement celle d'une
écoute des processus de liaison et des mouvements
de vie de l'activité psychique des adolescents, il
n'en demeure pas moins que nous nous trouvons aujourd'hui
dépassés par la gravité de leur défaillance. Les choix
passionnels substitutifs, de plus en plus nombreux,
de l'adolescent en sont la preuve concrète et non
symbolique.
Dans la réalité de ce processus, que je conçois pour
ma part dans la perspective du devenir adulte,
l'adolescent éprouve un mal-être dans son corps,
dans ses liens à l'autre, dans le monde de ses rêves
et dans sa pensée. Se sentant débordé dans
son corps, il a tendance à s'approprier des objets
qui prennent fonction de fétiches. Le corps de l'autre
se spécifiant comme objet de désir acquiert le statut
d'objet désirant. L'autre, devenant ainsi à la fois
objet et sujet de désir génital, complique singulièrement
le processus qui mène à l'élaboration d'une identité
sexuelle ; différent ou semblable, ne pouvant
être ignoré en raison de son statut d'objet désirant,
il est à l'origine du conflit narcissique qui déstabilise
le sujet et détermine un état de repli. L'activité
de pensée s'inscrit directement dans de tels conflits
psychiques. Elle devient refuge, menace, complaisance,
jouissance, performance ; la fonction créatrice
du rêve devient aléatoire.
Se pencher sur la vie psychique de l'adolescent nécessite
l'analyse de ses processus psychiques à l'oeuvre (investissements,
mécanismes intra-psychiques, identifications), à partir
des mouvements de régression et de réélaboration qui
illustrent la virtualité de son devenir adulte. Les
mouvements du transfert et du contre-transfert sont
indicatifs de sa capacité à aborder le registre de
la régression avec ou sans destructivité, de faire
ou non un retour sur lui-même, de transmettre ses
potentialités d'adulte en devenir, d'associer librement.
Ils éclairent la valeur économique du vécu
narcissique, à la fois dans ses mouvements de repli
auto-érotique et d'ouverture vers le tiers, la dynamique
des traces, conflits et failles précoces, la disponibilité
de l'expérience sexuelle infantile, les destins
de l'histoire traumatique.
L'adolescence sollicite les mouvements de synthèse
et de rupture de l'espace du rêve en tant que lieu
de transformation de la vie psychique, en tant que
lieu nourri mais surtout menacé par les exigences
du corps et de la pensée.
Rêver est le privilège de celui qui a eu la
chance de s'épanouir dans un milieu contenant, pourvu
d'amour et de liens objectaux, suscitant le renoncement
aux excès de la pulsion pour l'amour de cet objet,
avec remise à plus tard de la satisfaction. L'intériorisation
est ainsi possible. Par contre, l'absence du tiers
virtuel dans le lien primaire à l'objet peut entraîner
des enkystements précoces de survie, dont les formes
d'automatisme indiquent que la place du sujet
est grandement compromise. Les affects douloureux
ne sont ainsi ni refoulés, ni contre-investis ;
les conflits sont déniés, les agirs prédominent et
la répétition qui qualifie le fonctionnement
psychique, qu'elle soit hallucinatoire par sa qualité
représentative évanescente ou perceptive par
son imagerie entêtante, souligne l'enraiement et l'inachèvement
des processus dont dépendent les tentatives de mise
en figuration du sujet.
L'agir n'est pas l'action. L'action
exige un espace de transition rendant possible
une suspension occasionnelle, un contenant pour une
pensée en liberté, en disponibilité pour l'action.
Agir constitue la défense de celui qui a manqué
d'amour ou d'objet satisfaisant. Le temps, l'espace,
sont absents ou compromis dans leur fonction de représentation,
la capacité d'attente
[4] , nécessaire pour que l'illusion
ne dégénère pas en certitude mutilante par décharges
motrices incontrôlées sans prise sur le monde extérieur
ou en hallucinations tout aussi dommageables, est
particulièrement déficiente car source possible de
souffrance et de menaces.
L'agir dévie de la voie du renoncement et
signe la recherche de satisfactions immédiates. Il
est le constat des défaillances de la fonction contenante
qui met à jour les failles narcissiques en lien avec
les difficultés précoces d'établissement de la relation
d'objet. A cause des souffrances de son passé, l'adolescent
cherche à dominer l'objet, à l'exploiter et à tirer
un profit narcissique en confirmant sa toute-puissance
aux dépens d'autrui. La pensée, le rêve sont évités,
l'activité de liaison est rendue impossible par la
prédominance des automatismes de répétition.
Dans leurs formes les plus archaïques, ces automatismes
signent l'échec du phénomène d'illusion. Le traumatisme
qui en fait partie ne fonctionne que sous ses aspects
excluant tout remaniement dans l'après-coup, ancre
au coeur du psychisme sa destructivité et empêche
le processus de subjectivation d'advenir. Le travail
psychique est refusé, car susceptible de faire resurgir
la souffrance, la découverte d'être non-aimé.
Cet agir se retrouve dans les relations amoureuses
de l'adolescent.
De nos jours, l'adolescent expérimente précocement
une sexualité agie aux multiples visages
(comme si l'« autre parental » était devenu
tous les « autres ») ou encore une mise
en ménage précoce, cette dernière configuration
rappelant étrangement le flou incestueux du couple
fraternel cherchant à éviter, alors qu'il est idéalisé,
le couple parental et ses liens de dépendance.
A regarder de plus près, la sexualité précoce de
l'adolescent, multipliée dans des essais sans lendemain,
s'apparente le plus souvent aux procédés libertaires
des couples qui pourraient avoir l'âge de leurs parents,
dont les partenaires mènent une vie sexuelle apparemment
libre, chacun de son côté. L'adolescent peut se lancer
dans des expériences sexuelles, parfois dangereuses,
afin surtout de tester son courage, son endurance,
et non son plaisir. Il peut ainsi se penser lâche
de ne pas avoir pu supporter l'agressivité d'un partenaire.
Par le passé, le journal intime, les liens aux confidences
particulières, jouaient le rôle d'un tiers sécurisant.
Aujourd'hui, ce rôle est souvent tenu par le consultant.
Freud, à propos de L'homme aux loups
[5] et des changements pubertaires,
avait déjà noté qu'avec la puberté, le courant sexuel,
en l'occurrence viril et fortement sensuel, qu'il
s'agit de qualifier de normal, fait son apparition
et se trouve orienté vers l'objectif approprié à l'organisation
génitale. C'est ce même courant qui lutte contre les
inhibitions dérivées du résidu de la névrose infantile.
Tout se passe comme si la nouvelle jouissance est
telle que le reste des investissements corporels ne
peuvent être qu'inhibés ou encore déplacés, négativisés,
déniés. Les contre-investissements qui en découlent
sont ceux qui excluent ou hypertrophient le vécu sensoriel
et sensuel au moyen d'agirs, d'actes de passivation
ou d'activités d'emprise sur le corps, tels que les
activités sportives à risque, les remodulations ou
body-building, les remplissages-vidages du corps (boulimie,
anorexie), la passivation ou la passion des sens.
Dans L'adolescent champion. Contrainte ou liberté [6] , Claire Carrie souligne l'ambiguïté
du choix de l'adolescent pour le sport de haut niveau :
mise à l'épreuve de l'Idéal du moi, expérience de
courage et de recherche des limites de soi ;
creuset possible des maladies de l'idéalité ou du
narcissisme ; ferment du vécu de fascination
que chacun de nous éprouve face à ces jeunes, la pratique
sportive intensive et la dépendance au groupe de la
« famille » sportive qui génère des champions
peut donner l'illusion d'une solution à cette période
d'interrogation identitaire. Le choix de cette « nouvelle »
famille (équipe, club, etc.) offre à l'adolescent
un système d'étayage sur lequel il peut s'appuyer
pour déplacer son Idéal du Moi et son besoin de médiation
le protégeant de la menace destructrice qu'il perçoit
de « l'extérieur ». D'une part, l'investissement
de la motricité et de la musculature introduit une
distance face aux tensions liées aux transformations
pubertaires, d'autre part, le lien à l'entraîneur
peut servir de modèle d'identification. Claire Carrier
note cependant le risque qu'encourt le jeune dans
le cadre de « cette exclusivité temporelle donnée
à l'investissement sportif de haut niveau »,
celui d'une dépendance « aux objets sportifs ».
Celle-ci « sous-tend un besoin de maintenir une
recherche a priori d'excitation et de sensations
corporelles, un risque de confusion entre identité
sportive et identité adulte, virilité et identité
sexuelle ».
Une recherche menée avec mes collaborateurs, dans
de cadre de l'Université de Genève, a montré que le
choix pour le sport de haut niveau
[7] nous introduit dans le monde de la passion
du risque. Avec les sports les plus convenus,
le choix sera celui des « cicatrices » et
de la « souffrance », elles seront magnifiées,
idéalisées. Le sens du magique et du sacré, le sentiment
de toute-puissance seront glorifiés. Il reste les
domaines où se noue une relation ambiguë à la mort
(dans le cas surtout de certains sports ou professions
à risque : parapente, aile delta, saut à l'élastique,
acrobatie, etc. ). Le choix de telles activités ou
professions se rencontre chez ceux qui vivent dans
l'incertitude le passage de l'enfance à l'adolescence.
Il acquiert alors le même statut psychique que les
accidents, la toxicomanie, les conduites diverses
de risque, les fugues, les tentatives de suicide,
l'anorexie, toutes sorte d'actions qui sont en phase
aiguë à l'adolescence. Il témoigne parfois d'une recherche
de risque pour le risque. Il suggère dans tous
les cas une plainte, plus ou moins camouflée par des
comportements de maîtrise, exprimant une revendication
affective ou un vécu dépressif. L'arrêt brusque d'une
activité (sportive ou autre) qui jusque-là permettait
de dépasser ou d'ignorer les difficultés inhérentes
aux changements pubertaires, peut entraîner des formes
diverses de décompensation, dont la dépression psychotique
est la plus fréquente.
Jean Bergeret en faisant mention des comportements
d'addiction
[8] suggère en filigrane le rapport passionnel
au corps à partir de la notion de « colère originelle »
( proche de celle de passion originelle dont
je fais état, dans mon livre « La passion
adolescente »). Il note qu'un tel fonctionnement
est dû, à la fois à l'absence de secondarisation mentale
et libidinale de cette violence naturelle et à l'angoisse,
aux revendications, aux déceptions consécutives aux
difficultés relationnelles précoces, aux difficultés
identificatoires et à la pauvreté des processus de
symbolisation. Il s'ensuit une « prédilection
pour des manifestations agies au détriment des élaborations
mentales ».
L'anorexie-boulimie et la toxicomanie nous confrontent
à notre impuissance de psychothérapeute et mettent
à l'épreuve notre propre tolérance à la souffrance.
Elles peuvent conduire à la mort, dans une recherche
rageuse de maîtrise, de recherche inlassable de sensation.
Les émotions, les actes, les pensées sont tributaires
des sensations et d'une certaine forme d'hédonisme.
Ariane me demande un entretien. Elle exprime d'emblée
le désir-ordre, que je ne prenne pas contact avec
ses parents, si jamais j'en avais l'intention, alors
qu'ils sont au courant de sa démarche. Elle me place
devant une situation où quelque chose doit rester
« caché », sous la forme d'un échange « souterrain ».
La rencontrer et me faire payer par des parents qui
doivent rester dans l'ombre. N'être pour elle que
la mère matérielle, qui prend soin d'elle parce qu'elle
est payée. Refuser toute référence à une scène primitive,
tout en y puisant de quoi survivre et vivre. Dénier,
lâcher, tout en exerçant une emprise sur ses parents.
Lors du premier entretien, sa maigreur m'impressionne.
Elle me dit se sentir en danger. Elle ne sait pas
si c'est de ne pas manger ou de manger qui la met
en danger. Elle se tient droite sur sa chaise, me
traverse avec son regard de sorte que je me sens transparente.
Elle me parle de ses parents avec un sentiment de
rage. Père inexistant à ses yeux, mère toujours
préoccupée par les aspects matériels de la vie. « Elle
ne me lâche pas ». Elle enchaîne sur l'impression
qu'elle lui transmet : présence à la fois pleine
de lourdeur et inconsistante. Elle associe sur ce
qu'elle vit comme un souvenir. Sa mère ne leur mettait
pas de langes quand elles étaient bébés, elle et sa
sour. Elle les habillait toujours entièrement en
blanc, alors qu'elles ne devaient en aucun cas
se salir. Scène immobile, comme l'image fixe d'une
photo. Déni d'un corps avec ses exigences. Danger
devant le précipice que représente l'horreur de la
saleté, l'horreur de la sexualité. Moment de bascule
inquiétant, pouvant entraîner un effondrement psychique.
Déni de la scène primitive, de la scène de sa mise
au monde. Déni de toute forme de violence, de toute
forme de sexualité, au moyen d'une mise en scène,
celle de la virginité, qui me transmet d'emblée une
évidence : il faut tout faire pour « escamoter »
le désir.
Elle enchaîne et son sentiment de rage est à nouveau
omniprésent : depuis l'apparition de la puberté,
elle se sent grosse, comme un boudin, sale à l'intérieur,
« dégueulasse ». « J'ai l'impression
de toujours manger des saloperies alors je supprime,
supprime de plus en plus, mais je continue à penser
que ce que je mange est tout à fait suffisant. Il
ne faut pas me dire que je ne mange pas assez ».
Elle blanchit, cultive l'art de la négation.
Et pourtant elle ne supporte pas « l'indifférence »
de son entourage dont elle traite les interventions
à la fois comme des désirs insupportables d'emprise
sur elle et comme du bluff. Elle a l'impression
qu'en réalité « ils s'en foutent ».
La clinique anorexique frappe par ses convergences
symptomatiques. On peut superposer les discours d'anorexiques.
La littérature psychanalytique et les essais autobiographiques
en témoignent. Il en est ainsi de l'ouvrage récent
de Valérie Pierre : Anorexie. La quête du
vide et de la transparence
[9] . Je lui emprunte la description
symptomatiques, certains signes spectaculaires, rapportés
par ma patiente, risquant de la faire reconnaître.
« Depuis mon arrivée ici, je ne suis pas encore
allée à la selle. Bien sûr mes laxatifs sont restée
chez moi puisque c'est interdit dans le contrat. Je
peux vous dire que ça me rend malade, parce que c'est
l'une de mes obsessions. Me vider. Toujours me vider.
Même si je suis déjà pleine de vide. Il faut que je
nettoie cet intérieur, qui pour moi pourrit. (...).
Toi, image de mon corps, que je rêve idyllique, tu
hantes toutes mes nuits, toute ma vie, et me rends
si triste et désespérée. Toi, mon corps que je dois
supporter, jour après jour tu me fais du mal, jusqu'à
ta renaissance. Je te sculpte tel un tailleur de pierre
jusqu'à la perfection. (...). Je remarque que j'obéis
à une sorte de besoin primordial, qui est de me démontrer
et de démontrer aux autres, que je contrôle mes désirs.
Ce que j'aime, c'est de ne pas avoir faim, et de pouvoir
en tous cas l'affirmer. J'ai un comportement ascétique.
Pour moi, toute soumission à un besoin corporel est
la preuve d'une passivité intolérable, que je refoule
activement par des conduites de plus en plus restrictives.
J'ai besoin de contrôle total sur mon corps, une sorte
de domination. Le souci de maîtriser toute émotion
me donne beaucoup de satisfaction... » (Valérie
Pierre).
Agir et maîtrise sont intimement liés dans le fonctionnement
adolescent. Ces contre-investissements ou « preuves
par le corps », selon l'expression de Philippe
Gutton, auraient le statut de métaphores corporelles,
en tant qu'affirmation de soi, le corps physique étant
le représentant projectif du corps psychique. L'adolescent
se trouve ainsi confronté, à la sortie de la période
de latence avec la reviviscence de sa sexualité et
les transformations corporelles qui en découlent,
à un rude travail de différenciation : vivre
son corps non comme une extension du corps maternel,
mais comme lui appartenant. La fonction séparatrice
dévolue au père au cours de la première enfance prend
ici toute son importance. Elle est responsable, avec
l'aide de la fonction contenante maternelle, de la
capacité progressive de l'adolescent à intégrer son
fonctionnement sexuel de manière à accéder à une identité
sexuelle et sexuée désirée.
Dans Malaise dans la civilisation, Freud s'attarde
sur ce qui me paraît constituer le centre de la problématique
du toxicomane, sa recherche passionnelle, hédonique,
d'un plaisir-jouissance sensoriel (l'Ecstasy,
de nos jours), qui lui fait retrouver un vécu corporel
infantile, dont il n'a jamais vraiment fait le deuil
et qui lui donne une impression d'existence face au
sentiment constant de vide.
Freud, qui a fait lui-même l'expérience de la cocaïne,
aborde le problème de la sensation qui participe directement
au processus d'intoxication, « la méthode chimique »
ayant une influence « brutale » et « efficace »
sur le corps. En effet, « certaines substances
étrangères au corps nous procurent des sensations
agréables, immédiates », écrit-il. Elles « modifient
les conditions de notre sensibilité au point de nous
rendre inaptes à toute sensation désagréable. »
Le sens d'addiction-dépendance, urgence du besoin
sans parvenir à une satisfaction définitive, rassemble
toxicomanie et anorexie.
L'addiction à l'objet maternel et l'anorexie mentale
comportent un fantasme de toxicomanie ; elles
peuvent être appréhendées comme prise de toxique.
Dans la pathologie addictive, Magoudi souligne que
« la régression pulsionnelle relègue au second
plan la problématique sexuelle génitale, le désir
et l'identification. Mais elle a ceci de particulier
que le désir est perçu comme besoin essentiel,
besoin d'un plaisir qu'il est urgent d'éprouver, d'un
objet qu'il est urgent d'obtenir, qui ne doit, en
aucun cas, manquer. D'où l'intolérance à la frustration,
au délai, à l'attente, qui, loin d'être une présence
virtuelle, ne peut être qu'un vide qu'il faut occulter ».
Ces passions mortifères soulignent l'importance qu'acquiert
le corps dans l'organisation psychique du sujet, lien
primordial qui, par ses défaillances dans l'élaboration
des assises narcissiques, compromet le fonctionnement
psychique de l'adolescent. Il en est de même de la
pensée. Les considérations de W. Bion sur les débuts
de la pensée et sur cette relation originaire
qui fonde les premiers liens passionnels entre
le bébé et la mère, sur le rôle de la rêverie maternelle
et de la frustration, sont par ailleurs, essentielles
pour notre compréhension du fonctionnement de la pensée
adolescente. Winnicott note, de son côté, que la frustration
est à la racine de l'adolescence et qu'elle met à
l'épreuve les limites de la capacité de l'adolescent
à se défendre.
L'adolescent entretient un rapport particulier avec
la pensée. Ce rapport dépend de l'abord choisi pour
accéder ou non à la génitalité, donc du processus
de différenciation sexuelle qu'il tend à confondre
souvent avec les poussées pulsionnelles et passionnelles
qui cherchent à l'envahir et lui font craindre pour
ses limites psychiques. Pris dans la tourmente de
cette confusion, il peut se laisser aller à l'érotisation
de sa pensée au risque d'en compromettre le fonctionnement
et son intégrité narcissique ou bien, sauve qui peut,
il peut chercher à la protéger et à protéger ses assises
narcissiques en clivant et en installant dans un territoire
à part une part de la pensée, celle de la réflexion,
de la curiosité intellectuelle, de la recherche et
de la création, avec comme danger, cependant, une
dérive possible vers l'isolation obsessionnelle ou
la perversion.
Passion pour la curiosité et le savoir, dans ses
explorations fertiles, passion pour le convenu et
le non-savoir, pour une même idée qui se transforme
en idée fixe, pour l'activité même de pensée, pour
la jouissance qu'elle procure dans ses formes infertiles,
annihilantes, isolantes, érotisantes et en fin de
compte déstructurantes et destructrices.
Pourtant, l'activité innovante de la pensée est souvent
celle de l'adolescent. Il est capable de clivages
non mutilants : ses questionnements sont en pleine
floraison, il se sent libre d'explorer le monde qui
l'entoure et le monde des idées. Le petit Hans, avide
de questions, développait des stratégies pour découvrir
ce qui lui était interdit ; l'adolescent, avide
de questions, est non seulement à la redecouverte
de ce qui lui est connu ou interdit, qui lui est donné
ou non de connaître, mais également à la recherche
de nouvelles découvertes. Ses capacités de pensée
sont celles de l'aléatoire, de l'hypothético-déductif,
du virtuel, du monde de l'imagination et de ses nouvelles
frontières.
La passion est déjà partie prenante de ces investissements.
Ils sont protégés par les assises objectales de l'adolescent.
Cette passion pour le monde de la pensée n'exclut
pas celle réservée aux états amoureux, même si momentanément
l'adolescent amoureux se plaint de ne plus pouvoir
penser alors que sa production mentale, stimulée par
le sentiment amoureux, se révèle souvent encore plus
riche.
En revanche, l'indifférence aux attentes de la pensée,
le renoncement à ses plaisirs, la violence, l'exaltation
ou la perversion de ses fantasmes, qui peuvent mener
jusqu'à sa destruction ou à sa mort violente, rend,
en raison de son pouvoir sur la reviviscence d'expériences
douloureuses, l'activité de pensée mortifère, menaçante,
interdite, objet de rivalité meurtrière.
Angoisses archaïques, fixation à un objet, la pensée,
dont les éprouvés corporels renvoient probablement
à ceux vécus près du corps maternel peuvent devenir
source de folie.
Mais la folie adolescente ou la passion adolescente
n'est pas la psychose, si l'on accepte la distinction
de Green entre folie et psychose. La folie constitutive
de l'humain est liée aux vicissitudes d'Eros toujours
en conflit avec les pulsions destructrices. Lorsque
la passion qui habite l'Eros parvient à se lier, la
psychose est conjurée, lorsque la déliaison l'emporte,
la psychose triomphe. C'est là tout l'enjeu de l'adolescence.
La dimension du passionnel est celle des causes désespérées,
en particulier chez l'adolescent. Elles s'accompagnent
toujours d'un espoir fou, déléguant à l'élément tiers
ce qui a trait à la haine, à l'horreur, à la crainte,
en tant que composantes du sentiment d'effroi qui
habite son imaginaire.
L'immersion dans une pensée aliénante révèle le passage
de Charybde en Scylla. D'une mutilation psychique
à l'autre, le choix du sujet est celui de la recherche,
plus ou moins réussie, d'une préoccupation répétitive
et envahissante, susceptible d'anesthésier sa souffrance
de ne pas être aimé, d'empêcher l'accès à une jouissance
haineuse agie.
« A n'en juger que par le résultat, sa passion
était un terrible et authentique témoignage de la
passion humaine illimitée de se torturer soi-même
(...).
« Etsuko avait envie de le toucher
de ses doigts. Elle ne savait quelle sorte de désir
la poussait. Métaphoriquement, ce dos était pour elle
un océan sans fond dans lequel elle souhaitait se
jeter.(...).
« Mais pourquoi, oh, pourquoi devais-tu le tuer ?
- Parce qu'il me faisait souffrir.
- Mais ce n'était pas sa faute !
- Ce n'était pas sa faute ? Mais si! Il a
eu ce qu'il méritait pour me faire du mal. Personne
n'a le droit de me faire souffrir. C'est inadmissible.
Une soif d'amour de Mishima
Elsa Schmid-Kitsikis
30, chemin de Conches, 1231 Conches,
Suisse
Email eschmkit@iprolink.ch
__________
[1] Cette problématique se trouve développée dans
mon ouvrage « La passion adolescente »,
paru aux Editions In Press, Paris, 2001.
[2] Selon l'importance que Philippe Gutton a attribuée
à cette période sur le plan des remaniements psychiques.
Gutton Ph., Le pubertaire, Paris, PUF, 1991.
[3] David Ch., L'état amoureux. Essais psychanalytiques,
Paris, Pb Payot, 1971, p. 98.
[4] Dans Naissance de la psychanalyse, Freud
souligne que « cet état d'attention » trouve
son prototype dans « l'expérience de satisfaction »
et dans les répétitions de cette satisfaction, « les
états d'aspiration ardente qui ont fourni les états
de désir » (p. 372). Il ajoute qu'il y a attention
quand s'établit une situation d'expectation, « même
en ce qui concerne certaines perceptions qui ne concordent
pas, même partiellement, avec les investissements
de désir ». Le moi originel va dépendre des états
« où il y a répétition du besoin : les états
d'expectation. » ( p. 380). C'est de « l'état
d'expectation que naît généralement la pensée... »
( p. 386).
[5] Freud S. (1918), Extraits de l'histoire d'une
névrose infantile (L'Homme aux loups), Cinq psychanalyses,
Paris, PUF, 1954, p. 416-417.
[6] Paris, PUF, 1992.
[7] Les constatations avancées par Claire Carrier
rejoignent celles issues d'un travail de recherche
universitaire (non publié), mené sous ma direction
sur l'identification avant, pendant et après la performance,
des représentations à l'ouvre lors de la pratique
de sports à risque, chez les sportifs de haut niveau.
Mis à part les fantasmes suicidaires, relativement
fréquents, les plus fondamentales ont été celles d'immortalité,
de régénération et de renaissance psychique, de non-pensée
et de refuge identitaire.
[8] Alain Braconnier, rappelle que le terme d'addiction
trouve son origine dans le droit romain. Il signifiait
« s'infliger une contrainte par corps pour dette ».
Il y ajoute la définition plus récente proposée par
O. Fénichel : « urgence du besoin et de
l'insuffisance finale de toute tentative de le satisfaire ».
[9] Paris, L'Harmattan, 1999.