64e Congrès des Psychanalystes de Langue Française
Le processus psychanalytique
Atelier 1, La recherche en psychanalyse
Modérateurs : Roger Perron (Paris, SPP), Michèle Emmanuelli (Paris, SPP), Maurizio Balsamo (Rome, SPI)
Cet atelier existe depuis cinq ans avec le souhait qu’il perdure, en particulier du fait de l’actualité du thème. La pression internationale est en effet croissante vers l’évaluation des traitements, évaluations à étayer sur des travaux de recherches ; et dans ces perspectives les raisons économiques risquent souvent de primer sur les problèmes déontologiques et éthiques. Au delà de cette actualité, la question de la recherche en psychanalyse reste ouverte par la nécessité, certes à débattre, d’un statut de scientificité à acquérir pour la psychanalyse. Les présentations de recherches dans le champs de la psychanalyse ont donné lieu durant cette matinée à des débats passionnants, soulevant des questions multiples, comme celle d’avoir à mieux définir les différents niveaux de ces recherches, dont l’élément unificateur est la référence à la psychanalyse : recherches analytiques ; recherches sur la psychanalyse ; recherches aux marges de la psychanalyse.
La présentation de C. Chabert et M. emmanuelli portait sur la contribution des méthodes projectives dans des recherches universitaires en psychopathologie psychanalytique. Ces recherches portent sur le fonctionnement psychique individuel et visent à élucider des questionnements posés par la clinique. On se situe ici dans le champ de la psychanalyse hors divan selon D. Anzieu. La référence à la psychanalyse y est présente à travers l’utilisation du cadre, l’analyse du discours et l’appui sur le modèle freudien de l’appareil psychique. L’intérêt de cette démarche a été illustré par des exemples de recherche portant sur les processus de pensée à l’adolescence, dans le cas d’adolescents névrosés, schizophrènes ou non pathologiques.
Le projet de recherche et de réflexion sur le processus analytique, « Résistances et Transformations», présenté par A. Potamianou s’inscrit dans le cadre de la Fédération Européenne de Psychanalyse. Cette recherche se situe dans le cadre de la cure, à partir du matériel de séances rapporté par l’analyste. Dans le cours du travail analytique de patients présentant des troubles narcissiques, après des périodes de mobilisation psychique et de modifications économiques, s’installaient des phases de négativation du travail suivies de somatisations. L’intérêt de cette recherche est de centrer la réflexion sur le passage à la somatisation, mais aussi sur le repérage de certains paramètres concernant le cadre, le type de participation de l’analyste, et leurs incidences sur l’évolution des traitements.
En nous rappelant combien les découvertes sont souvent liées à des ouvertures du dispositif, R. Roussillon a ensuite présenté un dispositif clinique qui est secondairement devenu un outil de recherche original. Ce dispositif est basé sur dix groupes de travail constitués chacun d’environ sept psychanalystes confrontés à des patients et à des situations limites, mettant en péril les dispositifs classiques. Préférant parler de pratiques d’exploration plutôt que de pratiques de recherche, R. Roussillon a montré comment ces explorations prennent pour objet la pénétration de l’objet, selon trois manières : dans le dispositif ainsi modifié ; dans l’état affectif du clinicien ; dans la manière de penser du psychanalyste, ce qui constitue une pénétration agie de la théorie.
Ces recherches, aux dispositifs distincts, posent la question de la généralisation au regard de l’unicité des cas cliniques, et du passage du qualitatif à un quantitatif tant prôné par les sciences dites exactes. La généralisation, qui ne se confond pas avec la prédictibilité, peut aussi, selon R. Perron, être pensée en termes de processus fonctionnels ; et la question fondamentale est de savoir en quoi un travail de recherche représente ou non, en psychanalyse, un progrès au regard d’une connaissance générale.
La dynamique de cette matinée a montré que la recherche n’est en rien rébarbative, mais source de créativité et d’échanges.
Aline Cohen de Lara (Paris - IPP)