64e Congrès des Psychanalystes de Langue Française
Le processus psychanalytique
Atelier 3, Psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent
Modérateurs : Marta Badoni (Milan - SPI), Annalise Ferretti Levi Montalcini (Turin - AIPsi), Lorraine Boucher (SP Montréal), Brigitte Eoche-Duval (Nantes - APF), François Sacco (Paris - SPP)
Marta Badoni a centré son apport sur la complexité du processus psychanalytique chez l’enfant, constitué par l’attitude particulière de l’analyste qui, tout en puisant dans son identité analytique, telle qu’elle s’est constituée au cours de sa formation et de sa vie, témoigne d’une capacité négative, d’une disponibilité à mettre en scène, à jouer, le drame qui lui est présenté.
La rencontre avec un enfant en séance, demande une façon particulière de procéder. Ceci sera repris par Brigitte Eoche-Duval, qui soulignera la double asymétrie enfant/adulte, plus ouverte aux enjeux de séduction et de suggestion.
L’état d’inachèvement de l’enfant, non encore dans la métamorphose de la puberté, pose des questions essentielles, non pas sur l’existence d’un après coup, toujours présent, mais sur la constitution d’une latence psychique, dont l’absence semble constituer la difficulté essentielle de l’adolescence et de son devenir.
Une séance clinique, présenté par Marta Badoni, “Un objet de secours : le maître baigneur”, a animé la séance par la mise en question de la traduction : traduction de l’italien en français mais surtout, question essentielle, traduction des productions de l’enfant en langage et de la pensée de l’analyste dans un langage à la portée de l’enfant. On a ainsi pu réfléchir sur l’interaction cadre-processus : la question du cadre de la séance, le visuel, l’auditif, le moteur par la perception activée dans la séance, sans oublier la temporalité : temporalité du geste et de la parole. Cette hétérogénéité du senti, du perçu, du parler et du temps, donne au geste de l’un, l’enfant, une autre portée économique et dynamique par rapport à celle de l’adulte qui se sentira débusqué dans ses attitudes contre-transférentielles. Quelle correspondance entre l’attente d’une sexualité en devenir (enfant) et une sexualité adulte advenue (adulte) ?
Lorraine Boucher s’est interrogée sur l’équivalence processus psychanalytique avec l’enfant et avec l’adulte, en soulignant le fait que les trois rapporteurs du Congrès s’entendent sur les temps nouveaux, source de changement d’état chez l’analyste.
En reprenant le rapport de Canestri, elle souligne la particularité de cet auteur pour qui le travail de transformation, le processus analytique est concevable seulement à partir de « quelque chose vers quelque chose d’autre ». Ceci nous fait envisager que chez l’enfant, on ne peut concevoir le changement sans des changements de la structure familiale. Du rapport de Thierry Bokanowski, elle a souligné, entre autre, les difficultés que les psychanalystes peuvent rencontrer pour l’établissement d’un processus de symbolisation puisque les enfants peuvent avoir des difficultés importantes pour communiquer leur vécu émotionnel. Le mouvement de transformation ne se fera pas sans souffrance et plaisir chez l’analyste qui aura pris l’initiative d’une telle démarche clinique.
Si avec Fausto Petrella nous envisageons la psychanalyse dans la dimension intersubjective, qu’en est-il de la capacité identificatoire de l’enfant avec l’adulte ?
Si différents processus psychanalytiques sont désormais concevables dans la psychanalyse, il faut alors indiquer celui particulier avec les enfants et les adolescents : la question des parents : la souffrance des parents, la blessure narcissique des parents (F. Sacco) et la recherche, par des cadres appropriés institutionnels ou autres, de l’alliance thérapeutique nécessaire au changement psychique chez l’enfant.
Annalisa Ferretti a apporté son point de vue sur les parents en posant l’accent sur la « triangulation » de la situation analytique de l’enfant (enfant, parents, analyste) et sur la nécessité d’aider les parents à s’interroger sur ce qui se passe au delà de la porte fermée, donc sur la fonction d’observer : observation portée sur l’espace psychique qui est le leur et sur le fruits de leur imagination.
Une discussion est alors ouverte entre les tenants de la nécessité des informations apportées par les parents et de ceux qui relativisent ceux-ci, pour la constitution d’un processus psychanalytique ; de toute façon le maintien du cadre interne et externe reste la boussole d’une pratique psychanalytique avec l’enfant.
Brigitte Eoche-Duval a insisté sur le passage du quantitatif au qualitatif. Elle a réintroduit la question du processus civilisateur, sur le modèle de J. Laplanche, de la séduction généralisée sur la question de la sublimation ; Marta Badoni a repris la question de la psychanalyse de l’enfant dans ses rapports avec les institutions psychanalytiques.
Pourquoi si peu d’intérêt ?
Pourquoi une telle défection des psychanalystes d’adultes ?
François Sacco reprenant l’ensemble des questions posées, s’est demandé si dans cette instabilité culturelle dans laquelle nous sommes actuellement, le psychanalyste ne se sent-il pas menacé par le changement et que ceci soit une résistance accrue à la rencontre psychanalytique avec l’enfant et l’adolescent soutenu à la fois par les fantasmes de pédophilie, et de ruptures familiales, de “séduction” généralisée, et simultanément par un retour aux règles morales conservatrices d’une société désormais en liquidation.
Alors, processus psychanalytique à partir de la souffrance pour un devenir décidé en commun.
Les participants à l’atelier sont intervenus souvent avec des références théoriques différentes, et ont permis de confronter l’intérêt d’une discussion pour la constitution d’un écart théorico-clinique qui donne le sens à la séance.
Marta Badoni (Milan, SPI)