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64e Congrès des Psychanalystes de Langue Française
Le processus psychanalytique
Atelier 4, Psychosomatique

Modérateurs : Jacques PRESS (Genève, SSP), Marina PAPAGEORGIOU (Paris, SPP), Joseph SNAKKERS (Genève, SSP), Isabel USOBIAGA (Bilbao, APM)

À partir d’une introduction théorique et de trois exposés cliniques sur des patients somatisants, cet atelier propose une réflexion sur les particularités et les différentes formes et mouvements du processus en psychosomatique.

Dans ses propos introductifs, J. Press situe le problème du processus du point de vue de sa double articulation, d’une part avec le déploiement et la qualité de la figurabilité, d’autre part avec l’interprétabilité de ces contenus psychiques ainsi que des mouvements transférentiels. Si la finalité du travail analytique avec des patients somatisants reste l’enrichissement ou la réparation du Préconscient, selon les termes de Marty, il convient de rappeler que l’activité de liaison, inhérente au travail interprétatif et au processus, doit composer avec l’impérative narcissique du transfert de base. Défini par C. Parat, c’est un allié aussi positif qu’intangible. Il convient aussi de se méfier de l’écueil de la communauté de déni, décrit par M. Fain, danger qui guette le couple analytique et qui fait le lit des impasses thérapeutiques, comme des éclosions somatiques.

Le processus est ainsi envisagé comme un postulat, selon la thèse défendue par J. Canestri dans son rapport, mais sans finalité prédéterminée et dont la trajectoire prendra un sens que dans l’après coup. Ce qui est intéressant et signifiant, notamment en psychosomatique en raison des fluctuations économiques est la manière dont ce jeu est mis en perspective. Ainsi, les moments d’apparent non-processus peuvent s’avérer être un processus d’une autre logique et d’une autre forme. Il convient aussi de s’interroger sur les rapports entre ces logiques processuelles et les processus de somatisation, définis par Marty.

Les trois cas cliniques successivement présentés par I. Usobiaga, M. Papageorgiou et J. Snakkers, posent plusieurs questions de fond. Comme il sera remarqué lors de la discussion, il s’agit de trois femmes, en filigrane de trois mères, et de trois “amputations”. Telle patiente atteinte de sclérose en plaques très évoluée, telle autre ayant perdu la vue d’un oeil suite d’un méningiome, enfin une jeune femme portant un anus artificiel à la suite d’un cancer du colon. Elles interrogent en premier lieu l’articulation entre la castration réelle et la castration symbolique, ce qui suppose un fonctionnement psychique acceptant la triangulation oedipienne et l’interdit de l’inceste, accédant aux exigences de la réalité stipulant le manque et la perte, ainsi qu’aux processus de deuil qui s’y réfèrent. Or, dans les trois cas, les difficultés processuelles portent essentiellement sur des formes de déni et de clivage, défenses mobilisées contre l’intolérance non seulement à la frustration, mais au lien à l’objet psychique et aux affects douloureux, ce qui revient à dénier l’existence de la réalité psychique même. L’analyse du mouvement d’une séance illustre comment la patiente atteinte d’un cancer du côlon s’efforce à évacuer toute effort interprétatif de l’analyste, traitant ses propos comme des contenus intestinaux dont elle doit se vider, opération qui semble nécessaire avant d’être capable de garder une partie de l’analyste, dans sa fonction psychisante.

La prévalence du déni et du clivage opère là où échoue le refoulement, en rapport avec un surmoi paternel défaillant et dont la mère, dans les trois cas, ne se fait pas messagère. A des degrés différents, pour chaque patiente la somatisation semble en rapport avec un facteur de catastrophe au moment de la mise en place des autoérotismes sur lequel vient se greffer l’échec de se représenter une configuration oedipienne incestuelle.

Ainsi, le déni de la cécité causée par un méningiome renvoie au déni de la patiente pendant son enfance de voir que son père n’avait qu’une jambe, alors que sa mère lui dévoile la vérité en même temps qu’elle semble interdire toute issue de la pulsion visuelle vers le savoir et la sublimation épistémophilique, ce qui entraîne une ré-sexualisation de l’organe. L’envie de voir ce que l’analyste est supposé capable de voir ou de savoir, y compris dans un foisonnement de l’activité onirique s’avère un mécanisme contre le processus associatif, vécu comme imprévisible et dangereux. Il sera évoqué la question des rapports avec l’hystérie et la dimension du sujet malade en tant que tenant lieu d’objet incestueux.

La discussion sur le processus en psychosomatique pose inévitablement le problème de la transférabilité et le rôle de la personne réelle de l’analyste. Outre les écueils interprétatifs, puisqu’il s’agit des formes de transferts loin d’être organisés comme la névrose de transfert, il apparaît que parfois l’analyste est sollicité pour énoncer explicitement l’interdit de l’inceste et mettre fin à une communauté de déni, en l’occurrence entre la patiente atteinte de sclérose en plaques et son fils adolescent, permettant de se dégager d’un huis-clos identitaire, et donnant un nouveau souffle à l’investissement de la cure.

Enfin, il convient de rappeler que la clinique psychosomatique nous confronte avec une formidable singularité : si la maladie somatique peut signifier la rupture des processus associatifs, elle peut également devenir le moteur d’une relance de l’investissement des processus psychiques, et on doit alors la considérer comme faisant partie des formes de processus qu’il faut continuer à explorer.

Marina Papageorgiou (Paris, SPP)