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64e Congrès des Psychanalystes de Langue Française
Le processus psychanalytique
Atelier 6, Processus et fin de la cure psychanalytique

Modérateur : Jean-Michel Quinodoz (Genève, SSP), avec la participation de : Jean-Louis Baldacci (Paris, SPP), Gilda De Simone (Milan, SPI), Geni Valle Libutti (Rome, AIPsi)

Le thème de cet Atelier a suscité un grand intérêt de la part des nombreux participants dont les interventions ont été essentiellement fondées sur leur propre expérience clinique. Cela a permis de riches échanges dans une atmosphère marquée par une grande liberté de pensée. Dans un but de clarté, j’ai regroupé ci-après les sujets abordés au cours des discussions autour des quatre thèmes présentés en début d’Atelier.

Geni Valle Libutti a abordé la terminaison de la cure sous l’angle des rapports entre réalité et fantasme. Elle a mis l’accent sur l’impact produit sur le psychisme du patient par la terminaison réelle de l’analyse – ou son interruption -. Le processus qui se développe entre patient et analyste possède un rythme spécifique, aussi est-il souhaitable, selon Geni Valle Libutti, que ce soit le patient qui détermine la date de la conclusion de la cure afin qu’il en assume lui-même la responsabilité. Mais il arrive fréquemment que des évènements extérieurs viennent interrompre la cure, par exemple lors d’un déménagement ou dans le cas dramatique de la mort de l’analyste. Le point de vue présenté par Geni Valle Libutti nous a conduit à discuter non seulement des rapports entre réalité et fantasme dans la phase de terminaison de la cure annoncée à l’avance, mais aussi en cas d’arrêt prématuré, que ce soit suite à la mort réelle de l’analyste (ou de celle du patient), ou suite à une maladie soudaine comme un infarctus (comme il en a été donné un exemple) ou d’autres sortes d’interférences.

Jean-Louis Baldacci a fait état d’une étude effectuée sur les modalités de terminaison dans le cadre du Centre de Consultation et de Traitement J. Favreau à Paris. Sur les 40 cas de terminaison examinés qui se sont produits au cours d’une période d’un an, un tiers des cas ont été interrompus entre 0 et 6 mois, un tiers entre 6 mois et 2 ans et un tiers se sont terminés d’un commun accord après 5-6 ans d’analyse. L’étude a mis en évidence que les cas d’arrêt de traitement ont pour point commun une sidération de la fonction interprétative de l’analyste, ce dernier n’ayant pu reconnaître suffisamment la problématique transférentielle liée à l’arrêt de la cure et la verbaliser. Ces observations ont conduit Jean-Louis Baldacci à s’interroger sur l’attitude à adopter par l’analyste dès les entretiens préliminaires, notamment sur l’utilité d’introduire d’emblée des interprétations centrées sur la thématique de la compulsion de répétition si souvent impliquée dans les interruptions.

Au cours de la discussion, plusieurs intervenants ont parlé des difficultés qu’ils ont rencontrées auprès de certains patients à l’approche de la terminaison, notamment chez ceux qui ont tendance à interrompre l’analyse plutôt qu’à la terminer. Parmi les facteurs significatifs, certains intervenants ont évoqué la difficulté du patient à renoncer à l’omnipotence, son éventuel déni du désir inconscient de poursuivre une analyse sans fin, ou encore les défenses érigées contre une angoisse de séparation parfois présente inconsciemment dès les entretiens préliminaires.

Gilda De Simone a centré sa réflexion sur la période qui suit la fin d’une analyse, c’est à dire sur ce que le patient éprouve au cours de la « post-analyse ». Elle a soulevé deux questions : d’une part, quel souvenir le patient garde-t-il de la cure dans sa mémoire après la terminaison ? d’autre part qu’en est-il de l’auto-analyse une fois l’analyse terminée ? En ce qui concerne le souvenir de ce qui s’est passé au cours du traitement, Gilda De Simone se réfère aux travaux de Mauro Mancia sur la mémoire. Elle utilise le concept de « mémoire implicite » dans le but de lier les notions de mémoire et d’oubli : pour elle, la mémoire implicite se constituerait comme un « noyau d’inconscient hors du refoulement » qui garderait un « savoir relationnel implicite », tandis que l’oubli conserverait les qualités émotionnelles de l’expérience, mais sans en garder les contenus. Gilda De Simone conteste également la notion d’auto-analyse dans la période post-analytique, elle préfère utiliser le concept d’ » insight post-analytique » pour en souligner le caractère non permanent. Au cours de la discussion, la question de la « mémoire implicite » a conduit divers intervenants à soulever les rapports entre mémoire et amnésie infantile, ainsi que la question du statut de refoulement de ce qui s’est passé dans la cure une fois cette dernière terminée. En d’autres termes, la cure continue-t-elle après la fin ? Les débats ont ensuite évolué vers des interrogations sur l’attitude à adopter face aux patients qui menacent d’interrompre leur analyse, ainsi que sur les limites de l’interprétation dans ces situations.

Jean-Michel Quinodoz a abordé la question de la terminaison sous l’angle de l’élaboration des angoisses de séparation au cours de la cure, en reliant ces réactions aux transformations des affects transférentiels amour/haine qui se déroulent au sein de la relation patient-analyste. Dans cette perspective, le but de la cure n’est pas de parvenir à ce que le patient n’éprouve plus d’angoisse, mais à ce qu’il puisse les contenir et acquérir une « capacité d’être seul » qui stimule sa vie de relation. Au cours des discussions, des intervenants ont relevé l’importance pour le patient de trouver – ou retrouver – un « équilibre » psychique suffisant, en dépit du caractère inachevé de l’être humain. La notion d’équilibre renvoie également à celle d’un processus psychanalytique marqué par une succession de transitions, conception non-linéaire du processus - évoquée par J. Canestri et par S. Faure-Pragier - qui diffère d’une conception fondée sur une vue linéaire de l’évolution psychique et du changement. Cette perspective renvoie l’analyste à son attitude contre-transférentielle.

Un intervenant à illustré cette situation en montrant qu’il peut être essentiel de signifier à un patient désireux d’interrompre prématurément son analyse qu’il est libre de s’en aller, formulation qui lui permet parfois d’accepter de la poursuivre.

Jean-Michel Quinodoz (Genève, SSP)