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64e Congrès des Psychanalystes de Langue Française
Le processus psychanalytique
Atelier 2 , Cowap
Aventure processuelle et intégration du féminin dans les deux sexes

 

Atelier 7, Processus analytique et roman professionnel de l’analyste

Atelier en italien

Modérateurs : Laura Ambrosiano (Milan, SPI), Florence Guignard (Paris, SPP), et Cristiano Rocchi (Florence, SPI)

«La théorie, dans l’appareil psychique de l’analyste, est comme la Gradiva de pierre qui prend vie et se transforme» (Petrella, 2004).

Notre atelier s’est développé autour de cette très belle image, l’intérêt pour ce thème étant sans doute lié, comme le dit Semi, «à la crise actuelle de notre discipline qui, plus que d’une crise de compétence clinique, se ressent d’une absence de développement théorique cohérent comme celui que Freud nous a laissé» (Ambrosiano).

Le thème développé dans cet atelier était particulièrement important et intéressant et, comme l’indique le titre même, concernait les processus de transformation de l’analyste pendant son expérience professionnelle : la réélaboration post-analytique de la dimension infantile de l’analyste (Guignard), les résonances qui se forment dans l’appareil psychique de l’analyste à travers la rencontre avec les patients au cours de l’activité professionnelle, et les changements de «l’objet psychanalytique» qui en découlent (Rocchi), la rencontre avec le groupe des collègues, qui entraîne des vicissitudes souvent douloureuses liées à l’inévitable écart entre les théories personnelles de l’analyste et les théories du groupe et de l’institution d’appartenance (Ambrosiano).

D’un côté, l’analyste se trouve donc constamment confronté à ses propres problèmes narcissiques et de l’autre, il risque de se faire capturer par une mentalité de groupe englobante et apparemment rassurante ; entre Charybde et Scylla, le parcours d’individuation est difficile, de même que celui qui conduit à être dans une relation authentique avec l’autre, avec le patient.

L’étude de Florence Guignard «L’enfant dans l’adulte : l’amour de soi dans le contre-transfert» traite des conséquences possibles de la rencontre entre l’infantile du patient et l’infantile de l’analyste.

Tolérer et reconnaître l’infantile non seulement sur un plan cognitif mais aussi sur un plan personnel et émotionnel veut dire «lutter contre le refoulement intervenu en lui dans la période post-analytique» : «c’est de cette façon que la force pulsionnelle de l’infantile dans l’analyste sera déviée artificiellement d’une partie de son destin – qui est le refoulement – pour être mise au service de son activité professionnelle».

L’écoute de son propre infantile et l’attention portée au refoulement qui peut masquer l’infantile justement après l’analyse, est ce qui permettra une écoute adéquate de l’infantile du patient ; c’est l’instrument qui permettra un meilleur contact avec la répétition, la régression, le traumatisme qui organisent l’histoire du patient.

Si par contre l’analyste affronte ces organisateurs avec ce que Guignard appelle des «interprétations bouchon», des interprétations qui bouchent des parcours émotionnels entre le patient et l’analyste, il se formera une «tache aveugle», c’est-à-dire un vide de représentabilité au point de rencontre entre les deux infantiles, entraînant l’impossibilité de poursuivre le parcours de l’analyse.

Les taches aveugles sont inévitables tout au long du parcours de l’analyse, mais il faut trouver une façon de les faire sortir, ce qui peut se faire à travers les émotions de l’analyste qui se fondent surtout sur son infantile : des émotions comme la douleur, la joie, l’angoisse, la peur, la haine ; traverser ces émotions dans la rencontre analytique pourra conduire à ce que Guignard appelle l’amour de soi de l’analyste, un élément à mon avis vital et libidinal pour poursuivre notre dur et passionnant métier.

L’étude de Cristiano Rocchi «Du contretransfert du patient, ou les transformations du soi théorique du psychanalyste et leurs articulations possibles avec les vicissitudes de la relation analytique» traite également du problème des « occlusions « qui apparaissent dans la relation entre l’analyste et le patient.

Ici, ce n’est pas tant l’infantile de l’analyste dans sa dimension créative et vitale qui est en jeu, mais le problème de la dépendance de l’analyste par rapport au monde des théories apprises et gardées en soi mais insuffisamment réélaborées et transformées dans une dimension personnelle.

Rocchi part de l’hypothèse qu’il y a une articulation entre les parcours mentaux de l’analysé et certains parcours mentaux de l’analyste, avec une référence spécifique au rapport que l’analyste a, avec la partie de soi où se situent ses théories.

A ce propos, il faut souligner la réflexion très intéressante que fait l’auteur sur le changement de vertex intervenu dans son rapport avec la théorie, changement qui a été rendu possible par son expérience clinique: alors que dans les premiers temps de sa pratique clinique il suivait un modèle théorique «fort» dans la conduite de ses analyses, il s’est ensuite de plus en plus orienté vers ce qu’il appelle les «multimodèles», un éventail plus libre et plus large de références qui aboutissait toutefois à une surabondance théorique proche de la confusion.

L’élaboration que nous suggère l’auteur est douloureuse et courageuse, conscient comme il l’est qu’à un certain moment les théories doivent être choisies et apprivoisées en nous pour que nous nous sentions à l’aise avec notre travail, et que les théories que l’analyste choisit sont à la fois le fruit de ce que nous sommes et de ce que nous serons ; il s’agit de quelque chose d’extrêmement complexe qui informe notre réalité mais qui, en même temps, est continuellement soumis aux transformations que les patients nous suggèrent grâce à leurs histoires, à leurs fantaisies, à leurs théories personnelles.

Laura Ambrosiano suit une ligne semblable dans son étude «Le roman professionnel de l’analyste», lorsqu’elle affirme que les évènements cliniques «sont les éléments de départ des théories mais qu’ils sont eux-mêmes observés et sélectionnés sur la base des théories de référence».

L’auteur étudie le lien de l’analyste avec le groupe des collèges, estimant que ce lien ponctue l’itinéraire identitaire et professionnel de chacun d’entre nous.

A l’intérieur de ce lien, les théories ont surtout la fonction d’être des lieux de médiation entre l’analyste, le groupe des collègues et l’institution d’appartenance.

Comment se distinguer donc par rapport au risque de soumission, d’adhésion hypnotique, mimétique et conformiste à son propre groupe psychanalytique, ce qui est défini de façon pertinente comme «identification à la masse».

Ces points de vue différents, mais non pas opposés, abordent tous la même question : le sentiment d’autonomie et de liberté dans la conduite de son activité professionnelle. Tandis que Rocchi focalise son attention sur le poids que peuvent avoir les théories sur la relation analytique, Ambrosiano souligne que, dans le bureau de l’analyste, les théories sont en réalité habitées par le groupe des collègues : si nous pouvons observer, dans les réunions scientifiques par exemple, que «prendre la parole devant le groupe demande d’élaborer l’identification à la masse avec la mentalité du groupe, de se désidentifier pour obtenir cet écart, qui laisse émerger la pensée individuelle», il faut aussi nous demander, dans notre « pièce d’analyse », si nous sommes capables de prendre la parole avec notre patient, désidentifié du groupe des collègues et des familles analytiques, pour trouver la spécificité du lien avec notre patient, et à partir de là une qualité interprétative personnelle tout à fait différente de cette interprétation-bouchon, dont F. Guignard a si bien illustré les pièges.

Ronny Jaffe’ (Milan, SPI)