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64e Congrès des Psychanalystes de Langue Française
Le processus psychanalytique
Atelier 8, Psychanalyse et Épistémologie

Modérateurs : Michèle Bertrand (Paris, SPP), Francesco Conrotto (Naples, SPI), Jean H. Guégan (Nantes, APF), Sabina Lambertucci-Mann (Paris, SPP)

L'atelier "Psychanalyse et Epistémologie" a rassemblé une trentaine de congressistes. Il a été ouvert par les communications des quatre rapporteurs qui soulignent tous la position épistémique de la psychanalyse : l'épistémologie de la psychanalyse doit renoncer à une conception objectiviste et ne saurait consister à se justifier par rapport à des exigences de scientificité externes. Elle a à rendre compte de la spécificité de son objet et de sa pratique.

Pour Francesco Conrotto, de la SPItalienne, la connaissance psychanalytique est co-construction de deux psychismes, le langage métapsychologique est un métalangage et la psychanalyse produit nécessairement des vertiges de la pensée. Il s'agit non seulement de connaître l'invisible, l'in-conscient, mais le pulsionnel qui se déploie comme sexuel donc sexué et désirant. La théorie est elle-même une formation de l'inconscient, transfert de l'analyste sur la théorie, et le savoir poursuit la vérité sans jamais l'atteindre. Jean H. Guégan (APF) souligne que le lieu essentiel de la psychanalyse est la cure ; mais il faut se garder de la pression psychothérapique et du recours à des théories simplifiées, pour rester au plus près de l'épreuve de symbolisation. Sans se dissoudre dans une épistémologie générale, la psychanalyse peut et doit se situer dans une position épistémologique qui ne perd pas de vue le moment clinique et son expérience irréductible de l'inconscient et du sexuel infantile, prenant appui sur les modèles freudiens pour penser sa position épistémologique propre, qui est, comme le dit Laplanche, de l'ordre d'une anthropologie fondamentale.

Sabina Lambertucci-Mann (SPP) s'attache à rendre compte de l'écart théorico-pratique et relit à cette lumière les propos des rapporteurs du congrès. Elle interroge la réverbération réciproque de la théorie sur la clinique et leur mise en perspective dialectique. Les théories implicites de l'analyste se déploient au lieu psychique de cet écart théorico-pratique. Michèle Bertrand (SPP) précise les enjeux et les réquisits d'une connaissance objectivable mais non objectiviste de l'extrême subjectivité. La vérité d'un sujet, toujours singulière, est à l'origine de l'effet de conviction d'une interprétation tandis que l'exactitude des théories, qui prend appui sur leur efficacité explicative, reste toujours conjecturale.

A partir d'une intervention du Dr Vassali (de Zurich), la discussion s'est engagée autour de la signification et de l'importance de la technique psychanalytique : n'est-elle pas plus centrale que les formulations théoriques ? Freud a intuitivement repris la grande tradition de la science aristotélicienne en construisant un cadre technique pour y placer le procédé des associations libres et de l'attention flottante. Or, on a tendance à parler d'épistémologie, qui séduit, avec le souci de ne pas manquer le train de la science moderne, alors que Freud s'est démarqué de l'expérience au sens de l'expérimentation et qu'il a d'emblée défini la Traumdeutung comme une technique d'interprétation et la psychanalyse comme une méthode. Si l'on néglige aujourd'hui la technique, c'est qu'on la réduit à la technologie. Le dispositif psychanalytique est au service d'une écoute moins défensive que ne le serait la référence immédiate à la théorie. La radicalité est du côté de la technè qui est aussi art et œuvre ; il nous faut tenir compte du soubassement désirant toujours actif : l'épistémologie ne peut qu'être subvertie par le souhait ; seule la psychanalyse en tient compte dans sa démarche de connaissance, souligne notamment Dominique Scarfone (Montréal). Le sujet qui théorise est celui de l'Œdipe et de la castration.

Néanmoins, Freud commence par la technè mais en vient à une réflexion théorique. Jorge Canestri (AIPsi) souligne qu'une technè sans théorie est une illusion qui masque des théories implicites, non pensées. Le modèle physicaliste est une option, rien ne l'impose, mais la référence à un modèle est l'unique moyen de connaître quelque chose. L'intérêt de la référence à la physique quantique est son caractère troublant pour la pensée.

Mais le sculpteur a-t-il une théorie dans l'élaboration de son œuvre ? L'eidos n'est pas de l'ordre d'une théorie, et suit de très près l'action. Dans l'association libre, il s'agit d'abord d'abandonner toute critique, même si, ensuite, une pensée critique – qui implique effectivement une théorie – est possible et nécessaire. En même temps, il n'est pas de sculpteur qui n'appartienne à l'histoire de l'art. Ni le travail de la pensée ni la dimension pulsionnelle ne manquent au surgissement de l'œuvre ; l'interprétation, au sens de savoir ce que l'on fait, est-elle engagée dans la création elle-même ou correspond-elle à un temps second ? Le processus de la théorisation ajoute au refoulement de la séduction le refoulement de l'activité inconsciente ; il s'agit au contraire pour l'épistémologie psychanalytique de réfléchir au processus psychique qui conduit à la formulation de la théorie et au processus de la connaissance : tel est l'apport de la psychanalyse à l'épistémologie.

Co-production de deux psychismes dans la situation analysante, l'objet de la psychanalyse, connaissance des rejetons de l'inconscient, exige une position théorique spécifique qui dans l'écart théorico-pratique naît du trouble de pensée au lieu de s'en protéger ou de s'en déprendre.

Dominique Bourdin (Paris, SPP)