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65e Congrès des Psychanalystes de Langue Française, La sublimation
Atelier 1
La recherche en psychanalyse

Modérateurs : Louis Brunet (Montréal-SPM), Michèle Emmanuelli (Paris-SPP), Lucette Nobs (Lausanne-SPS), Fausto Petrella (Rome-SPI), François Villa (Paris-APF)

Michèle Emmanuelli introduit l’atelier en soulignant deux axes de réflexion : l’un permettant de s’interroger sur l’intérêt de faire de la recherche en psychanalyse, l’autre s’articulant au thème du congrès.

Louis Brunet précise tout d’abord que cet atelier auquel il assiste depuis plusieurs années, modeste quant au nombre de personnes présentes mais très riche quant au contenu, reflète l’ambivalence des psychanalystes vis-à-vis de la recherche en psychanalyse.

Cette ambivalence provient, selon L. Brunet, au moins de deux sources : d’une part de l’assimilation trop rapide de la recherche au modèle empirique positiviste touchant la psychanalyse notamment par les études sur l’efficacité thérapeutique ; d’autre part, parce qu’on amalgame trois grands domaines qu’il est nécessaire de différencier. S’inspirant de R. Perron, L. Brunet distingue la recherche en psychanalyse, la recherche sur la psychanalyse et la recherche à partir de la psychanalyse.

Ce qui pose problème aujourd’hui relève de l’objet d’étude, la cure psychanalytique, qui n’est pas conforme à l’objet de recherche, l’efficacité thérapeutique, par exemple ; autre problème : la notion de subjectivité dans la prise en compte du transfert/contre-transfert mise en avant par les uns comme instrument de connaissance et par les autres comme instrument de méconnaissance. Ainsi, les efforts de la recherche en psychanalyse doivent porter sur une démarche de validation plutôt que d’objectivation.

Notre collègue évoque une recherche en cours à l’UQAM[1], portant sur le changement intrapsychique chez des enfants en thérapie analytique. Cette recherche ne s’est pas donnée pour but de répondre à la question de l’efficacité de la thérapie mais plutôt de savoir ce qui change chez l’enfant et quand cela commence à changer, si le thérapeute voit ce qui change et à quel moment il en prend conscience, si les parents prennent en compte le changement.

Dans le prolongement de cette intervention, F. Duparc relève deux points fondamentaux : l’un concerne les buts et les idéaux de la psychanalyse qui ne sont pas que thérapeutiques ; l’autre concerne la prise en considération du temps dans la cure psychanalytique dont l’efficacité ne peut s’évaluer que sur un temps très long voire dans le trans-générationnel, ce qui entre en opposition avec le but de la recherche dont les résultats doivent être fournis en un ou deux ans.

Au cours du deuxième temps de l’atelier, Fausto Petrella rappelle que la sublimation indique une modalité transformative. De fait, il n’est pas facile d’imaginer une recherche empirique sur les processus de sublimation : nous ne pouvons qu’observer dans certains comportements de nos patients les effets de ces processus. Nous avons affaire dans la sublimation à des quantités devenant qualités, ce qui peut être pointé par l’analyste à condition que l’accent soit mis sur la pulsionnalité. Freud a compliqué beaucoup ce concept jusqu’à le confronter au narcissisme, à la pulsion de mort et au mélange qui se crée dans la psyché entre ces différents processus.

Dans la discussion, F. Duparc propose de réunir recherche et sublimation en réfléchissant sur la question de l’intégration des pulsions de vie et de mort et des pulsions partielles se réalisant beaucoup dans le travail de deuil, au sens kleinien, et aussi à l’adolescence. Il donne l’exemple des alternances entre création et somatisation chez les patients psychosomatiques. Par ailleurs, l’intégration des instances de l’appareil psychique joue un rôle quant à l’accueil que la société va faire à la sublimation de l’artiste ou du scientifique.

La discussion s’oriente ensuite vers la question de savoir si on ne parle pas toujours de la sublimation par rapport à ses effets, comme l’oeuvre d’art, en oubliant le mouvement même. Dans ce contexte, où l’on est toujours tiré vers l’œuvre, la recherche sur la sublimation ne serait-elle pas un immense piège pour le psychanalyste ?

F. Petrella conclut, en s’adossant à l’imagerie freudienne, que la sublimation renvoie au terrain psychique et aux transformations que la pression culturelle exerce sur les pulsions : nous sommes dans une métaphore dont nous ne pouvons sortir pour en mesurer les processus afin de les faire rentrer dans le discours de la science. Cependant, il nous faut trouver des moyens pour que la psychanalyse ne se trouve pas, avec un tel concept, en dehors de la science.

Catherine Béhar-Azoulay (Paris - IPP)

[1] Université du Québec à Montréal.