65e Congrès des Psychanalystes de Langue Française, La sublimation
Atelier 5
Fantasmer, désirer, sublimer
Modérateurs : Michèle Bertrand (Paris - SPP), Francesco Conrotto (Naples - SPI), Jacques Le Dem (Lyon - APF)
Ouvrant l’atelier, Francesco Conrotto montre la relation entre l’investissement de la fonction représentationnelle – condition d’une activité psychique, fondement d’une liaison qui évite la décharge jusqu’au niveau zéro – et la sublimation, définie comme investissement de la représentation de la représentation.
Jacques Le Dem souligne le travestissement dans la mise en œuvre d’une beauté formelle. Dans les faisceaux de représentation qui se déploient sur le fil du désir, la dissimulation, qui est un leurre, masque d’un voile le désir originairement incestueux et meurtrier.
Michèle Bertrand met en évidence la différence entre trois positions psychiques : le récit traumatique qui répète le trauma ; la mise à distance spéculative avec clivage entre le sujet qui pense et le moi qui souffre ; et le plaisir pris, dans la reprise même du trauma, au jeu de pensée et à l’exploration de son monde interne, qui serait la véritable sublimation.
Le débat s’organise autour du trauma, de l’agressivité et du Kulturarbeit.
La sublimation, née d’un trauma qui fait dévier l’auto-conservation, implique une souffrance surmontée, pas nécessairement une pathologie ; on ne peut opposer radicalement les sublimations courantes et les sublimations d’exception – scientifiques ou esthétiques (Guy Roger). Une fissure dans le barrage d’Assouan suscite un travail collectif de réalisation qui le sauve en le rehaussant.
Mais l’essentiel est-ce le trauma, ou le renoncement pulsionnel nécessaire ? Car c’est l’irruption pulsionnelle qui est traumatique (F. Conrotto). Dans le récit du trauma, l’accueil fait au récit est d’une importance essentielle (G. Laval) pour déterminer s’il suscite une position de victime ou s’il peut devenir chemin d’une sublimation. Quelle est donc la relation entre masochisme et sublimation (A. Gentile) ? Sans doute faut-il assez de masochisme originaire, constitutif de la pulsionnalité, pour contenir et élaborer, mais pas trop de masochisme pour que la parole et l’œuvre soient possibles. Le moi qui comprend travaille à contenir le moi qui souffre, sans le clivage d’une intellectualisation. S’y ajoute l’incorporation dans l’humain collectif, et ce qui fait que Barbara, et pas d’autres femmes ayant subi un inceste paternel, a pu écrire « l’aigle noir ».
Que penser des destins de l’agressivité ? Une part doit se décharger, sans victimisation, pour un rétablissement narcissique permettant l’élaboration, remettant en position d’activité, à la fois dans le socius et dans le fantasme. Mais le cri-œuvre d’Artaud, Pour en finir avec le jugement de dieu était initialement insoutenable pour son public. Le dépassement (Aufhebung) d’une destructivité non abolie évite aussi bien la répression pulsionnelle que la décharge destructive, ou la constitution d’un faux-self. La sublimation permet le maintien d’un investissement constant dans le temps, par un plaisir partagé dans la culture, qui pose des barrières aux pulsions d’agression (Malaise dans la culture). Le renoncement pulsionnel est alors perçu comme conquête.
Pérel Wilgowicz conclut cet atelier par un très riche commentaire de l’œuvre de Munch - " Les baisers de Vampire, tel qu’en son art Edvard Munch les sublime" (présenté lors du colloque de Toulouse sur La sublimation, publié chez In Press par M. Babonneau et K. Varga).
Dominique Bourdin (Paris - SPP)