Lire le texte en plein écranImprimer la pageEnvoyer ce texte par email

 

 

65e Congrès des Psychanalystes de Langue Française, La sublimation
Evelyne Chauvet (SPP)
Compte rendu du congrès

Magnifique congrès, qui s’est déroulé dans une atmosphère détendue et chaleureuse. La grande qualité des deux présentations de leur rapport par E.Sechaud et J.L. Baldacci, comme de celle de leurs discutants, a suscité une attention extrême et soutenue. Leurs travaux ont été largement salués comme en ont témoigné les applaudissements enthousiastes de la salle ainsi que la richesse des échanges qui ont suivi, et ce, malgré la difficulté de réagir spontanément à des présentations inédites et nouvelles comme le souhaitent nos organisateurs. On ne peut en effet que se réjouir de la profondeur clinique et de la rigueur théorique de ces présentations ainsi que de la diversité des points de vue qu’ils ont suscités, témoins de la créativité à l’œuvre pendant ces quatre jours.

Compte tenu des limites imposées par des impératifs éditoriaux, il ne me sera pas possible de développer ici l’ensemble des discussions de ces quatre journées. J’ai donc pris l’option de consacrer ces quelques pages aux travaux des rapporteurs et de leurs discutants, en rappelant seulement quelques interventions de la salle directement liées aux présentations des rapports.

Evelyne Séchaud
la sublimation, un mouvement, une action, une création

Le congrès s’ouvrit avec la présentation d’E. Séchaud., dont le rapport fut discuté par F. Coblence et enrichi par l’intervention conclusive de L. Kahn qui abordera la sublimation sous l’angle de la civilisation en mettant l’accent sur les effets dévastateurs de la désintrication pulsionnelle.

E. Séchaud, dans le prolongement de l’axe de la perte développé dans son rapport, déploya les différentes facettes de la sublimation définie comme possibilité d’accomplissement de la pulsion lors de la perte de l’objet. Elle nous entraîna sur les chemins de la création artistique avec l’œuvre d’Egon Schiele et conjointement sur les voies de l’auto-création dans le processus de la cure.

L’accent fut d’emblée mis sur le mouvement, à partir de son titre, deux verbes et non deux substantifs. Mouvement de la vie psychique, mouvement de la motion pulsionnelle capable de dévier ses buts et de transformer ses objets, la sublimation est un processus lié à l’objet et la perte est à l’origine de la sublimation. "Perdre l’objet aimé-haï et dans la sublimation trouver-créer un nouvel objet représentant un aspect de la relation à l’objet absent", traduit le mouvement qui s’est déployé dans la cure de Marie.

E.Séchaud propose de situer la perte et la sublimation sur "un vecteur orienté vers le futur et vers un projet", une définition originale associant le mouvement et la temporalité.

Reprenant un thème majeur de son rapport, celui de la sensorialité dans la relation à l’objet primaire qui seule échappe au refoulement et peut donc fournir des matériaux directement accessibles à la sublimation, elle nous montre comment elle l’intègre dans le travail de la cure. Tel un "tissage à deux" à partir de souvenirs sensoriels et d’affects primaires qualifiés secondairement grâce aux mots, le fantasme peut se former et transformer les représentations refoulées.

Mais pour elle, nous le savons, le fantasme ne suffit pas à entraîner une sublimation. "Sublimer, c’est investir activement un nouvel objet, culturel, en partie désexualisé". L’étape du "faire", de l’investissement actif de ce nouvel objet est nécessaire. Il n’y a pas pour E. Séchaud de sublimation sans réalisation effective, ordinaire ou exceptionnelle, sans confrontation à la réalité et sans prolongement dans la culture. Pour certains, le processus de la cure aboutit à une auto-création, un "nouveau sujet" à l’instar de celui qui naît des auto-érotismes développés grâce aux échanges avec l’objet primaire. Dans le domaine artistique, E. Séchaud assimile sublimation et création, et donne alors une place essentielle à l’évaluation culturelle. Cette reconnaissance par le socius permet ainsi à "la sublimation-création de tourner le dos à la perte qui en a suscité le mouvement", une perte qui se retrouve toutefois à la fin du processus au moment de la séparation d’avec l’objet sublimé. La transformation accomplie de l’objet entre ces deux pertes doit permettre à son auteur de s’en séparer. L’objet créé, de nouveau perdu, devient alors un véritable "objet transnarcissique" (A.Green)

E.Séchaud insistera particulièrement sur la réalisation effective, sur la dimension agie de la sublimation, "une activité sublimée-sublimante" dont elle interroge la proximité avec "l’agieren" qui caractérise l’essence du transfert. Nous retrouvons là les deux sens du transfert définis dans Dora, "une reproduction inchangée ou une réédition revue et corrigée portant la marque de la sublimation et des caractères de l’art".

"Perdre, sublimer dans l’agir de transfert" sera donc le fil rouge des prolongements suscités par la cure de Marie dont nous connaissions la proximité de l’affect et de l’agir. Avec Marie, E.Séchaud nous a en effet montré l’articulation entre le processus sublimatoire et le processus analytique. Entre perdre et sublimer, une virgule, qui prendra sens au fil de son élaboration, un temps et un espace où deuils et traumas pourront tracer des voies vers une historicisation de la perte originaire. Une perte "dès le début", pourrait-on dire qui concerne l’en-deça de la satisfaction hallucinatoire du désir, l’avant de la rencontre avec l’objet, proche de la pré-conception de Bion. On se souvient que dans le premier temps de la rencontre entre Marie et son analyste, un mouvement se crée (secret…), un mouvement contre-transférentiel qui précède le transfert où l’imagination de l’analyste est sollicitée à partir de "l’afflux de perceptions, sensations, impressions", issues du discours et surtout de l’en-deça des mots. C’est ce mouvement qui conduit l’analyste à la mise en forme d’une image, d’un fantasme conscient, autour de l’infantile, infantile sexuel, primaire, primordial, en-deça de la problématique des deuils. Ce fantasme, écrivait E.Séchaud dans son rapport, est né d’une "intériorité que l’analyse, mais on pourrait ajouter que l’analyste, se propose de rendre féconde". D’emblée, dès le début de la cure, fécondité, création, sublimation, symbolisation sont sollicitées. D’emblée l’analyste se propose d’être cet objet d’accueil, objet de rencontre et objet de tiercéisation. Deux thèmes continuellement intriqués peuvent être relevés dans l’histoire de la cure de Marie: celui de l’enfant perdue et celui du secret, Que seraient-ils devenus hors de cette dynamique créée grâce à l’accueil de l’objet transférentiel ? La révélation du secret de la mort de l’enfant in utéro rendue possible à partir du tissage transféro-transférentiel, a montré que cette perte dans l’actuel, confrontant Marie à ce qu’elle ne pouvait avoir, un enfant, ou à ce qu’elle ne pouvait être, l’auteur de ses tableaux, a fait aussi écho à son insu à ce vécu resté clivé, d’avoir été et d’être "l’enfant perdue", l’enfant perdue qui était déjà là, présente d’emblée et présentée à l’analyste dès la première séance. E.Séchaud nous a montré avec Marie la place de l’acte qui inaugure l’analyse et qui renvoie à une perte autant narcissique qu’objectale déterminante dans les activités sublimatoires de Marie. Toutefois la ré-objectalisation à l’œuvre dans le mouvement sublimatoire de Marie n’exclue pas la coexistence de zones psychiques non subjectivées à l’origine d’une négativité agissante. Ainsi les transformations qu’opère le transfert passeront par "l’expérience agie partagée". E.Séchaud nous en donne un autre exemple en nous rapportant un geste spontané et inhabituel de sa part qui conduira Marie à se souvenir du manque de contact corporel avec sa mère, un moment important suivi quelque temps après de l’évocation du plaisir pris à peindre avec les doigts. Mais si "l’analyse par l’actualisation transférentielle relance et enrichit le travail de sublimation", la question se pose de la réparation du sujet comme de l’objet dans ces processus intimement intriqués, une question que F.Coblence développera dans son intervention. E.Séchaud souligne l’importance de l’accueil de l’objet, l’objet transférentiel bien sûr, mais aussi le regard extérieur porté sur l’objet sublimé. Plusieurs questions se posent. Car si l’objet créé, l’objet de la sublimation permet de rétablir une continuité là où il y avait manques et brisures, permet-il pour autant de réparer les failles au niveau du moi sans l’accueil de l’objet ? Pour Marie, le maintien d’un espace secret, "privé", soustrait au regard de l’autre, a-t-il constitué une protection contre le retour du trauma qu’aurait entraîné le non accueil de l’objet ? Garder en elle, pour elle seule, lui permettrait alors de garder en vie, en espoir, en attente peut-être de la rencontre d’un objet qui permette que s’élabore dans un mouvement sublimatoire le "tissage des restes", pour reprendre cette belle expression d’E.Séchaud.

Nous quitterons ensuite la clinique pour aller à Vienne, "dans un autre espace-temps culturel". Avec Egon Schiele, E.Séchaud nous invite dans la Vienne de la fin du 19e siècle, Vienne au sommet de sa vie culturelle, centre phare de l’Europe centrale jusqu’à la guerre 14-18, Vienne dont la "vie culturelle s’est construite sur la décomposition du tissu politique et social… la civilisation libérant la destructivité qu’elle cherchait à dompter". Nous la suivrons avec émotion dans sa description et ses commentaires des diapositives de quelques tableaux d’Egon Schiele, peintre tourmenté par le sexe et la mort, choisi par elle pour "son œuvre impressionnante par sa qualité et sa quantité, révélant la puissance de la pulsion qui l’anime". La succession de tableaux montrant le sexuel cru et de compositions qui au contraire témoignent d’un travail de sublimation très abouti, (tel celui intitulé :"la mère morte"), permet à E. Séchaud de reprendre la question de la désexualisation dans la sublimation. Comme nous le savions, pour elle la sublimation porte toujours la marque d’Éros, la désexualisation n’est que partielle, relative, en perpétuel mouvement en plus ou en moins, dans une perspective à la fois dynamique et économique. Toujours le mouvement, respiration de la vie psychique.

E. Séchaud nous a donc ainsi entraînés dans un mouvement de balance continu entre la théorie, l’art et la clinique. Grâce à sa richesse d’expression, elle a su nous communiquer la profondeur de sa pensée et sa grande sensibilité.

Parmi les nombreuses interventions qui suivirent cette présentation, retenons, celle de Paul Denis qui souligna l’assimilation faite entre sublimation et création, et interrogea la sublimation en présence de l’objet, telle qu’on l’observe dans l’analyse d’enfant, une création conquérante pour retrouver l’objet perdu. Rejoint par G. Diatkine qui se demande si la création implique nécessairement une réalisation et pose la question de la sublimation dans le rêve et la rêverie diurne. M. Ody introduit une dialectique entre les auto-érotismes et le jeu en tant que capacité d’être seul en présence de l’objet. F. Duparc formule l’hypothèse de la re-sexualisation des traces traumatiques qui se prolongerait grâce au jeu transféro-contre-transférentiel dans un travail de sublimation. J. Chasseguet-Smirgel, se référant à un travail de R. Rosenblum, posa la question du suicide de nombreux artistes.

Françoise Coblence
Sublimer, déplacer

F. Coblence interroge d’abord la temporalité désignée par le titre du rapport d’E. Séchaud, puis la valeur réparatrice de la sublimation, celle du sujet comme celle de l’objet. Enfin, en reprenant la question sous l’angle des rapports entre le beau, esthétique et excitation, elle nous propose une réflexion sur le problème soulevé par la distinction entre création artistique et sublimation.

Temporalité, car "la perte vient d’abord", la sublimation en étant une suite favorable, une réparation narcissique et objectale. Mais alors, interroge-t-elle, si l’activité intellectuelle ou artistique est un "dérivatif" à la perte ou au deuil, sont-ils toujours travail de sublimation ou seulement travail "en attente" ? En introduisant une temporalité en attente du travail de deuil, la question est posée de savoir si la sublimation est un processus de transformation ou une défense du moi ? Quels sont alors la place et le statut de l’attente, vécu et signifiant si importants dans la cure de Marie ?

Le second axe de réflexion proposé par F. Coblence portera sur la transformation de l’objet : l’objet perdu devient-il alors l’objet de la sublimation doublement idéalisé, ou bien s’agit-il de le retrouver dans un objet tiers ? La sublimation permet-elle de retrouver l’unité mythique de l’objet alors que le travail de deuil lui impose un long travail de fragmentation et de décomposition due au nécessaire détachement de la libido investie sur cet objet en tant qu’objet global ? La déliaison n’est-elle pas à l’œuvre également, la sublimation étant un "aigle à deux têtes" selon l’expression de Ch. David ?

Quel est l’enjeu de la réparation qui ne réussit pas toujours à recréer l’objet perdu, comme nous le constatons avec les sculptures de Marie ? En effet, celles-ci gardent de façon trop crue la trace du matricide ou de l’infanticide, substituts trop directs, sans atténuation de contenu, sans ce voile nécessaire au plaisir esthétique. La sublimation est-elle un accomplissement actif du travail du deuil ou une réparation ?

Dans une perspective kleinienne, la réparation ne risque-t-elle pas d’effacer la spécificité des pulsions partielles, en nous faisant perdre en même temps la spécificité de la sublimation, réduite alors à un destin de la perte, un symptôme au service des tendances du moi ? Comment alors la différencier de l’œuvre et donner une place aux forces novatrices et transgressives ? Comment distinguer création et sublimation ?

Cette dernière question traverse en effet tout le travail d’E. Séchaud à partir du chemin que parcourt Marie de la sculpture à la peinture. F. Coblence nous propose un détour par l’esthétique pour mieux saisir ce mouvement évolutif chez Marie.

De tout temps, nous dit-elle, la sculpture a été considérée comme moins "sublime" que la peinture, le sublime tirant du côté de l’élévation et de la dématérialisation. Seulement, précise F. Coblence, en accord avec E. Séchaud, dans ce mouvement de désexualisation, la pulsion sexuelle reste tout entière engagée comme dans l’histoire de Marie où sa peinture montre bien que le travail sublimatoire n’efface pas le sexuel avec la matière. Une visée réparatrice permet-elle de garder une charge libidinale à la sublimation, qu’elle soit consécutive à une perte ou non ? Prenant l’exemple de cas extrêmes avec Celan ou Kertesz, où la sublimation est indéniable, F. Coblence pose le problème de l’irréparable du sujet ou de l’objet, malgré des œuvres reconnues qu’il conviendrait alors de considérer plutôt comme le résultat d’un "transfert d’existence" (A. Green), d’un combat inter-pulsionnel portant les traces de la transgression, une ultime tentative de maîtrise de la déliaison.

Avant de passer à l’intervention de L. Kahn, citons quelques réactions de la salle. G. Szwec interpellé sur la valeur auto-calmante de certaines créations confirma l’importance du quantitatif et de l’économique, un acte qui peut aussi devenir acte de décharge. A. Gibeault rappelle que la sublimation implique une inhibition quant au but et se différencie de la symbolisation qui suppose un sujet capable de faire un travail de sublimation. J. Guillaumin soulèvera la dimension de transcendance inhérente à toutes sublimations à la recherche de quelque chose de propre à notre essence humaine, un sentiment traumatique primaire que la sublimation serait chargée de réparer ou de compenser. S. Faure-Pragier souligne le besoin d’indépendance et de gain de liberté sous-jacents au mouvement sublimatoire. La sublimation est bien une forme de supériorité qui permet de rendre l’être humain indépendant de ses objets.

Laurence Kahn
La sublimation, son déroutement, sa décomposition

L. Kahn discutera l’option d’E. Séchaud qui fait de la perte l’origine de toutes les "formes inchoatives de la sublimation" en prenant l’angle de l’autre versant de la sublimation, celui de son destin dans la culture, du côté de sa décomposition. Car si la sublimation, "fille de l’esprit éclairé", participe du projet culturel, elle révéla à travers l’histoire sa participation à l’inhumanité de l’homme. "Une cassure à la mesure de la désillusion qui a frappé nos représentations de l’élévation humaine, une cassure qui résiste à nos vœux d’homogénéiser le concept", nous dit L. Kahn qui met ainsi l’accent sur une hétérogénéité qui nous confronte à des difficultés conceptuelles tant au plan théorique qu’au plan pratique. Comment maintenir ce concept entre la première et la deuxième topique ? Comment ne pas céder à cette tendance d’assimiler trop facilement le processus sublimatoire à son produit ?

L. Kahn discutera le rapport de la sublimation à la création en interrogeant l’inévitable extension du concept dès l’instant où l’on fait de la perte objectale la source de toute pensée, représentation ou fantasme. Elle nous rappelle que si l’investigation trouve sa source dans la "fêlure déposée par l’absence de l’objet", il ne faut pas négliger que le jeu de la bobine s’origine en amont dans la haine de l’objet qui s’est absenté.

D’un côté, la sublimation apparaît bien comme participant du processus d’humanisation, de l’autre, elle révèle rapidement "les ingrédients de son possible déroutement". Car le remplacement du but sexuel de la pulsion en un but non sexuel ne permet pas de saisir les effets "catastrophiques", "dévastateurs" du processus sublimatoire au sein même de la civilisation. L. Kahn nous interroge avec gravité sur les effets de la sublimation abordée à partir du socius et de l’histoire. Comment une sublimation fondée sur l’estimation culturelle de ses productions confiée au consensus social, peut-elle contribuer à la dislocation du projet civilisateur et en être un agent actif ?

Dans la perspective d’E. Séchaud, la sublimation issue de la perte maintient le lien à l’objet perdu dans un mouvement de ré-objectalisation dont la force trouve sa source dans les investissements libidinaux de l’objet. "De fait, nous dit L. Kahn, c’est à l’idéalisation de l’objet perdu qu’est imputée l’idéalisation de l’objet sublimé, une idéalisation acquise par héritage dans le mouvement du remplacement." Elle nous interroge alors sur la place faite à la fonction désobjectalisante (A. Green) au sein de la sublimation elle-même, attirant notre attention sur le terme "désublimation" employé à plusieurs reprises, l’usage de cet antonyme laissant entendre que la sublimation ne porterait pas intrinsèquement son pouvoir de déliaison et de désobjectalisation. Une question essentielle qu’elle nous fait partager lorsqu’elle se demande par où passe la sublimation quand le progrès fait alliance avec la barbarie, jusqu’à en devenir "le bras armé" de la destruction dans la culture ?

"Un supplément de définition s’impose", nous dit-elle, un supplément qui prendrait acte de "l’ombre de l’illusion tombée sur les valeurs pour atteindre le noyau de ce qui de la sublimation se prête au démantèlement des biens culturels".

Ce supplément passe par la désexualisation introduite par Freud en 1922-23: N’est-ce pas l’identification qui, en même temps qu’elle enrichit le moi, ouvre aussi la voie aux possibles régressions des positions narcissiques du fait même de la liquidation des liens objectaux  ? Pour L. Kahn, "c’est à cette question majeure que répond au plus profond l’introduction de la désexualisation dans la théorie". L’identification, à partir de 1923, maillon central de l’idéalité, constitue "un cheval de Troie" : "la destructivité est entrée dans les murs, non seulement les murs du sujet mais les murs de la culture".

"Ainsi, conclue L. Kahn, la "décomposition" me paraît aussi pouvoir qualifier le destin du processus sublimatoire lorsque l’identification des masses et leur expansion en masse trahissent la carence d’Eros".

Lors d’une table ronde D. Scarfone discutera ce thème en parlant d’un "Eros déchaîné" qui coupe les liens, préoccupé par la création de l’UN, une tendance à l’unification propre à la psychologie des masses, un Eros qui exclue la présence de l’autre au point d’aboutir au délire "machinique" de la Shoah qui conduit à l’effacement jusqu’aux traces de l’autre. Pour L.Kahn, la notion de progrès perd son sens en 1939, dès l’instant où les progrès de l’esprit ne sont plus associés aux progrès de la technique. Celle-ci se met alors au service d’une rentabilité dans l’extermination. Au plan collectif, la destruction s’opère par l’action d’une pulsion non érotique qui n’est plus liée au sadisme et qui devient "une désolation sans jouissance, défaite de tous les emblèmes du plaisir, même le plus sauvage et le plus insane que vise la pulsion de mort".

J.-L. Baldacci
La vitalité des débuts

Dans le prolongement de son rapport qualifié d’"œuvre d’architecture métapsychologique", J.L.Baldacci nous en a proposé une présentation très dense et très vivante en donnant une large place à la clinique, source de son élaboration théorique. La qualité de son illustration clinique et la rigueur de sa pensée et de ses hypothèses théoriques nous ont permis d’apprécier sa créativité analytique et métapsychologique.

L’hypothèse de l’unicité du processus sublimatoire au centre de son rapport sera développée et illustrée cliniquement dans une perspective visant à mettre clairement en évidence la place de la créativité au sein de la cure en tant que signe de la reprise du processus de sublimation "dès le début". En abordant la question de la sublimation sous l’angle de la créativité dans l’analyse, J.L.Baldacci est conduit à découvrir qu’elle est aussi une condition et un moyen du processus analytique, et qu’ainsi le travail de la cure est aussi un agent du travail de culture.

Il nous rappelle que seule cette hypothèse lui a permis d’articuler investigation et créativité et de les réunir à partir d’une racine commune dans un rapport de complémentarité et non plus d’opposition comme Freud le faisait dans Léonard. Conçu comme une potentialité initiale, le processus sublimatoire s’éclaire alors dans ses différentes facettes depuis les théories sexuelles infantiles jusqu’aux œuvres d’art. Il nous montre comment, sans cette référence commune, épistémologie et créativité finissent par s’autonomiser rendant à la limite inutile le concept de sublimation, comme nous pouvons le constater chez Bion et Winnicott. Bion met l’accent sur l’axe épistémophilique avec le lien K, et Winnicott centre sa conception de la créativité dans le jeu de la situation analytique, aucun d’eux n’utilisant plus le concept de sublimation. J.L.Baldacci reste fidèle à Freud qui a toujours soutenu une sublimation participant de l’investigation et de la créativité, même s’il faut attendre "Le moi et le ça" pour qu’avec la notion de désexualisation, soit envisagée l’hypothèse d’une racine commune, "une voie générale vers la sublimation". L’idée d’une étape préalable à la sublimation proprement dite s’impose alors dans la mesure où le premier temps de la transposition de la libido d’objet en libido narcissique est nécessaire avant d’envisager la deuxième étape du processus, celle de la désexualisation. Cette étape préalable, souligne J.L.Baldacci, participant à la genèse du moi et impliquant l’introjection de la pulsion permet à la sublimation de prendre appui sur un moi constitué pour pouvoir se déployer du côté de la recherche et de la créativité. L’introduction du concept de désexualisation permet donc d’envisager la sublimation comme inscrite dans l’économie pulsionnelle et non pas seulement comme étant le résultat d’un compromis avec les défenses, le refoulement en particulier. En effet, ce qui interroge J.L.Baldacci, c’est l’articulation du sexuel avec le non-sexueldans l’économie pulsionnelle, dans la mesure où celle-ci ne peut se réduire au destin du sexuel. La compréhension du processus de sublimation nous impose donc de questionner comme condition de son développement cette liaison qui, "de l’emprise à la pulsion de mort en passant par l’auto-conservation, rend problématique la possibilité de satisfaction", ce "trouble de la satisfaction qui selon Freud, prépare le progrès". J.L.Baldacci insiste sur l’idée d’une sexualisation préalable dans cette phase d’intégration du non-sexuel nécessaire à la construction de la sexualité infantile, une étape rendue possible, nous dit-il, grâce à l’interférence de l’étayage et de la co-excitation". Il introduit ainsi le qualitatif pour essayer de cerner "l’essence du sexuel" qui ne peut se limiter au quantitatif du principe plaisir-déplaisir.

Dès lors, la désexualisation sublimatoire ne peut plus être conçue comme un "retour" vers le non-sexuel mais bien comme un mouvement qui concerne le processus même de l’intrication pulsionnelle, "une désexualisation qui permet à Éros de garder sa prévalence sans l’épreuve de satisfaction". La référence à la désexualisation, telle que J.-L. Baldacci la définit, permet donc le maintien et la présence constante du rapport de la sublimation au sexuel infantile.

Autre point fort de son exposé, le passage de l’idéalisation à la sublimation via l’auto-érotisme. En effet, dès l’instant où la sublimation concerne la genèse du moi et le narcissisme, il est inévitable, si l’on suit le développement de la pensée de J.-L. Baldacci, de la considérer à l’œuvre "dès le début". Reprenant les trois moments significatifs de l’emploi de cette expression par Freud, (en 1910, à propos de l’investigation dans "Léonard", en 1914 dans "Pour introduire le narcissisme", à propos de l’auto-érotisme, et en 1921, dans "Psychologie des masses et analyse du moi", à propos de l’idéalisation), J.L.Baldacci interroge la conjonction idéalisation-sublimation, càd dans son hypothèse, l’auto-érotisme. Un auto-érotisme qui ne concerne pas seulement le corps mais également la pensée et dont la sexualisation la plus primitive implique l’analité. Chez l’enfant, la scatologie en est la traduction et déjà un transfert sur la parole, "une métaphorisation réciproque du corps par le langage et du langage par le corps". C’est ensuite qu’intervient la désexualisation, marque de la sublimation "dès le début", dont le modèle infantile peut être représenté par l’expérience de pointage. J.-L. Baldacii rejoint L. Danon Boileau dans sa description de cette expérience mobilisée par l’inquiétante étrangeté, et y voit le signe du questionnement sur l’étranger, sur le tiers. "Le transfert sur la parole permet ainsi de se libérer des objets concrets ou de la perception des corps et de poursuivre le questionnement au plan intra-psychique, une perlaboration possible grâce à l’introjection de l’idéal du moi comme référence tierce antérieure à l’investissement du père."

Les échecs de la sublimation "dés le début ", cette étape de la conjonction de l’idéalisation et de la sublimation" seront illustrés par la clinique psychanalytique des troubles de l’humeur. S’appuyant sur les travaux d’Abraham mais aussi sur ceux d’Henri Ey à propos des états maniaco-dépressifs, J.-L. Baldacci comprend la manie comme une recherche active d’une reprise des auto-érotismes dans le corps et la pensée, une reprise de ce temps non advenu de la sublimation "dés le début". Nous retrouvons le modèle qu’il nous a proposé de l’étape de la sexualisation préalable quand il s’agit de "sexualiser le non-sexuel par la co-excitation pour lui trouver une issue sublimatoire dans la parole via le jeu". Dans la manie, la sublimation "dès le début" serait perceptible, présente, en quête de place ou d’organisation. Lorsque la sublimation n’a pu apporter d’issue à l’auto-érotisme et à l’idéalisation, "qu’il s’agisse d’une surestimation excessive ou du risque d’envahissement mélancolique, c’est la prise de distance avec l’objet qui semble barrée càd l’accès aux auto-érotismes et à leur traitement sublimatoire", nous dit JLBaldacci. La révolte contenue dans le mouvement maniaque se comprend alors comme une insurrection contre l’objet qui a maintenu son emprise sur le moi.

À partir de la clinique, il nous montre que le rapport adulte-enfant est au cœur de la sublimation "dès le début". Nous le suivons avec intérêt dans son illustration de la sublimation précoce à l’œuvre dans la cure au service du jeu, de l’humour et de la poésie, tels qu’ils peuvent surgir dans les moments féconds de l’analyse. Accompagnés de l’enthousiasme de la découverte, ou parfois d’un rire jubilatoire, ces surgissements sont alors le signe que la sublimation "dès le début" est opérante, soit qu’elle ait été réactivée par le travail de la cure, soit qu’elle se soit construite à partir de la reprise des auto-érotismes.

Il choisit une séance de la cure d’une patiente où le rire surgit des associations de l’analyste et de la polysémie des mots : « la poésie est entrée dans la cure comme signe du transfert sur la parole qui désexualise la pensée et permet sans risque de retrouver le souvenir des traces traumatiques qui inhibaient la dynamique associative ». Le plaisir et le trouble partagés en face de l’infantile qui les réunit, l’un évoque, l’autre représente ce qui a été induit par la figuration proposée, constitue un beau travail de jeu et de co-création en séance à partir du petit personnage de dessin animé Droopy qui exprime son bonheur d’un ton morne et triste, « I’m happy ! ». Droopy, un souvenir partageable de l’enfance de chacun : « en face de l’infantile, nous sommes semblables, aussi partagés, aussi doubles, avec nos interdits et nos inhibitions, aussi en difficulté devant les risques de la rencontre du mot et de la représentation. »

Ce travail partagé et le plaisir qui lui est associé mettent en jeu séduction et réserve, ce don de sentiment et son transfert sur la parole qui permet de « retrouver la vitalité des auto-érotismes caractéristiques de la sexualité infantile » et de retourner vers la vitalité des débuts afin de lui faire place dans l’intra-psychique. La sublimation « dès le début » qui participe au processus complexe de sublimation et à l’ontogenèse de l’humeur correspondrait à ce moment de bascule introjective caractérisée par la joie qui lie dans la jouissance l’affect et le symbole.

Avant de conclure, reprenons ce que J.L.Baldacci a souligné à plusieurs reprises, à savoir que la sublimation « dés le début » n’est pas une sublimation primaire établie une fois pour toutes dans une perspective génétique, mais un processus susceptible d’être réactivé dans toutes les grandes étapes de la vie lorsque l’équilibre narcissico-objectal est menacé. Les créateurs qui vivent cette confrontation de façon quasi permanente aident à la « transformation esthétique du trauma ». « L’œuvre permet cette rencontre trans-narcissique entre un auteur et un spectateur. La psychanalyse peut aider l’un et l’autre à la reprise de cette rencontre. C’est en ce sens qu’elle fait œuvre de culture », nous dit J.L.Baldacci en conclusion.

Jacques André
Les sublimations, finalités sans fin

J. André introduit la discussion par une critique d’une conception unitaire qui risque d’une part de réduire une notion fondamentalement plurielle et d’autre part de l’enfermer dans les pièges de l’UN, de "Narcisse qui exigera son tribut". Il rejoint cependant J.L.Baldacci dans la sublimation des "primes origines" considérée comme agent dynamique de la cure et pas seulement comme génératrice de productions sublimatoires. Il souligne ainsi l’originalité et l’ambiguïté de cette première sublimation, une sublimation à double entrée, narcissique et auto-érotique, qui a le mérite de donner une place à cette première sublimation pas seulement en tant que résultat d’un processus d’éloignement du sexuel mais comme une dérivation première liée à la plasticité caractéristique de la pulsion sexuelle.

Qu’en est-il du narcissisme, demande J. André ? Si l’on peut se passer du narcissisme pour envisager un destin des pulsions partielles qui échappe au refoulement, on ne peut négliger pour autant l’auto-érotisme et l’activité fantasmatique sous-jacente qui inclut toujours le rapport à l’objet. Le narcissisme qui intervient à travers la valorisation sociale n’est ni la source ni le maître de cette sublimation primitive dans la mesure où sa nature consiste à limiter la mobilisation libidinale plutôt que de participer de sa plasticité.

Pour ce qui est du problème posé par la notion de désexualisation, J.André propose deux axes de discussion qui concernent successivement les rapports sublimation-désexualisation et sublimation-perversion. Soulevant la difficulté d’envisager une métamorphose qualitative de la libido en produits non-sexuels, il propose une définition inversée de la sublimation, une sublimation qui serait une sexualisation. Il s’appuie sur la proximité entre le travail du rêve et le travail sublimatoire dûe à l’extraordinaire condensation de la notion de sublimation qui non seulement tire vers le haut mais est simultanément l’agent d’une activité de transformation. Un désaccord plutôt de forme que de fond avec J.L. Baldacci, car les sublimations constituent pour lui des finalités sans fin du sexuel infantile, l’inachèvement étant autant la marque de l’œuvre de L.de Vinci que de la sexualité infantile.

Mais qu’en est-il du sexuel quand on interroge les rapports de la sublimation et de la perversion ? Deux destins qui ne passent pas par le refoulement et qui obligent à considérer la place de l’idéalisation dans ses rapports au non-sexuel. La perversion répète, immobilise, tandis que la sublimation transforme et renouvelle. Lorsque l’idéalisation entrave l’analyse, le non-sexuel ne l’emporte-il pas dans l’activité sublimatoire ? Pulsion de mort et désexualisation sont associées par Freud. A.Green glisse dans le des de désexualisation le des de la destructivité, faisant de la désexualisation non pas seulement un abandon du sexuel mais une destruction de celui-ci.

Dans sa conclusion, J.André soulignera la valeur heuristique de la sublimation "dès le début" dans sa dimension de processus unitaire tel que l’a développé J.L.Baldacci dans ce qu’elle permet de répondre aux exigences de la cure, devenant ainsi utilisable pour le progrès de l’analyse.

J.L. Lopez-Penalver président de séance ouvre la discussion avec la question de la contribution des objets transitionnels à la culture et à la créativité et celle du rôle de l’objet et de ses défaillances dans le processus sublimatoire. Des nombreuses réactions de la salle, nous en retiendrons quelques unes. D.Ribas souligne le déni du deuil qui entrelace les deux rapports, un paradoxe énoncé par la formule "ne pas perdre, sublimer". Il introduit le rapport au temps dans la sublimation qui immobilise le temps dans la trace et pose la question de ce temps arrêté, contraire du deuil. M.Perron-Borelli nous invite à différencier l’activité de pensée au service du principe de réalité, du fantasme qui reste pris dans le principe de plaisir. N.Carels introduit l’acoustique et la rythmique comme principes à l’œuvre dans la symbolisation et la sublimation. C.Janinrelève que l’investissement par une foule d’un objet culturel peut être paradoxalement le signe d’une carence des auto-érotismes, un idéal témoin de l’incomplétude et de la douleur.

Jean-Luc Donnet
La création d’une situation analysante

Qualifiant le rapport de J.L.Baldacci de "rapport du 21 èmesiècle, un rapport qui "porte la marque de tous les malaises analytiques", J.L.Donnet cherche sans doute à souligner que "l’unité" du processus sublimatoire a été le fruit de la nécessaire élaboration et évolution du concept de sublimation à partir d’une exigence de la clinique des pathologies "modernes". Il pointe ainsi l’axe de réflexion choisi par J.L.Baldacci relatif au rapport entre le processus analytique et la question posée par la concrétude sublimatoire au sein des cures de patients "limite" aux problématiques narcissiques.

La position classique, rappelée par O.Flournoy, d’une sublimation venant "de surcroît", donc mise hors champ analytique, se voit remplacée, et c’est le cœur du rapport de J.L.Baldacci, par la nécessité, au contraire, de faire lien entre le travail de transfert et les réalisations sublimatoires, qu’elles soient défensives ou pas, et d’utiliser ces dernières dans l’analyse, pour le progrès de la cure. Un axe qui rencontre ses réflexions personnelles à propos d’une satisfaction sublimatoire qui serait inhérente à la méthode et condition du progrès. Il partage donc le point de vue de cette dialectique nécessaire entre réalisations sublimatoires, transfert et transformations du transfert, intégrée au travail de la cure.

Regrettant de ne pouvoir prendre le temps d’examiner le processus se dégageant des séances relatées, ce qui lui aurait permis de "pointer" à travers des moments féconds minimes les concrétisations sublimatoires qui apparaissent, J.L.Donnet insistera sur le jeu analytique qui se déploie à partir du dégagement du signifiant "enterrement", pour montrer l’importance de la référence culturelle, dans ce cas le dessin animé, objet partageable entre adulte et enfant. La dimension du rire et du plaisir dans la séance fait en effet surgir chez la patiente un mouvement d’investigation dans lequel le plaisir de la découverte lui fait surmonter les résistances et élaborer le trauma de la mort du précédent analyste.

"Ce qui se trame entre analyste et patient, c’est la création d’une situation analysante, quelque chose qui a bien un statut d’œuvre", nous dit-il, relevant le sentiment élationnel de l’analyste dans ces moments, sa fierté, une jouissance esthétique, sublimatoire qui en serait l’indice le plus patent.

Sur la question abordée par J.André de la valeur heuristique de cette voie sublimatoire dans la situation analytique, J.L.Donnet nous propose de pas nous en tenir à l’angle classique des remaniements identificatoires et de la levée des refoulements mais de la concevoir comme "une présence en creux", "un axe virtuel" au sein de la situation analytique. Ce fut le mérite de J.L.Baldacci de remettre cet axe au centre du processus. "C’est une reconfiguration du processus analytique qui est rendu possible, à la fois fidèle à ses principes de toujours et en même temps capable d’intégrer les acquis de la complexité qu’exigent nos patients modernes".

Les autres sessions

"Carte blanche" a été laissée à F. Ladame et à R.Roussillon pour organiser deux sessions, la première sur le thème " la perte d’objet" et la seconde sur "la construction de l’objet". Cette initiative mérite d’être saluée et renouvelée, car leur générosité a permis de nombreuses interventions de la salle et a donné la possibilité à des auteurs de communications préalables d’intervenir dans le débat, en plénière.

Autre originalité de ce congrès, une séance de « Questions aux rapporteurs » a été inaugurée par G.Squitierri, M.Utrilla-Roblès, et D. Widlöcher, sous la présidence efficace de V.Chetrit-Vatine, déléguée de la société israélienne. Cette formule originale et bien préparée par les intervenants a donné pleine satisfaction

Sur le sujet difficile "Sexuel infantile, désexualisation, sublimation", trois exposés très complémentaires ont été présentés par A.Ferro, R.Puyelo et D.Scarfone. Le public a toutefois regretté qu’il n’y ait pas eu suffisamment d’échanges entre les rapporteurs et la salle sur ce sujet axial qui avait mobilisé tant E.Séchaud que J.L. Baldacci.

Avant les ultimes réponses des rapporteurs, J.Kristeva et A.Beetschen, président de l’APF, ont été sollicités par les organisateurs pour des interventions sur un thème relativement autonome, autour du travail de culture. Tous deux nous ont présenté avec brio le point actuel de leurs réflexions sur ce thème important, faisant ainsi écho, à l’intervention de L.Kahn et aux deux rapporteurs qui avaient abordé le sujet sans néanmoins le privilégier. Avec la généreuse complicité de J.Godfrind-Haber, ils donnèrent l’opportunité à D. Widlöcher, président de l’API et à B.Brusset, rapporteur français du prochain congrès de Lisbonne, de dialoguer avec eux sur l ’avenir de la théorie et de la pratique psychanalytique. Rappelons que J.Kristeva a été récemment lauréate de la première édition du prix Holberg, plus familièrement intitulé "Nobel des sciences humaines", prix décerné par le gouvernement norvégien pour l’ensemble de son œuvre. Avec cette distinction, c’est toute la psychanalyse qui a été récompensée.

La clôture du congrès a été précédée par la présentation du prochain CPLF de Lisbonne 2006 par nos collègues portugais M.Matos et F. Pereira ainsi que par G.Pragier et R.Puyuelo, nouveau secrétaire scientifique qui succèdera à G.Bayle, devenu président de la SPP. Un hommage chaleureux lui a été rendu par G.Pragier pour la qualité de son engagement pendant ces huit années où ils ont assuré ensemble la tâche du secrétariat scientifique du CPLF avec le concours inépuisable de Maryse de Saint Etienne assistée d’Evelyne Beddock.