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66e Congrès des Psychanalystes de Langue Française, Relations d’objet et modèle de la pulsion, Atelier 2
COWAP (Women - Psychoanalysis). Pulsions et objets : niveaux d’approche du narcissisme féminin

Présidé par par Teresa Flores (SPPortugal Lisbonne) et Giovanna Ambrosio (AIPsi Rome) avec Jorge Canestri (AIPsi Rome), Nicole Carels (SPB Bruxelles), Angeles de Miguel (APM Madrid), Bernard Penot (SPP Paris), Juan-Eduardo Tesone (SPP Mar del Plata Argentine)

Giovanna Ambrosio précise l’objet de l’atelier : la formation du narcissisme qui met en jeu le pulsionnel et les inter-actions avec l’objet ; c’est donc un processus intra et inter-systémique. Freud a placé au départ son Narcissisme (1914) entre autoérotisme et relations avec l’objet. On peut penser une linéarité évolutive de diverses étapes du narcissisme ou une coexistence de différents niveaux de fonctionnement. Mais peut-on parler d’un narcissisme spécifiquement féminin ? Evoquant les diverses qualités d’investissement narcissique d’un père ou d’une mère par rapport à leur fils ou fille, Givanna souligne l’importance qu’il y aurait à interroger la relation entre narcissisme et pulsion destructrice.

Juan Eduardo Tesone (SPP) envisage le féminin dans les deux sexes au travers de la jouissance des mystiques, hommes et femmes (pré-publié dans le Bulletin SPP de février).  Il évoque l’hypothèse d’une jouissance féminine « autre » (Lacan, Encore). Se passe-t-elle du rôle effracteur de l’homme (J. Schaeffer) ? On discute l’image de la Thérèse du Bernin ; et de la salle on questionne la dimension « négative » supposée du féminin. On remarque que la bisexualité est en elle-même chez chacun une sorte d’inter-action.

Nicole Carels (Belgique) part du fait que la biologie met aujourd’hui en évidence que l’ovule est très actif vis à vis des spermatozoïdes candidats. Parlant ensuite du mythe d’Europe qui montre celle-ci à la fois ravie et ravissante, elle propose de caractériser le féminin comme centripète – lui conférant un rôle clé dans la subjectivation – en insistant sur le réceptif (caché) et le laisser advenir ; mais ce féminin, pour être « de vie », doit comporter suffisamment de « centrifuge » masculin, vers l’autre, pour échapper au circulaire mortifère. La discussion amène l’expression (contestable) de « pulsion féminine » ; et aussi le féminin comme manquant (mais chaque sexe n’est-il pas manquant de l’autre ?)

Bernard Penot (SPP) s’appuie sur Freud introduisant la notion du « renversement du but pulsionnel » (1915) vers la satisfaction passive : Freud pose alors un « sujet »(agent) à l’extérieur, indiquant alors la position « féminine » comme temps décisif de la subjectivation. Freud distingue bien ici satisfaction passive et auto-érotisme. Son usage de l’expression « se faire » pourrait caractériser le féminin dans les deux sexes, et le terme de passivation en rend compte (recherche active de satisfaction passive). La notion de circuit pulsionnel (Lacan) dépasse la question de ce qui serait premier – de l’actif, du passif, ou de l’auto-érotique. L’expérience de satisfaction primaire (mère-bébé) est nécessairement mutuelle au départ…

Jorge Canestri (Rome) demande jusqu’à quel point le « se faire » peut être représentatif du féminin. Il relie le narcissisme au « sentiment premier de soi » dont parle Freud (1914), précisant le terme « selbstgefühl ». Il y aurait malentendu à considérer le narcissique comme féminin ! De la salle on insiste sur la réceptivité dans les deux sexes. D’autres interrogent le rapport féminin-maternel. On situe l’auto-érotisme dans un rapport d’enrichissement mutuel avec la satisfaction pulsionnelle, en relation avec le partenaire.

Angeles de Miguel (Madrid) expose une vignette clinique qui va donner elle-aussi matière à échanges. Elle met en évidence l’importance du regard parental pour que la fille puisse se sentir femme – regard de la mère mais aussi du père. Cette jeune patiente a dû se faire mère de ses petites sœurs – et donc mère davantage que femme ; tandis qu’elle décrit sa mère comme « narcissique », versatile et futile, et en ce sens dévalorisée comme idéal à ses yeux. C’est une fille qui a fondé (comme Athéna) son narcissisme d’être investie comme intellectuelle par le père, davantage en tous cas que le frère (comme aussi Anna Freud ?)

La discussion avec la soixantaine de participants (peu d’hommes) débouche sur la clinique de femmes en difficulté d’une valorisation narcissique du se faire pénétrer, et d’en jouir…

Bernard Penot (SPP Paris)