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66e Congrès des Psychanalystes de Langue Française, Relations d’objet et modèle de la pulsion, Atelier 3
Fonctionnement limite et transfert

Présidé par Anna Potamianou (SPH Athènes) avec Marc Babonneau (SPP Toulouse), Guillermo Bodner (SPE Barcelone), Evelyne Séchaud (APF Paris)

Dans son intervention qui a ouvert les travaux, Guillermo Bodner a évoqué un mode de fonctionnement limite où la relation de transfert apparaît sous une forme dyadique mais ne peut se maintenir que par le déplacement de tout « malentendu » sur un objet clivé. La présence de cet objet est à la fois niée et source de terreur ou de chaos. Le fonctionnement borderline utilise cet objet de façon omnipotente pour maintenir la valeur refuge du niveau dyadique de communication. L’espace analytique peut devenir lui aussi un espace de repli qui s’oppose à l’aire transitionnelle de Winnicott par l’utilisation de mécanismes pervers et psychotiques mettant en échec la capacité de rêverie de l’analyste. Toute nouvelle source de malentendu (sous la forme d’interprétations ou de silences de l’analyste incompréhensibles pour l’analysant) transforme l’incompris en incompréhensible, lui-même source de terreur et de chaos qu’il faut aussitôt projeter dans l’objet clivé. En conclusion, G.Bodner souligne que l’échec de l’intégration des objets internes se double de celui de l’intégration de l’expérience subjective avec son observation. Cette double expérience de la capacité de vivre et de l’observation du vécu constitue l’essence même du processus analytique. Seule la différenciation des objets primaires et la capacité de sortir de la relation dyadique peut permettre le développement de cette expérience.

La discussion de l’exposé de Guillermo Bodner a permis de reprendre cette notion de transformation de l’incompris en incompréhensible, conséquence de la répétition du malentendu entre l’analyste et l’analysant et symptôme de l’échec de la fonction de rêverie de l’analyste. Si l’incompris est du côté du manque, l’incompréhensible est du côté du chaos psychique ou de la perte de cohérence. Dans la clinique des limites, l’analyste doit se situer entre les deux et pouvoir accepter de partager l’incompréhensible plutôt que de l’interpréter pour éviter l’angoisse et le clivage du malentendu. L’incompris serait de l’ordre d’une pathologie du lien alors que l’incompréhensible serait de l’ordre d’une pathologie de l’intrapsychique avec toutes les difficultés
liées à l’instabilité des limites internes du Moi avec le Surmoi et la pulsion. L’analyste doit se situer constamment entre les deux, dans une double limite où la dialectique entre ce qui est lié à l’autre et ce qui est lié à soi même est constamment sollicitée. Dans le fonctionnement limite, l’analyste est pris dans un dilemme constant où il doit d’une part réparer les défaillances de la pathologie du lien et de l’autre installer dans l’ordre intrapsychique l’incompréhensible projeté en lui par le patient.

Le texte de Marc Babonneau introduit une clinique du narcissisme extrême, à la limite des limites, à partir de trois cas de patients dont la cure s’avère d’une monotonie et d’une fixité massives. Dans une formule volontairement provocante, Marc Babonneau parle de « patients sans transfert » pour mieux souligner leur opposition aux patients névrotiques à l’origine de la psychanalyse. Comment, en effet, adapter notre pratique à la monotonie et au tragique défaut d’affects de ces patients, doublés du danger de désorganisation que représente toute interprétation un peu incisive ? Le transfert oscille entre la lutte contre un autre potentiellement intrusif et hostile, dont il faut essentiellement contrôler et prévenir la pénétration, et la recherche d’un alter ego venant assurer et garantir un sentiment d’existence défaillant (agrippement à l’objet).

La formule de patients « sans transfert » est reprise à la lumière de trois formes de transfert possible dans ces fonctionnements : l’analyste comme objet de désir avec des angoisses de délimitation (séparation/intrusion), l’analyste comme objet primordial d’agrippement, et enfin l’analyste comme objet désinvesti dans une organisation anti-processuelle. Ces trois formes sont potentiellement présentes mais lorsque la régression au désinvestissement devient le bain quotidien, ces patients peuvent donner un sentiment de surplace difficile à supporter.

Claire-Marine François-Poncet (SPP Paris)