66e Congrès des Psychanalystes de Langue Française, Relations d’objet et modèle de la pulsion, Atelier 4
Le somatique et les experiences corporelles
Présidé par Jacques Press (SPS Genève) avec Marilia Aisenstein (SPP Paris), Admar Horn (SBP Rio de Janeiro), Madjid Sali (SPP Lyon), Mikel Zubiri (APM Bilbao)
Donner un fondement à la théorie des organisations non névrotiques par l’élaboration d’une métapsychologie des limites et des liens, tel que l’a proposé B. Brusset, même s’il parle de corps plutôt que de soma, ne pouvait qu’attiser la curiosité des psychosomaticiens. En effet, la clinique psychosomatique s’apparente à ces fonctionnements limites présentant des fragilités narcissiques, dont B. Brusset nous dit qu’ils génèrent des dépendances à l’objet primaire en deçà de sa représentation. Cet en deçà, en manque de symbolisation et de subjectivation, fait une place toute particulière aux somatisations. Les intervenants de l’atelier ainsi que les questions de la salle reprennent ces aspects métapsychologiques des liens primaires, comme constitutifs de l’advenir des pulsions et des relations d’objet.
Jacques Press rappelle que la pulsion n’est pas une donnée mais qu’elle se construit dans un rapport inter-psychique avec les objets ; elle est cause et effet, elle met en exigence de travail psychique du fait de son ancrage dans le somatique et de son lien à l’objet. La pulsion advient par les soins de l’environnement ; plus les aléas sont problématiques, plus la déqualification de la pulsion est importante. Comment prendre en compte les aspects économiques dans une topique de l’inter-psychique ? Cela implique de tenir compte de ce qui se passe chez l’analyste aussi bien d’un point de vue psychique que somatique. Le travail de construction de l’analyste n’est-il pas un contre-investissement de la menace de vide chez ces patients ?
Dans ces occurrences, il y a des restes non psychisés.
Madjid Sali interroge : est-ce la pulsion qui est à l’origine de la naissance des fantasmes ou est-ce les fantasmes qui, par leur capacités d’excitation intra psychique, vont être à la source de la pulsion ? Le prima de l’objet met, chez Laplanche, le fantasme au cœur de la source de la pulsion et pour Freud, ce n’est pas l’image de l’autre qui est intériorisée, mais le modèle d’une relation à l’autre ; ainsi, le lien à l’objet est intégré à l’intérieur de soi.
Pour Admar Horn, en psychosomatique, on peut observer un sur-investissement de la sensori-motricité comme défense contre les émergences pulsionnelles et les traces mnésiques de l’objet. Comment le bébé, dont la sensorialité s’intrique dans les pensées va pouvoir transformer sensations et perceptions pour atteindre une bonne mentalisation ? Le rôle de l’objet maternel est essentiel pour la libidinalisation des fonctions somatiques et psychiques. Sans objet permanent à investir, tout l’être s’étiole dans l’accrochage à la sensorialité et on assiste à la mise en place de processus anti-pensées, anti-objet.
Marilia Aisenstein repense les carences précoces à partir de défaillances du masochisme érogène primaire. Il s’agit de lier sensorialité, sensation, émotion et qualification des affects. L’attente douloureuse du bébé doit être masochiquement investie, grâce à la mère, pour favoriser « la voix longue ». Les conduites masochiques secondaires sont des tentatives de rattrapage d’un masochisme originaire qui ne s’est pas convenablement établi. Elle fait référence aux adeptes du Body art et des piercing.
Pour Mikel Zubiri, la troisième topique est l’investissement des deux polarités de la pulsion comme dans les structures encadrantes d’André Green. L’interrelation entre la pulsion et l’objet, entre l’intra-psychique et l’inter subjectif, entre la première et la deuxième topique, est permanente. Que se passe-t-il quand l’objet manque dans sa fonction objectalisante ? Il y a ce qui peut accéder à l’objet et ce qui peut se satisfaire sans objet. L’analyste doit permettre l’extension de la troisième topique là où elle n’est pas développée, elle est organisatrice même si certains éléments restent à l’extérieur de la psyché, comme le pensait P. Marty.
Les auditeurs ont, passionnément, discuté ces apports.
Jean-Claude ELBEZ (SPP Aix en Provence)