66e Congrès des Psychanalystes de Langue Française, Relations d’objet et modèle de la pulsion, Atelier 5
L’intrapsychique et l’intersubjectif
Présidé par Michèle Perron-Borelli (SPP Paris) avec Robert Mancini (SPP Lyon), Luis Martin Cabre (APM Madrid), Raquel Cavaleiro Ferreira (SPPortugal)
Si le thème invoque une antinomie apparente (intra-/inter-), les notions d’intrapsychique et d’intersubjectif, tels que saisis dans la thèse de B. Brusset et dans les développements cliniques discutés dans cet atelier, dépassent les débats polémiques et la logique d’exclusion dessinée dans le mouvement psychanalytique depuis les avancées de S. Ferenczi. Les controverses passionnées autour de la notion de relation d’objet se voient actuellement relativisées par une constatation aussi simple que longtemps ignorée, que Michèle Perron-Borelli rappelle dans son introduction. Elle soutient que Freud a toujours pris en compte l’enfant dans son environnement – le sein, la mère (ses différents objets) – avant de souligner que pour lui, la satisfaction auto-érotique s’en détache dans un 2ème temps (avec les implications intrapsychiques correspondantes). Elle continue en disant que dans la technique psychanalytique, il faut que les limites du moi soient suffisamment établies (dans les pathologies non névrotiques) pour qu’un travail sur l’intrapsychique puisse être possible. Ce travail sur l’intrapsychique sera mis à l’épreuve des trois situations cliniques qui seront présentées: un cas d’enfant et deux cas d’adultes.
Luis Martin Cabre expose une séance significative d’une analyse d’enfant après avoir rappelé que Freud ne s’est jamais opposé à la thèse de la construction du psychisme dans un champ interpsychique et que l’objet, pour lui, pouvait déterminer les déploiements de la vie pulsionnelle. Dans la situation clinique exposée, il essaye de montrer comment cet enfant de 10 ans, fils unique et adopté, a pu reconstruire fantasmatiquement les éléments d’une scène primitive dont il est le héros, en y incluant son analyste ; la complicité des deux interlocuteurs dans le scénario fantasmatique de l’enfant a permis à l’analyste dans sa technique interprétative, d’évoluer dans un champ interpsychique commun avec son jeune patient. La suite de l’analyse montre un engagement en profondeur vers l’origine énigmatique de son adoption et la construction d’une scène primitive modifiée.
Raquel Cavaleiro Ferreira et Robert Mancini exposent successivement les cas d’un homme et d’une femme borderline présentant d’importantes perturbations narcissiques, les deux patients accusant des problèmes d’enveloppe, de peau psychique. L’homme présente une problématique de souffrance identitaire avec des mécanismes d’identification projective massifs mettant à mal l’analyste, qui éprouve une douleur violente à une séance comme effet des mouvements projectifs du patient, et l’obligeant à un important travail de contre transfert. La femme qui traverse des crises projectives avec des vécus persécutoires, oscille entre des éprouvés d’abandon et des vécus d’envahissement par l’objet. Elle passe de sentiments tempérés à des affects de rage et exprime à la fois dénigrement et attachement vis-à-vis de l’analyste. R. Mancini montre comment l’intrapsychique de la patiente est « externalisé » et contenu puis transformé par la psyché de l’analyste (éléments béta transformés en éléments alpha). Le travail d’introjection et de transformation peut se voir également dans l’évolution du cadre de la thérapie qui, d’une fois par semaine en face à face, passe à trois fois et au bout de quatre ans, à un passage au divan. Dans la discussion, seront abordés les moments insupportables de la cure où s’expérimente une confusion dedans-dehors, un collage à l’objet qui ne se modifiera que par l’élaboration du contre-transfert de l’analyste. Ces situations cliniques montrent bien comment l’intersujectif modifie petit à petit l’intrapsychique et permet chez ces patients de nouvelles possibilités de subjectivation et d’introjection.
En conclusion, les animateurs s’interrogent sur les enjeux de la réintégration des avancées post-freudiennes au corpus freudien. C’est dire la place centrale de ce retour toujours renouvelé comme condition de toute progression dans le champ analytique.
Karin Tassin (SPP Paris)
Maurice Khoury (SPP Liban)