66e Congrès des Psychanalystes de Langue Française, Relations d’objet et modèle de la pulsion, Atelier 6
Le travail psychanalytique, une question de subjectivation
Présidé par Raymond Cahn (SPP Paris) avec Jacqueline Amati-Mehler (AIPsi Rome), Giuseppe Scariati (SPS Genève), Steven Wainrib (SPP Paris)
Le thème même de cet atelier condensait en quelque sorte la problématique du congrès.
Ouvrant le débat, Raymond Cahn a énoncé les différentes problématiques de la subjectivation, tant au niveau des définitions que de son utilisation. Il devait souligner que si troisième topique il y avait, le travail de subjectivation se devait de prendre en compte l’objet-environnement. La réceptivité et la capacité de contenir tels ou tels contenus archaïques, affects, etc., induits en lui par le patient, reconnus, et traduits dans l’interprétation, ouvrent à de nouvelles modalités de fonctionnement mental chez lui. Soulignant le caractère submergeant des pulsions, hors l’interrelation subtile avec l’objet, la mère, assurant un rôle de liaison, R. Cahn a défini la subjectivation comme ce travail identificatoire qui crée un objet–tiers, cet objet trouvé/créé qui permet la symbolisation.
Jacqueline Amati-Mehler devait souligner notre meilleure connaissance des différents niveaux de fonctionnement archaïque des patients. S’appuyant sur la cure d’une patiente alléguant d’une communication télépathique avec un cousin, dit amant, elle a vu dans le lien avec cette partie masculine psychotique, l’expression d’un besoin fusionnel, probablement redouté avec l’analyste, en même temps qu’elle a évoqué le contrôle tout-puissant de la patiente, et ses défenses par l’intellectualisation. Puis, la patiente a pu ensuite commencer à assumer sa partie malade et explorer ses idées les plus délirantes dans une psychose de transfert. Il y avait ainsi deux personnes sur le divan, « le malade » interférant sans cesse, et la partie engagée dans la relation à l’analyste. Définissant alors le contre-transfert comme l’hôte des projections du patient, Jacqueline Amati-Mehler a souligné combien il est possible à l’analyste de ressentir, à travers l’identification projective, y compris physiquement, les parties blessantes psychiquement et physiquement du patient. Elle devait conclure en définissant notre fonction de subjectivation comme une compréhension et un partage de l’angoisse, ici de la terreur, mais dans une traduction des parties non représentées ou seulement symbolisées dans un système délirant.
Guiseppe Scariati a placé sa réflexion en référence à l’impact inducteur de nos théories, nos interventions et notre contre-transfert, en évoquant le matériel d’une cure d’une patiente déprimée et souffrant d’un vide intérieur, dans laquelle la double relation en faux- self de la « bonne » patiente et du « bon » analyste signalait un clivage du moi puis suscitait un transfert passionnel, et une évolution en impasse. C’est alors, qu’il a pu prendre en considération son contre-transfert en tant que ressenti de l’aliénation transférentielle de la patiente et signe de l’activation d’un noyau traumatique, le clivage révélant la carence symbolique et les troubles de la subjectivation. C’est à ce niveau, joué dans une dyade, qu’une relance du processus de subjectivation peut se produire, à travers la « fonction subjectalisante » de l’analyste ( cf Raymond Cahn) qui accueille les actualisations transférentielles et contre-transférentielles en leur donnant un sens appropriable par le psychisme du patient.
Discutant l’exposé de Giuseppe Scariati, Steven Wainrib a montré que le transfert de la patiente réplique une forme de lien aliénant qui l’a placée devant le dilemme d’être un objet palliatif pour sa mère ou de ne pas être prise en compte. C’est un changement de position de l’analyste qui va relancer l’analyse et permettre la reprise d’un authentique processus de subjectivation, Un mouvement analogue ressortait de la présentation de T. Flores : L’homme à l’ordinateur. Jacqueline Amati-Mehler concluait sur le nécessaire repérage de la fonction parentale que nous assumons dans la subjectivation, l’importance de la prise en compte du contre-transfert pour sortir de l’impasse, ainsi que sur la mouvance effective des différents niveaux de fonctionnement.
Béatrice ITHIER (SPP Paris)