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Compte-rendu des séances plénières 

Consacré à La cure de parole, le  67e Congrès des psychanalystes de langue française a réuni plus de 1000 participants venus de 29 pays, bien au-delà des 12 sociétés composantes. Sans s’inscrire nécessairement dans une culture francophone, de nombreux collègues étrangers sont sensibles à la spécificité des réflexions des psychanalystes de langue française et souhaitent mieux les connaître. Il faut ajouter également qu'un tiers environ des congressistes était constitué d’analystes en formation, indice d’une perspective favorable à la transmission de notre discipline. L’importance de la place de la psychanalyse dans la culture, ainsi que le thème retenu pour ce congrès, ont suscité, cette année, la présence de deux linguistes invités par André Green (SPP). Rappelons que celui-ci a été préparé par 42 séminaires organisés dans les différentes sociétés composantes. S’ajoutant aux deux rapports, 30 communications préalables au congrès ont été publiées. Les débats, enfin, ont été suivis avec une assiduité qui ne s’est pas démentie.

Comme l’a déclaré Julia Kristeva (SPP) dans son dialogue avec Daniel Widlöcher (APF), cette manifestation a constitué un événement épistémologique majeur. Elle marque une date dans l’histoire de la psychanalyse. Si le rapport de Dominique Clerc (APF) L’écoute du langage apparaît comme une œuvre d’architecture, sinon de jardinier, celui de Laurent Danon-Boileau (SPP) La force du langage se donne davantage comme un mouvement, à travers lequel l’auteur avance ses hypothèses métapsychologiques. Tous deux, avec leurs différences, convergent vers un objectif commun, celui de poser en termes renouvelés la question de la place, de la fonction, du statut de la parole dans la cure psychanalytique. Les auteurs de langue française occupent ici une position particulière : depuis 1953, les psychanalystes se sont déterminés en fonction de leur lecture du texte de Jacques Lacan, Fonction de la parole et champ du langage en psychanalyse, dit « Discours de Rome », celui-ci étant initialement destiné à un Congrès des psychanalystes de Langues romanes. Les points de convergence des rapporteurs ont été particulièrement significatifs, car ils témoignent, chacun à leur manière, de l’émergence d’une nouvelle pensée psychanalytique, construite à l’épreuve de l’expérience de la cure, et qui se sépare des descriptions phénoménologiques comme de la reconstruction lacanienne opérée après une certaine lecture de Saussure.

Il est remarquable aussi que les deux auteurs aient construit et prolongé leurs rapports dans leurs présentations orales, en reprenant les travaux les plus anciens de Freud, dans la préhistoire de la psychanalyse, au moment où il découvre les caractères de la symbolisation dans la conversion hystérique et en les articulant avec une clinique construite à partir des élargissements des indications des traitements psychanalytiques, tels que nous les observons aujourd’hui.  Ainsi, Dominique Clerc a-t-elle présenté la cure analytique d’une patiente psychotique hallucinée, tout comme Laurent Danon-Boileau s’est appuyé sur son expérience de thérapies avec des enfants autistes ou psychotiques. Cette même orientation a prévalu dans les nombreuses interventions venues de la salle, les exposés des discutants et le déroulement des tables rondes du Congrès.


Dans ce bref compte-rendu, je tenterai de privilégier la teneur des tables rondes comme les interventions issues de la salle pour restituer l’ambiance stimulante de ces quatre journées en tenant compte de la publication ultérieure des présentations orales des rapporteurs et de leurs discutants, avant la fin de l’année 2007, dans le N° Spécial Congrès de la Revue française de psychanalyse. Que les nombreux collègues non mentionnés veuillent m’excuser de certaines lacunes directement liées au foisonnement de leurs réactions.

 Le vendredi 18 mai, deux tables rondes, coordonnées et dirigées par Paul Denis (SPP), ont été consacrées à l’économie de la parole dans la cure psychosomatique et à la parole et au fantasme en psychanalyse de l’enfant.

Dans la première, Isabel Usobiaga (APM) a exposé un moment mutatif survenu après deux ans de cure lorsque la patiente lui eut demandé si avec toutes ses douleurs, la vie valait la peine d’être vécue ? Atteinte de cancers, elle avait été amputée des deux seins avant que soient survenues des métastases osseuses. Dans les séances, elle alternait entre une pensée opératoire et un fonctionnement plus névrotique, où des affects dépressifs émergeaient.

Dans son commentaire, Michel de M’Uzan (SPP) insista sur la dépression sans objet. Ici, l’affect n’est pas la culpabilité mais la honte. Le rôle des pertes objectales est important. Quand la patiente exprime le désir de vivre, elle n’est plus seulement dans le refus de la mort.

Pour Jacques Press (SSPsa), le moment mutatif est intervenu dans une retrouvaille, en face à face au moment où ont été reconnues les limites du langage. La « guérison par la parole » implique que la parole est une transformation de la source pulsionnelle en son expression psychique.

Isabel Usobiaga précisa qu’après le moment mutatif, le travail n’a plus été si « lourd », la patiente a pu « guérir son corps », les métastases ont disparu, son fonctionnement s’est névrotisé.

En somme, pour Paul Denis, la « guérison » fut l’acquisition de la possibilité de devenir malade « comme tout le monde ».  Cette table ronde a vu s’ouvrir des échanges entre paroles et identifications.

Dans la deuxième table ronde, l’exposé de Franca Munari (SPI) a développé le concept de troisième scène. S’il est classique de considérer que, dans le cas de l’adulte, le travail analytique se joue sur deux scènes, la psychanalyse de l’enfant implique une troisième scène, dans laquelle l’analyste, objet d’étayage et objet de transfert, est aussi acteur.

Dans sa communication, Lorraine Boucher (SPM) s’est interrogée sur le travail de fantasmatisation en analyse d’enfants. L’analyste aura à rejoindre les fantasmes de l’enfant, travestis dans des fantaisies conscientes. Si la réalité a été traumatique, l’enfant présente une faiblesse dans son organisation fantasmatique. La représentation de mots ne parait pas suffisamment liée à la représentation de choses. L’analyste reçoit alors ses paroles dans son corps. Albert Louppe (SPP) s’est interrogé sur le procès de la parole et son articulation avec le jeu, témoignage des variations de l’investissement de la voie régrédiente vers des traces perceptives en fonction de la dynamique du fantasme. « L’enfant parle de tout son corps, l’analyste l’entend de tout le sien », conclue Paul Denis.

Le samedi 19 mai, deux autres tables rondes furent organisées.

La première, « Agir de parole » autour de Jean-Luc Donnet (SPP), avec Jacqueline Godfrind-Haber (SPB) et Laurence Kahn (APF), permit à Donnet de rappeler que l’agieren est la manifestation la plus vive du transfert : fragment d’action, il confond présent et passé. Le patient en train d’agir sa répétition fait corps avec l’énonciation au premier degré et s’adresse à l’analyste pour l’ « activer ». Il y a là une nouvelle voie royale d’accès à l’inconscient, ouvrant à une problématique complexe qui trouve son écho dans les écrits des années 1920 de Freud.

Jacqueline Godfrind Haber a montré, à partir d’une illustration clinique, comment, au moins pour un temps, l’agir partagé du patient et de l’analyste peut soutenir le processus analytique. Laurence Kahn s’est interrogée pour savoir s’il existait des actes de paroles pouvant échapper à l’agir de parole. Elle a nettement distingué l’agieren de l’acting.

La deuxième : Le langage : perspectives vues du dehors et du dedans de la psychanalyse fut coordonnée et dirigée par André Green. En présentant les deux invités de sa table ronde il souligna l’intérêt de confronter les reconstructions, tant de l’ontogenèse que de la phylogenèse, opérées par les psychanalystes, à partir de cures de patients adultes avec les conclusions de chercheurs tentant de parvenir à des constructions plus objectives. Si les deux intervenants ont été tous deux directeurs de recherches au CNRS, Bénédicte de Boysson Bardies a travaillé sur la genèse du langage alors que l’œuvre de François Rastier se présente comme une introduction aux sciences de la culture.

Bénédicte de Boysson Bardies a souligné que, depuis trente ans, les études sur la genèse du langage chez les bébés sont en plein essor. S’ils  sont programmés pour suivre les mouvements de la bouche, l’écoute dialogique leur est nécessaire pour qu’ils produisent des sons. Ainsi, à la fin du processus, la liste des cinquante premiers mots connus varie considérablement selon les codes culturels en vigueur. François Rastier a souligné que la question des origines passionnait tous les départements scientifiques. Il a rappelé dans quelles conditions elle s’était posée à la linguistique. Dans le prolongement des travaux de Heckel s’était établie une typologie des races, pouvant être mise en évidence dans une typologie des langues. Pour Saussure, cette question était dénuée de sens. Toutes les langues ont des structures communes nécessaires : elles reposent sur un usage différentiel des signes qui initialement permet d’opposer l’évocation d’une zone distale, celle des théogonies et des questions métaphysiques à celle d’une zone proximale celle de l’existence quotidienne. Enfin, François Rastier a mis en garde contre des présentations séduisantes par leur rigueur scientifique apparente mais dont les présupposés reposent sur une psychologie du sens commun particulièrement élémentaire.

Green reprit les conclusions de ces deux exposés pour souligner la spécificité de la place de la parole dans la situation analytique. Après avoir montré les apories auxquelles les positions de Jacques Lacan avaient conduit, il a rappelé que l’essentiel de la découverte freudienne était la pulsion et ses différents destins. Ce sont les différences de niveau dans le fonctionnement psychique qui ouvrent la voie à l’interprétation. Le langage psychanalytique concerne l’absence : ailleurs et autrefois.

Revenons aux exposés des rapporteurs et des discutants.

La séance inaugurale du 17 mai avait été consacrée à la présentation et à la discussion du rapport de Dominique Clerc. Bernard Chervet (SPP) porta le débat sur la haine des mots. Faisant  référence aux Etudes sur l’hystérie, il évoqua la rupture de Freud avec Breuer du fait du refus de ce dernier de prendre en compte la symbolisation. Freud, dans les Etudes, soutient le rôle de ce facteur chez sa patiente Caecilie. Puis, il fonde l’écoute analytique. En 1938, dans l’Abrégé, Freud formule, de façon manifeste, les conditions de cette écoute ; elle est composée de deux assertions adossées : « sincérité totale contre discrétion absolue ». En 1953, la rupture avec Lacan proviendra également du refus des analystes de la SPP de le suivre dans la voie de la fonction linguistique. Pour Chervet, même si parfois les mots viennent à manquer, c’est l’écoute analytique qui permet d’écarter le risque de haïr certains patients.

Patrick Mérot (APF), dans l’intervention conclusive de cette première séance, fait aussi un retour au Freud des origines pour discuter la position lacanienne avec Dominique Clerc. Pour lui « le rêve est la voie royale de l’homophonie » et le son du mot est en attente de visuel.

Parmi les nombreuses interventions issues de la salle, Michel Ody (SPP) souligna aussi l’intérêt du retour aux Études sur l’hystérie tandis que Muriel Gagnebin (SPP) donna son point de vue sur le rôle de l’image qu’elle situe du côté de l’excès de présence : « Pour éprouver du dégoût, il faut d’abord avoir eu du goût ». Dans le droit fil de l’exposé de Dominique Clerc, Evelyne Chauvet (SPP) insista sur cette conception originale de l’écoute. André Green, pour sa part, exprima sa reconnaissance au rapporteur d’avoir choisi pour sa présentation orale un cas de psychose et souligna l’importance du symptôme agi (la malade fouillait systématiquement dans les poubelles pour y découvrir des boites de lait).

Retenons aussi l’intervention de Catherine Chabert (APF) pour laquelle la place de la sexualité était moins absente qu’il ne le semblait dans le cas Madeleine (de Proust) présenté par le rapporteur.

Dans la discussion qui suivit l’exposé de Bernard Chervet, Paul Denis (SPP) devait proposer que le symptôme fouiller dans les poubelles est une des résultantes de l’inhibition de l’autoérotisme y compris celui du langage. Avec son expérience très pointue des enfants autistes et psychotiques, Geneviève Haag (SPP) montra son intérêt pour un signifiant majeur rapporté par Dominique Clerc : la représentation carrée d’une boite imaginée par l’analyste (alors que la patiente cherchait des boites rondes). Dans un dialogue avec le rapporteur, Jacques André (APF) se demanda dans quelle mesure un glissement avait pu s’opérer entre cure d’images et cure de paroles.

José Canelas (SBPSP), porte-parole du séminaire de préparation de Sao Paolo qu’il dirige avec L.C. Menezes, interrogea Dominique Clerc pour savoir si l’usage de la figurabilité ne venait pas en lieu et place de l’association libre ? Josette Czerny (SBPSP) s’interrogea sur l’espace accordé à la reverie, au sens de Bion, dans la perspective de Dominique Clerc ?

En revenant sur le contre-transfert dans la cure des patients psychotiques, François Duparc (SPP) émit l’hypothèse d’une hallucination dans le contre-transfert, pensée fétichique de l’aire transitionnelle. Le problème contemporain de la distinction entre transfert sur l’objet et transfert sur la parole fut abordé par Gilbert Diatkine (SPP). Pour Gérard Szwec (SPP), chez la patiente de Dominique Clerc, le rêve n’avait plus sa fonction de gardien du sommeil et ses activités de déambulation, proches du somnambulisme, court-circuitaient la mentalisation. Fouiller les poubelles semblait être, pour Robert Asséo (SPP), une tentative de retrouver l’unité dans son fonctionnement psychique. Ici, l’analyste semble être devenu le gardien de la latence.

La séance du vendredi matin 18 mai a été consacrée à la   présentation orale du travail de Laurent Danon-Boileau et à la discussion qui lui a succédée. C’est Jean-Yves Tamet qui lut la contribution de Jean-Claude Rolland (APF) absent pour des raisons de santé. Elle sera publiée in extenso dans la Revue française de psychanalyse. Jean-Claude Rolland avait introduit sa contribution écrite en rappelant que Freud, avec la deuxième topique ne faisait plus référence au langage et soulignait que le travail de Danon-Boileau venait démentir ce manque. Mais, il a posé aussi une question : était-il légitime pour autant de ne pas tenir compte de ses travaux antérieurs ?

Cette mise en cause de l’hétérogénéité du signifiant fut discutée par Danon-Boileau dont Green estima avec humour qu’il faisait ici usage de sa casquette de linguiste. Pour le rapporteur, c’est lui qui serait aussi responsable de l’utilisation du terme signifiant, non pas dans le sens de Saussure, mais dans celui de Lacan. L’état du corps propre ne s’isole pas dans le discours psychanalytique. Le second point de discussion était la définition de l’affect. Celle donnée par Freud dans l’Introduction à la psychanalyse, est décomposée en un mouvement, la perception de ce mouvement et une attribution qualitative à ce mouvement. Pour Laurent Danon-Boileau, parler de signifiant c’est rester dans la fixité. Il préfère donc utiliser la notion de signifiance qui prend en compte une construction progressive.

En accord avec Laurent Danon-Boileau, Alain Gibeault (SPP), à partir du cas d’un patient psychotique, rappela que, pour Freud, le Moi était corporel. Lui aussi préféra évoquer une hétérogénéité de la signifiance plutôt que celle de signifiant. Pour Muriel Gagnebin, aux origines était le cri. Elle en donna plusieurs exemples dans la culture pour s’interroger sur leur statut métapsychologique. Quant à Michèle Perron-Borelli (SPP), elle illustra l’écart entre signifiance et signifiant en soulignant les conditions d’émergence du premier signifiant chez sa petite fille.

Si François Duparc s’est montré d’accord sur le fait que certains patients utilisent une parole désarticulée rendant l’identification hystérique impossible, il pense que l’identification projective reste possible car il se produit dans ces conjonctures une désarticulation dans le corps de l’analyste.

Pour César Botella (SPP), il faut attendre 1932-1933 pour que Freud révèle que le rêve ne résulte pas seulement d’une réalisation de désir mais aussi de l’élaboration du trauma. Michel de M’Uzan rapporta une situation clinique, le cas d’une patiente qui guérit de ses inhibitions de façon durable le lendemain d’une séance où, découragé après une longue série d’interprétations restées sans effet, il s’était laissé aller à proférer : « Et pourtant, çà aurait du marcher ! » …comme si ces paroles avaient été prononcées par quelqu’un d’autre.

Laurence Kahn (APF) s’est interrogé sur la légitimité du concept de parole du ça, impliquant la notion d’une hiérarchie. Le psychanalyste ne peut prendre les libertés conceptuelles du philosophe. Ainsi la signifiance peut-elle être conçue en dehors d’une liaison dont le principal acteur est précisément le refoulement ? Patrick Miller (SPRF) a rappelé l’importance de l’enracinement du langage dans le corps à travers l’utilisation des signifiants catleya  et faire catleya dans la Recherche du temps perdu. Quant à Marilia Aisenstein (SPP), elle insista sur les contraintes d’une double créativité dans les cures de  patients qui font leur analyse dans une autre langue que leur langue maternelle.

Dans son intervention conclusive de la séance, René Roussillon (SPP), a souligné sa proximité avec les enjeux du rapport de Danon-Boileau. Il a cependant marqué sa réserve sur l’importance de l’écart entre l’entendu et le proféré. Il nous rappelle qu’à la fin de Constructions en analyse, Freud revient sur la construction de l’hallucination et se réfère à la période précédant l’apparition du langage verbal. Dès lors quel statut accorder à ces expériences préhistoriques ? Le lacanisme a proposé une solution à ce problème : le langage est toujours là, préexistant à l’enfant. Ou bien l’affect peut-il prendre le statut d’un langage premier ? 

La séance du dimanche 20 mai a été ouverte par le débat Du symbole à la chair entre Julia Kristeva (SPP) et Daniel Wildöcher (APF) présidé par Viviane Chétrit-Vatine (SP Israël). Celle-ci a ouvert la séance en précisant la position éthique de l’analyste placé dans une position de responsabilité asymétrique. Le patient est aussi le prochain. Julia Kristeva a posé la question de la résonance entre parole en psychanalyse et théories du sens. Les deux rapports marquent une étape importante dans sa compréhension. La chair est définie comme chiasme entre moi et le monde. Lorsque Benveniste s’intéressa au sens opposé des mots primitifs, ce fut pour réinterpréter Abel. Un même mot exprime deux perceptions du même sujet de l’énonciation. Dans les langues modernes, il existe des quasi-signes sensoriels. Dans l’objet langage il est donc possible d’inclure la sensation et la perception. Antoine Culioli devait approfondir cette linguistique en considérant que le signe se réfère à un ensemble ouvert de sensations, affects et pulsions. Il manifeste la négociation conscient/ inconscient requise dans l’acte de signifier du sujet. Le signifiable, poussé aux expériences hallucinatoires, est métamorphique. Lorsque l’enfant autiste se liquéfie devant une flaque d’eau, il se métamorphose. L’écrivain réussit là où l’autiste échoue. L’écoute analytique est axée sur l’analyse de l’insoutenable fragilité de la fonction paternelle à laquelle s’ajoute la folle endurance de la vocation maternelle. Les perceptions sont au Moi ce que les pulsions sont au ça. La cure est supposée transformer en perceptions les traces indicibles. La formulation analytique sera toujours interprétable au regard de l’Œdipe. Ce que la psychanalyse introduit de nouveau est tributaire du complexe paternel.

Daniel Widlöcher a souligné l’écart entre deux saisies de l’écoute analytique, selon les modalités dont est perçue l’écoute du ça. Si l’acte psychique est issu d’une sensation, celle-ci sollicite l’appareil à un niveau archaïque, c’est dans la pensée associative que surgirait l’émergence du sens. La force hallucinatoire de la figure du fantasme parait prépondérante. L’émergence d’une parole associative nécessite qu’on se situe entre les mots et les choses. André Green, de la salle rappelle que, malgré un apparent consensus, existaient des divergences sur la pulsion qui ne saurait être réductible à un schème d’action. Le plus souvent, elle reste en deçà de son but tout en continuant à travailler dans le psychisme inconscient.

Avant de conclure, il peut être intéressant de se souvenir que Charcot en 1887 dans les Leçons ( traduites par Freud), cherchait une définition du mot[1]. Ce texte constitue l’une des origines les plus marquantes des théories psychanalytiques sur ce point. Les travaux du 67e Congrès des psychanalystes de langue française marquent donc leur originalité au sein d’une longue tradition. Il devient possible aujourd’hui,  de poser autrement la question du langage. Il ne s’agit plus seulement d’aider un sujet à retrouver, à travers son discours, la place dans la chaîne signifiante qui lui préexiste mais aussi, à partir de sensations, comme d’expressions corporelles, de faire advenir des mots : la cure est bien un double transfert sur le langage et sur l’analyste. C’est pourquoi les rapporteurs, comme les discutants et les intervenants, ont voulu approfondir les places respectives du langage et du corps dans la conversion hystérique, la somatisation, les états de désorganisation psychique ou prédomine l’agir, les psychoses et l’autisme. Une large place a été faite à l’émergence des crises affectives au cours des cures avec, symétriquement, l’écoute affectée de l’analyste au cours de ces épisodes.

Le Congrès des psychanalystes de langue française ne s’achève pas avec sa dernière séance, il s’agit à présent d’en prolonger les effets. Dès juin 2007, à la demande d’analystes en formation, une étude a été organisée autour de ses élaborations. 

Samuel Lepastier (SPP)



[1]J.-M. Charcot (1887) Leçons sur les maladies du système nerveux faites à la Salpêtrière, tome III, Paris, Delahaye & Crosnier, pp. 187-188