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Comptes-rendus des ateliers

Atelier 1 - La parole du psychanalyste dans la cure de l’enfant

Présidé par : Annie Anzieu (APF, Paris) avec Alicia Liengme (SSPsa, Genève ) et Jacques Angelergues (SPP, Paris)

Comme une séance… où improvisation et créativité se nouent… c’est ainsi qu’a proposé de travailler A. Anzieu, aux côtés d’A. Liengme et de J. Angelergues qui remplaçait F. Moggio, inopinément indisponible.

Deux séances à discuter ont permis de mettre en exergue les points suivants : quid du rapport entre le genre de l’analyste et le processus analytique ? Quid du statut de la parole en séance : nature essentiellement phallique, espace de condensation de différents registres, de verbalisation en lieu et place des agirs, similarité récit de rêve/ dessin en séance, et statut de l’écriture, quand l’enfant choisit de l’utiliser, entre registre anal de la trace et amorce sublimatoire. Il est débattu du style même de la parole de l’analyste et du recours à la narrativité, dans sa fonction interprétative.

Dans son très bel exposé, A. Anzieu problématise la verbalisation par l’enfant comme indication de fin de la cure : toute parole n’est pas verbalisation de l’affect, ni élaboration des conflits, certaines parole ressortent de l’agir. Quand l’analyse a conduit à la verbalisation, cela constitue-t-il une indication de sa fin ?

Difficile ici de ne pas se rappeler René Diatkine, pour qui l’introjection par l’enfant de la fonction analytique de son analyste annonce la fin de la cure. Cette notion d’introjection de la fonction analytique semble plus adéquate que la pure question de la verbalisation, qui est inévitablement en rapport avec l’âge de l’enfant. Par ailleurs, mettre en perspective cette notion de verbalisation avec l’actuelle diminution du temps de la période de latence a permis de différencier les pôles excitatoires et perceptifs du langage de son pôle représentatif. Si l’inhibition à parler des enfants d’aujourd’hui semble moindre, quelles représentations véhicule cette parole ? Quelles modalités de symbolisation ont actuellement cours ? Et, partant, c’est la question de la qualité du refoulement qui se pose, et qui in fine inquiète les analystes d’enfant. L’irruption forte et très précoce du sexuel, avec ses effets sur la mise en place du pare-excitation, modèle de nouvelles pathologies qui obligent à remanier théorie et technique.

La fin de l’atelier a été concomitante des élaborations quant à la fin de la cure de l’enfant : la question du deuil est ici centrale pour chacun : l’enfant, face à son fantasme de mort de l’analyste, et ce dernier, face peut-être à l’illusion d’une durée infinie de la cure. Mot de la fin à Borgès, pour qui, sans fin, rien n’aurait de sens…

Marie-Laure Leandri (IPP, Paris)


Atelier 2 - Émergence du langage - Discussion d’un cas clinique

Présidé par : Michel Ody (SPP, Paris) avec Geneviève Haag (SPP, Paris) , Maria Rhode (Tavistock Clinic, Londres), Hélène Suarez Labat (SPP, Paris)

H. Suarez rapporte le matériel de psychothérapie en cours, d’un enfant de 3 ans privé de langage et affecté d’anorexie précoce. Certaines défenses d’allure autistique cèdent le pas au rire puis à l’émergence de la parole, grâce à des interprétations qui signent ici une reconnaissance clinique fine de la faiblesse de l’architecture primitive du corps de l’enfant avec ses avatars sensoriels, et d’éléments oedipiens bien saisis. H. Suarez conclut sur la décorporation en référence aux travaux d’A. Green.

C’est autour de l’intrication des niveaux prégénitaux et oedipiens que se déploient les commentaires de G. Haag et de M. Rhode.

G. Haag relie l’importance des réceptions sonores à l’hypothèse de S. Maiello sur la naissance d’un sentiment d’existence, dans le différentiel entre les rythmicités régulières et l’aléatoire de la voix. Les lallations du bébé et le mamanais des parents sont des formes universelles qui engagent les boucles rythmiques relationnelles sonores, contribuant à la perception du volume de la bouche, considéré par Meltzer comme intermédiaire entre l’œil à œil et l’espace des rêves. L’image motrice ainsi émise est reçue et vient s’imprimer au fond de la tête de l’autre. Le perçu de la pression du dos, introjecté dans le regard mutuel mère-enfant constitue l’arrière plan du bébé.

M. Rhode commente l’échec de la triade parents-enfant et l’absence de confiance en l’accès au langage. Elle suggère que dans l’amputation du museau (G.Haag), l’enfant pourrait imaginer sa propre bouche comme « faisant le malheur dans les yeux de sa mère », en lien à la dépression maternelle et l’anorexie, et qu’un père dont « l’esprit n’est pas ouvert » pourrait être vécu comme faisant corporellement obstacle.

Une discussion nourrie avec les nombreux participants s’ensuit.

M. Ody conclut qu’H. Suarez, G.Haag et M.Rhode par leurs travaux et commentaires ont justement illustré une non-linéarité interprétative, par la place donnée à la tiercéité, dans ce cas de psychopathologie précoce.

Brigitte Weigel (IPP, Paris)

Atelier 3 - Les achoppements de la parole

Présidé par : Jacques Bouhsira (SPP, Paris) et les collègues de son séminaire avec Francesco Conrotto (SPItalie, Naples) et Teresa Flores (SP Portugal, Lisbonne)

Dans son introduction J. Bouhsira a retracé la trajectoire du travail d’élaboration au sein de son séminaire : en contrepoint de la cure de parole, réfléchir à la question du silence dans la cure, et aux phénomènes qui ne sont pas d’ordre langagier, qui ne constituent pas des moments de résistance, mais se présentent plutôt comme des obstacles.

T. Flores a exposé une cure articulée autour de la mise en tension parole compulsive et silence, illustrant de manière très vivante les points clés de son pré publié. Elle a pu faire éprouver l’importance d’établir un contact profond avec le désespoir et l’angoisse que sa patiente recouvrait de flots de parole véhéments et réitérés. Ses interventions réactivant les explosions de violence, elle décida de rester dans un silence empathique pour laisser sa patiente soulager sa rage. Un accordage silencieux, sous-jacent aux manifestations bruyantes, a pu s’établir, la situation analytique est devenue plus confiante. « Parfois les choses sont trop lourdes pour qu’on les supporte tout seul », cette parole de l’analyste a permis l’accès à un travail psychique conduisant au retour du souvenir traumatique. Alors la patiente a commencé à rêver et à s’intéresser à son fonctionnement psychique.

La discussion a permis d’entrer lentement dans le cheminement du travail analytique.

F. Conrotto a proposé une réflexion théorique autour de l’achoppement : la parole conserverait une ambiguïté sémantique et contiendrait toujours un achoppement par rapport à l’inconscient. Compte tenu de l’hétérogénéité structurelle entre le système du langage et celui de l’inconscient, qu’est-ce qui favoriserait la transcodification entre l’inconscient (énergie du ça) et le langage ? La pensée du rêve comme traduction de la pensée verbale dans le langage visible serait-elle plus proche de l’inconscient ? L’interprétation psychanalytique serait une tentative de verbaliser « l’imaginarisable » issu de la relation transférentielle. Le questionnement s’est fait à partir de la cure d’une patiente qui, de manière répétée, ne parvenait pas à mettre certaines de ses pensées visuelles, en mots, et qui, à ces moments difficiles, disait une « parole-interjection » toujours la même, surdéterminée quant au sens : décharge ? mise à l’écart ?

Ainsi, du « bouche-trou » langagier, à l’évitement du vide, à l’attaque contre le lien, à l’histoire précoce, la fonction maternelle et ses manques se retrouvait convoquée. De l’hétérogénéité aux failles ?

Martine Clouin (SPP, Paris)

Marie-Françoise Laval-Hygonenq (SPP, Paris)


Atelier 4 – Sauter entre les mots. Le pouvoir des mots sur les formations de l’inconscient

Présidé par : Manuela Utrilla-Roblès (APM, Madrid) avec Hélène Trivouss-Widlöcher (APF, Paris)

C’est en lien avec un souvenir de patient qu’Hélène Trivouss Widlöcher et Manuela Utrilla Robles ont donné ce titre à leur atelier : ce patient, lors du week-end saute joyeusement sur les marches d’un escalier ; à chacune des marches, il imagine un mot émanant de son analyse - mouvement de joie, « poussée verticale » voire « soubresaut » selon les termes de Samuel Beckett qui évoquent la percée d’une l’interprétation qui mobilise le psychisme.

Nous avons abordé la question des incessants déploiements des mots dans leur relation aux riches circuits de la tonalité émotionnelle. La joie d’analyser nous est ainsi tout d’abord transmise par Hélène Trivouss Widlöcher avec une vignette clinique qui met en lumière le processus émotionnel et sexuel de chacun des protagonistes où le signifiant « chair » énoncé par l’analyste, vient décoller le patient de sa résistance à la poursuite de l’analyse qu’il trouve trop « chère », et où il finit par dire, « au revoir, chère madame ! ». Dans ce contexte Daniel Widlöcher parle de la représentation d’action.

Manuela Utrilla, également, nous permet de « sauter » entre les mots. Mots libidinaux, mots d’emprise, « enchaînements » et « déchaînements » qui ne peuvent prendre sens que si, à la façon d’Almodovar elle se demande « ce qu’elle a fait pour mériter ça ». Mais, en nous parlant d’une consultation mère/fils où il est question d’un lapsus maternel et d’un geste de la main à son intention suivi d’un jeu des mots, Manuela Utrilla découvre les circonstances qui ont engendré la mort du père de l’enfant… Ainsi, les deux psychanalystes, hors des pièges des diagnostics et de la réalité nous ont fait « danser avec l’esprit » en opérant un travail mental, après Freud, dans la veine du squiggle de Winnicott. Il s’est agi là de gagner du terrain sur le triomphe de l’interdit de dire, voire de penser.

Anne Bolin (SPP, Paris)


Atelier 5 - Lacan et le « Discours de Rome » : l’épreuve de la parole

Présidé par : Claude Barazer (APF, Paris ) avec Maurice Khoury (SPP, Beyrouth), Alan Victor Meyer, ( SBrésiliennePSP, Sao Paulo) et Jean-François Solal (SPFreudienne, Paris)

Claude Barazer : Le « Discours de Rome »

Dans le Discours de Rome, Lacan montre comment la sexualisation de la parole dans la séance peut neutraliser le processus, et devenir une « épreuve » pour l’analyste, à laquelle une « heureuse ponctuation » peut mettre fin. Pour Lacan, le langage est un corps subtil, mais un corps.

Maurice Khoury : Quand parler devient acte

Lacan a redécouvert après Freud l’importance du langage dans la psychanalyse. L’homme s’extrait par la parole du bain de langage dans lequel il est immergé avant d’être né. Maurice Khoury est réservé sur les homophonies, dont il ne faut se servir que pour attirer l’attention du patient sur l’existence de l’inconscient.

Alan Victor Meyer : Le Discours de Rome : point d’inflexion de la psychanalyse

Lacan emprunte à Heidegger :

1°) Le refus de « l’objectivation ». Elle est pour Heidegger le triomphe la « techno-science » qu’il combat.

2°) La critique de la notion de « sujet » : le da-sein, l’être-là, est le contraire du « sujet ». Le « sujet » chez Lacan fait partie du symbolique, c’est le sujet de l’inconscient, qui échappe à toute objectivation, à toute techno-science. Il est parlé, plutôt qu’il ne parle.

3°) L’opposition parole pleine/parole vide. Heidegger oppose le « discours » de la parole pleine au « bavardage » de la parole vide. Lacan lie la parole vide à l’Ego et aux identifications imaginaires. Lacan reprend à Heidegger l’idée que la seule façon de sortir du « bavardage » est d’affronter l’angoisse et l’anticipation de la mort : le da-sein peut choisir l’être-pour-la-mort authentique.

Jean-François Solal: Cinquante ans plus tard

La parole est une « épreuve » pour l’analyste, parce qu’il a honte de l’effet « magique » qu’elle a sur lui, et aussi parce qu’il a horreur de parler. Le silence systématique des analystes lacaniens était un dévoiement. Le Discours de Rome dénonce le danger de parole vide des analyste, et l’objectivation de la psychanalyse, dont le type est la traduction des symboles. Au contraire, les interprétations dans le symbolique évitent toute objectivation. Solal en donne plusieurs exemples.

Gilbert Diatkine (SPP, Paris)


Atelier 6 - Corps affecté, paroles vivantes

Présidé par : Christophe Dejours (APF, Paris) avec Samuel Lepastier (SPP, Paris), Marina Papageorgiou (SPP, Paris) et Elsa Schmid-Kitsikis (SPP, Genève)

C. Dejours pose pour introduire le problème des rapports entre l’affect et son expression : quand le corps est convoqué en tant que lieu où s’éprouve l’affect, plutôt que de s’exprimer par la parole et le traitement psychique. Quand le « corps affecté est mort et que seul le corps biologique est vivant ».

M. Papageorgiou expose les éléments de la cure d’une patiente qui ne ressent pas la douleur - tout en en parlant - et dont les douleurs ne trouvent ni à se localiser, ni à se lier par des représentations. Le « blanc », dans deux rêves inaugurant la cure, réapparaîtra sous la forme d’un effacement des éprouvés et d’une scène primitive insupportable. Les questions de la salle se porteront sur les différentes acceptions de ce « blanc », qui trouvera à se qualifier dans le mouvement processuel du traitement.

E. Schmid-Kitsikis parle d’un patient soumis à des impulsions suicidaires à la suite d’une rupture amoureuse et interroge la survenue d’une somatisation grave chez lui, alors qu’elle-même se sentait « anesthésiée » et pensait mettre un terme au traitement. Les réflexions sur la dynamique transféro-contre transférentielle, à partir du matériel clinique, font l’objet d’échanges riches avec la salle : sur le travail de désexualisation-resexualisation, la dimension de répétition agie dans le transfert, la douleur mise à distance par le patient qui la neutralise et par l’analyste identifiée à lui. Blanchiment, anesthésie, sont-ils à rapporter aux mécanismes du refoulement, du clivage, ou à d’autres modalités de remaniement de la pulsion ?

S. Lepastier propose de penser les situations de la clinique d’aujourd’hui à la lumière du modèle de l’attaque hystérique et il décline les multiples figures du cri. Selon lui, « l’instant organique peut revêtir une fonction symbolique ». Une intervention de la salle met en relation le silence ou le « bavardage » du corps avec la qualité de la parole, discontinue ou continue, en référence à la parole associative ou compulsive.

C. Dejours lie les interventions diverses en soulignant la polyvalence des somatisations. Il reprend, à partir d’une scène de séduction apportée dans le matériel clinique, les différents destins de celle-ci : soit elle parvient à être refoulée, soit elle constitue un débordement de l’appareil psychique qui amènera l’enfant à une position narcissique phallique. Et il conclue sur les apports de l’Ecole de Paris qui ont dégagé des repères métapsychologiques très importants qui se poursuivent encore aujourd’hui.

Marie Sirjacq (SPP, Paris)


Atelier 7 - Multilinguisme. « Cure de parole… en plusieurs langues ». La langue de la mère

Présidé par : Juan-Eduardo Tesone (SPP et SPArgentine, Buenos Aires) avec Simona Argentieri (AIPsi, Rome), Martine Estrade (SPP, Paris), Luis Carlos Menezes, (SBrésiliennePSP, Sao Paulo), Gérard Pulver (SPIsraël, Jérusalem) et Jorge Canestri (AIPsi, Rome)

Ce n’est pas une nouveauté de constater que dans la pratique de la psychanalyse les deux protagonistes de la rencontre ont recours à plusieurs langues ; cela arrive aussi à la suite d’une vocation cosmopolite présente dès l’origine de notre mouvement. Toutefois, la variable du multilinguisme en psychanalyse n’a pas donné lieu à des réflexions nombreuses ou approfondies. L’initiative d’y consacrer un atelier lors d’un Congrès qui portait sur la « cure de parole», a été donc cohérente. La participation nourrie à cet atelier ainsi que la qualité des échanges qui ont eu lieu, témoigne de l’opportunité d’un approfondissement en la matière de part et d’autre, révélateur d’une occurrence assez répandue. Les accents divers - au propre comme au figuré - dont les nombreux intervenants (Suisses, Brésiliens, Français) étaient porteurs, a fort bien attesté de cette réalité du quotidien de l’analyse de nos jours.

La parole (couchée ou assise) proférée suivant des codes linguistiques multiples, nous interroge avant tout dans son rapport à l’inconscient et à ses manifestations dans le transfert, ce qui pose des problèmes tant techniques que d’écoute de son déploiement. En tout cas, le multilinguisme n’est pas reconductible ni à un simple problème de compétences et de traductions entre organisations linguistiques, ni tout simplement à une mise à distance défensive par rapport à une soi-disant « langue maternelle », trop souvent considérée comme étant la plus proche des affects.

La question du multilinguisme en psychanalyse est plus complexe.

C’est ce que Juan-Eduardo Tesone , président de l’atelier, a tenu à faire remarquer dans son introduction aux travaux. Nous sommes en effet loin des préoccupations des linguistes autant que d’une conception analytique exhaustive quant aux valences multiples du multilinguisme au cours du processus analytique. Les témoignages cliniques et les réflexions variées survenues au cours de cet atelier, ont permis de traiter la questions posée - celle de la place de la langue (maternelle) entre représentation de mots et de choses, entre processus primaires et secondaires qui touche à celle de l’utilisation des signifiants linguistiques par l’inconscient.

C’est là un évident terrain de recherche.

Sesto-Marcello Passone (SPP, Paris)


Atelier 8 - Langage littéraire, langage analytique

Présidé par : Michèle Lalive d’Epinay ( SSPsa, Genève) avec Athanassios Alexandridis (APF et SPH, Athènes), Elisabeth Birot (SPP, Paris), Dominique Bourdin (SPP, Paris), Marthe Coppel (SPP, Paris) et François Villa (APF, Paris)

À partir des différences de traitement de contenus psychiques semblables par la littérature et la psychanalyse, D.Bourdin s’intéresse au soutien que la littérature peut procurer au travail analytique dans la saisie ou la naissance de formes inchoatives et inachevées. L’analyste accueille ces formes en deçà du représentable dans une parole vivante. Cette écoute pourrait être qualifiée d’esthétique dans la mesure où elle emprunte aux auteurs et aux oeuvres littéraires une capacité de figuration et de présentation. Entendre serait alors voir et pas uniquement comprendre.

M. Coppel évoque un nouveau genre littéraire apparu avec la naissance de la psychanalyse, le « récit de psychanalyse ». Dans son poème « Chêne et Chien », R. Queneau nous offre la première transformation en oeuvre littéraire d’une expérience analytique. M. Coppel nous montre comment la poésie est mieux à même de rendre compte de l’expérience analytique que le récit ou le roman et compare la contrainte des règles poétiques à celle du cadre analytique. Elle rapproche les variations dans la versification des variations de l’intonation comme signifiants de l’affect (L. Danon-Boileau).

F. Villa montre comment la littérature prend place dans notre travail d’analyste lorsque le mouvement s’arrête. Les auteurs qui viennent alors à l’esprit ou les textes que certains patients nous amènent à lire jouent alors le rôle de « bouées de secours » dans la mesure où ils permettent d’accepter, de partager le terrifiant à la manière des contes pour enfants. Il s’agit de donner une place à ce qui fait peur, d’aménager ce qui empêche de vivre ou de bouger.

Enfin, A. Alexandridis mène un parallèle entre la langue littéraire et la langue analytique dans la construction du sujet à partir de l’analogie entre l’apparition du « je » dans la poésie grecque antique et dans la cure des enfants psychotiques. Dans la poésie homérique, la première personne n’est jamais utilisée pour l’expression des sentiments personnels, ces derniers étant envoyés par les Dieux. Le « je » n’apparaît qu’avec les poètes lyriques (Sapho), les premiers à reconnaître la douleur liée à la perte ou à la séparation. De même la naissance du « je » chez les enfants psychotiques ou autistiques apparaît avec la constitution d’un espace interne qui permet la reconnaissance des sentiments violents.

Claire-Marine François-Poncet (SPP, Paris)


Atelier 9 - Interprétation, interprétabilité et guérison

Présidé par : César Botella (SPP, Paris) avec Antonino Ferro (SPI, Pavie), Marie-Thérèse Khair-Badawi (SPP, Beyrouth) et Ruth Stein (APsaA, New-York)

La présentation clinique de M-T. Khair Badawi, se focalise sur une séance dans laquelle une interprétation très classiquement oedipienne - retournement syntaxique du dire de la patiente lui proposant sa place de sujet de la pulsion- a pu être entendue et élaborée par l’analysante. Il s’ensuit une prise de conscience de l’analyste («interprétation mutative réciproque ») de la force des conflits préœdipiens pour cette analysante.

« Analyste nomade », R. Stein attache une place centrale aux affects, à la compréhension émotionnelle, discutant l’intrusion des « a priori de connaissance » de l’analyste, aucun changement psychique mutatif (guérison) ne pouvant advenir sans « transformations émotionnelles ».

Avec des métaphores culinaires imagées, A. Ferro s’attache à la narrativité en séance, l’abordant par la « rêverie » (hallucinose) qu’il fait au sujet du patient. Il « cuisine dans sa tête » pour ne lui présenter que ce qu’il peut « digérer » : des interprétations non saturées dans le transfert, permettant de « jouer avec » sans l’interpréter directement.

Il serait vain de vouloir rendre justice ici en si peu de lignes à la richesse de la discussion, à laquelle ont contribué S. Botella, M. Konig (Allemagne), R. Perron, C. Seulin, J. Czerny (Sao Paulo), F. Sacco, A. Fine et M. Vincent.

C. Botella souligne qu’être sensible aux affects ne doit pas nous éviter la question de leur moteur inconscient et propose de recentrer le débat autour du rôle du passé. Si les interprétations dites «convergentes» dans l’actuel ont une fonction organisatrice, reste que le rêve, devenu en deuxième topique une tentative de réalisation du désir, transforme l’enjeu - la notion de rêve-mémoire - le travail de rêve comme élaboration des traces archaïques permettant dans les cas heureux, une interprétation hic et nunc (issue de ce modèle) intégratrice des vestiges irreprésentables.

Il a été difficile, comme souvent, d’aborder la question de ce que nous appelons l’Inconscient dans nos théories diverses ; ce qui nous a permis des échanges riches et conviviaux où le caractère international et la diversité théorique prédominaient.

Michèle Bouteille (SPP, Versailles)

Catherine Laurent-Chatelain (SPP, Paris)


Atelier 10 – Discussions avec les auteurs de communications préalables

Présidé par Evelyne Chauvet (SPP, Paris) avec Bruno Fraschina (SPBelge, Bruxelles), Martin Gauthier (SPM, Montréal) et Manuel Matos (SPPortugal, Lisbonne)

Cet atelier s’est déroulé en deux temps, en présence des rapporteurs.

Premier temps : parole d’analyste en écho à celle du patient.

Il arrive que la parole dite par le patient ou bien par l’analyste ne soulage pas. Nous sommes confrontés à une pluralité de voix en instance d’être entendues, et traduites comme si nous nous trouvions devant une pluralité des langages. La plongée au cœur d’un vécu immédiat, au plus fort du trouble dans l’écoute, apparaît inévitable, l’analyste se trouvant en perte de ses repères langagiers plus familiers. Dans cette rupture qui implique que l’écoute soit en quelque sorte brisée, l’essentiel se passe, les représentations de l’analyste surgissent en solidarité avec le patient. L’importance de garder cette crise d’écoute ouverte est soulignée. Un patient dont la voix s’éteint au fil de la séance invite son analyste à une confusion entre lui et l’autre, à une plongée particulière. Ce type de patient fait confiance à celui qui l’écoute.

L’analyste s’interroge alors sur le lieu d’où le patient pose sa voix, sur l’objet du transfert et sur la recherche d’efficience de l’interprétation. Une notion importante est soulignée, celle du toucher juste de la part de l’analyste. Freud avait établi le cadre analytique à partir du toucher. Nous voilà maintenant revenir au toucher pour questionner la cure de parole.

Deuxième temps : parole de patients.

Une patiente au profil psychosomatique, en mal du toucher maternel, aborde son identification à sa mère par un mot surdéterminé : main, mot très chargé dans «avoir les mains de sa mère». Certains mots sont mal lavés, ils sont couverts de fluide tout autour et ne sont pas encore suffisamment chargés de la perte essentielle par laquelle s’introduit le symbolique. Les mots agglutinent alors la communication entre le patient et l’analyste. Les mots seuls ne suffisent pas. La mère qui ne ferait que parler, celle qui n’entend que les mots ne serait pas suffisamment bonne. Une patiente inonda longtemps de mots son analyste qui ne pouvait émerger pour dire quelque interprétation. La régulation du rythme du discours de la patiente fut enfin possible par l’introduction rythmique de simples «oui» modestes mais nécessaires.

En conclusion, l’atelier aura fait entendre certaines facettes de l’enjeu du délicat maniement des mots. L’analyste cherche un étroit passage entre deux pièges, celui d’exciter un excès de message énigmatique et sa contrepartie, celui de trop rapidement refermer l’énigme introduite par la parole.

Lorraine Boucher (SPM, Montréal)