Lettres du Président

 


LETTRE DU PRÉSIDENT N° 7 du 12 novembre 2017                     

Chers collègues,

Six mois se sont écoulés depuis le début de mon second mandat, et je souhaite vous informer de la situation de notre société et d’un nouveau projet, ainsi que des questions d’actualité en France et à l’API.

La SPP

La fin des travaux de notre siège

Il aura fallu deux ans et demi pour que les dernières finitions soient achevées et que soient levées toutes les réserves du bureau du contrôle. En octobre dernier, les services de l’urbanisme de la ville de Paris ont constaté la conformité de nos travaux.

Les locaux sont bien utilisés par nos travaux scientifiques et institutionnels. Nous pouvons maintenant penser à une décoration et à des animations, qui témoignent à la fois de l’histoire de la SPP et de son ouverture.

Une statue en bronze de la tête de Freud nous a été offerte par son auteur, Alex Papovian[1], et elle prendra place devant la salle Marie Bonaparte.

Une exposition temporaire de peintures d’Anne Cauquelin, philosophe et peintre, est visible actuellement à la SPP[2]. Portée par le Rfp, en lien avec le dernier numéro, et la Bibliothèque  S. Freud qui organisait rue Vauquelin de tels évènements, elle inaugure l’accrochage dans nos locaux d’œuvres prêtées par des artistes.

Finances

Notre association est convalescente après la grave crise financière de l’an dernier. Nous constatons que certains collègues peinent à payer leurs cotisations, et que d’autres ont cessé de le faire. Nous incitons les premiers à aider la SPP à se redresser car nous avons besoin de leur contribution, et à contacter nos trésoriers en cas de difficultés. Pour les seconds, nous devons nous résoudre à procéder aux radiations statutaires.

Rappelons aussi à ceux qui nous ont aidés généreusement lors de l’aménagement des locaux que nos missions de formation, de publications et de conservation du patrimoine psychanalytique avec la Rfp, les « Débats… », SPP Éditions et la BSF, et de diffusion culturelle qui justifient notre « reconnaissance d’intérêt public » peuvent être soutenues par leurs dons : la période de l’année s’y prête…

Il serait important de trouver aussi un mécénat de soutien continu à nos actions. Nous appelons tous nos membres à réfléchir à quels soutiens de la psychanalyse nous pourrions solliciter. Si un nom vous vient, communiquez-le à Claire-Marine François-Poncet, notre trésorière, afin que nous puissions engager une démarche de recherche de fonds au nom de la SPP.

Pour la gestion la plus rigoureuse possible, nous cherchons à réaliser des économies, mais aussi de nouvelles recettes et nous proposons maintenant sur un site de louer nos locaux, bien équipés pour des réunions.

Pour un renouveau de la SPP

Crise de la trésorerie et installation rue Daviel ont légitimement été des priorités. Mais les contraintes matérielles ne doivent pas nous distraire d’autres urgences institutionnelles. La psychanalyse est en crise dans le socius avec de très nombreuses attaques. La pratique souffre des contraintes économiques et nos membres et nos analystes en formation peinent à trouver des patients prêts à une cure classique à trois séances par semaine. Devant ces difficultés, ou pour d’autres raisons à réfléchir ensemble, un certain désinvestissement se fait sentir parmi nos membres. À chaque nouveau mandat, certains symptômes le révèlent : peu ou pas de membres titulaires se portent candidats à la commission des candidatures au titulariat, alors que ce travail est essentiellement consacré à étudier de la clinique et est au cœur de la vitalité de la SPP, de son renouvellement et de la progression de ses membres. Il en est de même pour la COPEA. Le tirage au sort institué par nos textes règlementaires est ubuesque : soit il retombe sur des collègues investis mais suroccupés, soit il rencontre certaines incapacités légitimes, que l’âge augmente, ou encore des refus qui n’ont pas été envisagés par les textes.

La complexité administrative de notre Société est impressionnante, certes assez raffinée mais décourageante. Faut-il en modifier certains paramètres et lesquels ? Devons nous changer nos modalités d’élections ?

Enfin, l’une après l’autre certaines instances sont désinvesties : le CST il y a deux mandats, certaines commissions ouvertes dernièrement.

Les régions sont aussi concernées. Il y a peu, nous avons appris avec tristesse la dissolution du groupe Bretagne – Pays de Loire, qui ne comportait plus que quatre membres.

Un signe heureux est en revanche que de nombreux mémoires ont été déposés pour postuler au titulariat, et de même pour les candidatures à la fonction de formateur. Il ne faut pas décourager ce mouvement de renouveau et au contraire réfléchir à une simplification de notre fonctionnement institutionnel, à ce qui peut encourager l’investissement personnel de nos membres en privilégiant le plaisir de partager nos pratiques cliniques.

Avec le bureau et l’accord du conseil d’administration, nous avons décidé de mettre en place une commission des réformes pour faire des propositions de modification de nos statuts et du règlement intérieur. Elle commence ses travaux.

La place de la psychanalyse en France

Elle est actuellement l’objet d’attaques répétées vis-à-vis desquelles les pouvoirs publics se sont souvent laissés influencés par nos détracteurs. À l’occasion de la proposition de résolution sur la prise en charge de l’autisme déposée il y a un an à l’Assemblée nationale par le député Fasquelle, le « groupe de contact [3]» des associations psychanalytiques françaises s’était réuni à nouveau après plusieurs années, envoyant un message à l’ensemble des parlementaires en s’associant à un texte de la CIPPA. Cette résolution de principe n’a pas été adoptée par l’Assemblée.

Pour le quatrième plan autisme, l’enjeu de la représentation du courant psychanalytique dans les instances en charge de son élaboration est important. Notons l’avancée importante de l’existence et de la présence d’associations de parents favorables aux soins psychiques.

Les menaces sur la prise en compte par le CNU des travaux psychanalytiques à l’appui des candidatures à l’université, les modifications de la formation des psychiatres, la baisse dramatique de leur démographie, surtout pour les pédopsychiatres, font peser d’autres inquiétudes sur le devenir de la dimension humaniste apportée par la psychanalyse à la prise en charge des troubles psychiques. J’ai proposé au groupe de contact, qui l’a adopté, un texte qui a été adressé à Mme Agnès Buzin, ministre des Solidarités et de la Santé. Vous pouvez le trouver sur notre site, en bas de la page d’accueil[4]. La ministre nous a répondu en nous renvoyant au Directeur Général de la Santé, auquel nous avons demandé audience.

Il nous faut tous nous mobiliser pour défendre la psychanalyse et essayer de nous faire mieux entendre.

International

Le congrès de Buenos Aire a vu Virginia Ungar devenir la première femme présidente de l’API. Soulignant que le « champ psychanalytique et le champ social sont en interrelation », elle souhaite que le prochain congrès de Londres en 2019 soit moins cher et permette à plus de membres et d’étudiants d’y accéder. Si les sociétés les plus anciennes connaissent souvent comme nous une augmentation de l’âge de leurs membres et une diminution de leur nombre, le dynamisme des sociétés plus jeunes fait que le nombre des psychanalystes de l’API dans le monde continue d’augmenter, témoignant de la vitalité de la psychanalyse.

La décision prise à Buenos Aires d’une modification du modèle Eitingon élargissant la fréquence hebdomadaire exigée à «  trois à cinq séances par semaine » (au lieu de « quatre à cinq ») a été votée à une large majorité du board, 18 pour et 4 contre (ces derniers parmi les 7 représentants de l’Europe).

Cette modification a été demandée devant la difficulté de trouver des cas pour la formation et surtout du fait d’un écart qui s’était instauré entre la pratique et la règle dans certaines sociétés, ce qui entérinait un mensonge institutionnel très préjudiciable.

Comme les autres sociétés européennes du modèle français, la SPP est neutre et spectatrice des vifs débats qui en résultent en Europe dans les sociétés concernées et qui sont en particulier apparus lors d’une rencontre sur la formation avec les responsables de celle-ci dans les sociétés et les présidents après le Council meeting de la FEP. La task force mise en place par l’API, menée par Martin Gauthier, pour mettre en œuvre les procédures d’applications de ce vote y était présente.

Si trois représentants européens du board ont voté pour ce changement, l’émotion est vive en particulier en Angleterre ou en Allemagne, où il est vécu comme un renoncement à une composante essentielle de l’analyse, ou comme risquant de faire admettre à l’API d’importantes sociétés de psychothérapeutes les concurrençant. En Allemagne, dans la DPG (Deutsche psychoanalytische Gesellschaft), coexistent ainsi des formateurs API et non API différenciés par ce critère de fréquence des séances. Sa modification est donc très déstabilisante. Rappelons cependant que cette latitude est offerte aux sociétés qui le décideront et non imposée aux sociétés.

Les trois sociétés françaises et d’autres sociétés dans le modèle français ont vivement rappelé que les trois séances du modèle français n’empêchaît nullement une régression suffisante à un processus authentiquement psychanalytique, s’inscrivant en faux contre un amalgame 3 séances – psychothérapie, et surtout rappelé les autres caractéristiques du modèle, une longue analyse authentiquement personnelle préalable à l’entrée dans le cursus et la non intervention de l’analyste dans celui-ci.

Enfin, au-delà du trouble suscité dans certaines sociétés Eitingon qui ont du mal à accepter que la décision a été votée et s’applique, on peut espérer pour l’avenir que ce rapprochement des exigences formelles des modèles permettent des passerelles entre les instituts de formation, ce qui serait précieux pour éviter des clivages dans certains pays où coexistent différents modèles ou lorsque les analystes en formation s’installent dans un autre pays que celui de leur formation initiale.

La SPP a eu la joie d’accueillir début octobre pour un week-end dans ses nouveaux locaux le congrès de l’IPSO et voir de jeunes analystes de cinquante pays réunis à Paris avec la passion de l’analyse donne confiance dans l’avenir. Il faut encourager nos analystes en formation et nos membres à mieux profiter des manifestations et groupes de travail de la FEP et de l’API, où la présence de la SPP est souvent moins forte que celle d’autres sociétés françaises, pour un enrichissement mutuel qui passe souvent par la capacité – peu évidente pour certains d’entre nous – de comprendre et de s’exprimer en anglais, malgré les séances en traductions simultanées.

 Avec mes sentiments les meilleurs.


[1] Celui-ci avait su par son épouse, membre de la SPP, l’inquiétante disparition du buste de Freud de la salle de conférence lors du déménagement…

[2] Vous pouvez venir la voir jusqu’à début février.

[3] Associant les principales associations était né face au projet de l’État de légiférer sur la psychanalyse, projet contré avec succès.

[4] http://www.spp.asso.fr/wp/?p=13217

Denys RIBAS

Président de la Société Psychanalytique de Paris


Mandat Denys Ribas 2015-2017

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