Les conférences du jeudi, du mercredi et le séminaire Jean Cournut ont lieu

à la SPP (salle de conférence), 21 rue Daviel 75013 Paris

Conférences du jeudi

Affiche Jeudi 2017-2018

2017-2018

Où en est-on de l’interprétation ?

Inscriptions sur place


Conférences du mercredi

Affiche Mercredi 2017-2018

2017-2018

Où en est-on de l’interprétation ?

Inscriptions sur place


Conférences Sainte Anne

Clinique psychiatrique et psychanalyse

Au Centre hospitalier Sainte Anne (amphithéâtre Morel), 1, rue Cabanis à Paris 14e

Entrée libre sans inscription préalableAffiche StAnne 2017-2018

2017-2018

 


Séminaire Jean Cournut

2017-2018

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Le principe de plaisir


Dialogue avec les auteurs 2016-2017 

Dialogue du 28 septembre 2017 : La psychosomatique, sous la direction de Laurent Danon-Boileau

 

 

 

78ème CPLF à Gênes (Italie)

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Du jeudi 10 mai 2018 au dimanche 13 mai 2018 (grand week-end de l’Ascension)

Transformations et accomplissements psychiques

Au Centre des Congrès de Gênes

Organisé par la Société Psychanalytique de Paris et l’Association Psychanalytique Italienne, avec la participation l’Association Psychanalytique de France, et des Sociétés Psychanalytiques de Belgique, Brésiliennes de Porto Alegre (SPPA), Rio de Janeiro (Rio 2) et São Paulo (SBPSP), Canadienne, Espagnole, Hellénique, Israélienne, Portugaise, Suisse, des Associations Psychanalytiques d’Espagne, d’Italie et le concours de l’Association Psychanalytique Argentine (APA).

Deux rapports seront présentés :

Sabina LAMBERTUCCI MANN (SPP) :

Giuseppe CIVITARESE (SPI) :

Secrétaires scientifiques : Bernard Chervet, Marilia Aisenstein

Conseil du CPLF : Bernard Bensidoun, Josiane Chambrier-Slama, Elisabeth Dahan-Soussy, Sabina Lambertucci-Mann, Gérard Szwec, Evelyne ChauvetFrançoise Coblence, Laurent Danon-Boileau, Michel Vincent, Roland Havas, Daniel Irago, Maya Levy-Garboua, Isabelle Maitre-Lewy-Bertaut, Gérard Noir, Marina Papageorgiou, Martine Pichon-Damesin, Eva Weil

Conseil local pour la SPI : Alessandro Camisassi, Fausta Cuneo, Maria Paola Ferrigno, Antonette Ferroni, Chiara Napoli – Rome : Amalia Giuffrida – Milan : Laura Ambrosiano

Directrice administrative : Evelyne Beddock


 

Mohand-Chérif HADJERES (1953-2017)

Nous avons la tristesse de vous faire part du décès du Dr Mohand-Cherif HADJERES survenu le 19 avril 2017.

Son cursus avait été clos et validé par l’Institut de Psychanalyse de Paris le 24 janvier 2017. Son agrément au titre de membre adhérent devait être approuvé lors du conseil d’administration du 23 mai 2017.

Les membres de la SPP s’associent à la peine de sa famille.

Décès de Jacqueline FALGUIERE

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Jacqueline FALGUIERE (1941-2017)

La SPP à la tristesse de vous faire part du décès de Mme Jacqueline FALGUIERE survenu le 24 janvier 2017.

Jacqueline FALGUIERE était membre de la Société Psychanalytique de Paris depuis 1993.

Une cérémonie aura lieu au crématorium du cimetière du Père Lachaise à Paris le mardi 31 janvier 2017 à 13h.

Les membres de la SPP s’associent à la profonde peine de sa famille.

 

 

Un pont jeté entre la métapsychologie et les neurosciences :

le cerveau bayésien et l’énergie libre

L’énergie libre et Freud : Une mise au point[1]

 

Robin L. Carhart-Harris et Karl J. Friston

                   Traduit par Marianne Robert, avec la permission de Karl Frison. Ce texte est extrait du livre :  « Trends in Psychodynamic Neuroscience », publié par Aikaterini Fotopoulou, Donald Pfaff et Martin A. Conway, Oxford University Press, 2012, p. 2019-229.

 

Un mot de la traductrice

Karl Friston est un neuroscientifique théoricien britannique né en 1959. Il a étudié la physique et la psychologie à l’Université de Cambridge, puis la médecine à l’Hôpital de Kings College de Londres, et s’est spécialisé en psychiatrie. Il est maintenant professeur de neurosciences à l’University College de Londres, et est chercheur principal et directeur scientifique du Centre Welcome Trust pour la neuroimagerie. Il a inventé la cartographie paramétrique statistique (SPM : statistical parametric mapping), qui est devenue une norme internationale pour l’analyse des données d’imagerie : actuellement, plus de 90% des articles publiés sur l’imagerie cérébrale utilisent cette méthode SPM, qui a révolutionné les études sur le cerveau humain et a donné un aperçu en profondeur de son fonctionnement. En 1994 son groupe a développé la morphométrie à base de voxels (VBM) qui détecte des différences en neuroanatomie et est utilisée en clinique dans les études génétiques. Ces contributions techniques ont été motivées par la recherche sur la schizophrénie et les études théoriques de l’apprentissage de la valeur (avec Gerald Edelman). En 1995, ce travail a donné lieu à l’hypothèse de la déconnexion de la schizophrénie (avec Christopher Frith). En 2003, il a inventé la modélisation causale dynamique (DCM) utilisée pour déduire l’architecture de systèmes distribués comme le cerveau.

Karl Friston travaille actuellement sur des modèles d’intégration fonctionnelle dans le cerveau humain et sur les principes qui sous-tendent les interactions neuronales. Sa principale contribution à la neurobiologie théorique est un principe variationnel de l’énergie libre (d’inférence active dans le cerveau bayésien).

Lorsque Karl Friston a publié son article « The default-mode, ego-functions, and free-energy : a neurobiological account of Freudian ideas » dans Brain, en 2010, il a pris de gros risques auprès de la communauté scientifique. Les références à Freud sont rigoureusement exclues de la communauté des neuroscientifiques, et Friston a été qualifié de « freudien » (on peut lire des articles à propos de ces débats sur internet). Sa conférence « Consciousness and the Bayesian Brain », prononcée en 2014 à Francfort, à la XIVème Conférence Joseph Sandler (dont le thème était « L’inconscient : Un pont entre la psychanalyse et les sciences cognitives ») est accessible sur You Tube (en anglais, sur Conférences Joseph Sandler, Conférence 2014).

Introduction

Dans cette synthèse, nous explorons la notion selon laquelle les concepts freudiens pourraient avoir de véritables substrats neurobiologiques et pourraient être utilement revisités dans le contexte des neurosciences modernes. Il vaut la peine de remarquer que Freud a eu une formation formelle en neuroanatomie et qu’il a été influencé par des personnes telles que Helmholtz, qui a posé une grande partie des fondations de la neurobiologie théorique. Les progrès en neurosciences empiriques et théoriques nous permettent maintenant de reformuler certaines des hypothèses freudiennes centrales sous une forme informée par les connaissances mécaniques et la biologie. En particulier, nous remarquons que la distinction psychanalytique entre les processus primaire et secondaire (en tant que fonctions du ça et du moi, respectivement), correspondent sans difficulté aux notions modernes de l’architecture cérébrale fonctionnelle, tant au niveau de l’informatique qu’au niveau neurophysiologique. Bien que cela puisse sembler une synthèse plutôt abstraite et ambitieuse, il existe en fait une énorme quantité de données empiriques en provenance de la neuropsychologie, de la neuroimagerie et de la psychopharmacologie pour l’étayer. Dans ce qui suit, nous tenterons de démontrer les points de convergence entre des hypothèses freudiennes centrales et des perspectives récentes sur la fonction cérébrale globale, qui sont apparues dans l’imagerie et les neurosciences théoriques. Notre intention est de démontrer et de développer la validité conceptuelle des conceptions freudiennes. Ceci devrait permettre aux concepts freudiens d’être opérationnalisés et mesurés empiriquement, et pourrait permettre un dialogue entre les psychanalystes et les neurobiologistes. Ceci pourrait avoir des implications pour la psychiatrie dans la mesure où les théories mécanicistes de la psychopathologie peuvent avoir le moindre attrait soit pour les constructions neurobiologiques soit pour les hypothèses psychanalytiques. Nous commencerons par résumer les éléments clés des trois domaines que nous souhaitons mettre en relation les uns avec les autres : à savoir les concepts freudiens principaux, le système du cerveau helmholtzien ou bayésien[2], et les résultats empiriques de la neuroimagerie sur l’organisation globale de l’activité cérébrale.

Les processus primaire et secondaire

Freud a finalement reconnu qu’il existait deux modes fondamentalement différents de cognition (les processus primaire et secondaire) par une étude d’états ‘altérés’ ou ‘non ordinaires’ de la conscience. Il s’est aperçu qu’il existait dans certains états non ordinaires (par ex. dans le rêve et la psychose) un mode ou un style de pensée qui est de manière caractéristique, ‘magique’, à savoir, facilement balayé par la peur ou les fantasmes, et donc pauvrement arrimé à la réalité. Freud a fait l’hypothèse d’une propagation ‘libre’ d’énergie dans ce mode, qu’il a nommée ‘processus primaire’. Il a aussi reconnu dans ces états non ordinaires la perte de certaines fonctions qui sont normalement présentes dans la cognition de veille. Il a fait l’hypothèse que ces fonctions appartiennent à une organisation centrale (le moi), qui œuvre pour contenir les énergies qui se propagent dans le cerveau, afin de minimiser l’énergie libre. Le but de ce processus de contenance est d’apprendre de l’expérience (plutôt que d’être happé par l’émotion), afin de représenter le monde de manière plus fiable. Freud a nommé cette fonction le ‘processus secondaire’ et a défini son but comme étant celui de convertir ‘l’énergie libre’ en ‘énergie liée’.

L’énergie libre et le cerveau bayésien

Dans les termes des neurosciences théoriques et informatiques, nous allons nous centrer sur la proposition de Helmholtz selon laquelle le cerveau est une machine d’inférence (Helmholtz, 1866 ; Dayan et al., 1995) ; cette hypothèse est aujourd’hui un postulat fondamental en neurobiologie (Gregory, 1968). Des exemples clés en sont le cerveau bayésien (Knill et Pouget, 2004), le codage prédictif (Rao et Ballard, 1999), et le principe de l’énergie libre (Friston, 2009). Ce système suppose que le cerveau utilise des modèles hiérarchiques internes pour prédire ses entrées sensorielles, et suggère que l’activité neuronale (et les connexions synaptiques) essaient de minimiser l’erreur de prédiction, ou l’énergie libre, qui en résulte. Cette énergie libre est une mesure de la surprise (voir ‘surprisal’, Tribus, 1961). C’est une quantité en théorie de l’information qui, mathématiquement, joue le même rôle que l’énergie libre dans la thermodynamique statistique. Il peut être utile de savoir que : comme la moyenne de la surprise est l’incertitude, la moyenne de l’énergie libre est l’entropie. L’énergie libre n’est pas un concept abstrait ; elle peut être facilement quantifiée et elle est utilisée de manière routinière pour modéliser des données empiriques (Friston et Stephan, 2007), et dans des simulations neuronales de la perception et de l’action (Friston et al., 2009).

La notion d’hiérarchie est centrale ici parce qu’elle permet au cerveau de construire ses propres attentes descendantes concernant les échantillons sensoriels en provenance du monde. Ceci résout l’un des défis principaux auxquels le cerveau doit faire face et lui permet aussi de résoudre les ambiguïtés quand il déduit et représente les causes des sensations extéroceptives et intéroceptives. Fondamentalement, la forme hiérarchique des modèles internes (et de la neuroanatomie associée) (Felleman et Van Essen, 1991) implique une progression dans la complexité des représentations, à mesure que l’on monte dans la hiérarchie, à partie des noyaux thalamiques et du cortex sensoriel primaire vers le cortex associatif (par ex. des sensations jusqu’aux concepts). Cette progression est reflétée dans l’étendue temporelle de ce qui est représenté ; les niveaux supérieurs représentant des séquences étendues d’événements qui rendent le mieux compte du flot d’information sensorielle représentée dans les niveaux inférieurs (voir Keibel et al., 2008, pour une discussion complète et des simulations). Cette architecture hiérarchique peut aussi être compatible avec la distinction freudienne entre les processus primaire et secondaire, où le processus secondaire fournit des prédictions descendantes afin de réduire la propagation de l’énergie associée au processus primaire (cf. convertir l’énergie libre en énergie liée). Avec cette mise en rapport entre les modèles freudien et helmholtzien, on peut faire un lien entre l’énergie associée au processus primaire et l’énergie libre des formulations bayésiennes. Dans les deux explications, des zones corticales supérieures essaient d’organiser (et donc d’expliquer) l’activité dans les niveaux inférieurs au moyen de la suppression de leur énergie.

Les réseaux cérébraux intrinsèques et le mode par défaut

Les analyses de fluctuations spontanées du signal, fonction du niveau d’oxygène sanguin (BOLD : blood oxygen level dependent), à l’imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf), pendant les états de repos sans contrainte (typiquement, quand le sujet reste allongé silencieusement les yeux fermés ou regarde une croix), ont permis de distinguer un certain nombre de réseaux intrinsèques à grande échelle (Damoiseaux et al., 2006). D’un intérêt particulier ici est le soi-disant ‘réseau par défaut’ (DMN : ‘default mode network’), un réseau de régions qui présentent une activité métabolique et une circulation sanguine élevées au repos, mais qui se désactivent pendant des cognitions à but orienté (Raichle et al., 2001). Des travaux récents ont confirmé que les nœuds principaux du DMN sont fonctionnellement et structurellement connectés (Greicius et al., 2009), et que cette connectivité se développe pendant toute l’ontogénèse (Fair et al., 2008). Une autre caractéristique du DMN est la nature compétitive de son activité par rapport à celle d’un autre réseau intrinsèque à grande échelle, qui est activé de manière régulière pendant des activités qui sont cognitivement prenantes (Fox et al, 2005), de sorte que quand l’activité du DMN est élevée, l’activité de ce réseau est relativement faible, et réciproquement.

Dans cet article nous nous attachons à l’hypothèse que ces réseaux intrinsèques correspondent aux niveaux élevés d’une hiérarchie d’inférence, qui fonctionne pour supprimer l’énergie libre de niveaux inférieurs, c’est-à-dire, pour supprimer la surprise et l’incertitude au moyen de prédictions descendantes. Nous associons ce processus d’optimisation au processus secondaire ; enfin, c’est la fidélité de nos modèles de la réalité qui est optimisée sous l’égide du processus secondaire. En outre, nous associons les échecs du contrôle descendant avec des états non ordinaires de conscience, comme la psychose précoce et aiguë, l’aura du lobe temporal, le rêve/le sommeil de REM (mouvement oculaire rapide), et les états hallucinogènes provoqués par les drogues. Dans ce qui suit, nous organisons les données qui sont en faveur de l’intégration des hypothèses neurobiologiques et psychanalytiques et concluons par la défense de la valeur de l’utilité potentielle de cette intégration. Ce chapitre comprend trois parties : dans la première, nous passons en revue les données en faveur de l’idée que le développement et le fonctionnement du DMN est compatible avec les fonctions du moi et le processus secondaire. Nous nous centrons spécifiquement sur l’influence contraignante du DMN sur l’excitation endogène dans le cerveau limbique et sur sa relation mutuellement inhibitrice avec des régions/réseaux cérébrales concernées par la modélisation de l’environnement extérieur immédiat. Dans la deuxième, nous passons en revue les données montrant qu’une perte de contrôle descendant sur le cerveau limbique est équivalente à une perte de contrôle du moi sur le ça. Dans la troisième, nous discuterons de la pertinence clinique de ces hypothèses.

Les réseaux intrinsèques à grande échelle, le processus secondaire et le moi

Dans cette partie, nous allons introduire l’hypothèse que les descriptions par Freud du développement et du fonctionnement du moi sont compatibles avec le développement et le fonctionnement du DMN. Le premier compte rendu significatif qu’a fait Freud du moi peut être trouvé dans « L’Esquisse pour une psychologie scientifique », publiée à titre posthume (Freud, 1895). Enthousiasmé par la ‘théorie neuronale’ naissante de Cajal et Waldeyer-Harz, Freud s’en est inspirée pour considérer comment différents types de neurones pourraient expliquer différentes fonctions psychologiques. Bien que Freud ait vite abandonné ce système classificatoire neuronal grossier, les idées qui en avaient été à l’origine sont restées une source d’inspiration pendant toute son œuvre. Plusieurs des hypothèses les plus importantes de Freud ont été introduites dans l’Esquisse : et une lecture de ce travail précoce donne une idée du désir qu’avait Freud de trouver une explication biologique pour les phénomènes mentaux.

Le processus secondaire, ou ‘cognition en processus secondaire’, est le mode de cognition du moi. Il peut être défini le plus simplement comme le processus de minimisation ou d’optimisation qui gouverne la cognition ; c’est la surprise qui est minimisée et c’est la fidélité de la représentation qu’a le cerveau du monde qui est optimisée. Freud a décrit le processus secondaire comme étant ‘inhibé’ et ‘lié’ ; par opposition au processus primaire qui est ‘libre’ et ‘mobile’ (Freud, 1895, 1900). Ceci correspond à la structure efficace des réseaux corticaux. Le concept d’énergie ‘liée’ a été attribué par Freud à des idées d’abord exprimées par Breuer dans leurs études sur l’hystérie (Breuer et Freud, 1895). Il est significatif que les processus primaire et secondaire doivent leur création à des observations d’états non ordinaires de conscience. Nous verrons plus loin que la meilleure manière pour distinguer le processus primaire du processus secondaire (et le ça du moi) est de perturber le moi de sorte que la pensée en processus primaire puisse émerger. Etant donné la résistance importante qu’ont rencontrée les idées psychanalytiques et la protestation commune selon laquelle le ça n’existe pas, les expérimentations de cette sorte sont fondamentales pour l’avenir d’une psychanalyse scientifique.

Anatomie fonctionnelle du réseau en mode par défaut

La notion du DMN est apparue dans un article de recension par Marcus Raichle et al. (2001) qui ont retrouvé un schéma hautement cohérent de désactivation régionale dans le cerveau quand celui-ci était soumis à une cognition dirigée vers un but. Raichle a proposé que ce schéma reflète un mode par défaut de la fonction cérébrale et une ligne de base physiologique fonctionnement pertinente. Des travaux ultérieurs ont associé une activité dans le DMN à des phénomènes tels que l’autoréflexion, la prospection (envisager l’avenir), la théorie de l’esprit (considérer le point de vue d’autrui), et les dilemmes moraux. On peut considérer ceux-ci comme des comportements humains de niveau élevé et des ‘fonctions du moi’. Parmi les ‘nœuds’ régionaux du DMN on trouve le cortex préfrontal médian(CPFm), le cortex cingulaire postérieur (CCP), le lobule pariétal inférieur (LPI) et les lobes temporaux médians (LTM). Des analyses de la connectivité fonctionnelle à l’état de repos et l’imagerie du tenseur de diffusion ont montré que ces nœuds sont fortement interconnectés (Greicius et al., 2009), et que cette connectivité mature pendant tout le développement (Fair et al., 2008 ; Kelly et al., 2009). La connectivité fonctionnelle dans le DMN est relativement faible chez les patients présentant un trouble de l’attention (Castellanos et al., 2008) et des troubles du contrôle de l’impulsivité (Church et al., 2009). Il est intéressant de noter que l’épine structurale du cerveau adulte (CPFm-CCP) est absente, ou du moins pauvrement développée chez les nourrissons (Fransson et al., 2007). Ces résultats impliquent que le DMN se développe pendant toute l’ontogénèse, d’une manière qui est parallèle au développement des fonctions du moi.

La connectivité fonctionnelle à l’état de repos, l’imagerie du tenseur de diffusion, et le travail anatomique chez les primates ont montré que les LTM sont connectés aux régions du CPFm et du CCP du DMN (par ex. Robinson et al., 2009). Ceci est important parce que les LTM contiennent des structures clés (par ex. l’hippocampe, l’amygdale, le parahippocampe et le cortex entorhinal) qui jouent un rôle important dans la mémoire et l’émotion. Une grande quantité de données cliniques et précliniques suggèrent que ces régions limbiques sont sous le contrôle inhibiteur descendant en provenance du CPFm (par ex. Milad et al., 2006) ; on a pu observer des désactivations du CPFm et des activations du LTM pendant des flashbacks d’états de stress post-traumatiques-like, ou des états de ‘reviviscences’ (par ex. Hopper et al., 2007), et on a trouvé des activations du CPFm pendant des blocages de telles expériences, par exemple, par la dissociation (par ex. Lanius et al., 2002). Des lésions du CPFm ventral ont depuis longtemps été associées à un trouble du contrôle des impulsions (par ex. Kaplan-Solms et Solms, 2001). Le CPFm ventral projette aussi lourdement sur le striatum ventral et sur le mésencéphale (et donc sur les régions limbiques qui se projettent là aussi) : exerçant une influence modulatrice sur le traitement des états émotionnels. En résumé, les données suggèrent que le DMN, et en particulier le CPFm, échange des signaux neuronaux avec des centres concernés par l’apprentissage émotionnel et la mémoire : exerçant une influence descendante contraignante sur les signaux endogènes.

Formulations théoriques du réseau en mode par défaut

Freud a écrit que le moi ne se contente pas d’inhiber les signaux émotionnels en provenance de l’intérieur de l’organisme (comme la colère ou les pulsions sexuelles), mais qu’il restreignait aussi les informations ayant leur source à l’extérieur. La clé est que le moi contraint toute énergie qui impacte sur lui. Cette description est remarquablement compatible avec les modèles contemporains de la cognition basés sur l’inférence bayésienne hiérarchique et sur l’énergie libre selon Helmholtz ; selon lesquels des connexions rétrogrades (descendantes) en provenance de régions corticales supérieures œuvrent pour minimiser l’énergie propagée à partir des régions inférieures (par ex. Friston, 2003).

Sur le plan anatomique, des signaux antérogrades (ascendants) prennent leur origine dans des couches supragranulaires du cortex (par ex. les cellules pyramidales des couches II et III) ou dans les cellules excitatrices émettrices du thalamus, et se terminent dans les cellules stellaires à épines de la couche IV du cortex. Elles projettent depuis les niveaux inférieurs vers les niveaux supérieurs, par exemple des noyaux thalamiques vers le cortex sensoriel primaire (par ex. VI), ou bien depuis le cortex sensoriel secondaire (par ex. V5) vers des régions associatives (par ex. le cortex pariétal supérieur). Les connexions rétrogrades sont plus abondantes et plus diffuses que les connexions antérogrades et leurs effets sont surtout modulateurs. Les connexions rétrogrades ont leur origine dans les cellules pyramidales infragranulaires (par ex. la couche corticale V) et visent des couches infra et supragranulaires des zones corticales inférieures. Sur la base de principes bayésiens et helmholtziens, il a été proposé que les signaux ascendants transportent des erreurs de prédiction qui optimisent les représentations dans les régions supérieures. Ces représentations, fonctions de l’expérience, facilitent ensuite la prédiction de signaux ultérieurs émanant des niveaux inférieurs. Les prédictions sont codées dans des projections descendantes qui vont d’une région cérébrale supérieure à une région inférieure, réprimant l’activité dans les régions de niveau inférieur. Cette répression est obtenue au moyen de projections descendantes sur des interneurones inhibiteurs dans les régions de niveau inférieur. Quand les représentations, à un niveau quel qu’il soit, peuvent être expliquées par des prédictions descendantes provenant du niveau qui lui est supérieur, de l’énergie libre est minimisée et les représentations sont intérieurement cohérentes d’un niveau à l’autre. Le but de ce processus est d’optimiser des explications parcimonieuses de ce qui a provoqué l’entrée sensorielle (Friston, 2003) et d’établir des modèles fiables pour guider l’action et le comportement (Friston et al., 2009). Fondamentalement, ce schéma empiriquement informé récapitule la conception de Freud datant du dix-neuvième siècle, et en particulier, son principe de constance :

Nous avons, on s’en souvient, compris le principe qui domine tous les processus psychiques comme un cas particulier de ce que Fechner nomme tendance à la stabilité et attribué de la sorte à l’appareil psychique le dessein de réduire à rien la somme d’excitation qui afflue en lui ou du moins de la maintenir basse autant qu’il est possible (Freud, 1924)

Systèmes cérébraux hiérarchiques

Comme nous l’avons signalé dans l’introduction, les fluctuations du signal BOLD dans le DMN se caractérisent par leur relation d’antiphase avec celles d’un autre réseau intrinsèque majeur, nommé parfois le système attentionnel. Celui-ci, outre le fait qu’il présente une relation d’antiphase naturelle avec le DMN, est aussi activé pendant une cognition concentrée et désactivé quand cette concentration est suspendue. L’inverse est vrai pour le DMN, ce qui implique une compétition naturelle entre ces deux réseaux. Les régions comprises dans le système attentionnel sont le cortex cingulaire antérieur dorsal, la zone motrice pré-supplémentaire, et le lobule pariétal supérieur. Ces régions sont engagées pendant la vigilance et l’attention à des détails sensoriels. Elles jouent aussi un rôle dans la mémoire de travail et dans le traitement d’ambiguïtés contextuelles.

Le DMN et le système attentionnel ne sont évidemment pas les seuls réseaux intrinsèques, il en existe d’autres (par ex. à l’intérieur du système attentionnel, il semble exister un réseau plus spécialisé dans la saillance incitative (Seeley et al., 2002), et un autre davantage dans la mémoire de travail (Corbetta et Shulman, 2002)), mais eu égard à notre objectif de développer une compréhension générale de la fonction du cerveau global, nous pouvons nous contenter de nous centrer sur ces deux-là. Le message important à retenir est que le DMN et le système attentionnel se situent tout en haut de l’organisation hiérarchique cérébrale, le DMN étant le plus élevé de tous. Le DMN et le système attentionnel contiennent tous deux des cortex associatifs de haut niveau, éloignés spatialement des régions sensorielles primaires et qui codent des représentations de haut niveau (c.-à-d. abstraites). Mais le DMN présente quelques particularités : 1) il a plus de connexions avec d’autres régions cérébrales que n’importe quel autre réseau du cerveau, il code donc un modèle plus élargi du monde ; 2) il a un niveau plus élevé d’activité métabolique que n’importe quel autre réseau cérébral, ce qui implique une fonctionnalité étendue ; 3) il a un niveau d’activité soutenu, et par conséquent, il présente une dynamique en état stationnaire ainsi qu’une dynamique transitoire ; 4) il s’active pendant des comportements humains de haut niveau comme la contemplation et la prospections morales ; 5) les comportements liés au DMN ont une concentration temporelle étendue, concernés par des pensées qui ne sont pas liées au moment présent ; 6) le DMN tente de simuler l’avenir : une entreprise pleine d’incertitude, puisqu’elle est en dehors du moment présent et n’est pas rattachée à un courant (sensoriel) régulier de preuves ; 7) ceci requiert par conséquent que la dynamique interne du système soit relativement ‘bruyante’, pour qu’elle puisse se déplacer d’une idée à l’autre de manière exploratrice (voir Tsuda, 2009) ; 8) la réduction de ce bruit à un niveau optimal qui n’empêche pas l’exploration (l’ouverture d’esprit et la pensée créatrice), tout en empêchant la pensée magique, fallacieuse, est ce qui caractérise le processus secondaire du moi.

Bref, notre hypothèse est que le DMN est le nœud central du moi. Tout langage psychanalytique habituel mis à part, nous pourrions l’appeler ‘le self’. Grossièrement parlant, mais pour le bénéfice d’une explication, c’est la chose qui est toujours là, la propriété émergente du plus haut niveau de criticité auto-organisée dans le cerveau. Elle contient des représentations de notre passé, et elle est la tranche contraignante de nos désirs. Son style cognitif exploratoire nous permet de simuler mentalement des scénarios très éloignés du moment présent : mais qui peuvent être essentiels pour la cohésion et la prospérité sociales. Se débarrasser enfin d’un dualisme qui proteste qu’on ne peut pas réduire le moi/self au cerveau serait un progrès qui irait de soi pour la psychanalyse : et c’est le programme du mouvement neuropsychanalytique. C’est le substrat même de la pensée en processus secondaire et l’antithèse de la réalisation de désir qui caractérise le processus primaire.

Résumé et synthèse

Dans cette partie, le processus secondaire a été envisagé en rapport aux réseaux intrinsèques à grande échelle qui œuvrent pour prédire et supprimer les signaux se propageant à partir de régions cérébrales inférieures. Le concept de processus secondaire impliqué par le moi a été associé à l’action inhibitrice du DMN, et en particulier du CPFm, sur les régions cérébrales limbiques. La connectivité fonctionnelle entre les régions limbiques et les nœuds principaux du DMN étaye la notion que le DMN opère une influence inhibitrice continue sur ces régions, afin de contraindre les processus émotionnels et hédoniques : ce qui est compatible avec la fonction que le moi exerce sur le ça. Dans la partie qui suit, nous nous centrerons davantage sur le processus primaire et particulièrement sur la manière dont il se manifeste dans des états non ordinaires de conscience.

La phénoménologie de la pensée en processus primaire

Dans cette partie, nous décrivons la phénoménologie d’états non ordinaires de conscience qui ont été associés à la pensée en processus primaire. Le processus primaire n’est généralement pas considéré comme un sujet sérieux pour la science, mais la phénoménologie de certains états non ordinaires exige que nous prenions en considération sa pertinence. On peut retracer les origines de la psychanalyse aux observations d’états non ordinaires. Une idée précoce qui est restée au centre de la pensée de Freud est qu’il existe dans l’esprit un mode archaïque de pensée, qui a été recouvert chez les êtres humains modernes par un style de pensée plus rationnel. Pour Freud, le processus primaire faisait partie d’un système de pensée archaïque, qu’il a d’abord appelé ‘l’inconscient’, avant de le renommer le ‘ça’ (Freud, 1923). Ainsi, le terme ‘le ça’ a été introduit relativement tard par Freud comme nouvelle désignation pour ‘l’inconscient’. Son intention était de distinguer l’inconscient dans un sens systémique de sa signification d’un point de vue descriptif. Freud reconnaissait qu’en attachant le descriptif ‘inconscient’ à ce système impliquait qu’on ne pouvait pas le connaître : mais il savait que ce n’était pas vrai, puisque des contenus mentaux inconscients peuvent apparaître dans la conscience dans certains états (par ex. le rêve). La décision de Freud de renommer l’inconscient ‘le ça’ a donc été motivée par sa reconnaissance du fait qu’il existe des processus dans le ça qui peuvent devenir conscients. Si nous acceptons cette lecture de Freud, nous verrons alors naturellement comment l’inconscient/le ça peut être étudié expérimentalement.

L’introduction du ça a donc été utile puisqu’elle a résolu des ambiguïtés en rapport avec le sens descriptif de ‘l’inconscient’. Désigné en tant que ‘ça’, l’inconscient pouvait être compris de manière plus explicite comme un système obéissant à un mode spécifique de pensée. Les caractéristiques du ça, et de mode de cognition qui lui est associé, sont les plus évidentes lorsqu’on les oppose à celles de la conscience normale de la vie éveillée. De même, l’importance fonctionnelle du moi et notre confiance en lui pour la conscience éveillée normale ne deviennent évidentes que quand son influence est perdue. On en trouve un exemple dans les états psychédéliques liés à la prise de drogue où, si la dose est suffisamment forte, le sentiment de soi peut disparaître de la conscience (ce que les usagers nomment ‘désintégration du moi’, ou ‘dissolution’), ce qui conduit à l’émergence d’un style de pensée plus animiste, voire magique.

La perte de la notion du temps est tout à fait caractéristique de l’expérience psychédélique liée à la prise de drogue, et il a été récemment démontré que cet effet est dose dépendant (Wackermann et al., 2008). Nous pouvons en extrapoler que s’ancrer dans le temps est une fonction de la conscience éveillée normale qu’assure le moi, et que l’atemporalité est une qualité de la pensée en processus primaire. Recherchant la base neurobiologique de ce phénomène, Kiebel et al. (2008) ont récemment suggéré que la cohérence temporelle augmentait systématiquement dans les structures cérébrales de niveau supérieur : ce qui impliquerait un rôle critique pour le DMN dans la perception du temps. En accord avec ce qui précède, Carhart-Harris et al. (2011) ont récemment trouvé une diminution de la circulation sanguine et de l’activité cérébrales dans deux études d’IRMf séparées impliquant la psilocybine, la drogue psychédélique classique (le champignon magique), ainsi que des rapports associés de perturbations du moi et de perception altérée du temps.

Outre la perception temporelle, on pourrait décrire d’autres caractéristiques de la pensée en processus primaire, mais il peut être utile de déconstruire celle-ci, afin de la résumer et de comprendre comment le cerveau se met à opérer différemment quand celle-ci se produit. Le principe de l’énergie libre peut nous venir en aide ici puisqu’il nous dit que dans les conditions de conscience éveillée normale, le cerveau opère afin d’expliquer et de se débarrasser de l’incertitude, afin de modéliser de manière optimale le monde qu’il habite. Le principe de l’énergie libre énonce que le cerveau s’efforce de trouver des modèles parcimonieux du monde, ni trop souples ni trop rigides (ceux-ci présentent une criticité, ce qui signifie qu’il y a des paramètres qui sont ‘juste comme il faut’ pour que cet état existe). On peut voir ce processus d’optimisation perdre les pédales, dans l’état psychédélique, où les modèles deviennent effectivement trop souples, de sorte que, par exemple, le sujet perçoit les objets comme s’ils se conduisaient d’une manière surprenante (par ex., il voit des surfaces statiques, solides, comme si elles ondulaient rythmiquement, ou il voit du mouvement dans des cadres empilés, désigné sous le nom de ‘traces’[3]). A des doses plus élevées, les objets peuvent même se transformer en d’autres objets, de sorte que, par exemple, un arbre peut se transformer en une créature animée. Ainsi, la pensée en processus primaire se caractérise par un sentiment de relative incertitude ; dans cet état, la confiance dans ‘ce qui est quoi’ est compromise et les explications magiques semblent davantage plausibles.

Fondamentalement, des états qui avaient été auparavant décrits comme favorisant l’émergence de la pensée en processus primaire (par ex. le rêve, la psychose, l’aura du lobe temporal et les états psychédéliques provoqués par les drogues) ont déjà tous été comparés les uns aux autres (voir Carhart-Harris et Friston, 2010, pour une liste bibliographique étendue). Cette validation croisée est essentielle pour développer la validité conceptuelle de la pensée en processus primaire. Le point important à communiquer est que le processus primaire est un phénomène tangible qui peut être étudié dans tout une variété d’états : il n’appartient pas, ni n’est spécifique d’un état particulier, de sorte que les mêmes caractéristiques de la pensées en processus primaire (par ex. l’incertitude, l’animisme et l’abstraction) peuvent se rencontrer dans un grand nombre d’états non ordinaires différents. Définir ces états par un ensemble de critères neurobiologiques communs constitue par conséquent une étape suivante importante.

Neurophysiologie du processus primaire

Au-delà de la comparaison de la phénoménologie de différents états non ordinaires de conscience, il est raisonnable de penser qu’une approche plus robuste pour développer la valeur conceptuelle de la cognition en processus primaire est de démontrer son aspect neurophysiologique, par exemple au moyen de la neuroimagerie. Etant donné que nous avons déjà laissé entendre que la cognition en processus primaire est médiée par une activité propagatrice, qui surgit à partir des régions limbiques, nous sommes confrontés à des contraintes technologiques dans notre essai pour imager l’activité de ces régions. L’électroencéphalographie de surface (EEG) et la magnétoencéphalographie (MEG) n’ont pas une résolution suffisamment profonde pour mesurer l’activité des régions sous-corticales, et l’IRMf n’a pas la résolution temporelle nécessaire pour caractériser un large éventail de rythmes oscillatoires, ce qui veut dire que nous devons nous fier en partie aux aperçus provenant des études d’EEG en profondeur afin de caractériser la physiologie de ces états. Des contraintes éthiques nous empêchent de mener des études d’EEG en profondeur exploratoires ; cependant, à une époque plus permissive, dans les années 1950 et au début des années 1960, quelques études exploratoires ont été menées, avec des résultats intéressants (voir Carhart-Harris et Friston, 2010, pour une discussion approfondie de ces études). En résumé, les enregistrements en profondeur chez des patients souffrant de psychose aiguë ont trouvé des activités particulières, localisées dans les régions limbiques, survenant en même temps que des états hallucinatoires, confusionnels. Ces activités étaient apériodiques, survenant par saccades, impliquant une physiologie chaotique et propagatrice. Les mêmes saccades phasiques ont été trouvées dans les régions limbiques pendant le sommeil en phase de REM et dans l’état psychédélique induit par les drogues : ce qui suggère une neurophysiologie commune pour tous ces états cérébraux. Il est naturel de déduire que cette physiologie propagatrice, irrégulière a un rapport avec la qualité typiquement non contrainte de la cognition en processus primaire. Nous pourrions aussi déduire qu’une perte de synchronie inter-régionale, et qu’une diminution de l’imbrication des fréquences supérieures au sein des fréquences situées plus bas pourrait expliquer la nature typiquement stochastique de la cognition en processus primaire. Des recherches futures, inspirées par les progrès de la neuroimagerie humaine seront nécessaires pour développer ce domaine important d’investigation.

Résumé et synthèse

Dans cette partie nous avons exploré la notion selon laquelle les descriptions de Freud du processus secondaire sont compatibles avec l’anatomie fonctionnelle de réseaux intrinsèques à grande échelle œuvrant pour optimiser leurs représentations du monde (minimiser l’incertitude/l’énergie libre). Nous avons proposé que les réseaux intrinsèques s’auto-organisent en cadres hiérarchiques, afin d’inhiber l’énergie libre des niveaux qui leurs sont inférieurs. Ceci a été associé à la fonction du processus secondaire. Nous avons émis l’hypothèse que les fluctuations spontanées de l’activité neuronale dans le DMN contraint l’activité excitatrice des régions limbiques. De même, les fluctuations dans le réseau attentionnel – de même que dans d’autres réseaux intrinsèques – œuvrent pour contrer les erreurs de prédiction évoquées par les entrées sensorielles provenant de l’extérieur.

Applications et limitations

Le fait de développer ces points de contact entre la théorie freudienne et la neurobiologie devrait aider à ancrer les concepts freudiens dans des phénomènes biologiques mesurables et informer la pensée psychanalytique. Comme d’autres l’ont formulé précédemment (par ex. Solms, 2009), cette démarche est essentielle si l’on veut atteindre une psychanalyse pleinement scientifique. Cela peut aussi aider à informer la psychanalyse en tant qu’approche thérapeutique, ce qui fait partie du programme du mouvement neuropsychanalytique (www.neuro-psa.org.uk), et cela devrait aider à faire la part entre des hypothèses ayant une validité conceptuelle et d’autres qui en sont dépourvues.

Les domaines où cette synthèse pourrait être particulièrement utile comprennent la compréhension de la neurodynamique d’états pathologiques comme l’angoisse, la dépression et l’addiction. L’application d’aperçus provenant du principe de l’énergie libre, de la théorie des systèmes dynamiques et de la science de la complexité peut être une direction particulièrement fructueuse dans l’avenir pour la neuropsychanalyse. Ainsi, par exemple, on pourrait décrire l’angoisse comme un état d’incertitude (l’énergie libre n’est pas correctement minimisée), et le délire comme une explication magique/une solution à l’incertitude. Nous pourrions aussi faire l’hypothèse que dans la dépression, le cerveau entre dans un état d’attracteur en état stationnaire (par ex. avec une activité DMN élevée) avec un bassin d’attraction escarpé (une dépression profonde) dont le patient ne peut pas s’échapper facilement. Dans un état d’attracteur, le cerveau sera moins sensible à des perturbations transitoires (par ex. des stimuli du monde extérieur). On peut voir cela comme un état fonctionnel ; si, par exemple, le/la patient(e) est confronté(e) à une perte ou une série de pertes particulièrement surprenante(s) qui le/la rend réticent(e) à entrer en contact avec le monde extérieur. Il/elle peut alors se replier dans la dépression pour se cacher du monde externe. Enfin, l’addiction est peut-être la pathologie la plus évidente à laquelle on peut appliquer les idées de la théorie des systèmes dynamiques. Elle se caractérise par une routine cyclique faite de manque, de satiété et de sevrage. Le manque est un exemple classique d’attirance vers quelque chose, et il reposera donc sur un attracteur en état stationnaire dans le cerveau avec un bassin très escarpé : où rien d’autre ne compte, et tout ce à quoi le patient peut penser est la chose qui l’attire. Le sevrage peut se caractériser comme un état de grande incertitude ou instabilité ; ici le cerveau éprouve un manque de stabilité qu’il espère obtenir grâce à l’objet d’addiction. Le cycle se répétant, les différents états qui le définissent vont se renforcer. Ici nous pouvons voir comment l’addiction peut être fonctionnelle, en minimisant l’énergie libre (l’incertitude) au moyen du manque et de la satiété : quoique d’une manière compulsive qui contraint le comportement. Ceci pourrait expliquer pourquoi les personnalités angoissées/impulsives sont particulièrement vulnérables à l’addiction/la compulsion.

La première partie de ce chapitre a passé en revue les données selon lesquelles le développement et le fonctionnement du DMN et sa relation de compétition avec le système attentionnel sont compatibles avec celles du moi. Dans la deuxième, nous avons décrit la phénoménologie de la pensée en processus primaire, passé en revue les données selon lesquelles on peut l’observer dans certains états non ordinaires, et cité des études indiquant que ces états ont une neurophysiologie commune. Ceci pourrait permettre une définition biologique, formelle, de la pensée en processus primaire : ce qui serait un développement important pour la psychanalyse. Dans la dernière partie, nous avons essayé de justifier cette synthèse et de montrer comment la référence au modèle freudien pourrait être utilisée pour comprendre des phénomènes cliniquement pertinents en termes neurobiologiques.

Ce chapitre n’a pas traité l’efficacité de la psychanalyse en tant que thérapeutique. Nous nous sommes centrés sur la validité des concepts freudiens en rapport à des phénomènes globaux et des théories apparentées, apparues récemment dans les neurosciences systémiques. Enfin, les liens entre la psychopathologie et la neurophysiologie de certains états non ordinaires de conscience, et entre l’organisation fonctionnelle des réseaux cérébraux intrinsèques et le processus secondaire tel que décrit par Freud, ont rendu cette synthèse nécessaire. Celle-ci est menée empiriquement, de même que les méthodes que nous recommandons pour la tester et l’appliquer. Les phénomènes neurobiologiques en cause (par ex. le DMN, les réseaux intrinsèques, et la dynamique des réseaux) sont des thèmes centraux dans les neurosciences contemporaines, et les concepts freudiens (par ex. les processus primaire et secondaire, et le ça et le moi) sont des composantes essentielles de son modèle, où elles peuvent être retracées à sa formation en neurologie et à l’influence de personnalités telles que Meynert, Helmholtz, Fechner, Hering, Herbart, Charcot et Hughlings-Jackson.

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[1] Note de l’auteur : Ce chapitre est une version corrigée d’une publication antérieure (Carhart-Harris, R.L. et Friston K.J. (2010), « The default-mode, ego-functions, and free-energy : a neurobiological account of Freudian ideas », Brain 13 (4),1265-83, avec la permission de Oxford University Press). Ici, nous avons raccourci l’article original, ajouté quelques points de clarification, et introduit un petit nombre d’idées nouvelles.

 

[2] de : Thomas Bayes : statisticien anglais du 18e siècle (MR).

[3] ‘trails’, en anglais (MR).

    
 

Que fait internet à l’écrit ? Et qu’en font les psychanalystes ?

Décès de Danielle Labrousse

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La Société psychanalytique de Paris a la profonde tristesse d’annoncer le décès de Mme Danielle Labrousse, survenu le 24 novembre 2016.

Danielle LABROUSSE était membre de la Société Psychanalytique de Paris depuis 1990.

Les membres de la SPP s’associent à la profonde peine de sa famille.

 

Logo1 Journée Jean-Luc Donnet – Samedi 7 janvier 2017

Organisée par Evelyne Chauvet, Secrétaire scientifique de la SPP

 Salle Notre Dame des Champs
 92 bis boulevard du Montparnasse
 75014 Paris

 Sur inscription* à scientifique@spp.asso.fr 

*dans la limite des places disponible

    
 

13 décembre 2016 : La résolution n’a pas été adoptée

Vous pouvez regarder les débats à l’assemblée nationale

Réactions préalables au débat

Le prochain examen par l’assemblée nationale le 8 décembre 2016 d’une proposition de résolution concernant l’autisme infantile et sa prise en charge mérite que l’on rappelle certains principes et rectifie certaines confusions.

Le bureau et le conseil d’administration de la SPP en ont débattu, et une concertation s’est faite avec d’autres associations de psychanalyse réunies dans un groupe de contact.

Avec onze* de ces associations, la SPP s’associe à la lettre de Bernard Golse, président de la CIPPA  et en informe les parlementaires en soulignant le caractère fondamental des principes que sont :

–      la liberté de choix pour les usagers,

–      la liberté du choix thérapeutique des professionnels,

–      la liberté de la recherche scientifique.

Autres réactions de professionnels et de parents

* Associations psychanalytiques signataires :

Analyse freudienne : Docteur Robert Lévy

Association lacanienne internationale : Docteur Marc Darmon

Association psychanalytique de France : Professeur Jacques André

Cercle freudien : Claude Spielmann

Ecole de psychanalyse des Forums du Champ lacanien : Docteur Françoise Josselin

Espace analytique : Docteur Gisèle Chaboudez

Fédépsy : Docteur Jean-Richard Freymann, Professeur Michel Patris

Fondation européenne pour la psychanalyse : Professeur Gérard Pommier

Quatrième groupe : Brigitte Dollé-Monglond

Société de psychanalyse freudienne : Professeur Patrick Guyomard

Société psychanalytique de Paris : Docteur Denys Ribas

Société psychanalytique de recherche et de formation : Docteur Daniel Zaoui

 

Secrétaire du groupe de contact : Jacques Sédat

Hommage à Jean Gillibert

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Hommage à Jean Gillibert

 

COLLOQUE DE LA REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE : RIRE

SAMEDI 28 JANVIER 2017

à l’espace de conférences des Diaconesses, 18 rue du Sergent Bauchat – 75012 Paris

Affiche RFP_2017_3-page-001

Argument

Programme

Bulletin d’inscription

Colloque Le mal-être

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Colloque Le mal-être

 

 Colloque UNESCO 2002 - Le travail psychanalytique - SPP

Le Travail Psychanalytique
 
Colloque proposé et organisé par André Green
en collaboration avec Alain Fine, Président de la SPP
Samedi 23 et dimanche 24 novembre 2002 – Maison de l’Unesco, Paris.

Réalisation : Marianne Persine (SPP) – Technique : Roger Frénoy (DSI Université René Descartes Paris V)

La Société Psychanalytique de Paris a décidé d’instaurer le débat entre ceux de ses interlocuteurs qui ont accepté la discussion et certains de ses représentants. La discussion ne saurait être exhaustive, elle peut néanmoins clarifier les enjeux en ouvrant l’éventail des options pratiques et thématiques.

Le colloque comprend huit dialogues fondés sur le même principe, chacun ayant pour objet de traiter un problème clé de la psychanalyse.

Après que chaque orateur a exposé son point de vue, le médiateur a introduit et animé le débat entre eux.
Le texte intégral des exposés des discutants est publié dans les « Actes du Colloque » édité par les PUF.


LE TRAVAIL  PSYCHANALYTIQUE 01 (voir la vidéo)
  1. Les motifs du Colloque
    Interview d’André Green
  2. Premier dialogue – Le travail psychanalytique et la question de la recherche
    Daniel Widlöcher (APF) vs César Botella (SPP) Médiateur : Jean Cournut
  3. Deuxième dialogue – Le travail de la séance
    Jean-Claude Rolland (APF) vs Michel de M’Uzan (SPP) Médiateur : Thierry Bokanowski
  4. Brève interview de Daniel Widlöcher
LE TRAVAIL  PSYCHANALYTIQUE 02 (voir la vidéo)
  1. Troisième dialogue – L’ancien et le nouveau (dans les rapports de l’enfance avec l’age adulte) au cours du travail psychanalytique
    Patrick Guyomard (SPF) vs Paul Denis (SPP) Médiateur : Michel Ody
  2. Quatrième dialogue – L’écart entre théorie et pratique dans le travail psychanalytique
    Dominique Clerc (APF) vs Michel Neyraut (SPP) Médiateur : Claude Janin
  3. Cinquième dialogue – Le corp érogène et le somatique : les limites du travail psychanalytique
    Patrick Miller (OPLF) vs Marilia Aisenstein (SPP) Médiateur : Alain Fine
  4. Sixième dialogue – Quelles ouvertures au travail psychanalytique permettent les catégories du réel, de l’imaginaire et du symbolique ?
    Monique David-Ménard (SPF) vs René Roussillon (SPP) Médiateur : Gilbert Diatkine
LE TRAVAIL  PSYCHANALYTIQUE 03 (voir la vidéo)
  1. Septième dialogue – Le travail autour de l’objet perdu
    Catherine Chabert (APF) vs Sára Botella (SPP) Médiateur : Sylvie Dreyfus
  2. Huitième dialogue – Travail de la culture, travail de la cure
    Nathalie Zaltzman (OPLF) vs Jean-Luc Donnet (SPP) Médiateur : Jean-Louis Baldacci
  3. Conclusion du colloque par André Green
LE TRAVAIL PSYCHANALYTIQUE 04 (voir la vidéo)
  1. Quatrième dialogue | tiré à part, exposé de Michel Neyraut
  2. Sixième dialogue | tiré à part, exposé de René Roussillon
  3. Huitième dialogue | tiré à part, exposé de Jean-Luc Donnet

 

Lien vers la vidéothèque

André Green vidéo 3

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André Green Parcours…

greenAndre

L’ambition de cette interview visait à retracer « le Parcours analytique » d’André Green, depuis ses positions premières jusqu’à celles qui caractérisent aujourd’hui sa conception théorique de la Psychanalyse et sa pratique. Ambition trop vaste pour le temps d’un entretien qui se limite donc à dégager les jalons décisifs de l’évolution d’une pensée toujours en mouvement.

D’entrée de jeu, André Green souligne l’importance de son expérience psychiatrique qui lui fait comprendre «  la force de la résistance et l’opacité de la maladie mentale ». Interne à Sainte Anne où il rencontre Henri Ey ainsi que Pierre Mâle, Granoff, Marty, Pasche …et Lacan,  cette riche expérience prélude à son choix exclusif en faveur de la Psychanalyse.

Son apprentissage analytique se nourrit alors, des influences parallèles de Lacan et de la Psychanalyse anglaise en laquelle il se reconnaît. En 1974, il participe pour la première fois  au Congrès des langues romanes avec son rapport sur « l’Affect » (qui deviendra « le Discours vivant ») et en 1974  paraît son article sur « le changement  dans la pratique et la théorie ».

1975 marque pour André Green, un tournant décisif qui introduit dans son champ de pensée et de recherches, l’opposition entre  névrose et cas limites : « j’ai creusé mon sillon dans ce continent qu’on appelle « les cas limites ». Il se pose en continuateur de l’œuvre de Freud dont l’acuité du regard, dit-il, avait prévu que l’Analyse allait être transformée par des structures qui n’étaient pas névrotiques. Dans cette perspective, il s’est toujours efforcé d’articuler les théories freudiennes et les théories post-freudiennes, en particulier celles d’auteurs tels que Winnicott et Bion qui, eux aussi, contrairement à Lacan, se sont affrontés à cette difficulté.

La poursuite de cette recherche sur les cas limites qui débute par une étude du Narcissisme (1983) et l’exemple même de Freud qui, « à un âge avancé, n’a pas hésité à transformer sa théorie en introduisant la pulsion de mort »,  ont sans doute joué un rôle de modèle et de guide pour André Green, dans son effort pour repenser théorie et pratique analytiques en réponse  à la demande actuelle.

La fin de l’interview pose la question de l’épistémologie psychanalytique et de l’élargissement du champ de la Psychanalyse à la nature du « psychique »  et non pas limité à la seule névrose.

Marianne Persine

André Green vidéo 1

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André Green La psychanalyse, de quoi s’agit-il ?

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André Green  La pensée clinique

 greenAndre

C’est à partir d’une analyse critique des difficultés inhérentes à la Psychanalyse comme discipline « a-scientifique » et des limites d’une méthode analytique conçue pour le traitement des névroses, qu’André Green pose la nécessité d’un envisagement plus large du champ des pathologies concernées par la Psychanalyse et des remaniements méthodologiques et conceptuels qu’exige la prise en charge d’une demande de plus en  de plus  nombreuse émanant de patients non névrotiques.

 

Ces pathologies non-névrotiques, incluant la diversité des cas limites, relèvent le plus souvent, d’un traitement psychanalytique en face à face.

 

À l’instar de Winnicott, de C. Bolas et bien d’autres, André Green considère la psychothérapie comme une pratique psychanalytique à part entière, qui exige une écoute et une présence plus active de l’analyste, mais aussi des « outils conceptuels » spécifiques, indispensables pour comprendre et analyser des fonctionnements psychiques différents du fonctionnement névrotique, devenu, de fait, la référence en terme de normalité.

 

Après avoir étayé sa position par des exemples cliniques et affirmé la nécessité d’inclure la formation à la psychothérapie dans le cursus analytique, André Green, au terme de l’entretien, en vient à préciser et tenter de définir le concept de « pensée clinique ».

 

Contrairement à la démarche médicale, la pensée clinique en psychanalyse, dit-il, implique un renvoi à l’expérience qui ne peut pas être abordé sur un mode descriptif et abstrait. La pensée clinique en psychanalyse est le dégagement de ce que l’activité psychique permet de déduire à distance des faits, elle est « analyse de l’analyse » mais aussi, procédant de l’association libre, elle comprend  son impossibilité…

 

    Entretien filmé avec André Green

    Enregistré en novembre 2001

    Réalisation : Marianne Persine

    Réalisation technique : Roger Frenoy

    DSI TICE Université Paris Descartes

Michel de M’Uzan vidéo 2

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Michel de M’Uzan : L’Identité et Autour de l’Identité.

mUzan

Cet entretien fait partie d’une série de trois, réalisée chez Michel de M’Uzan, au cours de l’année 2000. À l’époque, Michel de M’Uzan avait déclaré n’avoir pris conscience que très récemment de la cohérence interne de ses conceptions psychanalytiques et du fait qu’elles constituent, disait-il, “un système de pensée”.

L’Identité

Un des thèmes majeurs de la pensée de Michel de M’Uzan, son  intêret pour la notion d’Identité s’est éveillé avant même la réflexion analytique, à partir  d’expériences personnelles de « vacillement » identitaire, de dépersonnalisation « tranquille » comme il les qualifie.

De la labilité constitutive de l’Identité, M.de M’Uzan déduit la notion de « spectre d’identité » qui s’oppose à une conception stable et cernée qui relèverait, selon lui, de la « normopathie ».

Peut-on communiquer vraiment avec l’Autre ? M.de M’Uzan en doute, dans la mesure où nous ne communiquons qu’avec la représentation que nous avons de l’objet. La notion de « spectre d’identité » vient souligner le caractère ambigu, incertain de la distinction identitaire entre le soi et le non-soi, libidinalement investie..

Cependant pour M.de M’uzan, le dégagement identitaire s’opère sur deux versants : celui de la rencontre avec l’objet, mobilisant l’énergie libidinale mais également celui  des pulsions d’auto-conservation et de l’énergie « actuelle » dont témoigne la psychosomatique. L’hypothèse d’un temps antérieur à la rencontre du nourrisson avec le monde extérieur, celui de la séparation du sujet d’avec lui-même, conduit Michel de M’Uzan à supposerr la création d’un double,  le « jumeau paraphrénique ».

M.de M’Uzan insiste sur l’importance de ce dualisme pulsionnel constitutif de l’identité du sujet.

Dans cet interview, M.de M’Uzan développe et s’explique sur sa conception originale et complexe d’une notion essentielle mais  difficile à cerner et peu abordée dans la métapsychologie analytique.

Marianne Persine

Michel de m’Uzan vidéo 1

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Une clinique de la rencontre analytique : entretien avec Michel de M’Uzan

mUzan

Cet entretien illustre l’originalité et la créativité de la pensée de Michel de M’Uzan.

Il expose ici  sa conception de la rencontre entre patient et analyste, en s’attachant surtout à ce qui se passe « du côté de l’analyste ».

Il reprend les différentes notions qu’il a proposées pour décrire cette implication réciproque et en explicite le sens et les articulations : ainsi en est-il de la Chimère, des Pensées paradoxales, du Spectre d’identité, du Schème de travail, de « l’Aphanisis psychique »…

Pour M.de M’Uzan, si la rencontre entre l’analyste et son patient s’enracine à la fois dans la clinique au sens classique du terme et dans une clinique interpersonnelle liant les protagonistes, il faut aussi aller chercher du côté de  «l’identité de l’être » de l’analyste.

L’analyste n’est pas, dans son écoute, à l’abri derrière les frontières de son Moi. Pour s’identifier à son  patient, éprouver de l’empathie, laisser opérer les identifications jusqu’au vacillement ou même une dépersonnalisation passagère, l’analyste se trouve aux prises avec son propre inconscient et doit, comme le patient, se risquer à la frontière de son préconscient, seul lieu où peuvent se produire des changements.

La névrose de transfert comme le contre-transfert est une construction à deux qui se fait indépendamment des activités secondarisées des deux protagonistes : la Chimère qui figure cette relation résulte de l’imbrication étroite de ce qui procède de l’un et de l’autre ; elle fonctionne selon des modalités archaïques qui mettent en jeu les capacités d’identifications primaires de chacun.

Cette conception de la position réciproque de l’analyste et de son patient conduit à des modifications de la compréhension de la cure que Michel de M’uzan définit « comme une succession hiérarchisée de résistances », pour le patient comme pour l’analyste.

Elle a, de ce fait, des conséquences techniques. Pour qu’il y ait compréhension de « l’Interprétation »,   il faut qu’il y ait une énergie d’investissement disponible  qui ne peut se libérer sans un dérangement économique des défenses du Moi, ce que l’auteur appelle « provoquer le  scandale ». Si l’on demeure au niveau secondarisé, « rien n’entre et rien ne sort », aucun changement ne peut advenir, pas plus pour le patient que pour l’analyste… Tout changement procède d’un dérangement.

Le « cadre » participe de cette oscillation entre empathie et contre-résistance qui caractérise le travail de la cure . Pour Michel de M’Uzan, le « cadre  est « une marmite infernale » où , sous une apparence de calme et de neutralité bienveillante, s’affrontent violemment les désirs inconscients/préconscients des protagonistes. En deça de l’écoute directe secondarisé, un autre fonctionnement peut laisser la place à des « moments féconds » révèlant la proximité des préconscients. L’analyste peut s’y risquer grâce à sa capacité à régresser ou à vivre des expériences de dépersonnalisation, sans mettre en péril son Moi.

Là ne s’arrêtent pas les enseignements de cet entretien riche en réflexions dérangeantes.

Marianne Persine

Roger Mises

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 Roger Mises Un psychanalyste en pédopsychiatrie

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Cet entretien avec Roger Misès retrace son itinéraire personnel et plus particulièrement son action à la Fondation Vallée, avec en arrière plan, la conception de la pédo-psychiatrie d’inspiration psychanalytique telle qu’il l’a initiée et mise en œuvre depuis les années 50.

Ce témoignage est important à un moment où les classifications DSM remettent en cause, au delà de la visée unificatrice et descriptive invoquée par ses promoteurs, tout l’effort d’élaboration théorico-clinique de la pédo-psychiatrie française fondée sur la prise en compte de l’évolutivité de l’enfant, de la dynamique subjectivante de la relation thérapeutique. et  de l’Institution comme outil de soin.

Marianne Persinne

Michel de M’Uzan

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Michel de M’Uzan : 
Cohérence d’une pensée

Cet entretien est le dernier d’une série de trois, réalisée chez Michel de M’uzan, au cours de l’année 2000.

À l’époque, Michel de M’uzan avait déclaré n’avoir pris conscience que très recemment  de la cohérence interne de ses conceptions psychanalytiques et du fait qu’elles constituent, disait-il, « un système de pensée ».

En quoi les différents concepts ou notions qu’il a élaboré au fur et à mesure de ses recherches, tels que l’opposition entre le même et l’identique  (à propos de la compulsion de répétition), le spectre d’identité et l’identitaire, la chimère, les pensées paradoxales, le rôle prévalent de l’economique et des deux sources d’energie (libidinale et actuelle) etc… constituent de fait, in fine, un ensemble cohérent entre « ses fondamentaux », dirait-on aujourd’hui et leurs articulations. ? Michel de M’Uzan le découvre après-coup avec étonnement et la conviction qu’il ne pouvait en être autrement.

C’est le sujet central de cet entretien qui met en évidence la rigueur avec laquelle les notions proposées s’articulent les unes aux autres et construisent un ensemble qui ouvre sur une représentation renouvelée de la vie psychique.

Les chapîtres consacrés à  « la rencontre analytique », à la resistance de l’analyste dans la séance, à la notion de guérison, à l’interprétation etc… illustrent la fécondité de ces conceptions  dans le déroulement de la séance et la conduite de la cure.

Un grand chapître consacré au thème de la créativité restitue un débat qui sort un peu du cadre de l’interview pour glisser à la discussion contradictoire. L’interêt de cette question complexe abordée ici  a justifié que ce débat animé soit présenté dans sa spontanéité.

Marianne Persinne

Michel Fain vidéo 2

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Michel Fain :  « autour de l’Interprétation » (Interview par Cl. Smadja et G.Szwec) 1999

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Rané Diatkine vidéo

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René Diatkine

1 : « Devenir Psychanalyste dans les années 50 »

2 : « L’institution Psychanalytique et la Psychanalyse en institution »

▪                Entretien filmé en janvier 1994,  2 DVD réalisés en 2007, Durée 65 et 63 minutes129

« Devenir Psychanalyste dans les années 50 »

À travers l’évocation de sa formation, René Diatkine nous parle d’histoire, celle d’une époque où les étudiants juifs avaient été chassés de la Faculté, celle où les hôpitaux psychiatriques ont pu devenir des lieux inhumains, si bien que pour toute la génération d’après guerre concernée par la santé mentale, le seul projet qui s’imposait était de « trouver une voie pour une psychiatrie respectant l’homme », et à ce moment là , « il n’était pas question de faire intelligemment de la Psychiatrie sans être psychanalyste ».

Le lieu où s’élaborait cette ambition était, sans conteste, l’hôpital Sainte-Anne  où se rencontraient la plupart  des personnalités marquantes du monde de la Psychiatrie et de la Psychanalyse que  René Diatkine évoque avec talent et humour . Pour ce qui est des « étudiants » dont il était, il rend sensible l’enthousiasme « de ce groupe de copains  qui vivaient beaucoup ensemble,…qui avaient une très haute idée de ce qu’était la SPP,…qui discutaient beaucoup dans les bistrots, et pour qui la Psychanalyse représentait une engagement total ».

C’était l’heureuse époque des « pionniers »  de la Psychanalyse en France.

Cet « âge d’or » est troublé par une première crise « politique » en 1949, prémisse de la scission de 1953, qui sépare le groupe et éloigne de la Psychanalyse les psychiatres d’obédience communiste  tels Bonnafé, Le Guillant, Follin etc…

Sur la scission de 1953 et les conflits de pouvoir où se sont affrontés Nacht, Lacan, Lagache et…Marie Bonaparte, sur la mise en place des différentes instances qui, jusqu’à présent, organisent le fonctionnement de la SPP, René Diatkine nous apporte un témoignage vivant, illustré de faits et d’anecdotes, qui éclaire et précise notre compréhension.

Bien sûr, il parle aussi de lui même et notamment, il décrit avec précision comment le processus analytique, « drame à deux personnages »,  fonctionne selon lui.

« L’institution Psychanalytique et la Psychanalyse en institution »

Dans la deuxième partie de l’entretien, René Diatkine expose ses conceptions au sujet des grands débats institutionnels de l’époque, raconte comment s’organisaient, avant la création de l’Institut de la SPP, la formation, le travail en groupe etc… souvent de façon informelle.

Sujets qui lui tient à cœur : la création du « 13ème », le colloque de Deauville. Cette évocation est pour lui l’occasion de préciser la façon dont il considère les changements qui se sont opérés dans la pratique analytique (depuis près de 40 ans !) et de ce fait, l’évolution prévisible de la Psychanalyse.

Et de conclure : « je ne suis pas inquiet ! »

Marianne Persinne

Francis Pasche vidéo

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Francis Pasche : À propos de sa pensée et de son œuvre

interview par Jacqueline Schaeffer
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Cet entretien filmé avec Francis Pasche, qui date de 1991, nous permet de découvrir ou  redécouvrir la pensée de ce psychanalyste remarquable, pensée originale, créative, nourrie de références philosophiques, littéraires autant que de son expérience psychanalytique.

Cette pensée s’inscrit d’emblée dans la référence à la  2e théorie freudienne des pulsions : les différents concepts ou théorisations que Francis Pasche  propose, résultent du jeu des forces antagonistes de l’instinct de vie et de l’instinct de mort que le « Moi », qui les convoque, transforme en pulsions de vie et de mort. Le modèle de référence de la vie psychique est donc la névrose opposée à la psychose (et non le modèle « nevrose /perversion » de la 1ère topique). Ainsi pour Francis Pasche, Descartes « dont toute la philosophie repose sur une expérience infantile de légère dépersonnalisation »,  illustre de façon convaincante la lutte permanente de la vie psychique contre la psychose, dont il nous précise qu’elle est en chacun de nous.

Il n’est guère possible de rendre compte de tous les thèmes abordés dans cet entretien, riche en élaborations passionnantes et en formulations heureuses : l’anti-narcissisme, « le bouclier de Persée » (ou pare- excitation psychique faisant défaut dans la psychose), les notions de verticalité, d’admiration primaire, la séparation comme source de la culpabilité  (« être coupable, c’est être capable »), de « dieu apophatique » ou surmoi impersonnel, le but de l’analyse étant la désidéalisation ou déconstruction des idoles que résume  cette formule saisissante d’ « imago zéro » etc…

Francis Pasche insiste sur le fait que la psychanalyse n’est ni une science, ni une morale, ni un art mais une « praxis », concept central qui annonce celui de « pensée clinique » développé par André Green aujourd’hui.

On peut malgré tout regretter que sa rigueur, son éthique intransigeante et sa liberté de pensée se soient limitées au modèle de la névrose avec comme référence incontournable, la cure-type.

Marianne Persinne

Entretien filmé en octobre 1991

 

 

Michel Fain Vidéo 1

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 Michel Fain
  À propos de son itinéraire personnel et de sa pensée

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À travers son histoire familiale et sa vocation tardive pour la Psychanalyse sous l’influence de son ami Pierre Marty, Michel Fain raconte de façon très vivante et pleine d’humour, la situation de la Psychanalyse en France et de la SPP, au lendemain de la dernière guerre (de 1948 à 1953).

 

À propos de la « scission » qu’il a vécue, il apporte sa vision personnelle, insistant  sur le rôle de l’antagonisme entre Sacha Nacht (médecin) et Daniel Lagache (psychologue), l’enjeu étant la création de l’Institut et la mise en place d’un cursus de formation, jusque là, inexistant.

 

Bien qu’il ne se soit pas senti proche de lui, il exprime de façon éloquente son admiration pour Lacan dont il souligne la personnalité exceptionnelle et l’aura dont il bénéficiait auprès de tous ceux qui le côtoyaient. Michel Fain considère que Lacan a été « une chance pour la Psychanalyse » et il lui attribue, comme bien d’autres témoins, le mérite d’avoir suscité « le retour aux textes freudiens, souvent ignorés des analystes de l’époque. Il pense même que Lacan a été un « homme heureux » tant qu’il a été membre de la SPP.

 

Un bel hommage à Daniel Lagache et à « son sens clinique exceptionnel » clôt cette première partie.

 

À partir de la question concernant « l’Indication », Michel Fain expose de façon très pédagogique sa conception du fonctionnement psychique. Il insiste sur les conditions nécessaires à la « normalité » névrotique (prématurité du Moi, accès à l’expérience de satisfaction hallucinatoire) par opposition à des organisations psychiques, selon lui, non analysables, et de plus en plus nombreuses.

 

Il insiste sur l’importance du rêve et de l’inhibition motrice qui libère la capacité d’hallucination, situation qui se retrouve dans le cadre analytique.

 

Entretien filmé en octobre 1998

DVD réalisé en 2008

Durée 98 minutes

Réalisation : Marianne Persine

Réalisation technique : Roger Frenoy

DSI TICE Université Paris Descartes

 

Intervention de Bernard Chervet au colloque de la SPP :« La pensée, approche psychanalytique » le 15 octobre 2016, Université Paris Descartes, Boulogne-Billancourt

Pour saisir ce que la psychanalyse peut apporter à une appréhension de la pensée humaine, il convient de préciser la démarche de Freud. Il n’a pas établi de théorie explicite de la pensée, mais toute son œuvre peut être considérée comme un long déploiement de celle-ci ; tout à la fois une réalisation de sa pensée et une élaboration de la pensée humaine ; l’émergence d’une pensée et la tentative de penser la pensée humaine en tant que modalité d’expression de la « précieuse matière psychique » et donc de la matière vivante.
L’œuvre de Freud témoigne de sa continuelle préoccupation pour les processus de pensée, pour les opérations qui la fondent et qui sont impliquées tout au long de la vie dans sa promotion ; mais le cheminement de Freud est singulier, il relève du détour.
C’est en effet par un détour qu’il embrasse le thème de la pensée, par le biais d’une étude de l’appareil psychique au travail, producteur de toutes sortes de formations et de manifestations pouvant être considérées comme des expressions de la pensée. Ce détour peut s’expliquer de plusieurs façons :
Tout d’abord Freud considère que la pensée est trop associée au seul verbe et aux contenus langagiers, et ainsi à la conscience, alors qu’il reconnaît très tôt que ses expressions sont plurivoques : corporelles par la conversion, en images dans le rêve, selon des signes divers dans les arts divinatoires, en associations dans le discours de séance, ou selon de multiples autres supports dans les arts, etc.
Ensuite il perçoit que la pensée est avant tout inconsciente et qu’il convient de la différencier de ses expressions manifestes ; tout en reconnaissant néanmoins que seules celles-ci permettent de l’aborder par déduction ; la pensée ne peut donc qu’être déduite, et une conception la concernant implique une théorisation ; in fine elle reste inconnaissable en tant que telle ;
Par ailleurs sa constitution exige elle-même des détours, des transpositions et des étayages sur des perceptions extérieures dont les représentations peuvent être prises pour la pensée elle-même, alors qu’il s’agit d’une métaphorisation de son versant endo-psychique, celui qui a valeur d’interprétation (au sens artistique du terme) de l’activité pulsionnelle sous-jacente à la vie psychique ;
Enfin la fonction du penser est d’offrir un cheminement à l’économie pulsionnelle, d’orienter celle-ci vers la conscience et par elle vers l’objet ;
En l’occurrence, la pensée humaine interprète les pulsions et participe à l’avènement du désir en utilisant pour s’exprimer toutes les réalités dans lesquelles elle peut se réaliser.
Ces divers points, un peu abstraits, deviennent intelligibles si nous contextualisons la démarche de Freud, en percevant bien qu’il n’a pas cherché à produire une théorie de la pensée, de même que son but premier ne fut pas de produire une théorie du rêve. Son intérêt pour le penser de rêve est aussi un détour dans sa recherche pragmatique portant sur les troubles névrotiques en particulier hystériques, et sur leur guérison.
Après ses premiers travaux en neurologie, son intérêt se tourne en effet vers l’hystérie, puis s’élargit à tous les troubles névrotiques puis psychiques, avec le but très clair de trouver une méthode thérapeutique, l’hypnose et la catharsis s’avérant insuffisantes. C’est donc le fonctionnement psychique lui-même qui est l’objet et l’objectif de Freud selon une démarche que l’on peut qualifier d’humaniste, au sens de la grande tradition qui présidait depuis la Renaissance (Montaigne, Erasme, etc.) à l’approche de la folie, reprise par l’ensemble de la psychiatrie. Il s’agit pour Freud par cette voie de faire un pas de plus, de rattacher la vie psychique aux sciences de la nature.
Cette démarche permettra une nouvelle approche, une nouvelle conception de la pensée humaine, basée sur une théorisation élaborée à partir de toutes les productions humaines qui sont des expressions de la pensée utilisant divers supports, expressions à entendre comme des interprétations de l’activité pulsionnelle sous-jacente, pensée et vie pulsionnelle restant en soi inconscientes et inconnaissables, les conceptions qui tentent d’en rendre compte étant des déductions.
Ce sont donc les voies d’expression de la pensée qui retiennent d’abord l’attention de Freud, en tant qu’elles sont des traductions, des représentations, en fait des interprétations de l’activité pulsionnelle, à partir desquels il va déduire quels sont les éléments fondateurs de celle-ci, les mécanismes, opérations, procès, processus inconscients, les visées et les déterminants qui contraignent les diverses expressions constitutives de la pensée et qui lui donnent ses multiples qualités séméiologiques, ses styles, associative, remémorative, perceptive, réflexive, narrative, répétitive, compulsive, magique, négative, opératoire, factuelle, mais aussi négativiste voire manquante. Et selon ses supports d’expression, elle peut être abordée en tant que pensée verbale, pensée en image, affective, corporelle par conversion, sensuelle, érotique, etc. La conception psychanalytique du penser propose une pensée éclatée, ou si l’on préfère, par évocation aux garde-temps à complications, un garde-psychisme à haute complexité.
C’est par sa reconnaissance de cette pluralité éclatée, que Freud va créer une discipline, événement unique dans l’histoire des sciences, qui conjugue un corpus de concepts rendant compte du fonctionnement psychique, un procédé d’investigation de toutes les productions humaines et une méthode thérapeutique des troubles psychiques.
Son intérêt pour la pensée est donc avant tout un intérêt pour le fonctionnement de l’appareil psychique, à partir de ses modalités d’expression et de ses productions. Il parle certes très tôt de processus de pensée, et il les infère à partir de manifestations qui ne sont pas classiquement envisagées comme relevant de la pensée, en particulier des symptômes, des affects et éprouvés corporels, des rêves, etc.
Dès le Projet (l’Esquisse ; 1895) Freud s’intéresse au « penser » sous ses différentes formes, verbal, visuel, affectif etc., mais surtout aux processus producteurs de la pensée et de ses diverses formes. Après l’Esquisse, c’est bien sûr la Traumdeutung avec ses longs passages sur le penser du rêveur. Puis les textes postérieurs s’orientent de plus en plus vers les processus impliqués dans le fait de penser, ceux où il confronte, différencie et articule les processus primaires et les processus secondaires, et par voie de conséquence les deux principes de la réalité psychique (1911) ; ceux dans lesquels il étudie très spécifiquement les qualités du processus primaire (L’inconscient, 1915). Plus tard, il complexifie encore cette dualité processuelle constitutive de la pensée, en l’ouvrant à une fonction fondamentale anti-extinctive, et à un arrière-fond économique beaucoup plus difficile à cerner, traumatique, un « au-delà du principe de plaisir » qui va exiger une retenue créatrice d’une tension douloureuse qui devient la première pensée. Dans Totem et tabou (1911-12) Freud fait naître la pensée d’une retenue de l’acte, puis à partir de 1920, de l’inhibition de la tendance au retour à un état antérieur jusqu’à l’inorganique. C’est ce qui explique qu’en 1923, il généralise officiellement le terme de pensée qui embrasse désormais l’ensemble des moyens d’expression, les représentations de mots, les conversions corporelles, les sentiments, les affects, les éprouvés, liste à laquelle je rajouterai volontiers la sensualité, c’est-à-dire l’érogénéité corporelle. Puis qu’en 1924, il origine la pensée dans la première douleur liée au masochisme de retenue, de telle façon que cette douleur peut être considérée comme la pensée la plus élémentaire, issue d’une inhibition de la tendance à l’extinction. Le plaisir de pensée nait sur fond de cette douleur de retenue fondatrice.
Toute l’œuvre de Freud est donc tout à la fois une investigation et une promotion de la connaissance des processus de pensée, en même temps qu’elle remplit pour lui-même cette fonction de retenue et d’inscription anti-extinctive. Environ 40 000 lettres de correspondance, en plus des livres, essais et articles. L’impératif d’inscription ne peut mieux s’illustrer.
Cette approche élargie va libérer la pensée de ses liens trop univoques avec le verbe et le processus secondaire, mais aussi avec toutes les représentations – la psychanalyse est plus qu’une science de la représentance -, et permettre de lui reconnaître de nouvelles qualités insoupçonnées auparavant, telles que sa pluralité d’expression, dont nous venons de parler, tout support pouvant servir à l’exprimer et la dissimuler ; sa dualité en pensée manifeste et pensée latente ; sa fonction dissimulatrice de ses formations manifestes ; sa bidirectionnalité régrédiente-progrédiente ; sa double face conférant à tous ses contenus un double sens et une double signification ; son biphasisme temporelle ; son organisation d’ensemble selon un procès très particulier incluant l’ensemble des qualificatifs précédents, que l’on dénomme l’après-coup ; sa fonction la plus fondamentale d’inscrire l’économie pulsionnelle régressive dans un lien à la conscience, d’investir une partie de l’économie libidinale dans le psychisme sous forme de narcissisme, et de porter une autre part des investissements vers les objets et le monde perceptible selon les divers destins de la sexualité. De ce point de vue la pensée est une combinatoire éclatée d’investissements pluriels.

Reprenons succinctement quelques uns de ces points

Le souci de Freud de soigner des patients pour lesquels Charcot, Breuer et bien d’autres médecins de l’époque, de la fin du XIXe siècle, neurologues et psychiatres avaient reconnu la réversibilité de leurs troubles, sera le mobile inaugural de Freud. Il lui fallut pour cela s’intéresser à la genèse des symptômes, au fonctionnement de l’appareil psychique, et à la méthode qui obtenait la réversibilité.
C’est ainsi qu’il suit la grande tradition humaniste qui considère que tout ce que produit l’être humain, aussi étrange et bizarre que cela puisse être, est digne d’intérêt et doit être respecté en tant que reflet de l’humain, que révélation de ce qu’est l’être humain, que cela soit évalué par quelque jugement de valeur le meilleur ou le pire. L’écoute psychanalytique qui prône une égale attention à toutes les productions humaines en est l’héritière directe.
En commençant ses travaux avec l’hystérie, Freud s’était confronté à un autre moyen d’expression qui était ce qu’il a dénommé la conversion de pensées verbales dans le corps, pensées liées alors à des désirs inconscients. Des pensées mises en latence, des pensées inconscientes, se traduisaient, s’exprimaient par un certain nombre de manifestations corporelles, qu’il a dénommées une conversion. La notion de parole, par ce langage du corps, s’est trouvée dès lors fortement élargie. Ont pu être embrasser ensuite tous les autres moyens d’expression dans la mesure où ceux-ci sont référés à un code, bien souvent arbitraire et conventionnel, depuis les langues organisées jusqu’aux systèmes de signes employés par la magie et les arts divinatoires, ou les catalogues de symboles des systèmes kabbalistiques et des clés des songes.
C’est par l’hystérie que Freud fait sienne l’approche de Charcot, complétée par celles de Berheim, de Breuer, et de bien d’autres.
Charcot avait esquissé une théorie de l’hystérie étayée sur une observation d’un processus temporel en deux temps : un temps 1, celui d’un choc, un temps deux, celui de l’apparition d’un symptôme. Entre les deux, un temps silencieux, que Charcot dénomma temps d’incubation, sur le modèle des maladies infectieuses (Pasteur est proche), mais aussi temps d’élaboration psychique. Un mystère complet planait sur ce qui se passait dans l’entre-deux temps, sur cette élaboration psychique, sur cette période qui deviendra pour Freud la période de latence. Ce dernier porta son intérêt sur l’activité psychique de ses patients dans cet entre-deux temps, d’abord sous hypnose, puis sous simple influence, puis sous remémoration forcée enfin spontanée. Freud découvre alors que ces modes de penser oniriques et oniroïdes sont le résultat de modalités de travail psychique qui n’apparaissent que dans certaines conditions, et qui sont impliqués dans la genèse des symptômes et dans leur disparition.
Son intérêt se tourne alors vers le penser du rêve et vers celui des séances, et aussi vers le travail de rêve et celui d’associativité, tout deux étant des expressions de modes de pensers de l’entre-deux, apparaissant dans des conditions très déterminées. La pensée s’est ainsi trouvée enrichies de modalités régressives n’apparaissant que dans la passivité, que l’on peut réunir sous l’appellation d’activités psychiques régressives de la passivité. Qui plus est ces modalités de pensées suivent une voie régrédiente, un à rebours ; certes une régression temporelle, mais surtout une régression formelle depuis les mots vers les images pour le rêve ; depuis les mots monosémiques vers les mots primitifs à double sens en séance. Freud ne décrira pas la régression sensuelle, celle de la scène érotique qui partant des mots du discours amoureux, régresse aux double sens pour laisser place aux éprouvés sensuels hors langage, à la pulsionnalité qui est dans son principe même hors langage.
La Traumdeutung (1900) viendra offrir un corpus de concepts permettant de saisir les mécanismes et procès constitutifs du travail de rêve, aboutissant au penser en image du rêve, cette expression prototypique de tous les pensers régressifs.
Dans la même foulée, c’est la méthode thérapeutique qui évolue et qui à partir de la rétrogression de Breuer, se fonde sur une activité psychique elle aussi régressive, la libre association, ou si l’on se tient au plus près de l’inconscient, la parole d’incidence faite sur le modèles des pensées incidentes.
Freud va dès lors mettre en place un trépied thérapeutique qui va utiliser ces activités de pensée régressives pour obtenir un effet thérapeutique. C’est la célèbre Règle fondamentale et ses deux conséquences, deux modalités du penser, la libre association côté patient, et l’attention en égal suspens côté analyste. Ces deux pôles métaphorisent en fait deux pôles du penser présent chez tout un chacun mais distribués artificiellement sur les deux protagonistes de la séance et de la cure analytique aux fins thérapeutiques ; distribution qui était caricaturalement agie par l’hypnose et la catharsis sous influence, le médecin n’étant actif, le patient que passif.
Pour élaborer une nouvelle méthode étayée sur un dispositif favorisant le déploiement de modalités régressives du penser, la prise en compte de l’influence du psychisme du médecin hypnotiseur fut la première marche retenue par Freud. Il la remplaça par la règle fondamentale, libérant le médecin du seul penser actif ; un impératif de la méthode à la place d’un forçage personnalisé. La remémoration suivie par la méthode cathartique de Breuer fut la seconde. Des deux, Freud retint l’implication de la parole en tant que vecteur des processus de pensées sous-jacents. Il abandonne progressivement la seule remémoration au profit de la libre association, de telle façon que la parole se trouve appréhendée au-delà de son contenu de souvenir, comme un acte de paroles, et que la libre association l’emporte en tant que contenu formel régressif, considéré en tant que réminiscence de fonctionnements psychiques régressifs, et non plus en tant que contenu de souvenirs. Mais ce qui importe de remarquer ici, c’est la place de la parole par rapport à la pensée régressive. La parole s’avère première. Les images du rêve sont obtenues par une régression formelle des mots, elles ont fonction de rentrer en contact avec les désirs inconscients et les motions pulsionnelles, de les représenter, en fait de les interpréter en représentations. Les pensées régressives du rêve, des symptômes, celles des séances, celle aussi des rêveries, trouve ici leur double ancrage, leur double face et leur double sens ; un sens désexualisé par leur lien au langage, un autre sexuel par celui aux pulsions. La pensée est donc bidirectionnelle et biface.
Freud a ainsi abordé la pensée, non pas par le haut, non par ses qualités supérieures de réflexion, de déduction, d’utilisation des processus secondaires les plus raffinés, mais par ses moyens d’expression régressifs.
Ces évolutions ont permis de passer de la remémoration, donc du souvenir, au fantasme, donc à des activités psychiques et des modalités du penser ayant pour but une réalisation hallucinatoire de désirs, accessible uniquement par leur expression en parole. La pensée inconsciente et tout ce qui la constitue se transpose sur le langage par le biais de l’acte de parole qui transmet l’ensemble des événements psychiques, quels que soient leurs contenus. Remémorer, fantasmer, élaborer, narrer, réciter, répéter se sont dès lors inscrits dans cette parole très particulière, celle des séances, la parole d’incidence.
L’intérêt de ce rappel est de montrer que ce qui importe à la psychanalyse, c’est d’ancrer sa conception de la pensée dans les expressions de la pensée. Pour le dire autrement, les moyens d’expression sont indispensables à la psychanalyse pour pouvoir déduire ce qui les fonde ; d’où l’importance de la parole, de la narration, du récit, de la remémoration, de la libre association. Tous ces moyens d’expression portent jusqu’à la conscience les processus psychiques sous-jacents à déduire. Il en est ainsi tant pour le patient que pour le psychanalyste dont le travail de pensée, silencieux, se donne à entendre et percevoir par sa prise de parole qu’est l’interprétation, celle-ci transmettant toujours plus que ce qu’elle dit.
Remarquons que c’est bien avant de le théoriser que Freud a mis en place le dispositif de la cure de parole. Ce faisant il a eu une autre intention, la valeur essentielle du rapport des processus de pensée avec la conscience. C’est pourquoi, la règle fondamentale exige l’expression de paroles régressives, et ne commande pas de penser. La règle fondamentale est un devoir d’expression, pas de communication.
Freud a fait de la parole le moyen d’un rendre conscient, puis d’un devenir conscient, pour enfin aboutir à une prise de conscience intégrant un jugement réflexif sur la libre expression. La pensée ne suffisait pas à Freud ; inconsciente et régressive, il fallait la relier à la conscience ; il faut sa matérialisation en acte de parole ; jusqu’à la reconnaissance que c’est son expression même qui fait exister la pensée. Pour Freud, la parole est le chemin obligatoire, le détour qui permet à la pensée d’advenir, de passer certes de pensée inconsciente à une pensée préconsciente, mais surtout de faire passer les processus de pensée de potentiels à efficients. Au sein de la cure la parole prime sur la pensée, et la fait exister.
La conscience est alors devenue le sixième organe des sens, tournée vers l’intérieur du psychisme, plaque de projection de l’ensemble des événements ayant lieu au sein de l’appareil psychique. La pensée est censée s’y inscrire, par le détour du langage. Cette inversion de la classique priorité, voire de la hiérarchie accordée à la pensée sur la parole, est exigée par la règle fondamentale, qui inverse aussi le message éducatif qui invite plutôt l’enfant à se taire et à penser avant de parler. En se situant de façon délibérée sur la voie régressive, en cherchant à faire exister celle-ci par sa fréquentation répétée, la méthode freudienne inverse la démarche éducative qui soutient à juste titre la voie progrédiente, sans négliger bien sûr les récréations régressives ; mais sans en faire son objet. La psychanalyse au contraire considère que l’acte de penser est à suspendre au profit de la parole, voire même qu’il devient une transgression eu égard à la règle fondamentale qui impose le tout dire, tout dire ce qui vient pendant les séances. Mais comprenons-nous bien, il s’agit ainsi d’enrichir la voie régrédiente et les contenus régressifs, et de favoriser la mission des diverses modalités de travail régressif, de s’opposer aux tendances extinctives, de capter et d’orienter les motions pulsionnelles sur la voie progrédiente. La voie régrédiente est un détour pour atteindre la visée de l’objectalité. Elle régénère les investissements libidinaux narcissiques et objectaux.
Nous atteignons ici le dernier point que j’aborderai, la fonction de la pensée et de ses qualités de bidirectionnalité et de biface. C’est par l’oscillation entre ces deux voies que la psyché traite les aspirations extinctives endogènes, soit spontanées, soit éveillées par l’impact d’évènements traumatiques externes. Cette oscillation s’inscrit dans un procès d’ensemble, celui de l’après-coup qui a justement mission de répondre aux aspirations extinctives traumatiques par un temps régressif, puis de réorienter les investissements sur la voie progrédiente. Le désir humain s’avère être un après-coup de ce double travail.
L’inversion signalée plus haut, la précession de la parole sur la pensée, trouve ici sa pleine justification. Autrement dit, Freud rompt avec le célèbre proverbe qui affirme que celui qui se tait n’en pense pas moins. Pour Freud, rien n’est plus incertain ! La dimension traumatique, véritable aiguillon relançant sans fin l’acte de pensée, nécessite un travail qui peut être amélioré en passant par l’acte de parole ; c’est ce dernier qui installe les faits de pensée.
L’approche psychanalytique n’est donc pas directement tournée vers la pensée, même si Freud considère implicitement qu’elle reste l’activité humaine la plus précieuse, mais vers la capacité à exprimer celle-ci, capacité qui s’accompagne de la révélation du fait qu’elle ne peut s’exprimer toute. En poussant les logiques de la règle fondamentale, l’analyste oblige son patient à éprouver la révélation de vécus de manque qui hantent le psychisme et que l’acte de parole tente de recouvrir et méconnaitre en saturant la conscience, mais que l’exigence du tout dire révèle. De ce fait, la tentation de prêter une richesse de pensée au silence de la parole, s’avère suspecte et interprétable comme une façon de contrer les éprouvés de manque révélés par cette parole soumise à la règle du dire, du tout dire. La théorie psychanalytique de la pensée trouve donc son originalité dans l’expérience des séances. C’est là que se révèlent certaines de ses qualités, impossibles à appréhender sans de telles circonstances. Cette disposition qui exige de faire passer la parole en précession de la pensée modifie totalement la façon de penser la pensée humaine. Elle renverse le célèbre « cogito » : « je pense donc je suis », en une formule complémentaire inversée qui tient compte de la tendance extinctive traumatique : « j’exprime donc je pense ».

 

Freud et l’au-delà

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Conférence donnée par Bernard Chervet lors du Colloque : Freud, et l’homme juif les 25-27 Septembre 2016, Center for the University Teaching of Jewish Civilization. Université Hébraïque de Jérusalem, Jérusalem.
 
Démontrer que Freud ne fut pas religieux serait chose aisée, de même que suivre sa propre reconnaissance du rôle de l’esprit juif ou du caractère juif, comme il l’a pu l’écrire lui-même, dans la surdétermination de son œuvre. Il nous suffirait de suivre ses propres déclarations.  Mais nous ne serons pas étonné si à la lecture de son œuvre et de son abondante correspondance (environ 40 000 lettres) nous découvrons une plus grande complexité, faite de contradictions apparentes à propos d’aspirations sinon de tentations religieuses ; ceci chez cet homme juif qui occupe une place singulière et unique dans l’histoire des sciences et de la pensée humaine, du fait qu’il a élaboré de toute pièce une nouvelle discipline, portant certes en elle l’héritage de toutes les tentatives qui l’ont précédé, et qu’il a offert à l’humanité une nouvelle intelligibilité du monde, tant psychique que social, ainsi qu’un outil thérapeutique qui est utilisé de nos jours par des millions de personnes.
Freud s’est très tôt reconnu un tempérament de conquistador et d’aventurier, plutôt que d’homme de science et de penseur, et a remis sa détermination à poursuivre son œuvre au compte de sa curiosité, sa témérité, sa ténacité , qualités qu’il attribuera sans hésiter à ses identifications juives les plus précoces et les plus fondamentales.
C’est donc une identité de scientifique quelque peu décalée de celle de son époque qu’il s’octroie, malgré ses identifications à la rigueur, à l’objectivité et à la rationalité des Lumières, au service du progrès, et contre les mystères ésotériques et l’obscurantisme du moyen-âge.
Mais il convoquera aussi l’amour de la vérité, au point de laisser planer une ambiguïté quant à son idéal, la même expression étant utilisée par toutes les religions et idéologies. Certes, il mettra assez rapidement cet amour de la vérité en position conflictuelle avec la reconnaissance de la réalité, référant la première à l’historicité du psychisme, c’est à dire au refoulement et à ses retours posthumes déguisés, la seconde à l’épreuve de réalité permettant d’accéder à une certitude contre la conviction et la croyance. Toutefois, il remit lui-même en cause régulièrement ses propres tentatives de trouver une épreuve de réalité assurant ladite certitude ; et il percevra que ni la motricité, ni le langage, ni l’interprétation ne peuvent offrir la garantie recherchée et espérée.
Un exemple : comment ne pas être surpris quand Freud, admirant l’écrivain Joseph Popper-Lynkeus, épouse son espoir de pouvoir « Rêver de même façon que veiller » (Fantaisies d’un réaliste), au nom de « la pureté, de l’amour de la vérité et la clarté morale » qu’il lui attribue ? Comment peut-il renoncer à toute sa doctrine du rêve et à ce qu’il considère comme sa seule et unique découverte, l’obligation pour la psyché de réaliser un travail de déformation et de dissimulation lors de la production de formations psychiques. Dans les deux textes qu’il consacre à Joseph Popper-Lynkeus (1923 ; 1932), il semble regretter de ne pouvoir accéder comme lui, directement à la vérité, et de devoir compter sur son « courage moral » et recourir à un travail d’interprétation en contre-point de celui de déformation, l’interprétation portant en elle un degré d’incertitude et d’incomplétude irréductible. Il nous dit alors son engouement pour les ouvrages de son « frère juif » qui comme lui a du supporter la douleur liée à son identité juive. Il n’aura pu rencontrer Joseph Popper-Lynkeus de son vivant, mais seulement après sa mort, en allant saluer son buste dans le parc de l’Hôtel de ville de Vienne. Son transfert sur Joseph Popper-Lynkeus est évident, cela ne lui a pas échappé, ses deux petits textes en témoignent ; tout comme ils témoignent, à travers la profonde humilité dont il fait montre, de son renoncement personnel à cette idéalisation de l’accès à une vérité « nue », transposée sur Popper-Lynkeus.
Freud ne s’est donc pas détourné radicalement de l’attraction de la solution religieuse ou de celle mystique. Il s’est laissé interpeller par des idéaux contradictoires. Il n’est pas un athée déniant la réalité de ces expériences ; bien au contraire, elles lui permettent d’aborder la place du déni au sein du fonctionnement mental, et de reconnaître qu’elles sont issues d’éprouvés émanant des tréfonds de nos êtres, auxquels il reconnaît une vérité. En 1938, il écrit cette petite phrase : « Mystique, l’auto-perception du royaume extérieur au moi, le ça » .
Il a donc su laisser se transférer ses aspirations religieuses, via divers créateurs, les principaux étant Popper-Lynkeus et Romain Rolland avec le « sentiment océanique ». Plutôt que d’établir un clivage entre ce qui serait digne d’intérêt et ce qui ne le serait pas, il a préféré le schibboleth de l’interprétation basée sur l’examen métapsychologique de toutes les productions des hommes, ici les « expériences vécues intérieures ».
Il suffit de relire l’avenir d’une illusion, mais bien plus encore le tout petit texte écrit juste après en 1928, Une expérience vécue religieuse , dans lequel il interprète un sentiment religieux éprouvé par un jeune médecin américain, dans une salle de dissection, auprès du « cadavre d’une vieille femme » au « visage si aimable, si ravissant » (this sweet faced woman ; this dear old woman). Freud reconnaît dans cet éprouvé, la réminiscence de l’amour infantile de son confrère pour sa mère ; et il lui rappelle au passage que lui reste un juif infidèle, « an infidel jew ».
De façon encore plus personnelle, dans sa lettre à Romain Rolland, il analyse son propre trouble de mémoire sur l’Acropole, invitant ainsi son destinataire à interpréter lui aussi son sentiment océanique. Son trouble est apparu devant la grandeur passée et les ruines de l’Acropole, et il l’interprète comme un sentiment de piété envers son père, en lien avec sa culpabilité d’avoir été plus loin que ce dernier dans sa réussite ; ce « plus loin que le père » n’est pas sans portée un double sens, entre s’affranchir des deuils commandés par la fonction paternelle,  et utiliser celle-ci au service de l’élaboration psychique.
Plus que l’absence évidente de religiosité chez Freud, ce qui est remarquable, c’est sa capacité à interpréter les endo-perceptions donnant lieu aux croyances étayées sur lesdites expériences vécues intérieures, les siennes en particulier, à la base des sentiments religieux ou du sentiment océanique ; de les interpréter en lien avec les réminiscences du puissant facteur affectif de la prime enfance. Freud est d’autant plus convaincant, qu’il se laisse interpeller par ces expériences, qu’il ne se montre ni athéiste, ni positiviste ; et cela même devant la transmission de pensée et la voyance. Son éthique scientifique est celle qui sous-tend l’écoute psychanalytique, accorder une égale valeur à tout ce que l’homme produit, non pas pour lui réserver un accueil tolérant, mais pour l’interpréter au regard du fonctionnement mental, en tenant compte du refoulement dissimulateur banal et du déni de réalité le plus commun.
C’est en tant que laïque que Freud explore l’irrationnel, celui des rêves, des symptômes, des croyances et des idéologies, mais aussi l’animisme, la magie, la télépathie et la voyance, afin de discerner la part de réalité qui s’y exprime, mais aussi de trouver la vérité de ces croyances c’est-à-dire la place du déni au sein du fonctionnement psychique. Il défendra donc une position profane sans profanation, et sans éviter ses tentations et leurs contradictions. C’est de cette capacité à laisser vivre en lui les contraires dont se saisissent ses détracteurs. Ils lui reprochent de nous montrer ses renoncements à ses idéalisations, ce qui lui vaut leur géhenne. Des contradictions, nous pouvons en trouver de nombreuses, mais aussi les comprendre à contre-sens. N’a-t-il pas réuni, durant des années, un groupe d’élus, analystes et sympathisants, lors des « séances du mercredi soir » ; puis fonder au sein même de ce groupe devenu Société Psychanalytique de Vienne,  un « comité secret » aux allures de cercle ésotérique, ses membres étant liés par un pacte messianique scellé par le port d’une intaille grecque montée en anneau, chacun devant à partir de 1920, échanger des “rundbriefe”, des lettres circulaires hebdomadaires secrètes !
A ce point de nos réflexions, une remarque s’impose pour nous recentrer sur notre thème. Tout en se libérant du religieux et en utilisant certaines logiques groupales pour défendre sa « cause », Freud reste fondamentalement fidèle à l’esprit juif, par le biais de l’outil princeps qu’il utilise et qu’il offre au monde, l’interprétation, en tant qu’outil thérapeutique et procédé d’investigation heuristique de l’ensemble des productions humaines. Cette opération permet la révélation infinie de sens dissimulés, et la reconnaissance de l’existence d’un travail de déformation impliqué dans toutes les productions humaines, interprétation comprise, déformation qui convoque en retour une telle dynamique interprétative, avec la déduction, l’inférence, le devinement. Freud est inspiré par l’interprétation ; et son œuvre appelle à être interprétée ; elle nous inspire, et nous fait devenir interprète. Il porte en lui plus que tout autre, cette qualité d’interprète par ses identifications immédiates juives, mais aussi par celles plus lointaines à l’herméneutique grecque et égyptienne. Joseph interprétant les rêves de Pharaon fut, pour lui, un modèle identificatoire puissant.
De fait, son œuvre ne cesse d’être interprétée. Son style même invite à de nouvelles lectures. Cette originalité témoigne certainement de ses origines juives, de sa familiarité avec la méthode exégétique de lecture et de commentaire des textes, celle du Talmud  et du Midrash , mais aussi des traditions kabbalistiques juives, et de l’herméneutique grecque. Il a fondé une discipline scientifique qui inclut un corpus de concepts, dont l’interprétation, un procédé d’investigation, et une méthode thérapeutique utilisant tous l’interprétation. Cette doctrine et ce savoir forment certes un corpus scientifique, mais aussi une pensée interprétante qui ne cesse d’être sollicitée. Ce faisant, c’est la définition même de la notion de science que Freud a fait évoluer, en incluant l’acte d’interpréter en son sein.    
Et c’est par l’interprétation que Freud est résolument un laïque et un profane. « Interpréter ! Voilà un vilain mot. Je n’aime pas vous entendre parler ainsi, vous m’ôtez toute certitude. Si tout dépend de mon interprétation, qui me garantit que j’interprète correctement ? Tout n’est-il pas alors livré à mon arbitraire? » . Freud est capable de supporter l’incertitude et les contradictions en lui ; de laisser en suspens l’épreuve de réalité. Tout en devenant inévitable, l’interprétation perd aussi la fiabilité qu’il lui avait accordée dans la Traumdeutung ! L’épreuve de réalité vacille du fait même de l’interprétation, alors qu’elle était censée dans un premier temps la renforcer.
Poursuivons avec ce que mon titre annonçait, « Freud et l’au-delà : ne pas rester prisonnier du sacré ».
Il n’est en effet pas invraisemblable que ce soit ses origines juives, voire même son « esprit juif », qui ai permis à Freud d’aborder la notion d’« au-delà » selon les sciences de la nature, alors qu’elle renvoie classiquement à la mystique et au religieux, et de faire de cette notion une réalité sinon tangible, perceptible, une endo-perception de l’existence d’un univers inconscient, au-delà du moi et du principe de plaisir, donc une réalité aux limites du psychique, et qui deviendra pour lui, la qualité primordiale de toute pulsion. 
Cette façon de ne pas rester prisonnier du sacré, de ne pas le rejeter, mais de le penser métapsychologiquement, me semble représenter l’homme juif en Freud.
Une telle approche s’accompagnera d’une conséquence, la place qu’il accorde à la notion de « meurtre » au sein du psychisme, sa réalité en tant qu’opération psychique et sa fonction au service de la spiritualisation ; en particulier le « meurtre fondateur »  tel qu’il est envisagé selon un double meurtre et leurs après-coups fondateurs, dans L’homme Moïse.
Après un long cheminement durant lequel Freud a fourni les pièces maîtresses de la nouvelle science du psychisme, telles que la Traumdeutung et les nombreux textes qui en constituent les corollaires, puis l’introduction du narcissisme et ses conséquences dans l’approche d’un nouveau champ immense de la psychopathologie, il va mettre le monde des analystes dans un grand désarroi, sans récuser le moindre mot de ses élaborations antérieures. En introduisant un au-delà du principe de plaisir, tous ses travaux précédents peuvent être qualifiés de positivistes, puisqu’ils se révèlent après coup avoir participé à leur insu à tenir écartées les raisons intrapsychiques des vécus de manque. En fait, de telles élaborations étaient nécessaires dans un premier temps, afin de permettre dans un second, à la psychanalyse de se confronter à la dimension traumatique en tant que qualité interne à elle-même.
La consistance du chapitre VI de la Traumdeutung, décrivant un inconscient fait de contenus et de mécanismes, puis celle apportée par les procès d’inscriptions intrapsychiques, sont, tout comme au cours d’une cure, des préliminaires permettant de traiter la tendance intrapsychique à effacer, supprimer, faire disparaître.
Avec l’Au-delà, Freud brise deux paradigmes, ses deux premières conceptions de la régression. Dans sa première théorie, la régression a pour but, les retrouvailles avec les traces perceptives et les premières expériences de satisfaction ; dans la seconde, il  envisage une régression jusqu’au célèbre retour à la vie intra-utérine, fantasme d’un giron maternel exempt de tout rapport au traumatique et à la castration.
La clinique traumatique des névroses de guerre et des rêves post-traumatiques, mais aussi son identité juive le mettant en contact étroit avec cette réalité traumatique, oblige Freud à ne pas se satisfaire de ce qui lui assurait pourtant la postérité. Il lui faut reconnaître la dimension traumatique à l’intérieur même de la psyché. Ses origines juives ne lui donnaient guère la possibilité de trouver dans l’érotisation de la culpabilité, en identification avec la passion du christ, ou dans l’érotisation de liens fraternels regroupant les fils autour de la mère, un contenu intermédiaire couvrant les éprouvés traumatiques. Le peuple juif n’a que son « élection » pour répondre en direct à cette réalité traumatique interne.    
C’est donc par son « troisième pas » dans sa théorie des pulsions, que Freud enlève aux humains toutes les illusions auxquelles il avait lui-même participé en alimentant l’espoir de retrouvailles, puis celui d’une paradis perdu, voire d’une terre promise.
Qu’est-ce que l’Au-delà introduit dans l’œuvre de Freud ? En fait ce texte modifie la conception de la pulsion, engagée jusque-là dans la sexualité infantile et le narcissisme, et reconnait aux pulsions une qualité élémentaire primordiale, une tendance régressive au retour à un état antérieur jusqu’à l’inorganique, ce que j’ai nommé la régressivité extinctive. Dès lors, les conceptions précédentes de la pulsion peuvent être considérées comme positivistes, puisque l’activité pulsionnelle possède en son sein des tendances favorisant sa propre disparition. C’est l’éprouvé de cette tendance à l’extinction, que Freud prend dès lors en compte. Et il décrit aussitôt quelques solutions cherchant à s’opposer à cette tendance et à ses éprouves, à dénier ce qui en témoignent ; la massification des groupes (1921), l’appel au quantitatif (1922), l’aliénation à quelque idéologie (1922) ou quelque leader (1921), la fixation à la perception d’une scène traumatique, etc. Mais la conséquence majeure de cette déroutante reconnaissance d’une qualité traumatique intra-pulsionnelle, sera la théorisation par Freud d’une nouvelle instance dont la fonction est justement de s’opposer et d’utiliser cette extinctivité afin d’inscrire les pulsions dans le psychisme et de les orienter vers les objets ; donc de porter la mission de la spiritualisation et de l’objectalité. Le surmoi est cette instance avec ses impératifs de retenue et d’inscription. En tant que principe, il ne peut être ravalé ni en quelque image, ni en quelque verbe. C’est ici que Freud retrouve au sein de la psyché les raisons d’être du monothéisme, ses racines psychiques.
La question devient alors : comment ce principe idéal et impératif intervient-il pour répondre aux tendances extinctives et à la négativation, leur opposer une retenue, et les retourner en inscriptions psychiques, en investissement de désirs et en créativité ? C’est ici que l’endurance freudienne introduit à nouveau un aspect très spécifique du peuple juif, ou plutôt de la mentalité juive, son rapport au masochisme et à la mentalisation. L’exigence du surmoi est de passer par le masochisme sans s’y installer, sans en faire une fixation comme dans le christianisme, le traumatique étant alors dissimulé par le passage masochique ; un masochisme joyeux qui se retrouve dans l’humour juif ; d’où la racine commune « ment » qui articule, mentir, mentalité, mentalisation. Le contact avec le traumatique est ainsi maintenu, ses retours aussi. En 1924, dans Le problème économique du masochisme, Freud modifie sa conception du sadisme et du masochisme. Il envisage celui-ci comme premier et gardien de la vie. Il en fait le nœud de toute mentalisation, où se réalise un travail, dit de coexcitation, qui tente d’utiliser les aspirations extinctives au bénéfice des réalisations psychiques et de la spiritualisation de la psyché. C’est probablement au niveau de ce noyau que se différencient les monothéismes et également au niveau d’une conséquence qui sera le dernier point que j’aborderai, le rapport au meurtre.
Dès 1900, Freud avait introduit, par le biais du complexe d’Œdipe, un meurtre éliminateur, le meurtre œdipien. Ce meurtre ouvrait sur les assertions logiques de la tragédie par l’inceste et la castration. En 1911-12, il introduit le meurtre du Père primitif, avec sa potentialité fondatrice du narcissisme individuel et des liens groupaux par culpabilité après coup, et par renoncement à prendre la place du père. Les débats sur la démocratie reflètent ce conflit entre ces deux pôles, puisque la démocratie ne peut se suffire des liens de fraternité, et qu’elle doit régulièrement être réimposée par un des fils reprenant la place d’un père, avec la conséquence obligée de répéter les logiques du meurtre du père.
A partir de 1920 Freud perçoit qu’un acte mental doit être réalisé sur la régressivité extinctive de la pulsion, et il remet au surmoi la charge de cette opération. Le meurtre devient une opération première, potentiellement fondatrice, civilisatrice. Elle alimente par contre une culpabilité inconsciente qui va trouver à se soulager par le renversement et la destruction des réalisations de la civilisation, ou par des contraintes groupales drastiques censées empêcher de tels renversements. Lors de ce parcours, ce qui change c’est l’objet du meurtre. Désormais c’est la tendance extinctive qui est visée. Le meurtre de cette extinctivité pulsionnelle s’avère une exigence essentielle et fondatrice. Les impératifs de retenue et d’inscription vont utiliser l’opération de meurtre pour parvenir à leurs fins. Il s’agit donc d’inscrire la pulsion elle-même en l’empêchant de s’éteindre.
Toute la fin de l’œuvre de Freud porte sur les fluctuations du surmoi, sur ce délicat ajustement entre un impératif d’inscription et l’usage momentané du déni permettant les oscillations entre les activités de jour et de nuit, entre celles de labeur et érotiques.
Freud ne dévalorise aucune des solutions inventées par la psyché des hommes, il les embrasse largement afin de les mettre toutes au service de cet idéal de spiritualisation, et pour lui de conceptualisation. C’est ce qui fait de Freud, un penseur de l’humanisme.

Des mots pour ne pas le dire

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Martin Joubert

Conférence du 10 septembre 2016

“En cas de résistance extrêmement haute… l’association va en étendue au lieu d’aller en profondeur… Viennent sans cesse au jour de nouveaux morceaux de rêve dénués d’association.”
S.Freud 1923c

Nous discuterons ici d’un certain dévoiement de la règle analytique de libre association.
Dès le premier moment sur le divan Pierrick parle avec fluidité, enchainant à propos, des souvenirs, des discours, qui semblent répondre parfaitement à la demande qu’il a entendue, lui, à travers la consigne pourtant neutre : « Vous dites ce qui vous vient ».
Cette aisance du verbe s’accompagne pourtant d’un sentiment de vanité où il s’épuise laissant la place à un vécu d’incapacité ; alors il reprend sur une autre voie. Tout juste rythme-t-il son propos de protestations d’impuissance : « j’y arrive pas ! ». Il apparaîtra rapidement que cette parole qui se déroule presque sans anicroche contient l’écart minimal qui en permet le contrôle avant émission. Rien de l’inconscient ne semblerait pouvoir en filtrer.
Cette difficulté d’autres avant moi s’y sont intéressés et non des moindres. C’est elle déjà que Lacan (1953) pensait résoudre par l’artifice technique de la scansion, d’abord théorisée face à la désaffectation du discours et à l’enkystement du transfert obsessionnels.
Plus près de nous, avec la position phobique centrale, André Green a décrit un fonctionnement en séance qui, là aussi, sous l’apparence d’une associativité de bon aloi se révèle fondamentalement anti processuel.
Le problème que pose Pierrick touche au cœur le fonctionnement de la cure. La résistance inconsciente trouve à s’appuyer sur la règle fondamentale, à s’y façonner avec un admirable talent de caméléon, la subvertissant dans un contrôle sans faille de la pensée des deux partenaires de la séance. Son apparente associativité repose sur une formidable agilité intellectuelle : passant d’une image à une autre, il accumule sans discontinuités les comparaisons. De cette façon, il amoindrit, détourne, efface, tout le poids d’affect lié au langage et qui pourrait le surprendre ; le prendre au dépourvu.
La formule laisse entendre ce qu’il en est de l’enjeu pulsionnel de ce fonctionnement : rester toujours et résolument du côté de l’activité en s’évitant tout risque d’avoir à en passer par une passivation réceptive et subjectivante (Penot 2001) et donc tout risque d’accès à son inconscient.

L’associativité dans la pensée freudienne.
L’associativité est dès le début au cœur de la pensée freudienne. Le traité sur l’aphasie (Freud 1891) est un plaidoyer associationiste contre les localisationistes. La pensée n’est pas située dans un lieu anatomique mais surgit des échanges et des tensions entre les lieux. Elle est affaire dynamique et conflictuelle ; rapport de forces et échange. « Nous ne pouvons avoir aucune sensation sans l’associer aussitôt » ; à d’autres sensations, bien entendu, mais aussi à un élément langagier. Et Freud illustre son propos de l’exemple personnel d’un moment hallucinatoire verbal .
En 1893 il note encore : « Le souvenir s’intègre dans le grand complexe des associations, y prend place à côté d’autres incidents pouvant même être en contradiction avec lui ».
Freud commence à théoriser l’association libre lors de sa collaboration avec Breuer (1895). La désillusion vis à vis de l’hypnose vient rencontrer l’injonction de Bertha Von Papenheim, Mademoiselle Anna O., à ce qu’il se taise pour qu’elle puisse, elle, faire tranquillement son petit « chimney sweeping » quotidien.
Mais c’est avec Katarina, rencontrée à l’été 1893, qu’on le voit à l’œuvre. Après avoir posé à l’aimable servante un certain nombre de questions pour l’inciter à parler, la conversation languit, le sens se dérobe. C’est à ce moment que Freud « l’invite » à raconter « ce qui lui venait à l’idée ».
Or il constate que la jeune femme, rompant avec la continuité apparente de leur échange livre un matériel organisé dans l’après coup, un remodèlement du souvenir pris dans le fantasme. Freud souligne le rôle du langage dans cette opération, évoquant un « alphabet » de l’inconscient dans lequel « vomissement » équivaut à « dégoût », et sur lequel il s’appuie pour formuler à Katarina une interprétation de ses malaises. Ces éléments seront repris plus tard dans « l’Esquisse pour une psychologie scientifique » avec le « proton pseudos hystérique » (premier mensonge), prélude à la mise au point de la méthode de l’association libre.
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Pourtant, dès 1895, Freud note l’existence de ce qu’il appelle fausse association. Le lien conscient que fait Emmy von N entre son humeur dépressive et la prise du bain froid cache un lien souterrain révélé sous hypnose : son inquiétude pour un frère en difficulté. Ce « clivage » de la conscience trahit sa méfiance envers son thérapeute. La dite « fausse association » est en fait la marque d’un lien inconscient : l’humeur ressentie cherche à établir une relation causale avec n’importe quel élément d’emprunt perçu concomitamment L’inconscient semble contraint d’associer pour assurer un sentiment de cohérence pris dans un récit et c’est par une « attention en égal suspens » (Freud 1912), laissant résonner la polysémie du langage, que l’analyste peut percevoir le matériel inconscient .
La règle fondamentale place l’analyste en surmoi auxiliaire par l’injonction de tout dire, d’où un conflit avec le surmoi du patient lequel impose de ne pas dire tout (Strachey) ; conflit et tension que Jean Luc Donnet (1995) reprendra, en liant l’assouplissement du surmoi au développement du jeu entre l’associativité du patient et l’écoute en égal suspens de l’analyste.
L’analyse d’enfants, enfin, nous a familiarisés avec ce que Michel Ody (2013) a défini comme associativité à savoir (je cite) « toute concaténation d’éléments » de la séance « jusqu’aux plus minimes » y compris « dans leurs changements de registres ». Qu’est-ce donc alors qui me permet de penser que les propos en chaine de mon patient ne sont pas déterminés par la logique de l’inconscient mais qu’ils ont la fonction d’un leurre ? Question annexe : à quel moment dois-je considérer qu’au milieu de ces jeux de leurre quelque chose d’autre, de plus authentique, se raconte ?
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Dans « La dynamique du transfert » (1912), Freud s’intéresse aux ruptures de la continuité associative : « Quand les associations viennent à manquer, cet obstacle peut à chaque fois être levé si on assure au patient qu’il est sous la domination d’idées ayant à faire avec la personne du médecin… ». Une interprétation de transfert permet la reprise du processus associatif.
Mais le cas de Pierrick est différent. Ses ruptures associatives, quasi imperceptibles, donnent lieu au frayage immédiat d’une nouvelle voie comme s’il tirait une fiche toute prête ou bien comme on aborde un sujet de concours ! Pierrick est bien averti de la psychanalyse et son Moi met à profit son intelligence et son habileté dans le langage pour fournir des associations de couverture, fausses associations en vérité, qui sembleraient pouvoir être déroulées à l’infini. C’est à un véritable discours anti-processuel qu’il me semble être confronté.
Le sentiment de l’analyste de perdre le fil est ici lié, moins à des interruptions ou à des changements de thème, « ce qui s’inscrit après tout dans la logique des associations libres » (Green 2000), qu’à l’impression d’un discours, longuement développé, construit à partir de généralités, qui vise à tenir à distance . « Ça ne cesse d’associer, dit Green, mais ce n’est pas génératif ». C’est la respiration de la langue, sa pulsation, cette rythmique du silence qui charge les mots d’affect et les fait vibrer de tous leurs sens possibles, qui est ici contrariée.

Une apparente associativité : Exemples du discours anti processuel de Pierrick
La séance débute encore avec la même plainte. Il soupire : « Ça bloque ! J’y arrive pas ! » Pierrick proteste de son incapacité à produire des rêves où quoique ce soit d’intéressant. Néanmoins il enchaine, sur ce mode particulier qui laisse entendre un écart dans sa pensée entre ce qui vient et ce qui est dit : « C’est comme si je sentais que… » ou bien « C’est comme si c’était difficile de… », « Je vois… comme… » Quelque chose qui ne se présente pas comme sa pensée mais plutôt qu’il visualise ; une pensée sous contrôle, examinée de près avant d’être confiée.
Chacune de ces formules ouvre sur une suite de récits bien construits à partir de souvenirs ou de faits récents. Il cherche des correspondances, se souvient d’un film qu’il raconte dans le détail. Le regard est convoqué en soutien d’un récit : nous regardons ensemble, à la manière du voyageur de Freud (1913c) décrivant le paysage à un ami qui ne le voit pas.
En l’occurrence, il dit :
-« Comme un gamin qui trépigne… C’est ça je trépignais enfant, un comportement immature » ; suit alors un récit bien ordonné.
Puis : « Comme si je venais chercher la conviction qu’il n’y a rien, pas de réponse, qu’il y a un mur. Et puis ce sentiment du lien à vous, infantile, protégé ; je me dis que c’est ça le transfert, le cadre ». Il passe d’une idée à l’autre par un lien intellectuel ou formel : « Si ça m’énerve c’est que je préfère m’occuper de l’analyse, alors c’est le narcissisme ». L’énoncé me laisse perplexe. Je sens monter chez lui une agressivité liée à mon silence : ses propos résonnent comme une provocation qui refuserait de s’assumer comme telle ; un appel aussi face à l’inconnu de mon désir, de mes intentions. Mais quand je lui suggère que le mur pourrait être une allusion à mon silence, ou bien qu’il attend quelque chose de moi, il rejette ces ouvertures. Je me représente qu’il refuse la colère, la rage infantile qu’il sentirait poindre là.
Pierrick utilise souvent des mots du registre lexical de la psychanalyse. Veut-il me faire entrer dans un débat, un échange où nous pourrions confronter nos points de vue, comme en vis-à-vis ? Il pourrait ainsi me tenir au collet dans une opposition où s’annulerait l’asymétrie du dispositif au profit d’un identique, d’une similarité narcissique, qui préserve de la régression à l’infantile et d’une inquiétante passivation face à l’inconnu de mes pensées ?
La confrontation pourrait palier aussi à la crainte de l’effondrement dont parle Winnicott. A la suite d’une violence délibérée de sa femme, il a éprouvé une rage soudaine qu’il dit avoir réussi à maitriser. Je souligne la puissante répression des affects. « Quoi, répond –il, Crier ? Partir ? Taper ? ». Je dis « Se retenir de lui en coller une ? » Il enchaîne sur son recours à la pensée comme protection.
Je veux alors relier ces éléments au transfert : « Lui en coller une, sa femme, sa mère, moi ». L’effet de cette interprétation est immédiat : il est pris d’une violente et douloureuse contracture dans les jambes qui interrompt sa pensée.
Le surinvestissement d’une pensée de surface vient donc au service de la répression des affects et alimente un discours tout prêt, assemblage presque en pensée automatique de morceaux préfabriqués dont on voit bien la fonction de défense contre une agressivité en défaut de liaison.
Je me rappelle André Green, évoquant ces patients dont ces formules qui entrecoupent leur discours ont le pouvoir de « tuer toute représentation (sic)». Il s’agit d’empêcher l’extension et la réunion de constellations traumatiques qui menace « les organisateurs fondamentaux de la psyché ». La lutte devient alors corporelle : envies impérieuses, crampes soudaines ; une « catastrophe » économique qui vient fixer la libido, selon l’adage freudien d’une douleur qui la concentre « au trou de la molaire ».
Quoiqu’il en soit, l’effet de désorganisation sur ma pensée de cette pseudo associativité aboutit à ce résultat dramatique que lorsqu’enfin il me livre un élément significatif je ne suis plus du tout en état de l’entendre. Je lui propose au contraire, presque en miroir, une de mes propres associations qui lui semblent, à lui, fortuites et le relancent dans son ronron où une association en vaudrait bien une autre. La situation ressemble à une impasse.
Une telle défense comment l’apaiser, l’assouplir ? Il y faudra un travail toujours imparfait de polissage mutuel, un jeu irritant, tantôt pour l’un ou l’autre, entre silence et surprise, et que je ne cède pas sur la valeur foncièrement ambigüe du langage qu’il voudrait pourtant voir réduite à néant. Ceci m’amène à modifier mes interventions pour éviter qu’elles ne fassent qu’alimenter sa « machinerie » intellectuelle. Je privilégie des interventions brèves, ciblées, qui font jouer les double sens, les jeux de mots. Et même s’il peut m’arriver d’intervenir de manière plus longue, la préférence va à des relances ponctuelles voire en contrepied.
C’est ce travail que je vais tâcher de faire sentir à travers quelques jalons.
1- Aujourd’hui il doit me régler. Il raconte deux rêves qu’il a notés :
Martin Lhomme, le patron très médiatique de son entreprise embauchait sa propre femme. « Il doit falloir une sacrée organisation » dit-il en racontant des histoires sur ce personnage. D’un ton neutre, je répète avec ce nom, mon prénom.
Lui : « Ah oui c’est vrai il y a aussi Martin… »
Je lui rappelle qu’il avait aperçu récemment ma femme qui travaille à côté.
« Ah oui… », dit–il du ton poliment intéressé que Freud (1921) note quand il donne des interprétations à la jeune homosexuelle, : « mais, moi, j’ai plutôt pensé : Lhomme, pomme, calva ». Le « mais »résonne comme une réponse contraire. Il me rappellerait à la règle de la libre association, ses associations valant bien les miennes.
Puis un deuxième rêve, bien construit, mêle des éléments d’enfance et de transfert évidents dont il sent lui-même la vacuité défensive. Il soupire : « Ha les rêves, j’y arrive pas. C’est pourtant le matériau de l’analyse ! Mais rien ne vient derrière ». Il sait en disant cela que je devrais faire le lien avec le fait que je suis derrière lui. Je ne dis rien. Il pense alors à la colère de sa mère quand il avait cassé ses jouets pour voir ce qu’il y avait dedans : « De l’argent gâché ! »
Je dis : « Et vous me payez aujourd’hui… »
Lui : « Je comprends rien, comme une pierre de Rosette, mais pas de Champollion ! » Il attendrait donc une explication. Et j’aurais pu en effet choisir d’expliciter son mouvement en le reliant à mon silence et au paiement, mais je m’exposais ainsi à une reprise au niveau du moi, une relance du “discourir”. D’où mon choix d’un raccourci que la suite de la séance semble valider : rappel de la séance précédente où j’avais relié sa tension à ses conflits avec sa mère, mi-colère mi-perplexe, il dit : « Je ne comprends pas pourquoi vous faites l’analogie avec ma mère ! ? »
Je réponds qu’il s’obstine à chercher du côté d’un déchiffrement , d’une explication, pour ne pas voir ce qu’il répète ici de scènes d’enfance d’affrontements avec sa mère. « Ah ça oui dit-il j’évite de me mettre en colère ».
Le lendemain, tout est bloqué, rien ne vient. Il tente de m’appâter avec ses lectures de Freud puis ajoute dans la balance quelques cochonneries bien senties ; des aveux qui m’évoquent la litanie des péchés « avouables » que je préparais d’avance quand il s’agissait d’aller à confesse. Enfin, il se décourage : « j’y arrive pas ! »
Alors il me fait un cours, d’ailleurs passionnant, sur la négation. Et sur un lien que je propose il se montre inhabituellement agressif : « Et c’est quoi le rapport ? » Ce brusque mouvement ouvre du côté de ces stagiaires ineptes dont il a la charge, ce qui me permet une interprétation de transfert : lui, mon stagiaire, ne pas savoir, être inepte, être en colère/ provoquer ma colère. Cette interprétation, jouée dans le retournement du mouvement pulsionnel, lui permettra une association à caractère d’indexation (Ody) : il se rappelle ses conflits avec sa mère autour des devoirs scolaires.

2- Pierrick se familiarise avec les enjeux de la séance. Il a fait un rêve, quelques bribes : Il promène un chien d’aveugle et pourtant il y voit. Je pense à un mouvement transférentiel d’opposition et de protestation : moi qui devrais le conduire il se débrouille très bien sans moi. Il précise : « le chien a un harnachement de chien d’aveugle ». Veut-il figurer quelque chose du lien entre nous qui ferait de moi, l’aveugle, son maitre sadique ?
Ma première intervention : -« aveugle qui voit, beurre et argent du beurre »- était sous tendue par son oubli de paiement deux séances avant. Il ne relève pas mais hésite, un doute assez inhabituel : « c’est un de ces chiens qui sont blancs ; enfin ils peuvent être bruns ; habituellement ils sont beiges ». L’imprécision, la multiplication des termes dissolvent en les démultipliant les possibilités de représentation. Je sens qu’il nous éloigne du cœur du rêve. Je lui demande donc : pourquoi cette hésitation ?
Il banalise : « Blanc, ils le sont tous quand ils sont chiens d’aveugles. » Autrement dit : circulez, il y a rien à voir. Le souvenir d’enfance sur lequel il enchaine me paraît trop construit, déviant notre échange vers une conversation : un chien blanc et roux qu’il avait enfant, un setter. Aussitôt son discours s’organise : il voulait un hamster mais ses parents ont dit : ben ce sera un chien. De là il passe à un souvenir de tir aux pigeons, c’est à dire au lancer d’assiettes, passage qui se fait par le thème de la chasse attaché au setter (un chien d’arrêt).
Tir aux pigeons, lancer d’assiettes, voilà qui m’amène à lui proposer pour lui faire entendre ce qui pourrait se dire là de sexualité infantile : « le petit oiseau qui va sortir ». Mon intervention lui paraît artificielle, elle n’a aucun effet. Il continue sur ce chien qui a mangé les poules du voisin.
Quelque peu découragé, je décroche, puis me surprends dans une rêverie autour du « Petit Hans ». Je me suis donc retiré du bras de fer avec lui mais sans lâcher le petit oiseau à montrer /cacher. Ce détour contre-transférentiel est sans doute cause que je me sente à nouveau à son écoute. Il parle de la soumission à la règle : lui, avec ses parents, se rebeller pour mieux se soumettre ensuite ; ou bien avec sa femme, cette liaison extraconjugale qu’il a sacrifiée à la paix du ménage. Le petit oiseau fait donc bien parler de lui.
En attendant il pense à sa fascination pour les régimes autoritaires japonais qui n’ont jamais laissé de place à l’opposition. Lui cherche à se faire une place ici.
Je lui rappelle alors son acte manqué lié à une séance manqué : oublier de me payer.
Lui : « Oui, ça vous prive ; ça me venge »
Plutôt que de relever la dimension masochique qui convoquerait le surmoi, je mets l’accent sur la potentialité transitionnelle : « Certes, mais peut être explorez-vous ainsi la possibilité de jouer, la marge de manœuvre ; autrement dit votre inconscient joue ».
Lui : « Ne pas payer, c’est pousser un peu les murs pour respirer. »
Est-ce l’effet de cette séance ? Quelques temps après je peux croire à un début d’insight : il remarque qu’il se cherche des souvenirs qui colleraient à ce que je lui dis de son fantasme ; à la limite il s’agirait de se souvenir de quelque chose qui n’aurait pas eu lieu, qui ne lui serait pas arrivé, dans une sorte de renversement du problème de la construction dans l’analyse. Une suggestion, cause d’une « conviction » de surface ; de complaisance.

3- Un des aspects de l’anti-processualité est de le protéger d’une régression jusqu’au rêve. S’étant assoupi en séance, il est réveillé par un rêve : « une colère violente contre des voisins bruyants ». La lutte contre la régression en montre les enjeux : le réveil dans l’actualité du transfert (On entend en effet des bruits de travaux juste au-dessus de nous pendant la séance) le met en rage, d’autant que ces bruits ramènent un évènement familial actuel : son fils et sa compagne logent transitoirement chez lui et laissent entendre toutes sortes de bruits. S’amorce la prise en compte d’une scène primitive persécutrice.
La nuit précédente il a rêvé : « Une maison bruyante ». Ça l’énerve : « C’est comme un château ; c’est un château ». Son phrasé semble vouloir m’attirer vers ce château plutôt que vers les bruits, tout comme l’ajustement opéré par le Moi : c’est comme… c’est… Dans ses commentaires finissent par surgir les mots : « très bruyantes ».
Je répète sur un ton neutre : « Très bruyantes ». Silence. « Vous voulez dire ici ? » Moi : « Je ne vous le fais pas dire…. » Lui : « Ah, je commence à comprendre ces questions un peu sottes ! » Formule qui dit combien mes interventions l’agacent ; combien comme stagiaire il aurait eu plaisir à me corriger. Mais peut être aussi dépit de ne pas comprendre et de se sentir sot de cela.
Du coup, il raconte ce film vu récemment (toujours le recours aux images et au récit pour s’écarter d’une zone dangereuse). Mais l’inanité de son discours le saisit et il s’arrête perplexe : « Pourquoi est-ce que je raconte tout ça ? », retour réflexif qui le ramène au point de départ : les bruits à la maison, bruits de la pulsionnalité et de la sexualité. Comme il repart, quelque chose me permet pourtant d’y revenir, alors, dans un soudain insight il dit : « Vous insistez sur le bruit et moi je cherche des chemins de traverse », puis il m’entraine dans un ping-pong verbal où il surveille ses mots, les ajuste à mes réactions. Comme je lui dis quelque chose de cette lutte il répond : « Interdire qu’un partenaire s’introduise ! ». Fantasme d’une pénétration par la parole et par la pensée qui l’amène à ériger des barrières, une maitrise, un contrôle.
Tant qu’il reste le maitre tout est possible. Tel rêve homosexuel est raconté sans gène apparente ni conflictualité car, si l’objet a changé de sexe, lui-même n’a pas changé de position. C’est lui qui… pénètre, pense, agit, décide. Il aura d’ailleurs cette formule qui dit bien son empêchement par rapport à la cure : « Etre celui qui déduit … ». Green parle de la projection sur l’analyste d’un pouvoir de pénétration sur les pensées du patient qui ne laisse pas d’autre solution qu’une érosion radicale de l’intelligibilité. Le processus ici semble aller jusqu’à une dévitalisation du discours dont la prise de conscience progressive amènera Pierrick à comparer son « paysage mental » à « un décor dont j’aurais retiré les rêves », une image saisissante .

Retour du pulsionnel et de la régressivité en séance.
Une colère sourde commence d’infiltrer le transfert. Il ne sait pas trop pourquoi et répugne à penser que ce serait à cause de moi : il ne serait en colère que contre lui-même.
Pourtant, alors qu’il se désespère de faire advenir ce qu’il appelle l’inconscient, le rappel à la simplicité de la règle le met en rage : comme sa mère incapable de prendre en compte ses difficultés, je ne vois pas son désespoir : « Vous vous moquez de moi ! » me lance-t-il. Mais ce mouvement permet la reviviscence d’un souvenir tout différent : l’excitation qu’il manifestait lorsque son frère ainé s’efforçait de travailler ; une façon de le déconcentrer, de se moquer de ses difficultés scolaires alors qu’il se sentait, lui, très à l’aise à l’école. Plus tard il retournera la technique contre lui-même, comme dans ces tournois d’échecs où, alors qu’il excellait, il perdait tous ses moyens dès lors qu’il se persuadait que son adversaire était le plus fort : se saborder pour éviter la confrontation.
Rage encore après cette remarque que je lui fais : « Curieuse façon d’aimer », ce premier amour tellement idéalisé qu’il ne lui avait jamais provoqué d’érection. Le lendemain, il ne s’explique pas sa profonde lassitude. Il doit faire un voyage en Corée avec sa femme pour revoir les grands maitres de la peinture coréenne qui sont sa spécialité professionnelle. Je lui fais remarquer qu’en d’autres circonstances où il voyageait seul, il se permettait quelques escapades dans les quartiers chauds. Sa lassitude des investissements sublimatoires avec sa femme, s’oppose donc à l’enthousiasme de ces voyages solitaires où il explorait les bas fonds de grandes villes exotiques. L’animation nocturne, la lumière, les couleurs, convoquaient la sexualité génitale et anale. L’élément régressif de chaleur vivante porte, lui, la trace d’un lien à un objet primaire dont on pourrait, sans danger (il insistera sur ce point), supporter/ retrouver le contact.
Le lendemain il raconte un rêve érotique : « Un jeune fille nue, son pubis entraperçu dans la transparence d’un voile ». Aussitôt il enchaine sur un souvenir de sa mère urinant devant lui porte ouverte. Je sens quelque chose de faussé dans ce souvenir. Pour le ramener au rêve je lui dis qu’il me « fait voir » cette fille. Mon intervention conjugue une petite notation de contre-transfert et l’importance, dans son matériel, des éléments visuels. Il banalise mais confirme : c’était comme « une image volée » puis il récite un poème de Baudelaire. Devant ce qui m’apparaît comme une nouvelle tentative d’évasion face au pulsionnel, je reviens à l’image érotique.
Alors il s’énerve ; énervement qui déborde sur la séance suivante où il me reproche de me focaliser sur cette image : « il y avait tant d’autres choses dans son rêve » dont j’ai « semblé me désintéresser ».
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Quelques séances plus tard sa colère, toujours présente, est emprisonnée dans un discours ronronnant qui a sur moi un effet hypnotique. Mais c’est lui, à la fin, qui s’endort. Il sursaute : « J’ai bien failli m’endormir !». Mais voilà le « discourir » qui reprend me laissant avec cette hypothèse d’un fonctionnement anti-régressif, d’une lutte contre la pente du rêve en séance.
Or cette lutte est aussi sensible chez moi. A certains moments je prends des notes pour fixer la spécificité de son discours. Tentative qui vient à l’encontre du travail de rêverie de l’analyste. Je me rappelle Sará Botella parlant d’un procédé anti-rêverie. D’ailleurs si je lâche mon attention, il m’arrive de sombrer dans un état hypnotique entre rêve et réalité d’autant plus pénible que subi. Nous restons ainsi tous les deux accrochés à la perception/conscience, pour nous prémunir sans doute d’une plongée mélancolique.
Il faut dire qu’à ce moment de la cure sa mère, malade, est hospitalisée et il est inquiet. Justement, voilà un rêve où il s’agit de déterrer des choses dures, des lambeaux de choses, suivi d’associations à tonalité anale proche de la cadavérisation : fosses à purin ; tomber dedans, etc.. Une hallucination du visage de sa mère dans l’écran éteint de son ordinateur, apparition surmoïque hostile, m’évoque les effets de miroir chez Lacan et Winnicott. Il dit : « On nous dit qu’on se ressemble ». Moi : « L’avoir toujours avec soi ? » Lui : « risquer de la perdre ». La tristesse l’envahit à cette idée. Et la séance suivante ramène le souvenir écran d’une scène où, s’étant opposé à sa mère, elle l’abandonne nu sur le palier.
La dimension mélancolique se confirme peu après. Il a le vague souvenir d’un cauchemar dont il s’est réveillé en érection. Dans ses commentaires apparaît un oignon qu’il faut peler jusqu’au bout, allusion selon lui à la psychanalyse qui témoigne d’un puissant fantasme masochique sous-jacent . Craignant d’être embarqué dans une nouvelle discussion, je tente de l’amener au sens argotique de l’oignon qui pourrait être impliqué dans son cauchemar. Mais il s’en détourne par une assonance : oignon /rognon, puis : enfilés sur une tige pour être grillés. Un peu agacé, je lui dis qu’il s’accroche à l’image et au son pour ne pas entendre ce que dit le langage.
Sur le moment j’ai l’impression que son inconscient se joue de moi, qu’il se moque. Mais si cet aspect n’est pas absent, il me faudra beaucoup de temps pour m’apercevoir qu’en même temps , à un autre niveau, il ne comprend vraiment pas la logique associative de mon fonctionnement mental. Ce que je prends pour une défense préconsciente de l’ordre d’une dénégation, s’avèrera en fait plus proche d’un déni : une abolition radicale du sens que sous entend le langage (Penot 1989).
Néanmoins, à la séance suivante, un rêve de transfert est livré spontanément: « Un grand bateau avec un cercueil sur le pont qui glisse et tombe sur un petit bateau à côté (à couple ?) » sur lequel il est assis à califourchon. « Il faut glisser des sortes de feuillets, comme des billets dans le cercueil ». A ce moment le petit bateau s’écarte insensiblement. Comme ses commentaires nous éloignent de la charge affective du rêve, je relie les deux bateaux qui s’écartent à la proximité de notre séparation pour une période de vacances.
« Pas du tout, me dit-il, ce n’est qu’à la prochaine séance que je dois vous payer. » Je dis : « Oui, c’est la séance où vous glissez les billets dans le cercueil… »
Il rit et dit que pour une fois il a réagi à un jeu de langage. Puis ajoute sur le même ton : « Un cercueil ça se tait ».
Moi : « Je ferais donc mieux de me la fermer… » Il rit à nouveau, mais associe sur la maladie de sa mère, association où se mêlent hostilité et tristesse, et qui vient confirmer les affects transférentiels du rêve.
*
Un net changement se produit en quelques séances où il semble avoir gagné des espaces de liberté dans le rapport à ses affects. Quelque chose de l’abandon à une rêverie réparatrice commence à pouvoir s’éprouver ; une nostalgie à même de soutenir ses auto-érotismes.
Il a donc fait ce voyage en Corée. Il est retourné dans cette ville de montagne où il avait séjourné autrefois avec sa maitresse, une zone difficilement accessible. Ce retour sur les lieux d’avant lui rappelle ses rêveries d’un territoire protégé où l’on pourrait vivre à l’abri du monde. La tonalité narcissique d’une réalisation œdipienne et incestueuse se colore, en arrière fond, des teintes chaudes des retrouvailles bienheureuses avec un objet primaire enfin tout à soi : ils s’installeraient dans ce domaine des dieux, terres inaccessibles dont le secret les protègerait.
Or, comme avec le rêve de la jeune fille nue derrière le rideau (cf. p.10), la tonalité nostalgique du fantasme fait place à la séance suivante à une flambée pulsionnelle, cette fois homosexuelle : il rêve qu’il sodomise un garçon. Ce rêve recoupe des souvenirs d’un lien homosexuel de l’enfance. Puis il revient aux souvenirs nostalgiques de la veille comme si ces deux mouvements, la flambée pulsionnelle prégénitale et la rêverie œdipienne, avaient une fonction défensive l’un par rapport à l’autre, mais aussi un lien qui, les associant, les maintenaient vivants.
A la séance suivante, comme souvent après un mouvement processuel, la situation se fige : le souvenir d’un vague rêve est suivi de son déroulé habituel de paroles. Puis une de ces crampes récurrentes bloque sa pensée. Il trouve une dérivation dans un discours sur le transfert : « Une corde qu’il voudrait tenir, la corde du transfert » dit-il.
Saisissant la possibilité de faire jouer le langage dans ce qui se dit là effectivement de son transfert, je dis : « Me mettre la corde au cou ? »
Il rit : « Ha, vous alors ! ». Sa réponse témoigne de la séduction de mon intervention, mais son énonciation achoppe : « vous la mettre aut(r)ou du cou ».
Je décondense : « me la mettre autour du cou ; me la mettre au trou du cul ». Pas de réaction. Mais dans la suite de la séance, l’envie lui prend de me secouer. Je lui dis que mon espèce de contrepèterie lui a déplu pour la multiplicité des sens qu’elle pourrait contenir : tordre le cou ; mettre le bague au doigt ; etc. et que c’est bien pourquoi il se méfie tant du langage. Son lapsus me permet de faire jouer cette modalité du travail de sens dont parle Michel Ody (1988) : non pas la mise en évidence d’un contenu, mais la « potentialisation germinative du sens » propre au langage.
A la séance suivante il revient sur une série d’échecs universitaires incompréhensibles qui lui rappellent le Freud de la névrose d’échec. Le lien entre la corde au cou et la confrontation maître-élève permettra de faire jouer la bascule actif/ passif : la lui mettre/ jamais, se la faire mettre ; d’où la tentation répétitive de l’échec, de la chute amoureuse face au maître honni. Le mouvement dépressif qui s’ensuit se poursuit le jour suivant dans une séance morne. Un long silence s’installe. Vers la fin il sursaute : il était sur le point de s’endormir et dans sa lutte contre le sommeil il a fait un rêve. Ou bien était-ce un fantasme ? Il me voit porter un patient dans mes bras puis fermer violemment la porte (retour du souvenir écran de la mère qui l’abandonne nu sur le palier ?).
Je dis : « Vous avoir porté tout au long de la séance pour ensuite vous mettre dehors ? ».
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Quelque temps plus tard, la perte d’un étayage homosexuel, conjointement au relâchement défensif finira d’assouplir le lien transférentiel, le dégager d’un caractère trop menaçant et lui permettre de s’éprouver, enfin, souffrant sur le divan. Ce mouvement se marquera d’un abandon au rêve au point qu’il finira par s’endormir profondément. Je resterai ce jour là immobile, attentif. A l’écoute de ce sommeil inattendu, je le veille. Au réveil il remarquera, étonné, ce que cet endormissement représente de changement chez lui ; une capacité nouvelle à s’en remettre aux bons soins de l’objet comme à son inconscient.
*
En 1921, Freud prenant acte de « l’hostilité latente » de la jeune homosexuelle interrompt sa cure. C’est d’une « symptomatologie muette » qu’il se prévaut : « rien qui ressemble à un transfert…». Supposition « évidemment absurde » dit-il qui ne s’explique que par le transfert sur l’analyste d’un radical refus du père malgré le fameux rêve séducteur si conforme à ses attentes supposées. Avec ce rêve « de complaisance mensonger » Freud s’étonne : « Notre inconscient peut aussi mentir » . Le rêve est une formation de compromis et l’intention inconsciente de la patiente de l’induire en erreur, si elle comporte une part de séduction, sa visée finale pourrait bien être de le décevoir « d’autant plus profondément ». La formule contient sa part de compulsion de répétition et de masochisme.
Dans la partie de son analyse, ici rapportée, Pierrick a pu décondenser des éléments narcissiques et pulsionnels imbriqués face auxquels ne semblait lui rester que la solution de la répression des affects, leur déplacement dans le corps, ou bien la disjonction entre représentation et pensée. L’enjeu narcissique prenait chez lui cette forme particulière de l’intelligence comme terrain privilégié de la rivalité. D’un point de vue pulsionnel, sous les dehors d’une homosexualité infantile, c’est le danger supposé du retournement actif/ passif qui concentrait la lutte. La violence, mal contenue par la psyché (par un moi dont l’hétérogénéité se marque de brusques ruptures en processus primaire à défaut d’une intrication pulsionnelle efficiente), le contraignait à des accrochages anti-régressifs.
Dès lors, le « dialogue rythmique » entre associativité et association libre n’est plus perceptible, donnant cette impression de facticité . C’est la communication entre les parties de son discours qui est grosse de dangers et qu’il lui faut hacher menu, flouter, rendre à lui-même comme à moi parfaitement vide de sens. Lui reste un sentiment douloureux de la vanité de sa parole.
La perception contre-transférentielle, cette manière dont l’analyste « capte l’inconscient du patient avec son propre inconscient » (Freud 1923), est ici essentielle pour repérer la dévitalisation portée par le discours : un agacement, une somnolence, un désinvestissement, en seront les signes élémentaires. N’est-ce pas d’ailleurs « averti par je ne sais pas quelle impression légère » que Freud nous dit pouvoir supposer être de complaisance le rêve de sa patiente ?
Néanmoins « Le transfert reste positif » nous dit Green de ces patients. C’est ce qui a permis à Pierrick de jouer progressivement tous ces aspects dans le transfert et de réinvestir le langage dans une dimension d’affect partagé/ partageable. Sa position n’est pas aussi acharnée que celle de la jeune homosexuelle et, d’un point de vue économique, les injections de libido que permet la cure lui seront un appui apparemment suffisant.

Epilogue

Six mois plus tard environ.
Depuis quelque temps le transfert s’organise autour de la rivalité intellectuelle : un article qu’il écrit sur la psychanalyse et sur lequel il bloque. J’ai l’impression qu’avec ce travail il cherche à mesurer nos forces. Ceci permettra de relier la rivalité entre nous à l’opinion désavantageuse qu’il s’était faite, à l’adolescence, des capacités intellectuelles de son père (lequel du fait de la guerre n’avait pas fait d’études) comme de son frère (qui a arrêté ses études jeune). Il devint évident, qu’une identification masochique à ce père dont la pensée lui apparaissait comme confuse, n’était pas sans rapport avec l’état de confusion dans lequel son discours me mettait moi-même dans les séances.
La séance qui suit a lieu dans ce contexte. Le ton est morne : un discours de plainte brasse de vieux souvenirs éculés marqués par l’idée d’une fatalité de la mésentente (celle entre ses parents où bien les cris et violences de sa mère contre lui). Sombres souvenirs macérés par petits bouts disjoints, souvenirs de l’appartement d’enfance : « On était bien et tout à coup ma mère m’engueule ; fallait toujours que ça se termine mal ».
Ce discours souvent remâché, le ton monocorde qui le porte, voilà que ma pensée s’éloigne, je décroche. Dans ce fil toutefois l’évocation de la Peugeot 403 de son père me réveille. Cette voiture suscite chez moi des associations de l’âge de la latence. Je me rappelle les pages explicatives du journal de Tintin que je dévorais. Ayant rapidement pesé les avantage et inconvénients d’intervenir, je lui dis : « la 7 ou la 8? ». Ceux qui gardent le souvenir de cette époque savent que la 403-8 était un modèle plus cossu avec des enjoliveurs et des baguettes chromées, un moteur plus puissant, une présentation flatteuse, là où la 7 était une voiture banale et assez laide. Mais c’était évidemment le modèle le plus répandu.
Mon intervention l’arrête. Il rit et dit, un peu admiratif, que je m’y connais en vieilles voitures. Il est bien sûr sensible à l’effet de séduction. Mais, devenu maintenant capable de se saisir d’un fil associatif, il va chercher par métonymie le souvenir très sensorialisé du skaï des fauteuils, une matière valorisée à l’époque mais qui collait aux cuisses des garçons en culottes courtes que nous étions. De ce désagrément surgit maintenant la Chambord de son oncle paternel. Une voiture plus élégante, plus confortable, mieux. Cet oncle chez lequel il était accueilli chaleureusement, avait une belle femme, un meilleur métier que le père, sauf que ses parents, persiflant en famille, lui reprochaient des manquements à la moralité. Figure ambigüe donc, à la fois enviée et méprisée par le père, mais investie par l’enfant comme support possible d’un roman familial.
Un souvenir encore : devoir se tenir bien droit sur sa chaise « comme des petits singes ».
Moi : « l’ennui, comme ce que vous dites aujourd’hui de vos travaux ». Il se reproche d’avoir passé la matinée à son bureau sans arriver à travailler. Il était bien comme ça, assis en silence. Testant la dimension transférentielle, je dis que moi aussi je suis assis en silence. J’aurais ici meilleure part que lui ? Mon intervention est maladroite et je n’entends pas sur le moment le rappel au transfert maternel du début de séance. C’est lui qui fait le lien mais sur ce mode particulier qui est le sien, pratiquement en processus primaire : mon intervention l’amène à se méfier. Il a pensé : « qu’est-ce qui va encore me tomber dessus ?» Moi : Comme avec sa mère imprévisible et violente ? « A l’affut » dit-il, un terme à double valence : moi/ sa mère, à l’affut de lui ; lui, à l’affut de ses pensées. Je remarque que c’est un terme de chasse.
« Ah oui, dit-il, mais enfin on ne peut pas passer tout son temps à jou…ir » là où, évidemment, il voulait dire jouer. Son lapsus me fait rire et je lève la séance (à l’heure…) en disant que son lapsus tombe au bon moment, ce qui le fait rire à son tour.
Dans le mouvement de cette séance la pusionnalité se ré-oriente à partir de la situation figée du départ. Elle témoigne d’un dynamique nouvelle où l’ennui, la routine, l’inéluctable répétition du même, le désinvestissement des objets au profit du plaisir masochique d’un non jouir, se trouvent bousculés par la seule différence : 7/8. Celle-ci amène toute une série d’autres différences (Peugeot/Chambord ; études/ guerre ; père /oncle) qui viennent conflictualiser le transfert et revitaliser un discours moribond. Mon intervention par un effet de surcharge libidinale rompt l’équilibre sado-masochique où la séance semblait enlisée et relance la processualité .
Enfin, si je n’entends pas sur le moment le transfert maternel je me trouve néanmoins agi par lui : ma remarque fait surgir l’imago maternelle malveillante. Sa réactualisation sur la scène analytique permet de la réintroduire, du coup, comme élément mnésique à travers ce souvenir de la menace. Ici, pas d’interprétation de contenu ou de transfert qui viserait à la remémoration, celle-ci vient, comme de surcroit, dans le mouvement ; une dynamique prise dans le jeu transféro-contre-transférentiel . Par sa dimension d’actualisation, elle évite l’écueil d’un échange de points de vue auquel son fonctionnement nous pousse au profit de l’ouverture d’un espace transitionnel, un espace de jeu, où le furet de l’inconscient peut passer par ici et revenir par là.

Bibliographie
Bayle G. (2012), Clivages, Moi et défenses, Le fil Rouge, P.U.F.,Paris.
Donnet J.L. (1995), Surmoi I, P.U.F., Monographies et débats, Paris
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Freud S. (1912b), Dynamique du transfert, O.C. t. 6
Freud S. (1913c), Sur l’engagement du traitement, O.C. t. 12, P.U.F., Paris, 2005.
Freud S. (1919), Voies nouvelles de la thérapie, O.C. t. 15
Freud S. (1921), Psychogénèse d’un cas d’homosexualité féminine, O.C. T. 15, P.U.F., Paris
Freud S. (1923a), Psychanalyse et théorie de la libido, O.C. t. 16, P.U.F., Paris
Freud S. (1923b), Le moi et le ça, O.C. t. 16
Freud S. (1923c), Remarques sur la théorie et la pratique de l’interprétation du rêve, O.C. t. 16
Green A. (2000), La position phobique centrale : avec un modèle de l’association libre, Rev. Fr. Psychan., 3, 743-772, P.U.F, Paris.
Joubert M. (2011), Ambigüité de l’interprétation, Rev. Fr. Psychan., 2, 467-482, P.U.F., Paris
Joubert M. (2012), « T’as dé pa bo safères ! » De l’opposition à la pensée, construire la négation. Rev. Fr. Psychan., 2, 467-482, P.U.F.,Paris.
Joubert M. (2015), Contrat ou pacte? Un enjeu passionnel de l’homosexualité féminine, Rev. Fr. Psychan., 3, 467-482, P.U.F., Paris
Lacan J. (1953), Fonction et champ de la parole et du langage, Ecrits, Seuil 1966.
Ody M. (1988), Le langage dans la rencontre entre l’enfant et le psychanalyste, Rev.Fr. Psychan., 2, 303-367, P.U.F., Paris.
Ody M. (2013), Le psychanalyste et l’enfant, de la consultation à la cure psychanalytique, In Press, Paris.
Ody M. (1999), A propos des interprétations psychanalytiques, Interprétation I, Un processus mutatif, Monographies et débats de la R.F.P., P.U.F., Paris.
Penot B. (1989), Figures du déni, En deçà du négatif, Dunod, Paris
Penot B. (2001), La passion du sujet freudien, Erès, Paris.
Strachey J. (1934), La nature de l’action thérapeutique de la psychanalyse. Rev.Fr. Psychan., 1970, 2, 255-284, P.U.F., Paris

 

    
 

Le prix Sigourney de cette année attribué à René Roussillon 

Colloque La pensée

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Nos locaux rue Daviel

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L’immeuble de la SPP 21 rue Daviel, 75013 Paris

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La salle de conférenceP1100234

 

 

 

 

 

 

La salle Marie Bonaparte, avec ses bibliothèques P1100267

Les boxes du CCTP P1100258

 

Le secrétariat du CCTP

 

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Le bureau de la RFP

La Bibliothèque Sigmund Freud

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La Salle de lecture

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Et les réserves, avec leurs bibliothèques sur rails…

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L’emménagement rue daviel

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Adieu à la rue Saint Jacques

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Du 11 au 15 avril, il a fallu une semaine pour  le déménagement :

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Éditorial : Pour une psychanalyse ouverte

par Denys Ribas

La psychanalyse se doit de s’ouvrir au monde contemporain et à ses questionnements.  Non pour dire une norme, mais pour être à leur écoute et les interroger en retour. Notre champ est le psychisme, individuel et collectif, dont l’exploration se fait par l’expérience clinique.

Ouverture  de la psychanalyse à d’autres problématiques que névrotiques dont témoignent ses extensions : à diverses pathologies, de celles du narcissisme aux psychoses, à tous les âges de la vie, aux frontières de la psyché et du soma, à la famille comme aux groupes et aux institutions soignantes, avec des variations de cadre qui en découlent. Ces avancées – et en particulier l’intérêt des psychothérapies en face à face pratiquées par des analystes – ne doivent cependant pas se faire aux dépens de l’irremplaçable expérience d’une psychanalyse classique dont le dispositif compense un effacement de la perception visuelle de l’analyste par plus de présence avec au moins trois séances par semaine, permettant ainsi l’émergence dans la rencontre de la cure des conflits pulsionnels inconscients du sujet dans leur singularité.

Cette expérience, nous devons aussi l’ouvrir plus tôt aux jeunes professionnels en favorisant leur expérience d’une authentique psychanalyse, lorsqu’elle est indiquée, avec un nombre suffisant de séances,  pour que ceux qui le souhaitent puissent entreprendre jeunes une formation qui peut débuter avant trente ans ! Une formation à l’analyse sans discrimination autre que celle du fonctionnement psychique et la capacité d’écoute de l’inconscient, le sien et celui de l’autre.

Ouverture aux confrontations théoriques et cliniques avec d’autres sociétés et courants analytiques tant français que du reste du monde. Ouverture aux autres sciences humaines et aux autres courants en psychologie et en psychiatrie.

Ouverture aussi aux débats, à la discussion critique. Comme la psychanalyse est née du dégagement de la séduction sexuelle traumatique comme étiologie de la névrose, accédant ainsi au fantasme inconscient, la psychanalyse moderne explore la construction psychique en s’affranchissant de la tentation qui a existé de prendre pour réalité étiologique les  traumatismes ou les entraves qui ont laissé des traces. Elle prend en compte le corps, pulsionnel et affecté, avec sa biologie et ses déterminismes génétiques. Loin des polémiques, il existe des convergences avec les autres disciplines, et la confrontation avec elles et les recherches s’imposent pour approfondir  notre connaissance de l’humain.

Une authentique psychanalyse, de l’adulte comme de l’enfant et de l’adolescent, devra évaluer son action. Mais en prenant en compte la spécificité de son champ – la subjectivité – et la particulière complexité d’en objectiver l’action, avec sa durée longue. Favoriser chez un enfant  sa construction psychique, ou donner à un sujet un degré de liberté intérieure nouveau face à ses conflits et les répétitions,  sont des enjeux pour la suite de leur vie…

19 juillet 2015

Lettre du président n°4

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Synthèse aide aux victimes

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Synthèse des réponses suite à la proposition d’aide aux victimes des attentats du 13 Novembre

15 collègues, sur la centaine qui s’étaient faits connaître et étaient prêts à recevoir bénévolement des victimes des attentats, ont répondu à notre mail de débriefing. Leurs expériences et leurs propositions figurent dans le tableau ci-dessous.

Une majorité ont prévu ou prévoit quelques entretiens (1 à 3) bénévoles, puis, soit se placent du côté d’un consultant et adressent, si demande de suite, à un collègue, soit continuent eux-mêmes en posant un cadre traditionnel et en sortant de la gratuité. 

Deux collègues ont proposé des groupes de paroles. C’est en effet un dispositif qui peut être utile dans ce cadre là.

Pour la suite immédiate : certains pensent que l’on n’est plus dans une période « d’aide d’urgence », et donc bénévole ; d’autres soulignent la latence de l’effet traumatique, certaines victimes ne commençant à se manifester que maintenant, et qu’il faut donc garder active la proposition. 

Pour la suite à plus long terme, deux propositions:

- une « réserve » de collègues au cas où la situation se représenterait. 

- une intervention à prévoir auprès de ceux qui sont en première ligne de l’aide aux victimes : médecins, psychologues, pompiers, police. 

Le Bureau, a en fonction de ces retours, modifié la page d’accueil du site internet ouvert, sur lequel figurait notre proposition d’aide aux victimes. La formule retenue a été la suivante :

« (…) Elles peuvent s’adresser à la SPP par un mail à : accueil@spp.asso.fr ou par téléphone au 01 43 29 66 70 qui communiquera les coordonnées de psychanalystes pouvant les recevoir pour quelques consultations (de une à quatre) et les orienter si un traitement est indiqué. »

Le Bureau renouvelle ses remerciements à tous les collègues qui se sont impliqués pour répondre à cette situation exceptionnelle.

Clarisse Baruch

 

Publié le 17/02/2016

Aide aux victimes

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Synthèse des réponses suite à la proposition d’aide aux victimes des attentats du 13 Novembre

Aussitôt après les attentats de novembre 2015, notre Société a proposé, et annoncé sur notre site, une aide aux victimes, gratuite, offerte par des analystes qui se portaient volontaires pour accueillir et écouter les personnes touchées par ces terribles événements.

Nous avons jugé intéressant de proposer à tous nos membres une synthèse de ces actions. Nous avons donc écrit aux collègues qui y ont participé pour leur demander un « retour sur l’expérience ».

Quinze collègues, sur la centaine qui s’étaient faits connaître et étaient prêts à recevoir bénévolement des victimes des attentats, ont répondu à notre mail de débriefing. Leurs expériences et leurs propositions figurent dans le tableau ci- dessous.

Une majorité ont prévu ou prévoit quelques entretiens (1 à 3) bénévoles, puis, soit se placent du côté d’un consultant et adressent, si demande de suite, à un collègue, soit continuent eux-mêmes en posant un cadre traditionnel et en sortant de la gratuité.

Deux collègues ont proposé des groupes de paroles. C’est en effet un dispositif qui peut être utile dans ce cadre là.

Pour la suite immédiate : certains pensent que l’on n’est plus dans une période « d’aide d’urgence », et donc bénévole ; d’autres soulignent la latence de l’effet traumatique, certaines victimes ne commençant à se manifester que maintenant, et qu’il faut donc garder active la proposition.

Pour la suite à plus long terme, deux propositions:

-   une « réserve » de collègues au cas où la situation se représenterait.

-   une intervention à prévoir auprès de ceux qui sont en première ligne de l’aide aux victimes : médecins, psychologues, pompiers, police.

Le Bureau, a en fonction de ces retours, modifié la page d’accueil du site internet ouvert, sur lequel figurait notre proposition d’aide aux victimes. La formule retenue a été la suivante :

« (…) Elles peuvent s’adresser à la SPP par un mail à : accueil@spp.asso.fr ou par téléphone au 01 43 29 66 70 qui communiquera les coordonnées de psychanalystes pouvant les recevoir pour quelques consultations (de une à quatre) et les orienter si un traitement est indiqué. »

Le Bureau renouvelle ses remerciements à tous les collègues qui se sont impliqués pour répondre à cette situation exceptionnelle.

Tableau aide aux victimes

 

L’ESPOIR ET L’IDEAL A L’ADOLESCENCE

Conférence de Sainte-Anne du lundi 23 novembre 2015

L’adolescence n’est pas une simple crise, c’est une mutation à haut risque, une métamorphose à l’issue incertaine1. Métamorphose remarquablement créatrice mais qui peut aussi devenir kafkaïenne ! Mais revenons d’abord en arrière.

Un bébé sans sa mère ça n’existe pas disait Winnicott, quant à l’enfant en période  de latence il ne peut grandir que sous la « couverture parentale ». Couverture dans tous les sens du terme : toit protecteur, enveloppement de chaleur affective, et quand il s’aventure en avant en terrain étranger, protection à distance (je te couvre dit-on alors en langage militaire).

A l’adolescence le roi est nu, la couverture parentale doit disparaître car elle prend un sens incestueux ! L’adolescent acquiert la force physique et la puissance sexuelle, le garçon peut tuer son père et engrosser sa mère, la fille peut obtenir un enfant du père et supplanter sa mère, fini de rire ! Maintenant : « c’est pour de vrai ! ». Winnicott notait que si l’arrière-plan de l’enfance est imprégné de peur de la mort du moi, celui de l’adolescence est tissé de la question du meurtre. De la mort du moi au meurtre de l’objet, les dés de la destructivité sont à nouveau jetés, on en espère une issue autoconservatoire, mais ça n’est pas toujours le cas! Suicide, comportements à risques, drogue, mélancolie, anorexie, effondrement psychotique…etc, la liste est longue des issues ou des péripéties autodestructrices de l’adolescence.

L’oedipe enfantin est réactivé et chauffé à blanc, les adolescents sans pour autant avoir reçu les clefs du monde doivent s’éloigner physiquement et psychiquement de leurs parents alors qu’ils en ont encore besoin à la fois matériellement et psychiquement. Les premiers secours viendront d’ailleurs, mais d’où ? L’adolescent devra improviser dans l’urgence, souvent fasciné par des héros ou des personnalités transgressives, voire les mauvaises fréquentations qui semblent, elles, avoir accès aux clefs du monde !

Mais la nécessaire « révolte » adolescente doit être mesurée à l’aune du conformisme de la période de laten nce et à la nécessité pour l’adolescent de pouvoir dire : « moi et je ». Mon monde est à moi et j’en fais du moi ! Processus d’appropriation subjectivante dirait Raymond Cahn. Les processus de subjectivation démarrent à l’adolescence et ils dureront toute la vie : reprise et poursuite des processus de séparation–individuation d’avec l’objet primaire, dégagement des identifications fusionnelles primaires avec les parents, accès à des identifications secondaire   choisies, discrètes et diversifiées, visée progrédiente vers l’inconnu incluant l’espoir, et création de nouveaux idéaux.

L’aventure commence. Qui suis-je ? garçon ou fille ? et qu’est-ce que ça veut dire? et puis, qui vais-je aimer ? Les changements pubertaires imposent de nouveaux vécus  du corps propre, potentiellement psychotisants et une ressaisie de l’amour de soi, via le dehors, par le regard des autres. Puis-je être aimé, et m’aimer moi-même tel que je me vois dans le miroir et dans le regard des autres ? Il y a, à l’adolescence, un passage obligé par le dehors et un nécessaire passage par l’acte, tout ne pourra pas s’élaborer dans notre esprit !

L’adolescent tente aussi de se détourner de la toute-puissance de la pensée magique de l’enfance, la pensée rationnelle essaye de se faire une amie de la réalité, mais cela demandera du temps et il arrive que cela n’advienne jamais.

Mais c’est bien la question de l’amour, l’espoir de l’amour qui est au tout premier plan des investissements objectaux et corrélativement narcissiques les plus significatifs de l’adolescent. La marche en avant de l’adolescent en dépend.

Pour l’adolescent, l’émergence de l’Espoir d’aimer et d’être aimé est une condition sine qua non pour que sa métamorphose puisse s’accomplir.

La question de l’idéal qui est lié à l’amour est aussi une clef de l’adolescence, les adolescents héritent des idéaux de l’enfance et de leurs objets merveilleux et là encore une mutation doit s’accomplir pour passer de l’idéal mégalomaniaque exigeant l’impossible à l’idéal porteur du mouvement progrédient et de l’estime de soi dans le registre du possible, on conçoit que ce soit une longue marche qui réclamera du temps. De ce point de vue l’adolescence n’est qu’un début.

Les problématiques de l’idéal et de l’Espoir (et son contraire le désespoir) sont donc des clefs de l’adolescence, mais de fait elles nous accompagnent toute notre vie.

Essayons d’abord de donner un cadre, un environnement, une topique à l’idéal.

Au plus proche de l’Eros freudien l’amour est un fait humain universel et l’idéal fait partie de ses constituants. Les ingrédients, les constituants de l’Amour sont au nombre de trois : l’excitation, l’idéal, la tendresse.

L’excitation est liée aux objets partiels, à des parties du corps et à leur pouvoir fétichisant, dérivés des traces du corps maternel originel dans la sexualité infantile, (peau, yeux, seins, pénis…) et tous les produits infinis de leurs déplacements. Quant aux fantasmes : « L’excitation est toujours peu ou prou d’essence sadomasochiste » (A.Green2).

L’idéal permet la nécessaire surestimation de l’objet d’amour. Mais si l’objet d’amour est trop surestimé il ne peut plus être atteint. Le moi, au lieu de se sentir comblé, est alors rongé par le découragement et l’envie.

La tendresse est le fruit de la position dépressive (Klein, Winnicott), ou, dit autrement, de la dépression intégrative : le bon objet devient le même que le mauvais objet. Le moi et l’objet sont moins clivés : l’objet est dit « total » et le moi déploie ses potentialités d’habitat pour un sujet. Il y a une prise de conscience de la fragilité de l’objet aimé et de la dépendance du moi à son encontre : si l’objet disparaissait ce serait terrible ! Le risque dépressif est donc inclus dans la tendresse. Il y a toujours un risque de « fondre » de tendresse face à l’objet.

Notons que ces trois tendances entrent en conflit. L’excitation menace de rabaisser l’objet  idéalisé  en  le  réduisant  à  « ça »  et  menace  l’objet  total  fragile  avec son sadomasochisme. L’idéal ne veut pas que l’excitation se sexualise, il veut purifier l’investissement, l’arracher aux vécus corporels. C’est la solution de l’ascèse qui peut aller, comme le dit André Green jusqu’à une « excorporation »  psychotisante (l’anorexie par exemple). La tendresse, fruit de la position dépressive est menacée par la dépression, et nous ne sommes pas égaux devant la dépression : la tendresse peut se mélancoliser.

L’objet aimé peut être recherché dans une régression mélancolique : mourir avec l’objet d’amour idéalisé préserve la tendresse et l’idéal, et réduit à rien l’excitation  vitale de l’Éros, dont la sexualité génitale humaine est l’expression la plus importante.

Si la sexualité humaine apparait d’abord à l’adolescent comme la « folle du logis », le moi devrait s’apercevoir petit à petit qu’elle est son alliée. Mais, dans la névrose, le moi se trompe d’ennemi, par exemple il a peur de la sexualité mais se repait du masochisme ! Pourtant la sexualité humaine la plus « commune », loin d’être bestiale  est un facteur d’humanisation et de conservation de l’humanité : l’amour de la  différence triomphe de la haine de la différence. La haine généralisée est évitée. Le lien devient plus fort que la différence sujet-objet qui permet ce lien.

Le premier chagrin d’amour est une régression mélancolique universelle qui  réclame parfois d’être soignée en psychothérapie.

On comprend que l’intrication de ces trois constituants de l’Amour : excitation, idéal, tendresse, qui ont chacun leurs propres logiques nécessite la trajectoire d’une vie et nous ne nous étonnerons plus de la difficulté d’aimer.

Notons que le report en arrière de l’investissement amoureux pousse au désespoir mélancolique et que sa projection en avant est facteur d’Espoir. L’avenir est l’Espoir de l’Espoir. Mais centrons-nous d’abord sur l’idéal.

L’idéal

D’abord une boutade : « L’idéal ce serait qu’il n’y ait pas d’idéal, mais ça serait encore un idéal » disait, en substance, M. de M’Uzan. En effet, de l’idéal on ne s’affranchit jamais. En clinique on distingue un idéal « porteur » (l’idéal du moi), et un idéal tyrannique (le moi idéal mégalomaniaque). L’idéal aux exigences impossibles à satisfaire, qui fait du moi un être indigne que le surmoi condamne et voue à l’autodestruction, doit pouvoir être transformé en un idéal dynamique qui porte le moi vers son plein épanouissement avec les encouragements du Surmoi et maintient un principe de plaisir autoconservatoire. C’est là un mouvement psychique qui est l’enjeu de toute psychothérapie. À l’adolescence, ce mouvement est une clef. Mais c’est un mouvement de transformation lent qui suppose de pouvoir progressivement renoncer à  la mégalomanie infantile sans s’effondrer. Car le moi ne renonce jamais à ce qu’il a pu acquérir et il va lui falloir troquer des satisfactions infantiles illusoires pour des satisfactions effectives qui, en modifiant le monde, soit en pensée, soit dans la réalité, vont lui permettre d’intriquer ses investissements objectaux et narcissiques. Il ne s’agit pas de renoncer à l’illusion, il s’agit d’en modifier les modalités et de passer de l’illusion mégalomaniaque infantile à l’illusion transitionnelle qui crée des zones de chevauchement entre le moi et le monde, le sujet et l’objet.

Le moi ne peut pas vivre sans aire d’illusion.

D’une part, le moi se concilie le principe de réalité puisque dans une démarche de pensée et d’action « scientifique » progrédiente, où il jette toutes ses forces, il agit sur le monde et le modifie ; le moi rend ainsi le monde plus congruent à lui-même, avec le soutien et en cas de réussite, avec les félicitations du Surmoi : l’estime de soi est au rendez-vous. Pour une autre part, une dynamique inconsciente maintient ou crée la conviction illusoire mais vitale, qu’il a devant lui un avenir investi d’un sentiment d’Espoir. La survie fait place à une vie qui devient vivable, un potentiel de bonheur même surgit, une page de l’adolescence commence à se tourner3.

Le moi ne peut pas vivre sans Espoir. L’Espoir mérite donc d’être haussé au niveau d’un concept.

L’Espoir

Une patiente me dit récemment : « L’Espoir, c’est pas comme l’idéal », en effet chez elle l’idéal, dans sa dimension d’impossible, diminue d’intensité, et comme dans des vases communicants, l’Espoir augmente d’autant. C’était un insight formidable pour cette femme.

L’Espoir c’est ce qui manque aux états limites ou aux « états critiques » (A.Green) du moi. Le patient en état limite est certain que l’avenir ne sera que tragédie. Pour lui (et on ne saurait lui donner tort) la vie est une maladie dont on est sûr qu’elle est mortelle. Ces patients, maltraités sans fin par des angoisses de mort du moi, ont perdu l’illusion du maintien, de la continuité et de la stabilité de la vie. L’angoisse de mort supprime le temps, l’angoisse semble là de toujours et pour toujours, dès lors : plus de temps, plus d’Espoir. Dans les états limites ou critiques du moi, l’humain apparait inhumain. Si nous ne partageons pas ce point de vue avec ces patients, c’est qu’une aire d’illusion s’est construite en nous et se maintient en compagnie du principe de réalité. Ces patients requièrent que, pour les comprendre nous renoncions, parfois, le temps de la séance avec eux, à notre Espoir, c’est sans doute pour cela, aussi, qu’ils sont dans l’ensemble si mal soignés !

L’Espoir serait un enjeu pour les états limites, au même titre que le désir l’est pour le fonctionnement névrotique. Dans le fonctionnement névrotique, l’Espoir est souvent masqué par les tourments du désir saturé d’idéal, mais devrait être là potentiellement « de plein droit », du moins… en théorie!

Mais  si  nous  comprenons  bien  que  l’Espoir,  pour  émerger,  a  besoin    d’un « environnement » topique complexe, quels en seraient les fondements originaires ?

D’abord, je crois que la libido du tout petit en bonne santé est constituée d’un hallucinatoire positif de liaison qui lui permet de jouir de l’indistinction sujet-objet et soma-psyché. Cette continuité hallucinatoire va nourrir un bon narcissisme de vie, à partir de l’amour d’une mère suffisamment bonne et de ses capacités à le préserver des agonies primitives, en exerçant, autant que faire se peut, sa capacité de rêverie selon Bion.4

Il existe alors chez le bébé un état de satisfaction qui pour être perdu, laisse des traces puissantes qui pourront toujours être retrouvées et réactivées (par exemple dans l’orgasme partagé avec une personne aimée) et surtout fonctionneront comme un  aimant. On peut parler d’un noyau vivant, après-coup facteur d’Espoir, qui pourrait dans les meilleurs cas se maintenir même en fin de vie et jusqu’à notre dernier souffle.

Chez l’adolescent et chez l’adulte, en termes freudiens, nous pourrions dire que l’Espoir c’est « l’Espoir des retrouvailles hallucinatoires avec l’objet perdu de la satisfaction ». Mais au lieu d’être retrouvé derrière nous dans la régression mélancolique, l’objet perdu est placé devant nous en une ligne d’horizon, en un point de fuite sans cesse reformé dans le mouvement en avant.

En fait, il ne s’agirait pas de retrouver un « objet » mais le frayage et les traces de cet état de satisfaction primaire, associé au noyau de l’Être.

Ainsi, seul un leurre puissant toujours poursuivi, jamais atteint mais toujours renaissant, assure au moi cet affect d’Espoir quasiment en continu, et le porte en avant dans un processus d’« objectalisation ».

« L’objet » perdu, placé devant, soutient le mouvement d’investissement significatif, le mouvement « objectalisant » (A.Green). Dans ce mouvement progrédient, l’objet nouveau, inconnu, devient, a priori, projectivement porteur d’Espoir.

La notion de résilience est concernée par cette théorie de l’Espoir.

Un jeune patient encore adolescent, au sortir d’une grave période de crise qui m’avait fait craindre une issue psychotique, regarde en arrière et me dit : « La résilience c’est l’espoir, l’espoir c’est la résilience ».

 L’Espoir : du fétiche à la Matrice énergétique

Les modalités de l’Espoir dépendent de la façon dont les traces de l’objet primaire se sont constituées en nous ; en termes kleiniens, des modalités de l’introjection du

« bon objet ». L’objet primaire peut rester agglutiné au moi dans  des  états  psychotiques : le moi « incestué » est mis à mort pour sauver l’objet primaire. Plus subtil, le processus fétichiste fige la vie psychique liée au bon objet en la fixant à des objets partiels, mais sauve le moi (même s’il se trouve clivé) et son Espoir. Enfin la transformation de l’objet primaire en une « matrice énergétique » à la fois contenant et contenu d’essence hallucinatoire permet au moi d’atteindre à la plénitude de ses moyens en faisant disparaître les traces tangibles, toujours incestueuses, de l’objet primaire, tout en le conservant. L’Espoir alors fait partie du moi.

Le processus fétichisant

Le fétiche lie l’excitation et l’idéal en produisant des idoles, dont on sait l’importance à l’adolescence, véritables « rustines » posées sur la « fuite » dépressive dans le lien inconscient vital avec l’objet primaire, le moi s’y aliène partiellement (chanteur, « héros », marques, vêtements…) ou…totalement (gourous, idéologies, sectes, religions), mais l’Espoir est sauvegardé.

Le fétiche est un antidépresseur.

Le fétiche pathologique possède le grand inconvénient de condenser et figer la vie psychique : tout est là, dans le fétiche5.

Le fétiche figé peut se transitionnaliser et acquérir la même fonction de lien inconscient à l’objet primaire mais, cette fois, dans la mobilité et dans l’ouverture. Je crois que le processus fétichisant et sa transitionalisation ont leurs places dans toute amélioration des divers états psychotiques.

L’investissement fétichiste assure la continuité narcissique en figeant la pensée en une croyance incarnée, chosifiée, chargée d’Espoir. L’investissement transitionnel assure la continuité narcissique tout en portant la pensée vers un inconnu chargé d’Espoir.

Un peu de clinique de la jeune fille pour conclure

Lors d’une précédente conférence, j’ai lancé un cri d’alarme qui concerne les difficultés à soigner les garçons adolescents très largement majoritaires dans les structures de soin psychiatrique. Cette conférence « Le masculin-paternel et son   noyau mélancolique » est disponible sur le site Internet de la SPP, je vous y renvoie. Je me suis donc promis aujourd’hui de dire un mot des jeunes filles. Nous avons tous comme objet primaire une femme. Mais la fille est seule à avoir comme miroir primaire sa mère et comme miroir secondaire sa mère encore ! Lorsque ce lien est douloureux (mère morte, mère désinvestissante, insaisissable, omniprésente dans son absence, égarante, incohérente, etc …) la fille dans son rapport réflexif à elle- même, passe à travers le double miroir maternel qui ne renvoie rien (« y a pas de    retour » comme disent les patients!) et tombe sans fin dans des souffrances narcissiques sans fond ! En outre la fille est seule à devoir changer d’objet d’amour dans sa trajectoire oedipienne, et le passage par l’amour du père, pour de multiples raisons, ne peut pas toujours avoir lieu (« je ne peux tout de même pas faire ça à maman ! ») la fonction tiercéisante organisatrice psychique et protectrice n’existe pas ! Alors que l’oedipe masculin est trop condensé et peu élaborable: « ça passe ou ça casse », celui de la fille est une lente élaboration et n’en finit pas de finir ! La différence des sexes  impose une différence de « structure d’accueil » (M.Ody) oedipienne frappante ! Il arrive que la métamorphose adolescente de la fille puisse ne jamais s’achever et  produise des souffrances narcissiques qui se perpétuent longuement dans la jeunesse et encore dans la maturité, d’où, peut-être, les psychoses tardives de la femme. Ainsi cette histoire tragique. Une jeune femme (elle n’était pas ma patiente) qui a été une adolescente gravement anorexique et a survécu à quelques T.S., va mieux, son entourage est soulagé, elle vit en couple, elle a réussi les examens pour devenir institutrice, a commencé à travailler et cela lui plait ! On lui annonce sa première inspection. La veille de cette inspection elle se tue. Comment comprendre une telle tragédie ! Elle avait repris Espoir, et là soudain avec la figure de l’inspecteur se dresse devant elle la muraille de Chine du moi-idéal tyrannique et du surmoi cruel, le moi tourne le dos à l’espoir et reflue vers la mélancolie!

Imaginons le dialogue interne des trois instances. Le moi interroge l’idéal du   moi :

« dis-moi mon idéal, suis-je digne de devenir institutrice ? ». « Tu rigoles ! » lui répond le moi idéal redevenu mégalomaniaque « tu es plus nulle et plus incapable que jamais,  tu n’es qu’un imposteur, l’inspecteur va te démasquer et t’humilier! » Puis, le moi interroge le Surmoi. « Et toi mon surmoi viendras-tu à mon secours ? Après tout, j’ai réussi tous mes examens dans la légalité, tu pourrais être bienveillant avec moi! » Et là le Surmoi se met à ricaner, il est redevenu un Surmoi cruel qui n’écoute que la voix du moi-idéal et non pas celle de la Tiercéité. Le Surmoi alors se détourne du moi et tel un empereur romain tourne le pouce vers le sol et s’écrie : « A mort ! » et sarcastique il ajoute « et cette fois ne te rate pas, réussis au moins ton suicide ! ». Le moi soumis s’exécute…

L’anorexie est une « maladie » du double miroir maternel primaire et secondaire et une maladie de l’idéalité ; la fonction tierce, bien qu’il y ait souvent un père, y est absente. Ici personne n’a vu venir le danger et elle est morte. Pourtant et j’y insiste il aurait fallu continuer à la soigner !

Quand l’adolescence promeut, faute de mieux, une issue autodestructrice (anorexie de la fille, états psychotiques du garçon, états mélancoliques des deux sexes etc..) tout progrès important mettra ultérieurement le moi en danger toute la vie durant, je le souligne : c’est une chose à savoir pour tout thérapeute! Comment comprendre cela ? En deux mots, le moi qui a été soumis à un régime de fonctionnement traumatique dans l’enfance et à l’adolescence, le moi qui a été intrusé par des vécus toxiques répétés qui se sont incrustés en lui, ne peut grandir que par ce que j’appelle : « l’appropriation culpabilisante ». En allant mieux, cette jeune femme avait intégré cette pensée latente inconsciente : « c’est de ma faute si maman est malheureuse ! » Le moi veut devenir l’auteur de ce à quoi il a été assujetti : ici la souffrance d’une mère. Pour cette jeune femme, avoir un travail représentait une victoire œdipienne sur sa mère qui n’avait jamais travaillé, or cette mère, angoissée et déprimée, il lui fallait absolument la ménager : on ne tire pas sur une ambulance sans culpabilité! Le moi grandit en s’appropriant une causalité à la fois vraie et fausse qui le concerne : « c’est moi qui… », ici : « c’est moi qui fait souffrir maman ! », et dans le mouvement progrédient « Je tue maman en allant de l’avant », il y a alors un retournement contre soi d’une agressivité qui est plus une vitalité primordiale que de la haine stricto-sensu, agressivité vitale visant l’objet primordial. Conclusion: « je suis indigne de vivre, je dois me supprimer ». Inconsciemment, mourir c’est fusionner avec l’objet primaire, donc le retrouver dans la paix et le protéger ! Le suicide abolit les contradictions irréductibles il devient  - hélas- la « bonne » solution !

Alors attention à « l’appropriation culpabilisante » des patients, c’est une étape de survie inéluctable pour les issues autodestructrices de l’adolescence, mais elle nécessite la poursuite de soins psychiques attentifs.


 

1  Cette conférence reprend des éléments de mon article « L’espoir et l’idéal » paru dans la revue Adolescence numéro 87,2014, la partie clinique est totalement différente.

2  Séminaire clinique, communication personnelle.

3  C.F. Catherine Parat « Essai sur le bonheur » in L’affect partagé, PUF, 1995.

4  Cycle de la capacité de rêverie de l’analyste et de la mère: Prendre en soi les éléments Beta, les éprouver, les transformer, les restituer psychisés en éléments Alpha, bons pour la symbolisation.

5  Dans mon livre « L’enveloppe visuelle du moi, perception et hallucinatoire » (Dunod 1999) j’ai longuement distingué un fétichisme « ordinaire », un fétichisme pathologique et un fétichisme créateur.

Publié le 03.02.2016

Éditorial par Denys Ribas

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Éditorial par Denys Ribas[1]

Ces attentats qui semblaient aveugles ont visé une jeunesse qui aimait et profitait de la vie dans la douceur du soir d’un été qui se prolongeait dans un quartier populaire. C’est la vie et l’amour de la vie qui est le crime puni de mort. En repensant au beau film Timbuktu d’ Abderrahmane Sissako – les enfants jouent au football sans ballon car le jeu est interdit, comme l’est aussi la musique – et aux cibles visées, on peut aussi envisager que jouer au football, écouter de la musique, danser entre hommes et femmes, se désirer, boire un verre au café ou dîner entre amis à une terrasse doivent disparaître car c’est précisément le plaisir qui est visé. Ces meurtres de sang froid, assassinats méthodiques nous glacent d’effroi.  On supprime en un instant une vie qui a eu besoin de tant d’amour pour se développer et devenir libre d’elle-même. Ceux qui les aimaient et les blessés seront marqués toute leur vie par la douleur.

Peut-être est-ce seulement que les guerres et les horreurs dont l’Europe était (presque) indemne depuis qu’elle s’était unie nous atteignent, alors qu’elles sont quotidiennes dans maintes parties du monde. Tous les citoyens se demandent comment résister à l’intimidation par la terreur sans payer un trop lourd tribut de renoncement à nos libertés. La radicalisation qui amène au terrorisme nous interroge, sociologiquement, économiquement, politiquement.

Les psychanalystes doivent de plus tenter de comprendre comment des jeunes gens en viennent à choisir de se tuer en tuant le plus de gens possibles. L’autodestruction et l’agressivité envers l’autre sont habituellement antagonistes dans la psyché. Leur mise en résonnance et en phase vers un même but est particulièrement dangereuse. Nous la connaissions dans la secte mortifère, avec l’effraction des limites psychiques et l’appropriation d’une toute puissance, l’aliénation à un leader qui prend la place de l’idéal du moi, dénaturé en Moi-idéal. Mais comment est-ce possible à distance par une propagande en images ? Quel naufrage psychique y expose ? Et pourquoi cette folie-là plutôt que la psychose, la décompensation psychosomatique, ou la mélancolie ?

Leurs attaques fanatiques remettent ainsi en cause le rapport à la mort de nos sociétés occidentales. « Not afraid » disent des pancartes au milieu des bougies autour de la statue de la République. Il serait plus juste d’écrire, « Afraid, mais vivant quand même, et surtout comme nous l’entendons ». On s’est souvenu ces derniers jours de la devise de Paris. Freud aimait celle de la Hanse : « Naviguer est nécessaire. Vivre n’est pas nécessaire[2] »

[1] Président de la SPP

[2] Actuelles sur la guerre et la mort

Publié le 24 novembre 2015

    
 

Progression du financement des travaux

Situation au 31/12/2015

22/07/2015 18/12/2015 31/12/2015 prog juillet-décembre
Don, cot exc 483755 544947 554541 70786
Nombre de Donateurs 495 510 515 20
Aef 11450 12450 13470 2020
0
Dons ext 65730,63 69470 71520 5789,37
Concert de soutien 16589 16589 16589
subventions 0
Total 560935,63 626867 639531 78595,37
0
promesse de dons 40000 41300 41300 1300
0
Total 600935,63 668167 680831 79895,37

La contribution des membres au projet a presque atteint le niveau initialement souhaité, et est complétée par les apports extérieurs recueillis par le comité de suivi. Mais le budget travaux avait augmenté de 180000€ (de 920 000 à 1,1M€ avec l’ascenseur donnant l’accessibilité aux trois étages et l’ouverture dans le toit). D’autre part des frais supplémentaires s’ajoutent, quelques coûts de plus pour les travaux, et des frais assez importants d’aménagement, d’installation et de déménagements, dont certains auraient étés à engager de toutes façons en emménageant dans des locaux loués. D’autres sont des installations nouvelles : ainsi une installation vidéo moderne permettant de diffuser des séances scientifiques en temps réel en région et à nos membres à l’étranger. Concrètement il nous faudrait encore 360 000€ de plus pour couvrir fin des travaux et budgets de déménagement et d’aménagement.

Commentaire du Président :

Comme indiqué dans ma dernière lettre, une mobilisation de tous les membres – en cours : +72000€ depuis l’été – est à poursuivre pour protéger l’avenir de la SPP en lui donnant des fondations solides, qui seront bien utiles dans les années à venir. Merci à tous ceux qui déjà ont répondu à mon appel à un complément de don de 450€ qui porte la contribution sur deux ans à 1300€. Merci à ceux qui nous rejoignent : c’est maintenant en contribuant que nous protégerons nos successeurs. Toutes les contributions sont attendues, en fonction des moyens de chacun, et étalées dans le temps si besoin. Merci à ceux qui donnent des contributions importantes, voire très importantes qui témoignent de leur attachement et de leur confiance en la SPP. Merci enfin aux groupes régionaux et aux institutions amies qui manifestent leur soutien en contribuant.

Denys Ribas

 

 

 

Avancement des travaux de la rue Daviel : Situation au 16 février 2016

Dans le XIIIème arrondissement de Paris, près du métro Glacière, la rue Daviel

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Un petit immeuble au 21 appartient à la SPP

 

 

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Tout commence par des démolitions en juillet 2015

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Le toit du rez-de-chaussée est le sol d’un patio de 70m2, que nous voulons récupérer…

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Mais il révèle une structure en béton armé massif, dont la démolition nécessite les grands moyens… et du temps !

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Deux poutrelles de 750kg sont montées avec des crics pour recréer un plancher…

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…et couler une dalle de béton, laissant l’espace de quatre dalles de verre pour éclairer le rez-de-chaussée.

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Il faut aussi creuser la cage de l’ascenseur pour que les trois étages soient accessibles aux personnes à mobilité réduite.

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La cage de l’ascenseur est créée

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Et les escaliers coulés en béton

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Pour préserver l’avenir, un accès au toit est créé, car l’immeuble peut être surélevé. Cela amènera la lumière  dans le couloir de la SPP au 1er.

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Et donnera accès aux pompes à chaleur réversibles installées sur le toit, qui chaufferont et rafraichiront les locaux

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Une verrière couvre l’ancien patio, autour duquel se distribueront les box et locaux administratifs du CCTP

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Les box seront vitrés en partie haute pour un éclairage indirect

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Les cloisons sont montées :

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Le bureau de la RFP

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Les isolations et parois sont installées

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Les boxes thérapeutiques

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Des bureaux SPP au 1er étage

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Le secrétariat du CCTP

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Bureaux SPP

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Au rez-de-chaussée, avec 3 bureaux SPP avec des fenêtres sur rue, sont installées les salles de réunion et de psychodrame dont les cloisons sont montées, elles aussi vitrées en partie haute.

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Les ouvertures pour les dalles de verres  seront découpées dans le coffrage pour éclairer la salle de réunion.

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La future grande salle de conférence :

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Au demi sous-sol, à l’anglaise, qui accueillera la BSF, les cloisons montent aussi

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Pose du sol dans la réserve des livres de la BSF

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Où sont maintenant entreposés les rayonnages professionnels Cardex démontés rue Vauquelin.

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De même qu’ont été déménagées les bibliothèques en bois.

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2016

Les bibliothèques sont montée dans la BSF

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Les rayonnages professionnels Cardex sont en place

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Au rez de chaussée, les cloisons des trois bureaux SPP sont montées : Accueil, Secrétariat scientifique et Comptabilité

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Tandis que les câblages informatiques et électriques sont mis en places au premier étage, où les finitions sont en cours : le bureau du secrétariat du Congrès :

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Les dalles de verre

dépoli du hall

du CCTP…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

…illuminent  la salle Marie Bonaparte en dessous

 

 

 

 

 

 

 

La salle de lecture de la Bibliothèque prend forme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De même que la nouvelle salle de conférence où l’on pose le sol.

    
 

Manie

Une lettre du Dr Augustin Jeanneau

À la suite de la publication de notre numéro « Manie » (numéro 4, volume 79 de la Revue française de Psychanalyse, septembre 2015), nous avons reçu la lettre suivante de la part du Dr Augustin Jeanneau, que nous publions ici avec son aimable autorisation.  Le Dr Jeanneau, membre titulaire formateur honoraire de la Société Psychanalytique de Paris, a été son président de 1984 à 1985. Psychiatre des hôpitaux, il a également été le directeur général de l’Association de Santé Mentale dans le 13ème arrondissement de Paris de 1982 à 1992.

Chers collègues,

Il y a quelques semaines déjà que je voulais vous dire tout l’intérêt que j’ai trouvé à la lecture du récent numéro de la Revue concernant la manie. Merci tout d’abord de m’y avoir associé par le rappel d’un travail dont l’après-coup me disait que je le ferais maintenant plus court – mais en suis-je aussi sûr ? –, y retrouvant en tout cas la pression ressentie sur le terrain – au dehors en effet – où le patient vous précipite dans la vitesse et l’ubiquité, avec l’obligation, pour en saisir le drame, de ne pas brûler les étapes de la réflexion. C’était méritoire de m’y avoir suivi, et sympathique d’en faire état.

Je ne pouvais qu’apprécier cette relance du sujet, que l’argument proposait aux auteurs, en élargissant la perspective, sans éviter pour autant de pointer les questions difficiles. Et les réponses n’ont pas craint de se situer d’un point à l’autre d’un large spectre, de l’obstination « opératoire » à l’inspiration divine, ou d’interroger, ailleurs, par delà la fuite ou la défense d’une nécessaire et impossible rencontre, les exigences d’un amour qui s’ignore, venu des inconnues anaclitiques. Encore faut-il – et à quel prix ! – sauver cette relation à un objet condamné, au départ, d’être seulement ce qu’il est.

Et puisque le meilleur de la réflexion fait surgir d’autres questions, c’en est bien une, et pas la seule, qui court de l’un à l’autre texte. Se maintenir dans l’excitation, sans émarger au pulsionnel, mais en garder ce qu’il en faut, à peine, pour maintenir la pression. Ce qui est bien, en effet, spécifique de la manie. Car on sait comment la mélancolie se trouve lourdement arrimée par l’identification narcissique à un objet qui entretient l’excitation douloureuse de son être ; et que par l’incorporation, elle prend pied régressivement dans le pulsionnel, avec quelque chance de s’inscrire sur le chemin d’un travail mélancolique. Mais en plein air, si j’ose dire, invité par un des auteurs à ne pas y négliger pour autant cette identification narcissique, on comprend assurément mieux combien le montage est fragile pour conserver sa bonne humeur. Parce que dans une réalité tout à la fois nécessaire et contraire, ce n’est pas une sinécure pour le moi d’y garder son ambitieuse primauté, s’il faut pour s’en assurer en devenir « l’agent subalterne », pour reprendre un terme de B. Grunberger.

Même foncière contradiction qui nous est rappelée ailleurs par le terme d’ « objets infinis », mais aussi bien « mal finis », s’il est vrai, en effet, que l’objet a failli à renvoyer au narcissisme l’absolu de ses limites. Et puis cette mise à feu d’un préconscient qui, finalement, n’a pas toujours tant de choses à dire, puisqu’il s’agit avant tout de sauver du naufrage un système relationnel, qui ne vaut qu’à donner à la folie narcissique un semblant de raison.

On a également bien fait de nous laisser entendre que rien n’est si étonnant de ces revirements imprévus, de la douleur à la colère, dans les profondeurs topiques. Une indication qui mériterait d’être examinée, car la porosité des stades, dans ces zones matricielles, pourrait nous en dire davantage, pourvu qu’un zest d’objectalité, en y laissant sa griffe, nous aide à mieux comprendre comment peuvent se côtoyer le désespoir et l’illusion.

Voilà quelques notations, amicales et spontanées, mais qui sont bien insuffisantes au regard de l’élaboration des différents textes. Mais c’était seulement pour vous dire que la réussite de ce numéro tient à la relance de la réflexion, que chaque lecteur aimera poursuivre à sa manière sur ce sujet qui, grâce à vous, n’est pas clos.

Et vous redire aussi, chers collègues, l’assurance de mes sentiments de très cordiale amitié.

Augustin Jeanneau 

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La Société Psychanalytique de Paris (SPP) fait appel à vous tous pour réaliser son projet de s’installer dans un nouveau lieu, qui donnera corps aux buts qu’elle poursuit auprès des personnes intéressées à la psychanalyse et liées à la SPP.

Pour marquer cette nouvelle étape historique du développement de la SPP, Nathalie Joly donnera un spectacle de soutien à la SPP

Je ne sais quoi

d’après les chansons d’Yvette Guilbert et sa correspondance avec Sigmund Freud,

le dimanche 14 février 2016 à 17h, au Théâtre Adyar, 75007

“Un savoureux et très beau spectacle sur l’admiration musicale que Freud vouait à Yvette Guilbert” David Jisse, France Culture

Nous vous attendons tous pour ce temps fort.

Le 30 octobre 2014, la SPP a fait l’acquisition de nouveaux locaux situés au 21 rue Daviel dans le 13ème arrondissement de Paris. Ce nouveau lieu a vocation d’améliorer les services proposés aux membres, aux psychanalystes en formation et au public, et aussi de regrouper toutes les activités et services de l’association. D’importants travaux de rénovation, d’aménagement et d’accessibilité (pour les personnes à mobilité réduite) sont en cours. Ils vont durer jusqu’au début de l’année 2016. Les devis des travaux s’élèvent à 1.100.000€

Aujourd’hui, nous avons décidé de faire appel à vous, membres de notre communauté et amis de la SPP, pour nous soutenir et témoigner de votre engagement à nos côtés dans cette nouvelle étape qui nous rendra encore plus ouverts et présents pour vous tous. 70% du coût des travaux sont déjà acquis grâce aux dons venant de membres de l’association et de dons émanant de personnes extérieures amies de la SPP. C’est déjà une grande étape, et un remarquable témoignage de confiance et d’engagement. Le défi est de réunir maintenant les  30% manquants, soit 300 000€, en permettant à tous, praticiens, professionnels, chercheurs, particuliers ayant bénéficiés de la psychanalyse, public intéressé, etc… de s’associer à la SPP et à son projet « Au coeur de la psychanalyse ». Tous les dons comptent, et votre contribution, quel que soit son montant, contribue à rendre possible la réalisation des travaux.

En soutenant ce projet d’envergure, vous permettez :

- D’offrir de meilleures conditions d’apprentissage aux personnes en formation au sein des Instituts de formation à la psychanalyse - De développer le Centre de Consultations et de Traitements Psychanalytiques gratuits.  Unique en France, il est à la fois un lieu de consultations et de traitements qui reçoit gratuitement des patients adultes. C’est le seul service public original de soins et de formation psychanalytiques, ancré dans la cité et ouvert.

- De reloger la bibliothèque Sigmund Freud (BSF) qui rassemble 30.000 ouvrages et revues de psychanalyse des origines à nos jours. Elle est accessible à tous par son catalogue et son site : http://bsf.spp.asso.fr/

- D’offrir un nouvel espace à la Commission pour la psychanalyse avec l’enfant et l’adolescent (COPEA)

- De développer le pôle éditorial de la SPP, qui publie la Revue Française de Psychanalyse, les Monographies et Débats de psychanalyse, et les ouvrages édités par SPP Edition. Depuis sa fondation et au cours de son histoire, la SPP a bénéficié à plusieurs reprises de soutiens et de dons (en particulier de la Princesse Marie Bonaparte, mais aussi de plusieurs autres mécènes), qui lui ont permis de se développer.

Rejoignez le cercle des personnalités qui depuis près d’un siècle contribuent par leur soutien au rayonnement de la psychanalyse, Soutenez notre projet de réaménagement, et profitez du spectacle de Nathalie Joly.

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Éditorial par Denys Ribas

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Éditorial par Denys Ribas[1]

Ces attentats qui semblaient aveugles ont visé une jeunesse qui aimait et profitait de la vie dans la douceur du soir d’un été qui se prolongeait dans un quartier populaire. C’est la vie et l’amour de la vie qui est le crime puni de mort. En repensant au beau film Timbuktu d’ Abderrahmane Sissako – les enfants jouent au football sans ballon car le jeu est interdit, comme l’est aussi la musique – et aux cibles visées, on peut aussi envisager que jouer au football, écouter de la musique, danser entre hommes et femmes, se désirer, boire un verre au café ou dîner entre amis à une terrasse doivent disparaître car c’est précisément le plaisir qui est visé. Ces meurtres de sang froid, assassinats méthodiques nous glacent d’effroi.  On supprime en un instant une vie qui a eu besoin de tant d’amour pour se développer et devenir libre d’elle-même. Ceux qui les aimaient et les blessés seront marqués toute leur vie par la douleur.

Peut-être est-ce seulement que les guerres et les horreurs dont l’Europe était (presque) indemne depuis qu’elle s’était unie nous atteignent, alors qu’elles sont quotidiennes dans maintes parties du monde. Tous les citoyens se demandent comment résister à l’intimidation par la terreur sans payer un trop lourd tribut de renoncement à nos libertés. La radicalisation qui amène au terrorisme nous interroge, sociologiquement, économiquement, politiquement.

Les psychanalystes doivent de plus tenter de comprendre comment des jeunes gens en viennent à choisir de se tuer en tuant le plus de gens possibles. L’autodestruction et l’agressivité envers l’autre sont habituellement antagonistes dans la psyché. Leur mise en résonnance et en phase vers un même but est particulièrement dangereuse. Nous la connaissions dans la secte mortifère, avec l’effraction des limites psychiques et l’appropriation d’une toute puissance, l’aliénation à un leader qui prend la place de l’idéal du moi, dénaturé en Moi-idéal. Mais comment est-ce possible à distance par une propagande en images ? Quel naufrage psychique y expose ? Et pourquoi cette folie-là plutôt que la psychose, la décompensation psychosomatique, ou la mélancolie ?

Leurs attaques fanatiques remettent ainsi en cause le rapport à la mort de nos sociétés occidentales. « Not afraid » disent des pancartes au milieu des bougies autour de la statue de la République. Il serait plus juste d’écrire, « Afraid, mais vivant quand même, et surtout comme nous l’entendons ». On s’est souvenu ces derniers jours de la devise de Paris. Freud aimait celle de la Hanse : « Naviguer est nécessaire. Vivre n’est pas nécessaire[2] »

[1] Président de la SPP

[2] Actuelles sur la guerre et la mort

    
 

logopsy_Orange2.5 77e CPLF : Interpréter – Paris – 2017

La Société Psychanalytique de Paris (SPP)
L’Association Psychanalytique de France (APF)

avec la participation des Sociétés Psychanalytiques composantes du CPLF : Belge, Brésiliennes de
Porto Alegre (SPPA), Rio de Janeiro (Rio 2) et São Paulo (SBPSP), Canadienne, Espagnole,
Hellénique, Israélienne, Italienne, Portugaise, Roumaine, Suisse, SPRF
les Associations Psychanalytiques d’Istanbul, d’Italie, de Madrid
et l’Association Psychanalytique Argentine (APA), société associée au CPLF

annoncent le 77ème CPLF

INTERPRÉTER

Les rapports seront présentés par

Emmanuelle CHERVET (SPP) : Patient, et interprète Le domaine intermédiaire

Brigitte EOCHE-DUVAL (APF) : L’interprétation analytique, un acte subversif

MAISON DE LA MUTUALITÉ
24 rue St Victor 75005 PARIS
du 25 au 28 mai 2017
(pendant le grand week-end de l’Ascension)

 

Secrétaires scientifiques : Bernard Chervet, Marilia Aisenstein

Conseil du CPLF : Bernard Bensidoun, Josiane Chambrier-Slama, Elisabeth Dahan-Soussy, Sabina Lambertucci-Mann, Gérard Szwec, Evelyne Chauvet, Françoise Coblence, Laurent Danon-Boileau, Michel Vincent, Roland Havas, Daniel Irago, Maya Levi Garboua,  Isabelle Maitre-Lewy-Bertaut, Gérard Noir, Marina Papageorgiou, Martine Pichon-Damesin, Eva Weil

Pour l’APF : Bernard de la Gorce, Jocelyne Malosto, Patrick Merot,  Dominique Suchet, Philippe Valon

Directrice administrative : Evelyne Beddock

 

 

 

ANNULATION DU COLLOQUE DES MONOGRAPHIES

Colloque des Monographies

La Pensée

Approche Psychanalytique

Samedi 21 novembre 2015 de 8h45 à 18h

à l’Université Paris Descartes à Boulogne-Billancourt (92100)

affiche_PENSE_21Novembre15_BAT-page-001_sept 2015Programme_PENSE_BAT-page-002_sept 2015

 

    
 

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Au Square Centre des Congrès de Bruxelles

du 5 au 8 mai 2016

76e Congrès des Psychanalystes de Langue Française : Le moi inconscient

 

François Richard

DISCUSSION DE LA CONFÉRENCE DE JACQUELINE SCHAEFFER

Jacqueline Schaeffer, dans sa belle conférence, reprend ses idées sur l’identité et la sexualité féminine pour les prolonger sur un point précis qu’elle n’avait pas encore discuté de façon aussi approfondie jusqu’alors. Sa proposition selon laquelle il y aurait des destins différents de « la dépression » au masculin et au féminin m’a frappé d’emblée. Elle souligne une évidence que personne n’avait suffisamment repérée : ce que l’on appelle dépression est présenté la plupart du temps comme un syndrome pour ainsi dire asexué et il en va de même pour beaucoup d’autres catégories nosologiques. Pourtant le sens commun perçoit intuitivement une mélancolie et une plainte propre aux femmes. Dans le champ de l’adolescence que je connais bien, beaucoup de collègues parlent des pathologies propres à l’adolescence, indifféremment pour les filles et pour les garçons, sauf par exemple Bernard Brusset qui en tient compte. André Green disait il y a quelques années que la sexualité tendait à disparaître des théories des psychanalystes.

Comme le dit Jacqueline Schaeffer, la dépendance, que l’on trouve au cœur de nombreux états dépressifs, peut devenir une occasion de revivre et d’analyser les avatars de la relation première à la mère. Cela suppose prendre le risque d’une certaine régression. Dans le troisième chapitre des Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud montre bien comment à l’adolescence le moi certes rencontre la personne ou l’objet total, mais doit alors faire le deuil des objets partiels infantiles qui étaient vécus comme s’ils étaient totaux. Rien ne garantit que ce passage et que cet échange se fasse harmonieusement et cela peut être parfois source d’une dépressivité chronique. Ce type de frustration prégénitale aurait-elle à voir avec la spécificité de la dépression féminine dont parle Jacqueline Schaeffer ?

J’aime bien l’évocation, dans cette conférence, de la femme qui passe sa vie « à attendre ». Mais est-il si certain que cela que les sensations orgastiques n’existent pas chez la petite fille ? Il y a des auteurs qui réfutent cette hypothèse. L’attente est sans doute une excitation douloureuse, celle d’avoir été séduite et abandonnée. Cette situation peut permettre paradoxalement l’advenue d’une « seconde latence » à l’adolescence. On peut la rencontrer aussi chez certains hommes facilement amoureux et dépendants de l’objet. Certes la fille connaît des vécus authentiques d’incorporation, plus que le garçon, mais certains garçons sont très proches de leurs mères. Il faut néanmoins reconnaître cette particularité du corps à corps fille/mère qui peut tourner à la haine, ou à des confidences sans fin, sortes d’addiction à la parole.

Il faudrait, dit Jacqueline Schaeffer, que se constitue un objet interne mais le paradoxe n’est-il pas alors que la fille tombe dans une dépendance non plus à sa mère mais à une imago interne totalitaire dont il faudra qu’elle s’émancipe à son tour, par une adolescence difficile, par une psychanalyse ?

Green à propos du travail du négatif parlait de la confusion entre désirer et être désiré, on peut ajouter ici la confusion entre aimer et être aimé(e). Jacqueline Schaeffer illustre ceci avec des exemples cliniques très pertinents où l’on voit bien la condensation puis la confusion entre perte objectale et perte narcissique.

Est-il bien sûr que la dépression au masculin, du côté des angoisses d’échec et de castration, soit moins dramatique ? Pauvres hommes qui ont un corps mais « pas de chair » ! Est-ce que ce n’est pas pire ou au moins équivalent à l’envie du pénis ? On retrouve ici les hypothèses de Jacqueline Schaeffer sur la jouissance féminine qui peut devenir très importante à condition que le moi accepte activement une bonne passivité, une passivité en fait très active.

La discussion conclusive sur la tension entre d’un côté l’identification primaire à la mère et d’un autre côté l’exigence de s’individuer et de s’autonomiser, mériterait d’importants prolongements et ouvre des perspectives nouvelles.

Publié le 21 juillet 2015

 

Conférence du 12 février 2015

A partir de La crainte de l’effondrement[1]

Denys Ribas

Point de départ clinique : un non traumatisme.

Mon illustration portera sur la dernière séance d’une psychothérapie, séance dont la particularité est que la patiente n’y est pas venue.

Dans sa psychothérapie en face à face, B., une grande femme brune un peu trop corpulente – mais sa taille en augmentant l’effet – se trompe répétitivement lorsque je m’absente une semaine lors des congés scolaires : elle ne vient pas quand je suis là, se heurte à une porte close la semaine suivante et ne vient pas la semaine qui suit. Boude-t-elle alors ou une passivité de mort se montrait-elle déjà face au sentiment d’un combat perdu d’avance pour qu’elle reste investie… Pourtant cette femme chaleureuse et spontanée investit quant à elle bien son traitement et y est agréablement associative. Elle compte sur sa psychothérapie pour quitter l’aspect commercial où elle réussit dans son métier et y passer du côté créatif par l’écriture. Elle souhaite aussi arriver à renouer un lien de couple durable.

Elle apporte un souvenir-écran de son enfance, à l’époque de l’apprentissage de la lecture. Elle n’avait pas fait signer par sa mère le reproche écrit à l’encre rouge dans son cahier d’écolière par l’institutrice et se souvient de son immense soulagement lorsque sa mère lui dit le matin qu’elle était malade et n’irait pas à l’école pour quelques temps. C’était une étrange maladie. Il n’était pas nécessaire de rester au lit, mais il ne fallait pas passer devant la fenêtre du couloir de la salle de bain, trop exposée à un tireur embusqué. La bataille d’Alger avait commencé.

B. se souvient de sa tortue qui lui tenait compagnie et sur la carapace de laquelle étaient peintes en bleu blanc rouge les lettres OAS. Elle a été assez heureuse que l’exil dont ses parents ne sont toujours pas remis lui permette de faire ses études à Strasbourg et ne partage pas leurs idées politiques. Il ne lui serait pas venu à l’idée de se considérer comme traumatisée. Nous élaborerons sa surprise que ses parents soient restés quelques semaines de plus ensemble dans le danger après avoir organisé le départ de leurs deux filles, dégageant la scène primitive des urgences matérielles du rapatriement.

Sa culpabilité et son hystérie – le rouge de l’encre a déplacé le rouge du sang des victimes – ont opéré des reliaisons protectrices du traumatisme de l’exode, de l’impuissance devant la catastrophe dans un sentiment familial de trahison.

Pourtant, et justifiée en apparence par la conjoncture économique défavorable à l’époque, son évolution professionnelle tourne dans un premier temps à la catastrophe avec une longue période de chômage. Elle réalisera cependant finalement son projet.

Sur le plan affectif l’investissement de son corps et le fait de mieux assumer ce qui en elle excite les hommes va lui permettre des aventures… mais pas au-delà, en tout cas pas la possibilité de construire un couple et une famille. Le temps passe et l’horloge biologique n’ignore pas la temporalité, amoindrissant l’espoir d’avoir un enfant. Trahison des promesses du travail analytique ? Peut-être aussi ma patiente sait-elle avoir une passivité de vie qui lui permet de s’offrir à l’autre, mais elle est aussi parfois un peu trop passive quand ses amants la désinvestissent… passivité de mort.

Pourtant B. continue son élaboration et parle de ses fringales, proches d’épisodes boulimiques qu’elle refusait jusqu’ici de combattre pour ne pas renouer avec les persécutions de sa mère, petite et menue, à l’adolescence, qui voulait qu’elle soit mince pour séduire un mari. Elle va reconstruire les raisons de certaines obsessions maternelles. L’abord de ces différents empiètements psychiques me semblait témoigner d’un authentique travail analytique et lorsque B souhaita terminer son traitement, cela me sembla une bonne idée. Un mois avant l’arrêt, B s’effondra et nous poursuivîmes les séances pendant un an qui permirent d’élaborer les aspects négatifs ainsi révélés et en particulier sa déception amoureuse envers moi qui ne lui ai offert ni le mariage, ni l’enfant espéré. Investissant un projet d’achat d’appartement qui cette fois serait à son nom – elle habitait jusque là un studio appartenant à ses parents – elle souhaita à nouveau arrêter et cela me sembla à nouveau favorable, avec cette prise d’indépendance assez richement évocatrice. À l’avant dernière séance, B. arriva en larmes, rien n’allait plus. Il me sembla que c’était une réplique du séisme de l’année précédente, plutôt qu’un nouveau séisme et je le lui dis, maintenant le principe que la prochaine séance serait la dernière et pensant pouvoir compter sur cette séance de fin. Évidemment, elle ne vint pas et ne répondit pas à deux courriers…

La répétition a-t-elle gagnée, et laquelle ? Ma patiente s’est-elle débrouillée pour que je lui oppose une fin de non recevoir, qu’on lui impose in fine à nouveau de partir sans avoir le choix, comme dans son enfance. Ou n’a-t-elle pas supporté que je refuse de continuer à réincarner une mère un peu maquerelle qui veut en apparence rendre sa fille désirable pour un homme mais est en même temps complice, de par l’échec de celle-ci, du fait qu’elles ne se quitteront pas… C’est alors la fixation homosexuelle à la mère qui aurait été la plus forte.

Je n’ai pas le sentiment que cette rupture ait le sens de garder le lien par la dette restée en suspens – ce qui accroîtrait la dimension parentale. Il me semble plus que cet acte agit une destruction irréversible du lien, dans la répétition d’un départ définitif sans au-revoir ni adieu.

Dans cette hypothèse, la séparation a-t-elle réactivé une désintrication trop poussée, révélant la dimension adhésive méconnue par moi, et libérant une pulsion de mort désobjectalisante ? Et que reste-t-il alors pour ma patiente de l’objet analytique et du travail accompli. Ou simplement y a-t-elle gagnée son indépendance, par une guerre éclair de libération menée et gagnée contre moi ?

Interroger l’activité et la passivité est ici précieux. Si dans l’enfance, sa passivité fut dans la réalité totale face aux « évènements » d’Algérie, comme on disait, et aux silences des adultes et des autorités sur la faillite de leurs engagements, elle est active dans le mode de départ qu’elle m’impose et la spoliation d’argent assez symbolique qu’elle m’inflige. Loin d’être une victoire du masochisme – j’obtiens le rejet et je vomi l’analyse – c’est peut-être alors une identification réussie à l’agresseur qui permet ici, comme souvent, une sortie sadique du traumatisme. Donc une intrication pulsionnelle et une dérivation externe de la destructivité. Elle a effectivement réussi à me châtrer de mon sentiment d’avoir bien travaillé, c’était peut-être le but, mais elle m’a aussi suffisamment marqué pour que je me souvienne d’elle aujourd’hui pour ce travail, blessant ma confiance dans sa confiance et laissant une trace dans mon narcissisme professionnel, médium pas si malléable que cela. Ou plutôt médium vivant qui, comme la peau lors d’un tatouage, fait mal quand on y inscrit une trace, convoquant l’économie masochique de l’analyste. Si c’est le cas, alors tant pis pour le narcissisme, c’est plutôt une bonne version.

Quelques années plus tard, je recevrai une carte, avec une marque de gratitude. Postée d’un autre pays…

Citer ce matériel clinique est aussi pour moi l’occasion de souligner combien les conséquences de la guerre d’Algérie continuent de faire  l’objet d’un déni dans la mémoire française, mais aussi dans les travaux psychanalytiques. Une catastrophe encore pas totalement advenue et confrontée ? [2]

Winnicott et la crainte de l’effondrement

En anglais: breakdown, qui évoque la panne de l’automobile par l’idée de rupture d’un mécanisme ou de manque d’énergie, est utilisé pour décrire la santé qui s’altère, décline, la raison qui sombre, la personne dont le discours s’arrête court ou qui fond en larmes ou tombe malade de fatigue, s’écroule, s’effondre et parvient ainsi à l’arrêt cornplet. D’aprés The concise Oxford dictionary,  “ Breakdomn : collapse, stoppage ; failure of health or power ”. (N. d T.)

Fear of breakdown propose une compréhension nouvelle de ce symptôme que présentent certains patients, et qui apparaît au cours de l’analyse, parfois en ayant longtemps été masqué, lorsque la dépendance s’est installée. Breakdown est convoqué pour signifier qu’il s’agit moins d’une défense que de l’état impensable sous-jacent à l’organisation d’une défense. Il ne s’agit ici pas d’angoisse de castration, mais ce qui « est signalé par le phénomène plus psychotique examiné ici, un effondrement de l’institution du Self unitaire. Le moi organise des défenses contre l’effondrement de l’organisation du moi, et c’est l’organisation du moi qui est menacée. » Winnicott donne alors sa version de la Hilflosichkeit : Mais le moi ne peut s’organiser contre l’échec de l’environnement dans la mesure où la dépendance fait partie de la vie. »

Cette dépendance est absolue au début de la vie.

Les agonies primitives (angoisses disséquantes primitives) prennent plusieurs figurations :

  • Retour à un stade de non-intégration. (défense : dépersonnalisation)
  • Tomber à jamais (défense : self-holding)
  • Perte de la complicité psychosomatique, échec de l’installation dans le soma (défense : dépersonnalisation)
  • Perte du sens du réel. (défense : recours au narcissisme primaire, etc)
  • Perte de la capacité d’être en relation avec les objets (défense : états autistiques, relation exclusive avec les auto-phénomènes)

Il est intéressant de voir que Winnicott convoque immédiatement les défenses correspondantes et il précise que la maladie psychotique n’est pas l’effondrement mais la défense qui protège souvent avec succès de l’agony primitive.

Il expose alors sa proposition : « Je soutiens que la crainte clinique de l’effondrement est la crainte d’un effondrement qui a déjà été éprouvé. C’est la crainte de l’angoisse disséquante qui fut, à l’origine, responsable de l’organisation défensive que le patient affiche comme un syndrome pathologique. »

Winnicott affirme qu’il y a des moment où un patient a besoin qu’on lui dise « que l’effondrement, dont la crainte détruit sa vie, a déjà eu lieu. C’est un fait qu’il porte lointainement caché dans l’inconscient. » (p.209).

Remarquons que Winnicott rejoins sans le dire le tournant freudien des années 20 et la seconde topique : en effet cet inconscient n’est pour lui pas celui, refoulé, de la névrose (et de la première topique), ni de la neurophysiologie que Freud prend en compte, ni l’Inconscient collectif de Jung ; « …inconscient veut dire que le moi est incapable d’intégrer quelque chose, de l’enclore. Le moi est trop immature pour rassembler l’ensemble des phénomènes dans l’aire de l’omnipotence personnelle. » (p.210).

Remarquons un mot qui n’est pas dit : « contenance ». On sait – et combien je le regrette – que Winnicott et Bion n’ont jamais confronté leurs pensées. Le texte semble avoir été écrit  – en plusieurs temps – dans les années 62-65, et avant la mort de Winnicott selon Masud Kahn.

« Ici il faut se demander pourquoi le patient continue d’être tourmenté par ce qui appartient au passé. La réponse doit être que l’épreuve de l’angoisse disséquante primitive ne peut se mettre au passé si le moi n’a pu d’abord la recueillir dans l’expérience temporelle de son propre présent, et sous le contrôle omnipotent actuel (qui prend la fonction de soutien du moi auxiliaire de la mère [l’analyste]).

Autrement dit, le patient doit continuer de chercher le détail du passé qui n’a pas encore été éprouvé. Il le cherche dans le futur, telle est l’allure que prend sa quête.

Sauf si le thérapeute peut travailler avec succès parce que pour lui ce détail est déjà un fait, le patient doit continuer de craindre de trouver ce qu’il cherche compulsivement dans le futur.

D’un autre côté, si le patient est prêt à accepter cette vérité d’un genre bizarre que ce dont il n’a pas encore fait l’épreuve s’est cependant produit dans le passé, la voie est alors ouverte pour pour que l’angoisse disséquante soit éprouvée dans le transfert, en réaction aux faillites et aux erreurs de l’analyste. Le patient peut se débrouiller avec ces erreurs, quand elles sont à dose raisonnable ; quant à chaque faillite technique, le patient peut la mettre au compte du contre-transfert. Autrement dit, il recueille peu à peu la faillite originelle de l’environnement facilitateur dans l’aire de son omnipotence et dans l’expérience de l’omnipotence propre à l’état de dépendance (fait transférentiel).

Tout cela est très difficile, c’est douloureux, cela prend du temps, mais en tous cas ce n’est pas vain. Ce qui est vain, c’est l’autre choix, que nous allons maintenant considérer. » (p.210-211).

Discussion :

  1. Remarquons tout d’abord que la traduction par Gribinski de agony par angoisses disséquantes st inventive et pas du tout neutre. Elle évoque ce qui est mis en pièces – pulsion de mort – que c’est l’angoisse elle-même qui clive et morcèle, avec cette curieuse association inverse : on dissèque un mort. La mort est déjà arrivée.

Primitive Agonies. Comme il n’existe pas d’équivalent réellement satisfaisant pour agony qui désigne généralernent une angoisse extrême, proche du supplice (mais on peut aussi parler d’agony of joy), nous nous en sommes tenus au terme d’agonie. On pensera ici au sens originel du mot : lutte, d’où dérive une angoisse, une agitation de l’âme, une profonde détresse, qui ne sont pas nécessairement liées, comme dans le sens actuel courant, à la mort (N. d. T.)

 

Je pense plutôt qu’agony qui n’a pas exactement en anglais le même sens de fin de vie qu’en français exprime un éprouvé agonique sans aucun sens. Ce concept a été repris par Tustin qui décrit les terreurs associées au « trou noir », à un effroi sans nom (Bion) en précisant : « La peur réaliste de mourir paraît bien pâle à côté de ces affres. » (Autisme et psychose de l’enfant, P.37). En effet ce vécu d’anéantissement est antérieur à toute représentation du temps, et donc un effroi sans fin.

Winnicott le précise c’est un état impensable contre lequel la défense est organisée. On peut alors y relier le chemin qui amène André Green à la position phobique centrale, de priorité donnée à l’évitement d’une douleur psychique

2. Soulignons que Winnicott écrit : « Il ne s’agit ici pas d’angoisse de castration, mais ce qui « est signalé par le phénomène plus psychotique examiné ici, un effondrement de l’institution du Self unitaire. Le moi organise des défenses contre l’effondrement de l’organisation du moi, et c’est l’organisation du moi qui est menacée. »

Alors que Winnicott est un adversaire convaincu de la pulsion de mort, avatar pour lui du péché originel, c’est à Benno Rosenberg que je vais faire appel, concernant cette théorie de l’angoisse. Celui-ci a consacré beaucoup de son travail à tenter de pousser plus loin que Freud n’avait pu le faire lui-même la mise en cohérence de la métapsychologie avec la seconde théorie des pulsions et l’introduction de la pulsion de mort. Alors que justement, Inhibition symptôme et angoisse, avec la nouvelle théorie de l’angoisse, angoisse signal et non plus transformation directe de la libido, semble revenir en arrière.

Son livre Le moi et son angoisse, qui vient d’être heureusement réédité aboutit à centrer l’angoisse dans le moi « le moi est le lieu de l’angoisse » et à comprendre le signal d’angoisse comme la réaction défensive du moi devant la menace de la pulsion de mort sur son unité, qu’il désigne comme un préclivage. L’angoisse névrotique reste alors déclenchée par la libido, dans la mesure où celle-ci ouvre un conflit déchirant pour ce pauvre moi condamné à servir ses trois maîtres inconciliables : le ça, le surmoi et la réalité. On voit combien cette conception rejoint en fait celle de Winnicott au delà de leur désaccord sur la pulsion de mort.

Dans une logique interne B. Rosenberg arrive à une aporie quend il pense la naissance du moi :,comment la pulsion de mort séparatrice qui permet donc qu’une partie du ça survinvestie libidinalement se différencie du ça, ne va pas immédiatement après la mettre en pièce. Là ou Freud fait appel au père de la préhistoire et à la philogénèse, je crois que la solution est du côté de Winnicott et Bion : l’investissement par l(obejt est intricateur des pulsions de l’enfant.

Cela s’éloigne aussi de la pensée habituelle de Mélanie Klein, qui postule une existence d’emblée du moi et donc pense que la pire angoisse de morcellement. Mais celle-ci est une horreur qui se représente à celui qui la subit. Cependant j’avais retrouvé en m’intéressant au démantèlement autistique que Mélanie Klein suivait Ferenczi dans une note [3]:

« Ferenczi, dans Notes et fragments (1930), suggère que tout être vivant a tendance à réagir aux stimuli désagréables par la fragmentation, qui pourrait être une expression de la pulsion de mort. Il est possible que des mécanismes complexes (les organismes vivants) ne puissent se maintenir comme entités que sous l’influence des conditions extérieures. Quand ces conditions deviennent défavorables, l’organisme tombe en morceaux. » p297, n.1.

Or c’est justement à l’aube de la construction psychique dans une interdépendance totale avec l’environnement que Winnicott se situe.

Je ne suis pas le seul à lire Winnicott en pensant en seconde théorie des pulsions. André Green a montré la profondeur de sa clinique et de ses interrogations qui ont nourri sa propre théorisation. Ainsi le célèbre article La mère morte est dans la ligne de la Crainte de l’effondrement. André Green va souligner quant à lui l’excitation qui s’installe au bord du trou laissé par le désinvestissement par l’objet.

3 Une autre répétition

Winnicott subvertit en revanche la répétition comme base d’un au delà du principe de plaisir en lui donnant sens : une quête compulsive dans le futur.

-        Elle est espoir d’une autre issue

-        Elle inverse le cauchemar de la névrose traumatique qui voit revenir à l’identique un éprouvé

-        Elle est espoir d’accomplissement  du non advenu

On est très loin de la répétition comme instinct de l’instinct, socle des deux pulsions pour Francis Pasche, et beaucoup plus proche de certaines positions de René Roussillon sur le transfert par retournement. (ce qu’illustre très bien mon introduction clinique)

Winnicott décrit alors « L’analyse pour rien »

L’analyste et le patient « prennent du plaisir à l’analyse d’une névrose, mais en réalité il s’agit d’une maladie psychotique et le plaisir vient d’une connivence. […] Mais chacune des avancées se termine en ravage. Le patient met la chose en morceau et dit : “Et maintenant ?”  » (p.211).

Winnicott comprend que l’on ne puisse blâmer les deux protagonistes de remettre à plus tard le dénouement essentiel. Mais c’est pour ajouter avec une férocité certaine : « À moins bien sûr qu’un analyste ne taquine le poisson psychotique avec la très longue ligne de la névrose, en espérant ainsi éviter de l’attraper à la faveur d’un coup du destin, comme la mort d’un des deux membres du couple ou la faillite financière du patient.)

Dans l’hypothèse favorable où analyste et patient souhaitent vraiment terminer l’analyse : « Hélas ! il n’y a pas de fin que l’on ait touché le fond, et que l’on ait fait l’épreuve de la chose la plus redoutée. » L’effondrement physique ou psychique est une possibilité, mais il importe que s’y associe compréhension chez l’analyste et insight du patient, et de nombreux patients « sont des personnes de valeur et ne peuvent se permettre de s’effondrer, c’est-à-dire de se retrouver à l’hôpital psychiatrique. » (p.211)

Je pense au héros de l’Arrangement d’Elia Kazan, dont la vie de publicitaire à succès professionnels et extraconjugaux, de « Mad Men »,  se réoriente vers une possibilité d’aimer après un accident peut-être suicidaire un passage par une hospitalisation psychiatrique…

Winnicott souligne alors que l’effondrement a pu avoir lieu vers les débuts de la vie du sujet : « Le patient doit  s’en “souvenir”, mais il n’est pas possible de se souvenir de quelque chose qui n’a pas encore eu lieu, et cette chose du passé n’a pas encore eu lieu parce que le patient n’était pas là pour que cela ait lieu en lui. Dans ce cas la seule façon de se souvenir est que le patient fasse pour la première fois, dans le présent c’est à dire dans le transfert, l’épreuve de cette chose passée. Cette chose passée et à venir devient alors une question d’ici et maintenant, éprouvée pour la première fois. »

Il pose alors une équivalence avec la levée de refoulement dans l’analyse freudienne classique des névrosés.

Remarque : quel statut pour les traces mnésiques de ces souvenirs, en attente d’un moi pour les éprouver :

La question théorique est donc ailleurs et elle est fondamentale : quel est

le heu psychique où ont été conservées les traces mnésiques du patient?

Quelle était la nature du processus qui les rendaient indisponibles ? Refoulement

: non. Déni et clivage : probablement pas ; forclusion non plus : rien ne

fait retour du dehors. Répression ? C’est la réponse de Claude Smadja, cohérente

avec tout son travail théorique. Pourtant, je suis un peu gêné par la

force hégémonique de cette répression qui à mes yeux impliquerait plutôt une

organisation trop rigide qu’une désorganisation.

De ce fait il me semble intéressant de revenir au parallèle avec la métapsychologie

des états autistiques et à la notion de clivage passif du démantèlement.

Le démantèlement est d’ailleurs une désorganisation réversible. Le clivage

passif est désinvestissement pur du lien : il ne crée pas de frontière, il

n’est pas solution de continuité comme le clivage actif (André Green l’a souligné).

On comprend mieux alors le paradoxe et l’imperfection de la formulation

de ma question : chercher un lieu suppose un espace conservé, espace à

l’unité évidente et aux propriétés intactes. Mon hypothèse suppose que les

Le lieu perdu des traces retrouvées 1611

deux sont alors faux : l’évidence d’un espace psychique (avec son hétérogénéité

Ics/Cs, ses différenciations ça, moi et surmoi) est perdue ; la tri-dimensionnalité

qui permettait de contenir des objets laisse la place à la bidimensionnalité

et au collage.

Le paradoxe se dénoue à mes yeux ainsi : ce ne sont pas les traces qui

sont perdues, mais la topique 1,moins les contenus que les contenants.

D’autres applications sont alors proposées : La crainte de la mort et le vide.

Winnicott applique à la crainte de la mort sa thèse, faisant référence aux religions qui la dénient en enseignant qu’il y a une vie après la mort. Lorsqu’un patient est la proie d’une crainte particulièrement importante de la mort, il y voit une compulsion : celle de la mort qui a eu lieu sans être éprouvée.

À  ce moment de son texte, Winnicott fait appel à un poète, comme chaque fois qu’il rejoint dans la clinique un  au-delà du principe de plaisir qu’il refuse dans l’œuvre freudienne, en appelant à John Keats et son Ode to a Nightingale, qui le décrit comme « half in love with easefull Death » À demi épris de la mort apaisante, facile. Michel Gribinski propose « presque amoureux de la mort tranquille. »

Mais dans son commentaire il refuse justement cette pente douce vers la mort comme une attirance humaine – comme dans un film de Bresson- : « [Keats] désirait avec ardeur, selon l’idée que j’avance ici, la quiétude qui serait la sienne s’il pouvait se “souvenir” d’avoir fait l’épreuve de mourir ; mais pour se souvenir, l’épreuve était à faire maintenant. » Mais lorsqu’il nous propose ainsi ce démenti, c’est pour prendre alors l’exemple de la patiente schizophrène qui lui demandait : « Tout ce que je vous demande est de m’aider à me suicider pour la vraie raison et non pour la fausse. »  et il ajoute : « Je n’y ai pas réussi et elle s’est tuée en désespérant de trouver la solution. Son but, je le vois maintenant, était d’obtenir de moi que je formule qu’elle était morte dans sa petite enfance. À partir de cela je pense que nous aurions pu, elle et moi, lui permettre d’ajourner la mort de son corps jusqu’à ce que l’âge affirme son droit. » (p.213).

Cette mort est l’équivalent d’un anéantissement arrivé à une époque où le moi « était trop immature pour en faire l’expérience ». Pour cette patiente il convoque une panique maternelle après la naissance et des complications obsétricales graves lors de celle-ci liée à un placenta prævia non diagnostiqué – donc des perturbations néonatales. La continuité d’être du patient fut interrompue par les réactions infantiles à l’empiétement : « c’était des facteurs de l’environnement que des défaillances de l’environnement facilitateur autorisèrent à empiéter. » (p.213).

Notons que Winnicott, si l’on croit la correspondance et les indiscrétions  de son analyste Strachey avec sa femme, cherchait à retrouver pour lui-même des traces de l’époque de sa naissance, avec la possibilité d’avoir alors uriné sur sa mère, pour tenter d’élucider ses difficultés sexuelles…

Le vide

Le passage sur le vide montre en revanche un Winnicott soulignant la nécessité d’accepter le vide pour qu’une réceptivité authentique puisse advenir en reliant ceci pour une patiente qui s’exclamait : « Rien n’arrive dans cette analyse ! » à des sensations de nature sexuelles et féminine, ressenties fugacement et qui s’évanouissaient. On voit qu’il ne dénie ici en rien le sexuel du féminin – à l’opposé de ce que pourrait faire penser le concept du « féminin pur » dans les deux sexes, première expérience de l’Être[4]. Il ne va cependant pas jusqu’à évoquer une connaissance précoce du vagin à propos de ces « sensations senties » (She had been feeling feelings.).

On pourrait penser qu’il se situe alors dans un transfert maternel quand il se sent « …dans le transfert, bien près d’être la cause actuelle de l’avortement de sa sexualité féminine ». Mais l’analyse fait alors apparaître un père absent qui lorsqu’il devint présent refusa le Self féminin de sa fille, qui ne pouvait lui offrir « rien de masculin qui fut stimulant ».

Il souligne que plus qu’un traumatisme, c’est plutôt que l’absence de quelque chose qui aurait dû se produire : « Tout ce à quoi se ramenait son expérience était de remarquer que quelque chose aurait pu être. »

Nous ne suivrons pas tout à fait Winnicott dans son affirmation d’une trace non traumatique, de non advenue…

En fait comme lorsque l’analyste construit et actualise la mère folle qui entend une fille alors qu’elle a un garçon dans l’article qui se termine par le féminin pur, c’est bien l’absence physique puis l’homosexualité narcissique du père qui est proposée comme traumatique. Cette implication parentale découverte dans le transfert – avec sa part d’accusation sur la réalité de la carence de l’environnement – est bien sûr beaucoup plus riche qu’un constat du rien de la patiente comme absence de pénis et castration…

Winnicott revient ensuite au vide et le relie à des problématiques plus graves d’avidité compulsive ou folle/ou d’anorexie, et d’impossibilité d’apprendre :

« Au fondement de tout apprentissage se trouve le vide (cela vaut aussi pour ce qui est de manger). Mais si le vide n’a pas été éprouvé comme tel au début, alors il se transforme en un état à la fois redouté et compulsivement recherché. » (p. 215).

On voit combien Winnicott rejoint la métapsychologie freudienne et une conception pulsionnelle du fonctionnement psychique en récusant un langage en pulsions partielles. Il n’est pas le seul à s’exprimer cliniquement – René Diatkine aimait ainsi à dire : « La lecture se mange. »  Mais il revient aussi à l’un des ses apports essentiels qui le démarque de Mélanie Klein : la psyché connaît un état primitif de non-intégration, avant toute angoisse de morcellement, qui permet des éprouvés en union avec la psyché de l’objet primaire – sans qu’il n’y ait alors aucune idée de l’union . La capacité de retrouvailles possibles avec ce registre lui semble un pré-requis à la créativité humaine.

Il termine son texte en soulignant  « qu’il n’y a qu’à partir de la non-existence que l’existence peut commencer » convoquant alors narcissisme primaire, développement psychosomatique et développement du moi, et situant temporellement se développement du sujet à partir d’une racine du moi « … bien avant quoique que se soit qui pourrait pratiquement porter le nom de Self. »

Rappelons en effet qu’un self implique non seulement une unité topique mais aussi une continuité temporelle acquise.

Retour à l’origine. Scène primitive et fantasme d’autoengendrement

Enfin, Winnicott, qui récuse le caractère conservateur des pulsions et le retour à l’inanimé, y voyant un avatar du péché originel, fait cependant appel au poète T.S. Eliot en exergue de son autobiographie :

‘Costing not less than everything’

‘What we call the beginnig is often the end

And to make an end is to make a beginning.

The end is what we start from.’

“ Coûtant rien de moins que tout. ”

“ Ce que nous appelons le commencement est souvent la fin

Et faire une fin, commencer

La fin, c’est de là que nous partons. ”

 

Le caractère circulaire de la temporalité, présent dans le bel article – posthume – de Winnicott n’est pas sans interroger la possible valeur défensive du mortifère en face de la scène primitive, à moins que cela n’en révèle au contraire une censure de l’amante mortifère. – L’objet mort ou le narcissisme blessé de la mère qui désinvestit l’enfant peuvent-ils être investit par l’enfant ?

Une autoanalyse ?

Adam Phillips signale que Winnicott a envoyé à l’âge de 67 ans un poème The Tree [5] – l’arbre – à son beau-frère, référence à l’arbre de la maison de son enfance dans lequel il aimait faire ses devoirs et qui contient  les vers suivants[6] :

Ma mère sous l’arbre pleure

                                            pleure

                                            pleure

C’est ainsi que je l’ai connue

Un jour, étendu sur ses genoux

Comme aujourd’hui dans l’arbre mort

J’ai appris à la faire sourire

A arrêter ses larmes

A abolir sa culpabilité

A guérir sa mort intérieure

La ranimer me faisait vivre

 

 




[1] Winnicott D.W. (non daté), Fear of Breakdown, in Psycho-Analytics Explorations, Karnacs Books, 1989, trad. Fr  par Michel Gribinski, in : La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques, pp : 205-216. Gallimard, 2000.

[2] RIBAS, D. Destins de la fracture algérienne dans la mémoire française / in Revue française de psychanalyse, vol. 72, n° 4 (2008)

 http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFP_724_1069

[3] 1946, pp. 296-7 ;Notes sur quelques mécanismes schizoïdes, p. 279 de la trad. française, in : Développement de la psychanalyse, PUF.

[4] Winnicott D.W. (1971)  Le clivage des éléments masculins et féminins chez l’homme et chezla femme. in : Jeu et Réalité. Gallimard, 1975, pp : 101-119.

[5] Mother below is weeping / weeping / weeping / Thus I knew her // Once, stretched out on her lap / as now at dead tree / I learned to make her smile / to stem her tears / to undo her guilt / to cure her inward death / To enliven  her was my living.

[6] Trad. Marie-Claire Durieux

Publié le 21 juillet 2015

Éditorial : Denys Ribas

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La psychanalyse face à la guerre

Tribune publiée par le Huffington Post le 27/01/2016

Les évènements dramatiques de 2015 ont marqué la société française avec d’abord les attentats de janvier – assassinats des journalistes de Charlie Hebdo, ainsi que prise d’otage antisémite et meurtres de l’Hyper Casher, puis les tueries du 13 novembre qui ont donné une nouvelle dimension à l’horreur : celle de meurtres de masse. Ce choc, un peu comme le 11 septembre 2001 aux États-Unis, fait rupture.

Les psychanalystes doivent d’abord se mobiliser pour aider les victimes. Si les personnes directement impliquées et leurs proches immédiats sont dans un premier temps pris en charge par les services compétents d’urgence, une aide est très souvent nécessaire ultérieurement. D’autres personnes, moins directement impactées dans leur chair ou leurs liens affectifs immédiats, mais habitant près des lieux ou ayant dans leur entourage des proches de victimes voient se réactiver des traumatismes anciens, des deuils, ou se décompenser certains équilibres d’avoir été frôlés par la mort. Depuis les attentats de novembre, la Société psychanalytique de Paris offre sur son site internet un accueil bénévole pour des consultations gratuites auprès de membres volontaires ou du centre de consultation gratuit qu’elle a créé.

Mais les psychanalystes, comme tous ceux qui interrogent l’humain, se doivent de tenter de penser l’inhumain. Si la guerre est très humaine, le terrorisme nous pose de nouvelles questions. Je remarque au préalable que la question se pose de savoir si une nouvelle donne mondiale se joue ou si la nouveauté est que la France soit à son tour impliquée – ce qui s’était d’ailleurs déjà produit au xxe siècle.

Comme tous les citoyens nous pouvons nous interroger sur la part de démocratie à sacrifier pour nous défendre. Là encore les États-Unis nous montrent que ce sacrifice n’est pas forcément payant. Mais je m’interroge aussi quant au fait que le patriotisme soit la seule manière de répondre au terrorisme, même si elle est efficace pour des raisons psychiques très profondes, car il alimente les nationalismes. La fixation du débat sur la nationalité et son éventuelle déchéance l’illustre. Elle fait aussi au terrorisme le cadeau d’un repli national au détriment des liens passés avec les autres nations, alors que l’union en Europe nous a (presque) préservé des guerres depuis soixante-dix ans, et que les migrations que les guerres provoquent alimentent une montée des populismes en Europe qu’avait initiée la crise économique. Pourtant ce sont toutes les démocraties qui sont attaquées.

Remarquons aussi combien le rapport à la mort de nos sociétés modernes les fragilise face à ceux pour qui la vie ne compte pas. Progrès indéniable de la civilisation, nous n’acceptons plus que nos soldats meurent en opération, nous voulons des guerres zéro mort et bombardons du ciel (les autres morts ne nous dérangent pas) ou concevons les robots adéquats dans ce but. Mais cela ne suffit pas sur les théâtres d’opération.

Si nous voulons résister au terrorisme, il faut au contraire que nous tous acceptions que d’autres attentats auront probablement lieu, que nous-mêmes ou ceux que nous aimons peuvent y laisser la vie, mais que nous ne renoncerons pas à aimer, danser, écouter de la musique ou boire un verre à la terrasse d’un café. À vivre. Comme nous l’entendons, sans céder à la menace.

La psychanalyse face à la guerre

La psychanalyse ne s’est pas dérobée à la confrontation avec la capacité de l’Homme de destruction des autres et de lui-même. Comme Freud en 1915, nous ne pouvons que constater la fragilité des acquis culturels et du contre-investissement de nos pulsions meurtrières : « C’est précisément l’accent mis sur le commandement : Tu ne tueras point, qui nous donne la certitude que nous descendons d’une lignée infiniment longue de meurtriers qui avaient dans le sang le plaisir du meurtre, comme peut-être nous-mêmes encore[*]. » On peut penser que c’est l’expérience de la Première Guerre mondiale qui amena ensuite Freud à remettre en cause l’essence sexuelle du conflit psychique au profit d’enjeux prioritaires de vie et de mort. Les névroses de guerre montraient les effets psychiques des traumatismes, le rêve devient cauchemar et la répétition s’installe, figeant le temps. Les autres grands psychanalystes de l’époque en furent également profondément marqués : D.W. Winnicott fut chirurgien stagiaire –et seul médecin – à bord d’un destroyer et W.R. Bion commanda un régiment de chars dans le Nord de la France. Des chars très lents, cible facile des artilleurs. Une guerre plus tard, le premier travail psychanalytique de Bion porta sur des militaires retirés du front pour leur problèmes psychiques et soignés par une thérapeutique en petits groupes.

Pourquoi la guerre ?

En 1933, la Société des Nations, précurseur de l’ONU, dont la suite montra l’impuissance à préserver la paix, demanda à Albert Einstein de correspondre avec Sigmund Freud sur l’interrogation : « Pourquoi la guerre ? » La proximité temporelle avec la montée du nazisme et la Seconde Guerre mondiale est saisissante, mais le texte porte sur la question de fond du besoin des hommes de faire la guerre.

La Revue française de psychanalyse a préparé l’été 2015, avant les attentats de novembre, un numéro à paraître prochainement qui réinterroge cette question. Le 30 janvier 2016 se tiendra sur ce thème son colloque annuel.

Le terrorisme

S’il n’est pas nouveau et si son but est bien de provoquer la terreur dans les populations, ce qui est nouveau est son utilisation performante des moyens modernes de communications – Internet – qui, le paradoxe est douloureux, unifient le monde et protègent une parole libre de la censure des dictatures, en particulier par des dispositifs de cryptage – en les retournant contre les démocraties.

L’attentat suicide

Mais les psychanalystes qui connaissent les moyens psychiques d’aliénation du sujet dont use le totalitarisme restent néanmoins perplexes devant la réussite d’une propagande à distance qui obtient la radicalisation de jeunes gens qui ne sont pas forcément des exclus. Plus encore : les processus psychiques qui rendent possible un attentat suicide sans contraintes et menaces directes sur le sujet et ses proches, comme cela peut être le cas dans un pays en guerre, exigent d’être identifiés.

Le paradoxe est que l’agression dirigée contre les autres soulage habituellement celle dirigée contre soi, comme Freud le souligne dans « Pourquoi la guerre ? » ce que nos relations avec les autres illustrent quotidiennement. L’attentat suicide pervertit cette immorale « bonne santé ». La mort n’est plus un risque inhérent à l’attaque, elle est recherchée, voire en est le but. Le postulat freudien d’une pulsion de mort initialement dirigée vers le sujet lui-même, avant d’être dérivée à l’extérieur pourrait sembler ici parfaitement confirmé, mais cela ne rend pas compte de la simultanéité de la destruction de soi et du monde. La croyance religieuse ne suffit pas à rendre compte du fanatisme, malgré les promesses de l’au-delà. Je me souviens en revanche de cet homme délirant vu à l’hôpital psychiatrique qui avait tenté de s’immoler pour « sauver le monde » dans un mouvement christique. Mon sentiment est que l’acte de l’attentat suicide vise à s’immoler pour détruire le monde. Il faut donc inclure une toute-puissance folle – car les meurtriers ne semblent pas délirants dans l’action – pour rendre compte de ce qu’une abolition de la limite entre le dedans et le dehors donne à une toute-puissance narcissique aliénée totalement par un collage identitaire à un leader l’illusion de pouvoir tout détruire. De ce point de vue le fanatique n’est pas croyant, il devient Dieu, un Dieu négatif qui détruit le monde. Comme cet empereur romain qui transforma une île en presqu’île pour égaler les dieux en soumettant à son bon vouloir leur création.

Ne donnons pas aux fanatiques l’immortalité qu’ils cherchent

Si ce moi grandiose – je dirai un Moi-Idéal – cherche une gloire éternelle, n’est-il pas déraisonnable que nos médias accordent à leur nom et leur visage d’occuper l’actualité, et si leur crime est assez grand, de rentrer dans l’histoire ? N’est-ce pas cela, bien réel, qui alimentera l’illusion délirante de jeune gens sans futur et sans issue. Je sais que la démocratie interdit le secret, mais sommes-nous obligés de leur donner ce qu’ils cherchent ? Je pose la question aux médias.

Des psychanalystes dans la cité

Pendant longtemps, et d’autant plus que la psychanalyse était à la mode, la Société psychanalytique de Paris est restée très discrète. Ses locaux étaient au fond de la troisième cour d’un immeuble de la rue Saint-Jacques près du Panthéon. On savait peu qu’ils abritaient un centre de consultation gratuit ouvert à la population parisienne, qui permet à des personnes fragiles socialement ou psychologiquement d’avoir accès à d’authentiques psychanalyses classiques avec trois séances par semaine, à un travail psychanalytique en face à face, ou à des psychodrames psychanalytiques.

La Société psychanalytique de Paris s’ouvre sur le monde

Devant trouver de nouveaux locaux, nous avons acheté un ancien centre de sécurité sociale dans le XIIIe arrondissement de Paris et l’aménageons pour accueillir le Centre de consultation et de traitement psychanalytique gratuit, notre Institut de formation, et la Bibliothèque Sigmund Freud qui accueille tous les chercheurs. On sait peu également que grâce à un partenariat avec la Bibliothèque nationale de France qui a numérisé la Revue française de psychanalyse sur Gallica, et à partir de 2001 le site CAIRN, le public a gratuitement accès à tous les numéros depuis 1927 en texte intégral – à part les cinq dernières années où les articles sont payants –, en faisant une recherche sur son site.

Ouverture que l’on peut soutenir…

Aménager un immeuble et le rendre accessible aux handicapés a un coût important. Le public peut soutenir cette action par un don.

par Denys Ribas

Président

[*]Actuelles sur la guerre et la mort, p.150-151.

http://www.huffingtonpost.fr/denys-ribas/la-psychanalyse-face-a-la-guerre_b_9075924.html

 

 Archives des éditoriaux :

D. Ribas : 24 novembre 2015

D.Ribas: 19 juillet 2015

B.Chervet

    
 

François Richard

Je proposerai ici quelques réflexions sur l’homoparentalité, d’abord en discutant la conférence de Sylvie Faure-Pragier, puis en prolongeant mon intervention lors du vote de la loi du « mariage pour tous »[1], enfin en revenant au texte de Sylvie Faure-Pragier.

Discussion avec Sylvie Faure-Pragier

Chère Sylvie, je suis heureux de poursuivre le débat passionné qui avait suivi ta conférence. Personne n’était d’accord mais chacun cherchait à échanger avec les autres pour faire émerger une pensée psychanalytique sur une question qui génère le plus souvent des réactions idéologiques, la preuve la plus flagrante en étant la dramatisation de l’opposition entre pro et anti. L’honnêteté et la précision de ton exposé ont permis un début de dépassement des polémiques surjouées. La situations actuelles, dis tu, doit être resituée dans une évolution historique déjà ancienne où changements dans le socius et progrès techniques s’interpénètrent : possibilité de divorcer, et apparition de familles monoparentales ou recomposées, contraception qui disjoint plus encore sexualité et conception, pouvoir donné aux femmes de décider de l’enfantement et de techniquement se passer de père en utilisant une paillette de sperme, engendrement possible dans un tube à essai (in vitro) – « scène primitive médicalement assistée ».Ton expérience auprès de patientes atteintes de stérilité te prémunit contre les prédictions catastrophiques selon lesquelles les enfants nés dans ces conditions seraient menacés de devenir psychotiques, la différence des sexes et l’origine sexuée étant relativisées voire évacuées. S’agit-il seulement d’un effet de la technique ou d’une crise profonde de la famille traditionnelle ?

La substitution d’une bonne parentalité éducationnelle à l’ancien ordre d’une parenté fondée sur une filiation tant symbolique que « biologique » (en fait génétique et charnelle : rencontre de génomes dans le rapport sexuel) est en cours depuis déjà un certain temps[2]. La question de l’homoparentalité la pousse jusqu’à ses conséquences ultimes. L’engendrement charnel d’un enfant par la rencontre amoureuse d’une femme et d’un homme ne disparaît pas, mais est désormais soumis à une vue globale concernant le bon partenaire, le bon moment, puis la bonne éducation de l’enfant, sa bonne – et plus rapide possible – ouverture au monde, aux savoir-faire, etc. Cette évolution, renforcée par l’impact des séparations de couples et des recompositions néo-parentales, a été préparée par un contrôle croissant de la vie privée et familiale par une juridicisation – qui suit sa logique propre – et l’intervention de l’État (éducation nationale, services sociaux et de santé, etc.)

Les psychanalystes y perdent leur latin et s’invectivent, non seulement entre tenants de courants distincts, mais aussi au nom d’un même concept – le réel au sens lacanien peut par exemple légitimer une argumentation opposée à l’homoparentalité parce qu’il suppose une contrepartie symbolique (J.-P. Winter), mais tout aussi bien être invoqué comme ce qui, résistant à toute mise en ordre, mène à une liberté anarchiste (J.-A. Miller). Du côté freudien, la référence à une organisation « tiercéisante » nourrit la crainte que joue moins l’interdiction de l’inceste par le père réel qui possède la mère (C. Flavigny, P. Levy-Soussan). Mais on voit émerger parallèlement l’hypothèse alternative qu’un très fort désir d’avoir un enfant, chez un couple homosexuel, puisse donne le jour à une forme nouvelle de scène primitive et de triangulation (S. Faure-Pragier).

La découverte freudienne de la plasticité infinie du sexuel infantile susceptible de générer des formes très diverses, et corollairement, d’une conflictualité structurelle de la vie psychique, n’a toujours pas été entendue par le travail de la culture – qui contre-investit aujourd’hui cette découverte en prétendant l’inclure dans un savoir sur les bons et les mauvais usages du sexuel, c’est-à-dire un savoir sur la famille. Tenir compte de cette découverte ? Ce serait, avec modestie, reconnaître que parfois on ne sait pas, en se démarquant bien sûr des manifestants anti ou pro, mais aussi des psychanalystes et des intellectuels qui argumentent et concluent trop vite dans un sens ou dans un autre. Ils dogmatisent le sexuel pour le soumettre, avec grand esprit de sérieux, à du religieux laïcisé.

Les opposants à la nouvelle loi défendent leur économie libidinale qu’ils ressentent comme menacée, mais il faut aussi interroger l’intolérance du discours qui fait apologie de la diversité et qui prétend que l’on peut traiter en toute transparence de questions extraordinairement difficiles – forcément, ça ne marche pas, les petites différences que l’on avait négligées font retour. Ainsi la polémique entre féministes hostiles à la gpa accusée d’être un instrument d’exploitation du ventre des femmes par les hommes (en l’occurrence homosexuels) et féministes considérants que la gpa libère les femmes parce qu’elle distingue clairement la mère de la femme, témoigne de nuances au sein d’un même ensemble idéologique, qui, pour les personnes réelles, constituent des antinomies insurmontables. C’est la vivacité – et c’est un euphémisme – de l’opposition qui donne ici à penser. Une rage s’y exprime, contre qui ne désire pas tout à fait de même, n’a pas exactement la même image inconsciente de son corps.

Que faire dans une telle situation ? Les psychanalystes peuvent envisager comme des formations symptomatiques la prévalence imposée de certains mots, le clivage entre « camps », et s’intéresser à la complexité des situations humaines effectives comme le fait Sylvie Faure Pragier, sans préconceptions, sans suréagir, en prenant le temps d’accompagner leurs patients, le temps d’une pensée sans certitudes.

Homoparentalité et complexe d’Œdipe

Les enfants issus des parentalités/parentés homosexuelles seront sans doutes différents. On peut conjecturer leur insertion dans l’ordre culturel collectif ordonné par une différence des sexes reproblématisée. Mais que dire de leur accès à la triangulation œdipienne ? On peut lire ici et là des arguments sur le fait que dans un couple gay ou lesbien l’un(e) ou l’autre tiendra plus que l’autre un rôle masculin/paternel – l’un descendra la poubelle et l’autre fera la cuisine, l’un grondera et l’autre consolera. Ils me semblent auto-réfutationnels : si la différence tient à si peu, on doit pouvoir s’en passer. Il est plus intéressant de repérer en quoi les processus psychiques – qui concernent l’Œdipe, même s’il est atypique – des parents homosexuels déterminent une transmission de la problématique œdipienne à leurs enfants.

Lors d’une discussion avec Maurice Godelier, à propos des Na, une société thibeto-birmane de Chine où frères et sœurs élèvent ensemble les enfants, alors que les pères sont inconnus dans la parenté et dans la parentalité, j’en suis venu à lui opposer que, si le complexe d’Œdipe n’y était certes pas nucléaire, l’on devait cependant supposer que chacun y « savait » qu’un enfant était issu d’une scène sexuelle élémentaire entre une femme et un homme, que tel enfant était issu de la rencontre de cette mère-ci avec cet homme-là, même si les concepts de père et de géniteur n’existaient pas.

Notre modernité, dans son débat actuel sur les formes nouvelles de « parentalité » retrouve, sans trop savoir quoi en faire, l’ancienne question sans réponse de l’écart entre le corps et l’esprit : parentalité d’un couple ayant adopté un enfant ; quête de leurs géniteurs par les enfants dont la mère a accouché sous x ; multiples situations complexes des grossesses médicalement assistées ; « mères porteuses » ; vérification des pères au moyen de l’adn pour savoir s’ils sont bien les géniteurs de leurs enfants ; parentalité homosexuelle où l’un des deux peut être, ou pas, le géniteur ou la génitrice.

Le succès de la notion de parentalité relève, je crois, d’une idéalisation du lien social, supposé capable de se gérer et de se réformer lui-même. La notion de parentalité en vient à recouvrir celle de parenté, laquelle participe d’un champ théorique différent. La parentalité désigne l’exercice de la fonction – protectrice, éducationnelle et aimante – des parents, tandis que la parenté concerne le système, hypercomplexe et structuré, des règles organisant la filiation entre générations et les alliances entre lignages – règles définies juridiquement et biologiquement, mais surtout imaginairement et symboliquement, qu’il s’agisse des règles de l’alliance instituées par le social, des théories sexuelles individuelles et collectives, des mythes, des religions ou du droit. Penser qu’une parentalité fortement désirée pourrait fonder une filiation interroge la différence entre parentalité et parenté, qui allait de soi il y a encore peu de temps. Une des préoccupations souvent mise en avant concerne un éventuel risque de délire : les enfants d’un couple homoparental pourraient en venir à croire être issus biologiquement de la rencontre sexuelle de leurs parents de même sexe – cette croyance délirante s’exprimant éventuellement à la génération suivante, voire ultérieurement encore. Ce n’est pas impossible. Rien dans l’état actuel des connaissances ne donne à observer une prévalence de psychoses dans la population concernée, même si les études existantes sont insuffisantes. Et il n’y a pas, par définition, d’études sur les générations futures. On peut raisonnablement penser que l’enfant d’un couple homoparental sait qu’il est issu physiquement et génétiquement (c’est peut-être mieux, dit ainsi, que « biologiquement ») d’un homme et d’une femme, tout en reconnaissant le couple homoparental comme celui de « ses » parents. Il les adopte, en quelque sorte. La filiation relève-t-elle des règles de la parenté ou d’un choix subjectif ? La situation actuelle mène à répondre : des deux. En ajoutant : n’oublions pas la richesse imaginaire des systèmes de parenté et de la généalogie, ne réduisons pas l’humain à une réalité sociale s’autogérant, se reproduisant, pour le bien de tous, fraternelle-parentale.

La théorie du complexe d’Œdipe introduit à une exigence éthique de parentalité bien assumée mais n’exclut pas la parenté. Avec Winnicott, et d’autres, l’accent se porte davantage du côté de la parentalité, alors que, avec Lacan, la parenté se noue à la parentalité dans la notion de fonction (symbolique). Dans les deux cas la violence du conflit psychique œdipien telle que Freud la considérait dans l’angoisse, et même la folie, propres aux névroses, se voient sous-estimées. L’actuel débat néglige d’envisager les formes névrotiques de conflit psychique corollaires de l’homoparentalité. On s’inquiète de ce que ces enfants puisse devenir psychotiques ; ou bien on prétend que le complexe d’Œdipe n’existe plus, ou qu’il n’a jamais existé. Comme on peut voir, les termes du débat sont mal posés. Ne faudrait-il pas plutôt se préoccuper de troubles en phase avec les formes aujourd’hui prévalentes de la conflictualité œdipienne chez nos patients : un « Œdipe » déformé mélangé à des fonctionnements limites ?

Le sujet humain ne peut-il émerger que dans la situation œdipienne ou, plus largement, que dans le lien généalogique de filiation ? On ne saurait ici se satisfaire d’opinions, de souhaits, ou d’idées reçues, dans un sens comme dans un autre. La réflexion reste insuffisante sur la relation, souhaitée, à un enfant et le fait que cet enfant devienne son enfant, ce qui est le propre de la filiation. Ce désir là suppose une implication où l’on se donne totalement, mais, du même coup, où l’on reconnaît en soi l’incomplétude, ce qui, pour certains (Sylviane Agacinski, Christian Flavigny, Pierre Levy-Soussan, Jean-Pierre Winter), ne peut être garanti que par la différence des sexes au sein des couple des parents – alors que selon d’autres (Geneviève Delaisi de Parseval, Sylvie Faure-Pragier, Serge Hefez, Susann Heenen-Wolff, Élisabeth Roudinesco, Irène Théry, Caroline Thompson, Michel Tort) cela pourrait s’accomplir selon des modalités diverses.

Godelier parle d’un « pur imaginaire[3] » exigeant des « pratiques symboliques » organisatrices fortes – mythes, rites, constructions politiques. Que devient dans le monde actuel ce « niveau de totalisation de l’imaginaire dans le sacré, irréductible à ses constituants » ?

L’économie libidinale patriarcale menacée par la progression contemporaine de façons différentes de désirer, attaque cette altérité supposée l’empêcher de continuer à jouir dans son système bien établi, obsessionnellement démarqué. Il ne s’agit pas à l’inverse de créer des catégorisations qui enferment à nouveau la pensée dans des espaces clivés. Il n’y a pas « l’hétérosexualité » versus « l’homosexualité », un homme homosexuel a peu de choses en commun avec une femme homosexuelle : c’est un homme qui aime les hommes. Et une femme qui aime les femmes « est » certes lesbienne, mais avant tout elle est une femme. Sans compter la variété des types de désir chez les gays et les lesbiennes, pareillement au sein du champ hétérosexuel, traversé par la bisexualité psychique et le sexuel infantile, lesquels entament aussi les ensembles gays et lesbiens. La différence binaire des sexes nourrit une variabilité infinie des positions psychiques de genre – laquelle n’existe qu’à partir de cette différence, grâce à cette différence.

Qu’est ce qu’un père ? Cette question ancestrale ressurgit, mais semble n’en rester qu’un transfert : on le cherche « juste à côté » – donneur, mais aussi nouveau compagnon de la mère, rôle supposé plus paternel de l’un des deux partenaires d’un couple homoparental – jusqu’à l’élection, dans une préférence intersubjective, de tel homme particulier comme interlocuteur privilégié, comme « modèle » comme il est souvent dit naïvement. Le recours croissant à la jurisprudence pour mettre en ordre une socialité de groupes de plus en plus extensifs, tente de réinstituer de la parenté dans une parentalité de plus en plus identique au lien social en permanence « recomposé » – peut être le « fait social total » dont parlait Marcel Mauss. Dans les familles recomposées, nous gagnons des alliés plus nombreux : quasi-enfants, ceux d’une nouvelle belle-famille, elle-même déjà en réseau de recomposition ici et là, tout en conservant tout ou partie du système de liens antérieur rompu[4]. Certains députés s’insurgeaient contre la perspective, selon eux prévisible, d’un mariage à plusieurs. Mais ne voit-on pas que l’alliance exogame a déjà pris usuellement la forme d’une générativité du lien ?

Dans ses derniers séminaires, Lacan écrit les Noms-du-père au pluriel, il les dissémine dans un Réel oùn et 4 Février 2013, Cf. alytieses sexes ? la différence pourrait émerger entre de multiples objets cause du désir. Le Nom-du-Père se réduit alors à un articulateur de la différence, à la structure de la différenciation signifiante. Pourquoi donc continuer à référer cette fonction au mot « père » ? On pourrait facilement montrer qu’il y a dans l’œuvre de Lacan cent occurrences de l’ordre symbolique référé au père idéalisé garant de la Loi, pour une occurrence de sa reproblématisation – quasi deleuzienne – en termes de différenciation générative infinie du réel. Winter s’en tient au Lacan d’avant les derniers séminaires et réaffirme des vues bien connues sur la transmission qui va des ascendants aux descendants[5]. Le danger de l’homoparentalité, à cet égard, serait de creuser une faille dans la transmission, parce que les parents de même sexe peuvent négliger le désir du donneur (pma) ou de la porteuse (gpa) de sorte que la place du tiers hétérosexué qui a présidé à la conception de l’enfant sera non pas forclose, mais minorée, et déniée. Selon Winter, l’amour et l’éducation ne suffisent pas, la chaîne de la transmission des générations et de l’héritage historique, mise à la porte, fera retour par la fenêtre grande ouverte de nouvelles souffrances psychiques. Il n’est pas question ici de mensonges des homoparents, mais de structure logique inhérente à la situation. Voilà, au moins, un argument carré.

« La dictature du plus-de-jouir dévaste la nature, elle fait éclater le mariage, elle disperse la famille, et elle remanie les corps », écrivait J.-A. Miller en 2004[6]. Cette dénonciation dramatisée d’une modernité déshumaine mène étrangement à son apologie neuf ans plus tard : « dans une affaire comme celle du mariage gay, le peuple français représenté par le Parlement, c’est effectivement Dieu le Père »[7], tandis qu’on s’en prend au pape et au grand rabbin de France, « une animosité perce, véhémente chez le juif, distanciée chez l’autre. On comprend à les lire que le projet de loi socialiste dérange le plan divin, et qu’il est tout à fait blasphématoire, contre-nature et antisocial. Gilles Bernheim prête aux “militants LGTB“ le dessein de “faire exploser les fondements de la société“. Joseph Ratzinger stigmatise la prétention de l’homme à farsi da sé, à se faire par soi-même… Le mariage gay est-il contre-nature ? Voici longtemps que nous avons cessé d’être dupes de la nature. Le b.a.ba de la philosophie moderne, c’est qu’il est de la nature de l’homme de se dénaturer lui et son monde »[8]. La notion d’ordre symbolique garanti par la fonction paternelle serait de ce point de vue encore dupe de la nature, ainsi que défensive par rapport à la nouvelle vérité, hier incriminée comme déshumaine, de la jouissance sans fin des objets a. Que l’on ne nous bassine plus les oreilles avec le Père, tel est le dogme dernier cri.

Chez Freud, les choses étaient simples : dans le complexe d’Œdipe, le père réel a des relations sexuelles avec la mère, impose à l’enfant d’être assujetti au fantasme d’une scène primitive entre une femme et un homme, et lui interdit d’espérer tout commerce amoureux tant avec la mère qu’avec lui-même – ce qui introduit l’enfant, fille comme garçon, à un manque bénéfique, la castration symbolique. Il faut ajouter à cette limpide démonstration que la mère est capable, sans se référer au père de ses enfants ni à un principe paternel plus général, elle aussi, de prohiber l’inceste à l’enfant. On peut en déduire, ou pas, une opposition au mariage pour tous. Alors que la division, chez Lacan, du père entre réel, imaginaire, et symbolique, déconstruit le père œdipien freudien, dissocié entre l’homme sexuel (l’amant) et le Nom-du-Père, en échos aux distinctions sans fin à faire entre filiations (génétique d’abord, puis celle des parents qui peuvent donner leur nom à l’enfant sans pour autant le concevoir ni à la limite l’élever, et, last but not least, la filiation éducative ouverte à diverses personnes pouvant intervenir à un degrés ou à un autre : homoparents, beaux-parents, grands-parents, parrains, etc.)

Sylvie Faure-Pragier cherche à raccorder la pensée freudienne de la scène primitive et les évolutions actuelles : « Jusqu’à aujourd’hui, le coït procréateur, nommé aussi scène originaire, a été un des fantasmes organisateurs de la psyché. Cependant, n’est-il pas lui-même une représentation privilégiée d’un complexe enchevêtrement de désirs parentaux ? D’autres représentations ne pourraient-elle pas avoir la même fonction ? La symbolisation me paraît être une capacité de notre psychisme et non une conséquence de l’organisation familiale réelle. Pourquoi les efforts considérables faits par des parents pour faire naître leur enfant ne pourraient-ils pas induire un effet structurant ? Ce serait l’ébauche d’un nouveau fantasme originaire qu’être ainsi un « enfant du désir d’enfant », adopté ou procréé médicalement. L’identité se réfère aux désirs parentaux et non à l’usage qui est fait des cellules germinales »[9].

Retour à la discussion avec Sylvie Faure-Pragier

La scène primitive relève-t-elle d’un schème génétique – rencontre d’une femelle et d’un mâle – ou d’une construction culturelle des désirs parentaux ? La théorie freudienne des pulsions réuni ces deux points de vue dans l’écart somato-psychique. Sylvie Faure-Pragier, avec sa patiente Chantale, déplace l’intérêt du côté de l’auto-organisation de l’identité dans l’homosexualité primaire, condition narcissique de base de l’identification primaire, dans le bel échange suivant :

« Ou alors, il faudrait que vous soyiez mon enfant, pas moi la vôtre, me dit-elle.

- Si j’étais votre enfant, je serai votre mère aimante pour toujours,

lui répondis-je.

- C’est normal d’avoir un enfant. »

Belle condensation du transfert originaire sur une mère aimante, de la réponse de celle-ci, et de l’ambivalence de l’analyste qui pense « je ne veux pas être le père de son enfant », tout en trouvant « regrettable » que la compagne de Chantale n’aie pas pu adopter sa fille Angela, conçue par insémination avec donneur. L’analyste trouve un positionnement juste à la limite de l’impossible dans une situation hypercomplexe


[1] Cf. F. Richard, « Entre malaise et confusion », in Penser/Rêver, n° 24, 2013.

[2] Cf. F. Richard, « La “parentalité”: remède ou nouveau refoulement ? », L’Actuel malaise dans la culture, Éditions de L’Olivier, 2011, p. 82-97.

[3] M. Godelier, Métamorphoses de la parenté, Fayard, 2004, p. 253.

[4] Ce qui comporte, à proportion égale, l’occurrence inverse de la déliaison – enfants qui s’éloignent, amis perdus, mais aussi repli sur le couple sans tentative de recomposition d’une néo belle-famille.

[5] J.-P. Winter, Transmettre (ou pas), Albin Michel, 2012.

[6] Du mariage et des psychanalystes, Institut Lacan, Navarin, 2013, « Préface » de B.-H. Lévy et J.-A. Miller, p. 42, cité par S. Marret-Maleval.

[7] Ibid., « Préface ».

[8] J.-A. Miller, « L’Église, la nature et Freud », ibid., p. 26 et 28.

[9] .         S. Faure-Pragier, Le Monde du 26 Décembre 2012. Ce point de vue est plus amplement développé dans S. Faure-Pragier, Comment penser aujourd’hui la valence différentielle des sexes ?, Adolescence 2014/1

Publié le 10.06.2015

 

Le creuset de l’amour, la régression sensuelle[1]

« Faire l’amour »

par Bernard Chervet

 

Je remercie les secrétaires scientifiques du groupe lyonnais de psychanalyse, Martine Pichon et Michèle Petitcolin de m’avoir invité à venir vous parler d’amour. Lyon, ville de confluence, Rhône et Saône, capitale des gaules, quadrillée par ses ponts en enfilades, tout semblait converger vers « faire l’amour ». Vous avez déjà entendu beaucoup de choses sur « aimer », ici et ailleurs, du plus poétique au plus biologique. Vous l’avez déjà éprouvé ; je vous le souhaite.

Le terme « amour » est probablement la plus importante condensation de significations et d’éprouvés émotionnels que la psychologie groupale ai inventé. Certes cette condensation est-elle au service d’une réalisation de désir cherchant à faire oublier les contraires de l’amour, la haine, l’indifférence, la cruauté, le déni ; « faite l’amour, pas la guerre ». Mais par l’usage d’un seul et même terme, son rôle est surtout d’effacer les différences entre une diversité de signifiés, depuis le plus trivial, l’amour des goûts et des couleurs (j’aime bien), jusqu’au plus élémentaire, l’amour de la vie, en passant par le plus mystique, l’amour de Dieu, le plus transcendantal, l’amour de la vérité, et par tous les amours terrestres, parentaux, filiaux, fraternels, de la patrie, etc. et bien sûr, le plus souhaité et le plus fragile, l’éprouvé issu de la plus grande intimité que puissent partager deux êtres, l’amour dit sexuel. Cet amalgame place l’amour hors transgressivité, et tente de rendre tous les amours équivalents. Il convient encore de souligner la place singulière de « amoureux » décliné en état amoureux pour atténuer sa passagèreté nostalgique.

Cette condensation, tour à tour au féminin et au masculin,  tente de réaliser un désir infantile repris par les idéologies de l’amour qui soutiennent des convictions, des croyances, et justifient toute sortes d’attaques et d’exactions dont l’intensité ne cesse d’étonner. Ce désir, c’est évidemment celui d’être le lieu même de l’amour. Nous connaissons bien l’amour du prochain, et ses conséquences funestes quand il est imposé. Notre époque contient d’autres idéologies de l’amour. La psychanalyse n’y échappe pas, avec ses scissions au nom de l’amour de la vérité, en fait de la dérision dont cet affect est l’objet, quand faire l’amour est ravalé en faire des enfants. Avec les idéologies, il s’agit toujours d’éliminer une part déplaisante de la réalité humaine.

Pour approcher la nature de ce déplaisir qui exige de telles intensités, j’ai choisi de me limiter à une seule des significations, « faire l’amour ». Pour cela je vais utiliser la clinique universelle, c’est à dire vous et moi ; et pour satisfaire les jeux d’exhibitionnisme et de voyeurisme inspirés par le titre, je ferai appel à un détour, un objet de culture, un tableau célèbre. Il ne m’échappe pas que cette méthode est des plus critiquables, puisqu’elle rompt avec ce dont je veux vous parler. Un tableau est le résultat d’une sublimation. Il appartient comme tel au champ de la symbolisation, alors que ce qui spécifie la sexualité humaine est totalement hétérogène à cette dernière. De ce point de vue, la psychanalyse, si elle veut rendre compte de la réalité humaine, ne peut se réduire à une théorie de la représentance ni de la symbolisation.

Toute étude sur la sexualité humaine est à replacer dans une théorie des pulsions qui tienne compte de la qualité la plus essentielle de toutes pulsions, la gressivité extinctive, le retour à un état antérieur jusqu’à l’inorganique. Pour ceux qui veulent en savoir plus, je vous renvoie aux « trois pas » de la théorie des pulsions de Freud, et à un de mes articles récents : Pulsions avez-vous une vie ? Je n’ai pas le temps de retracer ici le cheminement régrédient des avancées freudiennes, menant de la sexualité infantile à cette qualité régressive élémentaire, en passant par le narcissisme.

Au sein de la sexualité humaine, cette régressivité est à l’origine d’un vécu dénommé « petite mort », vécu traumatique qui témoigne aussi de l’existence d’une butée venant limiter la régression. Ce verrou a valeur de retenue à l’origine d’un masochisme de fonctionnement, qui constitue le fonds de tout désir et de toute pensée humaine. Il est constitué d’un double retournement qui ne correspond pas à celui de 1915, celui des temps a, b, c de la pulsion (actif, passif, réfléchi), mais aux opérations qui les inaugurent ; ce temps, Freud le qualifie de préliminaire et le dénomme, « α » en 1915, puis « domptage » de la pulsion en 1920. Il s’agit d’une opération complexe fondatrice des pulsions dans leur valence psychique, d’un meurtre fondateur de la vie pulsionnelle.

La sexualité humaine est donc occupée par un besoin de régression qui exige en contre-point une retenue réalisée grâce à une conversion corporelle qui fonde la sensualité d’un sujet, son érogénéité ainsi que l’émergence de son désir. C’est ce besoin de régressivité qui explique que la sexualité ne peut être totalement éducable au service de la culture. Le nœud non-culturel de la sexualité réside en cette qualité.

Cette régressivité ne peut être abordée sans un long travail psychique préalable qui va durer jusqu’à l’adolescence, au risque sinon, de confronter le sujet à sa vérité, la tendance au disparaître qui le hante, cette dimension traumatique inhérente à sa vie pulsionnelle.

Avant de pouvoir accorder à cette régressivité sa place au sein de l’expérience sexuelle, un long détour doit être parcouru, celui de l’éducation d’une partie de la pulsion sexuelle, et l’installation de la sexualité infantile. L’utilisation de cette régressivité à des fins positives n’est possible qu’après la mise en place d’une vie psychique riche de ses autoérotismes bisexuels et pervers polymorphes. Deux voies participent à cette utilisation de la régressivité ; l’installation d’une régression formelle figurative propre au système sommeil-rêve, limitée à la régression aux images ; et l’acquisition tardive d’une régression sensuelle rendue possible par le travail des préliminaires, régression sensuelle permettant de rentrer en contact avec la dimension traumatique, sans dégât, grâce à une mise en latence progressive des acquisitions du moi. C’est cette riche vie du préconscient, installée durant la période de latence, qui permet aux êtres humains d’accéder, dans un second temps, à une telle régression sensuelle faisant de la sexualité une authentique érotique, et non pas un comportement géré par un instinct de décharge et de soulagement. C’est à ce niveau que travaille la cure psychanalytique.

Cette régression sensuelle porte sur l’ensemble du corps, et tout particulièrement sur les zones érogènes. Elle est exaltée en jouissance, et dissimule ainsi la régressivité traumatique sous-jacente menant à la « petite mort ». Tout comme les pressentiments funestes et désagréables sont idéalement dissimulés dans le rêve par une réalisation hallucinatoire de désir, l’attraction traumatique de la petite mort est recouverte par une exaltation de la jouissance par la culture des préliminaires.

Soulignons ici un aspect très important de la sexualité, la dissymétrie qui existe à propos de la confrontation de la bisexualité psychique, fantasmatique et hallucinatoire, avec la perception sensorielle. La régression sensuelle est certes bisexuelle du fait des identifications masculines et féminines de la petite enfance, mais elle s’enrichit d’une identification à la jouissance du partenaire. Avec le corps propre, les  informations sensorielles viennent régulièrement de l’intérieur et suscitent une épreuve de réalité pour la bisexualité. Avec la sensualité de l’autre sexe, l’épreuve repose sur une identification qui nécessite le passage par l’expérience sensorielle de la sensualité de cet autre. Une asymétrie se dessine, que l’appel à l’hallucinatoire tente temporairement de réduire. Mais la durée limitée du régime hallucinatoire pousse à rechercher d’autres solutions plus définitives. S’avance ici l’ombre macabre de la chirurgie.

Les identifications de l’homme et de la femme à la sensualité de l’autre sexe, exigent donc la répétition de la connaissance de l’érotique sensuelle de cet autre sexe. Cette connaissance ne sera achevée que par un contact sensoriel répété.

Se dessine ici un autre point, l’ombilic de toute sensualité ; l’homosexualité du partenaire de l’autre sexe. L’identification à cette homosexualité reste une connaissance fantasmatique et hallucinatoire dépourvue de toute épreuve sensorielle ; ce qui explique que l’homosexualité de l’autre sexe garde toujours un pouvoir d’attraction aux résonances de jouissance absolue et de quête illimitée.

Le mythe de Tirésias n’est pas sans faire allusion à une telle quête, sous couvert d’une bisexualité réunissant les deux hétérosexualités. Mais qu’aurait pu répondre Tirésias à propos des homosexualités ?

Pour les humains, un écart demeure ; l’homosexualité de l’autre sexe échappe à toute connaissance sensorio-sensuelle. Elle reste l’ombilic de toute sensualité.

Centrons-nous maintenant sur cette forme d’inscription, celle des frayages sensuels. Nous allons l’aborder selon la voie spécifique de la psychanalyse, non pas génétique et développementale, mais au contraire par la voie régressive. Le psychisme s’installe par la voie régressive, il est un après-coup.

Tout comme le rêve et la libre association de séance, la sensorialité érogène appartient aux activités psychiques régressives de la passivité. C’est par la voie régrédiente que se construisent tant les régressions formelles du rêve et du double sens des mots primitifs, que la régression sensuelle de la vie érotique. D’où notre étonnement. Pourquoi l’expression « faire l’amour », cache-t-elle cette forme passive du « se laisser aller à l’amour », au profit du temps actif de l’action, le « faire » qui privilégie les actes des corps au dépens de leur but, la régression de la sensualité vers l’érogénéité d’organe, le sexuel d’organe. Et pourtant, le désir est imprévisible.

La spécificité de cette activité psychique régressive est justement de suivre une régression sensuelle passive à partir du langage, du discours amoureux, grâce à la réalisation d’une série d’actes corporels organisés en diverses scènes actives-passives, ayant pour visée l’exaltation des éprouvés corporels, et pour moyen les jeux de déplacement et de condensation transposés sur chacune des parties du corps, jusqu’à ce que les mots manquent. Les mêmes mécanismes que ceux décrits pour le travail de rêve sont impliqués au niveau des zones du corps. La « bête à deux dos » de Rabelais et Shakespeare, en est le produit. Se dessine une carte de l’érogène avec ses nuances, ses variations, ses avatars et ses achoppements. L’histoire sensuelle est évidemment singulière, grosse de réminiscences. Les frayages sensuels s’étaient sur le sensoriel des mains de la mère.

L’érotisme se déploie donc dans un temps second, après la mise en place première d’une sensualité désexualisée ayant fonction de contre-investir l’attraction régressive vers le sexuel d’organe, et au-delà vers une extinction pulsionnelle.

Chez l’enfant, cette fonction de contre-investissement est assurée de jour par son environnement. Les oscillations présence-absence rendent nécessaires le recours au jeu, tout comme les oscillations internes, au travail de rêve. Les mères veillent à ce que leurs enfants ne s’excitent pas au delà d’un certain seuil, variable d’une mère à l’autre. Ce seuil fait partie de l’histoire de chacun. Au cours du rêve, c’est la censure qui a fonction de maintenir certaines limites, grâce à l’utilisation de représentations imagées empêchant l’intensification de la régression sensuelle.

L’instauration du corps sensuel pendant la prime enfance a donc une fonction première de retenue, eu égard à cette extinctivité pulsionnelle. La conversion sensuelle est la première inscription de retenue. Elle ne s’ouvrira à la régression sensuelle, vers la jouissance sexuelle, que dans un temps second, jusqu’à l’ultime conflit de retenue, butée placée à la charnière du corps somatique, et qui se traduit par l’orgasme.

Cette régression sensuelle passive, induite, voire cultivée par deux corps unis, grâce à des actes corporels qualifiés de préliminaires, constitue la vie érotique et ses éprouvés corporels érogènes. L’érotisme se définit de cette culture des préliminaires, et de sa visée régressive non culturelle.

Cette modalité de régression engage tout ce qui constitue le désir, la source libidinale, les éprouvés corporels, l’objet partenaire. Le travail de l’érotisme porte tant sur la retenue à la source, sur l’inscription fondatrice du corps sensuel érogène, que sur l’investissement du partenaire érotique, de son corps érogène et de ses propres cheminements régressifs. Si l’objet est contingent, il est aussi singulier. Il est donc promoteur de comparaison, de différences. La satisfaction érotique inclut la réussite de ce travail de l’érotisme ; et l’affect d’amour est la trace de son accomplissement. L’amour qui en résulte entremêle le goût pour cet ensemble de scènes régressives, la satisfaction de son accomplissement, et la tendresse pour le partenaire qui participe au fait de se laisser aller à côtoyer cette retenue anti-traumatique à la source pulsionnelle. L’amour naît de cette expérience de contact avec le traumatique de la “petite mort”. Il s’accompagne bien sûr d’un appétit d’excitation[2], d’une envie de solliciter encore le procès de régénération à la source, voire d’une tentative de s’affranchir de toute retenue, et d’une haine envers le masochisme de fonctionnement lié à cette retenue, d’où la tentation de faire sauter le verrou régressif au-delà du masochisme protecteur du soma[3]. Le fantasme correspondant est celui d’une source continue et perpétuelle, d’une corme d’abondance à la bisexualité illimitée. Ce fantasme, nous le trouvons présent dans la conception de Freud de la source pulsionnelle telle qu’il l’a décrite en 1915. Ses apports de 1920 nous obligent à une révision. La source s’avère discontinue et incertaine. Elle est le lieu d’un conflit d’existence. Celui-ci se situe entre deux scènes, une scène originaire, productrice de désir, et une scène primitive, scène de négativation et d’extinction. Le procès du désir s’avère complexe et fragile.

Le titre de cette conférence aurait pu être, le verrou et les loquets du corps[4]. Le verrou, c’est le titre que Fragonard a donné à son célèbre tableau galant[5].

Jean-Honoré Fragonard - Le Verrou

Pourquoi ? Quelle exclusion souhaite-t-il ainsi évoquer ? Face à ce tableau, Daniel Arasse, subtil dénicheur de détails incidents, se laisse attirer par les plis du drapé pourpré et sa symbolique sexuelle : « Toute la partie gauche du tableau, écrit-il, est occupée par un lit dans un extraordinaire désordre : les oreillers épars, les draps défaits, le baldaquin qui pend… Un spécialiste de Fragonard a eu cette formule admirable pour décrire le tableau : à droite le couple et à gauche rien… ». Pourquoi le critique d’art se laisse-t-il ainsi distraire du verrou manifeste placé dans le faisceau de la pleine lumière au profit de ce « rien » des clairs-obscurs ? Il cherche dans l’ombre, dans l’invisible, le désir inconscient envers une scène primitive seulement évoquée.

L’attention se porte donc sur les clairs-obscurs du défait et sur les lourdes tentures aux ondulations évocatrices, en fait sur ce qui manque à être représenté, ladite scène primitive. Le lit est défait d’un autre couple, auquel les jeunes amants ne sont pas indifférents. Le spectateur se détourne alors du manifeste, l’acte de pousser un pêne dans une gâche censée le recevoir, acte pour le moins symbolique, mais qui a une bien autre fonction, celle d’instaurer une exclusion et d’établir l’espace de l’intime ; entre un extérieur aisément exclu et un intérieur hors représentation au pouvoir ô combien attracteur et duquel il convient de se tenir aussi exclu, en passant par l’exclusion de l’extérieur.

Ainsi les amants se tendent-ils entre un lit de défaite et un verrou de retenue. Leurs préliminaires les excluent du reste du monde, et ils se retiennent de leur précipitation au verrou lumineux ; ne pas succomber à l’irrésistible aspiration du maelstrom figuré par les masses mouvantes de l’ameublement. Ils s’apprêtent ensemble à se laisser vivre entre eux, une scène des corps, passive, mais menacée de passivation. Nous avons souligné plus haut comment le langage commun ressaisit cette passivité par l’actif d’un « faire », et comment le poète figure cette fusion d’abandon, par la célèbre « bête à deux dos ». Fragonard nous la montre tendue dans l’établissement d’un jeu d’exclusion et de retenue.

La régression sensuelle érotique des amants met ainsi des verrous sur leur intimité, au profit de la levée des loquets posés sur leurs corps érogènes. Les corps se préparent à se laisser emplir d’une sensibilité érotique, et à mettre en latence toutes les fonctions acquises par l’éducation et la civilisation, à éprouver une plus ou moins lente resexualisation vers le sexuel d’organe. Ainsi vont les préliminaires, dans un à rebours à partir du langage.

Cette retenue posée sur l’exclu se fait contre l’attraction de la défaite, contre celle du « rien », contre celle émanant d’une autre scène, primitive, l’autre scène absente du clair-obscur, seulement figurée par les formes massives de la literie. Le verrou se ferme donc à droite, sur cette autre scène, primitive, à gauche, qui échappe à toute représentation.

Ainsi le peintre représente-t-il deux scènes internes aux amants, transposées sur l’espace de la chambre et sur sa clôture au monde externe. En excluant ce dernier,  le verrou soutient une retenue envers l’attraction de cette autre scène évoquée par l’exubérance du défait, scène primitive par laquelle ils se sentent aspirés en même temps qu’exclue. En agissant cette exclusion vers le monde extérieur, ils s’opposent à celle qui les aspire de l’intérieur, en faveur de leur propre scène sensuelle de jouissance.

Mais quelle est donc cette autre scène non représentée ? Il est habituel de dire qu’il s’agit de la scène sexuelle des ex-parents redevenus couple d’amants ; de leur chambre close nantie d’un verrou d’où s’origine le sentiment d’exclusion de l’enfant. Telle est la définition habituelle, psychologique, de la scène primitive, une définition qui se présente comme une représentation des objets oedipiens combinés ; la relation d’un enfant à la liaison sexuelle de ses parents, relation d’exclusion lui assurant la construction de ses auto-érotismes, et sa future liberté érotique. La terminologie utilisée par Freud pour les fantasmes originaires fait de même.

Cette définition est en fait issue d’une transposition sur une réalité externe, les parents, leur chambre, son verrou ; mais transposition d’opérations mentales de l’enfant réalisée sur l’agencement topique du lieu où il vit, sa maison. Ces opérations se déroulent en lui, mais il en est exclu, alors que leur résultat le fonde en tant que sujet de son inconscient. Elles sont le lieu d’une négativité qui tend à empêcher leur accomplissement et participe à toutes les variétés d’achoppements de la sexualité.

Ce sont toutes ces sensations endogènes qui informent l’enfant sur cette scène interne dont il est exclu. Il les prête alors aux protagonistes imaginés, fantasmés, ses parents, censés les vivre dans leur lieu d’exclusion, leur chambre. Il identifie leur scène à sa propre source. Il dramatise ses éprouvés et sensations en scénarii représentatifs, en fantasmes dits de scène primitive. S’originent là tous les scénarii et théories sexuelles infantiles dont l’enfant a besoin pour s’opposer à cette négativation à l’œuvre à sa propre source libidinale.

Ce qui caractérise tous ces scénarios, c’est l’affect du verrou, le sentiment d’exclusion que l’enfant déplace et dispose sur son espace relationnel. Mais au-delà de cette exclusion, c’est l’attraction par l’exclu, d’où la tentation de faire sauter tous les verrous, d’outrepasser les lois de la régression sensuelle, de s’affranchir de leurs interdits, de se précipiter dans le transgressif du passionnel. En contrepoint, l’enfant n’aura de cesse de représenter, de fantasmer cette scène primitive ; parfois d’épier de sa curiosité la scène de transposition ; parfois d’adosser sa triste vie à une telle porte, l’œil collé au trou vide d’une serrure sans peine ; souvent de dénier radicalement son existence. Toutes ces solutions utilisent la scène de la chambre des parents afin de s’opposer à la véritable scène primitive interne, celle occupant la source pulsionnelle de sa tendance extinctive, et qui exige d’opposer à la régressivité le verrou du masochisme.

Certains enfants sont dans l’impossibilité de développer de telles représentations grâce à une transposition agie dans leurs jeux, de pénétration, d’emboîtement, de dislocation, d’alternance des cachés-trouvés, de va-et-vient multiples, d’entrée et de sortie, de tourniquets annonçant quelque tournante, de tout ce qui évoque une pénétration et une absorption. Les enfants malheureux de l’absence de leurs jeux, vivent dans la scène primitive ; tels ces enfants autistes absorbés par une serrure, un gond, qu’ils ne cessent d’actionner. Dominent alors les jeux de trouage, de dislocation, de destruction, d’effondrement, de chute, de disparition et d’engloutissement ; parfois il n’y a plus que les vécus correspondants, d’effroi. Ces scénarios sont ceux des cauchemars. Ils luttent contre les terreurs nocturnes de la disparition du sujet en la scène primitive elle-même.

A l’inverse, l’apprentissage des sphincters et de la motricité, la gestion des futures zones érogènes, amène l’enfant à faire de son corps érogène, de ses auto-érotismes et de sa sexualité infantile, une scène primitive pour l’autre, à poser ses propres loquets sur son corps, à s’approprier celui-ci. En inscrivant dans son corps ses motions pulsionnelles, il en exclue l’autre.

C’est ainsi que ses auto-érotismes, son sommeil et ses rêves deviennent des scènes primitives pour l’autre ; et parfois pour lui-même, quand il les ressent comme des lieux internes attracteurs l’excluant, devenant alors externes, voire persécuteurs.

De même, les scènes du corps de l’autre, ses auto-érotismes, même désexualisés, donc sa pensée, ses rêves, tout ce qui sollicite le désir du désir de l’autre, toutes les scènes privées, intimes, deviennent des scènes primitives d’exclusion au pouvoir attracteur. Les enfants s’imprègnent à la dérobée des adultes occupés à leurs activités, alors qu’ils n’en sont pas les objets, adultes occupés à lire, réfléchir, conduire, écouter, converser, admirer un paysage, savourer un met, un vin, apprécier un objet esthétique, occupés à quelque soin du corps, à l’abri du verrou de la salle de bain, des toilettes[6]. Les scènes de la vie quotidienne sont infinies où l’enfant se ressent exclu de la sensualité de l’autre. Il tente d’en être l’objet ; être bu, être mangé, être lu, être deviné. Le langage commun, les mots doux, les injures, nous parlent de ces multiples identités issues du désir d’être l’objet de la sensualité d’un autre. Se déploie une identification aux auto-érotismes de cet autre. Être l’éprouvé sensuel de l’autre ; ressentir la même sensation que lui ; voire être sa source, se saisir de sa source. Se reconnaissent là les jeux d’imitation, singer l’autre jusqu’à l’exaspération. Et quand l’attraction négativante insiste au risque de s’emparer de l’enfant, celui-ci devient « infernal », instable, sa compulsion le pousse à déranger l’adulte, à briser ses activités. Il réclame, exige, réveille ces autres, afin qu’ils deviennent ses verrous. Les conduites cruelles, harcelantes trouvent aussi leur origine dans ce sentiment d’être exclu du désir de l’autre, de son narcissisme, de sa source non captable ; la poule aux œufs d’or.

Nous voici avec une scène originaire qui rassemble l’exclusion de la chambre, les représentations de la bête à deux dos, la source de la pulsion, le corps sensuel et le partenaire érotique. Cet originaire est adossé à la scène primitive de la régressivité pulsionnelle, ressentie comme une attraction au-delà des loquets de l’érogénéité, au-delà du verrou du masochisme de retenue.

Le verrou posé sur la porte, la gâche recevant le pêne, figurent les opérations réversibles qui permettent l’oscillation entre les mouvements de désexualisation et ceux de resexualisation, incarnés tout particulièrement au niveau des zones corporelles où ce va-et-vient se met doublement en scène, les zones érogènes. S’y réalise la co-excitation sexuelle, mêlant les jeux de va-et-vient entre intérieur et extérieur au balancement des désexualisations et resexualisations. Les fantasmes originaires disent ces différents jeux. Les formules retenues par Freud pour désigner lesdits fantasmes ont privilégié les représentations d’objet, et dissimulés les éprouvés corporels.

Insister sur la seule part objectale de la dynamique des fantasmes originaires, c’est négliger le fait que le corps de chair est une production de la psyché, réalisée par une conversion de l’économie libidinale sur le soma fondant ainsi le corps érogène, et que cette inscription de chair est frappée d’une tendance à l’extinction dont la nature est hétérogène à toute représentance, et est à l’origine de l’éprouvé du manque.

Bien avant les smiley et les emoticons, le Révérend père Charles Dodgson[7], alias Lewis Carroll, maître du « nonsense » anglo-saxon, nous a donné une illustration de l’impossibilité de représenter le manque en soi. Comment peut-on représenter le sourire du chat du Cheshire sans dessiner sa bouche ? Mais surtout comment représenter le manque de sourire ? Une fois enlevés, la queue, les pattes, le corps, les oreilles, le front, les yeux, le nez, il ne reste plus que le sourire porté par le dessin de la bouche. Enlevez la bouche, il ne reste alors plus que le mot « sourire », sans représentation de chose spécifique.

Cette digression par le pays d’Alice a une portée plus fondamentale. Comment représenter le manque de queue, de pattes, du corps etc., sinon en faisant subir à leurs représentations, un acte de retranchement ; donc par un acte qui fait disparaître. C’est là que la pensée théorisante intervient en faisant du manque une absence liée à une présence antérieure. Il n’y a donc pas moyen de penser le manque sans l’associer à une représentation et à une théorie, et sans recourir aux mots, c’est à dire sans faire appel à un champ qui lui est hétérogène.

Il en est de même avec la scène primitive. Les représentations innombrables qui l’accompagnent sont des fantasmes de scène primitive, des théories sexuelles infantiles, et relèvent de la scène originaire, de laquelle s’origine le sujet. Ces représentations contre-investissent la qualité spécifique de la scène primitive, le rien de la négativation. Il convient donc de ne pas confondre scène primitive et représentations de scène primitive. La scène primitive se trouve en hétérogénéité radicale avec tout discours qui veut en rendre compte. Les mots permettent de dire le ressenti du sourire, l’éprouvé du manque, la différence, et aussi la négativation ; mais en les plaçant dans leur champ, celui de la positivité du « faire ». Par l’acte même de nomination, la scène primitive se trouve subir une dénégation. Il est impossible de faire autrement.

Seule l’installation de la régression sensuelle permet le cheminement régrédient des éprouvés jusqu’à la source pulsionnelle, jusqu’à l’éprouvé du rien de la négativation. Cette instauration est réalisée en deux temps selon le procès de l’après-coup. Tel est l’objectif des traitements psychanalytiques. Au cours d’une cure, la relation à la scène primitive se modifie, la carte de l’érogène en est transformée, régressivement libérée. Et le sentiment d’amour peut naître alors de ce frayage avec le traumatique intrapulsionnel.

 

 

[1] Conférence faite à Lyon le 28 avril 2015

[2] I. Barande (2009), L’appétit d’excitation, Paris, PUF.

[3] P.Réage (1954), Histoire d’O, suivi de Retour à Roissy, Préface Jean Paulhan, Paris, Jean-Jacques Pauvert.

[4] B. Chervet (2010), Les fantasmes originaires et l’avènement de la sensualité. Les zones érogènes, les loquets du corps. RFP, 74, n° 4. p. 981-1006.

[5] Le verrou, Jean-Honoré Fragonard, 1778, Huile sur toile, 73 x 93 cm, Musée du Louvre, Paris.

[6] M. Fain (1988), Les « ouatères » et leurs verrous, in L’enfant et sa maison, Paris, ESF, p. 113-117.

[7] L. Carroll (1865), Alice au pays des merveilles ; illustrations de John Tenniel (1866), in Œuvres complètes, La pléiade, Gallimard, 1990.

 

 

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2016

Groupes de pratiques cliniques

2015

Publications des membres de la SPP en 2015

Le creuset de l’amour, la régression sensuelle, par Bernard Chervet. (Conférences et textes)

L’action du psychanalyste sur le processus de la cure, par Bernard Penot. (Réflexions)

Rebond sur le mensonge, par Annette Fréjaville. (Nouvelle page Rebond de la Rfp)

Écoute clinique par un membre de la SPP

Les psychothérapies psychanalytiques et le face à face (act.2015), par Bernard Brusset. (La psychanalyse, Extensions)

Affect et pulsions en médecine et psychosomatique : questions cliniques, théoriques et épistémologiques, par Christian Delourmel. (Proposition en discussion)

Adolescences, états critiques du moi : la vie traumatique, par Guy Lavallée. (Conférence d’introduction)

La chose, un reste inassimilable, par Françoise Coblence. (Conférence d’introduction)

Les traitements psychanalytiques de patients somatiques, par Claude Smadja. (Dans quel cadre ?)

2014

À propos des enfants, par Dominique J. Arnoux. (Dans quel cadre ?)

Trauma et crise de la représentation, par Thierry Bokanowski. (Réflexions)

 

Colloque de la RFP

07 février 2015 Le Mensonge

Éléments de discussion

Annette Fréjaville

Le matériel de deux des analyses présentées, Mme L., une femme menteuse et affabulatrice rapportée par Nicolas de Coulon et Monsieur M., un homme menteur et manipulateur rapporté par Michel Granek, me semble avoir été écouté par deux analystes ayant réussi à entendre les deux enfants que sont restés à leur insu ces deux patients. En retrouvant sans doute en eux l’enfant qu’ils ont été et que nous avons tous été, leur écoute contre-transférentielle a pu laisser se déployer leur besoin de travestir la réalité et, par là même, de brouiller une relation d’objet qui aurait sans doute été, sans ces subterfuges, insupportable, incompatible avec la continuité d’investissement que suppose une cure.

Mme L. se déguise de mille manières en de multiples romans familiaux, pendant le premier temps de son traitement. Elle virevolte, présente/absente, insaisissable, comme si elle jouait à cache-cache avec son analyste. Sans doute négocie-t-elle son besoin de mettre un espace d’incertitude et de jeu entre elle et lui. Elle guette ses réactions envers son désir de prendre le pouvoir par cette séduction enfantine. En tolérant cela, sans être trop agacé ni trop étourdi, l’analyste peut donner un sens à l’excitation qui se trouve ainsi contenue, un sens à sa quête d’objet qui ne serait pas tolérable, sans ces déguisements successifs.

Monsieur M. raconte ses vies multiples et ses capacités de séduire et de manipuler ceux qui s’attachent à lui, comme autant de preuves de ses pouvoirs mégalomaniaques, guettant le pouvoir qu’il exerce sur son analyste, avec le secret espoir de le subjuguer, voire de le rendre jaloux. Ainsi met-il en sourdine son sentiment d’impuissance qui l’habite depuis son enfance et qu’il tient tant à cacher, mais aussi à se cacher. Ses défenses perverses, se réobjectalisant du fait même de la situation transférentielle, peuvent alors être comprises comme des rejetons de la sexualité perverse polymorphe, du temps où les érotismes nourrissent des scénarios ludiques faisant fi des contingences du réel, des effets sur autrui.

D’où surgit donc cet enfant joueur qui n’aurait pas l’âge de raison et qui ne voudrait pas l’atteindre ? Qui préférerait garder la magie de tous les possibles ?

Du temps où il croyait au Père Noël et aux lendemains qui chantent. Du temps où l’on pouvait rêver d’épouser plus tard son père ou sa mère, où les enfants naissaient dans les choux, où la mort était suivie de résurrection. Il suffisait d’y croire, les parents se faisant volontiers complices. Passé l’Œdipe, le doute survient. Hans le curieux écoute, regarde, en vient soupçonner les adultes : ce n’est pas la cigogne qui a apporté sa petite sœur. Alors faut-il croire ? Douter ?

L’enfant s’en réfère aux grandes personnes pour donner un sens à ses perplexités. Dans la contradiction, les parents souhaitent à la fois que l’enfant reste dans l’ignorance de leurs secrets et prouve sa clairvoyance de futur grand. Parfois empêtrés dans leur désir de dire et de ne rien dire, ils répètent des « c’est comme ça », « ça ne te regarde pas », « tu comprendras plus tard » pleins de sous-entendus. Alors l’enfant dit « n’importe quoi » pour voir ce qui va advenir : un silence indifférent, une explication, mais aussi un rire ou une exclamation offusquée, un geste brusque et réprobateur. Et de deux choses l’une pour l’enfant perplexe. Ou bien la pulsion d’investigation l’emporte et, quitte à plaider ce qu’il croit faux pour savoir, ou tenter de savoir, le vrai, il insiste du côté du réel, y compris en jouant du mensonge, guettant les réactions des adultes. Ou bien le domaine des fantasmes et des illusions l’emporte, et il continue à jouer, à se croire un adulte tout-puissant, un astronaute ou une princesse, mais aussi un bandit ou une aventurière, un mort-vivant ou une sorcière. Ainsi cache-t-il parfois, sous la fantasmagorie ludique, ses croyances en des pouvoirs potentiellement immenses et en un avenir radieux qui laisseraient loin derrière des parents rendus inutiles ou même minables pour avoir été écrasants ou terrifiants. Si la réalité semble trop grise ou angoissante, autant se créer un roman familial prestigieux ou, tel Peter Pan, ne pas rentrer dans le monde raisonnable.

L’analyste qui rencontre un de ces patients ayant besoin de travestir ou de falsifier la réalité, est mis en cette place d’un adulte à qui est présenté un spectacle souvent haut en couleurs où le vrai se mêle au faux et aux faux-semblants, par un auteur-metteur en scène qui en guette les effets sur le public, donc sur lui. Ces patients se méfient de leurs objets, depuis longtemps attractifs et répulsifs. Il leur faut les maîtriser. L’emprise sur l’objet angoissant consiste à le mettre en cette place de spectateur. L’analyste, voyeur malgré lui de la flamboyance extravagante, parfois insensée ou cruelle des scénarios, a cette lourde tâche d’en partager le côté créatif et ludique, dans une co-création régressive, comme le propose A. Ferro … – tout en rappelant à l’occasion au patient que, malgré tout, il n’est plus seulement un enfant. L’analyste ne peut partager l’illusion omnipotente de fascinants scénarios enfantin où la différence entre le réel et l’imaginaire ne se pose pas, que parce qu’il représente aussi, à travers le cadre et son contrat temporo-spatial, la réalité dont on ne peut faire abstraction sans risque pour les deux protagonistes. Lorsque ces chatoyantes situations régressives saturées de fantasmes ne sont pas maîtrisées, on sait comment un passage à l’acte intempestif ou un appel à la loi venu de l’extérieur peuvent faire irruption dans le champ de la cure.

« Non, ce n’est pas ma mère ». Nos patients viennent parce qu’ils se mentent à eux-mêmes. Ils prennent pour vrai, pour syntones à leur moi, leurs détestations, leurs phobies, leurs formations réactionnelles. Ils se mentent sur ce qu’ils croient désirer. Puis, si vient le doute, ils nous rencontrent, inquiets. Ils nous interrogent, guettent nos réactions et nos paroles, souhaitent à la fois être devinés et nous berner, attendent que nous partagions leurs enthousiasmes et leurs souffrances, leurs croyances dans les victoires ou les défaites, mais aussi leur perplexité quand ils ne savent pas eux-mêmes s’ils se mentent ou pas, s’ils nous mentent ou pas.

C’est à certains adolescents butés, parfois encore des enfants, enfermés dans leurs certitudes et leur mauvaise foi, et aveugles à leurs contradictions que nous avons pensé à propos de la dame aux chats qui met Maurice Khoury à l’épreuve de sa roublardise.

La dame aux chats a pitié des chatons affamés et abandonnés du voisinage qui, en miaulant l’appellent. Elle ne peut s’empêcher de répondre à leur attente : elle les nourrit, au grand dam de ses voisins, dont notre collègue. Elle considère que c’est un devoir moral et condamne implicitement ceux qui ne ressentent pas comme elle : ils sont sans pitié et cruels. Elle s’identifie à la souffrance des chatons, vécus comme des victimes de l’indifférence des hommes. Elle est hostile envers ceux qu’elle réprouve pour leur manque de compassion. Elle semble un moment acquiescer au souhait de notre collègue qui lui demande de cesser de nourrir les chatons. En fait elle ment sans vergogne et continue à faire ce qu’elle a décidé ; son mensonge lui paraît licite et même justifié, pour persévérer dans sa conduite bienfaisante.

Si la dame aux chats avait raconté son histoire en analyse, le praticien aurait entendu les nuances de l’ambivalence. En nourrissant les chatons, attitude réparatrice à court terme, elle ne prenait pas en compte le voisinage pas plus que le moyen terme de chatons nourris de pâté. L’analyste aurait eu le loisir de faire des liens avec quelque épisode de son passé. Aurait pu rapprocher les deux termes de l’ambivalence : l’amour et la haine.

Cette identification d’ordre passionnel à un objet vécu comme victime est courante, et s’accompagne d’un sentiment d’hostilité pour ceux qui ne volent pas au secours desdites victimes. Tels sont les adultes qui, en voyant un parent semoncer, voire frapper un enfant, prennent aussitôt le parti de l’enfant victime, sans savoir ce qui s’est passé, sans bien-sûr pouvoir comprendre si l’enfant trouve, ou non, injuste la réprimande, sans se rendre compte qu’eux aussi, à d’autres moments sévissent envers leur propre enfant, exaspérés, emportés par la colère ou l’angoisse. Tels sont, encore plus souvent, les adolescents qui prennent fait et cause pour certaines personnes démunies vécues comme abandonnées, alors qu’en d’autres moments ils sont les premiers à se moquer des plus faibles.

Il est plus facile de s’identifier consciemment à la victime qu’au bourreau, et devant une situation sadomasochiste, l’identification consciente est au sujet masochiste et non au sujet sadique. Comme la dame aux chats, de nombreuses personnes sont sensibles aux souffrances de ceux qui sont vécus comme opprimés. Il va sans dire que la souffrance d’autrui est ce qui nous conduit à notre travail de soignant et d’analyste. Mais on connaît les pièges des désirs de réparation contre-investissant des fantasmes sadiques, la force des attachements masochistes en quête d’objets sadiques, et les fantasmes d’emprise omnipotence envers les objets vécus comme en perdition.

Les adolescents sont souvent habités par des émotions humanitaires qui les portent à de beaux élans de générosité. Et pourtant, voler au secours des victimes désignées par la rumeur, par les médias, à propos de dramatiques situations sociologiques ou politiques, peut conduire de nombreux jeunes à se sacrifier pour des causes qu’ils considèrent comme justes et impératives, prêts à donner un peu de leur jeunesse flamboyante aux plus démunis. Prêts en même temps à condamner ceux qui ne partagent pas leur mission altruiste. Pour eux, les sauveurs des victimes sont les bons, ceux qui mettent en doute l’attitude réparatrice sont mauvais. La croyance empêche de réfléchir à la complexité des situations, le fanatisme rend aveugle.

Aimer et haïr le même objet. Si clivage il y a, où est le mensonge : pour l’amour ou pour la haine ? Il est un avant du clivage, un temps de l’enfance où les contraires ne posent pas problème, où le réel et l’imaginaire sont compatibles, ou les illusions se font croyance, où l’ambivalence névrotique paraît fade, où l’objet raisonnable n’est pas très enviable. Certains patients demandent que leur soit octroyé un temps fictionnel supplémentaire.

Rebonds

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REBONDS

Un numéro de la Revue Française de Psychanalyse n’est pas seulement un numéro… Ainsi, les premier, troisième et cinquième numéros de chaque année, ne sont pas des numéros autonomes : ils reprennent ou accompagnent deux colloques et un congrès. En effet, le premier numéro de l’année est couplé au colloque annuel de la Rfp ; le troisième s’organise autour des interventions du colloque de Deauville ; le cinquième publie les rapports et les interventions du Congrès des Psychanalystes de Langue Française. Et évidemment, qui dit colloque (ou congrès), dit intervenants, discussions, dialogues…, tout un travail de pensée et d’échanges dans l’ambiance qui est celle de la SPP. Les deux autres numéros de la revue, le deuxième et le quatrième, ne sont pas en reste : rédiger un argument, l’envoyer, comme c’est notre règle, à tous les membres de la Société un an avant la date de réception des textes du numéro correspondant, ne peut aller sans susciter des discussions, des réflexions, des interrogations, voire des contradictions, qui toutes n’aboutiront pas forcément à la rédaction et à la proposition d’un article ; sans compter les prolongements et débats que peuvent susciter le numéro lui-même, ou tel ou tel de ses articles, après la publication…

Comment faire en sorte que toutes ces paroles ne s’envolent pas ? Et pourquoi vouloir les enfermer dans le cadre relativement contraignant d’un article alors que nous pouvons profiter de la liberté que nous offre le site ?

La présente rubrique, « Rebonds », a pour but d’accueillir des réactions suscitées par chaque numéro et/ou par les colloques qui l’ont précédé. Les textes sont le plus souvent brefs – entre cinq et dix mille caractères. Nous souhaitons ainsi permettre aux lecteurs (ou au public des colloques) d’exprimer le plus librement possible un commentaire d’ensemble, une réflexion suscitée par le thème du numéro ou par l’un de ses articles, une théorisation qui vient compléter ou contredire les hypothèses avancées par tel ou tel auteur. L’objectif est de faire vivre, autour de chaque numéro, un espace de dialogue et d’échanges. Grâce à la technologie, cet espace est, pour ainsi dire, illimité. Vos réactions, commentaires, réflexions… sont donc les bienvenus, il vous suffit d’envoyer votre contribution au secrétariat de rédaction de la revue (rfspy@spp.asso.fr).

Autour du numéro 1/2015 (Mensonge) nous accueillons aujourd’hui les réflexions d’Annette Fréjaville. Nos pages web sont ouvertes à vos contributions !

 
Tome 79, n°1
Le Mensonge / Dossier de M’uzan
Rédacteurs :
| Béatrice Ithier | Isabelle Martin-Kamieniak |
Paru le : 2015-03-01
Tome 78 n°5
L’Actuel en psychanalyse – CPLF 2014 Montréal
Rédacteurs :
| Ellen Sparer | Pascale Navarri |
Paru le : 2015-01-01
 

Vous pouvez réagir à la proposition théorique en discussion par un texte de 1 à 2 pages à soumettre au Comité du site :

 

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Calendrier des élections 2015

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Aux membres de la SPP, le 24 février 2015

Après l’assemblée générale ordinaire du dimanche 15 mars 2015, nous procéderons au renouvellement des instances de notre Société : Conseil d’administration (CA), Conseil scientifique et technique (CST), Commission des candidatures et COPEA. Afin de faciliter le bon déroulement de ces élections durant les vacances scolaires de printemps, nous vous en adressons le calendrier.

Bernard Chervet,  Président                       

Elisabeth Dahan-Soussy,  Secrétaire Général              

Pascale Blayau,  Secrétaire Général adjoint

CALENDRIER DES ÉLECTIONS 2015

Conseil d’Administration, Conseil Scientifique et Technique,Commission des Candidatures et COPEA

- Lundi 16 mars 2015 : Envoi des appels à candidature pour l’élection du CA et du CST

- Mardi 31 mars minuit : Date limite de réception des candidatures aux CA et CST

- Mardi 7 avril 2015 : Envoi du matériel de vote CA/CST

- Dimanche 3 mai minuit: Date limite de réception des bulletins de vote CA et CST

- Mardi 5 mai 2015 : Dépouillement

- Lundi 11 mai 2015 :    . Communication des résultats concernant la constitution du CA et du CST

. Envoi de l’appel à candidature pour l’élection de la Commission des candidatures

. Envoi aux membres reconnus comme ayant une compétence en psychanalyse avec l’enfant et l’adolescent de l’appel à candidature pour l’élection de la COPEA

- Mardi 26 mai 2015 : 1ère réunion du nouveau Conseil d’administration : élection du Bureau de la SPP

- Jeudi 28 mai minuit: Date limite de réception des candidatures pour l’élection de la Commission des candidatures et de la COPEA

- Jeudi 4 juin 2015 : Envoi du matériel de vote Commission des candidatures/COPEA à l’ensemble des membres

- Vendredi 12 juin 2015 : Installation du CST par le Président de la SPP : élection du Secrétaire et du Secrétaire adjoint du CST

- Lundi 22 juin minuit: Date limite de réception des bulletins de vote concernant l’élection de la Commission des candidatures et de la COPEA

- Mercredi 24 juin 2015 : Dépouillement

- Vendredi 26 juin 2013 : Communication des résultats concernant la constitution de la Commission des candidatures et de la COPEA

- Vendredi 3 juillet 2015 : Première réunion de la Commission des candidatures en présence d’un membre Titulaire du Bureau, avec élection du Président et du Secrétaire de la Commission

- Lundi 6 juillet 2015 : Installation de la COPEA par le Président de la SPP : élection du Secrétaire et d’un Secrétaire adjoint au moins, de la COPEA

- Comité d’éthique et Commission des représentants régionaux : dates de mise en place à déterminer.

 

Pour information : calendrier des vacances scolaires (printemps 2015)

 

Zone A

Zone B

Zone C

Printemps

Samedi 11 avril 2015

Lundi 27 avril 2015 (matin)

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Lundi 4 mai 2015 (matin)

 

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* La zone B comprend les académies d’Aix-Marseille, Amiens, Besançon, Dijon, Lille, Limoges, Nice, Orléans-Tours, Poitiers, Reims, Rouen, Strasbourg.

* La zone C comprend les académies de Bordeaux, Créteil, Paris, Versailles.

 

La prétendue « pulsion de mort »,

une force  indispensable à toute vie subjective

Bernard Penot

« Je sais bien que la théorie dualiste, qui prétend instaurer une pulsion de mort, de destruction ou d’agression, comme partenaire à part entière à côté de l’Eros se manifestant dans la libido, a trouvé en général peu d’écho et ne s’est pas vraiment imposée, même parmi les psychanalystes… »                             

                                        (S. Freud, L’analyse finie et l’analyse infinie, 1937.)                                                            

 

Le mouvement psychanalytique a du mal à dépasser le malaise produit par le concept de « pulsion de mort » tel que Freud nous l’a légué en héritage. Beaucoup de voix se sont élevées depuis longtemps pour en contester la pertinence ; et il n’est bien sûr pas question de rendre compte de chacune d’elles dans les limites de cet exposé.[1]

Le débat n’a pas manqué de rebondir récemment au sein de la Société Psychanalytique de Paris – à partir notamment des positions de notre regretté Benno Rosenberg (Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie, 1991). Je partage une bonne part des remarques faites par Paul Denis, (2002) sur les inconvénients du dualisme pulsionnel proposé par Freud après 1920 – ce qu’on appelle sa deuxième théorie des pulsions. Et il me semble aujourd’hui capital de relancer cette mise en question, évidemment cruciale puisqu’il s’agit de la dynamique même de la vie psychique.

Je suis frappé de voir que beaucoup des psychanalystes qui emploient aujourd’hui ce terme de pulsion de mort le tirent vers des significations surtout métaphoriques, ou se voulant « phénoménologiques » (Bell D, 2014). L’idée de pulsion de mort m’apparait le plus souvent assénée par eux comme une sorte de joker censé rendre compte (par définition !) de tout phénomène mortifère. 

Je voudrais  partir quant à moi de la constatation que, dans son texte « Au delà du principe de plaisir » (1920) Freud ne parvient manifestement pas à fournir d’illustrations cliniques convaincantes de cette notion de forces psychiques de mort. Etant parti de la vaste notion d’une tendance dissociative inhérente à la matière vivante, il pense pouvoir en trouver des traductions cliniques dans l’intériorisation, le retournement de l’agression vers le dedans. Mais c’est précisément l’écart entre agression, d’une part, et effets de dissociation-déliaison, d’autre part, qu’il ne parvient visiblement pas à concrétiser.

Pourtant, ma longue pratique de jeunes présentant des troubles graves de la subjectivation (pathologies délirantes ou comportementales) m’a confirmé chaque année davantage que l’intuition du Freud de 1920 touchait une vérité essentielle, consécutive à sa découverte du narcissisme, et puis l’introduction du Surmoi : que le développement psychique ne peut être le produit de la seule dynamique libidinale liante, ce qu’il appelle Eros. Aussi le terme Anteros proposé par Fain et Brauschweig (1971) me semble plus approprié que l’expression pulsion de mort [2]. Car si Freud en est venu à saisir la nécessité d’une force antagoniste à la libido liante, on peut se demander pourquoi il a tenu à la stigmatiser comme « de mort ».

 

Trois questions à Freud.

C’est, me semble-t-il, au travers d’un triple questionnement que nous pourrions aujourd’hui parvenir à une meilleure définition de l’antagonisme dynamique Eros/Anteros.

1 – Il est d’abord surprenant que Freud ait tenu à envisager l’antagoniste d’Eros comme une pulsion particulière. Cela le fait s’évertuer à en trouver des formes concrètes, notamment du côté de l’agression et du sadisme…  

Ce faisant, il nous a légué une rupture théorique mal accomplie par rapport à sa théorie des pulsions (Freud, 1915) : pulsions partielles, issues d’une zone érogène, formant des paires d’opposés, etc. Il me semble que la prise en compte d’un antagonisme dynamique de base liant-déliant n’invalide en rien cette première théorie des pulsions. Il apparaît bien plutôt qu’aucun montage pulsionnel particulier ne saurait se constituer ni s’accomplir sans faire suffisamment jouer un tel antagonisme dynamique, au travers des retournements-renversements et autres destins si bien définis par Freud (1915). Je dirai qu’aucune trajectoire pulsionnelle ne saurait s’accomplir avec la seule libido liante, et sans tirer profit de la force dissociative nécessaire à la dynamique d’organisation-désorganisation qui sous-tend le « destin » de toute paire pulsionnelle.

Pourtant, nombre de collègues négligent la composante dynamique dissociative-désinvestissante. Ainsi Paul Denis propose de ne considérer que ce qu’il appelle « les deux formants de la pulsion (…) association de deux courants libidinaux, l’un en emprise …et l’autre investissant le fonctionnement des zones érogènes et l’expérience de la satisfaction » (Denis, 2002). Il me semble que la composante dynamique dé liante fait ici défaut pour rendre compte de l’aptitude de la vie pulsionnelle à nourrir la subjectivation.

J’ajoute qu’un tel antagonisme dynamique n’a aucune raison de « confisquer la conflictualité intra psychique », vu que celle-ci ne tient pas à la coexistence de pulsions différentes mais à l’irréductible différenciation de l’appareil psychique en instances (moi, ça, surmoi) hétérogènes au point que ce qui fait plaisir à l’une est déplaisir pour l’autre.   

 

2 – Deuxième question : pourquoi Freud a-t-il tenu à cette étrange idée que la tendance dissociative serait sans énergie propre et que seule la libido liante serait énergétique. Cela aurait le  grave inconvénient de réduire l’antagoniste d’Eros à « un pur principe », comme le pointe bien Paul Denis, dépourvu en somme de réalité psychique (dynamique, économique).

S’il est à présent largement admis que le couple liaison-délaison constitue la dynamique de base de tout développement subjectif, comment concevoir, en bonne métapsychologie, qu’une dé-liaison puisse s’effectuer sans que s’exerce une force dans ce sens (point de vue dynamique). Ce qu’a pu évoquer par exemple Michel de M’Uzan d’une déliaison résultant d’une surcharge d’excitation sexuelle peut certes s’observer, comme une sorte d’effet disjoncteur, mais ne saurait tenir lieu de principe générateur du fonctionnement psychique.  

Denys Ribas a sans doute raison d’insister sur le fait que « l’énergie dissociative doit être bel et bien réelle » – à la jonction du biologique et du psychique. Freud n’a cessé de nous mettre en garde, en effet, contre une dérive spiritualiste ou moralisante consistant à parler en termes de principe de vie ou de mort  (un peu comme tel président appelant au combat contre les forces du mal !)… Se rallier à cette idée d’un principe, dépourvu d’énergie physique, nous ramènerait à une dynamique  spiritualiste. En fondant la métapsychologie sur la base d’un pulsionnel organo-psychique, Freud entendait bien poser les bases conceptuelles et méthodologiques d’un abord scientifique de la vie subjective. S’il use volontiers du terme « vie d’âme » (Sielenleben), il est clair que celle-ci n’a pour lui rien de métaphysique. La physique d’aujourd’hui nous permet du reste d’envisager le Ich freudien comme un objet naturel complexe, qu’il n’est pas question en tous cas de dé substantialiser

La notion d’intrication-désintrication sur laquelle Denys Ribas a centré son rapport au congrès de langue française de 2002 peut aider à éclairer cette question d’antagonisme énergétique. Lorsque Ribas parle d’une possible « adhésivité de la libido désintriquée », cela évoque une dynamique insuffisante de déliaison qui aurait pour conséquence un investissement libidinal adhésif. Or le terme d’intrication a été conçu pour désigner l’intégration de composantes agressives dans la vie libidinale. Et l’on peut, en effet, observer cliniquement les effets d’une agressivité « pure », c’est à dire désintriquée des autres composantes libidinales.

L’intrication habituelle des composants d’amour et d’agression se conçoit d’autant mieux qu’ils sont les uns et les autres de nature libidinale – comme D.W. Winnicot l’a beaucoup souligné. C’est aussi bien ce qu’exprime au registre de l’oralité la formule courante « je t’aime, je te mangerais ! », laquelle ne renvoie à aucun manichéisme principiel, mais à une destructivité (de l’objet) inhérente à l’exercice primaire de la pulsionnalité orale. Je pense aussi à ce que nous dit Gérard Szwec de « La mère surintricante » (2002).

Ce qu’il faut bien remarquer, c’est que le degré d’intrication libidinale de la composante agressive ne détermine aucunement le jeu possible de la déliaison. La force dé liante tend à défaire le lien libidinal ; elle est désinvestissement (d’objet). Alors que l’agressivité tend au contraire à plus ou moins s’intriquer comme composante de l’investissement libidinal, et cela pas seulement au registre de l’oralité (carnassière), mais aussi de l’analité, de la motricité, etc. On retrouve ici la composante d’emprise, et nous ne devons pas perdre de vue l’étymologie militaire du terme investir. Nous allons revenir sur le caractère fixateur et non pas déliant des dispositions agressives-hostiles ; mais disons déjà que, contrairement à l’agressivité, la tendance dé liante (désinvestissante) ne saurait être dite intriquée, puisqu’elle intervient en pur antagonisme dynamique, au sens d’un couple de forces.

Il faut surtout cesser de mélanger destruction et déliaison – c’est l’impossibilité de les articuler l’une à l’autre qui mène à déconstruire le concept freudien de pulsion de mort.

La difficulté de Freud (1920) à donner une expression clinique à l’action des supposées « forces de mort » tient surtout au fait que le terme destruction ne peut avoir de portée que phénoménologique. Quand on parle de destruction, on ne fait que décrire des effets sur des objets … L’idée de Sabina Spielrein (1912) d’un « instinct de destruction » se soutient de méconnaitre que la libido puisse être, en tant que telle, destructrice de son objet. Freud avait pourtant pertinemment relevé ce besoin qu’ont les religions de créer le Diable… pour disculper Dieu !… Alors, nous faut-il une pulsion de mort pour blanchir la libido ?

La question essentielle est ici de savoir si des effets concrets, bénéfiques ou destructeurs, doivent faire définir des natures différentes d’énergie en cause. La chaleur qui réchauffe serait-elle d’une autre nature que celle qui crame ? Le vent favorable est-il d’une autre espèce que celui qui détruit ? Non, bien sûr car, comme Freud l’a toujours souligné, et cela dès son Esquisse[3], cela résulte bien plutôt de la quantité énergétique mise en jeu. (Freud, 1914, p. 228)) 

S’il a récusé au départ le terme de destrudo, c’est qu’il inclinait plutôt à penser que l’antagoniste d’éros qu’il a cherché à conceptualiser devait œuvrer comme désinvestissement silencieux, davantage que comme investissement destructeur (Freud, 1929). Ce qui n’implique pas une absence d’énergie, mais peut-être une force de nature différente.[4]

 

3 – On se demande, en troisième lieu, pourquoi Freud a tenu à appeler « de mort » la tendance dissociative de base dont tout nous indique qu’elle est indispensable à la subjectivation. Une telle idéologie du négatif mortifère ferait envisager la négation, le masochisme, le surmoi, de façon péjorative. Pour le coup, la théorie freudienne en viendrait bel et bien à perdre la tête ! Heureusement, dans son texte clé La négation (1925, p.167) Freud lève l’ambigüité en posant l’opération de négation comme temps clé du processus de reconnaissance subjective : « La négation est une [première] manière de prendre connaissance du refoulé », dit-il. Dire non est au principe même de la subjectivation.  

Les considérations de Jean Laplanche (1998) sur « la soi disant pulsion de mort » sont tout à fait éclairantes dans ce sens. Il part de l’idée qu’Eros-liaison œuvre surtout « dans un sens narcissique » puisqu’il tend foncièrement, dit-il, à « faire de l’un » (Lacan) ; alors qu’une subjectivation différenciée implique plutôt qu’on se soustraie pour ex-sister. Laplanche fait remarquer qu’une pure culture de ‘pulsion de vie’, sans contre partie, serait tout aussi mortifère que l’autre pure culture (‘de mort’) évoquée par Freud. La vie psychique est menacée des deux côtés… Mais alors, pourquoi qualifier « de mort » l’un des termes du dualisme dynamique, plutôt que l’autre, étant donnés les effets mortifères aussi bien de trop de l’un (liaison) que de trop de l’autre (déliaison), ou de pas assez de l’un ou de l’autre ?…[5]

Toute subjectivation résulte d’une suffisante mise en jeu dans le psychisme de la dialectique liaison-lâchage. C’est ainsi que subjectiver son sexe implique la capacité d’éprouver l’incomplétude du sexe qu’on n’a pas. Mais il faut surtout rappeler qu’à la base même du développement individuel, il y a la nécessité de sortir de la symbiose unifiante à la-mère-toute-pourvue.[6]  On appelait symbiotiques certaines psychoses infantiles ; et ma pratique de la clinique des psychoses m’a souvent conduit à y constater des collapsus identificatoires qui s’avèrent insubjectivables

Pour récapituler, le triple questionnement qui précède m’amène à considérer que la force dissociative : 1/ n’a pas à être considérée comme une forme particulière de pulsion, mais 2/ qu’elle s’exerce comme une force fondamentale dé liante, et que 3/ c’est un fourvoiement imaginaire que de qualifier celle-ci « de mort ».

 

La dynamique dé liante dans quatre processus au service de la subjectivation.

Je propose d’examiner maintenant le rôle clé de la déliaison dans plusieurs processus qui conditionnent de façon décisive le développement subjectif et la subjectivation.

1      – D’abord, on ne saurait trop souligner son rôle déterminant dans cette solution pulsionnelle hautement subjectivante qu’est l’activité sublimatoire ;

2      –  On ne peut manquer d’évoquer ensuite la déliaison du deuil comme étape souvent décisive de progrès subjectif –  à l’opposé de la fixation mélancolique ;

3      –  Il est intéressant dans cette optique de mieux préciser la qualité d’un investissement parental à même de favoriser le développement de la vie subjective de l’enfant ;

4      –  On débouche enfin sur le fait que la visée subjectivante de la cure psychanalytique s’effectue au travers d’un travail d’ana-lyse de la fausse-vraie liaison transférentielle.

Reprenons donc chacun de ces points plus en détail.

 

1 – La sublimation au delà du principe de plaisir.

Concernant ce destin pulsionnel particulier qu’est la sublimation, il est révélateur que Freud n’ait pas pu rédiger ce qui devait constituer un quatrième volet de sa Métapsychologie (1915). On sait en effet qu’après les articles Destins des Pulsions, Le Refoulement, et L’Inconscient, il projetait de spécifier la sublimation comme autre destin pulsionnel.

Il avait pourtant déjà dégagé clairement (Freud, 1914, p. 237) que la voie sublimatoire devait être distinguée du processus imaginaire d’idéalisation (de l’objet et/ou du moi). Mais il n’était pas encore en mesure, en 1915, d’en achever la conceptualisation – pour la bonne raison que cette satisfaction pulsionnelle sans décharge en quoi consiste le changement de but sublimatoire, situe en partie celui-ci dans un au-delà du principe de plaisir que Freud n’a pu concevoir, comme on sait, qu’à partir de 1920. Une métapsychologie de la sublimation ne pouvait précéder le nouveau pas de sa pensée vers cet au-delà ouvrant à ce que René Roussillon a justement appelé sa « seconde métapsychologie ».

Si le but de l’activité pulsionnelle reste toujours, bien sûr, la satisfaction, on voit que celle-ci peut énormément varier dans ses modalités : depuis le court-circuit de décharge expulsive hors psyché, en « pur principe de plaisir », jusqu’aux circuits créatifs de la jouissance en tension inhibée quant au but.

On parle généralement à ce propos de maturation pulsionnelle, mais sans toujours voir que celle-ci ne peut résulter que de la mise en jeu du dualisme dynamique, faisant travailler la dialectique liaison-déliaison vers davantage d’au delà de la simple satisfaction-décharge.

La satisfaction pulsionnelle sublimatoire sans décharge rejoint en fait le paradoxe économique dont Freud a dû rendre compte à propos du Masochisme (Freud, 1924). Le paradoxe de la jouissance masochiste force à reconnaître la contribution de cette force opposée à la libido érotique liante, désignée du terme impropre de pulsion de mort. Malgré sa difficulté à donner de cette dernière des illustrations concrètes du côté de l’agression internalisée, Freud ne démordra pas de la nécessité de concevoir un antagoniste d’Eros sans laquelle il n’y aurait pas de dé-liaison possible. Et j’ajouterai : pas de négation, ni de soustraction, pas d’ex-sistence subjective, et bien sûr pas …d’ana-lyse !…

On sait combien Freud aimait prendre en exemple l’aptitude de la physique contemporaine à réviser ses propres concepts.[7] Il nous est aujourd’hui tentant de rapporter l’antagonisme dynamique intrapsychique à celui qui se joue dans l’Univers entre l’expansion centrifuge et la force d’attraction gravitationnelle – forces non similaires, bien sûr, mais dont le relatif équilibre permet à la matière de se mouvoir dans l’espace. Rien de surprenant en somme à ce que le développement d’une subjectivité relève d’un antagonisme dynamique comparable à celui qui empêche la matière cosmique de se précipiter/condenser en naines blanches ou en trous noirs… La vie psychique apparait alors, elle aussi, devoir se déployer entre deux mortifères possibles : d’un côté l’implosion fusionnante et, de l’autre, la fuite centrifuge dans l’isolement glacé… 

Le physicien Edgar Gunzig (2004) va jusqu’à considérer quant à lui que les corps matériels et le vide quantique ne sont que deux états de la matière, mutuellement (dynamiquement) réversibles… D’autres en sont venus aujourd’hui à postuler une énergie noire pour rendre compte de certains effets antigravitationnels… 

Il reste que la sublimation constitue une manière souvent heureuse de surfer durablement entre ces deux mortifères.  Elle peut toutefois comporter un certain masochisme – comme peut l’être l’endurance du psychanalyste dans l’exercice de son art ! L’activité artistique quant à elle n’exclut pas un taux élevé de suicides ; et c’est aussi un prix de la créativité que d’impliquer nécessairement un certain meurtre des formes déjà existantes pour pouvoir en produire de nouvelles.

 

2 – Le travail de deuil au service de la vie subjective.

Le temps manque ici pour envisager cet autre processus-clé de la vie psychique qu’est le travail de deuil. Celui-ci revient pour l’essentiel à opérer un certain détachement par rapport à la disparition d’un « objet » investi libidinalement. Un tel travail ne saurait évidemment s’accomplir sans qu’une force de dé-liaison libidinale y soit mise à profit.

La comparaison effectuée par Freud entre Deuil et Mélancolie (1915) est fort éclairante à cet égard. Tout se passe en effet comme si l’état mélancolique réalisait une sorte de prise en masse d’un lien haineux (libidinal donc) à l’« objet » premierl mauvais. Sa caractéristique majeure est son manque de détachement, précisément – à l’opposé donc du processus de deuil. La mélancolie constituerait ainsi un exemple frappant de l’éventualité suggérée par Laplanche d’un mortifère résultant d’une insuffisante mise en jeu de la déliaison.

On peut du reste souvent vérifier dans la clinique combien la fixation d’un patient (enfant ou adulte) à une figure parentale s’avère d’autant plus forte et contraignante que la relation au parent en question aura été empreinte d’une modalité sadique et maltraitante.[8] Le mélancolique collé à son ‘mauvais objet’ apparait de cela exemplaire.

 

3 – Du bon investissement parental pour la subjectivité naissante.

Ne prendre en compte que les effets de l’énergie liante libidinale (Eros) ne permettrait pas non plus de répondre à la question de savoir comment caractériser un bon investissement parental – question évidemment cruciale pour saisir l’engendrement générationnel des maladies mentales. Il ne suffit pas de quantifier l’investissement parental, ni en termes de quantité de libido érotique, ni d’énergie d’emprise, ni d’investissement narcissique – pas plus d’ailleurs que dans un dosage quelconque de chacun de ces trois composants … On ne cesse de vérifier, en effet, les inconvénients possibles sur le développement subjectif de l’enfant de chacun de ces trois modes d’investissement libidinal, ainsi que de leurs combinatoires…

C’est qu’il faut considérer une autre qualité décisive du « good enough » si bien illustré par Winnicott, à savoir précisément le suffisant détachement qu’il doit aussi comporter. L’investissement parental se doit être certes d’être animé d’une pulsionnalité effective, pour n’être ni formation réactionnelle, ni faux self ; mais sans pour autant viser la décharge incestueuse dégradante pour l’enfant-objet-sexuel ; ni étouffer celui-ci par l’emprise ; ni trop l’instrumenter comme prolongement narcissique…

Un bon investissement parental doit donc comporter quelque chose de l’ordre d’un suffisant détachement. La possibilité pour l’enfant de développer une vie subjective propre nécessite que sa mère puisse être avec lui autre chose que liante libidinalement. Peut-être touchons-nous ici un point d’aveuglement symptomatique de Freud : les limites de son auto-analyse ne semblent guère lui avoir montré la complexité dynamique du rapport d’un fils à sa mère. Il a pu l’imaginer ne comportant aucune ambivalence – et à plus forte raison, sans doute, ni distraction ni détachement

Je pense ici à la figure paradoxale de la fameuse vierge gothique toulousaine détournée de son enfant, qui fascinait Jean Cournut. Un certain détachement parental n’est-il pas ici représenté comme idéal – donnant son plein espace au sujet naissant ? 

Les chances du développement subjectif de l’enfant tiennent à la mise en œuvre, dès les interactions premières, d’une composante de dé-liaison objectale telle que le bébé soit sollicité anticipatoirement d’ex-sister comme sujet. Et l’on peut remarquer au passage que ce supposer le bébé sujet de la part du parent constitue bel et bien une forme de transfert. C’est en tous cas la balance des dispositions parentales entre investissement érotique, narcissique, et détachement respectueux (considération) qui va donner ses chances au sujet nouveau.

La pratique des thérapies familiales autour de jeunes psychotiques ne cesse de montrer l’importance clé de cet équilibre. Aussi est-il surprenant de voir Paul Denis (2002, p.1807) se contenter d’envisager une limitation réciproque de l’emprise par la satisfaction, les considérant comme des « éléments complémentaires, l’un servant l’autre et l’autre arrêtant le premier lorsqu’une expérience de satisfaction peut se constituer ». Est-ce à dire que seule la satisfaction pulsionnelle serait susceptible de mettre une limite à l’emprise d’un parent ? Les thérapies au long cours nous enseignent plutôt que l’autonomisation subjective du jeune requiert un minimum de transformation de but (sublimatoire) de l’investissement du parent. 

C’est d’ailleurs au départ cette composante d’investissement sublimatoire qui tend à donner au parent le détachement nécessaire pour se montrer réceptif aux accroches pulsionnelles de l’enfant et y répondre souplement de manière à favoriser les renversements subjectivants (Penot, 2001). Et c’est aussi ce détachement qui va faire qu’une mère pourra accepter que son enfant investisse une autre personne (idéalement le père) pour y déplacer (transférer) des investissements portés sur elle à l’origine.

Il reste qu’on ne saurait se dispenser de reconnaitre la nécessité d’une force de dé-liaison oeuvrant dans la psyché en se contentant d’en attribuer la fonction à l’« objet » parental – car on se demande alors d’où ce dernier tirerait lui-même une telle capacité…

 

4 – Déliaison et processus psychanalytique.

Nous en arrivons enfin à considérer le travail de la cure psychanalytique comme mise en jeu du couple liaison-déliaison pour dynamiser son processus.[9] La perlaboration (working through) travaille sur la vraie/fausse liaison de transfert. Si la tâche première du psychanalyste consiste bien à « supporter le transfert » (Lacan, 1968), il faut encore que celui-ci soit interprété à temps (ce que ne faisait guère le même Lacan). L’acte interprétatif permet en effet de « restituer » (Freud, 1937) le lien transférentiel au patient, dans sa vérité singulière de passé perdu, le rendant du même coup subjectivable

Mais cet objectif ne peut être atteint que dans la mesure où le travail d’ana-lyse aura permis d’opérer une dé-liaison suffisante de la fixation libidinale transférée. 

Dans l’optique de la « talking cure » et de son efficace, Lacan proposait de faire coïncider « la pulsion de dissociation … avec le fait que l’être humain parle ». Il voulait prolonger par là l’importance clé donnée par Freud à l’opération de la Négation (1925). Aussi a-t-il considéré la force de déliaison comme spécifique de ce qu’il appelle « le parlêtre ». Il effectue là une nette rupture avec les références biologisantes du Freud d’Au-delà du principe de plaisir (1920), mais il converge avec un autre bon connaisseur de la psychose, Herbert Rosenfeld, qui remarquait, je m’en souviens,  qu’une personne se trouve divisée dès lors qu’elle (se) parle

Précisons que si la négation (Verneinung) constitue le mode premier de reconnaissance de quelque chose (chez le petit enfant, et dans la cure), c’est qu’elle permet une re-liaison secondaire comportant un gain de signifiance (opération méta-phorique). C’est en cela qu’elle s’oppose foncièrement au déni (Verleugnung) qui n’est, lui, que dé-liaison ou plutôt non-liaison – et se traduit par le clivage. On ne saurait trop insister sur ce fait que le déni joue dans un sens radicalement inverse de celui de la négation sur le processus symbolisant et la subjectivation qui en dépend. (Penot, 1989)

Je me démarque sur ce point d’André Green (1993) en pensant que le déni-clivage n’a pas à être considéré comme une forme du « négatif ». Cela comporte, en effet, l’inconvénient de mettre dans le même sac l’opération de la négation et le mécanisme du déni (de jugement) dont les effets respectifs sont foncièrement inverses pour ce qui concerne le processus individualisant d’appropriation subjective. (Penot, 1989)  Je dirai que le terme globalisant de « négatif » me semble véhiculer dans le champ de la psychanalyse des inconvénients conceptuels similaires à l’appellation « de mort » critiquée plus haut, car il condense imaginairement gommage désubjectivant du déni et fonction symbolisante de la négation. 

Quant à la compulsion de répétition, son allure « démoniaque » a pu la faire considérer par Freud comme mortifère et donc de mort. (Freud, 1920)  Mais le même Freud en est venu à voir que cette irruption déplaisante tendait à imposer la prise en compte d’une donnée existentielle rejetée par le narcissisme. Il l’a alors considérée davantage sous l’angle du « besoin de restitution » (Freud, 1937), ou plutôt d’un déterminisme de restitution qui tendrait obstinément à re présenter, comme fait le cauchemar, une donnée traumatique en défaut de symbolisation et de reconnaissance psychique.

 

Pour conclure provisoirement sur la dynamique Eros/Anteros.

Sans doute notre conceptualisation de la dynamique conditionnant la subjectivation humaine est-elle encore loin du compte – ce qui est en soi motivant pour poursuivre… Pour ma part, c’est en après coup (comme toujours) que je peux aujourd’hui m’apercevoir de la nécessité de la trajectoire qui m’a fait partir, dans les années quatre-vingt, d’une revue systématique du concept freudien de déni (Verleugnung), pour m’amener à cette remise en question aujourd’hui de la notion de pulsion de mort – en m’étant consacré tout ce temps à l’étude des conditions premières de la subjectivation. (Penot, 2001)

Il reste que reconnaître le rôle vital de la dynamique dé-liante dans le développement de la vie subjective amène surtout à se poser de nouvelles questions.

A commencer par celle de savoir jusqu’à quel point on peut considérer la force de dé-liaison à l’œuvre dans le déni-clivage comme étant foncièrement de même nature que celle mise à profit pour accomplir le processus de deuil. Il n’est pas facile, en effet, de concevoir que la même force dé-liante puisse produire de la non intégration dé subjectivante, et/ou au contraire favoriser la subjectivation.

Il faut remarquer cependant que les potentialités de l’énergie libidinale (liante) offrent un paradoxe similaire : la même libido capable de nourrir des opérations sauvagement destructrices d’une proie, va s’avérer par ailleurs à même d’animer des entreprises constructives, aimantes, créatives… Il n’y a dès lors pas lieu de s’étonner que la même énergie dissociative puisse, d’un côté, en tant que dé-liante, servir la plus radicale des méconnaissances, celle du déni-clivage et, de l’autre, dénouer dynamiquement des liens devenus mortifères pour permettre le processus de deuil ouvrant à de nouvelles liaisons.

J’ai insisté sur le fait que l’attaque sadique d’un lien est autre chose que son déni. La première relève d’une charge libidinale haineuse, tandis que le déni met plutôt à profit ce que je pense être la composante dynamique dé-liante, désinvestissante, malencontreusement qualifiée de mort. Il est toujours important d’évaluer la prédominance de l’un ou de l’autre dans la genèse des pathologies relevant d’un héritage traumatique majeur. 

Je dirai pour finir que l’on peut mieux saisir l’utilité (dialectique) de la force de dé-liaison une fois levé l’écran imaginaire consistant à la déconsidérer globalement comme « de mort ». Cette perspective que je propose pourrait ainsi permettre à notre recherche psychanalytique de mieux évaluer les possibles effets de mort ou de vie subjective qui résultent de la mise en jeu de cet antagonisme dynamique freudien, Anteros, fournissant les diverses conjonctions cliniques observables chez nos patients d’aujourd’hui.

 

 

Références bibliographiques.

BELL D. 2014, « The death drive : phenomenological perspective, in contemporary Kleinan theory », Int. J. Psychoanal., 95/4, 2014.

DENIS P. 1992, « Emprise et théorie des pulsions », Revue Française de Psychanalyse, P.U.F. n° spécial congrès 6/1992, p.1297-1415.

DENIS P. 2002, « Un principe d’organisation-désorganisation », Revue Française de Psychanalyse, P.U.F. n°5 / 2002, p. 1799-1808.

FAIN M. et BRAUNSCHWEIG D. Eros et Anteros, Payot 1971.

FREUD S. 1914, « Pour introduire le narcissisme », Œuvres complètes, vol. XII, p. 228-29.

FREUD S. 1915, « Pulsions et destins de pulsions », Œuvres complètes, vol. XIII, p.172.

FREUD S. 1915 , « Deuil et mélancolie », Œuvres complètes, vol. XIII, p.259.

FREUD S. 1920, « Au delà du principe de plaisir », Œuvres complètes, vol. XV, p.273-338.

FREUD S. 1924, « Le problème économique de masochisme », Œuvres complètes, vol. XVII, p.9-23.

FREUD S. 1925, « La négation », Œuvres Complètes, P.U.F. vol. XVII, p.168.

FREUD S. 1929, « Le malaise dans la culture », Œuvres Complètes, vol. XVIII, p. 305. 

FREUD S. 1937, «  Constructions dans l’analyse », Résultats, idées, problèmes II, P.U.F. p.280.

GREEN A. 1993, Le travail du négatif, Edit. de Minuit, chap. IV, p. 113-122.

GREEN A. 2002, Idées directrices pour une psychanalyse contemporaine, P.U.F.

GUNZIG  E., BRUNE E., 2004, Relations d’incertitude, édit Ramsay, Paris.

LACAN J. « L’acte psychanalytique », séminaire de Juin 1968, toujours inédit.

LAPLANCHE J. 1998, « La soi-disant pulsion de mort : une pulsion sexuelle », in Revue    Adolescence, édit. Bayard, Paris,  n° 30, p. 204-225.

PENOT B. 1989, Figures du déni – en deçà du négatif, Dunod, réédité chez Erès, 2003.

PENOT B. 2001, La passion du sujet freudien, édition Erès, Toulouse.

RIBAS D. 2002, « Chroniques de l’intrication et de la désintrication pulsionnelle », Revue Française de Psychanalyse, P.U.F. n°5 / 2002, p. 1689-1767.

ROSENBERG B. 1991, Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie, Monographie de la Revue Française de Psychanalyse, P.U.F.

SZWEC G. 2002, « La mère ‘surintricante’ », Revue Française de Psychanalyse, P.U.F. n°5 / 2002, p.1789-1797.

WINNICOTT D. W. 1975, Jeu et réalité, Paris Gallimard.

 

 

Résumé

Le mouvement psychanalytique a du mal à surmonter le malaise légué par ce que Freud a voulu appeler « pulsion de mort ». Le terme s’avère doublement malencontreux : d’abord parce que la nécessité perçue par Freud d’un antagoniste dynamique à Eros-liaison n’implique pas une pulsion particulière ; ensuite parce que cet Anteros est une nécessité vitale pour la vie psychique, et particulièrement le processus de subjectivation. L’idée de « pulsion de destruction » (Sabina Spielrein) confond poussée dissociative (déliante) et composante agressive de l’investissement libidinal. Aussi faut-il surtout cesser de mélanger destruction et déliaison – l’impossibilité de les articuler l’une à l’autre suffit à invalider le concept de pulsion de mort.

La nécessité d’Anteros-déliaison  peut être montrée au travers de plusieurs processus-clés du développement subjectif : l’activité sublimatoire, le travail de deuil, la fonction parentale, la cure psychanalytique…

 

 

 

Mots clés

Pulsion (de mort) – dynamique (point de vue) – intrication – déliaison –  destructivité sublimation – parentalité – deuil – subjectivation – processus analytique – déni-clivage.

 




[1] Celle de D.W. Winnicott me semble particulièrement convaincante.

[2] Même si ces auteurs entendaient surtout opposer un Anteros social à l’Eros privé.

[3] Dans l’Esquisse (1895) Freud pose comme tendance de l’appareil nerveux de ramener l’investissement à zéro.

[4] Prévert a bien su exprimer cela : « mais la vie sépare ceux qui s’aiment, tout doucement sans faire de bruit, et la mer efface sur le sable les pas des amants désunis »…        

 

[5] La vitalité sans limite des cellules cancéreuses n’illustre-t-elle pas l’exercice d’un Eros sans contre partie ?

[6] C’est l’idée du « meurtre » du parent primordial – que Freud a curieusement dirigé sur le père (de la horde).

[7] Notamment dans Pour introduire le narcissisme, Œuvres Complètes, XII, p. 221.

[8] C’est  l’intérêt du concept de mère morte tel que l’a proposé André Green : une présence mortifère. Inversement, il s’avère que la plupart des écrivains Anglais du XIXème siècle étaient orphelins précoces…   

[9] Je renvoie là-dessus au congrès de L. F. sur Le processus – Revue Française de Psychanalyse, n° 5/2004.

Publié le 4 février 2015

 

Nouvelle proposition en discussion

Affect et pulsions en médecine et psychosomatique : questions cliniques, théoriques et épistémologiques par Christian Delourmel

 

Quelques classiques autour du numéro Le mensonge (volume 79, numéro 1, 2015)

Chasseguet-Smirgel, 1969 : le rossignol de l’empereur de Chine ( Essai psychanalytique sur le faux)

Diatkine & Favreau, 1956 : Le caractère névrotique

Fain, 1984 : Des complexités de la consultation en matière psychosomatique

 

Freud dit que l’analyste doit être motivé par l’amour de la vérité, rejoignant en cela tout chercheur scientifique… Pourtant, le couple vérité – mensonge, et ses variantes : vrai – faux, authentique – contrefait, authentique – factice, n’occupent pas une place importante dans la littérature psychanalytique, en dehors de quelques développements sur les éléments d’authenticité et d’inauthenticité rencontrés dans les pathologies des états-limite. La mythomanie, ancêtre symptomatique, en quelque sorte, de la clinique de l’inauthenticité, ne se rencontre guère davantage dans les pages de notre revue, victime sans doute de son association trop fréquente avec des pathologies comme la psychopathie qui, à de rares expressions près (Jean Bergeret, Gilbert Diatkine…),  a peu intéressé les psychanalystes, à moins que ce ne soit dans sa version en rapport avec la criminalité (Claude Balier). Evelyne Kestemberg, dans sa description de la relation fétichique à l’objet et des « psychoses froides » a également insisté sur l’importance de la facticité comme élément central des modalités objectales de ces patients.

En cherchant bien dans les pages de la Revue française de psychanalyse, on peut néanmoins trouver quelques textes qui peuvent venir compléter la lecture du numéro sur le mensonge. Un texte de Michel Faim (Des complexités de la consultation en matière psychosomatique, Revue française de Psychanalyse 48 (5) : 1209-1228, 1984), qui ne fait pas partie de ses plus connus, captive le lecteur par l’intensité de son évocation clinique et aussi par son originalité – un quasi compte-rendu d’une consultation d’orientation, où la mythomanie occupe une certaine place dans une situation clinique par ailleurs fort riche.

Le rapport de René Diatkine et Jean Favreau au 18ème congrès des psychanalystes des langues romanes, comme on appelait à l’époque notre CPLF actuel, en 1955, ne présente pas qu’un intérêt historique. À une époque où la psychanalyse était encore, pour la majorité des praticiens, une psychanalyse des névroses – et à une époque où la majorité des analysants était également composée de « névrosés », pour reprendre un autre terme largement utilisé à l’époque – ce rapport sur, justement, « Le caractère névrotique » (Revue française de Psychanalyse 20 (1-2) : 151-201, 1956) décrit de façon vivante un cas d’hystérie masculine avec mythomanie qui peut-être, dans notre clinique d’aujourd’hui, aurait (trop) tôt fait de rejoindre les états-limite.

C’est surtout la conférence que Janine Chasseguet-Smirgel a prononcée à la Société psychanalytique de Paris le 21 mai 1968 (ce qui prouve que les psychanalystes travaillent et réfléchissent en toutes circonstances) qui attire l’attention. Elle se présente comme une vaste étude argumentée et très complète sur la problématique du faux (Le rossignol de l’empereur de Chine (Essai psychanalytique sur le « faux »), Revue française de Psychanalyse 33 (1) : 115-141, 1969). Dans une analyse métapsychologique serrée, alliant des cas cliniques à une abondante référence littéraire et artistique (où l’on retrouve en particulier l’œuvre et la personne du romancier et dramaturge suédois August Strindberg, 1849-1912), Chasseguet-Smirgel montre que l’opposition vrai – faux implique souvent une opposition entre « vivant » et « factice ». Mais ce « vivant » s’apparente à une capacité, à une  efficience, à une puissance, qui envoient au phallus paternel, tant et si bien « qu’il s’agit toujours, quel que soit le sexe du producteur ou de l’adorateur du « faux », d’un objet qui représente le phallus ». Ces réflexions amènent l’auteur à s’intéresser de plus près à la psychopathologie du paranoïaque, connu pour sa tendance à se présenter comme « autodidacte »,  car dans « la nécessité de court-circuiter la phase d’introjection du pénis paternel ». De ce fait, « l’investissement narcissique positif de ce pénis ayant été reporté sur le Moi, aura pour résultat de donner aux productions du paranoïaque destinées à représenter son pénis dans toute sa gloire un caractère d’inauthenticité, car elles recèlent une faille capitale. ». C’est lorsque le paranoïaque, volontiers meneur d’hommes ou inventeur de nouveautés brillantes, est confronté au refus des autres de lui reconnaître « son phallus magique autonome » (autonome au sens où il a été acquis sans passer par le père), que sa problématique tourne à la persécution : « son désir d’acquérir le pénis paternel par l’introjection anale érotisée est réactivé et l’amène à la représentation persécutoire d’un rapport homosexuel sadique ». Chasseguet-Smirgel conclut que « le faux est donc lié au camouflage du caractère anal du pénis du sujet, qui n’a pu se constituer un pénis génital, narcissiquement satisfaisant, faute d’une identification paternelle adéquate. »

 

Plus d’information sur l’Actuel en psychanalyse – CPLF 2014  Montréal

Nouveaux membres

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 NOUVEAUX MEMBRES ADHERENTS AGREES PAR LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DANS SA SEANCE DE MARS 2014

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Du Côté des Livres n°23

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Du côté des livre n°23, décembre 2014 est en ligne :

Qu’est-ce que le DSM ? Auteur : Steeves Demazeux. Note de lecture : Martin Joubert

Troubles de l’apprentissage chez l’enfant, comment savoir ? Ecouter, observer, aider. Auteur : Evelyne Lenoble. Note de lecture : Martin Joubert

Le Moi et l’Objet.  Auteur : Catherine Chabert. Note de lecture : Martin Joubert

Existe-t-il une éducation suffisamment bonne ? Auteur : Bernard Pechberty, Florian Houssier. Note de lecture : Martin Joubert

Dieu la mère. Auteur : Patrick Merot. Note de lecture : Martin Joubert

Freud et la culture. Auteur : Eric Smadja. Note de lecture : Renate Eiber

Lettres à Marcella Spira. Auteur : Jean-Michel Quinodoz, Mélanie Klein. Note de lecture : Hede Menke-Adler

Freud avec les écrivains. Auteur : Edmundo Gomez Mango, Jean-Bertrand Pontalis. Note de lecture : Renate Eiber

La clinique de Winnicott.  Auteur : Laura Dethiville. Note de lecture : Simone Sausse-Korff

Dans les traces du prénom, ce que les autres inscrivent en nous.  Auteur : Juan E. Tesone. Note de lecture : Renate Eiber

Béton armé. Auteur : Philippe Rahmy. Note de lecture : Simone Sausse-Korff

    
 

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Le psychodrame analytique

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Gérard Bayle

Le psychodrame analytique. 
Figurations et relances des processus psychiques

IntroductionLes origines

Le jeu des processus de défense

Théorie de la pratique du psychodrame

Transfert et groupe

Indications et contre-indications

Bibliographie

Introduction : Place formelle du psychodrame dans la pratique analytique.

Le groupe, le corps et la psychanalyse

Au sein de toutes les pratiques analytiques, le psychodrame connaît une place croissante. Cette activité est passée de la recherche confidentielle à des applications thérapeutiques bien implantées dans de nombreuses institutions de soins et dans quelques pratiques libérales. Parallèlement à l’intérêt qu’il suscita dès son introduction en France, ses indications se sont de plus en plus spécifiées dans les dernières années. Il y a vingt ou trente ans, c’était souvent une indication de secours après des échecs de cures analytiques classiques ou des psychothérapies en face à face. Par ses références explicites au corps, à l’acte et au groupe, et tout en restant analytique grâce à la conflictualité inconsciente, au transfert et aux mécanismes de défense, il permet l’exploration et le traitement de Les pathologies du narcissisme en sont les principales indications. certains processus psychiques autrement inaccessibles.

Sans pour autant manquer de rigueur, la pratique du psychodrame est moins formalisée que celle des cures types. Malgré des variations de cadre qui tiennent à la formation de tous et à la créativité de certains, des constantes sont retrouvées. Une théorie psychanalytique les anime, la participation corporelle et gestuelle y est omniprésente et cela se passe toujours en groupe, quel que soit le nombre des thérapeutes et des patients. Dans tous les cas, une triangulation implicite est instaurée.

Le psychodrame dit « individuel »

Un patient, un meneur de jeu et deux à cinq ou six acteurs se retrouvent hebdomadairement pendant une demi-heure à jour et heure fixes. Dans une activité libérale, les honoraires sont convenus à l’avance et se règlent en espèces à la fin de chaque mois. Les séances manquées sont dues. Il en va bien sûr autrement dans les institutions en ce qui concerne ces deux derniers points. Par convention, le meneur de jeu ne joue pas, les acteurs peuvent tout jouer sauf leur propre rôle et le patient sait qu’on peut tout jouer, idées, rêves, sensations, entités diverses, personnages divers, doubles du patient, etc.

La séance commence par quelques évocations, souvenirs, sensations, fictions, etc. du patient qu’il met en scène en distribuant les rôles avec l’aide du meneur de jeu. Puis les acteurs et le patient se rendent dans la partie de la pièce qui par convention est désignée comme espace scénique. Là, à partir des idées qui leur sont venues, les uns et les autres laissent se développer un jeu. Une conflictualisation tolérable s’y glisse le plus souvent, permettant de déployer toute une palette de figurations. Eléments désavoués ou rejetés, résistances à des désirs refoulés, renvois à l’enfance ou à d’autres spectres d’identité sont mis en place. Les protagonistes bougent, ébauchent des gestes évocateurs sans pour autant dépasser le registre de l’allusion. Des enfants diraient qu’ ” on-fait-comme-si ” et les contacts, s’ils existent, sont discrets, jamais insistants ni a fortiori hors du domaine de l’allusif. Le meneur de jeu, en attention flottante, perçoit les déplacements de chacun, les ébauches de fantasmes, les manifestations de défense, les chorégraphies et prosodies privées auxquelles il peut répondre soit par l’envoi de nouveaux acteurs, soit par quelques directives, soit par l’arrêt d’une scène à un moment marquant de celle-ci, l’idéal étant de pouvoir donner à cet arrêt, dans un moment de vérité symbolisante et subjectivante pour le patient, une valeur de scansion sans pour autant lever la séance avant sa fin prévue. Les jeux s’enchaînent les uns aux autres en fonction des associations qu’ils suscitent. Dans une équipe suffisamment rodée, la confiance mutuelle des analystes et du patient permet d’éviter les blessures narcissiques. Le narcissisme du patient est soutenu par des interventions indirectes du meneur de jeu : rôles de doubles, repérage des mouvements d’insight, arrêts de scènes qui pourraient gêner par trop le patient ou un acteur, respect des émotions des uns et des autres. L’essentiel des interprétations se fait par le jeu, mais elles se font aussi comme dans une cure classique, sous la forme d’interprétations dans le transfert. Pour des raisons d’indications, les constructions se font plutôt dans les jeux de même que les interprétations de transfert rendues ainsi plus tolérables et accessibles. Des interprétations groupales, concernant les mouvements psychiques de l’ensemble des participants sont aussi possibles.

Le psychodrame dit « individuel en groupe »

S’adressant à plusieurs patients, trois ou quatre par exemple, qui ne se connaîtront que par leurs prénoms, ne se rencontreront pas en dehors de ce cadre et seront tenus au respect du secret, il se déroule sur le mode précédent avec une semblable équipe d’analystes. Chaque patient décide à son tour de son propre jeu, mais les autres peuvent recevoir un rôle. L’enchaînement des scènes des uns et des autres a souvent une valeur associative groupale dont l’interprétation est plus souvent implicite qu’explicite. Le groupe s’est étoffé tout en gardant sa structure ternaire : les patients, les analystes co-thérapeutes et l’analyste meneur de jeu. L’implication de chacun des patients est moins vive et le sous-groupe qu’ils forment a sa dynamique propre ; c’est très net dans les psychodrames d’adolescents ou de patients psychotiques.

Le psychodrame dit « de groupe »

Abandonnant délibérément les interprétations individuelles au profit de celles qui découlent des émergences de l’inconscient groupal, cette approche ne nécessite pas un grand nombre d’analystes. Un meneur de jeu et un acteur peuvent suffir. Elle est largement mise en uvre pour des sensibilisations ou des formations, encore que certains analystes l’utilisent dans un but psychothérapique.

Les origines

Moreno

Le théâtre de la spontanéité est aux origines immédiates du psychodrame analytique. Il fut créé et animé par Moréno, d’abord à Vienne dans les années vingt, puis en Amérique où il a connu une certaine extension. Son but principal est de donner figuration à des expressions psychiques inexprimées. Mais les expressions cathartiques laissent les patients face à des impacts dépressifs ou traumatiques dont le devenir conscient n’implique pas de remaniements inconscients allant dans le sens d’un supplément de symbolisation et surtout de subjectivation, d’où l’intérêt d’une cure psychodramatique analytique dont les buts vont au-delà du « décoincement » de l’affect.

Les analystes français

Aussi, à la fin de la dernière guerre, sous l’influence de Mireille Monod, les psychanalystes Serge Lebovici, Evelyne Kestemberg et René Diatkine ont adapté et utilisé le dispositif créé par Moreno. Parallèlement, Didier Anzieu l’a introduit dans les thérapies psychanalytiques d’enfants et d’adolescents, et l’a pris comme moyen de sensibilisation à la psychanalyse pour des étudiants en psychologie. Chez les lacaniens, Simone Blajan-Marcus puis Eugénie et Paul Lemoine ont créé la SEPT. Dans tous les cas, et au-delà de divergences théoriques, l’accent fut mis sur la figurabilité, l’expression par l’acte allusif et l’impact du groupe. Ce que la cure de parole n’apporte pas (ou plus) peut être alors être figuré. Au fil des cinquante dernières années, la pratique du psychodrame en France a connu un essor important malgré quelques réticences de la part d’analystes qui craignaient l’influence de la méthode cathartique ou l’introduction d’impuretés psychanalytiques par référence à l’acting in, qui constitue une attaque désymbolisante du cadre. On aurait pu en dire autant, et tout aussi vainement, du jeu dans les thérapies d’enfants. Le succès du psychodrame tient à son efficacité comme soin, mais aussi à ses apports aux autres approches pratiques et à certaines clarifications théoriques. La pratique du psychodrame à l’étranger est inégalement pratiquée sous sa forme analytique. A titre d’exemples, on notera qu’il fut discrètement maintenu en Hongrie au temps du communisme d’état. Réintroduit par Ladame en Suisse dans des traitements d’adolescents, en voie d’implantation en Belgique et au Québec, il est absent des cadres thérapeutiques anglo-saxons.

Le jeu des processus de défense

La série déni, idéalisation, clivages

En jouant sur les conditions de rétablissement du jeu du refoulement, le psychodrame tend à limiter les nécessaires recours défensifs d’urgence que sont les dénis, idéalisations et clivages mis en place par les patients pour se protéger contre la désintrication pulsionnelle. En clinique, un patient peut idéaliser un mode de vie sexuelle, sa défense et l’illustration de ses avantages. Dans le même temps il peut dénier les différences symbolisantes qui existent entre les sexes, les générations, les vivants et les morts. Pour autant, il n’ignore pas que les hommes et les femmes, les enfants et les adultes, les vivants et les morts sont différents. Ce paradoxe et ces contradictions ne le troublent pas. Un clivage du moi résulte de l’association déni/idéalisation et lui évite toute remise en cause de ce qu’il sait mais qui ne l’affecte pas. C’est très progressivement, sous protection narcissique dans un transfert rendu tolérable par ses latéralisations sur les divers acteurs qu’il en vient à ranimer les processus de refoulement. Le jeu des acteurs lui a fourni, petit à petit, des figurations de substitution à celles qu’elle idéalise ou dénie.

Théorie de la pratique du psychodrame

Le psychodrame comme rêve imparfait

Par ses apports figuratifs, le psychodrame analytique est comparable au jeu de la perception dans la mesure où elle fournit des restes diurnes comme matériaux représentatifs des pensées du rêve. Tout ce que proposent les acteurs a valeur de reste diurne en quête de rêve à représenter, de fantasme à figurer. Freud à montré (1900) que tous les personnages d’un rêve sont des figurations du rêveur lui-même ; le psychodrame analytique propose des acteurs comme ” doubles ” du patient lui-même. Sur la scène, dans le jeu, que ce soit explicitement ou implicitement, ces collègues deviennent des figurations possibles pour le monde psychique du patient. Désirs, défenses, résistances, objets internes, enveloppes, instances, ils peuvent tout figurer.

On peut mieux comprendre la comparaison avec le rêve si l’on considère que séance après séance, le patient sort de la sidération et de l’immobilité psychique pour accéder de façon douloureuse mais tolérable à des scènes comparables à des cauchemars. Ensuite, ils peuvent en dire que ce n’était qu’un jeu, tout comme au réveil on pourrait dire du cauchemar que ce n’était qu’un mauvais rêve. Le réveil des affects n’est cependant pas sans poser de problèmes dans la mesure où ils sont parfois difficiles à qualifier.

L’une des fonctions du meneur de jeu qui est et reste en tous temps l’analyste du patient est de considérer que les acteurs sont aussi des représentants de sa propre personne des doubles de lui-même dans le temps où ils sont aussi des doubles du patient. Il peut donc leur donner quelques consignes de jeu ou encore faire confiance à leur soutien interprétatif dans le jeu. Ainsi est-il possible de qualifier les affects, de les rendre tolérables et d’écarter la comparaison avec le cauchemar, au profit de celle avec le rêve imparfait dont on se souvient un certain temps après le réveil. Le travail psychique se poursuit de séance en séance grâce à ce côté imparfait du jeu.

Il ne faudrait pas pour autant penser que donner à figurer au patient suffit à relancer les processus de refoulement. Il va de soi qu’une scène imparfaite, tout comme un rêve imparfait, implique une conflictualisation. Les acteurs se chargent habituellement de ne pas satisfaire platement les demandes du patient. Le côté allusif du jeu s’y oppose de toute façon, mais de plus, il est très inhabituel de jouer exactement ce qui est demandé, dans le but d’introduire une conflictualisation.

De la rencontre des figurations proposées, des conflictualisations induites et du transfert sur le meneur de jeu naissent d’authentiques représentations psychiques lors des déclins des mouvements transférentiels sur le mode du Déclin du complexe d’Œdipe (Freud, S. 1924).

Il en va du psychodrame comme de toute cure analytique. Les progrès se font par mouvements de surinvestissement transférentiels, puis de déception et de renoncement à obtenir ce qu’on désire de confusionnant, incestueux et meurtrier. Faute d’avoir il faut se résigner à être et passer de l’espoir de fusion désubjectivante et désymbolisante à l’assomption du manque, symbolisant et subjectivant. Reste à rendre tolérable la flambée du transfert si délicat à faire évoluer avec de tels patients ; le dispositif du psychodrame en donne les moyens ainsi qu’on va le voir.

Transfert et groupe

Transfert latéral

Les transferts latéraux, s’ils constituent des résistances au transfert sur l’analyste n’en sont pas moins de précieux auxiliaires de la poursuite de la cure analytique. Ils sont à respecter aussi longtemps qu’ils sont nécessaires, utiles et non destructeurs. Le psychodrame organise, de par sa disposition même, des possibilités de transferts latéraux sur certains acteurs privilégiés. D’aucuns joueront toujours les mêmes rôles (parentaux par exemple) mais d’autres ne seront jamais choisis et mis hors jeu dans un but de réserve ou d’expulsion (Aleth Prudent 1998). Le meneur de jeu dispose donc d’informations sur les transferts latéraux et peut en jouer au moment opportun si celui-ci se présente.

Transfert groupal

Les transferts latéraux se font non seulement sur des individus mais sur le groupe vite considéré comme une réplique narcissique du patient. Enveloppe protectrice plus ou moins étanche, plus ou moins trouée, stable, contrôlable du regard. Mais le groupe des thérapeutes joue un rôle de plus, et cette fois-ci, c’est au bénéfice du meneur de jeu.

Le contre-transfert de l’analyste est souvent éprouvant pour lui avec de tels patients. Le partage des réactions contre-transférentielles avec les autres collègues en atténue grandement la charge et le rend plus lisible. Cela se vérifie dans les discussions qui suivent les séances ou à partir de remarques faites par les acteurs au meneur de jeu qui peut être ainsi averti de mouvements qui lui sont propres dans la conduite de la cure mais dont il refoule la perception ou dénie l’importance.

Dans une perspective groupale, l’ensemble des liens stables ou éphémères entre les membres du groupe de thérapeutes constitue un intertransfert. Sa prise en compte et son analyse donnent des renseignements inestimables sur le statut des représentations psychiques des patients. Ainsi peut-on dégager ce qui se joue dans leur propre topique de ce qui se joue dans les scènes de psychodrame, et distinguer cet ensemble là d’une troisième scène, celle de la conflictualisation de l’intertransfert, troisième scène non dite, jeu en coulisse, siège d’un reste inter-psychique qui demande à être mis en forme dans le jeu ou dans l’intra-psychique.

Indications et contre-indications

Le psychodrame analytique agit à la jonction des mouvements pulsionnels de vie ou de mort désintriqués et des formations du moi dans lesquels ils s’engagent, là où les circuits courts déversent de l’énergie érotique ou destructrice dans les formes d’accueil que sont les produits de circuits longs.

Psychodrame dit « individuel »

Pouvoir supporter l’approche psychodramatique sans trop déstructurer ce qui sert à contenir le sentiment d’être soi n’est accessible qu’à certains patients. Ce sont ceux qui utilisent déjà au mieux les structures psychiques d’accueil dont ils disposent. Se sont surtout ceux qu’on peut qualifier d’états-limites, jouant à fond de leurs potentialités névrotiques et sublimatoires, mais, justement, à la limite de leurs possibilités. Il en va parfois de même pour ceux qui trouvent un recours dans des actes pervers et qui ont donc besoin de la psyché d’autrui comme structure de décharge.

Certains patients fortement engagés dans une structuration psychotique peuvent bénéficier d’un psychodrame individuel alors que leur présence dans un groupe de patients serait trop pesante pour la dynamique d’une telle structure.

Mais il faut parler ici de toutes les situations dans lesquelles se déploie un psychodrame qui ne porte pas son nom mais plutôt celui de jeu dramatique. Nous pensons ici à toutes les psychothérapies d’enfants lorsque l’analyste et le patient jouent à prendre des identités mythiques ou convenues à l’avance. A telle petite fille qui a peur d’être seule chez elle par crainte qu’un inconnu malveillant n’y pénètre, on peut proposer qu’elle prenne le rôle de ce personnage, l’analyste prenant celui de l’enfant.

Psychodrame dit « individuel en groupe »

La protection narcissique constituée par le groupe des patients, en plus de celui des thérapeutes constitue un abri narcissique au sein duquel il est possible de se sentir en sécurité en estompant les divers mouvements d’expression de l’identité propre à chacun au profit de celle du groupe. Ainsi est-il possible de ne pas jouer forcement en premier et d’utiliser un courant associatif qu’on a pas initié soi-même. Lorsque l’inhibition est ou risque d’être massive, le soutient du groupe permet d’en faire assez vite l’économie. De plus, comme il est possible d’intervenir en tant qu’acteur thérapeute dans les jeux des autres membres du groupe, une liberté de pensée, de parole et d’acte peut trouver à s’exprimer au service des scènes des autres en révélant la finesse, la sensibilité, la pertinence et l’intelligence de l’intervenant qui n’est pas ainsi au premier plan.

Les patients aux remaniements psychiques rapides et / ou fragiles en profitent au mieux. C’est tout particulièrement le cas des adolescents et des préadolescents, mais aussi de tous les patients adultes qui doivent voiler d’inhibitions diverses les mouvements pulsionnels angoissants dont ils perçoivent plus ou moins bien la proximité. Le jeu des autres donne toute sa dimension de déplacement à un jeu dont à priori ils auraient tendance à se méfier, dont ils redouteraient quelque effet de vidange cathartique excessive. Leurs craintes implicites sont justifiées car là où l’analyste pourrait craindre un collapsus topique, ils auraient à rencontrer un épisode de désêtre.

Psychodrame dit « de groupe »

Mais le psychodrame peut élargir la dimension groupale au point de ne plus faire appel aux interventions, constructions et interprétations individuelles. Le meneur de jeu n’intervient que sur un groupe et ne parle que de lui. Il en va ainsi dans les psychodrames familiaux ou dans ceux qui s’adressent à un groupe de patients réunis sur la base d’un trait narcissique commun. C’est par exemple le cas d’un psychodrame à durée limitée dans le temps qui s’adresse actuellement à un groupe de patients qui ont en commun d’avoir fait de longues et répétitives psychothérapies et psychanalyses. De l’intérieur du jeu, il est possible pour chacun d’eux et pour l’actrice thérapeute de faire des commentaires individuels s’adressant à tel ou tel d’entre eux, mais le meneur de jeu tente et se contente de repérer les mouvements affectifs, pulsionnels et défensifs communs à tout le groupe. Il s’agit alors de mettre à distance l’idée d’une toute puissance de la pensée qui infiltrerait la psychanalyse et ferait d’eux des patients à vie, tout puissants dans leur toute impuissance à aller mieux et dans leur démonstration omnipotente de l’inanité de l’analyse et de toute autre approche. Pour d’autres analystes, il est important de laisser tout son jeu à des mouvements pulsionnels groupaux dont les cures individuelles ne mettent pas tous les éléments en valeur.

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Bernard Brusset

Les psychothérapies psychanalytiques (et le face à face)

Actualisation 2015

Historique

Enjeux théoriques

Aspects pratiques

Conclusions

Bibliographie

Historique

Le dispositif et la technique devenus classiques en psychanalyse ont été établis progressivement par Freud après qu’il eut renoncé à la thérapeutique par l’hypnose et de la suggestion dont il constatait les insuffisances. Dès les années 1920-1930, diverses pratiques ont été utilisées par tâtonnements jusqu’à ce que se trouve établi le consensus international qui a défini les normes de la psychanalyse dans la forme prototypique de la cure-type. Mais, dès 1918, Freud a appelé de ses vœux de nouveaux développements des traitements psychanalytiques susceptibles d’associer à “l’or pur de la psychanalyse” les divers alliages du cuivre de la psychothérapie, c’est-à-dire des interventions de l’ordre du conseil et de la suggestion.  A certaines conditions, elles peuvent être associées à l’interprétation du transfert et des résistances. Selon cette métaphore souvent reprise, des interventions de type psychothérapique, de soutien, en face à face par exemple, sont compatibles avec la psychanalyse comme l’or permet des alliages avec le cuivre (et non pas “le vil plomb” selon une regrettable erreur de traduction qui a longtemps contribué à entériner la dévalorisation de la psychothérapie dans le milieu psychanalytique francophone). En 1932, la position de Freud est claire : il écrit : « ”Comme procédé psychothérapique, l’analyse ne s’oppose pas aux autres méthodes de cette branche spécialisée de la médecine : elle ne les dévalorise pas, ne les exclut pas.»

De nombreux facteurs ont conduit les psychanalystes à la pratique, historiquement croissante, des psychothérapies, dont l’élargissement des indications, la psychanalyse des enfants et des adolescents et la confrontation aux états limites et aux pathologies psychosomatiques. Mais, déjà Freud pour le cas de l’Homme aux loups (1918), Ferenczi et Rank en 1924, en sont venus à la fixation d’un terme à la cure du fait du risque d’installation indéfiniment prolongée dans la situation régressive de la psychanalyse, ou, dans certains cas, à préconiser plutôt le cadre de la psychothérapie en face à face et diverses techniques qui ont eu des destins divers.

Il est de fait que la position allongée (la raréfaction des afférences sensorielles) et la rigueur technique de la cure-type ne produisent pas nécessairement les effets qui en sont attendus. Ferenczi a très tôt montré que tel ou tel aspect du dispositif pouvait actualiser fâcheusement chez le patient les traces mnésiques de traumatismes de son histoire infantile. Il a défendu l’idée que le traumatisme pouvait être dû à l’absence de réponse de l’objet face à une situation de détresse, ou, en cas de viol par exemple, à la disqualification et au déni du vécu de la victime. D’où, dans les années trente, ses tentatives d’introduire, en référence aux premières relations mère-enfant, des techniques à visée réparatrice par la relaxation, le psychodrame, et surtout l’implication personnelle de l’analyste allant jusqu’à l’analyse mutuelle. Le rôle de l’analyste ne pouvant plus être seulement défini par la neutralité bienveillante, l’absence de gratification réelle, ni par la fonction de miroir, la place de la réserve et du silence de l’analyste a donné lieu à des mises en question qui ont historiquement conduit à une meilleure prise en compte du contre-transfert dans ses divers aspects. Mais, cette même visée réparatrice a conduit à des thérapies dont le rapport avec la psychanalyse comme pratique de l’interprétation tend à disparaître, laissant toute la place à la psychothérapie.

Dans les années quarante aux États-Unis, est apparu dans les publications le fait que, dans la cure-type, la position allongée pouvait avoir des effets négatifs et entraîner des désorganisations, des dépressions ou des somatisations, alors même que l’indication de psychanalyse avait semblé pleinement justifiée. Les états limites ont d’abord été décrits à partir de cette constatation qui amenait à s’interroger sur la possibilité de prévoir de telles éventualités et à préconiser dans ce cas le dispositif en face à face et une relation thérapeutique différente. A partir de là, les psychothérapies psychanalytiques ont pris un grand

essor. Les risques sont apparus par la suite, notamment avec les “thérapies psychanalytiques” adoptées par l’Institut de Chicago après la dernière guerre mondiale (Alexander et French, 1945). Il s’agissait de diverses manipulations, par exemple d’interventions permissives ou interdictrices, de variations dans la fréquence des séances, ou dans leur durée, dans le but de contrôler la régression et d’éviter la longue durée des cures par crainte de la “toxicomanie psychanalytique”. Le but de la cure était défini comme “expérience émotionnelle correctrice”. Cette crainte et ce but continuent à justifier divers types de psychothérapies et même le retour à des méthodes pré-analytiques, dont la suggestion et l’hypnose.

Mais la psychothérapie psychanalytique a peu à peu trouvé sa place dans la pratique des psychanalystes et, non sans débats, dans les théorisations. Un certain nombre de moyens empiriques ont trouvé justification par de nouveaux développements théoriques, par exemple au sujet du narcissisme, des relations d’objet, du traumatisme, des particularités du transfert. De ce point de vue, Ferenczi et son élève Balint ont été des précurseurs de tout un mouvement qui a rapproché l’analyse dite classique (critiquée comme fondée sur “one body psychology”) et la psychothérapie dite relationnelle. Par la suite les grands courants qui ont enrichi la théorie psychanalytique ont fait une place diverse à la psychothérapie dans ses rapports avec la cure-type, elle-même redéfinie. La confrontation de la psychanalyse avec les enfants gravement perturbés et avec les psychotiques (ou aux confins de la psychose), a suscité, notamment en Angleterre, des controverses théoriques centrées notamment par la notion de relation d’objet (Cf. B.Brusset, 2005).

M. Klein et ses élèves, à partir de la psychanalyse par le jeu chez l’enfant, ont redéfini les buts des traitements psychanalytiques, quel que soit le dispositif, du point de vue de l’élaboration des niveaux archaïques du conflit d’ambivalence pulsionnelle et des rapports aux objets internes et externes, c’est-à-dire, schématiquement, l’élaboration de la position dépressive et l’introjection du bon objet. En opposition à Anna Freud, accusée de ne faire que de la thérapie éducative, de la guidance, elle entendait instaurer une psychanalyse fidèle à Freud, mais prenant en compte les stades archaïques du premier développement. Dans cette même direction initiale les apports théoriques de Winnicott d’une part, et de Bion d’autre part, ont joué un rôle important dans toute une évolution qui a donné fondement aux psychothérapies psychanalytiques jusqu’à induire des changements dans la conception même de la psychanalyse. Par ses travaux sur les états limites, Winnicott a donné légitimité théorique à des attitudes de type psychothérapique, non seulement préparatoires mais composantes nécessaires d’un travail spécifiquement psychanalytique. En 1954, introduisant la notion de régression à la dépendance, il a écrit : “Ici, le travail thérapeutique en analyse se rattache à ce qui se fait dans les soins aux enfants, dans les relations de l’amitié, dans le plaisir tiré de la poésie et des autres activités culturelles en général. Mais la psychanalyse peut accepter la haine et la colère qui appartiennent à la carence originelle et utiliser ces manifestations importantes qui sont susceptibles de détruire la valeur de la thérapeutique découlant de méthodes non-analytiques.” Ainsi, il a su éviter les impasses du maternage, de la réparation, de la réassurance (qui suscitent ou alimentent une demande insatiable et vouée à la déception du patient comme de l’analyste), en prenant en compte la haine nécessaire dans le contre-transfert (1947) comme dans la relation mère-enfant précoce dont il a montré les composantes et les fonctions.

La psychanalyse des enfants, des adolescents (Cf. Cahn,1998) et les psychothérapies des psychotiques ont conduit aussi à donner toujours plus d’importance au contre-transfert de l’analyste comme source de connaissance (dès les années cinquante : Mac Alpine, Racker, Heimann). L’implication de l’analyste dans la cure a donné lieu à de nombreux développements. Relèvent de la composante psychothérapique ses fonctions de moi auxiliaire dans le rapport à la réalité externe, mais il en va autrement avec les fonctions de holding et de contenance. En effet, la première se réfère à la mère-environnement en deçà de la représentation et la seconde prend sens de l’identification projective redéfinie dans une théorie de l’activité de penser (Bion). La généralisation de leur emploi hors contexte théorique affadit leur signification jusqu’à justifier n’importe quelle intervention psychothérapique. Il s’agit bien d’analyse, en revanche, quand le fonctionnement psychique de l’analyste est mis au service de celui du patient et que l’implication contre-transférentielle est au service de l’activité transitionnelle, de la mise en scène fantasmatique et de la mise en mots de l’activité psychique du patient, c’est-à-dire des transformations psychiques. La seule garantie contre la suggestion est l’analyse fine du contre-transfert dans ses divers niveaux. Ainsi, qu’il s’agisse du self winnicottien comme noyau de l’être, de “l’activité transitionnelle” ou de la “capacité de rêverie” de la mère, la relation intersubjective reste ordonnée à la prise en compte du transfert et du contre-transfert, de la conflictualité intrapsychique et de l’infantile primitif. Par là, il est légitime de parler de psychanalyse ou de reconnaître que la psychothérapie, quelle qu’en soit la forme, reste d’ordre psychanalytique.

Dans le cas des psychothérapies focales, c’est-à-dire centrées sur les symptômes ou les conflits actuels (Balint et Ornstein, 1972), un but de traitement est établi et le champ de l’investigation et de l’association des idées est limité a priori. Cette pratique demande une grande expérience analytique comme l’ont souligné les analystes anglais et américains qui l’ont promu. Elle s’oppose à l’absence de finalisation a priori qui caractérise la psychanalyse (Donnet, 1995). Les psychothérapies à durée limitée (Gilliéron, 1983) n’impliquent pas de limitation de l’activité associative, mais la contrainte temporelle pèse d’une manière qui en réduit les indications. La thérapie psychanalytique peut également prendre la forme de ce que Winnicott a décrit chez l’enfant comme “consultation thérapeutique”.

Aux Etats-Unis, l’opposition du « modèle pulsionnel » et du « modèle relationnel » par Greenberg et Mitchell (1983) (analystes du « William Alanson White Institute » de New-York, fondé par H.S. Sullivan) a conduit à la promotion de « la psychanalyse relationnelle ». La difficulté de rendre compte théoriquement de la pratique thérapeutique dans les organisations non-névrotiques, et la réflexion sur les états limites, a entraîné une centration sur la notion de relation d’objet dans l’ambiguïté de son statut externe et interne, en négligeant ses rapports avec le registre hétérogène des représentations. La psychanalyse dite relationnelle a tendu à être ramenée à la psychothérapie. Au pire, tendent ainsi à disparaître le point de vue dynamique de la conflictualité intrapsychique, le point de vue topique des lieux psychiques hétérogènes et surtout l’économie pulsionnelle, le sexuel et, bien sûr, le sexuel infantile et la pulsion de mort freudienne. Dans le même sens, la contestation de l’utilité de la métapsychologie, parfois réduite à l’histoire des idées, a justifié certaines dérives empiriques. D’où un relativisme laissant chaque analyste à son conseil, à sa créativité et à ses constructions théoriques souvent considérées comme personnelles, spéculatives, fictionnelles : un art.

 

Plus récemment, A. Ferro (2005) définit une éthique et une esthétique de « l’accordage affectif » qu’il situe dans l’héritage de Bion. Il souligne qu’il s’agit d’abord du traitement des émotions liées à « des éléments non digérés accumulés ». Les proto-émotions et les proto-sensations hors sens sont transformées en éléments visuels (images, fantasmes, pensées oniriques de veille), puis en dérivés narratifs fluides, en pensées et en penser des pensées. L’analyste, loin de s’effacer pour être support de projection, alimente la communication, propose des métaphores, des associations d’idées, des images, voire des références culturelles personnelles. La créativité poétique, poïétique, de la rencontre et de la bonne relation devient non plus un moyen, mais un but en soi. Les conflits sont désamorcés au lieu d’être analysés à partir de leur reviviscence transférentielle. La notion de mouvements contradictoires internes est remplacée par celle de réactions vis-à-vis des interventions de l’analyste. L’expérience réparatrice prend le pas sur le but de rendre l’inconscient conscient, de telle sorte que disparaissent la réserve, la neutralité, le silence, l’effacement de l’analyste, ses refus, et donc la frustration et la régression de l’analysant, mais aussi la référence au conflit intrapsychique, aux paramètres de la métapsychologie, à l’infantile, au sexuel, à l’absence de l’objet comme condition de la symbolisation.

Chez les “intersubjectivistes” américains partisans de “l’ouverture personnelle” dans une psychanalyse pragmatique et directive (O. Renik,1993), l’analyste fait état de ses propres associations et justifie ses interprétations en en donnant les raisons. Une symétrie égalitaire rompt ainsi avec ce qui est dénoncé comme dogmatisme interprétatif et abus de pouvoir par excès de dissymétrie, de silence, de position de supériorité de l’analyste traditionnel inféodé à l’Ego Psychology. Mais, quand, dans ces formes de pratique, la référence aux représentations inconscientes, aux conflits intrapsychiques, à l’infantile, au sexuel, à l’absence et aux paramètres de la métapsychologie disparaissent, ou passent au second plan, il est difficile de lui reconnaître une spécificité psychanalytique freudienne, et pourtant il s’agit d’une évolution opportune dans certains cas (les organisations non-névrotiques) ou à certains moments : le problème est celui de l’indication, autrement dit de l’opportunité. Une telle méthode trouve sa meilleure cohérence dans le face à face. De toute façon, avec cette méthode, la position allongée (divan-fauteuil), le « baquet du psychanalyste » (J. Laplanche), perdrait ses pouvoirs.

En dépit, ou à cause, de son indétermination, l’idée que le psychanalyste doit cesser psychanalytiquement d’interpréter est souvent reprise. Des thérapies qui, à part le dispositif, n’ont plus de spécificité psychanalytique caractérisent certaines évolutions contemporaines qui récusent ou relativisent la métapsychologie au profit d’une théorie clinique centrée sur l’empathie, la narrativité identitaire, la mutualité, le dialogue, la co-pensée, les narrations successives à deux (R. Schafer, 1983), voire simplement la conversation humaine (C. Spezzano, 1996) et, finalement, l’absence de toute théorisation dans l’improvisation empirique. L.Kahn a récemment recensé les principaux auteurs de cette évolution dite post-moderne (L. Kahn, 2014).

Actuellement,

Pour se garder de tout “fétichisme du divan” (Cahn, 2002) et de toute sacralisation de la situation analytique classique, certains parlent de « psychanalyse en face à face » et vont jusqu’à contester l’opportunité de la notion de psychothérapie psychanalytique dans la mesure où la méthode est théoriquement la même. On peut aussi considérer qu’il y a une dimension psychothérapique dans toute psychanalyse, car les interventions de l’analyste comporte généralement une gamme assez large et l’effacement de l’analyste comme personne n’implique pas qu’il fasse le mort. Freud, il est vrai, n’a pas parlé de neutralité mais d’abstinence (de gratification réelle) notamment dans sa critique des méthodes actives préconisées, un temps, par Ferenczi. Cependant, les psychothérapies en face à face ne sont plus considérées par la plupart des analystes comme une forme dégradée et insuffisante de psychanalyse, et l’expérience a montré qu’elles n’entraînent pas fatalement le renforcement des défenses et le retard de l’engagement du patient dans l’analyse classique qu’il peut entreprendre dans un temps second. Du fait de la diversité de leurs indications, elles comportent des dispositifs et des modes d’intervention variables, dont par exemple, le groupe thérapeutique, l’association avec une prise en charge psychiatrique, chimiothérapique, institutionnelle, familiale, ou encore de relaxation, de psychodrame, d’une manière qui est établie cas par cas et pour une durée elle-même variable. La survenue d’un épisode dépressif ou la nécessité d’une hospitalisation témoignent parfois d’une évolution qui peut être favorable à plus long terme.

Mais la psychothérapie à une ou deux fois par semaine peut être une demi-mesure regrettable si la psychanalyse (à trois ou quatre séances par semaine en position allongée) est d’emblée préférable : beaucoup de temps risque d’être perdu. Découvrant l’analyse dans le cadre classique, après de plus ou moins longues psychothérapies, des patients ont l’impression que l’analyse n’a vraiment commencé qu’à ce moment-là. L’expérience de l’auto-observation des idées incidentes en association libre avait été empêchée en face à face par l’attention portée aux expressions de l’analyste qu’ils voyaient et par rapport auquel ils réglaient leur discours, se mettant ainsi à l’abri d’une confrontation directe à eux-mêmes s’entendant parler. Les possibilités de changements structurels se trouvaient limitées par ce dispositif de communication interactive tel qu’ils l’utilisaient. (Mais, l’efficacité du dispositif classique était peut-être dû, en partie, à l’expérience antérieure de la psychothérapie en face à face). En analyse, la perte du regard sur l’analyste, et de son regard sur soi, permet de faire plus large place aux effets sur le fonctionnement associatif des représentations inconscientes qui sont l’objet même de l’analyse. Cependant, la notion d’origine phénoménologique de “rencontre”, de relation vivante et contenante, a conduit progressivement à intégrer à la pratique de l’analyse des attitudes et des modes d’interventions qui étaient, auparavant ou ailleurs, considérés comme non-psychanalytiques ou seulement psychothérapiques. Les différences de dispositif et de fréquence des séances ne sont pas sans incidences. L’engagement, l’implication, du patient comme celle de l’analyste ne sont pas identiques Elle facilite la liberté associative de l’analysant, mais aussi celle de l’analyste dans son écoute et dans l’analyse du contre-transfert. Il rend possible plus de rigueur technique et l’abstention d’interventions inutiles qui trouvent légitimement place en psychothérapie ou dans les moments psychothérapiques de telle ou telle cure difficile. Il induit plus facilement chez l’analysant la régression narcissique et topique qui laisse émerger les manifestations de l’inconscient dans le jeu des associations-dissociations des idées et, par là, la mobilisation transférentielle de la structure. Il instaure une dissymétrie fondamentale, alors que le face à face laisse facilement place à une symétrisation défensive et à la logique de la communication intersubjective consensuelle dans « l’ici et maintenant ». Force est de conclure que le dispositif de la cure-type demeure irremplaçable quand il est indiqué et réalisable. Il est un modèle de référence, mais non un idéal à l’aune duquel seraient évaluées les psychothérapies. Le dispositif est lié à la technique qui n’est pas exactement la même dans les états limites, dans les organisations non-névrotiques. Celles-ci requièrent un alliage différent de l’analyse « pure » et de la psychothérapie. Mais quels sont les fondements théoriques de la psychothérapie et les enjeux du face à face ?

 Les enjeux théoriques : l’intersubjectif et l’intra-psychique

Opposer psychanalyse et psychothérapie comme deux catégories prototypiques, induit à penser qu’elles sont exclusives l’une de l’autre. L’une est valorisée aux dépens de l’autre : la forme de psychothérapie idéale est la psychanalyse dans le cadre classique et les autres pratiques des psychanalystes ne seraient que des formes dégradées, inférieures, un pis-aller ou semblables aux psychothérapies non psychanalytiques se ramenant directement ou indirectement à la suggestion.

Mais d’un autre côté, l’insistance sur le “continuum des traitements psychanalytiques” (Wallerstein, 1995) tend à dissoudre les différences et infère corrélativement l’idée de continuité entre le conscient, le préconscient et l’inconscient : l’essentiel serait alors dans tous les cas la bonne communication, l’empathie réparatrice, voire la production de “l’expérience émotionnelle correctrice ». De même, dire que toute thérapie est analytique dès lors qu’elle est celle des psychanalystes évacue la question des différences entre psychanalyse et psychothérapie ou les ramène aux différences d’indication et de dispositif pratique.

Pour sortir de ces dilemmes, il faut distinguer, outre le dispositif et le contrat qui sont relativement variés, le cadre (interne à l’analyste) théorique commun aux divers dispositifs et qui définit les invariants fondamentaux de toutes les formes de traitements psychanalytiques. Le principe de la méthode est la règle fondamentale : l’association libre des idées qui est une association-dissociation laissant émerger les manifestations des représentations inconscientes. Et, corrélativement, l’attention égale flottante de l’analyste qui doit être affranchie de toute référence doctrinale, de tout système, et donc capable de maintenir l’écart théorico-pratique nécessaire. Il est de fait que, menées par des psychanalystes, les psychothérapies psychanalytiques permettent des transformations significatives, parfois spectaculaires. Elles sont ou deviennent psychanalytiques dès lors qu’est maintenu, à partir du cadre interne de l’analyste et du contre-transfert, le cap de l’interprétation des résistances et des conflits actualisés par le transfert. Mais les chemins sont divers avant d’en venir là et bien des méthodes psychothérapiques doivent être reconnues dans leurs spécificités et dans leur valeur propre au lieu d’être considérées comme une forme dégradée de la psychanalyse telle qu’elle est instaurée en idéal à partir du cadre spécifique de la cure-type dont l’indication est plus limitée.

Les psychothérapies psychanalytiques ont pour principe le maintien des règles fondamentales de la psychanalyse et pour but, comme celle-ci, non pas directement la disparition des symptômes, mais l’appropriation par le sujet de sa vie psychique inconsciente. Cet objectif a des conditions de possibilités qui, souvent, ne peuvent être obtenues qu’au terme d’un travail préalable admettant une grande variété d’attitudes et d’interventions de l’analyste. Elles supposent son implication personnelle, sa disponibilité inventive et ses capacités d’empathie, de sorte qu’il ne s’agit jamais de l’application d’une technique étroitement codifiée. Par exemple, l’établissement et le maintien d’une relation vivante et confiante a des effets de réparation narcissique qui rendent possible l’investissement de la parole en séance et modifie le rapport que le sujet entretient avec lui-même, induisant un processus qui peut devenir plus ou moins rapidement, spécifiquement psychanalytique.

Pour qu’elle devienne et qu’elle reste analytique, la psychothérapie doit se rapprocher le plus possible, d’emblée ou secondairement, des mêmes invariants fondamentaux que la psychanalyse : l’absence de conseils et de jugements, l’abstinence de toute gratification réelle, l’utilisation prédominante de la parole, la sollicitation de l’association des idées, l’élaboration et l’utilisation du contre-transfert, et, au moment opportun, l’interprétation de ce qui se passe en référence aux résistances et au transfert. La plupart des analystes s’accordent sur l’idée que les autres paramètres du dispositif analytique sont susceptibles d’aménagements selon le cas ou selon le moment de la cure, et que la technique peut adopter des modalités particulières dès lors qu’elles sont subordonnées aux principes et aux objectifs fondamentaux de la psychanalyse. A cette condition, les processus en analyse et en psychothérapie sont identiques dans leurs principes, mais généralement différents dans leurs modalités, leur amplitude, leur intensité, la place qu’ils prennent dans la vie du sujet. Ils sont à la mesure de la mobilisation de la structure intrapsychique et de son extériorisation transférentielle.

 

Le face à face

Il y a une certaine spécificité de la situation analytique en face à face, mais elle entre en jeu de façon très diverse. Quel que soit le dispositif pratique, il n’est qu’un moyen pour qu’advienne dans la relation thérapeutique l’association-dissociation des idées et le processus transférentiel dans un régime bien tempéré, de sorte que le travail analytique d’interprétation soit possible et efficace. En face à face, bien des patients ne regardent pas l’analyste ou très peu et, à l’écoute ultérieur du « matériel », il est impossible de savoir quel était le dispositif. Il arrive cependant que la perception visuelle de l’analyste joue un rôle important dans le mode de relation et de communication. L’âge, l’identité sexuelle, la présence physique de l’un et de l’autre jouent évidemment un rôle plus important qu’en analyse, limitant a priori la figure transférentielle en la spécifiant. Elle peut avoir de multiples enjeux et, d’abord, de l’ordre de la séduction ou du contrôle de l’analyste qui est assigné à la place d’interlocuteur obligé ou de témoin d’un narratif identitaire défensif ou d’une complaisance narcissique dans laquelle son regard est utilisé comme miroir. Mais cette même dimension spéculaire peut impliquer une actualité de la relation de grande intensité mettant en question le sentiment d’identité et créant un lien dont la logique exclut son interprétation comme transfert. De manière générale en psychothérapie, le transfert est plus souvent utilisé qu’analysé. Il est davantage le transfert pour analyser que le transfert à analyser (selon la distinction proposée par J.L. Donnet). Il est généralement admis que le dispositif classique induit plus facilement la régression aussi bien formelle que historique et surtout topique, le face à face étant préféré quand celle-ci est anticipée comme inopportune ou dangereuse risquant d’aggraver la désorganisation. De plus,  l’absence de perception visuelle de l’interlocuteur, laissant le patient confronté à lui-même, peut valoir comme abandon aggravant la dépression, a fortiori quand l’auto-accusation mélancolique est déplacée sur l’analyste qui, écoutant, devient juge accusateur.

Le face à face comme espace d’échanges cadré par la perception visuelle, au moins potentielle, a une fonction de “holding”, de contenance et d’étayage, rendue directement sensible par la perception visuelle du destinataire de la parole, ses expressions posturales et mimiques, ses affects, même s’il se dérobe relativement comme interlocuteur. De multiples niveaux d’échange sont ainsi engagés, notamment les enjeux narcissiques fondamentaux de la perception de soi dans le regard et la parole de l’autre : s’y manifestent diversement les circuits de la projection et de la ré-introjection, donc de la médiation de l’autre dans le rapport à soi. La situation en face à face donne figuration concrète au dédoublement “je-tu” qu’instaure la parole, contribuant idéalement à modifier le rapport du sujet avec lui-même de manière propice à la subjectivation et à la symbolisation des échanges. Mais, en maintenant le dispositif banal de la conversation, il suscite le déplacement dans la relation des modes habituels de relation et leur régulation par la perception de l’attente et des réactions de l’autre jusqu’à constituer le mode interactif de la communication dans l’actuel (Cf. Widlöcher D.,1995). Cette utilisation défensive de la relation face à face peut tendre à empêcher les manifestations de l’inconscient pulsionnel et du transfert au sens strict, c’est-à-dire comme processus déterminé par la mobilisation de l’intrapsychique : le transfert comme quiproquo anachronique. Il appartient à l’analyste de rendre sensible une écoute en rupture avec le narratif défensif de façon à induire idéalement la régression topique dans l’ordre des représentations. Tout dépend en fait de l’organisation psychopathologique dont il s’agit et, bien sûr, de l’expérience de l’analyste. Dans les fonctionnements limites, outre la limite interne du refoulement, la limite soi-hors soi, en deçà de la structuration du rapport moi-objet, met en jeu la différenciation du dedans et du dehors, de l’interne et de l’externe comme dans les mécanismes et les processus d’identification projective (ou de projection identifiante). La double angoisse d’intrusion et d’abandon requiert une grande attention à la bonne distance dans la relation.

Sur ce plan, le “face à face” conjure les risques de la position allongée comme perte du contrôle visuel de l’analyste. Perdu de vue pour être retrouvé au début et à la fin de la séance, l’analyste peut devenir le support de projections persécutoires, actualiser des vécus d’abandon. De plus, la régression dans la cure, telle qu’elle est décrite par Winnicott, tend à l’assimilation du divan au corps maternel dans le transfert. Or, si, au contraire, la situation en face à face établit une distance spatiale, elle donne au contact visuel intermittent, à la disposition du patient qui peut aussi s’en affranchir, une place privilégiée dans la communication intersubjective et le contact psychique, en corrélation avec la relation de parole. La psychothérapie en face à face, à une ou deux séances par semaine, tend aussi à mettre l’analyste relativement à l’abri des transferts négatifs, des “transferts psychotiques”, ou des niveaux psychotiques du transfert, et à contrôler les cas dans lesquels l’intersubjectif devient dangereusement le lieu de l’activité pulsionnelle dans l’indétermination du statut des objets. L’interprétation proposée par l’analyste en première personne, et en en donnant les raisons, établit la différenciation conjurant le risque d’abolition ou de déplacement même relatifs et temporaires des limites du moi, de la différenciation entre le sujet et l’objet, entre le patient et l’analyste. Tels, par exemple, ceux que pourraient produire les phénomènes d’identification projective susceptibles d’assujettir l’interpersonnel à l’intrapsychique. Les moments de “symbiose thérapeutique” (H.Searles) demeurent cadrés par la perception de la présence physique immédiate de l’analyste et ses formulations éloignées de toute suggestion hypnotique. Qu’il s’agisse de l’analyse dite classique ou de la psychothérapie analytique en face à face, la fonction tierce du cadre a un rôle régulateur fondamental  comme l’ont souligné divers travaux (la « tiercéité », Green, 2002). En analyse, la fonction du cadre justifie la comparaison de la situation analysante avec le sommeil qui rend possible le rêve, ou encore avec la triple dimension de ses enjeux : le narcissisme, la séduction et l’interdit de l’inceste.

Le cadre soigneusement maintenu rend possible l’implication nécessaire de l’analyste qui a donné lieu à de nombreux développements récents : notion de chimère (M. de M’Uzan, 2005), de tiers analytique (Green (1975, 1990), Th. Ogden, 2005), de « travail en double » (C. et S. Botella (2001) : la régrédience requise du psychanalyste pour que le contre-transfert devienne le moyen d’accéder à des niveaux de sens en deçà des représentations est évidemment facilitée par la situation divan-fauteuil qui suspend le contrôle visuel. La situation en face à face trouve là des limites : l’intersubjectif conscient-préconscient tend à y prédominer sur l’interpsychique inconscient.

 

Les critiques

Il ne peut être traité ici de la vaste question des enjeux institutionnels, politiques, de formation et narcissiques-identitaires de la compétence psychanalytique et psychothérapique. Disons d’emblée cependant que   l’expansion actuelle des psychothérapies fait craindre le retour de la suggestion et la négligence de l’intrapsychique au bénéfice de l’intersubjectivité dans la relation de l’analyste et de l’analysant, la situation en face à face ne pouvant que favoriser cette tendance. La centration sur la relation actuelle, la communication, le champ affectif, l’empathie, peut ainsi définir une éthique et une esthétique de « l’accordage affectif » qui comporte le ludisme, l’humour – et aussi le risque d’érotisation, de la séduction mutuelle comme collusion défensive.

Bien loin des récentes données neuro-biologiques sur le rôle des neurones-miroir dans l’empathie, celle-ci a été définie par Greenson (1955) comme capacité d’éprouver la qualité et la nature des sentiments d’autrui. Traduction en anglais puis en français de l’allemand Einfülhung, l’empathie est un phénomène préconscient : elle permet la compréhension rapide et profonde du patient et aboutit souvent à l’intuition qui, elle, est de l’ordre de la pensée, des idées. La compréhension empathique peut aveugler et jouer comme écran vis-à-vis de l’inconscient si la disponibilité psychique de l’analyste et sa régrédience dans « le travail en double » n’est pas fondée sur la mise en jeu et l’analyse du contre-transfert de sorte que celui-ci soit un moyen d’accès aux niveaux non représentés de l’inconscient du patient tel qu’il est activé par le transfert. S. Bolognini (2006) a justement critiqué les excès de ce qu’il appelle « l’empathisme ».

Quand ces références fondamentales disparaissent de ces formes de pratique, il est difficile de leur reconnaître une spécificité psychanalytique même si référence discutable est faite à la “transitionnalité” selon Winnicott et à “la capacité de rêverie de la mère” selon Bion. Ainsi en est-il, au pire, de la redéfinition pragmatique de la psychanalyse comme “conversation humaine », soit la réduction de la psychanalyse à la psychothérapie non psychanalytique. On parle aussi de thérapie de suivi, d’accompagnement, de soutien, et on connaît le grand développement des psychothérapies empiriques dites éclectiques ou intégratives, de rectification cognitive des erreurs de raisonnement et le retour de l’hypnose thérapeutique (et même de l’ « hypnose conversationnelle ») (Cf. Brusset, 2005).

Toute la difficulté pour l’analyste est de rendre compatible la compréhension psychologique qui suppose empathie et implication intersubjective, et l’écoute métapsychologique attentive aux manifestations de l’inconscient dans ses différents registres. Cette double exigence détermine le jeu variable de la distance opportune, du degré de présence et d’effacement de l’analyste, donc le type et le style des interventions, de la réserve et du silence. Or, en psychothérapie en face à face, la nécessaire frustration du patient due aux refus de l’analyste d’entrer dans un mode de communication banal, rationnel, pédagogique ou de séduction, est plus ou moins inducteur de régression et de transfert, et plus ou moins compensée par l’expérience gratifiante d’une écoute attentive et compréhensive, allant au delà de ce qui est dit explicitement, et par quelqu’un qui s’efface en tant que personne privée.

L’accès à l’inconscient pulsionnel suppose une certaine négativité dans l’épreuve de la non-réponse et du silence propre à déjouer les défenses pour faire place aux processus primaires de l’inconscient pulsionnel, faute de quoi l’élaboration interprétative risque fort de rester de l’ordre du conscient et du préconscient.

Toutefois le travail psychanalytique dans les organisations non-névrotiques a donné une nouvelle actualité à la mutation de la théorie de l’appareil psychique dans la deuxième topique freudienne (Le moi et le ça, 1923). “L’inconscient du ça” est fait de motions pulsionnelles finalisées par l’agir en rupture avec l’ordre des représentations. La confrontation avec les pathologies traumatiques, la compulsion de répétition et la réaction thérapeutique négative a été à l’origine de la théorie du dualisme pulsionnel, Eros et pulsion de mort. Et, dans le prolongement des considérations terminales dans l’oeuvre de Freud, sur le déni et le clivage les développements contemporains sur les défenses primitives anti-traumatiques, les défenses primaires du moi inconscient, sur la désintrication pulsionnelle et les désinvestissements ont conduit à comprendre autrement le rôle de l’analyste. Dans les niveaux limites de fonctionnement psychique, typiques de la psychopathologie contemporaine, sa fonction peut être, à partir de la perception contre-transférentielle, de donner les réponses qui n’ont pas été données par l’objet primaire, ce qui suppose une disposition empathique régrédiente bien accordée à ce registre. Il peut s’agir aussi de conférer statut psychique à ce qui ne l’a jamais eu, de donner figuration et métaphorisation aux motions pulsionnelles inconscientes qui, en deçà de l’activité fantasmatique, cherchent issue dans l’acte, la compulsion de répétition, les identifications projectives ou dans la somatisation. Dans les organisations non-névrotiques, le travail psychanalytique en psychothérapie en face à face a pris une grande extension qui n’est pas sans avoir induit des modifications dans l’ensemble des pratiques et des théories psychanalytiques.

 

Aspects pratiques

Idéalement la psychothérapie, pour être et rester psychanalytique, exclut les interventions sur l’environnement, les contacts avec l’entourage, la prescription de médicaments, le souci du somatique et du social, mais les situations cliniques concrètes peuvent le nécessiter, ne serait-ce qu’un temps. Dans les cas graves, diverses formes de double prise en charge psychothérapique et psychiatrique, voire institutionnelle dans toute une gamme de “co-thérapies”, permettent de préserver, dans toute la mesure du possible, le champ spécifique et le cadre de la psychothérapie comme psychanalytique.

Une relation de confiance est la condition de l’établissement éventuellement progressif du travail spécifiquement psychanalytique. Pour qu’il y ait une suffisante continuité d’une séance à l’autre, le rythme des psychothérapies en face à face est souhaitable à deux fois par semaine.  Le cadre a ici une grande importance, comme dispositif réglant le rythme et la durée des séances, comme site comportant la théorie (le cadre interne de l’analyste) et, fondamentalement, comme tiers entre le patient et l’analyste. La relation de parole et l’associativité dans le dispositif, défini cas par cas, rendent progressivement possible l’analyse des conflits à leurs différents niveaux dans l’économie psychique. En principe, ils trouvent sens en référence à l’histoire infantile et à celle de l’adolescence telles qu’elles peuvent être reconstituées ou construites à partir de leur actualisation transférentielle, mais, auparavant, la compréhension de l’expérience subjective consciente et préconsciente requiert souvent des interventions de l’analyste. Elles visent d’abord à préciser, clarifier et à accroître la cohérence des contenus manifestes, et à en favoriser l’expression verbale (Cf. l’investigation en psychosomatique). Peuvent ainsi être requises des interventions d’exploration anamnestique, de soutien de l’activité de penser, et même de récapitulation de ce qui a été analysé. L’attention bienveillante et la qualité de l’écoute qui excluent le jugement, et le maintien d’une distance ni trop grande ni trop courte, produit des effets de réparation narcissique et d’incitation à l’expression de soi, à l’activité de représenter et de penser. À défaut de la remémoration et de la régression telles qu’elles sont induites par le dispositif classique de la psychanalyse, les effets des événements dans l’actualité de la vie et de la séance donnent accès, par leur mise en mots en séance et par le transfert, à ce qui a été non pas seulement refoulé, mais dénié et non subjectivé. Il peut être nécessaire de prendre acte de la vraisemblance des traumatismes réels, des relations pathogènes, des traumatismes par défaut, de même que d’analyser, dans le détail de l’expérience vécue, les fonctions tenues pas des comportements, des conduites symptomatiques (addictions), des croyances. Au mieux sont ainsi transformés les effets de la confrontation de l’enfant qui est dans l’adulte aux traumatismes narcissiques, aux drames, aux secrets, aux mythes et aux dénis dans la famille. La levée des clivages donne au patient des sentiments euphoriques de réconciliation avec lui-même, de paix intérieure. Les transformations dynamiques, topiques et économiques tendent à substituer au système de désinvestissement, d’expulsion productrice de vide, ou celui des défenses primaires de type déni-clivage-projection dans le jeu de la limite dedans-dehors de l’intersubjectivité, le processus de refoulement/retour du refoulé dans l’intrapsychique, et, corrélativement, la symbolisation et la subjectivation. L’interprétation psychanalytique trouve alors ses pouvoirs tandis que le patient est libéré des angoisses, états de détresse et agonies primitives typiques des organisations non-névrotiques. Au mieux, le travail psychanalytique rend possible l’intégration de l’ambivalence pulsionnelle et de la bisexualité par l’élaboration de la position dépressive et du complexe d’œdipe dans la confrontation à la différence des sexes et des générations.

Ainsi en est-il dans ce que Kaës et Anzieu (1979) ont appelé « l’analyse transitionnelle » dans laquelle le psychanalyste est « auxiliaire des besoins du moi qui ont souffert de carence » et repère les « besoins du moi se manifestant à travers des désirs d’origine pulsionnelle. » S’y ajoutent, entre autres caractéristiques, la règle d’affirmation de l’intelligibilité possible du psychisme, l’interprétation cumulative, l’interprétation en première personne et l’usage bien tempéré du face à face. Un modèle en est le jeu winnicottien. Des ballons d’essai interprétatifs suffisamment ambigus pour être entendus ou non par le patient peuvent être  proposés. Freud indique que, dans le traitement  analytique d’un délire ou d’un trouble analogue, le discours à double sens peut-être provoqué ou utilisé « …ce qui met souvent en éveil la compréhension du malade pour ce qui est inconscient, grâce au sens destiné à son seul conscient.» (Gradiva, 1907).

En position de psychothérapeute, la nécessaire participation active de l’analyste est variée et ajustée au cas singulier et aux moments de la cure. Elle est tributaire de ses capacités empathiques à la source de ses intuitions, de son expérience, de sa disponibilité psychique notamment dans la perception des niveaux de fonctionnements régressifs extra-verbaux. Ils peuvent être électivement perceptibles en face à face. Dans la psychanalyse contemporaine, ils trouvent théorisation dans la référence aux phénomènes d’identification projective, aux premières relations mère-enfant ou même enfant-environnement en deçà de la constitution de la mère comme objet. L’interprétation est longtemps différée et les interventions de l’analyste se fondent sur la perception contre-transférentielle de l’économie psychique du patient telle qu’elle se manifeste dans les mouvements psychiques, les affects, les séquences associatives, le sémiotique prélangagier. L’émergence de l’inconscient soit dans l’ordre de la symbolisation, Outre le retour du refoulé qui suppose la symbolisation, il s’agit des motions pulsionnelles en deçà des représentations, de « l’inconscient du ça », de ce qui appelle figuration, construction et transformation par l’analyste. Les notions de “capacité de rêverie de la mère” (Bion) et celle d’activité transitionnelle (Winnicott) ont renouvelé la question de cette participation psychique de l’analyste. En somme, les pratiques de renforcement des liens intrapsychiques à partir de l’expérience interpsychique sont requises quand la visée spécifiquement analytique d’interprétation est initialement impossible. Il faut des restes diurnes et des pensées oniriques de veille pour alimenter le travail du rêve ; il faut de même des contenus manifestes conscients et préconscients pour l’émergence des représentations inconscientes, mais c’est l’analyse des résistances qui les rendent accessibles à l’interprétation et à la perlaboration. La psychothérapie analytique demeure finalisée par le but de l’analyse comme « Wo es war soll ich werden » (là où c’était, que le je advienne). Sa spécificité analytique trouve fondement dans dans l’analyse du contre-transfert, donc dans la formation et l’expérience de l’analyste.

 

  Conclusions

 La notion de psychothérapie a pris un sens très large, mais celle de psychothérapie psychanalytique a trouvé, quoi qu’on en pense, une place : c’est un état de fait. Dans les divers courants de la psychanalyse, les différences dans les pratiques et dans leurs fondements théoriques ont profondément transformé cette question. Dans les années quatre-vingt-dix, ce pluralisme a entraîné, d’une part la redéfinition des bases communes, d’autre part l’élaboration d’une psychanalyse dite contemporaine, enrichie et complétée par une métapsychologie plus complexe que celle des fonctionnements psychiques névrotiques. D’où, par exemple, une meilleure prise en compte de la deuxième topique freudienne (« l’inconscient du ça ») et d’une éventuelle troisième topique, celle des interrelations dedans-dehors et des défenses primaires du moi inconscient. (Green, 2002). Le problème fondamental, vis-à-vis duquel le dispositif pratique n’est qu’un moyen, se trouve dans les conditions du passage de l’intersubjectivité consciente et préconsciente à l’intrapsychique inconscient comme objet spécifique de l’interprétation.

La froideur chirurgicale dans l’énonciation de l’interprétation préconisée un temps par Freud ne correspondait guère à ce que nous savons de sa pratique, mais elle exprime clairement le refus de l’analyste de suivre la pente naturelle de la relation d’aide ou d’investigation psychologiques : donner des conseils, des explications, des encouragements, recourir à la suggestion, intervenir dans la réalité, dans l’entourage et même parler de soi ou encore la conversation banale. Cette dimension psychothérapique peut être une composante de la pratique du psychanalyste quand son refus d’entrer dans ces logiques n’a pas d’efficacité pour instaurer la spécificité de la méthode et du cadre spécifiques de la psychanalyse. Le but est de donner expression à l’inconscient pulsionnel dans l’association-dissociation des idées et par le transfert qui a ses conditions de manifestation, dont l’écoute en égal suspens de l’analyste qui se dérobe comme personne et comme interlocuteur. La rupture avec la relation médecin-malade, la relation pédagogique ou encore la relation parent-enfant est claire. Il s’agit de dépasser le niveau conscient et préconscient et de renoncer à utiliser le transfert à des fins de normalisation, d’éducation, d’adaptation sociale pour qu’il soit, par l’interprétation, le moyen de rendre l’inconscient conscient. Le passage de la psychothérapie à la psychanalyse peut se faire par étapes et les interventions d’allure psychothérapique peuvent prendre un sens différent quand elles sont ordonnées à la finalité analytique dans le contexte du processus et de l’interrelation du transfert et du contre-transfert donnant lieu à analyse. D’où l’importance de l’analyse personnelle de l’analyste, de sa formation, de son expérience et, bien sûr, de ses qualités personnelles.

Actuellement, la multiplication des psychothérapies empiriques, à divers degrés de référence à la psychanalyse ou n’utilisant que tel ou tel aspect de la théorie, et, a fortiori, le retour à des méthodes pré-analytiques, vont dans le sens des difficultés économiques et de la pression sociale croissante pour le maximum d’efficacité thérapeutique immédiatement objectivable, portant donc sur les symptômes et l’adaptation sociale. On peut constater de ce fait une raréfaction internationale de la psychanalyse proprement dite qui a de plus grandes ambitions dans la prise de conscience des déterminismes inconscients, le développement des possibilités de réalisation de soi, l’enrichissement de l’activité psychique et dans les réaménagements dans la vie qui en résultent. Il est évident qu’elle requiert, au long cours, de plus grands investissements dans tous les sens du mot. A vrai dire, la préférence pour le dispositif en face à face, à deux séances par semaine, dépend surtout des contre-indications de la forme dite classique de la psychanalyse ou de l’impossibilité de sa mise en oeuvre effective. Le travail du psychanalyste en psychothérapie (F. Richard et al., 2002) quelles que soient les différences de dispositif, comporte un ensemble d’interventions destinées à rendre possible le fonctionnement associatif. Certains parcours analytiques requièrent ainsi une composante psychothérapique, initiale ou durable, qui reste, autant que possible, subordonnée à la finalité analytique. Le risque est qu’elles abandonnent celle-ci par réduction de la psychanalyse à la psychothérapie. Dans cette dérive, un certain nombre de patients viennent à l’analyse proprement dite après avoir perdu beaucoup de temps dans la demi-mesure de psychothérapies à répétition.

Les deux composantes de la psychanalyse et de la psychothérapie sont très généralement impliquées dans les pratiques des psychanalystes, mais à des degrés variables. Cet alliage de l’or et du cuivre est rendu possible par le fil conducteur de l’analyse de la relation de transfert.

 

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Publié le 2 février 2015

    
 

Jacques Azoulay

Le psychiatre-analyste en institution 
ou la psychothérapie institutionnelle aujourd’hui

HistoriqueImportance des psychothérapies institutionnellesPrincipales orientations théoriques

Échanges psychiques mis en jeu

Problème des transferts

Bibliographie

Historique

La notion de psychothérapie institutionnelle est apparue en France dans l’immédiat après-guerre, à travers la nécessité de transformer les anciens Asiles d’Aliénés, dénommés Hôpitaux Psychiatriques en 1938, en instruments de soins authentiques.

La démarche est inaugurée par Tosquelles, Balvet, Bonnafé pendant la guerre. Daumezon et Koeklin officialisent le terme en 1952, désignant des expériences de plus en plus variées, voire divergentes. Un dénominateur commun subsiste : la référence à la Psychanalyse et aux thérapies de groupe, et pour certains, l’importance donnée aux aspects sociologiques, voire politiques.

Le mouvement se poursuit pour répondre aux nécessités du traitement des psychoses graves, et en particulier des états schizophréniques. Mais il s’adresse aussi à un certain nombre d’états limites dans des moments critiques de leur parcours.

Dans les années 1960-1970, on peut opposer les travaux du groupe de la « Psychothérapie Institutionnelle » (Tosquelles, Oury, etc), d’inspiration surtout lacanienne, et la notion de « Soins Institutionnels » (Racamier), complémentaires du traitement psychanalytique individuel.

Les expériences de psychothérapie institutionnelle se veulent aujourd’hui plus modestes ou plus réfléchies. Mais l’importance de l’aspect institutionnel du traitement global des psychoses s’affirme, compte tenu des déceptions que les psychothérapies individuelles des états psychotiques graves ont provoquées.

Ainsi s’élabore peu à peu, dans chaque institution particulière, en s’appuyant sur des données largement convergentes, une possibilité de tirer partie dans un sens dynamique, des échanges de la vie quotidienne, dans tous les lieux où des soignants psychiatriques et des thérapeutes accueillent des malades mentaux.

L’importance des psychothérapies institutionnelles

Insistons d’abord sur le fait que dans l’ensemble du traitement des psychoses, on parle surtout aujourd’hui de désinstitutionnalisation, avec la diminution radicale des hospitalisations prolongées qui étaient jusque dans les années 1950-1960 la réponse prévalente pour les formes graves.

Depuis cette période, les tentatives de cure psychothérapique ou psychanalytique individuelle se sont multipliées, surtout aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne (From-Reichman, Searles, Segal, Bion, et en France Racamier). La plupart de ces auteurs ont insisté sur l’articulation de l’échange individuel avec un étayage institutionnel. Par la suite, surtout en France, on a mis l’accent sur la compréhension psychanalytique des phénomènes qui se développent dans le champ institutionnel.

Dans l’éventail des états psychotiques, les défenses schizophréniques ou paranoïaques qui fonctionnent dans un équilibre plus ou moins viable ne nécessitent pas un tel étayage institutionnel. Néanmoins il est rare que même dans ces cas, plusieurs interlocuteurs ne doivent pas intervenir.

Plus généralement, dans beaucoup de psychoses et certains états limites, le colloque singulier ne suffit pas, et le thérapeute s’estime incapable d’affronter seul la situation thérapeutique. Ou bien le traitement ne s’engage pas, ou bien le thérapeute est débordé par la violence des décharges agies, ou par l’intensité de la souffrance du patient ou de sa famille, et souvent par le risque de suicide.

Au delà de l’étayage, l’observation du comportement, de la projection dans les situations concrètes, dans les personnes et dans les choses, peut réanimer ce qu’on peut penser du patient et avec lui. Une activité en commun, un jeu à plusieurs, ou la nécessité d’affronter une situation plus critique, ne constituent pas seulement un moment d’interaction qui va rester ponctuel : ces situations vont donner source à récit, élaboration et connaissance, relançant l’investissement du patient par autrui en même temps que son propre sentiment d’existence.

Ce qui va appeler la proposition de traitement institutionnel c’est le débordement dans le réel du fonctionnement psychique : trouble extériorisé dans le monde social, plutôt que plainte concernant la vie psychique ; et aussi incurie, apragmatisme, attitude démissionnaire vis à vis de soi-même.

Le trouble de la symbolisation explique la tendance à la pensée concrète et à l’utilisation de la réalité pour communiquer avec autrui. A l’opposé, les actes des intervenants, les réalités du dispositif soignant, sont des messages éventuellement plus significatifs que les paroles (Sassolas).

 

Les principales orientations théoriques des psychothérapies institutionnelles

1. Le groupe de la Psychothérapie Institutionnelle

D’inspiration lacanienne, très vivant et actif, il essaime dans de nombreux secteurs psychiatriques, autour en particulier de Jean Oury à la Clinique de La Borde.

Dans ce courant, l’analyse du « contre-transfert institutionnel » est primordiale. La psychanalyse de l’institution est possible dans la mesure où la parole peut être libre, où les conflits sont analysés dans des lieux spécifiques analyseurs de la « demande.» La multiplication de ces analyseurs permet une « écoute analytique collective.» Ainsi l’institution n’est pas une chose, mais dans une certaine mesure langage (Tosquelles). « L’institutionnalisation infiltre la fonction d’accueil. Il s’agit d’essayer de rétablir un système vivant, une existence où il y ait des évènements » (Oury).

2. Le soin institutionnel de Racamier

En 1959, au groupe de Sèvres, René Diatkine s’était écarté de la Psychothérapie Institutionnelle, et avait récusé la pertinence d’une position interprétative de la part des infirmiers, (et aussi, nous le verrons, du psychiatre-analyste lui-même dans le champ institutionnel).

Racamier, à partir de son expérience du foyer-hôpital de jour de La Velotte à Besançon, oppose le soin à la psychothérapie individuelle proprement dite. Mais le soin a des potentialités psychothérapiques, dans la mesure où il s’appuie sur une intelligence psychanalytique de ce qui s’engage avec le patient dans la vie quotidienne : « sans une base de soins, il n’y a pas de psychothérapie possible avec la plupart des psychotiques.»

Le soin institutionnel intervient dans un champ somato-psychosocial, et passe par des objets concrets. L’institution doit porter témoignage de l’existence même du patient. Elle favorise la constitution d’un espace tiers, intermédiaire, qui fait le plus souvent défaut dans le fonctionnement psychotique. « Les mouvements affectifs des soignants et des thérapeutes par rapport au patient doivent être repérés, élaborés et utilisés de façon collective, comme les éléments complémentaires d’un orchestre.» Soins institutionnels et psychothérapie individuelle articulent la notion de traitement bifocal des psychoses graves (qui désigne plus généralement la collaboration d’un psychiatre et d’un analyste dans le traitement d’un même patient).

3.  Expérience de Villeurbanne (Sassolas ­ Hochman)

Ici l’institution est centrée sur le client, avec des dispositifs institutionnels spécifiques :

▪                maison d’accueil psychothérapique, lieu de vie temporaire pour des courts séjours de un à cinq patients, du lundi matin au samedi midi, répondant aux situations de crise ;

▪                lieu de vie pour un nombre réduit de patients qui rencontrent régulièrement des interlocuteurs institutionnels ne travaillant pas directement dans ce lieu de vie. Ces derniers interviennent sur les aléas ou les crises de la vie institutionnelle, sans parti pris interprétatif faisant intervenir l’historicité du patient. Celle-ci est par contre prise en compte dans un groupe thérapeutique individuel à travers les échanges verbaux.

Ces échanges réguliers situent les aléas de la vie quotidienne dans « une perspective qui privilégie l’élaboration des conflits plutôt que leur résolution autoritaire, la recherche du sens des attitudes déviantes plutôt que leur déni ou leur répression » (Sassolas).

Dans cette Institution Mentale (Hochman), le soin psychiatrique est un « acte symbolique parlé. » C’est une activité intellectuelle qui cherche à réconcilier le patient avec sa pensée vécue comme une persécution interne.

L’activité de pensée du soignant évoque l’analogie avec la « capacité de rêverie de la mère » (Bion ).

4. L’expérience de Genève

Elle a inspiré un ouvrage important : Psychose et changement (René Diatkine et collaborateurs).

Elle repose sur l’articulation d’un groupe thérapeutique et de petites institutions. Critiquant l’institution en tant que collectivité de patients, il s’agit encore d’une psychothérapie institutionnelle en tant que c’est un traitement à plusieurs. L’instrument thérapeutique de référence est un réseau de thérapeutes, dans un abord le plus possible individualisé.

On propose au patient des relations avec des personnes qu’il connaît bien. On maintient ainsi une interaction vivante dans des rencontres successives, ouvertes à des nouveautés et à des surprises. Ces relations individuelles sont articulées entre elles dans un ensemble cohérent d’où peuvent se dégager des idées nouvelles sur ce que le patient vit et exprime avec chacun des intervenants.

5. Réseau d’institutions diversifiées dans le 13e arrondissement de Paris

Largement influencée par Philippe Paumelle, son fondateur, et aussi par Racamier et René Diatkine, cette première expérience de la Psychiatrie de Secteur a développé un réseau d’institutions spécifiques.

L’Équipe de secteur (médecin, assistante sociale, infirmière) suit ponctuellement ou au long cours une cohorte de malades (ce n’est donc pas ici une institution « centrée sur le client »), mais sa perspective est individualisante.

L’hospitalisation reste importante dans sa fonction d’accueil et de traitement de la crise, et aussi dans sa capacité à favoriser les conditions d’un traitement possible.

▪                L’hôpital de jour a également un rôle important dans sa capacité d’accueil et d’ouverture pour favoriser à plus ou moins long terme des équilibres plus viables.

▪                Un centre psychothérapique et psychanalytique (Jean et Evelyne Kestemberg) accueille des patients qui consultent directement. D’autres sont adressés par une des équipes psychiatriques, organisant la possibilité d’un traitement bifocal.

 

Essai de compréhension des échanges psychiques mis en jeu dans les psychothérapies institutionnelles

Le traitement institutionnel des états psychotiques est donc un traitement à plusieurs qui prend en compte la réalité à travers les échanges de la vie quotidienne.

1. La validité du point de vue psychanalytique

Tous les auteurs soulèvent le problème méthodologique de l’utilisation de concepts analytiques pour étudier les phénomènes individuels et collectifs surgissant dans l’institution. Ils reconnaissent aussi les difficultés que provoque souvent la présence d’un psychanalyste trop séparé des évènements de la vie quotidienne, ou au contraire trop inscrit dans les échanges intenses ou massifs qui marquent la vie de l’institution.

Pourtant Raymond Cahn en propose une justification convaincante. Il prend en compte l’hypothèse de « la contingence des multiples éléments de réalité et de leurs infinies variantes, par rapport au poids de la nécessité, inhérente au mode de fonctionnement psychotique : quelque soit la multiplicité des situations et des rencontres, il revêtira une allure, une dimension, un aspect spécifique selon les lignes de force qui immanquablement se dégageront plus ou moins rapidement au sein de cette multiplicité et de cette diversité du tissu institutionnel et de ses paramètres.»

C’est le regard, l’écoute, le mode de relation entre tous ses membres et vis à vis de tout ce qui s’y joue, qui caractérisent les expériences basées sur « l’intelligence psychanalytique » des phénomènes.

Dans cette démarche, il faut souligner le rôle essentiel de l’activité théorisante qui encadre les échanges, de l’Institution Mentale au sens de Hochman.

2. L’apport narcissique et les investissements objectaux

La trame narcissique est plus ou moins défaillante chez les sujets psychotiques. L’illusion d’un plaisir possible est souvent précaire ou manquante, elle peut être récupérée partiellement par une projection hallucinatoire. L’unité du sujet est constamment menacée par l’investissement objectal qui mobilise le risque de désirer.

a. L’étayage institutionnel

Dans l’institution on peut constater des investissements régressifs, de type narcissique qui se portent éventuellement sur l’instance institutionnelle prise comme un tout indifférencié, et qui prévaut sur l’investissement des personnes. C’et un aspect de ce qu’on a appelé « Transfert diffus » (M. Sweich). C’est tout le risque des installations au long cours, et l’on doit réfléchir au jeu dynamique entre l’acceptation nécessaire des positions régressives et l’accompagnement attentif des mouvements évolutifs.

Le patient se sent l’objet d’un investissement suffisamment continu, qui contient sa tendance à la fragmentation.

Parfois le début du réinvestissement du monde consiste dans une activité effectuée seul au milieu des autres, ou dans une présence en retrait, silencieuse, à la périphérie ou en orbite d’un groupe plus vivant. L’étayage contient toute une vie pulsionnelle qui n’est pas interprétée comme telle, et qui est surtout vécue dans l’être avec, le faire avec.

b. Investissements narcissiques et objectaux

A un degré de plus, des investissements libidinaux ou agressifs peuvent se mobiliser. Ils peuvent définir une situation de rencontre vraie. Quelquefois on s’aperçoit qu’un événement passé inaperçu a fait trace : c’est un des éléments d’une histoire partagée qui se construit.

La projection des composants clivés du sujet psychotique dans l’espace psychique des thérapeutes fonctionnant comme « hôtes », définit ce que l’on peut appeler un transfert institutionnel, selon différentes modalités d’investissement de type narcissique ou objectal. Ils ont une dimension plus objectale quand l’objet interne n’est pas uniquement et fortement persécuteur, l’espace thérapeutique prenant alors la valeur d’un espace transitionnel. Quand l’objet interne est plus globalement persécuteur, la fragmentation psychique est plus marquée (Raymond Cahn). Souvent, on constate des fantasmes induits chez les soignants ou thérapeutes : fantasmes de vidange, ou d’invasion, ou de réduction à l’absurde. Ces fantasmes, s’ils sont insuffisamment élaborés, peuvent provoquer des réactions de fuite, ou au contraire « d’activisme psychanalytique.»

Les projections clivées chez différents thérapeutes provoquent des phénomènes de « scission institutionnelle » (Woodbury).

c. Le travail sur la répétition : levée du déni et mouvements de réunification.

Les vécus archaïques, auparavant clivés ou exclus, viennent donc s’actualiser dans l’espace thérapeutique, utilisant largement l’identification projective dans tel ou tel soignant. Le travail élaboratif de l’équipe animée par le psychiatre analyste, que son expérience prépare à repérer ces phénomènes, non sans un effort souvent douloureux, et une latence plus ou moins longue et difficile, accueille cette répétition et doit l’assumer.

On peut alors distinguer deux temps dans ce travail élaboratif  :

▪                levée du déni par la reconnaissance et la figuration de ces répétitions mises en récit et travaillées avec le patient le moment venu ;

▪                écart mutatif favorisé par la modification des attitudes contre-transférentielles qui permet de ne pas répondre en miroir.

Ainsi les processus de changement ne passent pas, pour l’essentiel, par l’interprétation des contenus inconscients, mais par la réponse de l’objet externe, « dans un processus impliquant la temporalité plus encore que la dimension spatiale métaphorique » (R. Cahn).

d. Les crises dans le traitement et leur valeur élaborative (J. Azoulay).

Les situations de débordement et toutes les attaques contre le cadre ont été reconnues dans toutes les expériences institutionnelles. La crise est un moment où la rupture de l’équilibre défensif entraîne des décharges pulsionnelles plus ou moins intenses. La survenue de crises dans le traitement, dans un parcours plus ou moins orageux, traduit parfois l’instauration d’un engagement plus réciproque dans le traitement quand la crise a pu être élaborée.

Au total, le travail institutionnel dans cet espace de soin vectorisé par l’intelligence psychanalytique prend la valeur d’un travail proto-psychothérapique par rapport à un deuxième niveau qui serait celui du travail psychothérapique proprement dit.

 

Problème des transferts

1. Thérapeutes et soignants

Le psychiatre-analyste fait partie de l’équipe soignante, et à ce titre, il prend en compte les éléments de réalité et de la vie quotidienne. Comme l’a souligné R. Diatkine, il ne doit pas tout ramener à la seule relation avec lui. Sa place reste néanmoins centrale, appuyée par la référence symbolique qu’il représente.

Dans l’institution, on ne sait pas d’emblée quel est le personnage le plus investi, et une référence focalisante peut nécessiter un travail de changement, d’ajustement par rapport à ce qui était prévu. L’élaboration de ces mouvements de focalisation se fait en équipe, et elle reconnaît la diversité des investissements dans leur évolution. Quand la relation thérapeutique se prolonge, il y a dans notre expérience une tendance à la focalisation sur le médecin psychiatre-analyste. Mais ce mouvement n’est pas réductible à un colloque singulier. Il renvoie métaphoriquement à l’économie d’un psychodrame, où les transferts latéraux sont pensés par rapport à leur focalisation sur le directeur de jeu.

2. Transferts et évolution

On peut observer différents temps transférentiels qui habituellement se chevauchent.

▪                L’investissement narcissique d’objet : le patient mobilise par exemple chez tel ou tel soignant une séduction narcissique (Racamier), dont il est difficile de se déprendre sans l’intervention des autres membres de l’équipe.

▪                Les premières émergences objectales passent souvent par un investissement sado-masochique, première façon d’intégrer la destructivité. L’équipe doit être expérimentée pour repérer et contenir ces mouvements agressifs sans les réduire à tout prix (médicaments à grosses doses, enfermement ou exclusion).

Les mouvements clivés de séduction d’une part, sado-masochiques d’autre part, s’adressent à différents intervenants, tendant à faire exploser l’institution.

C’est dans ces moments que l’institution doit fonctionner comme un « appareil de soins », et où il ne s’agit pas de se référer à l’attitude d’un seul.

▪                Les mouvements sado-masochiques peuvent s’installer plus durablement comme défenses perverses, que l’on peut considérer parfois comme formes de « guérison » (Racamier).

Ces évolutions dans leur diversité posent la question de la fin du traitement institutionnel, en sachant que le travail de séparation peut être long : il fait partie intégrante du processus thérapeutique.

 

Bibliographie

Azoulay J., Les Psychothérapies Institutionnelles, in : Psychanalyse et Psychothérapie, D. Widlocher et A. Braconnier, Flammarion, 1996., (Bibliographie détaillée)

Souffir V., Chambrier J., Deyon D., Azoulay J., Gauthier S., L’Appareil de Soins, une voie de recherche pour les psychanalystes dans le traitement des psychoses, in : Revue Française de Psychanalyse, 1996, vol. 60, n° 2, p. 439-463.

 

Psychanalyse de l’adolescent

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Raymond Cahn

Psychanalyse de l’adolescent

C’est moins l’adolescence en tant que telle qui, pour Freud (1905), constitue un repère essentiel que les « transformations de la puberté » où la pulsion sexuelle, jusqu’alors essentiellement autoérotique, va découvrir l’objet sexuel, sous le primat de la génitalité. Jones, par contre, accorde un certain statut à l’adolescence, mais strictement limité par la nécessité impérative de réserver à l’infantile la place déterminante. Elle sera la période de transformation finale récapitulant et développant l’évolution que le sujet avait accomplie pendant ses premières années.

Historique

Longtemps cependant, l’adolescence est demeurée le parent pauvre chez les premiers psychanalystes. La coexistence d’éléments névrotiques, pervers, psychotiques, observée par Eissler dans ses cures, le catalogue des divers recours défensifs reconnus par Anna Freud comme constituant autant d’obstacles au déroulement du processus, l’assassinat de Hermine von Hug Hellmuth par son neveu en 1924 ne les encourageaient guère à se lancer dans une telle aventure. C’est donc plutôt de biais qu’ils l’ont abordée, à travers un dirigeant de mouvement de jeunesse comme Bernfeld ou un pionner de l’éducation des délinquants tel Aichhorn ou par l’intermédiaire des phénomènes de groupe avec Helen Deutsch. Longtemps, le traitement psychanalytique classique, en dehors de Blos, ne semble guère avoir eu d’adeptes. L’abord individuel s’est cependant progressivement imposé, notamment avec Mâle, sa préférence allant à un type d’intervention plus proche de la maïeutique socratique, éclairée par le regard de la psychanalyse. E. Kestemberg, pour sa part, n’a jamais caché sa prédilection pour l’abord des adolescents par le psychodrame et ce n’est que très récemment, à partir de M. et E. Laufer et de Ladame, que l’abord psychanalytique individuel de l’adolescent a gagné ses lettres de noblesse tandis que se développait, notamment en France, une approche psychanalytique de l’adolescent couvrant l’ensemble de ses registres, y compris la prise en charge institutionnelle; sur le plan clinique, l’ensemble de ses néopathologies -conduites addictives, auto et hétéroagressives- comme la problématique de la psychose et des états limites; sur le plan socioculturel, l’impact respectif des divers facteurs internes et externes dans le déploiement et les manifestations de la crise et de ses perturbations au sein de « l’espace psychique élargi » (Jeammet) spécifique à cet âge.

Freud, dès 1895, dans l’Esquisse, avait pris comme modèle de l’après-coup précisément une problématique d’adolescence, celle bien connue d’Emma, cette jeune femme présentant la phobie d’entrer seule dans un magasin. Lors de l’investigation que Freud avait alors entreprise, était apparu le souvenir, à l’âge de 13 ans, d’être allée dans un magasin de vêtements où elle avait eu la conviction que les deux vendeurs se moquaient d’elle, riaient (il y en avait un

en particulier qui semblait l’intéresser beaucoup mais qui la regardait d’un air goguenard), et c’est depuis ce moment-là, dit-elle, qu’avait surgi sa phobie des boutiques. Freud, très justement, s’interroge sur le lien de cause à effet entre les deux événements, lien qui n’allait pas de soi, d’autant qu’elle prétendait que c’était parce que ses vêtements étaient l’objet de moquerie qu’elle ne pouvait plus pénétrer dans un magasin: ce que Freud pointe comme proton pseudos (premier mensonge), c’est-à-dire comme une fausse connexion, un lien qui est fait là, apparemment en toute bonne foi, entre deux éléments dont le rapport de cause à effet est rien moins qu’évident. En poursuivant son investigation, il apprend que, quelques années auparavant, elle était allée se chercher des confiseries dans une boutique dont le patron avait essayé de lui caresser les organes génitaux à travers sa robe, avec une sorte de sourire sardonique. D’où le lien, alors établi par Freud, entre ce qui s’était passé à travers la robe et le sourire sardonique du marchand de bonbons d’une part, et les rires attribués aux vendeurs de vêtements d’autre part. Il montre ainsi comment le premier événement, effectivement traumatique, n’avait pu être intégré par l’enfant et que ce n’était que dans un second temps, dans un après-coup, que cette scène revêtait toute sa signification, dès lors qu’elle concernait une préadolescente prise dans sa problématique pulsionnelle et sa culpabilité. Cet épisode implique apparemment un traumatisme «réel.» Ultérieurement on s’est bien rendu compte que les choses étaient infiniment plus compliquées et que c’était à partir de tout ce qui était élaboration par le sujet, au niveau inconscient, de ses propres désirs, dans le registre de la séduction, de l’angoisse de castration, de la scène primitive, que les événements vécus se voyaient intégré au sein de cette problématique fondamentale, d’abord et avant tout pulsionnelle. L’après-coup ne s’en trouve pas pour autant remis en cause, dont l’adolescence constitue à juste titre le paradigme.

Les enjeux de l’adolescence, point de vue psychanalytique

Ainsi, l’irruption de la génitalité, sur le plan physique et psychique, bouleverse les données du conflit oedipien, qu’elles concernent la différence des sexes (du phallique/châtré au pénis/vagin), la différence des générations (la réalisabilité des désirs sexuels conférant une toute autre dimension à la problématique incestueuse), la relation avec soi et le monde (avec les remaniements, voire les remises en cause ainsi impliqués sur le plan narcissique et sur celui de la relation objectale) qu’expriment notamment les angoisses identitaires et la qualité à la fois hyperexcitante et hyper-menaçante de l’objet.

La problématique identificatoire de l’adolescence s’inscrit dans un tel contexte. Resexualisation des identifications, resexualisation du Surmoi, dialectique nouvelle de l’avoir et de l’être par rapport à l’investissement d’objets nouveaux (objets du désir et/ou d’identification) allant de pair avec le renoncement aux anciens, tandis que la rupture de l’équilibre antérieur entre libido narcissique et libido objectale à l’avantage de la première vient par là même amplifier les interrogations et les angoisses identitaires jusqu’à leur fondement.

Longtemps cependant l’adolescence, comme l’a dit Anna Freud, a été le parent pauvre de la psychanalyse. Les raisons en sont multiples, ne serait-ce que parce que ne s’y voient guère utilisables le divan et l’association libre, comme chez l’adulte, ou le dessin et le jeu comme chez l’enfant. De surcroît que peut signifier la notion de transfert à cet âge, chez un sujet ayant encore bien des difficultés à différencier objets internes et objets externes, ou maintenant dans un refoulement forcené ses besoins relationnels avec les objets primaires, avec une prévalence telle de la libido narcissique qu’elle ne lui permettrait guère, dans la cure, d’investir autre chose qu’un double ou des substituts parentaux idéalisés ? De toute façon, absorbé qu’est l’adolescent par l’intensité et l’urgence de ses conflits actuels, toute autre configuration relationnelle qui pourrait lui être proposée, et notamment celle qui le renverrait à son passé infantile, lui paraîtrait dérisoire, insupportable ou arbitraire.

Et pourtant, pour la psychanalyse, l’adolescence, comme on l’a vu, s’inscrit dans le registre de l’après-coup autour duquel s’organise toute la problématique puisque permettant, au niveau préconscient, la mise en forme, la mise en sens des désirs et des conflits infantiles fondamentaux jusqu’alors demeurés latents et qui constituent la matière même du travail analytique comme de la compréhension de la clinique. Mais, classiquement, ce n’est qu’au décours de l’adolescence qu’on peut parler de névrose de transfert, d’où la tendance, chez nombre de psychanalystes, à penser qu’on ne peut passer aux choses sérieuses qu’une fois l’adolescence achevée ou près de s’achever. Sans compter qu’à cette période, la tendance à l’externalisation des conflits, la fréquence des agirs plus ou moins imprévisibles ou redoutables, posent des problèmes techniques, au niveau du cadre comme des modalités de toute intervention, particulièrement embarrassants, voire inextricables.

Les traitements psychanalytiques

C’est donc seulement au cours de ces dernières décennies qu’un certain nombre de psychanalystes se sont réellement engagés dans cette tâche, où les problèmes auxquels ils se trouvent confrontés se révèlent tantôt limités à un registre d’importance variable -difficultés relationnelles, inhibition, fléchissement scolaire, troubles du comportement les plus divers-, où l’on retrouve plus ou moins chez tous un fond dépressif et une angoisse identitaire, tantôt liés à une impasse du développement telle que tableaux dépressifs sévères, tentatives de suicide ou automutilations, anorexie ou boulimie, conduites addictives, phobies scolaires, comportements de retrait avec agressivité clastique, etc. La voie de la progression comme celle de la régression s’y trouvent barrées, avec des organisations défensives contraignantes du fait d’une profonde angoisse narcissique et d’un débordement pulsionnel peu ou non intégrable. L’approche de ces tableaux plus sévères fait l’objet de lectures divergentes. Les uns privilégieront l’exacerbation, de par la survenue de la génitalité, de la problématique oedipienne où l’adolescent tente désespérément de préserver l’image idéalisée du thérapeute ou l’image du corps idéalisé qu’est le corps prégénital, tandis que se déploie toute la panoplie des symptômes et des mécanismes de défense régressifs face à ce corps désirant, haï et/ou rejeté; l’analyste, dans le

transfert, sera vécu tantôt comme un persécuteur détestant l’adolescent, tantôt comme celui à qui cet adolescent demande de le débarrasser de sa sexualité vécue comme incestueuse, et donc de son corps et de ses fantasmes fous. Les autres y verront plutôt une problématique proche des états limites, où prévaut la remise en cause des assises narcissiques, la réactivation des angoisses primitives de séparation, où la faillite de l’après-coup, l’envahissement par des imagos terrifiantes et indifférenciées, la menace que les pulsions destructrices prennent le pas sur les pulsions érotiques font basculer le cadre, la problématique transférentielle, la technique analytique dans un tout autre registre. Ce qui, de surcroît, vient encore compliquer la situation dans l’approche de ces adolescents, c’est que chez les uns, sous une présentation apparemment narcissique, les relations objectales demeurent en fait encore très activement investies alors que chez d’autres, sous une apparente objectalisation, prédominent en fait des positions essentiellement narcissiques. On sait en outre dans les crises d’adolescence les plus banales et qui donc n’ont guère ou rien à voir avec des états limites, combien sont fréquentes les défenses par le clivage, le déni, l’exclusion, l’acting. D’où l’intérêt d’une autre perspective considérant toutes ces problématiques comme l’expression, la conséquence, d’une difficulté ou d’une incapacité à l’achèvement du travail de subjectivation différenciatrice, d’appropriation subjective de l’activité représentative, à partir de la double contrainte de la pulsion et de l’objet courant depuis la naissance tout au long du développement pour prendre son sens et son aspect définitif au cours et au décours de l’adolescence. Cet échec de l’achèvement du processus de subjectivation s’avère non seulement celui de l’issue du conflit oedipien, notamment dans la relation narcissique et objectale au corps sexué, mais des modalités mêmes du fonctionnement mental, limitant ou excluant les outils psychiques permettant l’élaboration de ce qui, dans le transfert, se joue de cette problématique. On les retrouvera dans leur disharmonie même, au sein des expériences du transfert, tout comme s’y voient à l’oeuvre les mécanismes de défense les plus hétéroclites, où ce ne sera pas forcément le refoulement qui prévaudra, mais les différents procédés obérant à des degrés divers les capacités de différenciation et de mentalisation, l’utilisation et l’appropriation de la pensée. Tout semble se passer comme si la reviviscence tardive des angoisses dépressives et de séparation, amplifiées par l’affrontement au conflit oedipien et aux blessures narcissiques qui en découlent, faisait resurgir les premières angoisses jusqu’alors peu ou prou surmontées et mobilisant alors, par voie rétroactive, les mécanismes archaïques dont le poids, en certains cas, risque de devenir déterminant. D’où le recours alors à la régression narcissique, à l’externalisation constante, au clivage, aux identifications empruntées, à la recherche éperdue d’une authenticité introuvable.

Une telle perspective révoque en doute la pertinence du protocole de cures telles qu’elles se pratiquent, notamment en Angleterre (Laufer), soit au moins quatre séances par semaine sur le divan, et le risque qu’elles comportent de ces vécus intolérables suscités par des régressions abyssales, l’envahissement du champ par une imago maternelle indifférenciée, persécutrice. Un aménagement du cadre s’impose, tant au niveau du rythme des séances (celui

de 2 par semaine semble le plus souhaitable, mais alors intangibles dans leur durée et leur fréquence) et en face à face, selon un mode d’écoute qui, tout en laissant le maximum de liberté à la pensée et à la parole du sujet, permet le recours au regard de l’autre, la réassurance de sa présence concrète, même si bien entendu non directement engagée. La possibilité d’un recours tiers s’avère particulièrement souhaitable, en cas de débordements imprévisibles en quelque domaine que ce soit, ou pour accompagner le milieu familial dans un registre psychothérapique ou de soutien.

L’objectif sera d’utiliser au fur et à mesure de leur apparition les éléments susceptibles d’un travail élaboratif, mais aussi toutes les capacités encore disponibles de liaison, de symbolisation, de métaphorisation, tout en s’efforçant de lever les obstacles à tout ce qui entrave le déploiement du processus de subjectivation proprement dit.

Importe aussi de favoriser l’instauration possible d’une aire intermédiaire (à partir par exemple d’un objet culturel commun -livre, tableau, film -, occasion ou prétexte d’échanges dont les contenus sont à la fois à distance des véritables conflits en cause et cependant susceptibles plus ou moins allusivement ou indirectement de les véhiculer et par là-même de les aborder, de les « travailler », voire de les intégrer). Va dans le même sens la prise en considération commune de tout ce qui, dans le matériel, semble se situer au seul niveau narratif et qui, bien souvent en fait, se révèle avoir valeur de mise en forme nouvelle, avec des liens et des échanges nouveaux, de l’histoire, de la généalogie (notamment lorsque s’y intercalent secrets ou solutions de continuité), de la représentation de soi et de l’identité, des interrelations du sujet avec autrui, etc. Espace d’échanges, d’identifications réciproques, voire de connivence dans l’allusion, l’humour, le mi-dit, l’utilisation d’un registre tiers qui, à travers une communication indirecte, médiate, s’avère souvent plus opérante que les formulations trop directes et par là-même encore difficilement tolérables.

Le passage à l’acte, à cet âge, revêt une place particulière, à la fois par sa fréquence et la multiplicité de ses significations, soit en tant que mise en scène se déplaçant à l’extérieur de la psyché, que ce soit à l’intérieur de la cure ou en dehors d’elle, façon, même si c’est sur un mode plus régressif, de négocier les conflits internes, soit en tant que court-circuitage ou évacuation des dits conflits s’opposant à toute prise de conscience. La dimension de violence qui, souvent, l’accompagne mobilise particulièrement le contre-transfert jusqu’au risque toujours présent, comme dans les actes autodestructeurs, de son irréversibilité. L’expérience clinique révèle cependant qu’il peut précisément constituer, comme toutes les diverses figures de l’externalisation, un outil particulièrement précieux pour faire découvrir à l’adolescence sa réalité psychique ou, en tout cas, pour éclairer l’analyste sur ce qui se joue vraiment là dans l’interrelation.

Se voit ainsi illustré le rôle fondamental du cadre comme du contre-transfert qu’il importe de considérer ici comme offrant la possibilité d’une

compréhension et d’une réponse autres, à la fois pare-excitantes et créatrices de sens, de la part de l’objet.

En ces circonstances se révèle le rôle capital, chez le thérapeute, de ses capacités d’identification à l’adolescent comme d’une distance suffisante à son égard: tous éléments fondamentalement liés à sa relation à sa propre adolescence.

C’est elle que l’on retrouve chez les parents ou adultes en contact ou en lien avec un jeune, et qui pèsera de façon déterminante dans la qualité des échanges, des complicités, des malentendus, des méconnaissances. C’est cette relation à leur propre adolescence qui explique les capacités d’écoute et de dialogue de nombre d’enseignants, éducateurs, etc., avec leurs effets positifs plus ou moins spectaculaires comme leurs risques, de même que c’est elle qui, peu ou prou, oriente les intérêts de l’analyste dans ce champ et lui accorde l’oreille suffisamment sensible à cette musique si particulière, où sa propre analyse aura joué là un rôle déterminant.

Le psychodrame psychanalytique constitue une autre forme d’approche particulièrement intéressante et efficace des troubles graves de l’adolescence (Cf. le développement qui lui est consacré). En certaines circonstances, une psychothérapie familiale psychanalytique peut se révéler particulièrement utile. Il importe enfin de rappeler que quelques entretiens, lorsqu’ils sont menés par un psychanalyste, peuvent lever nombre d’obstacles à la poursuite de l’évolution dès lors qu’auront été ainsi permis l’appel aux potentialités propres du sujet, l’établissement d’une sorte de position transitionnelle privilégiant les fonctions associatives, la découverte et le plaisir de fonctionner avec l’autre, ou l’évocation, jusqu’alors barrée, d’un noyau conflictuel culpabilisant.

Ainsi se voit confirmé, dans l’approche psychanalytique de l’adolescent, l’enjeu déterminant qu’elle implique où, aux difficultés techniques liées à la complexité et à la mouvance du mode de fonctionnement mental, s’opposent les capacités encore considérables de changement et de réaménagement, où tout peut basculer aussi bien dans des fixations irréversibles que dans une reprise évolutive, parfois stupéfiante.

Bibliographie

Cahn R. (1998), L’adolescent dans la psychanalyse. L’aventure de la subjectivation, Paris, Puf, coll. Le fil rouge, 217 p.

Gutton P. (1996), Adolescents, Paris, Puf, coll. Le fil rouge, 278 p.

Jeammet P., Corcos M. (1999), Adolescence : évolution des problématiques, Paris, Doin, coll. Références en psychiatrie.

Kestemberg E. (1962-1986), L’adolescence à vif, Paris, Puf, 1999, coll. Le fil rouge, 265 p.

Laufer M., Laufer M.E. (1984), Adolescence et rupture du développement. Une perspective psychanalytique (trad. fr.), Paris, Puf, coll. Le fil rouge, 1989, 249 p.

Male P. (1980), Psychothérapie de l’adolescent, Paris, Puf, coll. Quadrige, 1999, 321 p.

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Rassial J.-J. (1990), L’Adolescent et le Psychanalyste, Paris, Payot (1ère édition 1990, Ed. Rivages), 1996, 222 p.

 

Rosine Debray

Consultations et traitement de dyade mère/bébé ou de la triade père/mère/bébé

Les prises en charge psychanalytiques de la dyade mère/bébé ou de la triade père/mère/bébé suscitent actuellement un grand intérêt chez les psychanalystes spécialistes des bébés et des jeunes enfants.

Historiquement, ce sont les travaux de René Spitz dans les années 1940 portant sur certaines formes de dépression chez le bébé, lorsqu’il est brutalement séparé de sa mère et qu’il présente un tableau « d’hospitalisme », qui ont révélé la nécessité des prises en charge psychanalytiques précoces. Celles-ci se sont poursuivies, notamment aux Etats-Unis, avec les suivis à domicile de familles « hard to reach » (difficiles à atteindre) prônés par Selma Fraiberg dans les années 1970, puis avec les consultations thérapeutiques réalisées en France par Serge Lebovici depuis les années 1980 et les thérapies brèves mère/bébé ou mère/jeune enfant réalisées par Bertrand Cramer et son équipe à Genève depuis les années 1985. Dans le champ des prises en charge psychanalytiques de bébés et de jeunes enfants souffrant de troubles psychosomatiques, Rosine Debray a instauré des psychothérapies de la dyade ou de la triade à l’Institut de Psychosomatique de Paris, depuis 1978.

C’est la théorie psychanalytique qui sert de base à cette pratique difficile, vu le nombre élevé des protagonistes engagés dans la consultation thérapeutique ou la psychothérapie psychanalytique qui lui fera suite. Le développement psychique du bébé se fait en étayage sur l’organisation psychique de sa mère. Ce sont en effet les caractéristiques du système préconscient maternel qui jouent un rôle de pare-excitation pour le bébé en le protégeant des stimulations venues du monde interne, comme du monde externe qui ont un impact désorganisant sur lui. Lorsque le père est présent et disposé à jouer son rôle, sa propre organisation psychique intervient pour contenir les angoisses maternelles, inévitablement débordantes par moments. Dans un tel cas, quand le système pare-excitation maternel est transitoirement débordé, c’est le système pare-excitation paternel qui prend le relais protégeant le bébé des excitations par excès ou par défaut qu’il ne peut pas traiter.

Serge Lebovici a insisté sur l’écart parfois trop grand qui peut exister chez la mère entre le bébé fantasmatique dont elle a rêvé durant la grossesse et le bébé réel tel qu’il apparaît à la naissance et dans les jours qui suivent. Les difficultés d’ajustement mère/bébé, voire père/mère/bébé peuvent être à l’origine d’une symptomatologie psychosomatique, souvent transitoire chez le bébé. On ne doit pas sous-estimer, en effet, dans les dysfonctionnements de la dyade ou de la triade, la part qui revient aux caractéristiques personnelles du bébé parfois non négociables, et que les parents doivent alors apprendre à tolérer.

L’expérience acquise avec les bébés qui présentent des troubles psychosomatiques précoces : troubles des grandes fonctions (sommeil ou alimentation) et/ou somatisations fréquentes de type affections rhinopharyngées à répétition, asthme, eczéma, troubles digestifs, etc. montre que le système pare-excitation maternel – et paternel selon les cas – a été débordé, ce qui a entraîné l’apparition des troubles. Ceux-ci à leur tour ont contribué en un cercle vicieux à augmenter le débordement du système pare- excitation des deux parents. Dans de tels cas, la consultation thérapeutique comme la psychothérapie psychanalytique de la dyade ou de la triade vise à rétablir le bon fonctionnement des systèmes pare-excitation de la mère et du père, ce qui entraîne d’une manière souvent surprenante l’apaisement puis la cédation des troubles chez le bébé.

Ce n’est que transitoirement et d’une manière discontinue dans le temps que le bébé parvient à gérer par lui-même les excitations dont il est la cible. Cette capacité suit très exactement les progrès dans son développement psychique repérables, notamment à travers sa compétence à discriminer ses objets privilégiés : mère et père distincts des objets non-mère, non-père, qui sont perçus alors comme étrangers. La peur au visage de l’étranger apparaît ainsi comme un des premiers aménagements défensifs mentaux à caractère phobique que le bébé met en place sur la base d’une claire perception initiale de ses objets d’amour : mère et père. Du coup, l’absence de peur au visage de l’étranger chez des bébés de près d’un an ou chez des jeunes enfants prend une valeur de signe diagnostique attestant d’une insuffisance du développement psychique, ce qui entraîne fréquemment une moindre résistance à la maladie somatique.

La pratique actuelle des consultations et traitements de la dyade mère/bébé ou de la triade père/mère/bébé peut prendre des formes variées liées essentiellement aux différentes références théorico-cliniques qui animent les cliniciens psychanalystes. S’agit-il en effet de réduire le symptôme que présente le bébé et qui est habituellement à l’origine de la demande de consultation ? Ou s’agit-il plutôt de modifier en profondeur les régulations qui régissent cette dyade ou cette triade singulière ? Cette dernière option qui suppose une prise en charge de plus longue durée est cependant tout à fait envisageable en raison du fait qu’il existe chez les parents d’un jeune bébé une période sensible où les aménagements défensifs usuels du mère et de la mère sont déstabilisés, favorisant des réaménagements psychiques de grande ampleur lorsque ceux-ci s’engagent dans un procesuss psychanalytique quelle qu’en soit en définitive la forme. L’existence de cette période sensible qui débute avec la conception du bébé, que ce faisant elle favorise, et qui s’étend durant toute la grossesse puis durant les premiers mois et même les premières années de l’enfant, a pour conséquence le fait qu’il n’y a pas de contre- indication aux traitements psychanalytiques de la dyade ou de la triade si ce n’est les limites des thérapeutes ou les limites des parents eux-mêmes. Ceux- ci peuvent parfois se montrer réticents pour s’engager dans un traitement psychothérapique régulier (une séance de trois quart d’heure par semaine, parfois deux séances), ce qui peut amener le consultant à proposer un suivi en

consultation. Mais dans la plupart des cas, l’engagement dans une psychothérapie de la dyade ou de la triade se fera sans difficulté, entraînant l’apaisement parfois très rapide de la symptomatologie du bébé puis des gains souvent conséquents dans le mode de fonctionnement psychique de la mère et du père. Il s’agit alors d’une vraie psychothérapie psychanalytique de la mère et/ou du père en présence du bébé dont les comportements en écho et les jeux réactivent des problématiques souvent brûlantes chez chacun de ses parents. Du côté des psychanalystes, on le voit, il s’agit d’une pratique difficile, fatigante mais extrêmement riche et ranimante. Les traitements peuvent être d’une durée variable de six mois à plusieurs années avec fréquemment un premier temps où père, mère et bébé viennent aux séances ensemble, avec parfois mère et bébé seuls et parfois père et bébé seuls, puis un deuxième temps où le bébé guéri disparaît des séances, laissant le champ libre à sa mère ou à son père maintenant très engagé(e) dans un processus psychanalytique.

Selon les thérapeutes, la pratique peut différer : certains préfèrent adresser la mère ou le père à un autre psychanalyste lorsque le bébé devenu jeune enfant est considéré comme guéri, d’autres, dont je suis, pensent que le capital transférentiel établi avec le bébé reste un élément très positif pour la poursuite du traitement avec le même thérapeute pour une durée qui peut être longue.

L’existence de cette période sensible qui accompagne les premières années de la vie de l’enfant peut conduire des parents qui n’y étaient initialement nullement disposés à s’engager dans un processus psychanalytique dont les bienfaits seront souvent inespérés pour leur enfant d’abord mais pour eux- mêmes aussi.

S’il n’y a pas de contre-indication aux traitements psychanalytiques de la dyade ou de la triade, comme je le soutiens, on voit que l’avenir de la psychanalyse peut trouver là de réels succès dans l’intérêt des bébés, des jeunes enfants et de leurs parents.

Bibliographie

Cramer B., Palacio-Espasa F., La pratique des psychothérapies mères-bébés, Paris, Puf, 1993, coll. “le fil rouge”.

Debray R., Clinique de l’expression somatique. Psychanalyse des liens psyché-soma, Lausanne, Delachaux et Niestlé, 1996, coll. “champs psychanalytiques”.

Fraiberg S., Clinical Studies in Infant Mental Health The First Years of Life., Tavistock Publications, 1980.

Lebovici S., Weil-Halpern F., Psychothérapie du bébé, Paris, Puf, 1989.

 

Bernard Penot

Travailler psychanalytiquement à plusieurs et avec la famille

en hôpital de jour pour adolescents

Actualisation : décembre 2014

 

Pour rendre mieux saisissables les raisons d’être d’un dispositif comme celui que nous avons fait fonctionner ces dernières décennies à l’hôpital de jour du Cerep-Monsouris (Paris, XIVème) le mieux est sans doute d’évoquer succinctement les modalités de sa mise en place. Le départ en fut la chance saisie par Raymond Cahn, au début des années 70, de pouvoir créer cette nouvelle institution de jour pour adolescents. Lorsque nous nous sommes trouvés à pied d’œuvre, avec le premier noyau d’une équipe, nous avons d’abord constaté que nous n’avions guère d’idées arrêtées sur ce qu’il convenait de faire avec les adolescents qui nous arrivaient.

Deux données s’imposaient tout de même au départ.

– D’abord, l’option qui était la nôtre de nous servir de l’outil psychanalytique pour comprendre  ce qui pouvait se passer. Sauf que les conditions habituelles de travail d’un psychanalyste n’ont guère de commune mesure avec l’accueil d’adolescents très perturbés durant des journées entières…

– D’autre part, il y avait cette pathologie adolescente que nous devions affronter. Il s’agissait surtout de décompensations psychotiques de l’adolescence – soit avec une production délirante caractérisée, soit des conduites pathologiques (délire en actes). En somme, des jeunes non déficitaires au plan intellectuel (capables de mener des études secondaires) mais très malades.[1]

Notre équipe pluri-professionnelle s’est rassemblée autour d’une hypothèse commune de travail : celle de concevoir les symptômes présentés par nos adolescents comme effet d’un défaut de repères symboliques utilisables psychiquement par eux, d’outils psychiques qui leur permettraient de mentaliser leur expérience de vie, de surmonter celle-ci de façon non traumatique – autrement dit, rendre leur expérience subjectivable.  Ce maître mot de subjectivation s’est peu à peu s’imposé à nous pour désigner l’objet même de notre effort thérapeutique – objet bien sûr particulièrement complexe, nous y reviendrons pour finir.

Recevant donc ces adolescents en décompensation psychotique avec leur famille, nous pouvions le plus souvent constater que  leur manière de chercher à rendre compte de ce qui leur arrivait rendait une tonalité pseudo – comme un discours de couverture, pour (se) donner le change… Les explications spontanées de leurs troubles ressemblent aux pseudo-raisons généralement invoquées par les phobiques scolaires, à l’allure de prétextes assez fumeux…

Mais en écoutant simultanément la famille, nous ne manquions pas de constater que là où la parole du jeune échouait, et laissait place aux manifestations délirantes ou comportementales, nous pouvions généralement entendre du côté des parents une difficulté correspondante, génératrice d’évitement et de malaise. Cette attitude globalement défensive recouvre un vécu familial de blessure narcissique – que chacun s’applique à autant que possible à éviter en l’excluant du discours, .

Dès 1914, Freud a caractérisé ce mode de défense narcissique – le rejet hors discours – à propos du cas de l’Homme aux Loups. Il a pu le différencier de la défense névrotique par refoulement : la chose traumatique n’y est pas effacée en tant que telle, c’est seulement sa signification qui est gommée. C’est cela qui caractérise ce que Freud va appeler dorénavant le déni de réalité (Verleugnung). [2] Mais c’est une défense qui n’est pas seulement le fait du Moi du patient mais relève d’une communauté (familiale) de déni. En outre, un tel rejet hors sens s’avère foncièrement dé-subjectivant, comme en témoignent les multiples signaux de détresse émis par le jeune – symptômes d’une sorte d’aliénation à soi-même. Tout se passe alors, en effet, comme si l’adolescent se trouvait dépossédé des moyens de subjectiver en propre ce qui lui arrive.

C’est dire combien il serait vain de la part du psychanalyste d’attendre du discours du jeune patient lui-même qu’il lui apporte obligeamment les éclaircissements permettant de comprendre ce dont il pâtit si manifestement. Car tout se passe bien plutôt comme si l’adolescent avait été privé des repères de discours (signifiants) qui lui permettraient de traiter psychiquement les données de sa difficulté existentielle. Celles-ci en viennent plutôt à dessiner les contours d’une sorte de ‘trou noir’ dans sa vie psychique (sa vie d’âme – Seelenleben, dit Freud).

Cette image du ‘trou noir’ apparaît d’autant plus pertinente qu’elle associe à la notion de défaut d’image (psychique) celle d’importants effets occultes d’attraction. Avec de tels adolescents, prétendre ne travailler que sur leur production langagière ferait ressembler au quidam recherchant sa montre sous un réverbère – non parce qu’il pense que c’est le lieu de sa perte, mais tout simplement parce que là au moins il y a de la lumière ! Cela semble plus sûr de traiter …le déjà symbolisé…

Tout cela nous a assez vite confirmés dans l’idée de base que l’hôpital de jour devait avant tout être conçu comme un outil aidant au développement de capacités de subjectivation entravées.

Il lui fallait pour cela présenter au moins deux qualités intrinsèques :

– Avant tout constituer un véritable lieu de vie pendant la journée, et non un office distributeur d’actes techniques – être un espace d’interactions vécues, partagées entre adolescents et adultes, et aptes à donner naissance à un discours rendant compte de ce vécu. Le modèle référentiel de cela est bien entendu la relation première entre le nouveau-né et sa mère, faite de transactions pulsionnelles au sein desquelles se dégagent des repères signifiants pour étayer la subjectivité naissante…

– La deuxième qualité d’une telle institution de soins est donc qu’elle puisse se constituer comme lieu de reprise des possibles défaillances des relations premières. Ce terme de reprise rend bien le double sens de reproduire et de réparer ! Quelque chose de défectueux va tendre à se réactualiser en se reportant sur l’équipe. Celle-ci se trouve dès lors bel et bien embarquée dans une affaire de transfertterme clé du travail psychanalytique.

Lacan (1968) a sans doute eu raison de dire que ce qui spécifie le mieux l’acte du psychanalyste, et le distingue de tout autre travail psychothérapeutique, c’est de « supporter le transfert ». [3] Mais la reprise qu’il s’agit d’assumer en hôpital de jour constitue un phénomène d’une nature particulière. Force est de considérer qu’il y a transfert et transfert ! Ce à quoi nous avons principalement affaire en institution est un mode de reproduction qui ne passe pas par le fantasme constitué, comme c’est le cas du transfert névrotique, dit encore transfert objectal.

 

J’ai proposé en commençant de restituer succinctement l’historique de notre façon de travailler au Cerep.  Il me faut d’abord mentionner l’expérience du psychodrame psychanalytique. J’avais tenu dès le départ à mettre en place dans l’hôpital de jour une pratique du psychodrame psychanalytique individuel, avec plusieurs collègues psychanalystes venant de l’extérieur. En tant que psychiatre institutionnel dans l’hôpital de jour, je ne pouvais qu’assurer la fonction de directeur de jeu avec tel adolescent schizophrène dont j’avais fait l’admission et dont je suivais la famille.

Or quelle ne fut pas ma surprise de constater que le, ou la collègue désigné(e) pour assurer le rôle d’un des parents, par exemple, en imitait spontanément tel ou tel trait comportemental de façon frappante. La question surgissait : comment la personne jouant ce rôle avait-elle été si bien informée des attitudes de ce parent qu’elle n’avait jamais vu et dont nous avions si peu parlé ?

Je précise, en effet, que mes collaborateurs du psychodrame préféraient ne pas prendre connaissance du dossier du jeune, et me demandaient de n’en dire que le strict minimum. Quant à l’adolescent lui-même, sa discordance le rendait à peu près mutique… Par où donc avait pu passer une telle « information », amenant l’adhésion spontanée de la part d’un des acteurs à un trait de personnalité d’un parent ? Force était de supposer qu’au contact de ce jeune nettement psychotisé, quelque chose des qualités de son environnement familial avait pu passer en direct dans la psyché d’un des soignants. Pour nos esprits freudiens, cela semblait relever d’un phénomène de transfert – mais un transfert d’une qualité étrangement dé-subjectivée – une donnée partielle, un « trait » ne passant pas par un fantasme constitué du patient lui-même et encore moins par son discours…

Lorsque je rapportai cela en réunion de synthèse clinique avec l’équipe, l’idée a assez naturellement surgi que si un tel phénomène d’induction transférentielle pouvait se produire ainsi, avec des personnes ne fréquentant l’adolescent qu’une demi-heure par semaine en séance de psychodrame, à plus forte raison devait-il s’imposer subrepticement dans les interactions avec les référents (éducateurs, psychologues) tout au long des journées dans l’institution ! Et de fait, cette idée nous a beaucoup aidés, dans nos débuts, à mieux supporter les grandes difficultés que nous avions à nous accorder autour d’un adolescent donné.

Car nous nous rendions compte que dès lors qu’un adolescent en décompensation psychotique avait été admis dans l’hôpital de jour, son investissement DE (et PAR) l’institution (l’équipe) se manifestait généralement par un phénomène caractéristique. A la prochaine synthèse clinique, nous allions constater la mise en place d’un phénomène subjectif remarquable entre les professionnels s’occupant du cas en question. Pour le dire brièvement, il s’agit du fait que des collègues s’entendant plutôt bien jusqu’alors en viennent à se soupçonner mutuellement d’incompétence et même des pires défauts… Cela se donne à percevoir, non pas tant en termes de conflit, mais plutôt d’incompatibilité entre les positions subjectives des uns et des autres – avec une remarquable impossibilité pour chacun des soignants impliqués de s’identifier au point de vue de l’autre (partenaire jusqu’alors) ; chacun se sentant assuré de son objectivité professionnelle.

Les protagonistes se découvrent avec surprise et incompréhension installés dans un rapport mutuel de rejet-exclusion et de disqualification. On remarque que la virulence de ce phénomène de désaveu mutuel invalidant s’avère généralement proportionnel au degré de psychotisation du cas – ce qui fait penser qu’il reproduit dans l’équipe un rapport toxique à l’œuvre dans le milieu d’origine. Autrement dit, qu’il s’agit du transfert d’un rapport de désaveu.[4]

Cela m’a conduit à chercher un modèle représentatif du déterminisme en jeu dans un tel travail. Je pense en avoir trouvé un dans le commentaire célèbre fait par Lacan (1964) de la nouvelle d’Edgar Poe, « La Lettre Volée ». Ce séminaire (1955) fournit un support de compréhension de l’analyse du transfert à plusieurs – même si ce n’était pas précisément cela que Lacan voulait montrer.

Lacan relève en effet que, dans la succession des scènes de l’histoire de Poe, les dispositions subjectives de chacun des protagonistes se trouvent déterminées par le rapport qu’il se trouve entretenir avec l’objet compromettant (la lettre). Poe relate un enchaînement de scénarios dans lesquels l’attitude subjective de chaque personnage (roi, reine, ministre, préfet de police, détective…) va varier en fonction de sa position par rapport à cet objet énigmatique et embarrassant – tout comme l’est le psychotique pris en charge

Or Lacan souligne qu’un tel déterminisme intersubjectif « resterait invisible de la salle » sans le procédé narratif particulier adopté par Edgar Poe. De façon analogue, il me semble que la modalité narrative de la synthèse clinique est ce qui peut permettre de saisir la distribution transférentielle habituelle autour d’un psychotique et tout aussi habituellement méconnue.

Il est en outre intéressant de vérifier que le degré de clairvoyance de chacun des professionnels ne va guère dépendre (au moins dans un premier temps) de sa compétence (psychanalytique notamment) ni de la formation qu’ils aura pu acquérir, mais bien plutôt du positionnement qu’il aura contracté avec le cas – son degré d’implication subjective inconsciente déterminant son degré d’aveuglement. Car de fait, ces positions subjectives sont a priori vécues par leur hôte comme fondées le plus objectivement, le plus professionnellement du monde. C’est le dispositif permettant leur mise en rapport les unes avec les autres qui fait percevoir leur étrange incompatibilité pour ce qu’elle est : une formule développée, projetée, du déni-désaveu-clivage inhérent au cas.

 

La constatation de ce phénomène eut donc pour conséquence d’amener les référents de l’équipe à souhaiter davantage de contact avec la famille des adolescents. Il semblait légitime en effet que chaque soignant puisse s’assurer par lui-même, auprès de la famille, de la nature de ces traits identificatoires repris à son insu et le mettant en difficulté dans ses rapports de travail dans l’hôpital de jour. Cela devint donc la règle au Cerep-Montsouris, dès la fin des années soixante-dix, que les thérapies familiales (concomitantes à la prise en charge d’hôpital de jour) soient menées par les soignants ayant le plus directement l’adolescent en charge (psychiatre, référents, et tel ou tel autre professionnel jouant un rôle subjectif majeur auprès du jeune). Cette option nous a fait renoncer à l’idée de recourir à des professionnels spécialisés dans la thérapie familiale.

Reprenant l’idée évoquée plus haut de permettre la naissance d’un discours, je dirai que notre dispositif avec chaque famille se fonde sur l’expérience du temps partagé quotidiennement – moitié-moitié – entre l’institution et la maison en tant que milieux de vie. L’offre qui est faite à la famille est de parler ensemble de ce va et vient quotidien de l’adolescent, de nous permettre un échange mutuel de données à partir de cela.

Ainsi la séance mensuelle équipe-famille (outre les multiples échanges informels au long de chaque semaine) se propose avant tout à travailler dans le sens d’une reconnaissance mutuelle.

Quant aux phénomènes de transfert constatés en synthèse, ils vont pouvoir se vérifier au travers de tels échanges avec la famille. Des identifications croisées s’y manifestent, plus ou moins partielles, par-dessus la barrière soignants-soignés. Cela humanise le rapport à la famille et constitue un pas vers la dé-psychotisation.

C’est un bon indicateur de l’évolution favorable d’une thérapie de famille que l’apparition d’éléments de reconnaissance mutuelle. Cela peut être par exemple qu’un soignant confesse qu’il a pu reproduire lui-même tel ou tel comportement familial ; ou qu’un parent tienne à rapporter qu’il s’est souvenu durant le weekend de tel propos tenu ensemble… Des parents en viennent à faire état de l’histoire processuelle de leur relation avec l’institution en déclarant se sentir devenus « cerepiens ». C’est-à-dire qu’ils se reconnaissent partie prenante du mythe de l’histoire thérapeutique…

Il semble très important que l’adolescent soit présent physiquement à ces échanges équipe-famille. Quel que soit son degré de régression ou de retrait manifeste, on ne doit pas le priver de l’occasion d’entendre sa famille s’exprimer autrement qu’elle ne l’a fait jusqu’alors à la maison. Il nous est en outre souvent apparu fructueux de solliciter la participation, même occasionnelle, de grands parents,[5] et aussi de frères et sœurs.

A partir de cette mise en discours des interactions quotidiennes, les occasions ne vont pas manquer de remonter associativement dans l’histoire – d’abord celle toute récente de la prise en charge thérapeutique du jeune, mais aussi celle de sa famille elle-même. On rejoint là encore le mode de cheminement propre à la psychanalyse : mettre à profit le hic et nunc de l’actualisation transférentielle pour mieux élucider ses précédents historiques dans la vie du patient et de sa famille, et permettre leur mise en discours par l’intéressé.[6]

On ne cesse cependant de constater que la complexité même du processus de subjectivation le fait échapper à la prédictivité. Car on a beau faire, aucun rapport simple ne peut être établi entre l’effort consenti par des parents pour se mettre en cause et l’évolution de leur adolescent. Il peut aussi arriver que des parents fassent avec nous un trajet évolutif remarquable, sans que cela n’amène guère d’évolution chez le jeune lui-même ; et l’on peut voir aussi un adolescent évoluer de façon surprenante alors que ses parents sont demeurés réfractaires à toute collaboration…

Concomitamment à ce travail avec chaque famille, nous avons assez vite mis en place un grand groupe de parents.[7] Ce dispositif mensuel est différent du travail famille par famille. Il me semble qu’il œuvre avant tout dans le sens de restaurer la fonction parentale. Le cadre proposé au départ est qu’il s’agit d’une rencontre (mensuelle) entre parents et institution, pour aider chacun à mieux assumer ses responsabilités – et non d’un exercice psycho-dynamique à usage personnel. Mais du coup, la parole de beaucoup se trouve libérée par cette consigne restrictive…

Ainsi, la dimension restauratrice de responsabilité parentale peut déboucher sur des suggestions faites par les parents à l’hôpital de jour, et que l’équipe décide parfois de mettre en œuvre. Il est arrivé aussi que les parents, s’étant constitués en association (et même inter-hôpitaux de jour) effectuent des démarches auprès des pouvoirs publics pour défendre notre budget.

 

Je conclurai en insistant sur le fait que la subjectivation est un objet naturel complexe. On sait que la Physique moderne en est venue à considérer de plus en plus ce qu’elle appelle des objets naturels complexes. Ce qui caractérise de tels objets est qu’une seule théorie ne saurait en rendre compte ; et aussi qu’il est nécessaire de recourir à plusieurs dispositifs expérimentaux pour pouvoir observer l’un ou l’autre aspect de leur nature complexe. C’est la lumière qui inaugura historiquement la liste de ces objets complexes : sa nature ondulatoire et sa nature corpusculaire ne pouvant être mises en évidence par les mêmes dispositifs.

Or c’est peu de dire aujourd’hui que la subjectivité est un objet complexe ! Au point que beaucoup préfèrent encore s’imaginer que le sujet humain relève de la méta-physique – qu’il échappe aux lois de la nature…

C’est par contre une caractéristique foncière de la démarche de Freud que d’avoir toujours conçu la psychanalyse – démarche subjective s’il en est – comme faisant partie des sciences de la nature, sous le primat du déterminisme psychique.

La notion d’objet naturel complexe fait surtout ressortir combien le dispositif utilisé conditionne la saisie même qu’on peut en avoir. Lacan a bien stigmatisé l‘« imbécillité réaliste » du chercheur.[8]  Et c’est bien elle qu’on peut voir à l’œuvre de nos jours avec la mondialisation d’un parti pris pseudo scientifique de simplisme médical. Ce maître mot de subjectivation s’est peu à peu s’imposé à nous pour désigner l’objet même de notre effort thérapeutique – objet bien sûr particulièrement complexe…

Un célèbre proverbe chinois dit : « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». Or n’est-ce pas exactement ce que s’efforce d’imposer le DSM IV ? N’est-ce pas une forme d’imbécillité que d’imaginer atteindre davantage d’objectivité et de pertinence au travers de la fragmentation élémentaire des symptômes, en leur faisant perdre toute portée indicative ?…

C’est une optique inverse qu’on adopte en travaillant psychanalytiquement avec la famille. La démarche de tenter de saisir et faire travailler le transfert à plusieurs vise des effets d’une toute autre portée. On se propose de l’utiliser pour donner corps à l’expérience vécue ensemble d’une reprise de circonstances désubjectivantes du cas dans son environnement matriciel. La visée principale est d’en restituer toute la substance signifiante à l’adolescent pour qu’il parvienne à en nourrir sa subjectivation propre.

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

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FREUD S. 1919, « L’inquiétant », Œuvres Complètes, vol. XV, p. 147.

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LACAN J. (1963-64) Le Séminaire, « Les quatre concepts fondamentaux de la Psychanalyse », édit. du Seuil, Paris.

LACAN J. 1968, Séminaire « L’Acte Psychanalytique », édit. du Seuil.

PENOT B. 1989, Figures du déni, en deçà du négatif, réédition Erès, Toulouse, 2003.

PENOT B. 2001, La Passion du Sujet Freudien, entre pulsionnalité et signifiance, édit. Erès, Toulouse.

WINNICOTT  DW, «  Jeu et réalité » , Gallimard, 1975, p. 102-03.



[1] La proportion d’anciennes psychoses infantiles était faible au départ (10%) mais n’a cessé d’augmenter, pour atteindre 40% à la fin des années 90, conséquence sans doute de leur meilleure prise en charge dans l’enfance.

[2] Je renvoie là-dessus à mon ouvrage Figures du déni, en deçà du négatif, réédit. Erès, Toulouse 2003.

[3] Propos juste mais incomplet, car il importe aussi d’interpréter ce transfert pour le rendre saisissable – subjectivable – par le patient ; c’est là-dessus que je me sens diverger de la pratique de Lacan.

[4] Je ne puis développer cela davantage ici et je renvoie aux illustrations cliniques de mon ouvrage :   « La Passion du Sujet Freudien, entre pulsionnalité et signifiance », édit. Erès, Toulouse, 2001.

[5] Le Dr Talat Parman (Istanbul) en a apporté des exemples cliniques remarquables en atelier.

[6] Leur mise en mythe, pour autant que muthos signifie tout bonnement ‘parole’ en Grec ancien.

[7] C’est une pratique apparemment téméraire à laquelle j’avais été initié par Michael Woodbury alors que j’étais interne dans le secteur du XIIIème arrondissement de Paris.

[8] Dans son séminaire sur La lettre volée (Avril 1955), repris en chapitre I des Ecrits – édit. Seuil, 1966.

 

Steven Wainrib et Françoise Debenedetti


Le travail psychanalytique avec les familles

Historique

Si la psychanalyse s’est construite en grande partie à partir de cures individuelles de patients névrosés, Freud ( Psychologie des masses et analyse du moi, G.W. 73) considère que la psychologie individuelle ne se trouve que « rarement en mesure de pouvoir faire abstraction des relations de cet individu avec d’autres individus ». Employant en anglais les termes “herd instinct, group mind” (instinct grégaire, mentalité groupale), il ajoute que « l’autre entre en ligne de compte très régulièrement comme modèle, comme objet, comme aide et comme adversaire, et de ce fait la psychologie individuelle est aussi, d’emblée, simultanément, psychologie sociale, en ce sens élargi mais tout à fait fondé ».

L’approche psychanalytique originale du groupe familial qui se développera en France à partir des années 1980 peut être située dans le contexte historique suivant :

▪                Dès 1936, R. Lafforgue et J. Leuba, au IXème Congrès des Psychanalystes de langue française parlaient de “névrose familiale”. De son côté, Jacques Lacan, en 1937 et 38, avance dans les articles qu’il a rédigés pour l’Encyclopédie française des concepts qui resteront sans suite, sur le thème de la famille notamment : inconscient familial, fantasmes d’objets communs, symptômes familiaux.

▪                Aux États-Unis se développe à partir des années cinquante un courant de recherches sur la pragmatique de la communication et l’interaction. Grégory Bateson décrit en 1956 le “double bind ” (traduit par double lien, double entrave ou double contrainte). Il s’agit d’un véritable ligotage, réalisé par une communication paradoxale, faite de messages contraignants, liés et pourtant contraires. Ces injonctions jouent sur des niveaux logiques différents. La différence essentielle entre ces injonctions paradoxales et une simple contradiction réside dans le fait que le choix reste une solution possible quand vous êtes face à une contradiction, alors qu’une telle solution n’est même pas pensable dans le cas de l’emprise qu’exerce la communication paradoxale. Watzlawick (1972 tr.fr) en fait saisir l’effet au lecteur par la formule « Veuillez ne pas lire cette phrase.» L’effet d’injonctions paradoxales est d’autant plus délétère qu’elles sont adressées par quelqu’un dont vous dépendez affectivement, par rapport auquel vous tendez à vous situer. Le membre de la famille considéré jusqu’alors comme “malade” est désormais appréhendé comme le “patient désigné“, symptôme d’un groupe dysfonctionnant mais dont il assure l’homéostasie et la pérennité. Cette théorie a donné lieu à une pratique de double contrainte à visée thérapeutique, du type prescriptions du symptôme, à valeur de contre-paradoxe. La thérapie familiale systémique a pris son essor sur ces bases, divergeant par une approche souvent comportementaliste et qui peut sembler manipulatoire des approches psychanalytiques du groupe familial.

▪                L’article d’H. Searles (1977 tr.fr.) paru en 1959 sur « L’effort pour rendre l’autre fou » aura un grand retentissement. Cet auteur décrit un certain nombre de mécanismes interpersonnels dont il souligne le caractère inconscient. Ses travaux rejoignent ceux de Boszormenyi-Nagy, J. Framo et collaborateurs (1980 tr.fr) qui ouvrent une approche psychanalytique des liens complexes entre la problématique individuelle et le contexte familial de certains troubles.

▪                Parallèlement, en France, à la même période, certains psychanalystes commencent à s’intéresser à l’élaboration et au processus analytique dans les groupes, à travers le cadre du psychodrame et celui des groupes de formation. D. Anzieu (1975) théorisant l’imaginaire groupal, défend notamment l’analogie entre groupe et rêve dans son ouvrage “Le Groupe et l’inconscient“. René Kaës (1976) établit la notion d’ appareil psychique groupal qui se constitue des transformations et des liaisons de la réalité psychique entre les sujets constituant le groupe. Il s’étaye sur certaines structures organisatrices de la psyché individuelle auquel cet auteur donne le nom de groupe interne (fantasmes originaires, image du corps, imago, réseau d’identification, instances, complexes). Ces auteurs contribueront à développer les bases théoriques de la psychanalyse de groupe, déjà bien avancée au Royaume-Uni par les travaux de W.R. Bion, S.H. Foulques, Anthony et Ezriel.

▪                Les fondateurs de l’Institut de Psychanalyse Groupale et Familiale, s’inspirant de tous ces travaux, en poursuivront la logique vers un abord psychanalytique du groupe familial. Cet institut a été fondé en 1987 par Didier Anzieu, Jean-Pierre Caillot, Gérard Decherf, Simone Decobert, Claude Pigott, Paul-Claude Racamier et André Ruffiot. Un congrès et un colloque annuels se tiennent depuis 1983, la revue “Gruppo” créée en 1985 et la revue “Groupal” ensuite ont rendu compte de la clinique et des travaux de recherche sur la famille des psychanalystes français et étrangers. C’est désormais sous le nom de “Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale” que cet institut poursuit ses travaux et assure la formation des psychanalystes en tant que thérapeutes familiaux de groupe et psychodramatistes, tandis qu’Alberto Eiguer et Gérard Decherf participaient à la création de la ” Société Française de Thérapie Familiale Psychanalytique” .

Pratique

Qu’est-ce qui conduit à engager un travail analytique avec une famille ?

Le travail psychanalytique avec les familles est désormais couramment pratiqué, notamment dans le cas d’enfants ou d’adolescents pris dans certains dysfonctionnements familiaux qui ne peuvent que limiter ou entraver un abord individuel. Il se décide en particulier lors de la rencontre de groupes familiaux en souffrance, qui présentent d’importantes difficultés relationnelles et sont traversés par des angoisses majeures, en partie inconscientes, face aux mouvements de différenciation et d’autonomisation. Un climat d’irréalité et d’atemporalité est souvent perceptible dès les premiers entretiens.

Ce sont des « familles à transactions paradoxales » pour reprendre une expression pertinente de S. Decobert ( 1986, cf. Vocabulaire 1998). La folie des échanges dans ce type de groupe familial tient à son mode dominant de relations narcissiques, forcément paradoxales, où l’autre de la relation doit être déchu de son altérité. La reconnaissance de l’altérité cède la place à une relation d’emprise, souvent masquée, donnant lieu à des communications paradoxales, de type double entrave. Tout ce qui peut présentifier une différence, la finitude humaine y est perçue comme perturbation à évacuer. Les repères symboliques sont souvent brouillés, entravant la définition de la place de l’un par rapport à l’autre, en fonction d’un tiers, ou d’une loi comme celle de l’interdit de l’inceste.

À forte potentialité psychotique, les familles pour lesquelles se pose une indication de travail groupal voient souvent leur évolution marquée par la substitution du passage à l’acte à la mentalisation (conflits violents, suicides, troubles des conduites alimentaires, addictions, somatisations).

Un processus de disqualification mutuelle est ici fréquent. Il consiste en un discrédit de la parole ou des actions d’autres membres du groupe. L’auto-disqualification est assez fréquente : ainsi un père indique à son fils qu’il faut céder sa place, se posant en exemple d’un renoncement masochique qui l’empêche de donner des limites à son fils. Toute reconnaissance de la place de l’un et de l’autre semble barrée, chacun s’efforçant de ravaler l’autre au statut d’un objet narcissique, qui ne doit pas prendre la liberté d’être sujet de ses pensées et de sa parole propre.

Le terme de mystification décrit une forme de dénégations qui peuvent s’observer avec une grande fréquence ; un membre de la famille opposera à un autre membre du groupe que sa pensée, ce qu’il sent, ce qu’il perçoit et qu’il tente de dire ou de faire sentir n’est pas considéré par son interlocuteur comme étant vraiment ce qu’il ressent. Celui qui cherche à le manipuler sait mieux que lui la vérité de ses éprouvés. Didier Anzieu (1981) raconte à ce propos l’histoire suivante : « Ainsi cet enfant que sa mère plongeait régulièrement dans un bain trop chaud afin que l’eau soit à point pour baigner ensuite la petite soeur, qui tentait de faire état de la sensation physique douloureuse et insupportable qui l’envahissait et qui s’entendait répondre que l’eau n’était pas trop chaude, qu’il faisait là un caprice, que ce n’était pas vrai qu’il se sente échaudé et mal à l’aise – et qui finit par se taire jusqu’au jour où il fut victime d’une syncope.»

Quel cadre, quelle technique ?

La famille à qui est proposé un abord psychanalytique est composée au minimum des membres qui vivent ensemble. Elle peut être élargie à d’autres membres fortement impliqués dans la problématique exposée lors des entretiens préalables.

Le groupe familial est convié à des séances régulières, se déroulant à un rythme hebdomadaire le plus généralement (éventuellement au rythme d’une séance par quinzaine). La règle de présence bi-générationnelle s’impose pour que la séance ait lieu. La règle de restitution s’applique lorsqu’un membre s’est ponctuellement absenté, ou lorsque l’un d’eux a cherché à communiquer un message hors séance aux thérapeutes. La famille est souvent reçue par un couple de thérapeutes, psychanalystes, de préférence un homme et une femme.

La cure s’appuie sur une règle d’abstinence (absence de conseils et de prescriptions contrairement à la technique systémique), et l’invitation à parler librement remplace ici la règle de dire tout ce qui vient à l’esprit comme en psychanalyse individuelle ; ainsi est reconnue la possibilité pour chacun d’un espace privé, ou sa potentialité.

Le cadre a une fonction contenante essentielle, limitative et symboligène, permettant le dépôt de la souffrance familiale et l’ élaboration des angoisses sous-jacentes à la symptomatologie.

Dans certains cas, (difficultés de fantasmatisation, répétition itérative des conflits en séance, passages à l’acte) la thérapie familiale psychanalytique peut être orientée sur le mode du jeu psychodramatique, afin de favoriser la représentation par la figuration et de limiter les agirs.

Les psychanalystes sont ici particulièrement à l’écoute de la fantasmatique familiale issue de l’appareil psychique groupal-familial, des fantasmes du groupe autour de l’objet-famille, comme représentation et comme objet, ainsi que des mythes familiaux.

Les échanges verbaux et comportementaux permettent l’exploration en séance des rôles, des alliances inconscientes, mais aussi des manoeuvres perverses, allant à l’encontre d’un repérage de la place de l’un et de l’autre en fonction des structures différenciantes de la parenté et de la filiation.

Un élément fondamental de cette approche psychanalytique est l’interprétation du transfert, en relation au groupe ; le repérage d’une problématique individuelle sera surtout repris en fonction des résonances fantasmatiques qu’elle entraîne, happant d’autres membres de la famille dans des interactions répétitives et pathogènes.

Le transfert opère ici à plusieurs niveaux :

▪                sur les thérapeutes avec notamment une projection des imagos des générations précédentes et une activation des “présupposés de base” au sens de Bion,

▪                sur le groupe composé de la famille et des psychanalystes favorisant des représentations d’objet-groupe,

▪                sur le cadre, qui sera par exemple l’objet d’attaques : retards, séances manquées ou refus sous des prétextes divers d’une participation de l’ensemble de la famille.

L’élaboration du contre-transfert est ici centrale afin de permettre au psychanalyste d’utiliser ses capacités associatives et ses affects au service du développement d’un processus interprétatif. Si la famille est reçue par deux analystes, ils tendront à inclure dans leur élaboration ce que R. Kaes (Vocabulaire 1998) désigne par analyse intertransférentielle . Le travail spécifique d’un couple d’analystes en situation de groupe, les conduit à repérer le “transfert ” qu’ils opèrent sur leur collègue, en réponse à ce qui est induit en situation de groupe.

Winnicott (1971) considérait la psychothérapie en termes de jeu, avec le corollaire suivant : “Là où le jeu n’est pas possible, le travail du thérapeute vise à amener le patient d’un état où il n’est pas capable de jouer à un état où il est capable de le faire “. Cette proposition est particulièrement pertinente dans l’abord de groupes familiaux en état de tension permanente, rejouant indéfiniment la même partie. La situation analytique offre à ces familles une aire de jeu sur le jeu souvent paradoxal qui noue les uns et les autres, les enserrant dans une distribution de rôles figés, alors qu’il est censé leur permettre de vivre ensemble.

Quelques éléments théoriques

L’abord des familles en cure psychanalytique renvoie à des références conceptuelles déjà existantes en psychanalyse, tout en permettant également le dégagement de nouveaux concepts.

Ainsi certaines familles tendent à former un système fermé, régi par des défenses trans-subjectives (S. Wainrib 1987).

Habituellement la notion de défense est située dans la perspective d’une topique individuelle, sur le modèle du refoulement de représentants pulsionnels intolérables au surmoi. Cependant un certain nombre de défenses archaïques ne sont pas dirigées contre la pulsion, mais visent un élément de différenciation ressenti comme source d’une angoisse catastrophique. Ici ce qui permet habituellement de se repérer, ravive l’angoisse d’une séparation néantisante. L’exemple type de ces mécanismes est le déni partagé de la fonction paternelle, de la différence des sexes ou des générations ; un tel déni portant sur un élément fondateur de la réalité humaine s’étayera volontiers sur une collusion entre deux membres de la famille, parfois étendue à l’ensemble du groupe familial.

Dès lors tout se passe comme si chacun se laissait gouverner par des rôles imaginaires, distribués dans la famille en dehors de tout encadrement par la fonction symbolique du système de parenté qui règle la succession des générations. Ainsi un enfant pourra se voir chargé de missions impossibles (combler les manques de ses parents, tenir lieu d’un objet perdu idéalisé antérieur etc..) et se prendre au piège de sa propre fascination par ces identifications aliénantes.

Si la relation intersubjective se joue sur un fond de reconnaissance de l’ altérité, il n’en va pas de même du champ trans-subjectif ainsi généré, où tend à s’estomper le repérage de la différence de l’un et de l’autre, toujours fonction d’un tiers en place de symboliser l’échange.

Dans ce contexte, la loi de l’interdit de l’inceste ne joue pas son rôle d’organisateur du groupe familial. P.C. Racamier ( Vocabulaire de psychanalyse groupale et familiale, 1998) a proposé le terme d’ incestuel pour désigner ce qui dans la vie psychique individuelle et familiale porte l’empreinte de l’inceste, sans que soit nécessairement accompli un passage à l’acte sous forme de relations sexuelles. L’incestuel est une modalité propre d’organisation de la vie du groupe familial qui s’oppose à l’organisateur oedipien lié à la triangulation et à l’interdit de l’inceste. Le fol espoir que l’autre advienne comme objet narcissique, l’expulsion d’avoir à faire le deuil de cet objet d’une parfaite complétude, l’emporte sur tout autre mode de liens. Proche de l’incestuel, l’antœdipe ( P.C. Racamier 1992) n’est pas seulement un anté-œdipe personnel qui pourrait être dépassé, mais tend dans ce cas à l’organisation d’ une mentalité groupale familiale anti-dipienne.

L’abord psychanalytique pourra mettre en évidence des fantasmes d’auto-engendrement fondés sur le déni d’une origine lié à la rencontre de parents sexués, êtres de désirs. Le groupe familial tend alors à fonctionner sur le mode de l’engrènement, de l’interaction contraignante court-circuitant la fantasmatisation individuelle : ” le vécu d’une personne se branche directement, c’est-à-dire sans intermédiaires psychiques, sur le vécu et sur l’agir d’une autre ” (P.C. Racamier 1992).

La paradoxalité (cf. doubles contraintes, disqualifications) est le fonctionnement mental, le régime psychique et le mode relationnel qui régit l’antœdipe. C’est ainsi qu’on la rencontre dans les familles dites à “transaction paradoxale”, mais aussi dans certains couples où elle tend à faire perdurer le lien tout en déniant sa valeur. Elle s’attaque au sujet en déniant son statut d’objet. “Je pourrais faire son autoportrait” dit cette jeune femme en séance à propos de son mari, selon un propos relevé par G. Decherf.

Ce sont des familles mêlant une souffrance à vivre ensemble autant qu’une impossibilité de se séparer. L’absence d’individuation fait de la famille la projection d’un corps commun indifférencié. Peu de place y est laissée à la mentalisation, l’agir prévalant sur la pensée et la symbolisation.

Le transfert paradoxal a été décrit par D. Anzieu en 1975 : c’est la forme que prend la communication paradoxale dans la cure psychanalytique individuelle ou groupale (couple ou famille). Il prend le plus souvent la forme de la réaction thérapeutique négative dans un contexte d’ injonctions paradoxales, et de disqualifications, donnant à l’analyste un sentiment d’impuissance, voire de nullité, qu’il va, soit re-projeter sur la famille jugée inapte à l’abord analytique, soit le conserver passivement pour son masochisme personnel.

Les indices de ce transfert paradoxal sont dans les vécus contre-transférentiels qu’il entraînent, l’analyste devenant le dépositaire de ce qui n’a pu être élaboré : perplexité devant des injonctions paradoxales, sidération, impuissance à penser et à fantasmer, dépersonnalisation. L’analyste peut également éprouver un sentiment d’être l’objet de manipulations plus ou moins perverses, d’obligations d’ agir peu conformes à sa perspective d’élaboration.

Le cadre doit être maintenu, non comme un dispositif rigide et fétichisé, mais en étayage de la référence à un pacte symbolique permettant l’échange. Comme l’indique J.P. Caillot (Vocabulaire 1998), d’une façon générale le cadre est anti-incestuel. Telle est la condition permettant au processus interprétatif de générer du nouveau et de rétablir la circulation fantasmatique familiale et individuelle bloquée dans la transaction paradoxale.

Lorsque le processus s’enclenche favorablement, des changements notables et parfois surprenants, se font jour au cours des séances. Les résistances deviennent interprétables, des éléments de l’histoire de la famille venant donner sens à l’histoire transférentielle du groupe familial, tandis qu’un plaisir de parler et de fantasmer se substitue peu à peu à la violence mortifère qui sous-tendait la paradoxalité.

Bibliographie

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WINNICOTT D.W., Jeu et réalité, Paris, Gallimard, 1971

    
 

Les thérapies psychanalytiques du couple

Jean-Pierre Caillot

Actualisation : décembre 2014

Les thérapies psychanalytiques du couple

Les thérapies psychanalytiques du couple visent à rétablir la communication à l’intérieur du couple, à favoriser la figuration et la mise en fantasme au détriment de l’agir, à interpréter les transferts dans une perspective groupale. Elles tendent à permettre aux partenaires du couple de mieux vivre ensemble ou bien de se séparer.

Nous distinguons la psychanalyse du couple, technique uniquement verbale, du psychodrame psychanalytique du couple avec son jeu psychodramatique.

I.Historique

Historiquement le cadre psychanalytique des thérapies verbales du couple est né dans les années 70. Il a été défini par André Ruffiot et fait suite aux travaux des auteurs systémiques dans les années 60 sur la famille et le couple, notamment ceux  de Grégory Bateson concernant les paradoxes et aux travaux de Jean-Georges Lemaire (Les thérapies du couple, 1971). En 1984 paraît « La thérapie psychanalytique du couple » d’André Ruffiot et Alberto Eiguer. En 1987, dans la revue GRUPPO, Jean-Pierre Caillot et Gérard Decherf abordent la problématique des défenses perverses dans le couple et la famille.

En 1989, dans «Psychanalyse du couple et de la famille», ces mêmes auteurs traitent du couple anti-famille, de la famille anti-couple, des manoeuvres perverses dans le couple et la famille et du fantasme d’autoengendrement du couple.

La thérapie psychanalytique du couple s’enrichit dans les années 80 du psychodrame psychanalytique du couple sous l’impulsion de  Simone Decobert et ses collaborateurs (J.-P. Caillot, A.-M. Blanchard).

II. Principaux concepts psychanalytiques concernant le couple et ses thérapies

En 1912, dans « Totem et Tabou », Freud décrivait les états amoureux comme les prototypes normaux des psychoses.

En 1921 (Massen Psychologie und Ich-Analyse) il mettait l’accent dans l’état amoureux sur la « formation de masse à deux » (Massenbildung) caractérisée par les phénomènes d’indifférenciation psychique des relations d’objet narcissique.

Il disait : « Il n’y a manifestement pas loin de l’état amoureux à l’hypnose, les concordances entre les deux sont évidentes, même soumission humble, même docilité, même absence de critiques envers l’hypnotiseur comme envers l’objet aimé, même résorption de l’initiative personnelle ; aucun doute l’hypnotiseur a pris la place de l’idéal du moi. Simplement, dans l’hypnose, les rapports sont encore plus nets et plus intenses, si bien qu’il conviendrait plutôt d’expliquer l’hypnose par l’état amoureux que l’inverse

Plus loin l’auteur ajoutait : « Mais, d’un autre côté, on peut dire aussi que la relation hypnotique représente, s’il est permis de se servir de cette expression, une formation de masse à deux. L’hypnose se prête mal à la comparaison avec la formation de masse, car elle est plutôt identique à celle-ci. L’hypnose s’écarte de la formation de masse en groupe par cette limitation du nombre comme de l’état amoureux par le manque de tendance directement sexuelle. En ce sens, elle tient le milieu entre les deux. »

À partir de « Totem et Tabou » et de « Psychologie des foules et analyse du moi » une idée essentielle émerge : les phénomènes d’indifférenciation, c’est-à-dire les phénomènes de masse sont à l’origine d’un corps commun imaginaire du couple, du groupe ou de la famille et d’une psyché commune.

Le choix du partenaire sexuel dans le couple se fait pour Freud (« Pour introduire le narcissisme », 1914) selon deux modes :

▪                le choix d’objet narcissique : c’est « un type de choix d’objet qui s’opère sur le modèle de la relation du sujet à sa propre personne et où l’objet représente la personne propre sous tel ou tel aspect » (J. Laplanche et J.-B. Pontalis).

▪                le choix d’objet par étayage : c’est « un type de choix d’objet où l’objet d’amour est élu sur le modèle des figures parentales en tant qu’elles assurent à l’enfant nourriture, soins et protection. Il trouve son fondement dans le fait que les pulsions sexuelles s’étayent originellement sur les pulsions d’auto-conservation. » (J. Laplanche et J.-B. Pontalis).

Didier Anzieu soulignait en 1986 qu’un des fantasmes de base du couple est qu’il possède une peau commune, un corps commun et une psyché commune.

« Pourquoi vit-on en couple ? » demandait Didier Anzieu. «… La raison originaire semble être la peur de la solitude, le besoin archaïque d’un étayage des fonctions psychiques sur un objet primordial, la nécessité de parer l’angoisse d’un retour à l’état de détresse lors des frustrations, des échecs, des stress de l’existence. L’objet primordial est celui qui a jadis protégé de cette détresse. L’énamouration apporte la révélation, au sens quasi religieux du terme, que cette personne-ci est une réincarnation de l’objet primordial. Dans l’état d’exaltation amoureuse, qui est généralement l’état fondateur du couple du moins dans la culture occidentale, s’instaure la double croyance que le partenaire est l’objet qui compte par-dessus tout pour moi et qu’il a lui-même le désir d’être cet objet primordial pour quelqu’un, moi en l’occurrence – comme la mère a voulu l’être autrefois pour son tout-petit qui, de son côté, la mettait en place d’être cet objet. »

Dans son « Introduction à l’étude des fonctions du moi-peau dans le couple »,

D. Anzieu (1986) décrivait l’illusion duelle ou gémellaire fondatrice du couple à l’instar de l’illusion groupale fondatrice du groupe.

«La première expérience du couple, écrit D. Anzieu, réalisée par deux partenaires jeunes commence généralement par une phase d’illusion duelle. Les éventuelles expériences ultérieures de couple faites avec d’autres partenaires tendent à reproduire cette phase sous forme atténuée, tantôt exacerbée.

Une telle illusion s’avère fondatrice pour un jeune couple et elle le fonde en même temps comme couple de partenaires qui sont ou qui veulent rester ou redevenir jeunes. La phase suivante, de désillusion, peut entraîner soit la dissolution du couple qui reconnaît avec amertume et ressentiment s’être aveuglé sur lui-même, soit, au travers d’une crise et son dépassement, la réorganisation des relations d’objet entre ses membres et l’évolution des fonctions psychiques exercées envers l’autre, ceci s’effectuant grâce à l’encadrement par des fantasmes nouveaux de peau familiale

Ce couple, ajoutait D. Anzieu, est « un couple de jumeaux imaginaires, unisexes et à la limite interchangeables… »

«Le travail psychanalytique avec des couples en difficulté fait souvent apparaître que chaque partenaire a été dans son enfance très dépendant, bien que de façon différente, de l’image maternelle et n’a pu se séparer de sa famille d’origine qu’en emportant avec lui la peau imaginaire de cette mère.

Leur couple s’enveloppe dans ces deux peaux imaginaires maternelles, structurées selon la double paroi que j’ai décrite, dans mon ouvrage «Le moi-peau», comme typique de l’enveloppe narcissique idéalisée. A l’intérieur de celle-ci les deux jeunes gens se sentent voués au projet d’une union exceptionnelle ».

Par exemple, une femme dit à son mari au cours d’une thérapie de couple : « Je le connais si bien que je pourrais faire son autoportrait, écrire son autobiographie ».

Dans une séance de psychodrame, l’un des membres du couple propose de jouer la séparation du couple mais ils ne possèdent à eux deux qu’un poumon et un coeur. Il faudra donc faire intervenir dans le jeu, un chirurgien et un juge pour décider du partage impossible : qui aura à la fois le coeur et le poumon ? Qui mourra ?

Dans un autre couple à propos de leur unité conjugale, la femme disait : « Nous avons une troisième jambe commune qui nous permet de marcher du même pas ».

La naissance du fantasme de corps commun du couple est consubstantielle à notre avis du fantasme d’engendrement réciproque, du fantasme d’autoengendrement du couple. Le fantasme d’autoengendrement du couple est à l’origine de ce corps commun imaginaire, idéal et omnipotent.

Ainsi dans une thérapie psychanalytique d’un couple, la femme exprime les pensées suivantes : «Avant, dit-elle, on vivait en autarcie, on s’alimentait soi-même, on était en pleine forme sur tous les plans, on n’avait pas besoin d’autre chose. On était indépendant. » Puis, elle ajoute : «Quand on a quelqu’un pour soi tout seul, c’est grisant. » Son mari ajoute : «C’est un besoin ! » « Oui, répond-elle, mais la mère on doit la partager avec les frères et les soeurs, alors que là, c’est une mère pour soi tout seul et en même temps on est chacun la mère de l’autre pour lui tout seul, vous comprenez ? Vous savez, conclut-elle, c’est un lien très fort, bien plus fort qu’avec la mère ».

Cette femme ajoutait sur un mode paradoxal : « J’ai pu ainsi refaire le même chemin différemment» lorsqu’elle comparaît sa relation à sa mère à celle qu’elle établissait avec son mari.

À l’instar de René Kaës (1975) qui décrit « L’appareil psychique groupal », André Ruffiot parle d’appareil psychique familial et d’appareil psychique conjugal. Ces auteurs tiennent compte à la fois de l’espace intra-psychique et de l’espace psychique inter-subjectif des individus.

L’espace inter-psychique est le lieu psychique de la mise en commun des fantasmes. Dans cet espace, le fantasme est partagé ; il est commun. Cette mise en commun des idéaux et des interdits de cet espace psychique intermédiaire appartient, à la fois, à chacun et au couple. L’espace inter-psychique est normalement, certes développé, mais il n’empêche pas la constitution et la préservation d’un espace individuel, intra-psychique et secret.

Dans les relations de couple pathologique, du fait de la massivité des identifications narcissiques adhésives ou projectives, du fait encore des engrènements pervers, cet espace intermédiaire fantasmatique transitionnel disparaît au profit d’agirs et de confusion entre les membres. L’espace transitionnel intermédiaire tend à disparaître au profit de la topique interactive qui désigne selon Paul-Claude Racamier, «…l’organisation particulière qui seule permet de rendre compte de processus psychiques dont l’unité (qui ne peut s’apercevoir dans la seule enceinte intrapsychique) s’accomplit entre plusieurs personnes (couple, famille, groupe, société) en vertu d’interactions inconscientes obligées. Illustrée par le processus d’engrènement et de participation confusionnelle, ainsi que par les défenses interactives, cette topique est celle qui émerge et prévaut dans le jeu des fantasmes-non-fantasmes qui sont en circulation dans toute pathologie narcissique grave. La topique interactive est un dérivé de la troisième topique laquelle désigne l’organisation du réel en trois registres : interne, externe et intermédiaire. » (P.-C. Racamier, « Cortège conceptuel »).

C’est le couple en tant qu’objet qui est surinvesti au détriment de l’individu ; le «nous» est surinvesti au détriment du « Je ».

Nous pouvons ajouter que ce choix d’objet amoureux s’établit à partir « d’une connaissance » de la famille interne du partenaire. Ces phénomènes sont à mettre en rapport avec ceux de la résonance fantasmatique, de l’interaction fantasmatique intense entre les partenaires.  Les représentations familiales prévalentes sont oedipiennes ou antoedipiennes.

Ainsi, un sujet structuré sur un mode oedipien fait le choix habituellement d’un partenaire structuré sur le même mode oedipien prévalent. Cela évoque le choix d’objet par étayage.

De même un sujet structuré de façon prévalente sur un mode antoedipien (antoedipe désigne l’organisation essentielle et spécifique du conflit originaire en tant qu’elle prélude à l’oedipe), c’est-à-dire incestuel ou incestueux, fait habituellement le choix d’un partenaire organisé selon ce même registre antoedipien. Cela évoque le choix d’objet narcissique.

Rappelons qu’incestuel selon P.-C.Racamier « désigne et qualifie ce qui dans la vie psychique individuelle et familiale porte l’empreinte de l’inceste non-fantasmé ».

Rappelons aussi que « l‘inceste n’est pas l’oedipe, qu’il en est même le contraire ».

Les familles internes oedipiennes figurent des représentations générationnelles normales où les parents y sont plus âgés et plus grands que les enfants. Ainsi la différenciation des générations, des êtres, des sexes, des morts et des vivants est acquise. Les fantasmes de séduction narcissique et sexuelle co-existent mais la séduction sexuelle prédomine dans le couple. La relation de contenance initiale des partenaires a été vécue de la façon suivante : l’objet maternel a été contenant et a été introjecté comme tel. Les angoisses primitives catastrophiques claustrophobiques (angoisse « du trop serré ») et agoraphobiques (angoisse «du laissé tomber », « du trop lâché ») ne sont pas excessives.

Dans les familles internes antoedipiennes, la différenciation générationnelle est mal ou pas acquise. La séduction narcissique est prévalente et la séduction sexuelle se met pathologiquement à son service. Le fantasme d’autoengendrement est sous-jacent à cette organisation psychique. Les enfants et les parents peuvent être à égalité générationnelle : ils ont imaginairement le même âge, ou bien encore, les parents des parents sont imaginés frères et soeurs, et ainsi de suite.

Il peut aussi s’agir d’un renversement générationnel : l’omnipotence infantile est figurée par des parents plus jeunes et plus petits que les enfants ; les enfants sont ainsi les parents des parents. Ici, la différenciation des générations, des êtres, des sexes, des vivants et des morts  n’est pas bien acquise et des confusions de tous ordres ont lieu, parfois massivement.

La relation précoce des partenaires a été dominée par une dépendance infantile pathologique à la mère contenante.  Tantôt il s’agit d’une dépendance excessive à l’objet, d’une quête frénétique de l’objet, tantôt défensivement contre cette dépendance pathologique s’est constitutée une auto-contenance  mégalomaniaque. Cette auto-contenance pathologique est vraisemblablement le terreau du fantasme d’autoengendrement (J.-P. Caillot, 1992).

Un couple consulte pour tristesse, conflits fréquents et surtout perte des relations sexuelles depuis la naissance de leur fils qui a maintenant cinq ans. Le mari et la femme ne comprennent pas ce qui leur arrive. Ils sont de niveau culturel élevé, très appliqués à éduquer leur enfant et à le choyer. Leur famille se présente essentiellement comme une institution. Elle a évincé toute sexualité. Dans ses antécédents, la mère avait été fréquemment corrigée et sermonnée par sa mère (grand-mère maternelle) qui lui disait : « Tiens-toi bien ! Assieds-toi correctement ! Baisse ta jupe et serre les jambes quand tu t’assieds ! Tu sais ton père est un homme ! ». Lorsqu’elle allait se coucher, elle devait tirer son verrou pour les mêmes raisons. Ce climat incestuel s’expliquait par le fait que la mère de la patiente (la grand-mère maternelle de l’enfant) avait subi une tentative de viol de la part de son père (l’arrière-grand-père maternel de l’enfant) vers l’âge de 16 ans. Quant au mari, il n’avait pratiquement pas connu son père car ses parents s’étaient séparés très précocement.

Lorsque sa mère se disputait avec son second mari, elle mettait ce dernier à la porte et prenait son fils dans son lit. Ces agirs incestuels ont existé jusqu’à l’âge de 15 ans, âge auquel il est parti de sa famille.

Il habitait alors un studio tout seul. Il semble, comme dans l’histoire d’Oedipe, que la naissance de ce fils ait fait émerger des fantasmes incestueux partagés par le père et la mère. Les parents avaient alors la crainte inconsciente qu’une relation incestueuse ait lieu avec leur fils et avaient défensivement tenté d’éliminer toute sexualité dans leur couple et dans la famille.

Tout se passait comme si les parents se disaient: « Si nous supprimons la sexualité de notre couple, de notre famille, nous vivrons sans drame ».

Dans cette sphère incestuelle ou incestueuse, dans cette sphère antoedipienne les phénomènes d’emprise sont au premier plan, les fantasmes envieux y sont exacerbés, les agirs envieux y sont fréquents. Les angoisses sont volontiers des angoisses catastrophiques primitives, agoraphobiques ou claustrophobiques. Il est fréquent d’observer une répartition dans le couple de ces deux formes d’angoisse : l’un est porteur des angoisses claustrophobiques primitives, l’autre des angoisses agoraphobiques primitives.

Le partenaire agoraphobe recherche la présence du partenaire claustrophobe, ce qui renforce les angoisses claustrophobiques de ce dernier et le pousse à s’éloigner. Ainsi un cercle vicieux s’établit, des interactions conflictuelles surviennent. Le sujet agoraphobe tend à devenir intrusif et le sujet claustrophobe rejetant, voire humiliant.

Ainsi les phénomènes paradoxaux du registre antoedipiens sont à l’origine d’une impasse relationnelle du couple. Nous avons pu décrire (1982) des relations paradoxales entre les partenaires du couple et dans le transfert que nous pouvions résumer de la façon suivante : «Vivre ensemble nous tue, nous séparer est mortel ».

D. Anzieu a énoncé d’autres formes de paradoxe : « Nous sommes un bon couple, dont chaque membre est mauvais pour l’autre ». Ou bien encore : « Nous sommes de bons membres qui formons un mauvais couple ».

 

Enfin, pour R. Kaës, les alliances inconscientes du couple telles que la communauté de déni, «permettent de comprendre comment, dans les modalités névrotiques et psychotiques du refoulement, se constitue ou achoppe à se constituer, pour les sujets singuliers, en raison de l’enjeu de leurs liens, la fonction refoulante. » « Elles sont, dit-il, des formations de l’appareillage psychique des sujets d’un ensemble intersubjectif ». Un couple dans le cas qui nous préoccupe.

Les alliances inconscientes sont au service de la fonction refoulante.

Dans l’exemple que nous venons de donner la communauté du déni, l’alliance inconsciente porterait sur le déni des relations d’objet incestuel dans leur famille d’origine et dans leur couple.

Ce déni protégeait leur enveloppe commune narcissique idéalisée constituée lors de la création de leur couple.

III. Cadres psychanalytiques de la thérapie du couple

▪                Le plus souvent l’échange est uniquement verbal.

▪               Parfois une indication psychodramatique est posée, ce qui donne une place essentielle au jeu.

Les psychanalystes, habituellement, proposent des rencontres hebdomadaires ou bi-mensuelles.

Ils invitent le couple à parler librement de leur couple, en couple.

La règle de non-omission, spécifique de la situation psychanalytique individuelle est remplacée ici par une invitation à parler librement plutôt qu’une contrainte à ne rien omettre. La constitution de secrets individuels marquera fréquemment, en effet, la progression de la thérapie du couple. En somme, chacun dit ce qu’il souhaite dire. Il ne s’agit pas ici de la règle du « tout dire », comme dans l’abord individuel. On parlera alors d’association libre verbale du couple.

Lorsque les manoeuvres perverses dans un couple pervers sont massives et fréquentes, nous proposons désormais dans un premier temps des rencontres ponctuelles consacrées au dévoilement des manoeuvres perverses sans donner ainsi une trop grande prise aux agirs envieux du couple envers la situation psychanalytique. C’est éventuellement dans un deuxième temps lorsque de l’angoisse apparaîtra qu’un cadre de rencontres régulières pourra être mis en place.

L’association libre verbale du couple est associée à la règle d’abstinence.

Le couple doit renoncer à l’obtention de conseils, de solutions concernant la réalité quotidienne, au partage de relations privées ou sociales avec le ou les psychanalystes.

La règle de restitution oblige l’analyste à restituer le contenu de ce que pourrait lui dire entre les séances un des membres du couple.

Seul le couple sera reçu. Il n’y a pas de rencontre individuelle.

IV. Indications

Dans une famille, les indications de thérapie de couple ont lieu lorsque les difficultés relationnelles rencontrées sont localisées essentiellement au couple.

Le couple reconnaît que le dysfonctionnement se situe à son niveau. Il s’agit le plus souvent :

* de conflits verbaux ou physiques avec parfois désirs de séparation ;

* de dépression avec perte des désirs sexuels ;

* de troubles sexuels apparu après la naissance d’un enfant ;

* d’angoisses catastrophiques : l’un des partenaires se sent étouffé par l’autre qui se sent

lui-même abandonné.

* de crainte de passage à l’acte meurtrier dans le couple associé à des passages à l’acte  incestueux envers les enfants.

* l’un des partenaires se plaint des agirs d’emprise incessants de l’autre.

V. Structure des différents types de couple

* Les relations perverses narcissiques sont fréquentes avec leur cortège de manoeuvres sado-masochiques et de provocation, de manoeuvres de séduction mensongère, de disqualification de tous ordres, d’injections d’angoisse et de manoeuvres confusionnantes. Rappelons, à cette occasion, le très bel ouvrage de Maurice Hurni et Giovanna Stoll qui traite du lien pervers dans le couple ( « La haine de l’amour ») et de la tension intersubjective perverse.

Ici le travail interprétatif doit être précédé d’un travail de dévoilement des manoeuvres perverses, de telle façon qu’une certaine quantité d’angoisse nécessaire au travail analytique apparaisse.

Ces manoeuvres d’emprise paradoxale jouissives empêchent dans un premier temps l’établissement d’un cadre de rencontres régulières.

Alors le couple occupe volontiers une position narcissique phallique : c’est la relation dominant-dominé qui est investie préférentiellement. Une lutte pour la possession d’un pénis imaginaire tout-puissant fait rage.

* L’association d’une organisation psychotique chez l’un des partenaires et d’une organisation perverse chez l’autre est aussi un cas de figure fréquent.

* Quelques soient les structures individuelles des partenaires les phénomènes paradoxaux sont fréquents ainsi que les manoeuvres perverses.

VI. Les transferts

Nous distinguons trois catégories d’objets dans les thérapies collectives : l ‘objet-individu, l’objet-couple et l’objet-groupe.

Voici résumées les différentes figures transférentielles :

* le transfert groupal global sur le groupe thérapeutique comme objet transférentiel : un des partenaires ou bien les deux partenaires du couple transfèrent sur le groupe thérapeutique (couple et psychanalystes) comme objet ;

* le transfert groupal central du couple sur le ou les analystes : ici l’objet transférentiel est le ou les analystes. Le couple comme unité transfert sur le ou les analystes.

* les transferts latéraux entre partenaires du couple.  

Bibliographie

D.ANZIEU: « Créer, détruire », Dunod, Paris, 1996

D. ANZIEU, A. BEJARANO, R. KAES, A. MISSENARD, J.-B. PONTALIS : « Le travail psychanalytique dans les groupes », Dunod, Paris, 1975

J.-P. CAILLOT : « Le faux et le renversement générationnel », Revue «Gruppo n° 8», Apsygée, Paris, 1992

J.-P. CAILLOT : Envie , sacrifice et manœuvres perverses narcissiques , RFP , n° 3 , 2003, Paris , P.U.F.

J.-P. CAILLOT et G. DECHERF : « Thérapie familiale psychanalytique et paradoxalité », Clancier – Guenaud, Paris, 1982

« Psychanalyse du couple et de la famille », Apsygée, Paris, 1989

A. EIGUER : « Clinique psychanalytique du couple »,  Dunod, Paris, 1998.

S. FREUD : « Totem et tabou» ,1912

« Pour introduire le narcissisme », 1914

« Psychologie des masses et analyse du moi », 1921

M. HURNI et G. STOLL : « La haine de l’amour », L’Harmattan, Paris, 1996

R. KAES : « Pacte dénégatif et alliances inconscientes », dans  « Autour de l’inceste », Editions du Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale, Paris, 1999

J.-G. LEMAIRE : « Les thérapies du couple », Payot, Paris, 1971

P.-C. RACAMIER : « Le génie des origines », Payot, Paris, 1992

«Cortège conceptuel», Apsygée, Paris, 1993

A. RUFFIOT : « La thérapie familiale psychanalytique », Dunod, Paris, 1981

VOCABULAIRE DE PSYCHANALYSE GROUPALE ET FAMILIALE, tome 1, sous la direction de Jean-Pierre CAILLOT, Simone DECOBERT et Claude PIGOTT, Editions du Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale, Paris, 1998

       VOCABULAIRE DE PSYCHANALYSE, J. LAPLANCHE et J.-B. PONTALIS, Paris,

PUF, 1967

    
 

Gérard Le Goues


Psychanalyse du sujet vieillissant

Historique

Le vieillissement psychique

Les époques

Le travail psychanalytique

But et limites du travail tardif

Bibliographie

 

Historique

Selon Gérard Dedieu-Anglade, véritable pionnier de l’approche psychanalytique des névroses de l’âge, en France, et lecteur méticuleux des auteurs qui l’avaient précédé, l’histoire des idées passe par plusieurs phases.

La première correspond naturellement à la façon dont Freud lui-même a engagé le débat, bientôt suivi de Ferenczi puis d’Abraham. Dans ses écrits techniques, Freud tient des propos pessimistes puisque : «…les personnes ayant atteint ou dépassé la cinquantaine ne disposent plus, estime-t-il, de la plasticité des processus psychiques sur laquelle s’appuie la thérapeutique – les vieilles gens ne sont plus éducables – et, en outre, la quantité de matériaux à défricher augmente indéfiniment la durée du traitement.» Position radicale, que Ferenczi a accentué plus encore : « l’homme a tendance, en vieillissant, à retirer les “émanations de sa libido” des objets de son amour, et à retourner sur son Moi propre l’intérêt libidinal dont il dispose probablement en moindre quantité. Les gens âgés redeviennent comme des enfants, narcissiques, perdent beaucoup de leurs intérêts familiaux et sociaux, une grande partie de leur capacité de sublimation leur fait défaut, ils deviennent cyniques, méchants et avares ; autrement dit leur libido régresse à des étapes prégénitales du développement et prend souvent la forme franche de l’érotisme anal et urétral, de l’homosexualité, du voyeurisme et de l’onanisme.» Une opinion infiltrée de considérations fondées sur la culture. Car notre identité, notre capacité à conserver une intégrité physique passent aussi par notre échange avec autrui : celles-ci ne peuvent être conservées sans un échange régulier avec autrui. Si la culture considère que le sujet vieillissant n’a plus beaucoup d’intérêt pour elle au delà de cinquante ans, celui-ci n’a plus d’autres choix que de se replier sur lui-même. Aujourd’hui les données culturelles changent ne serait-ce que sous la pression démographique, ainsi qu’en vertu de l’amélioration de la qualité de la vie tardive.

Mais en 1920, il fallut toute l’autorité d’Abraham pour redresser ces jugements réservés, ou trop défavorables, toute la souplesse aussi du disciple qui évite de contredire le maître quand il décide de lui opposer une opinion différente, pour ne pas dire contradictoire : «Dans le travail cité, écrit-il ­ la conférence ci-dessus ­ Freud considère qu’un âge trop avancé limite l’efficacité de la psychanalyse. D’une façon générale, c’est indubitablement exact. Il était d’emblée vraisemblable qu’avec le début de l’involution psychique et physique, l’individu ne renoncerait pas à une névrose qui l’avait accompagné toute sa vie. Mais l’expérience analytique quotidienne nous apprend à ne pas appliquer des normes rigides. Elle nous prévient d’aborder l’élucidation ou le traitement des états nerveux avec des idées préconçues. Aussi bien avons nous pu convaincre de l’accessibilité de certaines maladies mentales à la méthode psychanalytique dont l’incurabilité était un dogme de la psychiatrie. C’est pourquoi il semble injuste de dénier toute possibilité thérapeutique concernant les névroses d’involution. La psychanalyse en tant que science a bien plutôt à chercher si sa méthode curative peut donner des résultats à un âge tardif et dans quelles conditions.»

À la suite d’Abraham, des successeurs lui emboîtèrent le pas. Par exemple, M.R. Kaufman pour qui les vues pessimistes de Freud sur la durée infinie du traitement étaient infondées. L’interprétation gagne à se centrer sur les conflits de l’enfance réactivés par le vieillissement. Ou encore M. Grotjahn pour qui le travail avec les personnes âgées comporte des aspects positifs comme la baisse des résistances à accepter une interprétation. Ou aussi ceux de F.G. Alexander qui insiste sur la nécessité d’adapter la psychanalyse aux patients et non l’inverse. L’essentiel au cours d’un travail analytique consiste à renforcer le Moi, d’où l’intérêt de mettre au point le protocole qui le permet, et non l’inverse.

Parmi eux, J.A.M. Meerloo offre les fruits d’une large expérience clinique, commencée en Hollande, poursuivie aux USA. Meerloo insiste sur le fait que consacrer du temps à une personne vieillissante qui souffre d’un déficit narcissique lui permet non seulement de rompre un isolement préjudiciable à son équilibre libidinal, mais mieux encore favorise l’engagement d’un jeu transférentiel important et rapide, fait économique qui mérite d’être souligné.

À la fin des années cinquante c’est Hanna Segal qui s’engage nettement plus loin en faveur de l’analyse : elle montre comment la cure permit à un patient de 71 ans de reprendre des activités normales et surtout d’accéder pour la première fois de son existence à un réel sentiment de maturité.

Aux USA, N. Zinberg constate à propos des cas présentés que le système psychique a tendance à se réorganiser avec l’âge : le refoulement s’affaiblit, la tendance à la régression s’accroît. S. Levin pense que les personnes âgées qui s’ennuient, qui se laissent aller à l’apathie ont des difficultés pour redistribuer leur libido, pour sublimer. Mais il insiste sur le fait qu’une activité réduite ne signifie pas pour autant que la libido soit diminuée. Le repli sur la libido narcissique est jugé néfaste. En 1970, H. Hiatt note après quinze années de pratique avec des personnes âgées que celles-ci ont des problèmes sensiblement comparables à ceux des adolescents. Mais les sujets vieillissants manifestent pour le travail analytique un intérêt nettement plus fort et plus soutenu que les sujets jeunes.

En France, c’est Claude Balier qui en 1976 relança le débat de la psychanalyse tardive. Il fut l’un des premiers à mettre l’accent sur les altérations du narcissisme au cours du vieillissement à partir de l’observation de dépressions sans culpabilité, fortement marquées par un sentiment de dévalorisation. Depuis, un nombre croissant de travaux ont été publiés, notamment dans la Revue Française de Psychanalyse. Tout récemment, dans le cadre de conférences analytiques données annuellement à Sainte Anne, Gérard Dedieu-Anglade, Henri Danon-Boileau, Gérard le Gouès et Paulette Letarte ont relancé le débat de l’analyse tardive en développant les thèmes du contre-transfert, de la sublimation, du narcissisme et de la sexualité du senior devant un public de plus en plus nombreux et de plus en plus participant. Les idées et la pratique font désormais leur chemin.

 

Le vieillissement psychique

Le vieillissement psychique n’est pas un événement comme la naissance, mais un processus lent et progressif comparable à celui de la croissance, et à certains égards au symétrique inverse de la croissance. On peut lui assigner un début puisque ce vieillissement commence au moment où le fantasme d’éternité rencontre une limite jusque-là ignorée par la libido, dès que ce fantasme est mise à mal par l’apparition d’un fléchissement durable, que ce fléchissement soit une baisse de séduction chez la femme ou une réduction de puissance chez l’homme.

Le fantasme d’éternité consiste à penser que la mort ne nous menace pas vraiment, comme si la mort n’était qu’un malheur arrivant aux autres. Ce fantasme est alimenté par la conviction narcissique du moi en son immortalité : le moi dès l’origine se pose comme s’il était impérissable – à l’instar de l’inconscient dont il est issu et où il reste partiellement plongé – tant qu’il n’a pas suffisamment reconnu la castration qui l’oblige à s’admettre périssable, c’est-à-dire engagé dans une expérience limitée.

Le début du vieillissement peut en conséquence être situé à mi-vie, en articulation avec la crise du milieu de la vie. La crise du milieu de la vie a été décrite par Elliot Jaques. Elle correspond à l’arrivée sur la scène mentale d’une nouvelle donnée : celle de notre inéluctable finitude. Cette nouveauté déstabilise l’économie de la vie sexuelle. Par exemple, la génitalité corporelle et la génitalité psychique cessent d’avoir le même destin : la génitalité corporelle diminue avant la génitalité psychique. Ce décalage temporel crée un écart dans le Moi du sujet vieillissant, un écart qui ébranle son narcissisme jusqu’à provoquer des troubles de l’identité, en particulier lorsque les performances corporelles ne sont plus au rendez-vous du désir comme elles l’étaient auparavant. C’est la prématurité du vieillissement corporel par rapport au vieillissement psychique qui engage l’expérience de terminaison.

L’ expérience de terminaison affecte l’appareil psychique de plusieurs façons. Au cours de la jeunesse et de la vie adulte, l’illusion développementale qui entourait nos perspectives de croissance nous donnait à espérer que nous finirions bien par obtenir ce que nous désirions, si ce n’était aujourd’hui ce serait demain. Or, à mi-vie cette illusion est altérée par une nouvelle épreuve de réalité. En effet, ce qui n’a pas été vécu, perd progressivement ses chances de l’être un jour. L’avenir se rétracte en peau de chagrin. Le manque commence vraiment à manquer, sans espoir de satisfaction, même différée. Jusque là on pouvait à la rigueur jongler avec la castration, faire comme si celle-ci était évitable, au moins jusqu’à un certain point. A présent, il faut vraiment vivre avec elle. Lorsque l’âge des artères se met à compter, les fantasmes installés par nature dans l’intemporalité, sont contrecarrés par une réalité de plus en plus défavorable. La toute puissance infantile perd les moyens de son ambition.

Le vieillissement impose au Moi une nouvelle épreuve de réalité. Pour le sujet vieillissant, l’arrivée de l’irréversible sur la scène mentale associé au vécu de baisse de performances induisent un sentiment de déclin, d’engagement sur une pente de descente.

Métapsychologiquement, le vieillissement est un processus de mise en tension du Moi d’avec le Ça. Parce que le Moi sait qu’il va mourir, face au Ça qui l’ignore, l’appareil psychique entre dans un conflit de finitude, un conflit topique. Ce conflit inhérent à la seconde moitié de la vie se caractérise par une mise en tension d’un Moi qui reconnaît, au moins partiellement, son vieillissement et sa mort annoncée, avec un Ça installé par essence dans l’intemporalité. Le conflit se joue à partir du degré de reconnaissance de la finitude et du désir d’éternité, et réciproquement. Ce conflit topique se déroule sur un fond d’épreuve de réalité constituée par une baisse de performances et une lente diminution du plaisir à vivre. C’est dire combien la solidité du Moi est ici fortement sollicitée ; c’est de cette solidité – et a contrario de sa faiblesse- que dépend l’organisation à long terme de la pente psychique du vieillissement.

 

Les époques

Cliniquement, le sujet vieillissant situé à mi-vie et le grand vieillard en fin de vie ne se soignent pas, psychiquement, de la même façon. Des écarts importants les séparent ; leurs niveaux d’efficience, leurs ressources sont très différents. En tenant compte de ces écarts on est conduit à distinguer, empiriquement, quatre catégories de patients : celle de l’adulte vieillissant, celle de l’adulte vieux, celle du vieillard, puis celle du vieillard malade physiquement.

L’adulte vieillissant entre dans la carrière à mi-vie, quand il découvre que l’envie de repousser la question de sa fin à plus tard – comme il l’avait souvent fait jusque là – est sérieusement combattue par le constat qu’il a déjà vécu la moitié de son existence, et que le temps dont il dispose désormais est plus court que celui qu’il a déjà vécu. Une page se tourne qui oblige à la prise de conscience. Comme Valéry, il constate que “Le temps du monde fini commence“. Mais cette prise de conscience peut toujours être contrariée par une mise en jeu de mécanismes de défense, notamment le refoulement, la dénégation voire le déni.

L’adulte vieux se place à son tour entre deux niveaux interactifs, entre l’arrêt de son investissement sublimatoire majeur et la durée efficace de l’investissement qui lui succède sous la forme par exemple d’une activité de remplacement. Par activité de remplacement on peut entendre tout ce qui est intervention en seconde ligne allant d’une responsabilité dans un champ de compétence habituel à l’exercice de la grand-parentalité par exemple. L’adulte vieux est un être autonome à qui ses fonctions corporelles et mentales permettent de mobiliser des investissements d’une activité vers une autre. Statistiquement, dans notre hémisphère nord actuel, il se situe généralement entre la mise à la retraite et le virage des 80 ans. Pourquoi 80 ans ? Parce que l’observation clinique révèle l’existence d’un fléchissement assez rapide des capacités mentales au delà de cet âge.

Une sous-catégorie d’adulte vieillissant mérite d’être citée ici : celle de la maturité. La maturité peut se définir comme l’état heureux du sujet qui bénéficie avantageusement de la réduction des tensions psychiques – ce qui lui permet de disposer d’un bonus énergétique pour ses productions mentales – sans souffrir encore d’une réduction de ses performances corporelles et sublimatoires. Les intellectuels et les artistes sont généralement les plus représentés dans cette catégorie, ainsi que les politiques.

Le vieillard est un être fragilisé par une perte notable de ses capacités physiques et mentales. Psychiquement, c’est un être qui s’installe dans le temps présent comme pour retarder l’écoulement du temps qui le conduit vers l’issue fatale. Si par bonheur il a engrangé un bon patrimoine de connaissances et d’expériences, le désir de les mettre en forme, d’en faire le récit ou le commentaire est généralement ce qu’on peut espérer de mieux tant l’activité intellectuelle est encore celle qui réclame le moins d’énergie pour conduire à un résultat acceptable, capable de conforter son narcissisme. Ce vieillard a généralement plus de 80 ans ; sa vie se rétrécit au champ d’expérience compatible avec ses ressources d’aujourd’hui. Tant qu’il échappe à la dépression on peut considérer que sa vie tardive est plutôt réussie. Sa vie relationnelle s’organise alors autour de la conservation des acquis.

Le vieillard malade n’est pas nécessairement plus vieux, civilement, que son contemporain. Pourtant tout se passe comme s’il l’était parce que son existence est alourdie par le handicap physique. La pathologie somatique ajoute à l’usure du temps, au point que sa clinique devient une sorte de clinique psychosomatique obligée. Son état clinique le situe dans une catégorie particulière, transitoirement ou définitivement. Toutefois, il faut noter que ce vieillard malade, somatiquement diminué, ne représente pas plus de 20% des sujets âgés. Ce qui veut dire que 80% de nos seniors connaissent aujourd’hui un vieillissement ouvert sur pas mal de possibles.

Psychiquement, ces quatre catégories vieillissantes se chevauchent un peu ; leurs limites ne sont jamais absolues. Dans chacune d’elles, l’important consiste à évaluer pour un sujet donné ce qui pèse le plus sur son psychisme : ou l’activation d’une conflictualité ancienne que l’analyste peut espérer libérer par une interprétation du transfert, ou l’actualité d’une souffrance qu’il cherchera d’abord à réduire par une position contenante. L’essentiel consiste à évaluer quel type de parcours analytique le patient est encore capable d’effectuer, de façon à ce que cet effort lui soit d’abord utile.

Ainsi les deux premières catégories relèvent plutôt de la d’une cure type, les deux autres exceptionnellement au point qu’on préférera pour elles une psychothérapie analytique ajustée.

 

Le travail psychanalytique

Auprès de jeunes adultes, voire d’enfants, souffrant de conflits névrotiques les psychanalystes sont habitués à rechercher l’origine des troubles névrotiques dans la réactivation d’un conflit précédent. La découverte et la compréhension du passé leur permettent d’éclairer la conflictualité d’aujourd’hui à partir de l’analyse du transfert ; ils proposent une compréhension selon une perspective génétique.

Auprès d’adultes présentant des défaillances de la psyché, ils portent leurs efforts sur les instances dont l’insuffisance est jugée responsable de somatisations, comme en clinique psychosomatique ; ils choisissent alors une approche structurale.

Les sujets vieillissants dont les troubles appartiennent aux groupes précédents, nous apprennent néanmoins à privilégier une troisième voie : puisque le temps des restructurations mentales est passé, que l’enquête génétique serait interminable ainsi que l’avait bien vu Freud, mieux vaut porter les efforts analytiques sur le processus lui-même, c’est-à-dire sur la vie mentale d’aujourd’hui. Autrement dit, au cours de la seconde moitié de la vie du patient – mais aussi de la seconde moitié de la vie de l’analyste – l’ambition thérapeutique se centre d’abord sur le présent, sur la vie mentale telle qu’elle est relancée par le jeu transférentiel, tout en visant les interprétations génétiques et structurales encore possibles.

Pour l’abord psychique du vieillard, et du vieillard malade, les paramètres de la cure sont remis en cause parce qu’un changement majeur survient dans l’économie psychique du patient. Le sujet vieillissant a beau savoir, intellectuellement, qu’il faut abandonner le rêve d’éternité, une chose est de le savoir, une autre est de l’accepter. Une fin sexuelle ou professionnelle, la perte d’un compagnon coûtent cher à l’économie psychique, d’autant plus cher que les capacités d’investissement se sont déjà érodées à bas bruit. Le sujet vieillissant manque de fonds propres. Sa vie mentale se crispe sur le présent, ou sur un passé idéalisé, tellement que l’analyste n’a souvent pas d’autre choix que de travailler la situation actuelle, que de rechercher les moyens de la contenir plutôt que d’interpréter une conflictualité irrecevable à ce moment-là.

Ce faisant, l’analyste opère un changement de plan. D’habitué qu’il était à axer son travail sur l’interprétation de la conflictualité, source principale de la souffrance névrotique du sujet jeune ou moins jeune, il découvre que la situation vieillissante l’incite d’abord à aider le patient âgé à vivre jusqu’au bout. Pour atteindre son objectif, il doit investir d’emblée et solidement les processus mentaux de son patient vieillissant tels qu’ils sont dans l’actualité de la séance. Ensuite, si l’évolution le permet, c’est-à-dire si le patient investit à son tour ses propres mouvements psychiques, l’analyste pourra s’autoriser des incursions dans l’histoire du patient. Ces incursions sont pertinentes dans la mesure où elles sont bien supportées par le patient, tant qu’elles ne menacent pas son équilibre actuel, et parce que l’analyste a de bonnes raisons de penser que l’interprétation d’un conflit ancien sera réductrice de souffrance. Une opération plus difficile à réussir qu’on ne le pense car le patient qui vit une castration réelle – et pas seulement fantasmatique – en inflige une autre à l’analyste. En sorte que l’analyse du contre-transfert devient aussi l’analyse d’une castration analytique.

 

But et limites du travail tardif

Comme nous venons de le voir, un certain travail psychique est possible, malgré l’âge du patient dès que l’analyste a pu lever en lui-même la résistance qui lui faisait considérer la clinique tardive comme un obstacle infranchissable. Car, les patients vieillissants, même très âgés, peuvent être secourus tant qu’ils conservent une appétence pour la vie mentale. Une appétence d’autant plus porteuse de capacité relationnelle que leur structure mentale antérieure les y portait déjà, et d’autant plus facile à relancer qu’un travail analytique précédent l’avait déjà développée. En ce sens, l’âge de la souplesse associative et celui des défenses compte plus que l’âge du patient.

Le psychanalyste de la seconde moitié de la vie est aidé dans son travail par la capacité du patient à rêver, à s’intéresser à ses rêves, à associer autour du récit des rêves, à tirer parti des commentaires proposés dans le transfert. Car avec l’avancée en âge du patient, le psychanalyste travaille plus dans le transfert que sur le transfert lui-même. Cette limite technique peut-être jugée irritante par un analyste jeune, impatient de mettre en œuvre sa puissance analytique toute neuve. Néanmoins, cette limite technique n’est pas trop frustrante pour l’analyste confirmé tant qu’il peut retrouver de l’infantile dans l’inconscient de son patient.

Chaque fois qu’un jeu transférentiel s’instaure bien, l’analyste peut aider le patient à regagner quelques points dans son niveau d’organisation habituel, puis à les conserver plus longtemps. Ce qui importe, pour le clinicien, c’est de se doter des moyens psychiques qui lui permettent de rester auprès de son patient âgé sans trop s’appauvrir, ni se déprimer. Sans quoi l’aventure sera désastreuse pour chacun des protagonistes. Le courage ne suffit pas, il faut rechercher les conditions d’une relance créatrice, même discrète afin que les protagonistes produisent le carburant narcissique nécessaire à l’entreprise. Alors ils pourront examiner ensemble, sans trop d’effroi, comment se conjuguent encore Eros et Thanatos.

 

Bibliographie

Abraham K., Le pronostic du traitement psychanalytique chez les sujets d’un certain âge, in Œuvres Complètes, t.2,(1913-1925), Paris, Payot, 1966, pp 92-96.

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Dedieu-Anglade G., Psychothérapie des troubles psychonévrotiques au cour du vieillissement, E.M.C., Paris, Psychiatrie, 37541, A10, 10-1981.

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King P., The life cycles as indicated by the nature of the transference in the psychoanalysis of the middle-aged and elderly, in : International Journal of Psychoanalysis, 1980, 61, pp 153-160

Le Goues G.
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Simburg E. J., Psychoanalysis of the older patient, J. of the Amer. Psychoanalytic Association,1985, t.35, n°1, pp 93-115.

    
 

Claude Balier

La psychanalyse et les « agirs »

Historique

Conceptualisation

Cadre nosographique

Thérapeutique

Bibliographie

 

 

Le terme « agirs » est employé ici dans le même sens que « actings » ou « passages à l’acte », soit une substitution de la pensée par l’acte. Une confusion a toujours existé entre l’action, ou mise en acte de la pensée et réalisation d’un acte pour remplacer le travail de mentalisation.

P.L. Assoun (1985), en étudiant l’acte chez Freud, remarque qu’il n’a pas été réellement traité en tant que tel, le souci de Freud étant de le rattacher aux mouvements psychiques sous-jacents. Il est beaucoup plus question de l’action comme aboutissement des motions pulsionnelles après l’intervention du travail psychique. C’est la définition de « l’action spécifique » par laquelle une excitation sexuelle se transforme soit en poussée et décharge accompagnée de satisfaction lorsqu’elle rencontre l’objet, fût-ce de façon hallucinatoire, soit en angoisse lorsqu’elle en est empêchée par des processus internes.

Pour cet auteur, on retrouve les actes sous forme d’actes symptômes comme expression de motivations inconscientes, ou d’actes-répétition animés par la compulsion de répétition (reprises d’un traumatisme initial) ; quant aux actes du pervers, ils tendent à annuler toute intériorité.

 

Historique

L’ambiguïté demeure dans les diverses appellations entre action et acte, de même entre réalisation du fantasme et comportement. J. Laplanche et J-B. Pontalis, dans leur « Vocabulaire » (1967), traduisent le terme « Agieren » utilisé par Freud à plusieurs reprises par « mise en acte » en soulignant la forme transitive de transformation de la pulsion en acte. « Acting out » a prévalu longtemps du fait que les anglo-saxons se sont préoccupés très tôt des formes pathologiques proches de la psychose se manifestant par des troubles du comportement. « Out » étant utilisé dans le sens « sortie de soi » et non hors de la cure comme on le comprend souvent, de sorte qu’une distinction entre « acting in », se manifestant dans la cure et « acting out », en dehors, n’est pratiquement plus utilisé.

En 1967 le rapport de J. Rouart au congrès des psychanalystes de langues romanes, intitulé : « ”Agir” et processus psychanalytique », traduit le souci de demeurer au plus près de la clinique de la cure. Il distingue en effet les actings en rapport avec l’inconscient et avec le transfert, de ceux qui entrent dans la catégorie des troubles du comportement, plus souvent étudiés d’ailleurs par les auteurs anglo-saxons.

Le congrès de 1986 sur « Fantasme et action », titre du rapport de M. Perron-Borelli et R. Perron (1987) traduit la même préoccupation. Cependant le terme « passage à l’acte » est plus communément employé en France à partir de cette époque.

Ce désir de « coller » à la cure pourrait bien venir de la nécessité de se différencier ou, en tout cas, de ne pas entretenir de confusion avec la pratique de la psychiatrie dont le terme « passage à l’acte » fait référence à de nombreux troubles du comportement baptisés parfois un peu trop facilement « psychopathie.»

Reste par ailleurs le problème de la démarcation avec la criminologie. Lors d’un congrès publié en 1949, Anna Freud a opposé les actings out des névrosés à ceux des délinquants, des toxicomanes et des déséquilibrés.

Lors du congrès de criminologie à Rome, en 1950, S. Lebovici, P. Mâle et F. Pasche, (1951) ont publié dans la revue française de psychanalyse un texte sur « Psychanalyse et criminologie.» Ils ont souligné, entre autres choses, la nécessité de ne pas confondre fantasmes et actes. Le crime d’Œdipe, fondement de la théorie analytique, est de l’ordre du fantasme, de la construction psychique et n’est pas à transposer purement et simplement pour expliquer le parricide.

De nombreux auteurs, par ailleurs, ont tenté de cerner la personnalité du criminel, en mettant l’accent, notamment sur le fonctionnement de type narcissique.

On peut dire, en définitive, que les diverses dénominations des agirs recouvrent chacune une conceptualisation de l’acte et trahissent le souci de séparation des disciplines de pensée avec la crainte pour chacune d’elles, de perdre ses bases de références. L’acting out a été pendant longtemps et reste encore un terme souvent utilisé en psychanalyse. Le passage à l’acte nous vient de la psychiatrie, celle-ci ayant à cœur de le rattacher à une pathologie dûment répertoriée (DSM IV et CIM 10). « Trouble du comportement » est un terme plus volontiers employé pour désigner les faits délinquants de nature agressive, fussent-ils de nature pathologique au sens psychiatrique du terme.

 

Conceptualisation

Intervenant lors du rapport de J. Rouart, M. de M’Uzan (1977) a établi une distinction claire entre ce qu’il a appelé des actings out « directs » et « indirects », les seconds se rapportant à la névrose de transfert, les premiers ayant trait aux névroses de comportement et de caractère, les psychopathies et certaines affections psychosomatiques. L’analyse métapsychologique de ces deux états proposée par M. de M’Uzan restera à mon sens un repère fondamental pour les travaux ultérieurs sur ce sujet.

Si les « actings out indirects » demeurent dans le champ de la réalisation libidinale, recherche répétée donc du plaisir, les « actings out directs » sont marqués par la nécessité de la décharge, la prévalence de l’économique, la pauvreté du symbolique et la valorisation du perceptif (on reconnaît là l’esprit des travaux de l’auteur sur l’organisation psycho-somatique avec P. Marty). L’acting n’est pas l’équivalent d’un souvenir mais plutôt la trace d’une action, en référence à une situation ancienne réelle et réactualisée.

Vingt ans plus tard, lors d’une discussion dans un séminaire de perfectionnement, d’après A. Barbier (1987), M. de M’Uzan aurait assoupli sa position après une discussion avec J. Chasseguet-Smirgel pour laquelle l’économique pur n’existe pas en tant que traduction de l’excitation et qu’il y a toujours un sens.

Cependant dans son texte « les esclaves de la quantité » (1994) M. de M’Uzan, en reprenant le thème de la prévalence de l’économique, écrit : « En fait, ce que l’on croit découvrir dans l’acte n’est qu’un ajout, introduit secondairement et souvent dépendant de l’environnement socio-culturel » (p. 161).

J. Chasseguet-Smirgel (1987) elle-même fait de toutes façons référence aux manifestations d’une structure précoce, ce qu’elle appelle « la matrice archaïque du complexe d’Œdipe » pour expliquer le recours à une « voie courte » de décharge, applicable aux actings out, à la perversion, à l’idéologie de toute-puissance (« activisme politique » par exemple), et à la délinquance, plutôt qu’à l’élaboration.

Ces diverses réactions nous amènent à nous préoccuper davantage de la nature des processus en cause dans les agirs : traumatisme initial, compréhension de la répétition, qualité de la décharge, places de la perception et de la représentation, modalités des motions pulsionnelles.

 a.   Les traumatismes

De nombreux auteurs ont travaillé sur la notion de traumatisme, puisqu’elle jalonne toute la théorie psychanalytique. Appliquée d’abord à la formation de la névrose hystérique, elle a été renouvelée par Freud dans « Au-delà du principe de plaisir », où l’on trouve la conception de la « névrose traumatique » marquée par la répétition ayant pour finalité de retrouver le premier traumatisme et tenter ainsi d’établir des liaisons. La nature du traumatisme est essentiellement d’ordre économique : un surcroît d’excitation réalisant une effraction du Moi. Cependant ce surplus d’excitation non intégrable peut être provoqué par des événements produisant un choc ou au contraire, paradoxalement, par un non-évenement créant un vide dans la psyché.

Ainsi C. Janin (1996), distingue un « noyau froid » du traumatisme caractérisé par le non-respect des besoins de l’enfant, à l’origine d’une atteinte narcissique et un « noyau chaud », dans lequel intervient un certain degré de sexualisation, deuxième temps du traumatisme, pouvant masquer le premier.

Les psychosomaticiens se sont évidemment intéressés à la nature des traumatismes. On peut, d’une certaine manière, rapprocher la décharge de l’excitation non élaborable selon une voie somatique, de celle réalisée par les comportements.

J. Press (1999) a repris à son compte la notion » d’état traumatique » utilisée par les psychosomaticiens. Pour cet auteur il s’agirait d’une excitation provoquée par une non-inscription, donc d’un irreprésentable, créé par l’absence de réponse de la part de l’objet à un mouvement pulsionnel. L’atteinte narcissique est alors de l’ordre de l’effondrement. L’état traumatique est à distinguer de la névrose traumatique donnant lieu à un certain travail d’élaboration.

b.   Passage à l’acte ­ recours à l’acte

Ces divers travaux confirment les sens différents que j’ai été amené à donner aux agirs en étudiant les comportements violents en relation avec la délinquance (Balier 1988 ­ 1996). J’ai distingué en effet ceux qui traduisaient une certaine élaboration psychique comme, par exemple la fétichisation de l’objet que l’on constate chez les pédophiles, ou la substitution des objets parentaux à travers les multiples provocations réalisées par les psychopathes. Par ailleurs j’ai identifié de nombreux cas de violences, souvent extrêmes, revêtant en tout cas un caractère impulsif ou un besoin impérieux, comme une réponse de survie à une atteinte narcissique de l’ordre de l’effondrement (« agonie primaire » de Winnicott).

On peut alors, en tenant compte des processus sous-jacents conduisant à une mise en acte, discerner, parmi les agirs, les passages à l’acte qui contiennent malgré tout une certaine forme de mentalisation confirmée d’ailleurs par la tentative de liaison dans la répétition (Au-delà du principe de plaisir) et les recours à l’acte, dont la seule expression est une manifestation de toute-puissance face à un objet externe susceptible de réveiller le traumatisme irreprésentable et suscitant ainsi une menace d’anéantissement. En dehors de l’acte, le sujet est protégé par le clivage et le déni de réalité. J’ai proposé le viol comme modèle du recours à l’acte (Balier ­ 1997), en le réintégrant dans la sphère des graves perturbations du développement psychique, alors que la psychiatrie méconnaît complètement son caractère pathologique. D’une manière générale la psychiatrie ignore d’ailleurs le clivage que la psychanalyse a identifiée comme l’une des défenses primaires contre l’angoisse, en deçà du refoulement.

c.    Le processuel

Dès lors, en considérant l’atteinte narcissique du « traumatisme froid », marquée par le déferlement d’une excitation dont la source demeure du domaine de l’irreprésentable, on voit bien qu’on ne pourra pas travailler, dans le cadre d’une approche analytique, avec les représentations. Il faudra par contre s’attacher à la reconstruction des processus. C’est la voie ouverte et suivie par S. et C. Botella, qui écrivent en 1995 : « Le processuel représente pour nous la possibilité d’étudier le mouvement psychique en lui-même, indépendamment des contenus représentationnels » (p. 353). Cette voie, poursuivie par les auteurs qui s’attachent à comprendre les tous premiers développements de la psyché, dégage donc des perspectives thérapeutiques pour des syndromes jugés jusque là inabordables.

On perçoit en même temps le cheminement du mouvement psychanalytique vis à vis des agirs : hanté d’abord par la crainte de s’aventurer hors la cure, il a progressivement attribué une fonction spécifique à l’objet que Freud craignait de lui reconnaître aux dépens de la pulsion (Green, 1999), puis il a approfondi toujours plus avant le jeu des processus sous-tendant l’accès aux représentations sans forcément passer par celles-ci. Une telle perspective convient particulièrement à la pathologie psychosomatique et à la pathologie comportementale, chez lesquelles le système représentatif est défaillant. On remarquera au passage le rapprochement entre les deux pathologies.

Cadre nosographique

Il est imprécis et extensif, comprenant diverses formes pathologiques marquées par un défaut d’élaboration psychique et le recours à une modification de la réalité externe.

Il a d’abord été fait référence aux névroses actuelles caractérisées, pour Freud, par la préeminence des conflits actuels sur ceux d’origine infantile. Le terme névrose ne rendant pas compte de la défaillance d’organisation interne lorsqu’il est question d’agirs répétés, on a proposé à plusieurs reprises celui de « psychose actuelle.» De même on a utilisé celui de « psychose de caractère » au lieu de « névrose de caractère.»

La « névrose traumatique » garde évidemment droit de cité, surtout en fonction des caractères que Freud lui a assignés dans « Au-delà du principe de plaisir » : compulsion de répétition et absence d’élaboration.

La psychopathie est l’exemple même du passage à l’acte répété avec défaut de mentalisation, illustré par l’expression « empreinte en creux » de Flavigny.

Chaque catégorie nosographique de la psychiatrie peut donner lieu à un passage à l’acte, dirigé contre soi-même (suicides) ou contre l’autre (meurtre délirant ou parricide du schizophrène par exemple). Les perversions sexuelles répondent dans l’ensemble à une fétichisation de l’objet. Le degré de mentalisation est variable et demande à être apprécié. J. Mac Dougall (1996) a montré qu’un travail proche de la cure peut être effectué dans un certain nombre de cas. Elle les fait entrer d’ailleurs dans un cadre plus vaste de « conduites addictives.»

La perversion de caractère utilise le plaisir à mettre l’autre en échec, à des fins de restauration narcissique. Le triomphe narcissique culmine au prix d’une véritable destruction de l’autre dans la « perversion narcissique », ainsi appelée par P.C. Racamier (1992).

La délinquance n’est pas une pathologie en elle-même. Mais on a vu que les comportements violents peuvent faire l’objet d’une analyse métapsychologique.

Les agirs des adolescents représentent un cas particulier. Les auteurs ont souligné la fragilité de l’identité à cet âge et la peur des représentations du monde interne.

R. Cahn (1987), distingue deux cas de figure :

▪   les adolescents dont les actings traduisent une peur de perte d’objet en rapport avec leurs difficultés d’accéder à la position dépressive. L’acting est manière de s’affirmer. C’est en somme ce que j’ai appelé « passage à l’acte.»

▪    à l’opposé, ceux qui sont confrontés à une angoisse de néantisation, une détresse totale, « un gouffre de non-être », qui cherchent à réaliser par l’acte un colmatage urgent du niveau des défenses psychotiques. On retrouve bien la thématique du « recours à l’acte.»

Thérapeutique

La thérapeutique des agirs pose problème au psychanalyste dans la mesure où ils se substituent aux représentations. Aussi, nombre de ces syndromes ont la réputation d’être inaccessibles, sauf aménagements sérieux, à la cure classique.

Cependant j’ai souligné l’intérêt de la position de certains auteurs, et je l’ai défendue moi-même, recommandant de s’adresser directement aux processus qui sous-tendent les représentations. De cette façon, j’ai pu mettre en place un traitement des comportements violents relevant des principes psychanalytiques et impliquant un certain nombre de données :

▪  Utilisation du cadre pénitentiaire pour la mise en place d’un cadre thérapeutique susceptible de développer une fonction de pare-excitations.

▪  Entretiens en face à face avec un engagement actif de la part du thérapeute. Des questions, parfois incisives, auront pour but de transformer les esquives défensives en questionnement sur soi.

▪  Si le principe de neutralité n’est pas remis en cause, C. Parat (1995) parle « d’affect partagé.» Dans le cas présent il ne s’agit pas, bien sûr, de s’apitoyer sur la situation actuelle du sujet, ni de remettre en cause l’action de la loi, mais de percevoir la détresse sous-jacente inhérente au traumatisme initial.

▪  J’ai relaté dans deux articles (Balier 1998) les modalités de la première rencontre et du travail d’élaboration qui s’ensuit. Je les résumerai de la façon suivante : la manifestation d’intérêt de la part du thérapeute pour ce qui est au-delà du récit, doublée d’un léger recul traduisant l’interrogation et le désir de comprendre, réveille la trace de l’objet primaire. Tout se passe alors comme si le sujet se voyait dans le regard de sa mère. De tels entretiens, marqués par l’intensité du face à face, favorisent la production de cauchemars qui indiquent la transposition de la perception à un niveau hallucinatoire. Ainsi se manifeste un premier accès au système représentatif d’un traumatisme initial mis de côté par un clivage.

De son côté, A. Ciavaldini (1999), directeur d’une recherche sur les agresseurs sexuels, a démontré le bien fondé d’une telle attitude puisque la majorité de ces patients, pourtant réputés inaccessibles, ont demandé à bénéficier d’une psychothérapie.

La pathologie des « agirs », lorsqu’elle tend à effacer les représentations, se situe dans le champ de ce que A. Green (1999) a appelé « l’indiscrimination affect-représentations », au même titre, dans un autre domaine, que les somatoses. C’est en quelque sorte une zone limite pour la psychanalyse. Cependant nombre d’auteurs, sans rien renier des principes de base, révèlent qu’ils aménagent le cadre et les pratiques pour venir en aide à des patients dont la mentalisation est pour le moins incertaine. Ainsi s’étend singulièrement le domaine d’action de la psychanalyse.

 

Bibliographie

Assoun, P.L. ( 1985) De l’acte chez Freud. L’équivoque métapsychologique, Nouvelle revue de psychanalyse. N° 31. P. 145 ­ 172

Balier, C. (1988) Psychanalyse des comportements violents, Paris. Puf. Le fil rouge
(1996) Psychanalyse des comportements sexuels violents, Paris. Puf. Le fil rouge
(1998) Rencontre en prison. Revue française de psychanalyse, N° 1, p. 51-62
(1998) De l’acte et son récit à la réalité du sujet. N° 3, p.767-779.

Barbier, A. (1987) L’agir, l’acte et l’action en psychanalyse, Revue française de psychanalyse. N°4 p. 1101-1121.

Chasseguet-Smirgel, J. (1987) « L’acting out », quelques réflexions sur la carence d’élaboration psychique, Revue Française de Psychanalyse, N°4. p. 1083-1099.

Ciavaldini ; A. (1999) Psychopathologie des agresseurs sexuels. Paris. Masson.

Green, A. (1999) Sur la discrimination et l’indiscrimination affect ­ représentation, Revue française de psychanalyse. N° 1. P. 217 ­271.

Lebovici, S., Male, P. et Pasche, F. (1951) Psychanalyse et criminologie, Revue française de psychanalyse. N° 1, p. 30-61.

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Perron-Borelli ; M. et Perron ; R. (1987) Fantasme et action. Rapport au congrès, Revue française de psychanalyse. N° 2. P. 539 ­ 637.

Rouart, J. (1968) « Agirs « et processus psychanalytique. Rapport au congrès, Revue française de psychanalyse. N° 5-6. p. 8

Décès d’Henri DANON-BOILEAU

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La Société psychanalytique de Paris a la tristesse d’annoncer le décès de

M. Henri DANON-BOILEAU, membre de la SPP de 1962 à 2014

survenu le 1er mai 2014.

Les membres de la SPP s’associent à la peine de sa famille et de ses proches.

Société psychanalytique de Paris, 187 rue Saint-Jacques,
75005 Paris.

    
 

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Une formation spécifique à la PEA est incluse au programme scientifique de la COPEA. Elle est prise en charge par la Commission d’Enseignement conjointement avec la COPEA.

 

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Bibliographie générale des textes freudiens (sans les concordances allemandes et anglaises)

  • Cette bibliographie en français des textes de Freud est issue de la collaboration de Hélène Parat (Comité éditoriale des Mono), Cécile Marcoux (BSF) et Coline Meirieu (Secrétaire de rédaction de la RFP et des Mono).
  • Les textes de Freud sont présentés selon les critères issus de la Freud-Bibliographie, publiée en 1989 chez S. Fischer Verlag, la date de la première parution étant donnée entre parenthèses.
  • L’édition française utilisée par les auteurs est complétée par la référence dans la Gesammelte Werke, sous l’abréviation GW. La référence, chaque fois qu’elle existe, aux Œuvres complètes de Freud publiées aux PUF depuis 1989 est indiquée par l’abréviation OCF.P suivie du numéro de tome et de l’année de parution.

  •  Freud S. (1877b) Observations de la conformation de l’organe lobé de l’anguille décrit comme glande germinale mâle, Les évolutions : phylogenèse de l’individuation, trad. fr. Max Kohn , Paris, PUF, 1994.
  • Freud S. (1884e) De la coca, De la cocaïne, trad. fr Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1885a) Contribution à la connaissance de l’action de la cocaïne, De la cocaïne, trad. fr. Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1885b) A propos de l’action générale de la cocaïne, De la cocaïne, trad. fr. Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1885f) Addenda à “De la coca”, De la cocaïne, trad. fr. Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1887d) Cocaïnomanie et cocaïnophobie, De la cocaïne, trad. fr. Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1887e) Compte rendu du livre de Heinrich Obersteiner, “L’hypnotisme : ses aspects cliniques et ses implications médico-légales”. (“Klinische Zeit-und Streifragen”, Vienne, 1887), trad. fr. C. Levy Friesacher et M. Romani, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, n° 1, 1988.
  • Freud S. (1888b) Hystérie, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, Cahiers Confrontation, n° 7, 1982, GW, Nachtragsband, 1987..
  • Freud S. (1888d) Hypnotisme et suggestion, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 6, 1984.
  • Freud S. (1889a) Compte rendu de : FOREL A. – L’hypnotisme, sa signification et son emploi, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 3, 1983, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1890 a), Traitement psychique (traitement d’âme), Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. M. Borch Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, Paris, PUF, 1984 ; GW, V.
  • Freud S. (1891 b), Contribution à la conception des aphasies : une étude critique, trad. C. Van Reeth, Paris, PUF, 1983.
  • Freud S. (1891d) Hypnose, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 6, 1984, GW, Nachtragsband, 1987..
  • Freud S. (1892b) De l’hypnose et de la suggestion : compte rendu, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 3, 1983, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1892-93a) Un cas de guérison hypnotique avec des remarques sur l’apparition de symptômes hystériques par la “contre-volonté”, Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, O. Bourguignon, G. Goran, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1892-94a) Préface à la traduction des “Leçons du Mardi” de Charcot, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 7, 1984, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. et Breuer J. (1893a [1892]) Du mécanisme psychique de phénomènes hystériques : communication préliminaire, trad. fr. F. Kahn, F. Robert, Paris, PUF  OCF., II, 2009, GW, I.
  • Freud S. (1893c) Quelques considérations pour une étude comparative des paralysies motrices organiques et hystériques, Résultats, idées, problèmes, I, Paris, PUF, 1984, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1893e) Les diplégies cérébrales infantiles, Revue neurologique, n° 1, 1893
  • Freud S.(1893f) Charcot, Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, O. Bourguignon, G. Goran, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984, GW, I.
  • Freud S. (1893h) Du mécanisme psychique de phénomènes hystériques, trad. fr. F. Kahn, F. Robert, Paris, Paris, PUF  OCF., II, 2009, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1894 a), Les psychonévroses de défense : essai d’une théorie psychologique de l’hystérie acquise de nombreuses phobies et obsessions et de certaines psychoses hallucinatoires, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1895), Esquisse pour une psychologie scientifique, La naissance de la psychanalyse, lettres à W. Fliess, notes et plans 1887-1902, Paris, PUF, 1956.
  • Freud S. (1895 b), Du bien fondé à séparer de la neurasthénie un complexe de symptômes déterminé, en tant que « névrose d’angoisse », Névrose, psychose et perversion, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1895c) Obsessions et phobies, Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973 ; OCF., III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1895 d), Études sur l’hystérie, trad. fr. A. Berman, pref. M. Bonaparte, Paris, PUF, 1967 ; OCF., II, 2009, GW, I.
  • Freud S. (1895f) Sur la critique de la “névrose d’angoisse”, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, OCF., III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1895g) Deux comptes rendus contemporains sur la conférence “De l’hystérie”, trad. fr. F. Kahn, F. Robert, Paris, PUF  OCF., II, 2009, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1895h) Mécanisme des représentations de contrainte et des phobies, trad. fr. P. Cotet, OCF.P, III, 1989 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1895i) Compte rendu du livre de A. Hegar : “La pulsion sexuée ; une étude médicosociale”, trad. fr. P. Cotet, OCF., III, 1989 ; GW, Nachtragsband.
  • Freud S. (1895j) Compte rendu du livre de P. J. Moebius : “La migraine”, trad. fr. P. Cotet, H. Hildebrand, A. Lindenberg, OCF., III, 1989 ; GW, Nachtragsband.
  • Freud S. (1896a) L’hérédité et l’étiologie des névroses, Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1896b) Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense, trad. fr. J. Laplanche, Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973 ; OCF., III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1896c) L’étiologie de l’hystérie, trad. fr. J. Bissery et J. Laplanche, Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973 ; OCF., III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1897 b), Résumés des travaux scientifiques du docteur Sigmund Freud, Privatdocent : 1877-1897, trad. fr. J. Doron, R. Doron, Paris, PUF, OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1898 a), La sexualité dans l’étiologie des névroses, Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, J. Laplanche, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1898 b), Sur le mécanisme psychique de l’oubli, Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, G. Goran, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1899 a), Sur les souvenirs écrans, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Berger, P. Bruno, D. Guérineau, F. Oppenot, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1900 a), L’interprétation des rêves, trad. fr. I. Meyerson révisée par D. Berger, Paris, PUF, 1980 ; OCF.P, IV, 2003 ; GW, II.
  • Freud S. (1901 a)Le rêve et son interprétation, trad. fr. H. Legros, Paris, Gallimard, 1985 ; GW, I-II.
  • Freud S. (1901 b)Psychopathologie de la vie quotidienne, trad. fr. S. Jankélévitch, Paris, Payot, 1969, GW, IV.
  • (1901c) Notice autobiographique, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, 1973 ; OCF., III, 1989 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1903 a), Compte-rendu de « Combat contre les bacilles du cerveau » de Georg Biedenkapp, trad. fr. A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 [1903]), La méthode psychanalytique de Freud, La technique psychanalytique, trad. fr. J. Altounian, P. Cotet, J. Laplanche, F. Robert, Paris, PUF, 1981 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1904 b), Compte-rendu de « The mystery of sleep » de John Bigelow, trad. fr. A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 c), Compte-rendu de la « La neurasthénie. Sa nature, sa guérison, sa prévention » d’Alfred Baumgarten, trad. fr. D. Hartmann, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 d), Hommes magnétiques, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 e), En mémoire du professeur S. Hammerschlag, trad. fr. D. Hartmann, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 f), Compte-rendu de « Les phénomènes de contrainte psychiques » de Léopold Löwenfeld, trad. fr. A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1905 [1904]), De la psychothérapie, La technique analytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1981 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1905 c), Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, trad. fr. D. Messier, préf.
  • J.-C. Lavie, Paris, Gallimard, 1992 ; GW, VI.
  • Freud S. (1905 d), Trois Essais sur la théorie sexuelle, trad. fr. P. Koeppel, Paris, Gallimard, 1987 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1905 e [1901]), Fragment d’une analyse d’hystérie (Dora), Cinq psychanalyses, trad. fr. M. Bonaparte, R. M. Loewenstein, Paris, PUF, 1966 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1905f) Compte rendu de “Règles de vie à l’usage des neurathéniques” de R. Wichmann, trad. fr. P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1973 ; OCF., VI, 2006, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1905g) Enquête sur le droit matrimonial, trad. fr. P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1973 ; OCF., VI, 2006
  • Freud S. (1906 [1905]), Mes vues sur le rôle de la sexualité dans l’étiologie des névroses, Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, P. Haller, D. Hartmann, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1906 b), Préface à la première édition du « Recueil de petits écrits sur la doctrine des névrosés », années 1893-1906, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, VIII, 2007 ; GW, I.
  • Freud S. (1906 c), L’établissement des faits par voie diagnostique et la psychanalyse, L’inquiétante étrangeté et autres essais, trad. fr. A. Rauzy, Paris, Gallimard, 1985 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1906 d), Deux lettres à Madame Hirschfeld, trad. fr. P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, VIII, 2007.
  • Freud S. (1906f) Réponse à une enquête : “De la lecture et des bons livres”, trad. fr. P. Cotet, OCF., VIII, 2007, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1907 a), Délire et rêves dans la Gradiva de W. Jensen, trad. fr P. Arhex, R.-M Zeitlin, Paris, Gallimard, 1991 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1907 b), Actions compulsionnelles et exercices religieux, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1907 c), Les explications sexuelles aux enfants : lettre ouverte au Dr. M. Fürst, La vie sexuelle, trad. fr. D. Berger, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1907 e), Annonce des « Schiften zur angewandten Seelenunde », trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1908 a), Les fantasmes hystériques et leur relation à la bisexualité, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. J. Laplanche, J.-B. Pontalis, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1908 b), Caractère et érotisme anal, Psychanalyse de l’argent, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1978 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1908 c), Les théories sexuelles infantiles, La vie sexuelle, trad. fr. J.-B. Pontalis, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1908 d), La morale sexuelle « civilisée » et la maladie nerveuse des temps modernes, La vie sexuelle, trad. fr. D. Berger, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1908 [1907]), Le créateur littéraire et la fantaisie, L’inquiétante étrangeté et autres essais, trad. fr. B. Féron, Paris, Gallimard, 1985 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1908f) Préface à “Les états d’angoisse nerveux et leur traitement” du Dr Wilhelm Steckel, trad. fr. P. Cotet, OCF., VIII, 2007, GW, VII, 1941.
  • Freud S. (1909 [1908]), Considérations générales sur l’attaque hystérique, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1909 b), Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans (le petit Hans), Cinq Psychanalyses, trad. fr. M. Bonaparte, R. M. Loewenstein, Paris, PUF, 1977 ; OCF.P, IX ; GW, VII.
  • Freud S. (1909 c [1908]), Le roman familial des névrosés, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1978 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1909 d), Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (l’Homme aux rats), Cinq psychanalyses, trad. fr. M. Bonaparte, R. M. Loewenstein, Paris, PUF, 1966 ; OCF.P, IX, 1998 ; GW, VII.
  • Freud S. (1910 [1909]), Sur la psychanalyse, cinq conférences, trad. fr. C. Heim, Paris, Gallimard, 1991 ; OCF.P, X ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910 [1909]), Préface à « Lélekelemzés, éetekezések a pszichoanaliziz köréböl », trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, X, 1993 ; GW, VII.
  • Freud S. (1910 c), Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, Gallimard, 1987 ; OCF.P, X, 1993 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910 d), Les chances d’avenir de la thérapie psychanalytique, La technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1953 ; OCF.P, X, 1993 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910 e), Du sens opposé des mots originaires, L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, « Folio essais », 1985 ; OCF.P, X, 1993 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910 f), Lettre au Dr Friedrich S. Krauss sur l’anthropophyteia, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, X, 1993 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910 g), Contribution à la discussion sur le suicide, Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, X, 1993 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910 h), D’un type particulier de choix d’objet chez l’homme, La vie sexuelle, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, X, 1993 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910i) Le trouble de vision psychogène dans la conception psychanalytique, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1993 ; OCF, X, 2007 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910j) Exemples révélateurs de fantasmes pathogènes chez des névrosés, Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, J. Laplanche, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF, X, 1993 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910k) A propos de la psychanalyse dite “sauvage”, La technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1953 OCF, X, 1993 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1910 m), Compte-rendu de « Lettres à des femmes nerveuses » du Dr Wilh. Neutra, Dresde et Leipzig, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF, X, 1993, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1911 a), Suppléments à l’interprétation du rêve, L’interprétation des rêves, nouvelle édition revue et augmentée, trad. fr. D. Berger, Paris, PUF, 1967 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1911 b), Formulation sur les deux principes de l’advenir psychique, Résultats, idées, problèmes, II, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1911 c), Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa (le Président Schreber)Cinq psychanalyses, trad. fr. M. Bonaparte, R. M. Loewenstein, Paris, PUF, 1977 ; OCF.P, X, 1993 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1911 d), La signification de l’ordre des voyelles, Résultats, Idées, Problèmes, I, Paris, PUF, 1984 ; OCF, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1911 e), Le maniement de l’interprétation du rêve en psychanalyse, La technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1953 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1911 f), Grande est la Diane des Ephésiens, Résultats, Idées, Problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1911g) Compte rendu de la communication de G. Greve : “Sobre psicologia y psicoterapia de ciertos estados angustiosos”, trad. fr. A. Rauzy, OCF., XI, 1998, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1911h) Note à l’article de Wilhelm Stekel : “Sur la psychologie de l’exhibitionnisme”", trad. fr. J. Altounian, OCF., XI, 1998, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1911j) Note à l’article de James J. Putnam : “De l’étiologie et du traitement des psychonévroses”, trad. fr. P. Cotet, A. Rauzy, OCF., XI, 1998, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1911k) Ascèse, trad. fr. A. Rauzy, OCF., XI, 1998.
  • Freud S. (1912-1913 a), Totem et Tabou, trad. fr. M. Weber, Paris, Gallimard, 1993 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, IX.
  • Freud S. (1912 b), La dynamique du transfert, La technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1953 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VII.
  • Freud S. (1912 c), Sur les types d’entrée dans la névrose, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1912 d), Sur le plan général du rabaissement de la vie amoureuse, La vie sexuelle, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1912 e), Conseils au médecin dans le traitement psychanalytique, La technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1953 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1912 f), Discussion sur l’onanisme, Résultats, Idées, Problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1912 g), Note sur l’inconscient en psychanalyse, Métapsychologie, trad. fr. J. Laplanche, J.-B. Pontalis, Paris, Gallimard, 1968 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1912h) Demande d’information de l’éditeur sur les rêves d’enfance, trad. fr. P. Cotet, OCF., XI, 1998, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1912j) Note à l’article de Ernest Jones : “Psychanalyse de Roosevelt”, trad. fr. A. Bourguignon, OCF., XI, 1998, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1913a) Un rêve utilisé comme preuve Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1993 ; OCF, XII, 2007 ; GW, X.
  • Freud S. (1913 b), Introduction à « La méthode psychanalytique » du Dr Oskar Pfister, trad. fr. A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1913 c), Le début du traitement, La technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman ; Paris, PUF, 1981 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1913 d), Matériaux des contes dans les rêves, Résultats, Idées, Problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1913 e), Préface à « Les troubles psychiques de la puissance masculine » du Dr Maxim Steiner, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1913 f), Le motif du choix des coffrets, L’inquiétante étrangeté et autres essais, trad. fr. B. Féron, Paris, Gallimard, 1985 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1913 g), Deux mensonges d’enfants, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Berger, J. Laplanche, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1913 h), Expériences et exemples tirés de la pratique analytique, Résultats, Idées, Problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1913 i), La disposition à la névrose obsessionnelle. Une contribution au problème du choix de la névrose, Névrose, psychose et perversion, trad. fr D. Berger, P. Bruno, D. Guérineau, F. Oppenot, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XI, 1998 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1913 j), L’intérêt de la psychanalyse, Résultats, Idées, Problèmes, I, trad. fr. P.-L. Laurent, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, VIII.
  • Freud S. (1913 k), Préface à « L’ordure dans les mœurs, les usages, les croyances et le droit coutumier des peuples » de John Gregory Bourke, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1913 l), Rêves d’enfance ayant une signification spéciale, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XII, 2005 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1913 [1911]), Sur la psychanalyse, trad. fr. F. Robert, Paris, PUF, OCF.P, XI, 1998 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1914 a), De la fausse reconnaissance (« déjà raconté ») au cours du traitement psychanalytique, La technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1981 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1914 b), Le Moïse de Michel-Ange, L’inquiétante étrangeté et autres essais, trad. fr. P. Cotet, R. Lainé, Paris, Gallimard, 1985 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1914 c), Pour introduire le narcissisme, La vie sexuelle, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1914 d), Sur l’histoire du mouvement psychanalytique, trad. fr. C. Heim, Paris, Gallimard, 1991 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1914 e), Présentation de la « grande performance » dans le rêve, trad. fr. A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, XII, 2005 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1914 f), Sur la psychologie du lycéen, Résultats, Idées, Problèmes, I, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1914 g), Remémoration, répétition et perlaboration, De la technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1981 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1915 a [1914]), Observation sur l’amour de transfert, De la technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1953 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
  • Freud S. (1915 b), Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, Essais de psychanalyse, trad. fr. A. Bourguignon, et A. Cherki, P. Cotet, Paris, Payot, 1989 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, X.
  • Freud S. (1915 c), Pulsion et destin des pulsions, Métapsychologie, trad. fr. J. Laplanche et
  • J.-B. Pontalis, Paris, Gallimard, 1968 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, X.
  • Freud S. (1915 d), Le refoulement, Métapsychologie, trad. fr. J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Paris, Gallimard, 1968 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, X.
  • Freud S. (1915 e), L’inconscient, Métapsychologie, trad. fr. J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Paris, Gallimard, 1968 ; OCF. P, XIII, 1988 ; GW, X.
  • Freud S. (1915 f), Communication d’un cas de paranoïa en contradiction avec la théorie psychanalytique, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1978 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, X.
  • Freud S. (1915 [1914]), Lettre à Frederik van Eden, trad. fr. J.-R. René, J.-L. Martin, P. Soulez, Paris, PUF, OCF.P, XIII, 1988 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1915 i), Nous et la mort, Conférence, trad. fr. M. Pollak-Cornillot, Revue Française de Psychanalyse, t. LXIV, n° 3, 2000 ; GW, X.
  • Freud S. (1916 [1915]), Ephémère destinée, Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, X.
  • Freud S. (1916 d), Quelques types de caractères dégagés par le travail psychanalytique, L’inquiétante étrangeté et autres essais, trad. fr. A. Bourguignon, Paris, Gallimard, 1985 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, X
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) Conférences d’introduction à la psychanalyse, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 1re leçon : introduction, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 2e leçon : les opérations manquées, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 3e leçon : les opérations manquées (suite), trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 4e leçon : les opérations manquées (fin), trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 5e leçon : difficultés et premières approches, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 6e leçon : présuppositions et technique de l’interprétation, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 7e leçon : contenu de rêve manifeste et pensées de rêve latentes, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 8e leçon : rêves d’enfants, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 9e leçon : la censure du rêve, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 10e leçon : la symbolique dans le rêve, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 11e leçon : le travail de rêve, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 12e leçon : analyses d’exemples de rêves, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 13e leçon : traits archaïques et infantilisme du rêve, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 14e leçon : l’accomplissement de souhait, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 15e leçon : incertitudes et critiques, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 16e leçon : psychanalyse et psychiatrie, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 17e leçon : le sens des symptômes, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 18e leçon : la fixation au trauma, l’inconscient, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 19e leçon : résistance et refoulement, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 20e leçon : la vie sexuelle de l’être humain, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 21e leçon : développement de la libido et organisations sexuelles, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 22e leçon : points de vue sur le développement et la régression, étiologie, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 23e leçon : les voies de la formation du symptôme, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 24e leçon : la nervosité commune, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 25e leçon : l’angoisse, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 26e leçon : la théorie de la libido et le narcissisme, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 27e leçon : le transfert, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-17a [1915-17]) 28e leçon : la thérapie analytique, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1999 ; OCF., XIV, 2000 ; GW, XI.
  • Freud S. (1916-1917 b), Parallèle mythologique à une représentation obsessionnelle plastique, L’inquiétante étrangeté et autres essais, trad. fr. B. Ferron, Paris, Gallimard, 1985 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1916-1917 c), Une relation entre un symbole et un symptôme, Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1916-17d) Note de l’éditeur à l’article de Ernest Jones : “La psychanalyse vue par le Professeur Janet”, trad. fr. P. Cotet, OCF., XV, 1996, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1916-1917 [1915]), Sur les transpositions des pulsions, plus particulièrement dans l’érotisme anal, La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, X.
  • Freud S. (1916-17f [1915]) Complément métapsychologique à la doctrine du rêve, Métapsychologie, trad. fr. J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Paris, Gallimard, 1968 ; OCF.P, XIII, 1988.
  • Freud S. (1917 [1916]), Une difficulté de la psychanalyse, trad. fr. B. Féron,  L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, « Folio essais », 1985 ; OCF.P, XV, 1995 ; GW, XII.
  • Freud S. (1917b) Un souvenir d’enfance de “Poésie et Vérité”, trad. fr. B. Féron, L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, « Folio essais », 1985 ; OCF.P, XV, 1995 ; GW, XII.
  • Freud S. (1917 e [1915]), Deuil et mélancolie, Métapsychologie, trad. fr. J. Laplanche, J.-B. Pontalis, J.-P Briand, J.-P. Grossein, M. Tort, Paris, Gallimard, 1968 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, X.
  • Freud S. (1918 a [1917]), Le tabou de la virginité, « Contributions à la psychologie de la vie amoureuse, III », La vie sexuelle, trad. fr. D. Berger, J. Laplanche, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1918 [1914]), À partir de l’histoire d’une névrose infantile, Cinq psychanalyses, trad. fr. M. Bonaparte et R. M. Loewenstein, Paris, PUF, 1990 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, XII.
  • Freud S. (1919 [1918]), Les voies nouvelles de la thérapeutique psychanalytique, La technique psychanalytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1981 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1919 b), James J. Putman, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1919 c), L’ “Internationaler Psychoanalytischer Verlag” et les attributions de prix pour des travaux psychanalytiques, trad. fr. A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1919 d), Introduction à « La psychanalyse des névrosés de guerre », Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1919 e), « Un enfant est battu » : contribution à la connaissance de la genèse des perversions sexuelles, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1919 f), Victor Tausk, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1919 g), Avant-propos à Theodor Reik : « Problèmes de psychologie religieuse » trad. fr. A. Bourguignon, C. von Petersdorff, Paris, PUF, OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1919 h), L’inquiétante étrangeté, L’inquiétante étrangeté et autres essais, trad. fr. A. Bourguignon, Paris, Gallimard, 1985 ; GW, XII.
  • Freud S. (1919i [1915]) Lettre à Madame le Dr Hermine Von Hug-Hellmuth, trad. fr. A. Balseinte, J.G. Dalarbre, D. Hartmann, OCF., XIII 1988, GW, X.
  • Freud S. (1919 [1918]), Doit-on enseigner la psychanalyse à l’Université ? ; Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Dor, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1919k) E. T. A. Hoffman et la fonction de la conscience, trad. fr. P. Cotet, OCF., XV, 1996, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1920 a), De la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1920 b), Sur la préhistoire de la technique analytique, Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1920 c), Dr Anton von Freund, trad. fr. J. Altounian, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XV, 1996 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1920 d), Association d’idées d’une enfant de quatre ans, Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1920 f), Compléments à la doctrine du rêve, trad. fr. J. Altounian, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XV, 1996 ; GW, Nachtragsband, 1987. Tiré d’une communication faite par Freud au VIe Congrès International de Psychanalyse (La Haye, 9 septembre 1920) dans laquelle il annonçait la prochaine parution de Au-delà du principe de plaisir.
  • Freud S. (1920 g), Au delà du principe de plaisir, Essais de psychanalyse, trad. fr. J. Laplanche, J.-B. Pontalis, Paris, Payot, « Petite Bibliothèque », 1982 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1921 a), Préface à J. J. Putman : adresses on psycho-analysis, trad. fr. C. Avignon, F. Robert, Paris, PUF, OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XI.
  • Freud S. (1921 b), Introduction à J. Varendonck : the psychology of day-dreams, trad. fr. C. Avignon, F. Robert, Paris, PUF, OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1921 c), Psychologie collective et analyse du Moi, Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1972 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1921 d), Attributions de prix, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XVI, 1991 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1921 e), Lettre à Édouard Claparède, Le Bloc-Notes de la psychanalyse, trad. fr. J. Moll, n° 1, 1983 ; OCF.P, XV, 1996 ; GW, XII.
  • Freud S. (1922 a), Rêve et télépathie, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. J. Altounian, A. et O. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1922 [1921]), Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1922 d), Mise au concours d’un prix, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XVI, 1991 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1922 e), Préface à l’ouvrage de R. de Saussure, La méthode psychanalytique, trad. fr. P. Cotet, R. Lainé, Paris, Payot, 1922 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1922 f), Quelque chose de l’inconscient, trad. fr. A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XVI, 1991 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1923 [1922]), Psychanalyse et théorie de la libido, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. J. Altounian, A. et O. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XII.
  • Freud S. (1923 b), Le Moi et le Ça, Essai de psychanalyse, trad. fr. J. Laplanche, Paris, Payot, 1981 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1923[1922]), Remarques sur la théorie et la pratique de l’interprétation du rêve, Résultats, idées et problèmes, II, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1985 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1923 [1922]), Une névrose diabolique au xviie siècle, L’inquiétante étrangeté et autres essais, trad. fr. B. Féron, Paris, Gallimard, 1985 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1923 e), L’organisation génitale infantile, La vie sexuelle, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1923 f), Joseph Popper-Lynkeus et la théorie du rêve, Résultats, idées et problèmes, II, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1923 g), Avant-propos au compte-rendu de M. Eitingon sur la policlinique psychanalytique de Berlin, trad. fr. J.-G. Delarbre, P. D. Hartmann, Paris, PUF, OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1923h) Lettre sur l’édition espagnole au traducteur Luis Lopez-Ballesteros Y De Torres trad. fr. I. Biesinger, Paris, PUF, OCF, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1923i) Le docteur Ferenczi Sandor (pour son 50° anniversaire) trad. fr. J.-G. Delarbre, P. D. Hartmann, Paris, PUF, OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1924 a), Lettre au « Disque Vert », Paris, PUF, OCF.P, XVII, 1992.
  • Freud S. (1924 [1923]), Névrose et psychose, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1924 c), Le problème économique du masochisme, Névrose, Psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1924 d), La disparition du complexe d’Œdipe, La vie sexuelle, trad. fr. D. Berger, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1924 e), La perte de la réalité dans la névrose et la psychose, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1924 f [1923]), Court abrégé de psychanalyse, Résultats, idées, et problèmes, II, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1924 [1923]), Lettre à Fritz Wittels, trad. fr. P. Cotet, R. Lainé, Paris, PUF, OCF.P, XVI, 1991 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1925 [1924]), Note sur le « Bloc magique », Résultats, idées et problèmes, II, trad. fr. J. Laplanche, J.-B. Pontalis, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1925 b), Lettre à l’éditeur de la « Jüdische Presszentrale Zürich », trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1925 c), Message à l’occasion de l’inauguration de l’Université hébraïque, trad. fr. C. Avignon, Paris, PUF, OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1925 d), Autoprésentation, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1925 e [1924]), Les résistances contre la psychanalyseParis, PUF, OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1925 f), Préface à « Jeunesse à l’abandon », trad. fr. R. Lainé, Paris, PUF, OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIV.
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  • Freud S. (1925 h), La négation, Résultats, idées, problèmes, II, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIII.
  • Freud S. (1925 i), Quelques suppléments à l’ensemble de l’interprétation du rêve, Résultats, idées et problèmes, II, trad. fr. A. Balseinte, J.-G. Delarbre, D. Hartmann, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, I.
  • Freud S. (1925 j), Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique, La vie sexuelle, trad. fr. D. Berger, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, XVII, 1992, GW, XIV.
  • Freud S. (1926 a), À Romain Rolland, in H. Vermorel et M. Vermorel, Sigmund Freud et Romain Rolland, trad. fr. P. Cotet, R. Lainé, Paris, PUF, 1993 ; OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1926 b), Karl Abraham, trad. fr. J.-G. Delarbre, D. Hartmann, Paris, PUF, OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1926 c), Remarque à propos de « Un souvenir d’enfance du 6e mois de la vie » de E. Pickworth Farrow, trad. fr. R. Lainé, Paris, PUF, OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1926 d [1925]), Inhibition, symptôme et angoisse, trad. fr. M. Tort, Paris, PUF, 1965 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1926 e), La question de l’analyse profane, trad. fr. J. Altounian, Paris, Gallimard; OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1926 f), Psychanalyse, Résultats, idées et problèmes, II, trad. fr. R. Rochlitz, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1926 g), Note sur Ewald Hering, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1926 h), Réponse aux « Cahiers contemporains » n° 3, trad. fr. J. Altounian, Paris, PUF, OCF.P, XVIII, 1994.
  • Freud S. (1926 i), Le Dr Reik et la question du charlatanisme dans la cure, trad. fr. P. Cotet, R. Lainé, Paris, PUF, OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1926j) Allocution aux membres de la société B’nai B’rith, trad. fr. P. Cotet, R. Lainé, OCF., XVIII, 1994, GW, XVII .
  • Freud S. (1927 a), Remarques finales sur la question de l’analyse profane, trad. fr. A. Orienter, Coq Héron, 1998, n° 150.
  • Freud S. (1927 b), Supplément à l’essai sur le Moïse de Michel-Ange, L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1985 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1927 c), L’avenir d’une illusion, trad. fr. M. Bonaparte, Paris, PUF, 1971, OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
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  • Freud S. (1928 a), Une expérience vécue religieuse, L’avenir d’une illusion, trad. fr. M. Bonaparte, Paris, PUF, 1971 ; OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1928 b [1927]), Dostoïevski et la mise à mort du père, Résultats, idées et problèmes, II, trad. fr. J.-B. Pontalis, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1929 a), Pour le cinquantième anniversaire d’Ernest Jones, trad. fr. R. Lainé, Paris, PUF, OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1929 b), Lettre à Maxime Leroy sur quelques rêves de Descartes, Paris, PUF, OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1930 a [1929]), Le malaise dans la culture, trad. fr. P. Cotet, R. Lainé, J. Stute Cadiot, J. André, Paris, PUF, 1995 ; OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1930 c), Préface à la “Medical review of reviews”, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1930 d), Allocution prononcée à la Maison de Goethe à Francfort, Résultats, idées et problèmes, II, trad. fr. A. Balseinte, O. Garet, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1930 f), Extrait d’une lettre à Théodore Reik, trad. fr. R. Lainé, Paris, PUF, OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1931a) Des types libidinaux, tr. Fr. D. Berger, La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, OCF, XIX, 1995 ; GW XIV,
  • Freud S. (1931 b), Sur la sexualité féminine, La vie sexuelle, trad. fr. D. Berger, J. Laplanche, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1931 c), Préface à Edoardo Weiss, Elementi di psicoanalisi, Edoardo Weiss, lettres sur la pratique psychanalytique, trad. fr. J. Etore, Toulouse, Privat, 1975 ; OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1931 d), L’expertise de la Faculté au procès Halsmann, Résultats, idées et problèmes, II, trad. fr. A. Balseinte, J.-G. Delarbre, D. Hartmann, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XIV.
  • Freud S. (1931 e), Lettre au bourgmestre de la ville de Pribor, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XIV, 1987.
  • Freud S. (1931 f), Extrait d’une lettre à Georg Fuchs, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1931 g), Lettre au Pr Tandler, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995.
  • Freud S. (1932 [1931]), Sur la prise de possession du feu, Résultats, idées, problèmes, II, trad. fr. A. Balseinte, J.-G. Delarbre, D. Hartmann, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1932 [1931]), Préface à Hermann Nunberg « Doctrine générale des névroses fondée sur la psychanalyse », Principes de psychanalyse, trad. fr. A.  Rocheblave, Paris, PUF, 1957 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1932 c), Ma rencontre avec Josef Popper-Lynkeus, Résultats, idées, problèmes, II, trad. fr. J.-G. Delarbre, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1932 d), Le professeur Freud et l’au-delà : résumé de la XXXe leçon, trad. fr. J. Dupont, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995.
  • Freud S. (1932 f), Lettre à Siegfried Hessing, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995.
  • Freud S. (1933a [1932) Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XV.
  • Freud S. (1933a [1932]) 29e leçon : révision de la doctrine du rêve, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF, XIX, 1995 ; GW, XV.
  • Freud S. (1933a [1932]) 30e leçon : rêve et occultisme, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF, XIX, 1995 ; GW, XV.
  • Freud S. (1933a [1932]) 31e leçon : la décomposition de la personnalité psychique, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF, XIX, 1995 ; GW, XV.
  • Freud S. (1933a [1932]) 32e leçon : angoisse et vie pulsionnelle, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF, XIX, 1995 ; GW, XV.
  • Freud S. (1933a [1932]) 33e leçon : la féminité, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF, XIX, 1995 ; GW, XV.
  • Freud S. (1933a [1932]) 34e leçon : éclaircissements, applications, orientations, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF, XIX, 1995 ; GW, XV.
  • Freud S. (1933a [1932]) 35e leçon : d’une vision du monde, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF, XIX, 1995 ; GW, XV.
  • Freud S. (1933 [1932]), Pourquoi la guerre ?, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. J.-G. Delarbre, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1933 c), Sandor Ferenczi, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1933 d), Avant-propos à Marie Bonaparte : « Edgar Poe : études psychanalytiques », trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, 1958 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1933 [1932]), Quatre lettres à André Breton, trad. fr. P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995.
  • Freud S. (1934 a), Avant-propos de l’édition en hébreu, Paris, PUF, OCF.P, XIV, 2000 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1935 a), Post-scriptum de 1935, Sigmund Freud présenté par lui-même, trad. fr. F. Cambon, Paris, Gallimard, 1984 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1935 b), La finesse d’un acte manqué, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. R. Rochlitz, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1935 c), À Thomas Mann, pour son 60e anniversaire, trad. fr. R. Lainé, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1936 a), Lettre à Romain Rolland (un trouble du souvenir sur l’Acropole), Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. M. Robert, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XIX, 1995 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1936 [1932]), Préface à Richard Sterba « Dictionnaire général de psychanalyse », trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1936 [1935]), Avant-propos à l’édition en tchèque, Paris, PUF, OCF.P, XVI, 2000.
  • Freud S. (1936 d), Décès du Professeur Braun (1861-1936), trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, XIX, 1995 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1937a) Lou Andreas-Salomé, trad. fr. P. Cotet, OCF., XX, 2010; GW, XVI.
  • Freud S. (1937 c), L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet et A. Rauzy, Paris, PUF, 1985, OCF., XX, 2010 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1937 d), Constructions dans l’analyse, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. E. R. Hawelka, U. Huber, J. Laplanche, Paris, PUF, 1985, OCF., XX, 2010 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1938 a), Un mot à propos de l’antisémitisme, Coq Héron, 1984, n° 92, OCF., XX, 2010 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1938c) Lettre à la Directrice de “Time and Tide”, trad. fr. A. Rauzy, OCF., XX, 2010; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1939-40a [1938]) Introduction à Yisrael Doryon, “Lynkeus’ New State”, trad. fr. A. Rauzy, OCF., XX, 2010; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1939 a), L’homme Moïse et la religion monothéiste, trad. fr. C. Heim, Paris, Gallimard, 1986, OCF., XX, 2010 ; GW, XVI.
  • Freud S. (1940 a [1938]), Abrégé de psychanalyse, trad. A. Bermann, revue par J. Laplanche, Paris, PUF, 1985 , OCF., XX, 2010 ; GW, XV.
  • Freud S. (1940 [1938]), Some elementary lessons in psycho-analysis, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. B. Chabot, Paris, PUF, 1985, OCF., XX, 2010  ; GW, XVII.
  • Freud S. (1940 [1922]), La tête de Méduse, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XVII.
  • Freud S. (1940 [1892]), Pour une théorie de l’attaque hystérique, Résultats, Idées, Problèmes, I, trad. fr. J. Breuer, Paris, PUF, 1984, OCF II, 2009 ; GW, XVII.
  • Freud S. (1940 [1938]), Le clivage du Moi dans le processus de défense, Résultats, Idées, Problèmes, II, Paris, PUF, 1985, OCF., XX, 2010 , GW, XVII.
  • Freud S. (1941 [1892]), Notice III, Résultats, Idées, Problèmes, I, Paris, PUF, 1984 ; OCF II, 2009, GW, XVII.
  • Freud S. (1941 [1899]), Une prémonition onirique accomplie, Résultats, idées et problèmes, I, Paris, PUF, 1984, GW, XVII.
  • Freud S. (1941 [1921]), Psychanalyse et télépathie, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. B. Chabot, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVI ; GW, XVII.
  • Freud S. (1941 [1921-1938]), Résultats, idées, problèmes, Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A Rauzy, II, Paris, PUF, 1985, OCF., XX, 2010 , GW, XVII.
  • Freud S. (1942 [1905-1906]), Personnages psychopathiques à la scène, Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, VI, 2006, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1945a [1939]) Avant-propos à David Eder, “Memoirs of a modern pioneer”, trad. fr. A. Rauzy, OCF., XX, 2010.
  • Freud S. (1945-46a [1938]) Extraits de deux lettres à Yisrael Doryon, trad. fr. A Rauzy, Paris, PUF, OCF., XX, 2010, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1946a [1938-1939]) Deux lettres à David Abrahamsen, “, trad. fr. A. Rauzy, OCF., XX, 2010.
  • Freud S. (1950a [1887-1902]) La naissance de la psychanalyse : lettres à Wilhelm Fliess : notes et plans,  trad. Fr. A. Bermann, Paris, PUF, 1991.
  • Freud S. (1950[1895]), Esquisse d’une psychologie scientifique, La naissance de la psychanalyse, lettres à Wilhelm Fliess, Paris, PUF, 1956 ; GW, Nachtragsband, 1987.
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  • Freud S. (1955c [1920]) Rapport d’expert sur le traitement électrique des névrosés de guerre, Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, Paris, PUF, 1984 ; OCF, XV, 1996 ; GW, Nachtragsband, 1987.
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  • Freud S. (1978b [1893]), Histoire de malade de “Nina R.”, Paris, PUF  OCF., II, 2009, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1978c [1894]), Lettre à Robert Binswanger, Paris, PUF  OCF., II, 2009, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1985 [1915]), Vue d’ensemble sur les névroses de transfert. Un essai métapsychologique, édition bilingue, Paris, Gallimard, 1985 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1985c [1887-1904]) Lettres à Wilhelm Fliess : 1887-1904, trad. fr. F. Kahn, F. Robert, Paris, PUF, 2006.
  • Freud S. (1985d [1903-1926]), Lettres de Sigmund Freud à sa patiente Anna von VestRevue Internationale d’Histoire de la Psychanalyse, trad. fr. R. Menahem, 1992, n° 5.
  • Freud S., Strachey, J. (1985l [1927]) (1967a [1928]) Deux lettres de Sigmund Freud (23-2-1927 et 25-12-1928), Paris, PUF, 1990.
  • Freud S., Zweig S. (1987c [1908-38]) Correspondance, trad. fr. G. Hauer, D. Plassard, Paris, Payot-Rivages, 1999.
  • Freud S. (1989p [1938]) Lettre de Freud au Dr Arthur Kielholz datée de Vienne le 22.2.1938, Bulletin de la Société suisse de psychanalyse, n° 28, 1989.
  • Freud S. (1990c [1931]) Lettre au Dr Otto-Hermann Zimmer , trad. fr M. Weber, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, n°3, 1990.
  • Freud S. (1990d [1933]) Une lettre de Sigmund Freud à Anna Freud le 12 mars 1933, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, n°3, 1990.
  • Freud S. (1990g [1938]) Lettres à Raymond de Saussure, Bloc notes de la psychanalyse n° 6, 1986.
  • Freud S. (1991f [1924-38]) Lettres inédites de Sigmund Freud à Henri Flournoy, trad. fr M. Weber, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, n°4, 1991.
  • Freud S. (1991g [1921, 1922]) Correspondance inédite Sigmund Freud – Gaston Gallimard, trad. fr M. Weber, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, n°4, 1991.
  • Freud. S. Binswanger L. (1992 [1909-1938]), Correspondances : 1908-1938, trad. fr. R. Menahem ; M. Strauss, Paris, Calmann Lévy, 1995.
  • Freud S., Ferenczi S. (1992g [1908-33]) Correspondance : t.1, trad. Fr. Groupe du Coq Héron, Paris, Calmann-Lévy, 1992.
  • Freud S., Ferenczi S. (1992g [1908-33]) Correspondance : t.2, trad. Fr. Groupe du Coq Héron, Paris, Calmann-Lévy, 1996.
  • Freud S., Ferenczi S. (1992g [1908-33]) Correspondance : t.3, trad. Fr. Groupe du Coq Héron, Paris, Calmann-Lévy, 2000.
  • Freud S., Jones E. (1993e [1908-39]) Correspondance : 1908-1939, trad. fr. P. E. Dauzat, M. Weber, J. P. Lefebvre, Paris, PUF, 1998.
  • Freud. (1996g [1911-38]) Lettres de famille de Sigmund Freud et des Freud de Manchester : 1911-1938, trad. fr . C. Vincent, Paris, PUF, 1996.
  • Freud. S., Eitingon, M. (2004 [1906-39]) Correspondance : 1906-1939, trad. fr. O. Mannoni, Paris hachette littératures, 2009.

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Dossier autisme 2014

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 2014

2013

A propos du 3° Plan Autisme 2013-2017

 

2012

    
 

Freud en français

Bibliographie complète des écrits de Freud avec concordances allemande et anglaise établie par Cécile Marcoux

Préface de Bernard Chervet

SPP / BSF, 2012, 176 p, 10 €

ISBN : 978-2-7466-4336-9

Vente en ligne sur le site de la bibliothèque

http://bsf.spp.asso.fr/

 

La SPP et la BSF publient “Freud en français” une bibliographie complète des textes et lettres de Sigmund Freud en français dans leurs diverses éditions et traductions avec leurs concordances dans les éditions allemande (Gesammelte Werke) et anglaise (Standard Edition).

Des index des titres et des correspondants permettent une recherche aisée.

Préface de Bernard Chervet

Un étonnement : pourquoi une bibliographie des oeuvres complètes de Freud en français en 2012 ? La réponse relève du contexte de la publication de Freud en France.

Depuis longtemps de nombreux lecteurs francophones aspirent à ce que l’oeuvre de Freud soit accessible en français dans son intégralité. Une résistance assez déroutante s’est opposée à cette traduction et à sa publication ; d’autant plus étonnante que la France fait partie des pays au monde où la psychanalyse suit un des plus importants développements tant du point de vue de sa pratique que de ses avancées théoriques.

La dispersion des traductions et la disparité de leurs variantes ne sont pas sans avoir données un zeste de mystère à certains textes de Freud, réservés à quelques exégètes et circulant sous le manteau. Mais ce chaos a aussi engendré des lenteurs de diffusion. Il est en grande partie dû à une particularité historique, portant sur les voies d’entrée de la psychanalyse en France. Plusieurs milieux, artistique, intellectuel, médical, se sont intéressés à cette nouvelle discipline selon des points de vue forts différents, correspondant chacun à une facette de l’oeuvre freudienne. Ils se sont complétés certes, mais aussi disputés l’antériorité et le sens même de la psychanalyse. Cette conflictualité d’intégration de la psychanalyse a participé à l’engendrement d’une psychanalyse fertile, novatrice, parfois inspirée, mais aussi à un paysage psychanalytique français morcelé, marqué de scissions, d’alliances et d’incompatibilités.

Ce temps conséquent de résistance, Freud l’a lui-même observé et commenté. Il l’a attribué à « l’esprit français », au sens déjà souligné par Goethe dans sa façon d’aborder les trois méthodes de traduction d’une langue à l’autre. Pour intégrer une nouveauté venant de l’étranger, le français tente de la refondre selon ses propres termes, mais surtout ses propres conceptions.

Ainsi les premières traductions de Freud furent-elles marquées d’importantes libertés et infléchissements envers le texte originel. Il a fallu les réviser à diverses reprises. Malheureusement des contre-sens se sont transmis et maintenus de façon tenace, même pour la traduction des titres de certains articles et ouvrages. Nous avons tous en souvenir que l’ouvrage princeps L’interprétation du rêve a longtemps été diffusé sous l’intitulé La science des rêves.

Ce souhait de disposer d’une oeuvre intégrale s’est accompagné de son corollaire, le voeu de pouvoir consulter une bibliographie tout aussi complète et fiable. Ce désir est mû par le besoin pragmatique de disposer d’un outil d’utilisation facile et de confiance, dans lequel il est aisé de vérifier les dates, les titres, les concordances avec les publications d’origine, voire avec celles de la traduction anglaise réalisée sous la supervision d’Anna Freud, de piocher des références vérifiées, respectant les libellés imposés par les éditeurs, par les normes internationales.

Au-delà de cette réponse à la curiosité et à l’utilité pragmatique, se laisse deviner encore un autre intérêt rempli par la classification chronologique. Il s’agit de la dimension historique permettant de resituer un écrit dans le contexte de l’oeuvre toute entière, mais aussi dans celui de la culture globale, de l’histoire du monde.

Une bibliographie complète et fiable offre encore à son lecteur un autre champ possible, en corrélation avec la méthode psychanalytique. Elle permet de suivre la série associative constituée par les divers écrits d’un auteur, comparée de plus à celle de ses publications, d’en suivre la logique de la surdétermination telle qu’elle est soutenue dans la cure par la règle fondamentale. Freud envisage lui-même le rôle de cette détermination et de cet impératif à faire advenir à la conscience par la théorie, sur l’ordonnancement de l’élaboration de la métapsychologie.

Une bibliographie complète des écrits de Freud est donc utile pour penser sa démarche et son processus de théorisation. Nous vient ici le regret que la langue française ne nous offre qu’un seul mot pour processus. Nous aimerions en avoir deux à notre disposition, à l’instar de Freud à qui la langue allemande en propose deux, Prozeβ et Vorgang. Se trouve ainsi mieux souligné qu’il s’agit d’avoir accès au travail de théorisation de Freud (Vorgang) en suivant et s’étayant sur son déroulement temporel (Prozeβ). Une bibliographie complète donne donc à penser.

La mise en chantier de la publication des Œuvres complètes de Freud a réanimé ce souhait et lui a donné un horizon de faisabilité. Ce défaut comblé, le manque d’une bibliographie réunissant les divers écrits qui la composent s’est fait ressentir avec acuité. Le souhait de combler ce manque s’est manifesté à diverses reprises, tant à l’intérieur de la Société psychanalytique de Paris qu’à l’extérieur. Mais la disparité des traductions ne rendait pas la tâche aisée à leurs promoteurs. Des tentatives ont vu le jour, mais sont devenues rapidement obsolètes.

A l’intérieur de la SPP, cette attente de nombreux auteurs et lecteurs a été soutenue par les Comités de lecture des Monographies et Débats de Psychanalyse, et de la Revue Française de Psychanalyse.

Qui était mieux placé pour mener à bien ce projet, qu’une bibliothèque ? En toute logique, cette réalisation s’est cristallisée au sein de la Bibliothèque Sigmund Freud de la Société psychanalytique de Paris. Celle-ci était certainement déjà prédestinée par son nom pour remplir cette mission. Mais c’est son audience internationale, sa continuelle présence auprès des lecteurs, des rédacteurs, des comités de lecture, et des auteurs qui l’a rendue particulièrement sensible à ce manque et à cette attente. Le dynamisme, la réactivité et la compétence de sa conservatrice et des bibliothécaires qui en forment l’équipe ont fait le reste. Le livre qui vous est proposé ici en est l’accomplissement.

Bibliographie générale des textes freudiens (sans les concordances allemandes et anglaises)

  • Cette bibliographie en français des textes de Freud est issue de la collaboration de Hélène Parat (Comité éditoriale des Mono), Cécile Marcoux (BSF) et Coline Meirieu (Secrétaire de rédaction de la RFP et des Mono).
  • Les textes de Freud sont présentés selon les critères issus de la Freud-Bibliographie, publiée en 1989 chez S. Fischer Verlag, la date de la première parution étant donnée entre parenthèses.
  • L’édition française utilisée par les auteurs est complétée par la référence dans la Gesammelte Werke, sous l’abréviation GW. La référence, chaque fois qu’elle existe, aux Œuvres complètes de Freud publiées aux PUF depuis 1989 est indiquée par l’abréviation OCF.P suivie du numéro de tome et de l’année de parution.

  •  Freud S. (1877b) Observations de la conformation de l’organe lobé de l’anguille décrit comme glande germinale mâle, Les évolutions : phylogenèse de l’individuation, trad. fr. Max Kohn , Paris, PUF, 1994.
  • Freud S. (1884e) De la coca, De la cocaïne, trad. fr Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1885a) Contribution à la connaissance de l’action de la cocaïne, De la cocaïne, trad. fr. Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1885b) A propos de l’action générale de la cocaïne, De la cocaïne, trad. fr. Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1885f) Addenda à “De la coca”, De la cocaïne, trad. fr. Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1887d) Cocaïnomanie et cocaïnophobie, De la cocaïne, trad. fr. Evelyne Sznycer, Bruxelles, Ed. Complexe 1976.
  • Freud S. (1887e) Compte rendu du livre de Heinrich Obersteiner, “L’hypnotisme : ses aspects cliniques et ses implications médico-légales”. (“Klinische Zeit-und Streifragen”, Vienne, 1887), trad. fr. C. Levy Friesacher et M. Romani, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, n° 1, 1988.
  • Freud S. (1888b) Hystérie, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, Cahiers Confrontation, n° 7, 1982, GW, Nachtragsband, 1987..
  • Freud S. (1888d) Hypnotisme et suggestion, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 6, 1984.
  • Freud S. (1889a) Compte rendu de : FOREL A. – L’hypnotisme, sa signification et son emploi, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 3, 1983, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1890 a), Traitement psychique (traitement d’âme), Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. M. Borch Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, Paris, PUF, 1984 ; GW, V.
  • Freud S. (1891 b), Contribution à la conception des aphasies : une étude critique, trad. C. Van Reeth, Paris, PUF, 1983.
  • Freud S. (1891d) Hypnose, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 6, 1984, GW, Nachtragsband, 1987..
  • Freud S. (1892b) De l’hypnose et de la suggestion : compte rendu, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 3, 1983, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1892-93a) Un cas de guérison hypnotique avec des remarques sur l’apparition de symptômes hystériques par la “contre-volonté”, Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, O. Bourguignon, G. Goran, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1892-94a) Préface à la traduction des “Leçons du Mardi” de Charcot, trad. fr. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, L’Ecrit du temps, n° 7, 1984, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. et Breuer J. (1893a [1892]) Du mécanisme psychique de phénomènes hystériques : communication préliminaire, trad. fr. F. Kahn, F. Robert, Paris, PUF  OCF., II, 2009, GW, I.
  • Freud S. (1893c) Quelques considérations pour une étude comparative des paralysies motrices organiques et hystériques, Résultats, idées, problèmes, I, Paris, PUF, 1984, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1893e) Les diplégies cérébrales infantiles, Revue neurologique, n° 1, 1893
  • Freud S.(1893f) Charcot, Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, O. Bourguignon, G. Goran, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984, GW, I.
  • Freud S. (1893h) Du mécanisme psychique de phénomènes hystériques, trad. fr. F. Kahn, F. Robert, Paris, Paris, PUF  OCF., II, 2009, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1894 a), Les psychonévroses de défense : essai d’une théorie psychologique de l’hystérie acquise de nombreuses phobies et obsessions et de certaines psychoses hallucinatoires, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1895), Esquisse pour une psychologie scientifique, La naissance de la psychanalyse, lettres à W. Fliess, notes et plans 1887-1902, Paris, PUF, 1956.
  • Freud S. (1895 b), Du bien fondé à séparer de la neurasthénie un complexe de symptômes déterminé, en tant que « névrose d’angoisse », Névrose, psychose et perversion, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1895c) Obsessions et phobies, Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973 ; OCF., III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1895 d), Études sur l’hystérie, trad. fr. A. Berman, pref. M. Bonaparte, Paris, PUF, 1967 ; OCF., II, 2009, GW, I.
  • Freud S. (1895f) Sur la critique de la “névrose d’angoisse”, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, OCF., III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1895g) Deux comptes rendus contemporains sur la conférence “De l’hystérie”, trad. fr. F. Kahn, F. Robert, Paris, PUF  OCF., II, 2009, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1895h) Mécanisme des représentations de contrainte et des phobies, trad. fr. P. Cotet, OCF.P, III, 1989 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1895i) Compte rendu du livre de A. Hegar : “La pulsion sexuée ; une étude médicosociale”, trad. fr. P. Cotet, OCF., III, 1989 ; GW, Nachtragsband.
  • Freud S. (1895j) Compte rendu du livre de P. J. Moebius : “La migraine”, trad. fr. P. Cotet, H. Hildebrand, A. Lindenberg, OCF., III, 1989 ; GW, Nachtragsband.
  • Freud S. (1896a) L’hérédité et l’étiologie des névroses, Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1896b) Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense, trad. fr. J. Laplanche, Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973 ; OCF., III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1896c) L’étiologie de l’hystérie, trad. fr. J. Bissery et J. Laplanche, Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973 ; OCF., III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1897 b), Résumés des travaux scientifiques du docteur Sigmund Freud, Privatdocent : 1877-1897, trad. fr. J. Doron, R. Doron, Paris, PUF, OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1898 a), La sexualité dans l’étiologie des névroses, Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, J. Laplanche, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1898 b), Sur le mécanisme psychique de l’oubli, Résultats, idées, problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, G. Goran, A. Rauzy, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1899 a), Sur les souvenirs écrans, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Berger, P. Bruno, D. Guérineau, F. Oppenot, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
  • Freud S. (1900 a), L’interprétation des rêves, trad. fr. I. Meyerson révisée par D. Berger, Paris, PUF, 1980 ; OCF.P, IV, 2003 ; GW, II.
  • Freud S. (1901 a)Le rêve et son interprétation, trad. fr. H. Legros, Paris, Gallimard, 1985 ; GW, I-II.
  • Freud S. (1901 b)Psychopathologie de la vie quotidienne, trad. fr. S. Jankélévitch, Paris, Payot, 1969, GW, IV.
  • (1901c) Notice autobiographique, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, 1973 ; OCF., III, 1989 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1903 a), Compte-rendu de « Combat contre les bacilles du cerveau » de Georg Biedenkapp, trad. fr. A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 [1903]), La méthode psychanalytique de Freud, La technique psychanalytique, trad. fr. J. Altounian, P. Cotet, J. Laplanche, F. Robert, Paris, PUF, 1981 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1904 b), Compte-rendu de « The mystery of sleep » de John Bigelow, trad. fr. A. Bourguignon, P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 c), Compte-rendu de la « La neurasthénie. Sa nature, sa guérison, sa prévention » d’Alfred Baumgarten, trad. fr. D. Hartmann, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 d), Hommes magnétiques, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 e), En mémoire du professeur S. Hammerschlag, trad. fr. D. Hartmann, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1904 f), Compte-rendu de « Les phénomènes de contrainte psychiques » de Léopold Löwenfeld, trad. fr. A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, VI, 2006 ; GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1905 [1904]), De la psychothérapie, La technique analytique, trad. fr. A. Berman, Paris, PUF, 1981 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1905 c), Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, trad. fr. D. Messier, préf.
  • J.-C. Lavie, Paris, Gallimard, 1992 ; GW, VI.
  • Freud S. (1905 d), Trois Essais sur la théorie sexuelle, trad. fr. P. Koeppel, Paris, Gallimard, 1987 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1905 e [1901]), Fragment d’une analyse d’hystérie (Dora), Cinq psychanalyses, trad. fr. M. Bonaparte, R. M. Loewenstein, Paris, PUF, 1966 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1905f) Compte rendu de “Règles de vie à l’usage des neurathéniques” de R. Wichmann, trad. fr. P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1973 ; OCF., VI, 2006, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1905g) Enquête sur le droit matrimonial, trad. fr. P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1973 ; OCF., VI, 2006
  • Freud S. (1906 [1905]), Mes vues sur le rôle de la sexualité dans l’étiologie des névroses, Résultats, idées et problèmes, I, trad. fr. J. Altounian, P. Haller, D. Hartmann, Paris, PUF, 1984 ; OCF.P, VI, 2006 ; GW, V.
  • Freud S. (1906 b), Préface à la première édition du « Recueil de petits écrits sur la doctrine des névrosés », années 1893-1906, trad. fr. P. Cotet, Paris, PUF, OCF.P, VIII, 2007 ; GW, I.
  • Freud S. (1906 c), L’établissement des faits par voie diagnostique et la psychanalyse, L’inquiétante étrangeté et autres essais, trad. fr. A. Rauzy, Paris, Gallimard, 1985 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1906 d), Deux lettres à Madame Hirschfeld, trad. fr. P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, OCF.P, VIII, 2007.
  • Freud S. (1906f) Réponse à une enquête : “De la lecture et des bons livres”, trad. fr. P. Cotet, OCF., VIII, 2007, GW, Nachtragsband, 1987.
  • Freud S. (1907 a), Délire et rêves dans la Gradiva de W. Jensen, trad. fr P. Arhex, R.-M Zeitlin, Paris, Gallimard, 1991 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1907 b), Actions compulsionnelles et exercices religieux, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
  • Freud S. (1907 c), Les explications sexuelles aux enfants : lettre ouverte au Dr. M. Fürst, La vie sexuelle