Les Rêveries (Reveries) du psychanalyste en séance

 
Introduction...
Texte en débat...
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César Botella, Société Psychanalytique de Paris, Paris

La psychanalyse a évolué depuis Freud notamment au niveau de sa pratique. Bien que les principes de la méthode freudienne demeurent valables, sa complexification n’a eu de cesse en particulier depuis les trois dernières décennies. Elle est la conséquence d’un déplacement progressif du centre d’intérêt du fonctionnement de l’analysant à celui de l’analyste. D’abord avec la découverte que le rôle du contre-transfert de l’analyste, tel que Freud l’avait publié en 1910 dans sa communication au 2ème Congrès International de Psychanalyse (Die zuKünftigen Chancen der psychoanalytischen Therapie Les chances d’avenir de la thérapeutique analytique1), n’était pas une simple réponse au transfert de l’analysant mais qu’il pouvait même influencer l’origine de ce dernier (M. Neyraut, 1974). Puis, un pas de plus a été fait en considérant que la notion de contre-transfert s’avérait insuffisante pour comprendre le vaste domaine du psychisme de l’analyste mobilisé par l’analysant et d’une façon plus large par la situation si particulière qu’est la séance d’analyse avec les potentialités régressives et régrédientes qu’elle porte en elle du fait des conditions du cadre analytique. A condition, bien entendu, que l’analyste respecte ce dernier sans l’éviter et sans craindre que son maintien ne produise d’autres modes de pensée que ceux de la pensée rationnelle. C’est pourquoi l’analyste qui pratique la scansion n’aura pas du tout l’accès ou très exceptionnellement au monde de l’activité régrédiente de sa pensée.

Parmi ces potentialités régressives-régrédientes la rêverie a été la première notion a être développée. Son étude appliquée à la pensée de l’analyste en séance représente un élargissement de la méthode freudienne. Différemment conçue selon les auteurs, il nous a semblé qu’un débat méritait d’être organisé à propos de la rêverie de l’analyste. Nous avons fait un choix d’auteurs tenant compte à la fois de leurs conceptions originales et, selon l’un des principes qui guident Débats sans frontières, de leur origine géographique différente. Ainsi, vous trouverez les contributions de

  • Thomas Ogden qui pratique à San Francisco (American Psychoanalytic Association) ;
  • Antonino Ferro qui exerce à Pavia (Società Psychanalitica Italiana) ;
  • Michael Parsons psychanalyste à Londres (British Psycho-Analytical Society) ;
  • César Botella qui travaille à Paris (Société Psychanalytique de Paris).

Une brève introduction facilitera la compréhension des enjeux de ce débat.

Freud emploie le terme allemand de « Tagtraum ». Il est traduit en français par « rêve éveillé » ou par « rêve diurne » (en anglais par day-dream), ainsi que par rêverie. Il est employé d’une façon synonyme à celui de fantasme (Phantasie) ou fantasme diurne(Tagesphantasie), que ce soit en 1900 dans L’interprétation des rêves (Die Traumdeutung) ou dans d’autres textes (1907, Der Dichter une das Phantasie, « La création littéraire et le rêve éveillé » ; 1908 -Hysterischen Phantasien une ihre Beziehung zur Bisexualität, « Les fantasmes hystériques et leur relation à la bisexualité »). Pour Freud, la rêverie a, jusqu’en certain point, la même fonction que celui de la nuit, notamment celle d’être des réalisations de désirs infantiles. Tous deux s’en distinguent néanmoins en ce que l’élaboration secondaire occupe une plus grande place dans la rêverie, et également en ce que, immanquablement, « sa majesté le moi » en est le héros. Ajoutons que l’articulation entre tous les deux est complexe. Nous ne pouvons pas la développer ici. Contentons-nous de signaler, parmi d’autres liens, qu’une rêverie de la veille organise souvent le rêve nocturne au niveau de l’élaboration secondaire, et devient parfois ce que Freud nomme la « façade du rêve ».

Dans un premier temps, les analystes ne prêteront pas grand attention à la notion de rêverie qui sera occultée par l’attention portée au rêve, plus précisément à l’interprétation du récit du rêve. Ce ne sera qu’à partir des années soixante que la rêveriegagnera progressivement une place dans les écrits analytiques et que le vaste domaine des liens entre rêve et rêverie deviendra un objet d’étude.

Les premiers seront les psychanalystes des USA et du Canada. Successivement, R. Greenson en 1967 et 19703 ; I. Ramzy en 19744 ; J. Flannery en 19795 et D. H. Frayn en 1987. Mais, c’est sans doute dans la continuité de Bion6 que le terme derêverie a pris son véritable essor. Mais attention, une première difficulté surgit. Bion utilise le terme anglais reverie. Certes, il vient du français rêverie. Toutefois, cela ne veut pas dire que dans les deux langues sa signification soit identique. Rêverieimplique en français l’idée d’un scénario, d’un déroulement d’une histoire. Tandis que reverie est plus proche d’imagination. C’est une nuance déterminante notamment par rapport à la formulation bionienne « capacité de reverie de la mère » conceptualisée par Bion à partir de 1962 dans Aux sources de l’expérience pour signifier une activité maternelle rendant psychiquement possibles les expériences émotionnelles du nourrisson. Elle fut très vite appliquée au travail de l’analyste7, en particulier par Donald Meltzer8, Thomas Ogden9 et d’Antonino Ferro10. Vous trouverez les contributions de Thomas Ogden et d’Antonino Ferro dans ce débat. Je n’entrerai donc pas dans les détails et les nuances entre ces auteurs, le lecteur se fera lui-même une idée. Disons simplement que Ogden utilise directement le terme de « reverie », que Meltzer et Ferro préfèrent celui de « pensée onirique diurne ». Mais pour les trois auteurs, la reverie serait une activité intersubjective entre patient et analyste, « radicalement bi-personnelle » selon l’expression de A. Ferro s’inspirant de Willy et Madeleine Baranger11, psychanalystes de la Asociacion Psicoanalitica Argentina. De son côté, Thomas Ogden esquisse une définition de la reverie au sens courant du terme : « rêves de jour » comprenant un récit se déroulant comme une histoire ; mais aussi des « phrases qui traversent notre esprit », ou encore des « images émergeant en demi-sommeil » ; jusqu’à inclure « nos sensations corporelles, nos perceptions flottantes ». Comme l’on voit des manifestations qui ne peuvent pas correspondre à la notion française de rêverie. En fait, chez Ogden, la notion est vaste et sa définition demeure floue, peut-être volontairement étant donne qu’en effet la notion dereverie répond chez lui, je crois, plus à l’aboutissement des processus différents qui peuvent être forts singuliers, parfois opposés. De leur côté, Meltzer et Ferro ne font pas de véritables distinctions entre les reveries et ce qu’ils nomment des « flashes », c’est-à-dire des images « visuelles soudaines ». Il semble donc que la dynamique et la topique de ces diverses manifestations devraient être différenciées, ce qui n’empêcherait pas, selon Ogden, que l’analyste puisse les utiliser dans le même sens au sein de la cure analytique.

En ce qui est de son utilisation en séance d’analyse, Meltzer12 fait de la reverie plutôt un acte préconscient pratiqué volontairement comme une réponse de l’analyste à l’écoute du rêve du patient, ce qui équivaudrait à re-rêver le rêve afin d’accéder, selon lui, a une meilleure compréhension du patient. Il ne s’agit donc plus de l’analyse du récit du rêve tel que Freud l’a décrite.

De son côté, A. Ferro, se servant moins, comme nous venons de dire, de la dénomination reverie, préfère la formulation « pensée onirique diurne », s’intéressant surtout à l’idée de « dérivé narratif de la pensée onirique diurne ».

En fait, les considérations de Meltzer et de Ferro autour de la reverie aboutissent à un renversement de la théorie freudienne du rêve : « veille et sommeil est une distinction qui n’a plus de sens » (D. Meltzer). L’articulation du travail psychique du jour et de celui de la nuit dont Denise Braunschweig et M. Fain de la Société Psychanalytique de Paris dans leur ouvrage princeps de 1975 « La nuit, le jour », ont su tirer tant d’enseignements, serait obsolète. Le rêve de la nuit serait équivalent, selon Ferro, à une « re-reverie » de ce qui a été « filmé, alphabétisé, et conservé durant la veille ». Dès lors, l’importance du désir infantile inconscient, principal organisateur du rêve selon la métapsychologie 1900, s’efface. Peut-être qu’en cela Ferro suit autant Bion que le Freud de 1932 considérant que la fonction première du rêve serait celle d’élaborer les traumas de l’enfance (Neue Folge der Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanlyse Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse13 ).

 

Mention à part mérite la conception de M. Parsons. Sa conception théorique se fonde elle aussi sur Bion mais s’élargit avec la notion winnicottienne de préocupation maternelle primaire ; tout en réservant une place privilégié aux fondements freudiens.
Quant à ma propre contribution, disons que je m’efforce depuis un certain temps à élargir la notion de rêverie et de reverie avec celle de Travail de Figurabilité dont la rêverie ne serait qu’une de formes possibles14.

Mais, laissons la parole aux auteurs eux mêmes.

____________________
1 Freud S. (1910). Les chances d’avenir de la thérapie analytique. O.C.F. , vol. X. P.U.F.

2 Neyraut M., (1974). Le transfert. P.U.F.

3 Greenson R. R. (1970). The exceptional position of the dream in psychoanalytic practice. The Psychoanalytic Quarterly, vol 39, n° 4.

4 Ramzy I. (1974). How the mind of the psychoanalyst works. An essay on psychoanalytic inference. Int. J. Psycho-Anal. 55 ; pp. 543-550.

5 Flannery John G. (1979). Dimensions of a single word-association in the analyst's reverie. Int. J. Psycho-Anal. 60 ; p. 217.

6 W.R. Bion (1962). a) Learning from experience. Et (1967) b) Second thoughts. En français, a) Aux sources de l’expérience, trad. de François Robert, PUF, 1979 ; b) Réflexion faite, trad. de François Robert, PUF, 1983.

7 Le Colloque annuel de Deauville de la Société psychanalytique de Paris fut consacré, en 1986, sous la direction de René Diatkine, à « La psychanalyse et la capacité de rêverie de la mère », avec des exposés contrastés d’André Green, de Serge Lebovici, de Paul Israël et de Gilbert Diatkine. Ce dernier fit une intéressante étude de la notion en recherchant des rapprochements possibles, fussent-ils contradictoires, avec d’autres auteurs (Braunschweig D., Fain M, Anzieu D.). Revue fr. de Psychanalyse 1987, n° 5

8 Meltzer D. (1984). Dream-Life. Trad. française collective : Le monde vivant du rêve, Césura Lyon, 1993.

9 Ogden Th. (1997). Reverie and interpretation. Psychoanalytic Quarterly, LXVI, 1997.

10 Ferro A. (2000). La psychanalyse comme œuvre ouverte, Erès.

11 Baranger W. & Baranger M.  (1969). Problemas del campo psicoanalítico, Ed. Kargremon.

12 Meltzer D. (1984). Ibid

13 Freud S. (1932). Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse.O.C.F., vol. XIX, p. 111.

14 Botella César et Sara (2001). La figurabilité psychique. Delachaux et Niestlé. Genève, Paris.

 

Les Rêveries (Reveries) du psychanalyste en séance

Thomas Ogden (USA)

Antonino Ferro (Italie)

Michaël Parsons (Grande Bretagne)

 

Thomas H. Ogden, Association Psychanalytique Américaine, San Francisco, USA


Rêverie et interprétation[1]

L’expérience de la reverie de l’analyste constitue une voie indispensable à la compréhension et à l’interprétation du transfert-contretransfert et est, pourtant, peut-être la dimension de l’expérience de l’analyste qui se sente le moins digne d’examen scrupuleux. La reverie prend les formes de ce qu’il y a de plus banal, de plus personnel, de plus intime, y compris, souvent, la minutie de la vie quotidienne. Bien que les reveries de l’analyste soient des événements psychologiques personnels, je les considère comme des constructions intersubjectives inconscientes générées par l’analyste et l’analysant.

Je pense que nous faisons bien, en psychanalyse, de permettre aux mots et aux idées un certain dérapage. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne le terme de « reverie » (Bion, 1962). Ce que je vais tenter de faire, dans ce papier, n’est pas de définir la reverie, mais de proposer une discussion de mon expérience consistant à utiliser mes propres stades de reverie afin de faire avancer le processus analytique. C’est de cette manière que j’espère transmettre un sens de ce que j’entends par expérience de la reverie dans la séance analytique et comment je fais usage dans l’analyse des « états de chevauchement de la reverie » de l’analyste et de l’analysant.

Il est pratiquement impossible de ne pas dédaigner la reverie puisque c’est une expérience qui prend la plus banale et la plus personnelle des formes. Ces formes, spécialement celles qui précède le processus d’élaboration vers une symbolisation verbale de l’expérience de la reverie (et, la plupart du temps, nous sommes en avance sur le processus) constituent la substance de la vie quotidienne – les préoccupations journalières qui s’accumulent dans le processus d’être vivant en tant qu’être humain. Les reveries « sont des choses faites de vies et du monde qui habite les vies… [ce sont en ce qui concerne] les gens : des gens qui travaillent, qui pensent à des choses, qui tombent amoureux, qui font des petits sommes…. (en ce qui concerne) la coutume du monde, son étrange banalité, sa banale étrangeté… » (Randall Jarell, 1955, parlant de la poésie de Frost ). Ce sont nos ruminations, nos rêves du jour, nos fantasmes, nos sensations corporelles, nos perceptions flottantes, nos images émergeant d’états de semi-sommeil (Frayn, 1987), nos tons (Boyer, 1992) et nos phrases (Flannery, 1979) qui traversent nos esprits, ainsi de suite.

Je considère les reveries simultanément comme un événement personnel/intime et un événement intersubjectif. Comme cela est le cas à propos de nos autres expériences émotionnelles hautement personnelles, souvent nous ne parlons pas, de façon directe, avec l’analysant de ces expériences, mais nous tentons de parler à l’analysant de ce que nous pensons et ressentons. Ce qui veut dire que nous essayons de faire part de ce que nous disons par notre conscience d’un fondement dans notre expérience émotionnelle avec le patient.

Ce n’est pas une mince affaire que d’exiger de nous-mêmes, en tant qu’analystes, d’essayer d’utiliser notre expérience de reverie dans la séance analytique. La reverie est une dimension délicieusement intime de l’expérience, elle implique les aspects les plus embarrassants du quotidien (et pourtant extrêmement importants) de nos vies. Les pensées et les sentiments qui constituent la reverie sont rarement discutés avec nos collègues. Essayer de maintenir présents à la conscience de telles pensées, sentiments et sensations signifie que l’on passe outre une forme d’intimité que nous enfouissons d’ordinaire dans notre inconscient de manière à établir une barrière séparant l’interne de l’externe, le public du privé. Dans nos efforts pour faire usage, analytiquement, de nos reveries, le « Je » en tant que sujet inconscient est transformé en « moi », objet d’examen rigoureux.

Paradoxalement, aussi personnelles et intimes que nos reveries nous paraissent, c’est une erreur que de les considérer comme « nos » créations personnelles, puisque la reverie est en même temps un aspect d’une construction intersubjective inconsciente créé conjointement (mais de manière asymétrique) que j’ai nommée « le troisième analytique intersubjectif » (Ogden, 1994, 1995, 1996). En conceptualisant la reverie comme étant à la fois un événement psychique individuel et une partie d’une construction intersubjective inconsciente, je m’appuie sur une conception dialectique de l’interaction analytique. L’analyste et l’analysant contribuent ensemble à une intersubjectivité inconsciente et y participent. Pour paraphraser et dépasser Winnicott (1960), il n’y a rien de tel qu’un analysant en dehors de l’analyste ; en même temps l’analyste et l’analysant sont des individus distincts, chacun avec son esprit propre, son corps propre, son histoire propre, etc. Le paradoxe est « d’être accepté, toléré et respecté… pour ce qui ne peut être résolu » (Winnicott, 1971).

Les reveries de l’analyste sont plus difficiles à utiliser analytiquement que les rêves de n’importe quel analyste ou analysant parce que les reveries sont « sans cadre » pendant le sommeil et le réveil. Nous pouvons normalement différentier un rêve des autres événements psychiques parce que le vécu se produit entre le temps où nous nous endormons et celui pendant lequel nous nous réveillons. La reverie, d’un autre côté, s’estompe infailliblement dans d’autres états psychiques. Elle n’a pas de point de départ clairement délimité ni de point d’arrivée la séparant, par exemple, d’un processus de pensée secondaire plus focalisé qui peut la précéder ou la suivre.

L’expérience de la reverie est rarement, si elle existe, « traduisible » de manière univoque en un langage compréhensible de ce qui se passe dans la relation analytique. La tentative de faire immédiatement une interprétation du contenu affectif ou du contenu des idées de nos reveries mène généralement à des interprétations superficielles dans lesquelles le contenu manifeste est considéré comme interchangeable avec le contenu latent.

L’utilisation de nos reveries requiert l’acceptation que l’expérience puisse nous faire aller à la dérive. Le fait que le « cours » de la reverie nous transporte n’importe où qui soit de quelque utilité pour le processus analytique fait généralement l’objet d’une découverte rétrospective qui n’est presque jamais anticipée. L’état de dérive ne peut être précipité vers la fin. Nous devons être capable de clore une séance avec le sentiment que l’analyse est à l’état de pause, au mieux, un point dans une phrase. Le mouvement analytique est mieux décrit comme un « affalement (avachissement) vers…» (Coltart, 1986, emprunté à Yeats) plutôt que comme une « arrivée à… ». Aucune reverie isolée ou groupe de reveries ne devrait être surévalué par la considération que l’expérience (le vécu) est une « voie royale » conduisant à l’angoisse inconsciente transférentielle-contretransférentielle. Les reveries doivent permettre d élargir le sens (d’augmenter la compréhension) sans que l’analyste ou l’analysant se sente contraint d’en faire un usage immédiat. Quelque soit l’urgence de la situation, il est important que la paire analytique (au moins dans une certaine mesure) maintiennent le sentiment qu’ils ont « du temps à perdre », qu’il n’y a aucune nécessité d’évaluer la « valeur » de chaque séance, de chaque semaine ou de chaque mois qu’ils ont passé ensemble. La symbolisation (en partie verbale) engendre généralement un temps supplémentaire si l’on est patient et qu’on ne la force pas (Cf. Green, 1987 et Lebovici, 1987, au sujet des discussions autour de la relation entre la reverie et la symbolisation). Une symbolisation forcée est presque toujours reconnaissable à sa qualité artificielle, intellectualisée dans sa formulation.

Nous ne devrions jamais écarter aucune reverie sous prétexte qu’elle est notre « propre truc », c’est-à-dire un reflet de nos propres conflits non résolus, de notre désarroi concernant des événements de notre vie courante (quelque réalité et importance ces événement puissent avoir), de notre état de fatigue, de notre tendance à être absorbés par nous-mêmes. Un événement important dans la vie de l’analyste, telle que la maladie chronique d’un enfant, est contextualisé de manière différente par l’expérience de l’analyste avec chaque patient, et a pour résultat un « objet analytique » différent (Bion, 1962 ; Green, 1975) dans chaque analyse. Par exemple, alors qu’il se trouve avec un patient, l’analyste peut être absorbé par des sentiments d’une intense impuissance quant à l’incapacité de soulager la douleur que lui ou son enfant est en train d’expérimenter. Tandis qu’avec un autre patient (ou bien à un moment différent dans l’heure avec le même patient), l’analyste peut être presque entièrement préoccupé par des sentiments d’envie vis-à-vis d’amis dont les enfants sont en bonne santé. Ou bien encore avec un autre patient, l’analyste pourra être rempli d’une terrible tristesse à l’idée de ce qu’il pourrait ressentir s’il essayait de vivre sans aucun enfant.

La répercussion émotionnelle de la reverie est généralement discrète et inarticulée, apportant plus, pour l’analyste, le sentiment insaisissable d’être incertaine, que celui d’être parvenu à une compréhension. Je crois que le déséquilibre émotionnel généré par la reverie est l’un des éléments les plus importants de l’expérience de l’analyste par lequel obtenir sens à ce qui est en train d’advenir au niveau inconscient dans la situation analytique. La reverie est un compas émotionnel sur lequel je m’appuie puissamment (mais que je ne peux clairement lire) pour prendre mes repérages dans la situation analytique. Paradoxalement, tandis que la reverie est, pour moi, essentielle à ma capacité d’être analyste, elle est en même temps la dimension de l’expérience analytique qui paraît le moins digne d’acuité analytique. Le trouble émotionnel associé à la reverie est éprouvé comme si cela était principalement, sinon entièrement, un reflet de la manière dont on n’est pas analyste à ce moment-là. C’est la dimension de notre expérience qui se ressent le plus comme une manifestation de notre échec à être réceptif, compréhensif, à avoir de la compassion, à observer, à être attentif, diligent, intelligent, etc. A la place, les troubles émotionnels associés à la reverie sont ressenties comme un produit interférant dans nos propres préoccupations courantes, une auto-absorption narcissique excessive, comme de l’immaturité, de l’inexpérience, de la fatigue, un formation non appropriée, des conflits émotionnels non résolus, etc. Notre difficulté à faire usage de nos reveries au service de l’analyse est facilement compréhensible par le fait qu’une telle expérience est généralement si proche, si immédiate, qu’elle est difficile à voir : elle est « trop présente pour qu’on l’imagine » (Frost, 1942).

Depuis que je considère l’utilisation des états chevauchant de reverie de l’analyste et de l’analysant comme une partie fondamentale de la technique analytique, un examen attentif de chaque séance analytique peut servir à illustrer des aspects significatifs de l’usage de la reverie (ou bien la difficulté rencontrée par la paire analytique pour le tenter). De même, un examen attentif de toute expérience dans l’utilisation analytique de la reverie est spécifique à un moment particulier d’une analyse particulière. Une exploration de ce moment impliquera des problèmes de technique et de potentialités pour le développement émotionnel qui sont uniques à ce moment précis dans le mouvement psychologique-interpersonnel de l’analyste et de l’analysant.

[1]  La contribution de T. Ogden est issue d’un article du même nom publié dans le Psychoanalytic Quarterly, LXVI, 1997.

Note de traduction : pour signaler la nuance entre reverie et rêverie nous avons laissé le terme anglais de reverie (voire l’introduction de C. Botella au Débat).

 

 

 

Antonino Ferro, Société Psychanalytique Italienne, Pavia, Italia


Reverie[1] : problèmes de théorie et de pratique

Lorsque l’on traite des éléments de la technique psychothérapeutique avec les patients à l’age évolutif, il convient de faire deux affirmations apparemment paradoxales : la première, c’est que dans tout appareil psychique il existe des niveaux de gravité  différents, la deuxième, c’est que lorsqu’on utilise le type d’approche théorique et technique que nous allons illustrer, il n’y a guère de différence entre le travail avec les enfants, le travail avec les adolescents ou le travail avec les adultes.

Chaque technique est étroitement liée à la théorie dont elle découle et il existe un lien continu entre les deux : par exemple, dans un modèle où la thérapie aurait pour but de rendre conscient ce qui a été refoulé, on attacherait beaucoup d’importance à tout ce qui pourrait permettre de reconstruire l’histoire et de découvrir les facteurs traumatisants ; un modèle où la thérapie devrait rendre conscientes les reveries inconscientes, impliquerait que, plus on interprèterait ces dernières, plus l’appareil psychique serait décolonisé de ces reveries et des distorsions qu’elles peuvent causer dans la perception de soi et du monde.

Un modèle qui proposerait de centrer l’attention sur le fonctionnement de l’appareil psychique serait très attentif à ce qui arrive en amont des contenus, à la qualité et aux modalités de formation et de gestion des pensées et des émotions et, selon le fonctionnement de l’appareil psychique, il repèrerait les différents degrés de souffrance et de pathologie.

À propos de ce dernier modèle – qui est celui auquel je ferai référence – il convient de souligner deux aspects. Le premier aspect concerne l’importance et la valeur de la réponse du patient après l’intervention, c’est-à-dire, le fait de considérer ce que le patient dit après chacune de nos interventions ou non-interventions comme quelque chose qui dérive un petit peu de son histoire, autrement dit, du transfert comme répétition, un petit peu de ses fantasmes, autrement dit, du transfert comme projection de ses objets internes, et surtout, comme quelque chose qui est une réponse à notre activité interprétative, c’est-à-dire à notre fonctionnement mental, et un signal de la façon dont le patient a perçu notre intervention : comme quelque chose qui l’aide, ou comme quelque chose qui le plonge encore plus dans une situation de malaise (Ferro 1996).

Le deuxième aspect concerne le repérage des différents facteurs thérapeutiques par rapport aux différents niveaux du fonctionnement mental.

La réponse du patient constitue une sorte de pilote satellite qui permet en permanence de moduler l’interprétation et de voir où nous sommes.

Fort heureusement, c’est le patient qui nous fournit en permanence la mesure et le sens du niveau qu’il faut maintenir avec lui pour que cela soit un facteur de développement et de croissance : si l’on ne surveille pas sans cesse la position du patient, on risque d’avancer pour son propre compte, sans références, et de rester collé à sa théorie (Baranes, Sacco 2002).

Quand un thérapeute est en séance, il doit oublier complètement la théorie ; c’est exactement ce que veut dire Bion (1970) quand il affirme « sans mémoire et sans désir » : il faut mettre entre parenthèses toutes les théorisations et rechercher avec l’autre une rencontre émotionnelle originale, une rencontre émotionnelle qui permette la transformation ; il ne faut pas chercher, et « puis » découvrir, l’Œdipe, il faut découvrir quelque chose de nouveau, là, avec le patient, et puis accepter d’avoir découvert « seulement » l’Œdipe, toujours avec l’espoir qu’un jour on découvrira peut-être des choses pas encore découvertes.

Les éléments fournis au fur et à mesure par le patient peuvent être reçus pour effectuer une transformation de notre façon de nous poser, ou bien ils peuvent être interprétés et décodés parce que nous estimons que cela peut être fait, mais une fois que le « décodage » est fait, il faut écouter ce que le patient nous dit, pour savoir si nous pouvions le faire, si nous l’avons fait trop tôt, ou trop tard.

Du point de vue théorique, il faut souligner deux choses. La première est que le patient (qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte) parle le plus souvent de sujets différents, A1, A2, A3 : par rapport aux différentes composantes du discours (j’entends également par discours du patient les silences, le jeu ou les dessins naturellement), il faut disposer d’une sorte de prisme permettant la collimation de toutes les communications et permettant de saisir le sens qu’elles ont à l’intérieur de la relation avec le patient ; du moment que nous sommes avec le patient du début de la séance jusqu’à la fin, il ne peut pas y avoir, de notre point de vue, de communication sans signification relationnelle, autrement dit, il ne peut jamais y avoir une communication ne concernant que le « dehors » du patient. Le patient parle de choses absolument réelles, mais notre point d’écoute ne peut être essentiellement qu’un point de vue relationnel, bien entendu, à condition que trois éléments soient présents : l’analyste, le patient et le setting. Si l’un de ces trois éléments vient à manquer, le discours n’est plus un discours analytique (Ferro 1999).

Ce type d’approche doit beaucoup au modèle kleinien où toute communication du patient est habituellement interprétée comme une communication de transfert. Il y a toutefois une grande nouveauté : l’aspect fondamental ne consiste plus à effectuer un décodage transférentiel mais à observer les transformations qui peuvent être faites par rapport aux différentes communications ; ces dernières doivent être transformées ; ensuite  il faut appliquer une sorte de prisme inversé : tout comme on a effectué une opération de collimation, il faut maintenant faire une opération de diffraction où l’on retrouve le contenu de ce qui a été apporté par le patient, A1, A2, A3, B1 ; chacun de ces éléments toutefois doit avoir quelque chose en plus, un « plus X », un « plus Y », un « plus Z », dans lesquels X, Y, Z représente le quelque chose en plus que le thérapeute ajoute comme facteur de transformation par rapport à la communication du patient, utilisant à pleines mains le texte du patient, du moins tant qu’il est nécessaire de le faire.  Parfois, beaucoup moins fréquemment qu’on ne l’imagine, il est au contraire possible de donner des explicitations ou des décodages de transfert absolument explicites et clairs.

Il est important à ce stade de considérer la théorie qui peut étayer ce type d’intervention.

Le modèle de l’appareil psychique auquel je vais faire ici référence est le modèle de l’appareil psychique postulé par Bion (1962, 1963, 1965), avec les développements que j’en ai proposés sur certains points (Ferro 2001; 2002 ). Puisqu’on entend souvent dire que Bion est un auteur difficile à comprendre, je me servirai pour commencer d’une simplification extrême et métaphorique de sa pensée : ce que l’on gagnera en clarté sera perdu en précision et complexité, mais je crois qu’il vaut la peine, au début, d’accepter cette sorte de réductionnisme.

 

Dans la partie a du schéma, je place la sensorialité, c’est-à-dire tout ce qui est arrivé ou qui arrive jusqu’à notre appareil psychique et qui n’a pas été ou qui n’est pas encore “digéré”. Ce que Bion appelle “faits non digérés” (Bion 1962), et qui comprend aussi les états protoémotionnels et les stimulations de tout genre.

Dans la partie b du schéma, je place la fonction métabolique de l’appareil psychique, capable de concentrer en une image ce qui faisait encore pression en tant que non figurable ; le résultat de cette opération d’alphabétisation sont les pictogrammes : le suc visuel de ce qui faisait pression en tant que stimulation, quelque chose de facilement utilisable comme brique élémentaire de la pensée (Botella C. et S. 2001).

Dans la section c du schéma, je place la capacité de l’appareil psychique de tisser des trames narratives cohérentes – dans une certaine mesure – avec les pictogrammes.

Si nous essayons de reformuler tout cela avec le lexique de Bion, nous obtenons le schéma que voici :

 

Dans la partie a nous plaçons maintenant les éléments b (ce qui veut dire que, en eux-mêmes, les éléments b ne sont pas des “choses mauvaises”, ils sont au contraire la source de toute transformation possible).

Dans la partie b nous plaçons la “fonction a”, dont le rôle est de transformer les éléments b non représentables et non figurables en “images visuelles”, ou mieux en “pictogrammes émotionnels”, dans lesquels ce qui faisait pression comme sensorialité, stimulation, peut trouver une “figurabilité” élémentaire : les éléments a.

Bion dit (1992) qu’une douleur intense pourra être pictographiée comme un visage baigné de larmes ou comme quelqu’un qui se masse le coude.

Il s’agit là des ensembles d’éléments a que notre appareil psychique ne cesse de produire.

Pour être élaborée à un niveau supérieur la séquence d’éléments a doit trouver les outils décrits en c, c’est-à-dire : l’oscillation entre a et b, entre PS et D, entre CN (capacité négative) et FC (fait choisi).

Nous entendons par « contenant » le lieu, le fonctionnement capable de “contenir” les émotions, les pensées et de permettre le développement de a. Par PS<–>D, nous entendons l’oscillation entre des niveaux plus fragmentés et des niveaux plus compacts d’émotions et de pensées.

Par CN et FC, la non-saturation, ou la définition exhaustive de pensées et d’émotions.

Dans c nous sommes en présence de tous les “outils pour penser”, une fois que la matrice visuelle de la pensée a été formée dans ses sous-unités élémentaires (ce qui a lieu en b grâce à la fonction a).[2]

Si nous poursuivons l’analyse de notre schéma (fig. 3), nous pouvons ajouter encore une chose importante : les facteurs de “guérison” par rapport à chaque section.

Si la pathologie concerne uniquement une accumulation de faits non digérés (des faits micro ou macro traumatiques, qui ont donné lieu à plus de stimulations que celles qu’il a été possible de transformer en émotions ou en pensées), l’instrument principal de thérapie est l’interprétation.

 

Si, au contraire, le lieu de la pathologie concerne une carence de la fonction a (et il s’agit là des situations les plus graves), le facteur thérapeutique principal est la “capacité de reverie” de l’analyste, qui consiste en des opérations (mentales) que l’analyste doit faire et  ne pas dire : c’est-à-dire que l’analyste doit activer sa propre fonction a, il doit transformer des éléments b en a et il doit surtout “passer au patient”, jour après jour, la méthode qui permet cette transformation.

Si la pathologie concerne la zone c, le facteur thérapeutique par excellence est la capacité, de la part de l’analyste, d’être à l’unisson avec le patient (ce qui permet le développement du contenant), et la capacité de deuil et de créativité de l’appareil psychique de l’analyste, qui doivent lui permettre de larges oscillations entre PS<–>D et CN<–>FC ; il en découle un bouleversement de la technique classique : ce sont la réceptivité de l’analyste, les transformations qu’il fait, sa tolérance à l’égard du doute (les interprétations non saturées et les interprétations narratives), qui deviennent la clé thérapeutique, avec la capacité de modulation interprétative (Guignard 1996).

Il est donc important, comme je le disais, que l’écoute de l’analyste passe par :

– a) un “prisme de  convergeance” des communications du patient, par rapport à la relation actuelle dans le champ entre les façons du patient et les façons de l’analyste,

– b) une transformation des communications du patient ± X, ±Y, ±Z, ±Q, et enfin

– c) un prisme de diffraction qui récupère le lexique linguistico-émotionnel du patient, en ajoutant ou en retranchant ce qui provient des transformations faites dans l’appareil psychique de l’analyste, qui sont aussi le fruit de l’écoute du champ qu’il a su mettre en œuvre.

Tout cela explique l’identité entre l’analyse des adultes, celle des adolescents et celle des enfants, parce qu’il n’y aurait pas au premier plan, mettons, les étapes du développement, avec les angoisses et les défenses qui y sont liées, mais le fonctionnement mental profond, qui dans sa substance est le même à n’importe quel âge.

Si nous reprenons le discours initial, nous aurons toujours la séquence suivante :

Formation d’un pictogramme visuel (éléments a) ––––> enchaînement des pictogrammes visuels (séquence d’éléments a) = pensée onirique de la veille –––> dérivé(s) narratif(s).

S’il se crée, dans le champ analytique, une situation de persécution et ensuite de soulagement, les éléments a qui se forment pourraient être les suivants :

 

Cette séquence pourrait engendrer les “dérivés narratifs” les plus divers :

“j’étais terrorisé par l’examen de ce matin, mais, après la première entrevue avec le professeur, j’ai retrouvé confiance en moi” ;

ou bien :

“je me souviens que j’ai eu peur quand la police m’a arrêté, mais j’ai retrouvé mon calme quand j’ai compris que ce n’était qu’un contrôle de routine” ;

ou bien :

“quand j’étais petit j’avais une peur terrible du docteur, mais quand la visite commençait j’étais beaucoup plus tranquille ” ;

ou encore :

“j’ai rêvé que j’étais la cible des questions de mon beau-père, mais ensuite, j’ai compris qu’il se faisait du souci pour moi”.

Les dérivés narratifs nous permettent aussi un “carottage” continu du champ, du rêve a du patient, et du cycle (qui fonctionne ou qui ne fonctionne pas) des transformations en cours entre identifications projectives et reverie.

Le choix du genre narratif (et cela concerne le jeu entre associations libres et attention fluctuante) est sûrement un gros problème. Ce choix n’est guère simple et dépend à la fois de l’analyste et du patient ; il dépend de l’analyste en ce qui concerne les théories explicites ou implicites qu’il a sa disposition et qui le conduisent à ouvrir des scénarios différents selon le modèle dans lequel il est le plus à l’aise : un scénario narratif peut être par exemple la reconstruction de l’enfance et du roman familial, le modèle freudien dans son acception la plus classique. Un autre genre narratif choisi par l’analyste peut être une reconnaissance et un éclairage du monde intérieur du patient, ou bien une explicitation des caractéristiques de la relation actuelle entre patient et thérapeute. Un autre scénario narratif peut être la création d’un champ, d’un théâtre affectif, où peuvent s’épanouir, prendre corps et parole, tous les personnages qui habiteront la pièce d’analyse, rendant pensable et exprimable ce qui auparavant faisait pression sous forme de condensés inexprimables. Mais pourquoi parlons-nous d’une certaine chose aujourd’hui et d’une autre demain ? Ou bien pourquoi parlons-nous de quelque chose avec un patient, et d’autre chose avec un autre patient ? Le genre narratif est aussi choisi, jour après jour, par le patient. Ce qui compte, c’est l’émotion ou la séquence d’émotions que le patient veut exprimer ou veut voir exprimées avec l’aide de l’analyste.

Regardons maintenant de plus près le patient (s’il est toutefois possible de regarder un pôle du couple analytique sans impliquer l’autre pôle), et imaginons qu’un patient éprouve une sensation de désorientation, d’angoisse et de solitude. Le patient arrive en séance sans être nécessairement conscient de ces protoémotions. Celles-ci peuvent être exprimées avec des modalités narratives très différentes ; par exemple, le genre « rubrique des faits divers » : le patient dit : “J’étais à l’aéroport de Malpensa, lorsque, à cause de la neige, tout l’aéroport  a été bloqué et personne ne savait comment faire face à la situation d’urgence”. Je tiens à souligner que le genre narratif est un précipité, un dérivé de la séquence d’émotions qui sont présentes à ce moment-là, et que c’est là ce qui nous intéresse. Notre attention au texte manifeste n’est donc qu’apparente, dans le sens où nous restons au niveau du texte manifeste, mais avec l’idée de pouvoir, grâce à lui, aller “chercher”, contacter, les émotions qui se trouvent derrière.

Toujours par rapport à la séquence désorientation, angoisse, sensation de solitude, un autre patient pourrait dire : “J’ai vu quelque chose qui m’a frappé à la télévision : à cause de fortes pluies, des spéléologues se sont retrouvés emprisonnés à l’intérieur d’une grotte ; ils ne savaient pas comment en sortir, car l’entrée de la grotte était bloquée par les eaux du fleuve en crue ; ils étaient dans le noir, il faisait froid”, ou bien, toujours à propos de la même séquence d’émotions désorientation, angoisse, sensation de solitude : “je me souviens qu’un jour, quand j’étais enfant, ma mère était venue me chercher très tard dans l’après-midi, il faisait noir, il pleuvait, et j’avais de plus en plus peur”; ou aussi : “j’avais attendu longtemps le retour de Marina pour faire l’amour, mais dès qu’elle est rentrée, je l’ai vue mettre son pyjama et ses pantoufles, et aller dans la chambre à coucher avec un fort mal de tête”, ou bien : “en faisant l’amour avec Marina, je l’ai sentie tellement froide et distante que je ne comprenais plus avec qui j’étais, ni ce que je faisais”. (Se pose ici, bien entendu, le problème du statut à donner, dans les différents modèles, aux souvenirs d’enfance ou à la sexualité).

Il serait mal venu de dire à un patient, mises à part les éventuelles angoisses homosexuelles que cela provoquerait, “vous êtes en train de me dire qu’hier vous m’avez senti distant, froid, peu disponible, absent”. Ce qui est important c’est de comprendre l’émotion qui habite le patient à ce moment-là et de recueillir son sentiment de désorientation, de solitude et d’angoisse.

Nous pourrions continuer à l’infini à donner des exemples, mais ce que je tiens à dire c’est que la psychanalyse peut être la méthode qui permet de diluer les émotions dans des narrations et de créer des narrations qui donnent corps aux émotions et les rendent visibles. Ce n’est donc pas le récit en lui-même qui compte, mais le fait de saisir les émotions qui sont en amont du récit, qui est quant à lui un dérivé narratif des émotions elles-mêmes.

Dans d’autres cas, on peut aider le patient à créer un récit capable de véhiculer des émotions que le patient ne connaît pas, et même, de les « organiser » : cela renvoie à ces quantités d’éléments b que nous contribuons à alphabétiser en permanence, c’est-à-dire qu’il y a constamment une contribution de notre part, en amont du refoulement, pour favoriser la construction d’éléments a, et cela ,d’autant plus si nous considérons les identifications projectives, non pas comme un phénomène «primitif» de l’appareil psychique, et exceptionnel, mais plutôt comme un phénomène «normal pour communiquer», de tout appareil psychique, et à n’importe quel âge.

Mais que faire des récits des patients ? Le discours se fait encore plus complexe, car il y a aussi tout le jeu qui concerne la formation d’images, or les narrations découlent à leur tour d’images. À mon avis, le rôle de l’analyste est de favoriser la création de coordonnées affectivo-climatiques qui activent les capacités imagino-poïétiques du patient ; cela arrive en lui faisant “faire son apprentissage dans l’atelier de l’analyste”, là où se forment des images, à partir du récit et à partir du non-dit.

Bion a postulé, et des évidences cliniques et théoriques soutiennent ce postulat, que l’activité onirique est une activité constante de notre appareil psychique, même lorsque nous sommes éveillés, ce qui veut dire que tout le travail mental de la veille consiste dans la formation d’images qui résument, comme dans le rêve nocturne, la qualité émotionnelle de ce que nous sommes en train de vivre à ce moment-là. Ce que nous “disons” est le dérivé narratif de ces images.

Cela implique – comme je l’ai souligné à plusieurs reprises – une façon de comprendre les personnages des séances qui est très différente, par rapport à des modèles plus classiques, une sorte de déconstruction progressive qui va de “personnage = personne”, à “personnage = objet interne”, jusqu’à “personnage qui syncrétise des aspects émotionnels du champ” (ou qui permet de nommer des lieux affectifs du champ = hologramme affectif).

Ainsi, si une patiente, pendant l’analyse, parle de son fils, et du fait qu’il ne faut pas trop le stimuler, sinon il s’excite, puis s’irrite et n’arrive plus à dormir à cause du trop plein de stimulations, nous pouvons penser, selon notre point d’écoute, que la patiente est réellement en train de parler de “son fils”, des caractéristiques de ce dernier, et de son expérience de la maternité ; mais, en changeant de point d’écoute, nous pouvons penser qu’elle est en train de parler de l’enfant objet interne et des fantasmes qui y sont liés. Si nous changeons encore une fois de point d’écoute, nous pouvons penser qu’elle est en train de parler d’“un lieu du champ” qui s’engorge, s’excite, s’irrite, et ne permet pas de métaboliser ni de dormir : ce “lieu du champ” pourrait être l’appareil psychique du patient, l’appareil psychique de l’analyste, la fonction mentale transformative qui agit dans le champ, fruit de l’union synergique des fonctions a de l’analyste et du patient.

De tout ce que nous venons de dire découle une série de réflexions à propos des associations libres. Celles-ci au fond ne seraient pas aussi libres qu’elles en ont l’air. Dans mon idiolecte, je considère donc les associations libres du patient comme des dérivés narratifs de sa pensée onirique de la veille, avec des degrés divers de distorsion et de camouflage des dérivés eux-mêmes. La même chose vaut pour les associations libres et la reverie de l’analyste pendant la séance. Le fait de nous syntoniser sur les associations libres nous permet de “remonter” le fleuve jusqu’à cette source que sont les séquences d’éléments a sans cesse construites par la fonction a du patient (et de l’analyste) et, si nous voulions compliquer les choses, par les fonctions a du champ.

À ce stade, même un rêve n’a plus la valeur de quelque chose qui nous parle de son inconscient, mais peut devenir un élément qui est communiqué par le patient à ce moment-là pour nous permettre de nous rapprocher de sa séquence a.

Le rêve devient, en quelque sorte, le manifeste, par rapport à ce qui reste inconnu, c’est-à-dire, la pensée onirique de la veille. Par exemple : « J’ai rêvé qu’un gros chien s’approchait de moi et j’ai eu peur qu’il ne me morde, mais, en réalité, il m’a fait la fête ». Le rêve devient un dérivé narratif par rapport au fonctionnement mental de ce moment précis et c’est là ce qui nous intéresse. Il est évident que cette façon de conceptualiser entraîne un changement radical, paradoxal dirais-je, de la technique : en effet, si, d’un côté, il faut essayer d’être à l’unisson avec le patient et attacher une grande valeur à la communication manifeste, de l’autre, il faut essayer de remonter à la pensée onirique de la veille, et surtout, essayer de développer chez le patient la fonctiona, et augmenter sa capacité de penser, autrement dit, augmenter le contenant ; en ce qui concerne les contenus, l’un vaut l’autre, parce que ce qu’ils communiquent n’est que la séquence d’éléments a..

Évidemment, les degrés de pathologie varient : plus un patient est gravement pathologique, et plus on trouve un déficit de la fonction a ; si le cas est moins grave, on peut trouver le déficit dans le rapport « contenant-contenu », et si c’est encore moins grave, on trouve seulement un excès de faits non digérés, un excès de contenus.

[1] Note de traduction : A. Ferro ayant une conception s’inspirant préférentiellement de Bion nous avons opté pour reverie, le teme anglais nous paraissant plus proche des  idées développées dan ce texte.

[2]

 indique contenu

 indique contenant

PS position schizo-paranoïde

D   position dépressive

CN capacités négatives

FC fait choisi

 

 

Michael Parsons, Société Britannique de Psychanalyse, Londres


Sur la reverie[1]

Certains psychanalystes sont circonspects quant à la notion de reverie, tandis que d’autres la mettent au cœur de leur pensée. Plus la compréhension rationnelle de l’analyste et la transmission de cette compréhension au patient par des interprétations spécifiques seront considérées comme les traits essentiels du processus analytique, moins il sera accordé d’importance à la reverie. En revanche, pour les analystes qui, privilégient cet aspect du travail analytique pris à un niveau de l’inconscient, aussi bien pour l’analyste que pour le patient la reverie est fondamentale.

Le concept de reverie fit une apparition discrète dans la pensée analytique. A la fin du chapitre 12 de « Learning from Experience » (Aux sources de l’expérience) Bion s’interroge : « Lorsque la mère aime l’enfant, qu’en fait-elle ? » Il répond : « Laissant de côté les canaux physiques de la communication, mon impression est que son amour s’exprime par la reverie » (Bion, 1962). Il relie cela à son concept de l’alpha-fonction. C’est ce qui transforme les ingrédients incontrôlables de l’expérience brute (les éléments beta) en un matériel qui peut être songé (repensé-réfléchi) et utilisé dans le phantasme et la reverie. La reverie de la mère, dit Bion, est un état d’esprit qui est réceptif à n’importe quel « objet » mental venant de l’enfant et le soumet à son propre fonctionnement-alpha, le transformant en quelque chose que l’enfant à son tour sera capable d’utiliser de manière imaginative. Dans ses écrits, Bion ne détaille pas plus son concept de reverie, mais sa description est en connexion, avec une résonance évidente, avec la situation clinique. De son côté, Winnicott (1956) a également avancé l’idée d’une sorte particulière de réceptivité chez la mère, un état de haute sensitivité aux besoins de l’enfant et à son état interne auquel il donne le nom de « préoccupation maternelle primaire». Une des formulations winnicottiennes,» l’élaboration imaginative de l’expérience physique », est très proche de la conception de Bion concernant la transformation des éléments-beta en éléments-alpha.

Tous deux, Bion et Winnicott, font la relation – comme bien sûr beaucoup d’autres auteurs – entre l’état d’esprit d’une mère envers son enfant et celui d’un analyste envers son patient. L’idée de reverie en tant que description de l’état d’esprit de l’analyste durant la séance a été largement explorée et discutée. Il est important de comprendre, avant tout, que la reverie au sens psychanalytique du terme ne se refère pas à un état de vague repli sur soi, une sorte de rêvasserie distraite. C’est la manière d’ouvrir tous les niveaux de conscience de l’analyste, - mental, émotionnel et également physique – de telle sorte que l’analyste puisse être disponible de manière réceptive à toute expérience qu’il ou elle pourrait rencontrer, venant du patient ou venant de soi-même. Ceci exige une sorte de clarté intérieure (inner clarity), pas une clarté intellectuelle sur des concepts, mais un sens de l’espace et de la transparence, comme l’eau claire ou un ciel vide La reverie est à la fois un état et une activité. Cela veut dire cet état particulier de conscience réceptive, et également l’activité psychique de se maintenir soi-même dans cet état.

Les séances d’analyse sont souvent pleines d’émotions puissantes. Parler de reverie n’implique pas du tout que l’échange analytique soit toujours paisible, la reverie n’est pas une protection pour l’analyste contre son implication émotionnelle. Un analyste « fermé » n’est d’aucune utilité pour le patient, et les analystes doivent être prêts parfois à être dérangés par les interactions avec leurs patients. Mais, même lorsque des nuages orageux remplissent le ciel ou que le vent balaie la surface du lac, la clarté originelle (fondamentale) (original clarity) peut quand même être trouvée au-delà du trouble. Un analyste peut avoir du mal à interpréter l’agression d’un patient, à contenir la provocation, ou à donner sens aux sentiments complexes qui s’agitent en lui ou en elle. Malgré cela, l’état interne et l’activité de reverie peuvent persister, comme une ground bass en musique qui soutient quoiqu’il se passe de paisible ou de turbulent avec les voix les plus hautes. La reverie permet à l’analyste non pas de résister à l’expérience perturbatrice mais également de ne pas s’identifier à elle et, de cette manière, il lui devient possible de comprendre l’expérience et de chercher un moyen de communiquer avec le patient à ce sujet.

Une équivalent de cet état de conscience peut être trouvée ailleurs que dans la psychanalyse. Il y a une qualité contemplative dans la reverie qui me semble proche de certaines formes de méditation. Comme dans la reverie, la méditation comprend également l’activité de se maintenir soi-même dans cet état. Au cours de la méditation, toutes sortes de pensées et de sentiments surgissent, on en profitera non en leur résistant ou en les rejetant, mais simplement en les observant. Toutefois, la méditation et la psychanalyse visent différentes sortes de compréhension, mais l’observation interne que recherche la méditation, sans attachement ou identification avec ce que l’on trouve en soi, est proche de l’état et de l’activité de l’esprit de l’analyste pris dans une reverie.

Les pratiquants des arts martiaux japonais s’entraînent à développer une qualité appelée « zanshin ». La traduction littérale est « l’esprit constamment en éveil ». Elle comporte une conscience de tout ce qui se passe autour, et est cultivée comme un état permanent de l’esprit de telle manière qu’il ne puisse pas être surpris par une attaque inattendue. L’aspect paradoxal, et psychanalytiquement intéressant, du» zanshin » est que la vivacité qui protège le guerrier dans une situation de vie et de mort ne dépend pas de la concentration de son effort. Concentrer son attention dans une direction signifie que l’on est moins attentif à une autre. C’est bien ce que Freud disait, que l’attention de l’analyste devait être « également flottante » sans se focaliser sur quelque chose en particulier : c’est un élément de relaxation dans le « zanshin » qui permet à la conscience d’être éveillée en permanence.

La reverie, alors, est-elle juste un autre mot pour dire l’attention flottante freudienne ? Certainement, elle fait référence à la même chose, mais véhicule une idée au-delà. La reverie permet l’émergence de pensées, de sentiments et d’images venant de l’intérieur de l’analyste-rêveur. L’attention flottante implique généralement que l’attention est portée plutôt vers l’extérieur, vers les dires du patient. Dans la reverie la conscience est tournée vers l’intérieur aussi bien que vers l’extérieur. Cela ne signifie pas que l’analyste est perdu dans une rêvasserie éveillée aux dépens de l’accompagnement du patient. La reverie de la mère chez Bion, comme la préoccupation maternelle primaire chez Winnicott, ces deux notions supposent un étroit maintien de l’attention qui ne quitte pas le bébé. Sa profonde implication dans ce qui est en train de se passer chez elle est le moyen de s’habituer à tout ce dont le bébé exige d’elle. C’est, comme Bion le dit, l’expression de son amour pour le bébé. Dans le langage de Winnicott, on pourrait dire que la reverie de la mère les fait se réunir, elle et le bébé, dans une seule unité. La reverie, ou la « préoccupation primaire » de la mère envers l’enfant, entraîne à certains moments un fusionnement non structuré (unstructured merging) entre les deux, mais la tâche de la mère est aussi d’en émerger pour prendre conscience de leurs identités séparées, aidant ainsi l’enfant à prendre conscience lui-même de son individualité.

La reverie de l’analyste incorpore de façon identique ces deux mondes intérieurs révélant tantôt d’une expérience enveloppante, tantôt d’une séparation du patient et de l’analyste. Mais il n’y a pas lieu à penser que la séance analytique soit un « fusionnement non structuré ». Au contraire, sa qualité structurée est à l’origine d’une expérience potentiellement structurante pour la psyché du patient, et ce qui préserve cette qualité structurée est le cadre analytique. Ce concept très important opère sur deux niveaux. Extérieurement, c’est la description de certains aménagements pratiques, en ce qui concerne le temps, le lieu et la durée de la rencontre, l’utilisation d’un divan ou d’un fauteuil, le paiement des séances, les pauses de vacances, etc. Intérieurement c’est un concept psychologique qui définit un champ particulier d’expérience, de telle manière que ce qui advient à l’intérieur de cette zone peut être ressenti et jugé de manière différente de ce qui advient à l’extérieur. Le cadre structure l’expérience de la séance, afin de donner la plus grande place possible à une reverie qui soit sûrement ancrée dans le travail analytique.

Les étudiants en psychanalyse reçoivent parfois le conseil d’écouter tout le matériel du patient, peu importe qu’il soit concret ou quelconque, comme s’il s’agissait d’un rêve. Ce qui veut dire s’adonner à une sorte d’écoute semblable à un rêve, cela peut paraître difficile si l’on suppose que la tâche analytique est d’accompagner le matériel et de le comprendre. Mais, quand l’analyste peut s’abandonner, à l’intérieur de la structure du cadre analytique, dans un état de reverie, son propre réseau associatif inconscient deviendra plus valable et s’ouvre au niveau inconscient de communication du matériel du patient.

Tout en écoutant le matériel du patient dans un état de reverie, les analystes peuvent parfois se trouver eux-mêmes embarqués dans une reverie spécifique, dans une chaîne de libre association d’images de leur cru, impliquant fantasmes et souvenirs de leur propre vie. Autrefois, cela aurait inévitablement été considéré comme un manque d’attention analytique vis-à-vis du patient, issue probablement de quelque anxiété défensive contretransférentielle de l’analyste. Etre conscients de leur propre résistance au processus analytique est certainement une tâche importante pour les analystes. Mais plutôt que de se faire des reproches, l’analyste, de nos jours, est plus porté à se demander ce que du patient éveillent de telles résonances chez lui. La reverie de l’analyste peut, à certains moments, dévoiler un débordement émotionnel dans les mondes intérieurs du patient et de l’analyste. Une telle reverie, qui prend l’analyste par surprise, n’est pas forcement un désengagement, mais une forme de communication, à un niveau très profond, entre les esprits inconscients du patient et de l’analyste. Ceci exige une auto-analyse de la part de l’analyste pour comprendre les origines en lui-même de cette reverie, et ainsi pouvoir accéder à ce qui, chez le patient a fait surgir une telle réponse. Ainsi, à côté du cadre analytique, un autre concept inséparable de la reverie analytique est celui de l’auto-analyse de l’analyste. Les analystes qui ont, de façon notable, écrit à ce sujet dans la littérature anglo-américaine sont Christopher Bollas, James McLaughlin, Thomas Ogden et Warren Poland.

Pour terminer, je dirai que la reverie fonctionne comme un pont entre les processus psychiques conscients et inconscients de l’analyste. Les patients qui sentent que leur analyste travaille à préserver la communication ouverte entre les niveaux conscients et inconscients de leurs esprits, peuvent découvrir la possibilité de mener un même travail psychique par eux-mêmes.

[1] Note de traduction : pour signaler la nuance entre reverie et rêverie nous avons laissé le terme anglais de reverie (voire l’introduction de C. Botella au Débat).



César Botella, Société Psychanalytique de Paris, Paris


Rêverie-reverie et Travail de Figurabilité

 

Le terme de rêverie-reverie[1] est d’un usage étendu comprenant un ensemble de formes. Nous allons défendre l’idée que ces diverses manifestations, allant du rêve et du rêve diurne au flash, appartiennent à des processus que, certainement, l’analyste peut utiliser dans un même sens, celui général de mieux saisir les enjeux de la cure ; il n’empêche que rêve, rêverie diurne et flash résultent des processus distincts, ont des valeurs économo-dynamiques et topiques différents, bien que faisant partie d’une même famille processuelle, celle des processus de Figurabilité, aboutissement final et fondement de toutes les rêveries.

Nous commencerons par un questionnement. L’introduction de la notion de rêverie, grâce notamment à Bion, représente indiscutablement une avancée déterminante dans les connaissances analytiques avec le lot inévitable de problèmes théorico-pratiques que toute nouvelle acquisition soulève. Mais le sens que Bion lui accorde soulève un problème majeur. En assimilant rêve et rêverie, comme je l’ai déjà signalé dans l’Introduction au Débat, la théorie bionienne ne court-elle pas le risque de simplifier la riche complexité de la métapsychologie freudienne du rêve ? Par exemple d’appauvrir la notion de régression et de passer alors à côté de l’importance de la voie régrédiente du psychisme, décrite par Freud dans le chapitre VII de L’interprétation des rêves ; un processus qui, n’étant pas à proprement parler régressif, au sens courant de ce terme, est la voie d’accès à la perception endo-psychique hallucinatoire, celle du rêve de la nuit comme également celle de la rêverie diurne. La voie régrédiente est un chemin différent, mais non de direction directement opposée, ni du point de vue de l’espace, ni du point de vue temporel, plutôt complémentaire, et pouvant constituer parfois le point de départ de celui progrédient propre aux représentations de mots et à la vie diurne cheminant vers la perception et la rencontre avec le monde réel : « deux processus psychiques d’essence distincte », comme dit Freud, qui œuvrent à la formation complexe du rêve[i]. L’un, progrédient, du registre du Préconscient, s’étaye souvent sur un fantasme conscient ou préconscient déjà connu, il soutient l’« élaboration secondaire ». Tandis que l’autre, régrédient, celui qui est le fondement du rêve, opère sous la pression du pulsionnel, du sexuel infantile refoulé, et aboutit à un résultat à chaque fois différent, nouveau, original, grâce à l’organisation d’une dynamique apte à s’emparer, dans une vue globale de l’ensemble, des éléments simultanément à l’œuvre à un moment donné, bien que disparates, hétérogènes, hétérochrones (un reste diurne, un désir refoulé, une perception du présent telle la température de la pièce, etc.) pour en faire une unité. Ce qui advient grâce au mécanisme de la transformation des pensées latentes et des représentations de mots en images ; transformation uniquement possible si elle s’effectue sur une voie régrédiente suffisamment longue. À cette saisie globale de l’hétérogénéité vient s’ajouter l’impératif absolu de rendre intelligible cette simultanéité d’éléments disparates, de les rassembler dans la cohérence d’une narration, fût-elle celle étrange du rêve. S’en charge la voie progrédiente de l’élaboration secondaire qui tente d’en faire un récit aussi cohérente que possible suivant les lois de la vie diurne.

 

  1. Un détour obligé : traduire Freud

Cette transformation en images serait l’un des buts principaux du rêve que Freud énonce par la formulation « Die Rücksich auf Darstellbarkeit », titre d’un chapitre de L’interprétation des rêves. Ce qui, en français, a été traduit d’abord par « La prise en considération de la figurabilité». Ce terme de Figurabilité a été employé par Laplanche et Pontalis en 1967 dans leur Vocabulaire de psychanalyse pour traduire le terme allemand Darstellbarkeit. Mais, récemment, l’édition des Œuvres Complètes de Freud dirigée par Jean Laplanche, au lieu de traduire Darstellbarkeit par Figurabilité, a préféré Présentabilité. Alors que la traduction en espagnol, a fait le mouvement inverse et est passée d’une première traduction par Representabilidad à celle plus récente de Figurabilidad. Simple problème linguistique de choix des termes ? Au contraire, il s’agit d’une question décisive. Ces changements sont indice du drame de toute traduction. Parce qu’on ne traduit pas des mots mais des idées ; parce que « L’essentiel de la traduction, ce serait la transmission du ‘sens’, soit du contenu universel de tout texte » (Berman A. 1984)[ii]. De même, dans son livre « Sur la traduction »[iii], Paul Ricoeur dira que « la tâche du traducteur ne va pas du mot à la phrase, au texte, à l’ensemble culturel, mais à l’inverse : s’imprégnant par des vastes lectures de l’esprit d’une culture, le traducteur redescend du texte, à la phrase et au mot ». Traduction française ou espagnole de Darstellbarkeit, ces hésitations de direction opposée sur un même chemin montrent la difficulté et l’enjeu qui atteint un problème conceptuel majeur où la pensée de Freud risquerait d’être détournée. Servons-nous encore de Paul Ricoeur : « Grandeur de la traduction, risque de la traduction : trahison créatrice de l’originale, appropriation également créatrice par la langue d’accueil ; construction du comparable » (le souligné est de P. Ricoeur). J’avancerai quelques raisons pour maintenir le terme de Figurabilité qui me semble être la construction du comparable en français la plus proche du sens qui a conduit Freud à employer le terme allemand de Darstellbarkeit dans toute son œuvre toujours dans le même sens et uniquement appliquée au travail du rêve. En tout en 19 occurrences[iv]. Darstellebar, sous sa forme substantivée de Darstellbarkeit, serait d’un usage peu courant en allemand. Freud l’aurait employée, tel est notre hypothèse, pour nommer une capacité du rêve qui n’a pas son égal dans la vie diurne. De même, figurabilité n’est pas un terme couramment employé dans la langue française. Le seul dictionnaire qui, à ma connaissance, contient le vocable figurabilité, Le Littré, le définit comme un terme technique qui nomme la propriété qu’ont les corps à être figurés. Que je sache, il n’a pas de semblable dans d’autres langues, si ce n’est d’ordre approximatif, tels « figuration » ou « figurable ». Pour ma part, après avoir pesé le pour et le contre, j’ai opté pour conserver figurabilité. Ici, n’étant pas le lieu pour développer tous mes arguments, j’en donnerais seulement quelques précisions qui me semblent indispensables : La première raison est que le terme figurabilité, suite à la première traduction de Laplanche et Pontalis en 1967, s’est introduit rapidement dans la terminologie psychanalytique et est devenu d’usage courant dans les milieux analytiques français et espagnol, ainsi que parmi les analystes italiens, sous le terme de Raffigurabilita, et portugais, sous celui de Figurabilidade. Puis, une autre avantage que je vois à maintenir figurabilité est le fait que ce terme a été adopté par la communauté analytique en tant que notion spécifiquement liée à la théorie analytique du rêve, ce qui permet de mieux définir celle-ci avec le moins de confusion possible venant de l’usage d’autres termes également employés dans le langage courant ; tel est le cas, me semble-t-il, de « Présentabilité – Présentation » en français. En anglais en serait de même avec la traduction « Considerations of Representability ». Tous deux, Présentabilité et Representability suggèrent moult sens dont le lien à l’objectif du travail du rêve est lointain — l’objectif du rêve étant prioritairement la mise en scène, la dramatisation, la figuration des enjeux pulsionnels et des conflits entre instances psychiques, la quête d’une solution de compromis déjouant la censure, on comprendra qu’il ne s’agit pas de simple “présentabilité” à la conscience. Si dans une œuvre d’art l’objet esthétique, pense-t-on actuellement, ne s’accomplit entièrement que dans sa « présentation » al spectateur qui lui en est inséparable, il en est différemment pour le rêve dont l’essentiel ne serait pas tant sa “présentation” à la conscience du rêveur, avec le caractère statique qui est inhérent à ce terme, mais le travail même de liaison afin de résoudre un conflit, du moins une tension, entre les différents éléments hétérogènes, à l’œuvre à un moment donné, ce qui suppose une construction se déroulant dans la temporo-spatialité d’un récit, avec l’éventualité d’un gain de plaisir ; ainsi qu’à fin d’éviter une surcharge économique mettant en danger l’état de sommeil. Une activité qui n’a pas son équivalent dans la vie diurne d’où, pensons-nous, la nécessité de trouver un terme unique lui étant réservé. Seule la langue anglaise possède, à ma connaissance, une expression grammaticale qui l’approche. Elle peut utiliser, à la place de to work out, justement un verbe tel que to figure out qui inclut à la fois l’idée de figurer et de résoudre un problème. Voilà une bonne raison pour introduire dans la langue anglaise le néologisme Figurability, ce que l’éditeur de la version anglaise de La figurabilité psychique, Mme Dana Birksted-Breen, a accepté de faire[v].

Mais, quoi qu’il en soit, en dernière analyse, il ne s’agit pas tant de terminologie que de saisir l’esprit de l’œuvre par la construction du comparable qui cherche par dessus tout la transmission du sens, ici à travers un terme crucial engageant toute l’oeuvre.

 

2. Le champ de la figurabilité : la rêverie en fait partie

Retenons de ce détour par la traduction d’un terme qu’il nous a permis de saisir un enjeu capital : l’essentiel du travail du rêve, plus qu’en un accomplissement de désir, il consiste en un travail de transformation qui tend à une mise en figurabilité comme le meilleur moyen d’effectuer une mise en intelligibilité de l’hétérogénéité psychique. Nous y reviendrons en suivant l’esprit du Freud de 1932 qui accorde au travail du rêve l’objectif d’élaborer les traumas de l’enfance.

Nous ne parlerons pas alors de Figurabilité mais de Travail de Figurabilité[vi] pour nommer ce vaste ensemble. Et cela, au même titre que Freud parle de la condensation et du déplacement sous la nomination de Travail de Condensation et de Travail de Déplacement. En fait, le déplacement et la condensation sont deux façons de travailler le matériel, autant dans l’objectif d’accomplir un désir déguisé que dans celui de faciliter une mise en figurabilité et en intelligibilité. C’est-à-dire, « la transformation des pensées en rêve, en contenu du rêve… le plus souvent sous formes d’images visuelles» (Freud, 900). Cette idée de transformation était donc déjà présente dès 1900 et rebondira en 1932 ; mais, grosso modo elle demeurera, dans l’œuvre freudienne, circonscrite à son rôle dans le rêve, celui de transformation des pensées en images, sans prendre la portée que par la suite Bion a pu lui donner en l’envisageant également dans le fonctionnement diurne. Mais, à la différence de Freud, chez Bion, l’idée de déguisement d’un désir interdit s’efface ; avec la disparition de l’idée de censure à l’œuvre dans toute transformation à cause de la poussée permanente des désirs inconscients, la transformation bionienne n’a pas tant l’objectif de résoudre un conflit intrapsychique mais c’est la quête d’une mise en récit d’un inconnaissable, d’une réussite langagière, souvent grâce à une relation intersubjective entre deux psychismes. En somme, Bion limite la portée de la notion de transformation en ce qu’il néglige l’importance de la participation de la poussée de l’inconscient toujours présent et aux aguets pour s’accomplir. Il aurait même dit que « Freud a exagéré et surévalué l’importance de l’inconscient ». Il tombe alors dans l’extrême opposé faisant de la transformation un mouvement possédant surtout un caractère progrédient. En bref, il s’agit d’un processus qui, à partir d’un élément initial, psychiquement non assimilable (un élément ß, un trauma irreprésentable, ou plus largement un inconnaissable, ou encore ce que Bion nomme le fait original O), grâce à une transformation, réussit à acquérir une qualité pouvant être élaborée psychiquement. Et, en ce qui concerne la pratique analytique bionienne, le psychisme de l’analyste est vu comme étant constamment en train de réaliser la transformation d’une expérience émotionnelle au contact du patient. Ainsi, il semble bien que Bion, dans sa conception du fonctionnement psychique, ne donne pas la place que mérite à ce processus contraire de transformation chez l’analyste qui dans un mouvement de direction opposé partant des éléments conscients-préconscients, telles des représentations de mots, donc déjà psychiquement assimilés, leur impose une régression régrédiente qui, pouvant aller jusqu’à l’inconscient, les transforme, sous l’influence de ce dernier, en figurabilité. Ajoutons à cela notre crainte que, malgré la grande avancée effectuée par Bion dans sa conception de la notion de transformation, celle-ci se voit simplifiée par l’usage abusif de la formulation consacrée de capacité de reverie de la mère, et réduite à cette dernière. La capacité transformationnelle du psychisme gagnerait dans ses potentialités explicatives si nous cessions de la limiter à la notion préconsciente de rêverie au profit du terme plus large de figurabilité lequel, parmi d’autres avantages, possède celui de comprendre, comme nous allons le voir, l’idée d’effectuer un Travail de mise en intelligibilité à partir d’une Régrédience[vii] accessible à l’inconscient et au désir infantile refoulé.

 

3. La régrédience de la figurabilité

Du fait du cadre analytique ; c’est-à-dire, la position allongée, l’analyste investi mais hors de la vue, la libre association, l’absence d’acte, l’assurance de la stabilité de la durée de la séance (la pratique régulière de l’interruption de la séance, inattendue et décrété par l’analyste, empêche la régression et la possibilité de s’abandonner à une régrédience de la pensée) ; comme chez l’analyste par d’autres contraintes, il se produit, chez les deux partenaires, un état psychique original et spécifique à la séance analytique, que, pour le distinguer à la fois de l’état diurne et de l’état de sommeil, nous qualifions d’état de séance. Cet état de séance est d’une nature singulière, unique, hybride, faite autant du fonctionnement diurne que du fonctionnement nocturne, mais n’étant ni l’un ni l’autre ; il bénéficie pourtant des qualités de tous les deux et est doté de capacités autrement inatteignables. C’est le terrain d’élection où peuvent se manifester, pendant la vie diurne, la voie régrédiente et le Travail de Figurabilité.

Selon la classification de la régression que Freud établit en 1914, dans un paragraphe ajouté à L’interprétation des rêves[viii] (temporelle, topique, formelle), la figurabilité est le résultat d’une régression topique et formelle de la pensée. Ce travail de transformation se déroule sur un parcours régrédient qui peut être court, se contentant de retourner à la source imagée du mot dont Silberer a donné plusieurs exemples, tel celui de la préoccupation de corriger dans un article un passage d’un style raboteux qui se transforme dans le rêve en « je me vois en train de raboter une pièce de bois »[ix]. Là, c’est un processus réduit au préconscient. Mais, le parcours peut être long et, dans ce cas, la voie régrédiente change de topique et, quittant le préconscient, accède au système Ics. Le modèle du Travail de figurabilité sera alors comparable et proche du travail du rêve d’accomplissement, déformé par l’effet de la censure, d’un désir infantile inconscient ; et, plus largement d’élaboration des traumas irreprésentables del’enfance. Le champ de la figurabilité est donc large.

Dans ce vaste champ du travail de figurabilité, l’un de processus possibles est la rêverie. A condition de l’envisager en tant que l’une des expressions du mouvement de figurabilité, nous avons une chance de nous repérer. Pour Freud, c’était clair : le processus psychique qui aboutit à une rêverie serait à assimiler non pas tant au travail du rêve qu’à la dynamique du fantasme préconscient-conscient. Elle se différencierait du rêve en ce que l’essentiel de son travail se joue au niveau d’une activité du Préconscient. C’est pourquoi s’impose à chaque fois une évaluation de la nature de toute manifestation de figurabilité lors d’une cure, car sa véritable valeur économo-dynamique peut être fort différente selon le niveau qu’elle occupe sur le parcours régrédient. Par exemple, elle peut être conditionnée avant tout par des besoins narcissiques du Moi de l’analyste qui cherche inconsciemment une protection devant les importantes difficultés qu’il rencontre avec tel analysant, difficultés qui atteignent son narcissisme, sa confiance en soi, ses capacités analytiques. En effet, la rêverie de l’analyste, au lieu d’éclairer la cure, peut instaurer, au contraire, une résistance parfois tenace tant elle apporte de satisfactions narcissiques à l’analyste évitant la conflictualité et se prêtant à occulter les blessures précoces. Lors des rêverie de cette nature, la complexité du travail du rêve s’efface devant l’importance du surinvestissement de l’élaboration secondaire dont Freud savait déjà nous dire combien celle-ci est avide de s’emparer d’un fantasme conscient, de prendre sa forme et son contenu, afin de revêtir, quand il s’agit d’un rêve, au moment du réveil, une apparence convenable pour le Moi diurne.

Pour toutes sorte de raisons, on aura tort de nommer par le terme de Rêverie tous les phénomènes de l’ordre du figurable qui ont lieu en séance, même si la notion de Rêverie est soutenue, comme chez les bioniens, par une théorie la considérant issue de l’idée de rêve inconscient en activité jour et nuit. Le fonctionnement de la pensée de l’analyste en séance, étudié uniquement sous l’angle de la rêverie, est une simplification de l’étendue d’un ample champ de recherche qui, par contre, se révèle sur l’axe de la notion de Travail de Figurabilité.

Par exemple, peut surgir chez l’analyste d’une façon soudaine, inattendue, une sorte d’« accident de la pensée » quittant le terrain de représentations des mots au profit d’une expression perceptive-hallucinatoire d’un matériau autrement irreprésentable. Cela peut ressembler à un flash, mais aussi l’« accident » peut prendre la forme d’un blanc de la pensée, ou au contraire, le surgissement d’un mot apparemment inexplicable dans le contexte, voire la surprise de la création d’un nouveau mot, quand ce n’est pas une décharge ou au contraire une inhibition motrice.

Qu’il s’accomplisse ouvertement dans le rêve, ou plus ou moins discrètement dans la pensée diurne, nous considérons que le Travail de Figurabilité est l’une des fonctions primordiales de l’appareil psychique. Il représente l’autre face de l’intelligibilité psychique. Une face qui se trouve en relation dialogique, au sens que lui a donné Edgar Morin[x], avec la rationalité des processus secondaires propre au domaine de représentations de mots. On comprendra aisément qu’il a à jouer un rôle majeur dans la pratique de la cure.

 

[1] Voir mon Introduction au Débat. Dans ma contribution, j’emploierai par la suite uniquement le terme de rêverie dans un sens large comprenant les sens français et anglais. 

[i] Freud S. (1900). L’interprétation des rêves, OCF t. IV, pp. 652-3 ; SE t. V, p. 597 ; GW t. II-III, p. 602.

[ii] Berman A. (1984). L’épreuve de l’étranger. Gallimard.

[iii] Ricoeur Paul (2004). Sur la traduction. Bayard.

[iv] Selon le Konkordanz den Geasammelten Werken von Sigmund Freud.

[v] Botella C. et S.. The Work of Psychic Figurability. Brunner-Routledge. London, New York.  

[vi] Botella C. et S. (2001). La figurabilité psychique. Delachaux et Niestlé.

[vii] Botella C. et S. (2001) Régrédience et Figurabilité. Rapport au Congrès de Langue Française Paris 2001. Revue Française de Psychanalyse 2001-4.

[viii] Freud S. (1900). L’interprétation des rêves. OCF t. IV, p. 602 ; S.E. t. II, p. 548.

[ix] Freud S. (1900) Ibid. Référence en français, page 390. En anglais, S.E. tome II, page 344, la traduction ne rehausse pas la transformation du mot en image ;”uneven passage” devient “planing a piece of wood”. Il en est de même en espagnol : “suavizar el pasaje” devient “cepillando un trozo de madera” (O.C.tome II, page 556). Et autant en allemand / “holprige” devient “glatthobeln” (G. W. tome II/III, page 350). 

[x] Morin E. (2001). « Dialogique : Unité complexe entre deux logiques, entités ou instances complémentaires, concurrentes et antagonistes qui se nourrissent l’une de l’autre, se complètent, mais aussi s’opposent et se combattent. A distinguer de la dialectique hégélienne. Chez Hegel, les contradictions trouvent leur solution, se dépassent et se suppriment dans une unité supérieur. ». L’identité humaine. La méthode 5. L’humanité de l’humanité. Seuil. Paris.

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