La complexité des phénomènes propres au processus analytique, l’intensité émotionnelle des expériences actualisées par le transfert, la précision des conditions qui confèrent son pouvoir de vérité à l’interprétation, expliquent pourquoi la cure analytique doit se dérouler dans un cadre défini et intangible.

  1. La cure dure plusieurs années, en fonction même de la consistance de son projet. Sa durée ne peut être déterminée à priori. Son avancée dépend, avant tout, du cheminement de l’analysant. Cette durée indéfinie implique une temporalité conforme à la liberté offerte aux mouvements psychiques.
  2. Le cadre optimal est constitué par trois ou quatre séances hebdomadaires régulières, de durée longue et fixe. Il est essentiel pour l’élaboration interprétative du transfert que rien de ce que le patient dit sous l’égide de la règle fondamentale ne trouve, de la part de l’analyste, une réponse en acte (comme la levée de la séance ou toute autre modification de cadre).
  3. Le paiement et son mode font partie du cadre. L’analyse coûte cher du simple fait de la fréquence et de la durée des séances. Ce constat ne se confond pas avec la donnée d’expérience selon laquelle le paiement direct de l’analysant à l’analyste, sans tiers interposé, constitue la situation optimale pour la dynamique du processus. L’expérience complémentaire – et bien légitime – des cures analytiques en institution, ou en convention, montre les limitations, parfois étroites, de leur viabilité.
  4. Le paiement en espèces appartient à la tradition analytique, et vise à rendre plus concrète et présente cette dimension de l’échange, sans être un critère strict du protocole.
  5. La convention habituelle est que les séances manquées pendant les périodes d’activité de l’analyste sont dues, quelle que soit la cause de cette absence. La justification immédiate de cette convention est que le temps de ses séances est absolument réservé au patient, et qu’il en dispose à son gré, sans que cela puisse causer un dommage financier à l’analyste. Bien sûr, il arrive qu’un patient rencontre un cas de force majeure : mais aucune autre solution ne serait plus juste et clairement applicable. Pour l’analysant, le fait d’assumer l’entière responsabilité financière de son absence s’avère propice à l’expression la plus libre des mouvements psychiques, souvent surprenants, qui l’accompagnent.
  6. Par la convention stricte qui l’établit, la manière rigoureuse dont l’analyste le respecte et le fait respecter, le cadre assure la constance d’un espace-temps où les principes propres à l’investigation analytique peuvent être mis en oeuvre.

Il convient d’adjoindre au cadre le classique dispositif : le patient est allongé sur le divan, l’analyste assis derrière lui, hors de sa vue. Cette disposition vise à favoriser chez les deux protagonistes le déploiement de modes d’activité psychique régressifs, propices à l’investigation de l’inconscient.

Cadre et processus réalisent les conditions optimales pour que le patient soit en mesure de se saisir de la tâche qui lui est proposée, et que résume la règle fondamentale : prêter attention à ce qui se passe en lui, à ce qui lui vient à l’esprit, et le dire même si cela lui paraît futile, absurde, déplaisant pour lui-même ou celui qui l’écoute. On peut imaginer quels obstacles intérieurs suscitent cet exercice; mais les conflits qui s’organisent ainsi et vont englober la personne à qui la parole s’adresse sont précisément révélateurs des refoulements qui ont opéré jadis et dont la révision est la visée de la cure. La dimension essentielle de l’expérience vécue par l’analysant dans la cure est de lier le retour de situations intensément investies du passé à leur intégration interprétative à travers le devenir conscient.

Mais cette expérience ne peut advenir que si l’analyste exerce pleinement sa fonction :

  1. Celle-ci suppose, d’abord, un respect tout particulier de la personne du patient, du secret de la cure, des contraintes du cadre, à la mesure même de ce que l’analysant est amené à livrer du plus intime et du plus vulnérable de lui-même.
  2. Mais, bien sûr, la fonction de l’analyste relève d’attendus techniques :
  • La neutralité bienveillante décrit la façon dont l’analyste accueille le discours du patient, quelle qu’en soit la teneur : elle sous-tend la possibilité même, pour le patient, de se fier à la règle pour ne pas exclure de son dire les mouvements qui lui sembleraient pouvoir provoquer réprobation, séduction, etc.
  • Plus profondément, le retrait, la réserve souvent silencieuse de l’analyste le détachent des rôles ordinaires (guide, savant, etc.) pour contribuer à l’émergence d’un champ relationnel spécifique, où se déploie le processus transférentiel.
  • Enfin, cette attitude de l’analyste renvoie à la position intérieure que la règle lui impartit : celle d’une écoute également flottante, s’exerçant par delà les significations et références ordinaires présentes dans le discours du patient. Cette écoute s’accompagne d’une élaboration psychique largement inconsciente, où s’esquissent des lignes de force significatives, nées de la rencontre même.
  • Cette élaboration est la condition pour que surgissent, au moment opportun, des constructions ou interprétations singulières et, de ce fait virtuellement efficaces.

La fonction de l’analyste ressortit donc d’une discipline complexe, seule à même d’assurer l’éthique de la situation analytique, centrée sur l’accueil et l’élaboration du transfert.

L’exercice de cette fonction suppose certains dons relatifs à la perception des mouvements psychiques inconscients, les siens propres tout autant que ceux d’autrui; et une formation spécifique, longue et approfondie.

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