Conférence Vulpian, 14 mars 2002
Marie-Lise Roux
Les  Traumatismes psychiques de la vie infantile, leur expression transferentielle dans la cure d’adulte

Il y a une conception un peu simpliste du trauma infantile, de nos jours largement reprise par les médias et même par certains psys. Patrick Alègre, le violeur étrangleur n’a-t-il pas une mère alcoolique et un père brutal ? Tout s’explique ! Sauf que, du coup, rien n’est clair et qu’on risque alors de recourir, pour donner sens aux évènements, à la théorie bio-génétique, elle aussi trop réductrice. Il s’agit bien cependant de rechercher les causes et de donner une explication à ce qui survient, voire une « interprétation ». Ce qui sera mon thème ce soir, c’est la façon dont ma pratique analytique m’a permis de retrouver au sein des cures, les traces laissées par les traumas infantiles.

Mais d’abord, une précision : on a trop tendance,s’agissant de traumas, à évoquer des faits qui sortent du commun, à penser à des expériences extrêmes, douloreuses ou exaltantes, à des « histoires sensationnelles ». Je montrerai plutôt combien la r&alité la plus ordinaire est riche de résonances et d’effets extraordinaires. Paraphrasant la phrase fameuse « la vie est une maladie sexuellement transmissible et qui s’achève toujours par la mort », je pourrais dire ici : »la psychanalyse est  un traitement toujours traumatique et qui débouche toujours sur la sexualité infantile ». Ce que je tenterai de montrer, c’est comment le mouvement transférentiel, lorsqu’il est repris dans le setting analytique (à savoir un certain type d’écoute et une certaine façon de répondre à ce mouvement transférentiel) permet de faire réapparaître des éléments ignorés, refoulés ou même jamais « pensés » du passé (et donc à ce titre traumatiques) et de les réintroduire dans l’histoire d’un sujet, au lieu qu’ils subsistent dans sa psyché comme des « grains de sable » qui entravent sa vie et faussent la perception qu’il a de lui-même.

Le mouvement transferentiel

Même si c’est à Freud que nous devons la découverte de la notion de transfert, il est important de savoir que le transfert n’est pas un phénomène qui ne se produit que dans la situation analytique. Par contre, ce qui revient à la situation analytique c’est le travail de l’analyse du transfert et de sa résolution. Sans m’attarder sur les différence entre transfert et névrose de transfert, je soulignerai seulement que les travaux contemporains sur des stuctures non-névrotiques ont mis en évidence la réalité des mouvements transférentiels et la necessité de les analyser.

Les mouvements transférentiels se produisent dans toute relation humaine où se recrée une situation de dépendance, qui accompagne une demande d’aide (médecin, infirmière, professeur…). Quelqu’un à l’égard de qui on est en attente, à qui on s’adresse avec un espoir de réponse. Cette dépendance est celle de tout enfant humain, né prématuré moteur, et dont cependant la perception sensorielle dès la vie intra utérine l’a rendu capable de « connaitre » le monde extérieur.

Cette dépendance est sans doute ce qui fait que, comme me l’a dit une patient dont l’enfance avait souffert d’une mère froide, voire hostile, « les enfants ne peuvent pas ne pas aimer leurs parents ». Cependant, il ne faudrait pas croire que le secret des troubles psychiques réside seulement dans le comportement des parents, bons ou mauvais.

Les traumas de la vie infantile

Il faut d’abord évoquer ce qui, dans un développement normal, représente une potentialité de constituer un traumatisme. Il faut donc préciser ce qu’on peut appeler traumatisme, au sens de la psychanalyse.

a) le traumatisme nécessite deux temps : 1er  temps  où se produit un incident dont la charge d’excitation est trop importante pour que la psyché (par défaut de maturité le plus souvent) puisse élaborer, évacuer ou assouvir l’excitation. Il n’y a pas de représentations ou seulement des représentations défensives. Par exemple, dans le célèbre exemple freudien de l’enfant à la bobine : la mère est partie, il ne peut se figurer où elle est, ni n’est capable de mesurer le temps qui le sépare de son retour ; à ce traumatisme, il oppose une activité motrice et verbale (« fort-da ») dont il est le maître et qui le font passer de la passivité /dépendance à une activité « auto-calmante ». On peut supposer ici deux types de trauma psychique :

  • ou bien l’enfant imagine (hallucine) la mère disparue comme détruite au dehors puisqu’elle est devenus présente en lui en se représentant (c’est le « trou » de l’objet de Winnicott)
  • ou bien, il n’y a pas de représentation de « où est maman » et le trou est alors non plus dans l’objet mais dans la psyché même de l’enfant.

L’exemple de Freud avec son petit-fils, nous indique néanmoins un premier aspect positif du trauma,souligné par Freud : la recherche psychique pour trouver une issue à la détresse de l’absence aboutit à une créativité (le jeu) et donc à une satisfaction narcissique qui va, du moins momentanément, combler les « trous ». L’absence reste source de trauma dans la mesure où la mère n’est pas « remplacée » par l’activité motrice du jeu, qui n’est qu’un ersatz (un substitut). Ce qui va provoquer les troubles ultérieurs possibles, c’est lorsque devant une difficulté, même banale comme celle ici évoquée, le choix fait par le sujet d’un ersatz quelconque, se révèlera de mauvaise qualité ou inadéquat pour satisfaire ou évacuer la surcharge d’excitation. Ces choix substitutifs sont extrêment variés et peuvent aboutir à toutes sortes de formes pathologiques qui vont du vide de la pensée  à l’agitation motrice, à la maladie somatique, à l’interprétation délirante ou à l’arrêt du développement.

Dans l’histoire infantile du sujet (de 0 à 5 ans) qui est généralement plus ou moins frappée d’amnésie, nombreuses sont les occasions répétitives pour que des choix divers soient essayés par l’enfant , certains avec succès,d’autres avec des fortunes diverses. Bien entendu l’étayage des réactions parentales joue aussi son rôle, en particulier dans l’utilisation du langage, d’abord corporel, en suite verbal, c’est à dire dans un échange qui manifeste une compréhension.

Mais, l’important est que toute l’histoire de ces traumas et des solutions plus ou moins parfaites aura été oubliée, et ceci d’ autant plus que ces solutions auront échoué. Depuis sa naissance l’enfant passe par des expériences et des apprentissages qui sont autant d’épreuves ‘ »normales » mais plus ou moins bien vécues. Epreuves qui s’accompagnent de la notion du contrôle de soi et de son entourage, de l’apprentissage des différences des générations et des sexes, après la phase phallique et les transformations pubertaires.

L’hypothèse de Freud, dans « Moïse et le monothéisme »(p.I6I) de l’importance que revêt pour l’être humain, au contraire des primates, chez qui elle se produit à 4/5 ans, le retard d’intervention de l’évènement pubertaire est ici de la plus grande importance : en effet, cette période de « repos » sexuel avant la puberté correspond en même temps à un moment d’oubli, voire de refoulement de tout ce qui est advenu dans la période infantile. De plus, la période de latence est aussi le temps où se réalisent des apprentissages sociaux et culturels et où se consolident certaines fixations en particulier celles des imagos parentales.

À la puberté toute l’histoire corporelle est remise en chantier du fait des modifications hormonales, du fait aussi que les fantasmes autour desquels le Moi s’est construit sont remis en cause par la possibilité de la réalisation de ces fantasmes. Sur le plan sexuel, en particulier, le sexe réel auquel le sujet appartient ne peut plus permettre les représentations habituelles, sinon au prix de construction délirante (comme dans certains transexualismes) ou de troubles identitaires. Comme Freud l’a montré dès « les Etudes sur l’Hystérie », ce qui va créer le fait traumatique est la reprise « après-coup » des expériences sexuelles infantiles dans la confrontation à la réalité matérielle du corps sexué. La génitalité et ses possibilités de réalisations orgastiques font ressurgir les affects (d’angoisse ou de détresse) qui ont leur origine dans les souvenirs du passé, méconnus dans le présent par l’effet de l’oubli. Ces affects semblent actuels, et prennent la forme de l’expérience passée : soit des trous, soit des constructions inadéquates. La charge d’excitation qui n’avait pas trouvé autrefois d’issue de satisfaction a aussi et surtout privé la psyché de ses possibilités de représentations. En effet, sur le moment, les représentations de choses n’ont pas été liées aux représentations de mots. Dans la période de 0 à 5 ans, l’enfant n’a pas eu la capacité de nommer et décrire ce qu’il ressent. En clinique, il n’est pas rare non plus de rencontrer des patients qui sont totalement incapables de « dire » par eux-mêmes ce qu’ils éprouvent. Un roman célèbre, relatant un parcours analytique s’intitulait « Les mots pour le dire ». Les patients attendent souvent du thérapeute qu’il leur fournisse ces mots, ce qui constitue évidemment un danger de suggestion non négligeable.

Le travail analytique

Le travail analytique avec des patients adultes a pour fonction de rétablir ce que les traumas infantiles ont empêché le Moi du patient de construire, et en particulier, la capacité de « penser » les situations, c’est à dire de se les représenter et de trouver des solutions satisfaisantes pour les diverses instances. C’est le sens de la célèbre phrase de Freud « Là où était le Cà, le Moi doit advenir ». La liberté de choisir les moyens de satisfaire la vie pulsionnelle devra s’accorder à la nécessité de respecter la réalité du monde extérieur (réalité de la vie sociale comme réalité des choix identitaires).

Le travail analytique peut se dérouler sous des formes différentes qui vont de la cure classique (divan/fauteuil, 3 ou 4 fois par semaine) à des aménagements du cadre analytique (face à face, psychodrame, psychothérapie corporelle…). L’important étant qu’il y ait un « cadre »(temps des séances, paiement même symbolique) établit par contrat avec le patient et qui, outre que son respect constitue une « alliance thérapeutique de base », son non-respect permet un travail sur le lien inconscient qui s’est établi et qui, souvent, répète des traumas infantiles : je suis frappée de l’extrême fréquence des retards systématiques aux séances (l’analyste est alors « mis en attente ») chez des patients qui, dans l’enfance, ont dû supporter des comportements imprévisibles des parents (ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres). Le deuxième point est que le thérapeute utilise les outils de la psychanalyse : le transfert et son analyse pour le patient, ainsi que le travail sur son contre-transfert que doit faire l’analyste. D’autre part, le travail se fait au moyen du langage verbal et non par des « agissements ». Celà, non pas parce que « l’inconscient est structuré comme un langage » (formule lacanienne brillante, mais erronée), mais parce que le langage permet aux représentations psychiques d’acquérir une valeur, valeur qui a un sens par rapport à la poussée pulsionnelle et aussi parce que le langage suppose un objet.Nous avons vu que les traumas s’accompagnent toujours d’un échec ou d’une distorsion des représentations, ainsi que de la nécessité de la répétition, dans l’espoir de corriger ces échecs. La répétition signe le traumatisme en ce qu ’elle implique un effort pour faire disparaitre, refouler, ou maîtriser des affects  incompréhensibles, gênants voire absurdes, du fait qu’ils sont liés à des non-représentations ou à des ersatz.

Le travail analytique est donc source de traumatismes, au même titre que la poussée pubertaire, du fait même que l’analyste réveille la répétition, oblige le refoulé à surgir et donc, ramène à la conscience des affects et des souvenirs, ainsi que les constructions des ersatz : comme, par exemple, les souvenirs-écrans. Ceci ne survient que si l’analyste s’abstient d’adopter la position d’un parent tout-puissant, par des conseils,ou un silence obstiné, comme s’il « savait » tout, et se situe comme celui qui fait des liens et des rapprochements,ou aide à trouver de nouvelles représentations.

La frustration qu’impose l’analyste n’est pas, comme on le croit trop souvent, de garder une attitude impavide et indifférente, mais de ne pas donner de satisfaction immédiate : c’est à dire d’introduire un « espace temporel »,qui obligera le patient à retourner sur les traces du passé, à les revivre dans la situation analytique et à pouvoir mettre des images et des représentations là où les traumas avaient laissé un espace vide ou négatif.

Les modes de travail de l’analyste sont liés au type de traumas que les différentes structures psychopathologiques des patients permettent de supposer.

Dans le cas des psycho-névroses de défense, des personnalités névrotiques ou de névroses de caractère suffisemment souples, un lien de langage peut s’établir, où le patient peut rapporter son histoire, s’interroger sur les « trous » qui y apparaissent  et se montre capable de « dire tout ce qui lui vient à l’esprit » : c’est bien le rêve, alors, qui est la « voie royale » vers l’inconscient, mais aussi les associations, les fantasmes, les affects et tout ce qui surgit dans la situation de relâchement corporel du divan, dont Freud faisait remarquer qu’elle suscitait l’angoisse,du fait du retour du refoulé. Le travail analytique se fait alors autourn des « résistances » même à ce travail : impossibilité à associer, blocage des processus de rêves, tendance à agir plutôt qu’à parler…. Les agirs , qu’ils se produisent dans la séance ou à l’extérieur ont ici ceci de particulier que le patient les remarque et en parle, généralement, et que l’analyste peut s’en servir pour souligner des liens entre ce qui est agi et ce qui venait d’être dit dans la séance. Les liens psychiques, tant libidinaux qu’agressifs, ne sont pas rompus et ce sont ces menus incidents, qui, rompant le discours du patient, viennent signaler les traces traumatiques du passé. Le travail de l’analyste sur son éprouvé contre-transférentiel lui permet de fournir une interprétation qui relance le tissu associatif et permettre la reprise du passé traumatique, le plus souvent, par la reviviscence des affects qui ont, par leur violence même, été à la source du traumatisme. On peut se représenter, dans ces cas, la situation analytique comme une reprise en écho de ce qui n’a pas pu fonctionner dans l’histoire infantile du patient : à la fois du fait de sa propre constitution et /ou de de l’adéquation plus ou moins réussie des réponses parentales ou de l’interprétation que l’enfant s’en était donnée. Une bonne partie de l’histoire du psychisme est de chercher à échapper à ce traumatisme que représente le fait d’avoir été conçu par un couple de parents qui vous ont infligé de naître, de ne pas avoir pu choisir votre sexe, et d’avoir dû renoncer,du fait du développement biologique à  de multiples solutions de satisfactions qui passent par les zones érogènes.

Dans les états-limites ou certaine structures dites « psychosomatiques » où des aménagements du cadre sont nécessaires, les traumas infantiles sont liés autant à la constitution pulsionnelle particulière du sujet qu’à la réponse plus ou moins adéquate de l’entourage aux différentes étapes de la vie pulsionnelle. Cette inadéquation peut aussi bien être liée à des évènements extérieurs fortuits et dont la réalité traumatique est due à la violence des affects qu’ils ont entrainé, mais aussi à une distorsion entre les réactions émotionnelles des enfants et des parents, distorsions dont on a lieu de penser  qu’elles sont liées aux difficultés psychiques des parents,entraînant des constructions imparfaites de la réalité extérieure et surtout de la réalité psychique de leur enfant. Dans ces cas, le Moi psychique de l’enfant n’a pu acquérir les fonctions nécessaires pour aborder les différentes étapes du développement avec les traumas « normaux » quelles entrainent. Le Moi reste débordé par les excitations internes ou externes, fixations et régressions en découlent, ou bien, la défense projective reste la solution préférentielle, qui peut aussi être remplacée par la fuite de toute excitation, sous la forme paradoxale d’une agitation permanente.

Dans le travail analytique, il faudra souvent beaucoup de temps pour l’analyste d’abord, le patient ensuite, puisse repérer ces fonctionnements, toujours répétitif et souvent inconscients, ou vécus comme banals et rassurants par le sujet, qui n’est pas conscient de leur caractère pathologique. C’est le contere-transfert de l’analyste qui est souvent l’outil le plus utile – au moins au début de ces cures – La difficulté à se représenter l’histoire du patient, ou ses objets, le fait que, souvent, l’analyste ne peut plus penser, ou se trouve soumis à un flot de pensées ou d’images paradoxales sont les modes de réactions au moyen desquelles l’analyste parviendra à cerner les espaces vides (ou vidés par un tropplein d’excitation) du discours du patient. Ce sont des signes par lesquels la répétition indique que des traumatismes ont fixé/figé les possibilités de travail psychique du patient. Le travail de pensée de l’analyste devra prendre en compte non pas tant le « contenu » du discours du patient (dont la forme répétitive peut parfois sembler vide de sens) que la forme même de ce discours : les répétitions, les défaillances, ce qui n’est jamais évoqué, ce qui manque. Le plus souvent, c’est l’absence des affects qui est le plus reconnaissable, absence qui peut se manifester par des sentences banales et abstraites, des considérations générales passionnées et sans lien avec la situation présente ou des situations du passé. Ce ne sont plus les détails d’un rêve qui vont permettre d’accéder à l’inconscient, mais les ténues modifications du tissu répétitif, grâce auxquelles l’analyste parviendra à trouver des images et des représentations de ce qui avait pu advenir, dans le passé. Ce jeu passé/présent est ce qui peut devenir,dans le lien transféro-contre-transférentiel, une construction de l’histoire psychique du patient.

Dans les psychoses,enfin,on peut voir à l’oeuvre une violence pulsionnelle liée sans doute à une disposition constitutionnelle, mais aussi à  l’échec constant de  l’entourage à procurer un cadre pare-excitant suffisant. Le danger traumatique du travail analytique avec ces patients est à son comble : l’absence de construction du Moi, la non différenciation Moi/non-Moi rendent la relation transférentielle flamboyante et, de ce fait même, mortifère en raison des mécanismes destructifs qu’elle entraîne.

Le contre-transfert analytique est mis à l’épreuve d’une double façon :

  • d’une part,parce que tous les mouvements de rapprocher ou de compréhension, tout l’élan positif du patient et de l’analyste (le partage des affects) met en péril la psyché du patient qui risque soit de rester « collé » au psychisme de l’analyste, soit de cherdcher à s’en libérer par une explosion de violence.
  • d’autre part, parce que l’intemporalité de l’inconscient envahit tout le présent, beaucoup plus que dans les autres structures, et fige le travail dans une sorte d’immanence d’éternité ou se perdent toute signification et toute historicité.

La répétition, ici, perd tout son sens, car il n’y a même plus l’oscillation rythmique présent/passé  et tout se passe comme si une transfiguration permanente de la situatiopn analytique rendait la relation thérapeutique à la fois inopérante et glaciale et en même temps magique et incandescente. Bion, qui prescrit à l’analyste d’être alors « sans pensée et sans désir », ou Francis Pasche, qui, avec « le bouclier de Persée », recommande la cration d’un espace « neutre et réfléchissant » pour que le patient puisse se « voir »,nous ont bien montré le rôle majeur du contre-transfert dans ces cures longues et douloureuses. L’interrogation, le doute et l’absence d’interprétation aident le patient à se dégager d’un « transport » (plus que transfert) où il se perd et nous perd dans un flot pulsionnel engloutissant.

Il me semble que le véritable transfert, alors, n’est pas celui du patient, mais celui que l’analyste va devoir faire sur le Moi du patient, Moi dont une partie consciente est présente dans toute psychose et qui se fonde sur les « barrières de contact » (Freud) que sont les sensations corporelles. La « décorporéïté » (Pasche) n’est qu’une des nombreuses façons qu’ont les psychotiques d’échapper au traumatisme d’exister et à la culpabilité fondamentale d’être là.

En conclusion

Les cures d’adultes,névrosés, états-limites, ou psychotiques nous contraignent à revenir sur les pas d’une histoire infantile oubliée qui, commune à tous les humains, est aussi, par ses côtés positifs comme négatifs, l’histoire qui a construit « l’humanité » avec ce qu’elle a de splendide et de dérisoire.

Ce ne sont pas les évènements en eux-mêmes qui sont à prendre en compte, lorsqu’il s’agit des traumatismes, mais la manière infiniment variée et singulière dont chaque humain tente d’y répondre et à partir de laquelle se construit chaque individualité,infiniment semblable et infiniment diff érent.

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