Quelques classiques autour du numéro Le mensonge (volume 79, numéro 1, 2015)

Chasseguet-Smirgel, 1969 : le rossignol de l’empereur de Chine ( Essai psychanalytique sur le faux)

Diatkine & Favreau, 1956 : Le caractère névrotique

Fain, 1984 : Des complexités de la consultation en matière psychosomatique

 

Freud dit que l’analyste doit être motivé par l’amour de la vérité, rejoignant en cela tout chercheur scientifique… Pourtant, le couple vérité – mensonge, et ses variantes : vrai – faux, authentique – contrefait, authentique – factice, n’occupent pas une place importante dans la littérature psychanalytique, en dehors de quelques développements sur les éléments d’authenticité et d’inauthenticité rencontrés dans les pathologies des états-limite. La mythomanie, ancêtre symptomatique, en quelque sorte, de la clinique de l’inauthenticité, ne se rencontre guère davantage dans les pages de notre revue, victime sans doute de son association trop fréquente avec des pathologies comme la psychopathie qui, à de rares expressions près (Jean Bergeret, Gilbert Diatkine…),  a peu intéressé les psychanalystes, à moins que ce ne soit dans sa version en rapport avec la criminalité (Claude Balier). Evelyne Kestemberg, dans sa description de la relation fétichique à l’objet et des « psychoses froides » a également insisté sur l’importance de la facticité comme élément central des modalités objectales de ces patients.

En cherchant bien dans les pages de la Revue française de psychanalyse, on peut néanmoins trouver quelques textes qui peuvent venir compléter la lecture du numéro sur le mensonge. Un texte de Michel Faim (Des complexités de la consultation en matière psychosomatique, Revue française de Psychanalyse 48 (5) : 1209-1228, 1984), qui ne fait pas partie de ses plus connus, captive le lecteur par l’intensité de son évocation clinique et aussi par son originalité – un quasi compte-rendu d’une consultation d’orientation, où la mythomanie occupe une certaine place dans une situation clinique par ailleurs fort riche.

Le rapport de René Diatkine et Jean Favreau au 18ème congrès des psychanalystes des langues romanes, comme on appelait à l’époque notre CPLF actuel, en 1955, ne présente pas qu’un intérêt historique. À une époque où la psychanalyse était encore, pour la majorité des praticiens, une psychanalyse des névroses – et à une époque où la majorité des analysants était également composée de « névrosés », pour reprendre un autre terme largement utilisé à l’époque – ce rapport sur, justement, « Le caractère névrotique » (Revue française de Psychanalyse 20 (1-2) : 151-201, 1956) décrit de façon vivante un cas d’hystérie masculine avec mythomanie qui peut-être, dans notre clinique d’aujourd’hui, aurait (trop) tôt fait de rejoindre les états-limite.

C’est surtout la conférence que Janine Chasseguet-Smirgel a prononcée à la Société psychanalytique de Paris le 21 mai 1968 (ce qui prouve que les psychanalystes travaillent et réfléchissent en toutes circonstances) qui attire l’attention. Elle se présente comme une vaste étude argumentée et très complète sur la problématique du faux (Le rossignol de l’empereur de Chine (Essai psychanalytique sur le « faux »), Revue française de Psychanalyse 33 (1) : 115-141, 1969). Dans une analyse métapsychologique serrée, alliant des cas cliniques à une abondante référence littéraire et artistique (où l’on retrouve en particulier l’œuvre et la personne du romancier et dramaturge suédois August Strindberg, 1849-1912), Chasseguet-Smirgel montre que l’opposition vrai – faux implique souvent une opposition entre « vivant » et « factice ». Mais ce « vivant » s’apparente à une capacité, à une  efficience, à une puissance, qui envoient au phallus paternel, tant et si bien « qu’il s’agit toujours, quel que soit le sexe du producteur ou de l’adorateur du « faux », d’un objet qui représente le phallus ». Ces réflexions amènent l’auteur à s’intéresser de plus près à la psychopathologie du paranoïaque, connu pour sa tendance à se présenter comme « autodidacte »,  car dans « la nécessité de court-circuiter la phase d’introjection du pénis paternel ». De ce fait, « l’investissement narcissique positif de ce pénis ayant été reporté sur le Moi, aura pour résultat de donner aux productions du paranoïaque destinées à représenter son pénis dans toute sa gloire un caractère d’inauthenticité, car elles recèlent une faille capitale. ». C’est lorsque le paranoïaque, volontiers meneur d’hommes ou inventeur de nouveautés brillantes, est confronté au refus des autres de lui reconnaître « son phallus magique autonome » (autonome au sens où il a été acquis sans passer par le père), que sa problématique tourne à la persécution : « son désir d’acquérir le pénis paternel par l’introjection anale érotisée est réactivé et l’amène à la représentation persécutoire d’un rapport homosexuel sadique ». Chasseguet-Smirgel conclut que « le faux est donc lié au camouflage du caractère anal du pénis du sujet, qui n’a pu se constituer un pénis génital, narcissiquement satisfaisant, faute d’une identification paternelle adéquate. »

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