Actualité de l’Œdipe – Septembre 2007

 

Sous la direction de :
| Félicie Nayrou
| Guy Cabrol
| Hélène Parat


Auteurs :
• Bernard Juillerat • Catherine Chabert • Christian Seulin • Claude Le Guen • Florence Guignard • François Duparc • Hélène Parat • Michèle Perron-Borelli • Monique Schneider •



 

Résumé

Freud considérait que le complexe d’Œdipe était au coeur de la clinique des névroses et il y voyait un fondement décisif de la société, tout en affirmant la vérité scandaleuse de ces découvertes.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? L’Œdipe se révèle-t-il toujours aussi scandaleux ou bien se serait-il répandu comme une référence banalisée dans notre culture? Et dans le même temps, la clinique contemporaine qui n’est plus centrée sur les névroses, aurait-elle dévalué son rôle dans les développements théoriques actuels?

Au regard de l’infléchissement des théories psychanalytiques contemporaines, axées sur les carences de symbolisation et les difficultés des états non-névrotiques dans lesquels le rôle de pivot de l’oedipe est moins flagrant, cette monographie se propose de réinterroger l’universalité et l’actualité du complexe d’Œdipe, à travers ses déclinaisons dans le fonctionnement psychique, dans la clinique contemporaine et dans la culture.

C’est dans cet écart entre constantes et modifications de l’Œdipe que se posent les questions ouvertes par les contributions de Catherine Chabert, François Duparc, Florence Guignard, Bernard Juillerat, Claude Le Guen, Michèle Perron-Borelli, Monique Schneider et Christian Seulin.

Sommaire

Avant-propos – Christian Seulin

Le complexe d’Œdipe dans l’œuvre de Freud  - Claude Le Guen

L’Œdipe originaire  - Michèle Perron-Borelli

Le narcissisme à l’épreuve de l’oedipe  - Catherine Chabert

Le complexe d’Œdipe, entre renoncement et perte  - Florence Guignard

Œdipe aujourd’hui et demain ? -  Bernard Juillerat

Des fantasmes originaires aux symboles culturels : médiations et seuils  - François Duparc

Des fantasmes originaires à l’Œdipe et des théories sexuelles infantiles aux origines infantiles du discours  - Monique Schneider

Les filles d’Œdipe -  Hélène Parat

Bibliographie générale

Avant-propos

Freud écrivait, à propos d’Œdipe roi, que la légende grecque «a saisi une compulsion, que tous reconnaissent parce tous l’ont ressentie. Chaque auditeur fut un jour en germe, en imagination, un Œdipe et devant la réalisation de son rêve transposé dans la réalité, il frémit suivant toute la mesure du refoulement qui sépare son état infantile de son état actuel. » Aujourd’hui, qui frémit encore à cette « légende »… et quelle place accordons-nous à ce fondement de la théorie analytique : à être si bien intégré dans la culture ne court-il pas le risque de s’être désintégré ?

Dans les lettres à Fliess, Freud présupposait déjà l’universalité de ce qu’il nommera le complexe d’Œdipe et il affirmait la vérité scandaleuse de cette découverte majeure. Cependant, alors même qu’il a toujours considéré le complexe d’Œdipe comme un des piliers de la théorie psychanalytique, il ne l’a synthétisé que tardivement : ce n’est qu’en 1923, dans le Moi et le ça, qu’il décline sa forme complète qui met au cœur de la scène psychique des quatuors d’imagos tant négatives que positives. Sous le titre « Les piliers de la théorie psychanalytique », il écrit : « L’acceptation de processus psychiques inconscients, la reconnaissance de la doctrine de la résistance et du refoulement, la prise en considération de la sexualité et du complexe d’Œdipe sont les contenus principaux de la psychanalyse et les fondements de sa théorie, et qui n’est pas en mesure de souscrire à tous ne devrait pas compter parmi les psychanalystes.»

Cette monographie se propose d’actualiser la question de l’universalité du complexe d’Œdipe à la lumière de l’infléchissement des théories psychanalytiques contemporaines – souvent centrées sur les difficultés des états non-névrotiques et des problématiques narcissiques, les carences de symbolisation et les avatars des relations primaires dans lesquelles le rôle de pivot de l’œdipe est peu flagrant. Il est intéressant de noter que les prémisses de ce questionnement se trouvent dans l’œuvre freudienne elle-même : ainsi Freud, lors de sa réflexion sur la sexualité féminine, se demandant s’il n’y avait pas une relation particulièrement étroite entre la « phase du lien à la mère et l’étiologie de l’hystérie », s’interrogeait-il sur la nécessité « de revenir sur l’universalité de la thèse selon laquelle le complexe d’Œdipe est le noyau des névroses »…

Mais l’Œdipe peut-il avoir perdu de sa pertinence alors que Freud, non content de persister dans son affirmation qu’il était le complexe nodal, nucléaire, des névroses, y voit « un fondement de la société » et qu’il n’a cessé d’interroger sa dimension anthropologique fondamentale ? « Le complexe d’Œdipe est le corrélat psychique de deux faits biologiques fondamentaux, la longue dépendance infantile de l’être humain et la manière remarquable dont sa vie sexuelle atteint, de la troisième à la cinquième année, un premier point culminant, pour ensuite, après une période d’inhibition, entrer en jeu de nouveau à la puberté. ». Freud poursuivait directement ainsi : « L’activité d’esprit humaine, celle qui a créé les grandes institutions de la religion, du droit, et de la vie civique, vise au fond à rendre possible à l’individu la maîtrise de son complexe d’Œdipe et à faire passer sa libido de ses liaisons infantiles aux liaisons sociales souhaitées en définitive. »

À la suite du conflit entre différents courants de la psychanalyse française, A. Green synthétisait ainsi les divers aspects de l’Œdipe : « L’Œdipe n’est plus un mythe, mais un complexe, c’est-à-dire un micro-système. Il est la structure qui fait communiquer les structures de l’individu et celles de la société (…). L’Œdipe organise les pulsions qui l’organisent en retour, comme il organise la culture et est organisé par elle. » Les approfondissements théorico-cliniques de la psychanalyse contemporaine ont permis de reprendre la question de l’universalité du complexe d’Œdipe : ainsi peut-on noter que les anthropologues ont renoué avec les apports de la psychanalyse si longtemps décriés à la suite de la fiction freudienne de Totem et tabou, que les recherches sur le transgénérationnel ont souligné la nécessité de la prise en compte des configurations œdipiennes parentales dans la construction de l’Œdipe individuel des générations suivantes, que les travaux de Racamier – entre autres – ont mis l’accent sur l’antœdipe non seulement dans l’abord des schizophrénies mais comme contrepoint structurel permanent au classique organisateur œdipien, et aussi que les avatars de l’organisation œdipienne ont-ils pris sens comme suite du recours anaclitique à l’objet dans les fonctionnements limites…

Dans la lignée de ces travaux, nous proposons dans cette monographie de réinterroger l’universalité et l’actualité du complexe d’Œdipe, à travers ses déclinaisons dans le fonctionnement psychique, dans la clinique contemporaine et dans la culture.

L’abord des écrits freudiens par Christian Seulin permet de repérer le fil rouge de l’Œdipe à travers la grande variété des textes dans lesquels il apparaît et de se rendre compte que jamais Freud ne l’a considéré comme une catégorie close. De son côté, Claude Le Guen, avec sa proposition d’un Œdipe originaire, montre l’inéluctable de la triangulation dès l’aube de la vie psychique. Face à l’infléchissement de la clinique actuelle vers les troubles narcissiques, Michèle Perron-Borelli propose de prendre en compte la nécessaire dimension œdipienne de ces problématiques tout comme les blessures narcissiques directement liées au conflit œdipien. De son côté, Catherine Chabert décline l’Œdipe, entre renoncement et perte, à travers le modèle névrotique comme à travers les problématiques limites et elle réinterroge le destin du complexe d’Œdipe féminin. En dépit des modifications du complexe d’Œdipe dans la culture d’aujourd’hui, Florence Guignard s’attache au repérage des éléments qui le composent et assurent sa permanence, nonobstant la quasi disparition de la période de latence. Ensuite, notre souci d’articuler réflexion psychanalytique sur l’Œdipe et recherche anthropologique nous a amenés à rééditer un texte de Bernard Juillerat, dont nous regrettons la récente disparition, texte consacré aux liens entre fantasmes originaires, ces composants de l’Œdipe et symboles culturels. La dimension culturelle et sociale de l’Œdipe est abordée par François Duparc également à travers le jeu des fantasmes originaires. Enfin, c’est à partir de la dimension culturelle d’Œdipe – au plus près de ses versions mythiques et du trajet freudien qui va de la théorie de la séduction vers la visée universalisante – que Monique Schneider pointe l’oubli des destins féminins dans le complexe d’Œdipe.

Chaque auteur, avec son point de vue différent, a ainsi tenu à travailler la question de l’Œdipe, au cœur de la théorie et de la pratique psychanalytique, dans une tension entre sa constance et ses permanentes modifications.

Guy Cabrol, Félicie Nayrou, Hélène Parat

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