Colloque René Diatkine – Les fantasmes sadiques dans la cure

 



Tome 80, n°3
Limite de remise des textes : 2016-01-01
Date de parution : 2016-07-01
Argument...

Les fantasmes dont le contenu peut apparaître comme « sadique » – qu’ils soient conscients ou inconscients – sont omniprésents dans le fonctionnement de l’esprit en général, dans les rêveries et conduites amoureuses, dans la formation du caractère mais aussi dans les sublimations et dans nombre des actions les plus ordinaires de la vie. Cependant il semble que l’on se réfère plus volontiers au masochisme qu’au sadisme dans les récits de cure et que les représentations sadiques soient plus volontiers évitées tant par les patients que par les analystes. Ce n’est souvent qu’indirectement, à la faveur d’un phénomène de refoulement ou de répression, que l’intuition d’une fantaisie sadique sous-jacente apparaît à l’analyste. De brefs moments d’endormissement chez le patient ou l’analyste sont parfois l’équivalent a minima d’un syndrome de Gélineau, cataplexie ou endormissement soudain, provoqué par la montée d’un mouvement sadique. Les fantasmes sadiques semblent avoir un pouvoir « psychophobogène » particulièrement aigu aussi bien chez le patient que chez l’analyste.

La disparition du sadisme de toute une littérature psychanalytique va en général de pair avec celle de la pulsion et de la sexualité infantile. La notion de destructivité semble avoir supplanté le sadisme. « L’agressivité est-elle un concept métapsychologique ? », interrogeaient jadis René Diatkine et Serge Lebovici. On peut transposer la question à la destructivité. L’opposition empathie-destructivité, analogue de celle qui situe l’amour et la haine comme des contraires, fait en réalité disparaître l’idée même de sadisme et de sexualité infantile.

Ne pouvons-nous pas considérer que la destructivité est une notion phénoménologique et que le travail d’analyse doit précisément s’appliquer aux pensées ou actes réputés destructeurs pour en appréhender les différentes dimensions ? Freud, dans un « Un enfant est battu », décrit certes un fantasme où le sadisme apparaît mais il en dénoue toutes les lectures et les implications possibles, ses multiples racines dans l’inconscient et les différents aspects de la sexualité infantile auxquels il peut se relier. Il part du contenu manifeste du fantasme pour ouvrir le spectre de ses contenus latents.

Du reste il s’interroge : comment caractériser ce fantasme ? « […] peut-on le caractériser comme fantasme purement sexuel ? On n’ose pas non plus l’appeler un fantasme “sadique” […] pas à coup sûr sexuel, pas même sadique, mais de la matière d’où doivent sortir l’un et l’autre. » Le lien des fantasmes sadiques avec le complexe d’Œdipe et les sentiments de culpabilité est explicite chez Freud : « […] la conscience de culpabilité est autant choquée par le sadisme que par le choix d’objet incestueux […] », et il indique que le refoulement « contraint cette organisation [génitale] à une régression au stade antérieur sadique anal ». Nombre de fantasmes sadiques ou de conduites sous-tendues par des fantasmes sadiques devraient ainsi être compris comme l’expression du refoulement de fantasmes incestueux ou érotiques, comme figuration d’une possession, d’une emprise amoureuse totale ; de ce point de vue les innombrables représentations de martyrs et supplices dans la peinture de toutes les époques constituent des variations infinies sur le thème de la scène primitive, déclinant toutes les pulsions partielles.

La leçon de Freud semble s’être perdue et nous nous empressons souvent de déclarer simplement « destructeur » un fantasme sadique, à partir de son contenu manifeste, plutôt que d’en rechercher les implications œdipiennes et affectives latentes, sans considérer la matière dont il est fait, c’est à dire son essence pulsionnelle.

Le devenir des inévitables fantasmes sadiques est un défi pour le contretransfert et une dimension cruciale du développement du processus psychanalytique.

 

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