La neutralité

 

Rédacteurs :
| Klio Bournova | Vassilis Kapsambelis |

Tome 71 n°3, juillet 2007
Date de parution : 2007-07-01
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Argument...
Sommaire
I. J. Strachey a choisi de traduire par le terme de Neutrality celui d’Indifferenz que Freud, dans ses « remarques sur l’amour de transfert » (1914), emploie pour désigner ce que doit être la position du psychanalyste face aux sollicitations du transfert amoureux. De fait, dans la diversité des formes qu’elle a revêtues, des critiques qu’elle a suscitées, la Neutralité est toujours apparue comme un support essentiel à l’analysabilité du transfert. On pourrait considérer qu’en dernier ressort elle traduit la nécessité pour l’analyste de manifester pendant la séance, et à ses bornes, le lien qu’il entretient avec l’impersonnalité de la méthode qui organise la situation de travail. Son lien intime avec la visée d’une soi-disant objectivité est un leurre, mais sa participation au maintien ou à l’émergence de la fonction tiercéisante reste cruciale. II. La Neutralité fait partie de l’attitude professionnelle de l’analyste. Son ambiguïté est de délier et de relier chez lui le dehors et le dedans :
  • d’un côté, elle se manifeste par un comportement – gestuel, mimique, verbal – empreint de réserve et de discrétion qui semblerait tendre à prolonger l’effacement perceptif qu’implique le dispositif divan-fauteuil. Elle signifie au patient un refus deprendre parti, notamment dans les conflits de sa vie réelle, afin de favoriser le dégagement de la fonction interprétative.
  • D’un autre côté, la Neutralité a trait à une disposition intérieure, intime de l’analyste : il s’agit d’une réceptivité qui devrait faire accueil égal à tous les messages du patient, mais aussi à ceux qui se produisent dans sa propre psyché sous le signe du contre-transfert. Vue du dedans, la Neutralité semble un prolongement de l’attention en égal suspens que la règle impartit à l’analyste.

De telle sorte que la Neutralité se joue dans une oscillation incessante entre le paraître et l’être ; elle fait le lien et l’écart entre l’impersonnalité du cadre dispositif et l’intimité d’une implication subjective dont il est postulé qu’elle peut servir la fonction analytique.

III. Dans l’après-coup, la Neutralité, que devait rencontrer le transfert amoureux selon une logique d’abstinence, a vu ses enjeux se transformer en profondeur dès lors que se trouvaient pris en compte l’agieren, la compulsion de répétition, la réaction thérapeutique négative, à l’origine des remaniements de 1920. Pour un masochiste moral, la Neutralité peut être investie comme un refusement jouissif. Dans sa résonance possible avec une neutralisation désexualisante, elle peut évoquer les effets de la pulsion de mort. L’indifférence du psychanalyste peut fonctionner comme la séduction qu’exerce Narcisse, etc.

Il s’avère impossible d’assigner à la Neutralité une fonctionnalité prédéfinie, de la même façon qu’il n’est guère possible de dissocier les effets séducteurs et frustrants de la situation analytique.

L’expérience des patients-limites a permis et exigé une conceptualisation plus complexe et plus souple des situations de travail. La Neutralité n’y est pas posée comme une constante mais comme une fluctuation dynamique, en corrélation significative avec les autres éléments dont l’ensemble articulé constitue la situation analysante. Dans ce contexte, la Neutralité que l’analyste porte en lui est toujours à relier au sens que l’analysant est à même de donner à la Neutralité manifeste, à chaque temps processuel.

Denys Ribas, La censure du psychanalyste
Marie-France Dispaux, La neutralité à l’épreuve de la clinique au quotidien
Michèle Jung-Rozenfarb, L’état d’indifférence : un pis-aller de la neutralité ?
Paul Israël, Neutralité : le contre-transfert bien tempéré
Maggiorino Genta, « Nec joco quidem mentiretur » ou l’autodévoilement bien tempéré
Dominique Bourdin, Pour une présence en retrait qui ne soit pas un retrait de présence. Note sur l’altérité de l’analyste,
Marie-France Castarède, L’écoute créative

Vue d’ensemble

Jean-Luc Donnet, La neutralité et l’écart sujet-fonction
Contrepoint : un hypnotiseur chez Freud
Franz Polgar, Un témoignage de l’intérêt scientifique de Freud pour l’hypnose en 1924

Hors Thème

Jacques Press, La construction de la vérité. De Confusion de langues à Constructions dans l’analyse
Textes introductifs au 45e Congrès de l’API à Berlin en juillet 2007
Werner Bohleber, Remémoration, traumatisme et mémoire collective. Le combat pour la remémoration en psychanalyse
Jonathan Lear, Perlaborer la fin de la civilisation
Norberto Carlos Marucco, Entre le souvenir et le destin : la répétition
75e anniversaire du Psychoanalytic Quarterly et 80e anniversaire de la RFP : un échange d’article
Richard B. Simpson, Introduction au texte de Hans Loewald : « Intériorisation, séparation, deuil et surmoi »
Hans W. Loewald, Intériorisation, séparation, deuil et surmoi

Critiques de livres

Guillaume Surena, Le temps des Amérigo ou les Cartographes du nouvel inconscient de Lionel Naccache
André Green, Les Bienveillantes de Jonathan Littell
Aleth Prudent-Bayle, Psychanalystes, qui êtes vous ? sous la direction de Roger Perron

Revue des revues 

Marie-Claire Durieux – Le coq-héron, n°182, 2005
Juan Gennaro et Maria Adela Laserna – PSICOANALISIS, vol. XXVIII, n° 1, 2006, « Trois essais – Un siècle après »
Hede Menke-Adler – Jahrbuch der Psychoanalyse, „Beiträge zur Theorie, Praxis und Geschichte“, 50
Leticia Solis-Ponton – Revista de Psicoanálisis de la Asociación Psicoanalítica de Madrid, n° 47, juin 2006, « Développements en Psychanalyse »

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