Le face à face psychanalytique

 

Rédacteurs :
| Albert Louppe | Michèle Bertrand |

Tome 69 n°2, mars 2005
Date de parution : 2005-03-01
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Argument...
Sommaire

Parler aujourd’hui du travail psychanalytique en face à face, c’est prendre acte à la fois d’une continuité et d’une nouveauté.

Une continuité: si l’analyse reste la référence de tout travail pratiqué par un psychanalyste, si la cure analytique reste, idéalement, ce qui exprime le mieux la spécificité de la psychanalyse, il n’en demeure pas moins que, dès les origines, la psychanalyse n’a cessé de produire des cadres et des modalités différentes. Ce furent les premières interrogations de Ferenczi sur les traumatismes précoces et les difficultés, voire les limites qu’elles pouvaient opposer au cadre classique de l’analyse. On eut la psychanalyse d’enfants, initiée par A. Freud et M. Klein, qui est pratiquement devenue aujourd’hui une branche à part entière de la psychanalyse. Par la suite, la psychanalyse a aussi investi le champ de la médecine dite psychosomatique.

Des auteurs comme Pasche, Lacan, Racamier, Piera Aulagnier, Searles, qui recevaient les patients psychotiques dans des consultations hospitalières, convainquirent que la psychanalyse ne concernait pas seulement les névroses et ne se limitait pas seulement à la cure-type. A la suite de Bion, Anzieu, Kaes, se développa aussi la psychanalyse de groupe. Enfin, le psychodrame analytique, très différent de celui de Moreno, permit de traiter des patients dont la capacité de verbalisation était entravée.

Cependant, nous sommes aujourd’hui confrontés aussi à des situations nouvelles. Deux points particulièrement sont à souligner. Tout d’abord, il existe un consensus pour reconnaître que les patients se présentent de plus en plus souvent avec des symptômes autres que ceux des névroses dites "classiques". Il y a une prégnance du questionnement narcissique, voire des pathologies du narcissisme, avec d’une part, une difficulté à la subjectivation, des modes d’expression privilégiant l’acte et le corps, d’autre part, une vulnérabilité extrême quant à l’estime de soi, et au regard porté par autrui (Cahn, 2003).Ce sont des situations qui nous portent aux limites de l’analyse (Green), et réinterrogent nos acquis métapsychologiques. Le symptôme se réfugie de plus en plus souvent dans l’actuel ou le corporel, voire le comportement (conduites addictives, violence…).

Devant ces situations, nous sommes amenés à reconsidérer, pour nombre de cas, les modalités du traitement analytique, à approfondir notre réflexion théorico-clinique, à s’interroger sur la possibilité d’une analyse en face à face, ou au moins un travail analytique en face à face. Qu’est-ce qui fait donc cette identité du traitement que nous appelons analyse, en de si diverses modalités ? Est-ce que c’est encore de l’analyse ? C’est une première question que certains n’hésiteront pas à poser. Faut-il, à l’inverse, désigner par le nom de psychothérapie ces variantes du travail analytique, tout en reconnaissant que pour des psychanalystes, ce sont toujours les processus psychiques inconscients qui sont l’objet du travail, et la possibilité pour l’analysant d’accéder à plus de liberté, dans le jeu de ces motions psychiques.

Dans la position allongée, c’est par la médiation du langage que les deux protagonistes se voient, se figurent et se représentent. La perception du visage vient profondément modifier les registres d’expression du patient, et cette dialectique perception/représentation/figuration dans le processus analytique. Du côté de l’analyste, le contre-transfert n’est-il pas plus profondément sollicité, entre le risque de froideur et la menace de séduction ? N’est-il pas, dans cette situation de face à face, susceptible d’entraver l’empathie « bien tempérée » nécessaire au déploiement du processus analytique ? N’y a-t-il pas dans le face à face un risque de valorisation excessive des modalités du cadre externe au détriment des modifications du cadre interne de l’analyste ? Qu’en est-il de la capacité à être seul en présence de l’autre dans une situation où la perception du visage de l’autre peut donner l’illusion d’annuler l’absence ou le manque ? Ainsi, c’est bien une nouvelle configuration de l’expérience analytique et de la constellation cadre-transfert-processus qu’engage le travail en face à face.

À l’inverse, on peut faire valoir que le face à face présente des avantages dans certaines problématiques. On évoquera Winnicott, et l’importance qu’il donne au visage de la mère : le regard de la mère joue le rôle de miroir permettant de constituer l’image spéculaire, ce qui peut avoir son importance dans certaines défaillances narcissiques. Le face à face favorise l’étayage narcissique. Il est de plus rassurant quant à la question de l’absence/présence. Enfin, la traversée de la honte est très différente en face à face.

Par ailleurs, la société s’invite à frapper à notre porte. Dans les nouveaux idéaux culturels la valorisation d’une complétude narcissique modifie le regard porté sur l’analyse. Ce qui est recherché, c’est moins l’exploration de soi que l’acquisition rapide d’une maîtrise par le savoir sur soi, ce qui entrave un réel processus de subjectivation. Ici, c’est un encadrement législatif de l’acte psychothérapeutique qui est proposé. Là, c’est une exigence d’évaluation que réclament les institutions de recherche, ou les politiques de la santé, dans une démarche objectivante. Comment, devant ces sollicitations multiples et parfois contradictoires, pouvons nous rendre compte de notre activité, expliciter les enjeux et les objectifs de notre travail, ainsi que de nos propres modes d’évaluation de l’avancée de ce travail ?

Avec R. Cahn, et d’autres, ne pouvons-nous nous dire convaincus « de la profonde unité de l’écoute et de l’action psychanalytiques quelles que soient l’organisation de la psyché et les circonstances de la rencontre » ?

I. Perspectives théoriques

Claude Janin, La tendresse du chirurgien,
René Roussillon, La « conversation » psychanalytique : un divan en latence,
Wilfried Reid, Non seulement le face à face, mais encore le divan ou le traumatique et le destin de l’hallucinatoire,
Bernard Voizot, Le tiers indispensable au travail psychanalytique en face à face,

II. Études cliniques

Estela L. Bichi, La « phase de nidation » Processus ou non processus dans le travail psychanalytique ?
Christian Delourmel, Face-face psychanalytique et réflexivité psychique,
Marie-Alice Du Pasquier & Christine Pélissier, « Quand j’avais un an, elle m’a pris mon couffin »,
Maurice Khoury, D’un regard regardé,
Diane L’Heureux-Le Beuf, Le face à face,
Frédéric Missenard, Quand voir est nécessaire. Intérêt et spécificité du face à face,
Isabel Usobiaga, Le désordre de ton nom,
Nathalie Zilkha, Le petit bassin,

III. Débat

Bernard Brusset, Les psychothérapies et la loi : un débat d’actualité,

Hors Thème

Colette Chiland, Problèmes posés aux psychanalystes par les transsexuels,

Critiques de livres

Sabina Lambertucci-Mann - Le ali di Icaro de Paola Carbone,
Guy Laval - Trois défis pour la psychanalyse de Michèle Bertrand,
Sabina Lambertucci-Mann - Lire Freud de Jean-Michel Quinodoz,
Marie-Françoise Guittard-Maury - Quand la pudeur prend corps de José Morel Cinq-Mars,
Marc Babonneau - Le corps comme miroir du monde de Janine Chasseguet-Smirgel,

Revue des revues

Hede Menke-Adler- Forum der psychoanalytischen Psychosentherapie, volume 10, 2004,
Vassilis Kapsambelis - Journal of Psychoanalysis, L’actualité de Hans Loewald,
Danielle Kaswin-Bonnefont – Topique, revue freudienne, n° 84, 2003, « Mythes et anthropologie »,
Juan Gennaro – Psichoanalisis, Association Psychanalytique de Buenos Aires, Le cadre, actualisations cliniques, APdeBA – Vol. XXVI- 1-2004

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