Le transfert négatif

 

Rédacteurs :
| Christine Bouchard | Pierre Chauvel |

Tome 64 n°2, avril-juin 2000
Date de parution : 2000-06-01
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Argument...
Sommaire

Le transfert est un mouvement, ou déplacement, de l'investissement d'une imago vers l'analyste. Ce mouvement est celui de l'analyse, aussi bien dans le sens de son développement, positif, que de son freinage, de son inhibition, où il est alors négatif. Positif, il signifie le désir d'amour, de rapprochement de l'objet. Négatif, il manifeste la haine ou l'amour excessif.

Sur le plan technique, l'apparition ou l'anticipation d'un transfert négatif pose la question des échecs, interruptions ou menaces sur la cure analytique. Sur le plan théorique, elle pose celle des structures psychiques où le « travail du négatif» prend le pas sur le travail de liaison.

La prédominance d'affects hostiles, haineux sur l'analyste ou sur l'analyse elle-même risque d'enrayer le processus analytique. La cure, censée favoriser et exploiter les répétitions, pour les analyser, devient l'objet du rejet. Si le transfert positif traduit l'expression pulsionnelle érotique dans l'analyse, le transfert négatif est essentiellement défensif : on se souvient que cet aspect de résistance avait d'abord retenu l'attention de Freud. Cependant on peut s'interroger sur les variations du transfert.

Serait-il toujours positif, lorsqu'il exprime la pulsion, plus ou moins réfléchie au miroir de l'analyse, ou bien arrive-t-il que la force de la pulsion se manifeste par un transfert négatif ?

L'ambivalence du transfert est une des questions les plus complexes de l'analyse, et l'on verra les réponses contrastées qu'elle inspire aux auteurs de ce numéro.

Autre question toujours ouverte : comment se manifestent dans les termes du transfert négatif les apories de la première topique qui amènent Freud à l'invention de la deuxième topique (qui n'abolit en rien la première). Comment concevoir en même temps, sinon dans le même mouvement, le transfert négatif au regard du conflit psychique dans un système opposant pulsions sexuelles et pulsions d'autoconservation que Freud regroupera ultérieurement sur la rubrique des pulsions de vie, dans un système donc, où la représentation et l'affect, dans le sens le plus large, sont régis par le refoulement, et d'autre part ce même transfert négatif dans l'opposition pulsions de vie (d'amour) et de mort (qu'un paradoxe rapproche de l'autoconservation). Cette dernière opposition naît d'un nouvel abord du traumatisme et de la compulsion de répétition et aboutit à la prise en compte toujours plus approfondie de la réaction thérapeutique négative, en corrélation avec les ruptures de l'instance-moi, avec le déni et le clivage. La place du masochisme est aussi dans cette perspective considérable et marque souvent les limites de l'analysable.

Revenons à la mobilité du transfert et à son défaut : « Dans toute analyseil arrive au moins une fois que le patient affirme avec obstination que présentement il ne lui vient absolument rien à l'esprit... En faisant pression sur le patient on obtient facilement de lui l'aveu qu'il pense à ce qu'il voit par la fenêtre du cabinet de consultation... au papier peint... à la lampe à gaz qui pend au plafond. On sait alors aussitôt qu'il est entré dans le transfert... » Savons-nous s'il est entré dans le transfert négatif ou positif? La lecture du présent numéro nous apprend qu'il est entré dans le transfert positif, même si c'est sous la forme d'une résistance : il effectue un déplacement, l'analyste apparaît sous la forme du papier peint ou de la lampe. Faut-il interpréter ? C'est encore une autre question, bien que Freud semble répondre par l'affirmative.

Le transfert négatif se traduit sans doute par l'absence de déplacement, et tout particulièrement par la fixation de l'intérêt à la personne même de l'analyste, dont aucun leurre ne le détache. « Il cherche l'homme (et non plus le leurre) », disent les aficionados à propos d'un taureau qui ne s'y laisse plus prendre et est de ce fait intolérable. Mutatis mutandis, lorsque les pulsions du ça se fixent amoureusement en apparence ou de façon haineuse à l'analyste en personne, ne peut-on dire que le transfert est réellement négatif, et que les conditions de l'analysabilité sont dans ce cas aussi nécessairement en cause.

L'expérience clinique permet cependant de distinguer les cas marqués par la violence des affects négatifs et ceux où la stagnation, l'immobilité ou l'ennui dominent : on est frappé par les situations ou même sans hostilité apparente ni consciente, à l'abri des mécanismes de clivage, l'analyse reste immobile, sans qu'un processus se développe. Ailleurs surviennent des désorganisations, somatisations diverses, dans un contexte de désinvestissement, souvent de part et d'autre. Divers exemples en sont proposés dans ce numéro, qui n'épuisent pas les situations possibles du transfert et de la réaction thérapeutique négatifs.

Editorial

I – COLLOQUE INTRODUCTIF À L’ÉTUDE DU TRANSFERT NÉGATIF
Jean COURNUT — Le transfert négatif. Acceptions diverses plus ou moins pessimistes
Catherine COUVREUR — Un mouvement qui est toujours le même, négatif
Christine BOUCHARD — Peut-on interpréter le transfert négatif ?
Claude JANIN — Du transfert négatif au transfert du négatif : l’attracteur négatif
Liliane ABENSOUR — L’impossible du transfert négatif. Le transfert clivé
Michel FAIN — Transfert négatif et faillite du cadre
Jean-Michel PORTE — Transfert négatif, négativation du transfert et contre-transfert
Paul DENIS — Le transfert monovalent

II – THEORIE ET CLINIQUE
Pierre CHAUVEL — Les refus narcissiques et mélancoliques du transfert
Danielle KASWIN-BONNEFOND — Le transfert négatif : un paradigme de l’analyse ?.
Danielle LABROUSSE-HILAIRE — La haine de transfert, la haine du transfert
Robert MANCINI — Une identification au négatif de l’objet
Dominique MAUGENDRE — Le serpent et la pomme
Danielle QUINODOZ — Sentiment transférentiel d’indifférence chez une analysante adoptée.
Un cas particulier de transfert négatif
Marie-Lise Roux — Une mort de la psychanalyse
Louise de URTUBEY — Si transfert négatif et contre-transfert négatif se rejoignent utilement…

III – POINTS DE VUE
Pour désamorcer les « transfert et contre-transfert négatifs » concernant Freud
Ilse BARANDE — Freud insolite
Ferenczi et l’origine du transfert négatif
Thierry BOKANOWSKI — Une lecture d’« Analyse avec fin et analyse sans fin »
Une métaphore biologique du transfert
Florence GUIGNARD — A l’écoute du déroulement de la cure analytique

CRITIQUES DE LIVRES
Jacques ANGELERGUES — Ne craignez rien. Docteur, je ne vous ferai aucun mal de Didier Weil
Marie-Claire LANCTOT-BÉLANGER — Dans la maison gothique de Wilhem Jensen
Chantal LECHARTIER-ATLAN — Transfert/Contre-transfert de Jean Guillaumin
Roger PERRON — Emprise et satisfaction. Les deux formants de la pulsion de Paul Denis
Michel VINCENT — A partir de Mélanie Klein de James Gammill

REVUE DES REVUES
Liliane ABENSOUR — Logos O Ananké
Sesto-Marcello PASSONE — Journal de la psychanalyse de l’enfant
Denise BOUCHET-KERVELLA — Revue française de psychosomatique

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