Sublimation et transitionnalité

 

Rédacteurs :
| Isabelle Martin-Kamieniak | Jean-François Gouin |

Tome 81, n°3
Limite de remise des textes : 2017-01-01
Date de parution : 2017-07-03
Argument...

 

Revue française de psychanalyse

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21 rue Daviel 75013 Paris

 

Chers Collègues,

Veuillez trouver ici l’argument du numéro 2017-3 de la Rfp rédigé Paul Denis.

Nous mettons également à votre disposition (sur demande par mail auprès de Nahil WEHBE, chargée d’édition de la RFP : rfpsy@spp.asso.fr), un fichier word dans lequel nous vous demandons de saisir votre article, et un contrat à nous retourner avec votre texte.

N'oubliez pas non plus le résumé (500 s) et les 5 mots-clés. Les références bibliographiques sont à donner en fin d’article.

 

> Le calibrage des articles pour ce numéro est limité à 35 000 signes (espaces, résumé, mots-clés, notes compris).

> Date limite de remise des textes pour le numéro 2017-3 : 1er janvier 2017.

 

Avec mes sentiments les meilleurs.

 

Françoise COBLENCE

Directrice de la Rfp

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Colloque René Diatkine 2016

Argument

 

Transitionnalité et sublimation dans la cure

 

Paul DENIS

 

Plus que « les mots et les choses » il faut considérer les représentations et les choses. L’investissement des représentations, nées des expériences de satisfaction vécues avec des objets pulsionnels et des objets d’amour, est le fond même du plaisir au fonctionnement du psychisme. Au cours du processus analytique les associations libres déroulent ce jeu des représentations liées les unes aux autres et conduisent finalement à celles dont la charge affective, le potentiel d’excitation, étaient évités jusque-là, ou à ces représentations manquées que sont ces images porteuse d’une charge traumatique  qui vient rompre la continuité du fonctionnement psychique. Les « résistances » à l’analyse sont invariablement organisées par rapport au risque de surgissement d’affects trop violents, d’une excitation trop forte ou d’une rupture de la continuité du tissu psychique. Il s’agit finalement, au cours de l’analyse, d’ouvrir une voie élaborative, une voie psychique à ces foyers d’excitation enfouis, souvent plus réprimés que refoulés, et fauteurs d’agir.

Freud décrit parfaitement le dilemme du psychanalyste face aux résistances et à cette propension du patient à agir pour décharger ou mater son excitation ; dilemme car  l’analyste, malgré lui, se comporte en pompier pyromane. Freud prescrit de lutter contre le feu :

« Afin de maintenir sur le terrain psychique les pulsions que le patient voudrait transformer en actes, il entreprend contre ce dernier une lutte perpétuelle et quand il arrive, grâce au travail de la remémoration, à liquider ces pulsions, il considère ce résultat comme un triomphe du traitement » (Freud, 1914g, p. 112). Mais quels sont les moyens de la lutte ? Et la remémoration, sans doute, est un succès mais comme Freud l’indique ailleurs « c’est le travail qui permet à l’inconscient de devenir conscient qui est l’essentiel » : c’est un travail d’élaboration qui permet finalement que la remémoration apparaisse. Freud à l’époque est assez optimiste pour écrire que « Lorsque le transfert aboutit à un attachement utilisable de quelque façon, le traitement est en mesure d’empêcher tous les actes itératifs les plus importants du malade et d’utiliser in statu nascendi les intentions de celui-ci en tant que matériaux pour le travail thérapeutique » (Ibid). Trop optimiste quant à la possibilité d’empêcher grâce au transfert « tous les actes itératifs (…) du malade » mais raisonnablement optimiste lorsqu’il indique qu’il est possible d’utiliser « les intentions » du patient comme des « matériaux pour le travail analytique ». Il s’agit de convertir « l’intention » en élément pour une élaboration psychique de ce qui sous tendait « l’intention ». D’opérer à la fois une inhibition de but et un déplacement du registre de l’acte vers l’espace psychique. Ne sommes nous pas proches de l’idée de sublimation ? Et quelle serait la place de ce type de mouvement dans le « processus analytique » ?

Et Freud souligne l’importance du champ transférentiel : « Nous rendons cette compulsion [à l’agir] anodine, voire même utile, en limitant ses droits, en ne la laissant subsister que dans un domaine circonscrit. Nous lui permettons l’accès au transfert, cette sorte d’arène où il lui sera permis de se manifester dans une liberté quasi totale … » (Freud, 1914g, p. 113). Il n’y a pas de délit d’intention, il faut laisser l’intention s’exprimer : « Le transfert crée de la sorte un domaine intermédiaire entre la maladie et la vie réelle, domaine à travers lequel s’effectue le passage de l’une à l’autre » (Ibid, p. 113-114). Domaine intermédiaire, forme psychanalytique de l’aire transitionnelle de Winnicott ? Il est du reste possible que cette formulation de celui-ci ait inspiré celui-là. De là à considérer l’analyste, objet du transfert, comme forme d’objet transitionnel il n’y a qu’un pas…

L’idée de Freud d’utiliser des « constructions en analyse » — mais aussi des « représentations d’attente » — serait une façon d’offrir au patient un élément transitionnel, transitionnel dans la mesure où il appartient à ce domaine intermédiaire qui s’établit entre le psychisme du patient et celui de l’analyste.

La notion de jeu dans la technique analytique, introduite par Winnicott qui considère que l’analyse « se situe en ce lieu où deux aies de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute » (Winnicott, 1975, p. 55) a été reprise par différents auteurs[1],  et explicitement utilisée dans le psychodrame ; l’idée de jeu renvoie aux moyens qui permettent à l’analyste de donner à cette « lutte perpétuelle » par rapport à la propension du patient à recourir à l’agir, les moyens d’une élaboration.

La fréquence avec laquelle on observe l’apparition d’activités sublimatoires au cours d’une analyse est telle que celles-ci pourraient être considérées comme une latéralisation — souvent féconde — de ces mouvements de jeu apparus dans la cure. Certaines d’entre elles ont une valeur de remémoration, de retrouvailles avec des objets d’autrefois…

La sublimation est-elle aussi une forme du souvenir, et la remémoration une forme de sublimation ?

Le processus analytique peut-il être envisagé sous l’angle de l’établissement d’une forme de transitionnalité et du développement de mouvements sublimatoires ?

Paul Denis
paul.denis5@wanadoo.fr

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Freud S. (1914g), Répéter, remémorer, élaborer, La Technique psychanalytique, trad.A. Berman, Paris, Puf, 1953.

Winnicott D.W., Jeu et Réalité, Paris, Gallimard, 1975.

 




[1] En particulier en France par René Roussillon.

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