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Autour du Grand Plateau

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Vincent Pélissier, psychanalyste membre de la SPP, propose cette lecture de cinq écrivains corréziens, réunis moins par ce point commun d’une même terre, car l’assise géographique est un prétexte, que par la manière dont apparaît chez chacun d’eux une fêlure : “ce sont cinq exilés travaillés, émus par tout ce dont ils ont dû faire l’économie. Et sollicités par un ailleurs. “Tous ont partie liée avec la mort, la fin, le deuil”, “fruit d’un commerce privilégié avec des vallées englouties, des villages submergés, des landes désertées”.

Pierre Bergougnoux ne parle que de ce naufrage qu’il a vu et dont il a réchappé, en une tension lié au déjà fini, toujours insaisi. Pierre Michon ressuscite les vies minuscules en disant l’incompréhension abyssale qui les enveloppe ; Jean Paul Michel, arc-bouté contre l’inertie ancestrale et mortifère, écrit dans un monde désenchanté. Alain Lercher évoque Oradour, en tant que descendant des morts, montrant par quels spectres est habité le grand plateau. En magnifiant les accents immémoriaux de la langue, Richard Millet montre Pythre, près des sources, dans la nuit de Néandertal du granit, avec sa ténacité à rester autre et ses silences, émergence et scorie du peuple des enfants du plateau et de la combe.

Pour l’auteur, une lecture est “une marche ou un reposoir, un assaut et une délivrance, une respiration ou une incision”. Nous sommes invités par lui à partager ses lectures, en une rédaction ciselée à l’émotion contenue ; et nous éprouvons qu’en (re)découvrant avec lui ces écrivains, nous sommes en même temps au cœur d’une méditation sur l’écriture et sur l’existence, à la fois vulnérable, paisible et fervente, mais hantée, habitée par la conscience que nous sommes des survivants. “L’écriture ne s’avance que là où l’expérience a noué la perte” dit il à propos de l’œuvre de P. Bergougnoux.


Spinoza avait raison. Joie et tristesse, le cerveau des émotions

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Antonio R. Damasio est directeur du département de neurologie de l’Université de l’Iowa et professeur à La Jolla. Il a déjà écrit l’erreur de Descartes, sa référence à la philosophie n’est donc pas nouvelle. Il souhaite démonter la “machinerie” des sentiments. Pour lui, cette machinerie démontre l’unité psychosomatique et vérifie l’intuition de Spinoza, contre celle de Descartes.

Dans une perspective très évolutionniste, darwinienne, il décrit une hiérarchisation des fonctions vitales, depuis les procédés automatiques de base jusqu’aux plus complexes, émotions d’abord (sur le théâtre du corps), puis sentiments (psychiques). La complexité étant que les niveaux supérieurs contiennent ceux d’en bas, de structure, c’est “l’emboîtement”. Il développe ensuite la notion fondamentale “d’encartage”. Certaines zones cérébrales spécialisées établissent en permanence des cartes du corps, ces cartes se recoupent pour donner un état vécu du corps réévalué constamment. L’auteur suit alors le destin d’un “stimulus émotionnellement compétent” (jamais seul puisque lié dans un réseau associatif) détecté par un appareil perceptif filtrant, à travers l’arbre des fonctions hiérarchisées, conscientes ou non, innées ou acquises, et qui va modifier les cartes et déclencher une émotion, c’est à dire une modification corporelle. Elle se transforme en sentiment quand un seuil de modifications perceptives est atteint dans les cartes corporelles.

La seule réalité consciente de notre corps, est induite par l’activité des cartes cérébrales. Mais ces cartes sont-elles fidèles ? Non, il y a des fausses cartes et toute cette partie est passionnante où interviennent les notions de “boucle quasi corporelle”, de “neurones miroirs” et de… “réactions soi-disant hystériques”.

Et Spinoza ? Il est bien là. C’est l’histoire d’une quête, dans les lieux fréquentés par le philosophe, dans l’œuvre ensuite. C’est l’histoire d’une rencontre passionnée et d’une identification. “Spinoza avait raison”, mais s’agit-il vraiment de raison ? Nous sommes, quoiqu’il en soit, rassurés que le biologiste ait besoin du philosophe. Ce livre, agréable à lire, est important par les données biologiques nouvelles qu’il vulgarise et par l’aperçu qu’il donne de la méthode de penser d’un biologiste. Il alimentera nos réflexions sur le concept limite freudien de pulsion. Il permettra de noter les nombreux points de rencontre avec le système moniste, psychosomatique, de Pierre Marty.


Sigmund Freud, Index thématique Raisonné, Alphabétique, Chronologique, Anthologique, Commenté

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Notons la réédition en 2001 de cet index alphabétique raisonné, qui classe chronologiquement à l’intérieur de chaque article les occurrences du terme dans l’œuvre de Freud ; d’un maniement aisé, il est indispensable à toute recherche systématique sur l’œuvre de Freud.


Dictionnaire international de la psychanalyse

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Rassembler les concepts et notions freudiens et post freudiens, l’histoire des institutions de tous pays, les événements, les biographies et les œuvres marquantes des psychanalystes depuis Freud, bref couvrir tout le champ de la psychanalyse depuis ses origines, peut apparaître comme une gageure. Pourtant cet énorme ouvrage à visée exhaustive est réalisé. Il a fallu 460 auteurs de tous pays et de divers horizons psychanalytiques et un chef d’orchestre : Alain de Mijolla, titulaire de notre société et président fondateur de l’Association Internationale d’Histoire de la Psychanalyse, pour venir à bout de ce gros travail.

Ce dictionnaire est le premier du genre.

Les articles sont classés par ordre alphabétique et sont donc mélangés quand aux thèmes par exemple à la lettre V, la suite : vagin denté, Valdizan Hermilio, veille, Venezuela, vérité… C’est donc un vrai dictionnaire. Chaque article se termine par une bibliographie et surtout des “compléments” qui créent par ces liens un hypertexte. Il est donc facile et plaisant de naviguer dans ces 2000 pages à partir d’une référence et l’on s’aperçoit vite que ces différents thèmes, notions, événements, biographies… communiquent bien. On peut regretter toutefois l’absence d’un index.

Les articles eux-mêmes sont plus ou moins longs, d’une demie à une dizaine de pages selon l’importance des items ou les désirs des auteurs. Auteurs qui ne sont pas choisis au hasard, bien sûr. Jean-Luc Donnet signe La règle fondamentale, Judith Dupont Balint, Michael, Paul Denis emprise (pulsion d’), par exemple. C’est dire que chacun a été choisi pour sa connaissance particulière du sujet qu’il traite.

Les notions freudiennes et post freudiennes sont nombreuses (900 !), plus ou moins développées suivant les auteurs. Elles s’accompagnent des concepts des “dissidents”. Par exemple Inconscient collectif ou Ombre accompagnés de la mention (psychologie analytique) pour Jung, protestation virile assorti de (psychologie individuelle) pour Adler et même orgone pour Reich. Cette ouverture est aussi un des intérêts de ce dictionnaire.

L’histoire des institutions et des événements psychanalytiques est particulièrement développée, A.I.H.P. exige. Depuis le travail d’Alain de Mijolla dans L’histoire de la psychanalyse de Roland Jaccard en 1982, en passant par la Revue Internationale d’Histoire de la Psychanalyse et les journées de L’AIHP entre autres, les travaux n’ont pas manqué et sont particulièrement représentés ici dans leur perspective internationale. Les biographies sont nombreuses et concernent, là encore, tous les pays. On saura, dès lors, où les trouver. Le parti de limiter les biographies aux nécrologies est toutefois contestable, il prive le lecteur de biographies d’analystes importants. Certes il faut bien s’arrêter quelque part et peut être que le choix est difficile parmi ceux qui nous entourent. Être ou ne pas être dans le dictionnaire ?

Ainsi on ne trouve pas la biographie d’André Green. On ne trouve pas non plus la notion de narcissisme négatif mais négatif (travail du), est écrit par… A. Green et il y définit le narcissisme négatif. Par ailleurs Narcissisme (écrit par Michel Vincent) évoque la notion de narcissisme de mort d’André Green. Et l’on trouve : complexe de la mère morte. Maria Torok, hélas pour elle, y est, mais on ne trouve pas d’article : crypte. On trouve toutefois cette notion à l’item secret. Il est donc parfois nécessaire de chercher un peu, ce qui est grandement facilité par les “compléments”. Il reste que la psychanalyse la plus actuelle est un peu sous représentée, mais n’est-ce pas dans la logique d’un dictionnaire ? Les éditions ultérieures valideront les avancées.

L’ouvrage est suivi d’une traduction en 5 langues des 900 notions freudiennes, d’une bibliographie freudienne complète, d’une bibliographie générale.

Au total ce dictionnaire est un bon outil informatif (c’est la fonction première d’un dictionnaire) dans des domaines variés de la psychanalyse qu’il permet de croiser dans un enrichissement réciproque. Il regroupe en deux tomes une masse de savoirs parfois très difficile à trouver. C’est aussi un outil d’ouverture dans le temps (historique) et l’espace (international) et par les approfondissements bibliographiques qu’il propose. C’est aussi, cerise sur le gâteau, un immense territoire pour des lectures vagabondes.


Traversée des ombres

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L’attraction sur l’auteur de l’expression “ombres portées” fait l’unité de ce recueil d’écrits, dont quelques inédits et d’autres publiés dans la revue Penser / rêver. L’ombre portée par le chêne souligne sa vigueur ; après sa mort, l’ombre du chêne, hors du temps qui passe, sera ce qui restera de lui.

De l’errance de Peter Schlemihl privé d’ombre, trop aérien sans ce “poids” pour que les humains le tolèrent parmi eux aux ombres de la caverne platonicienne et au Livre des nuits de Sylvie Germain, J.-B. Pontalis nous conduit dans cette ballade parmi les ombres, en une promenade paradoxale. Dans l’œuvre de Pline, la jeune fille délimite sur le mur, à la lueur d’une chandelle, le profil du bien-aimé absent, mais chez le mélancolique l’ombre de l’objet se fait écrasante. Tantôt l’ombre porte, et tantôt elle emporte tout, y compris celui qui en parle. L’auteur s’offre comme guide pour nous conduire sans trop d’effroi à la rencontre des ombres – et d’abord de nos ombres, celles qui nous hantent. L’entrelacement de la lumière et de l’ombre est l’enchantement qui permet le jeu. Il invente un monde sans frontières en transformant le monde perçu en monde rêvé. C’est ainsi qu’Arago le scientifique instruit Hugo le visionnaire qui fait tourner les tables en quête de paroles des disparus. Y a-t-il parenté entre l’ombre et la femme fauteur de désordre, Pandora ? Quel est d’ailleurs le statut du désordre dans son entrelacement nécessaire avec l’ordre – non l’ordre comme principe, ombre de la mort, mais l’ordre caché dont personne ne peut se prévaloir d’être le maître ? Et que faire de l’univers sans ombre de Mondrian ? Pontalis aspire à une pensée rêvante (cf Fenêtres) et à une écriture analytique qui s’en nourrisse. Et si c’était l’ombre qui donnait de la lumière ?


Fatalités du féminin

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Si dans un texte intitulé avec subtilité « La défaillance », Jacques André fait l’éloge de l’« exigence », de l’« appétit » du féminin, signes de « passivité positive » qu’il différencie de la passivité, négatif d’une activité valorisée par la « prétention phallique », dont il reconnaît, bien entendu, la place et le rôle dans le complexe de castration et l’identification à laquelle il procède, il propose également de considérer que le féminin, « sous sa face la plus sombre », « sa sauvagerie au-dedans », puisse être « un autre mot pour l’inconscient », un autre mot pour désigner l’empire et la démesure du sexuel délié…

Anne Juranville montre (“Violence de femmes”) à propos de Baise-moi, de Virginie Despentes, que ce qui paraît un « semblant d’inscription dans la perversion » bascule dans un passage à l’acte maniaque psychotique. L’expression du Surmoi archaïque dans sa dimension sacrificielle tente de produire une idole, non-manquante, incastrable… l’Autre maternel imaginaire.

Les représentations mythologiques et « Esthétique(s) de la femme fatale » sont interrogées par Dominique Maingueneau : par définition nomade et maléfique pour l’homme « ordinaire » auquel la femme ne cesse de donner la preuve de l’illusion de l’ordre qu’il tente d’assurer pour se rassurer, elle est, avec l’artiste, co-créatrice d’une « mythologie esthétique » et, ce faisant, témoigne de la vérité de l’être féminin.

Monique Schneider (“Freud et le rapport féminin à la négation”) propose que l’évolution de l’« approche » de Freud quant au féminin puisse être placée sous le signe de la négation. Le lieu féminin devient métaphore de l’espace psychique, espace intime voué à l’effraction par un corps étranger que Freud aura l’idée de tenter d’expulser (par hypnose), avant de penser à l’admettre et le mettre en circulation (par la psychanalyse).

“Fat-analités du féminin… ou les fatalités d’un regard masculin sur le sein érotique maternel” : Hélène Parat met en évidence les modalités défensives masculines que peuvent soulever les représentations du féminin / maternel représentées par la double valence du sein nourricier et érotique et en illustre quelques aspects par l’analyse du film de Federico Fellini, Les Tentations du Dr Antoine.

L’hypothèse soutenue par Mohammed Ham à partir d’une étude sur “Le destin sacré du féminin et le « “maktoub des femmes” est que « la sacralisation mythique du féminin et sa localisation du côté de la femme est une position nostalgique d’un mythe de nature androgynique en rapport avec les signifiants du Maternel ». M. Ham étaye cette hypothèse, notamment, par une étude de l’inscription des signifiants féminin et maternel dans la langue arabe (à partir des radicaux QDS, HRM, HLL, QRA).

La mascarade féminine peut être considérée comme un masque qui dissimulerait l’essence de la femme et une œuvre qui permettrait de capter la beauté avec art et artifice ; elle serait un appel à être reconnue, désirée, un appel à « se faire voir » qui doit s’articuler à un « se faire entendre » pour que le sujet féminin puisse s’arracher « au champ mortifère de l’Autre » qui répond toujours insuffisamment. D’où l’hypothèse soutenue par Jean-Michel Vivès dans l’article au titre évocateur : « La voi(x)e du féminin : entre regard et invocation » : la plainte est d’essence éminemment féminine, hypothèse qu’il étaye par l’analyse de Salomé de Richard Strauss, Orfeo de Monteverdi, et Turandot de Puccini.


La mère absente. Une lecture psychanalytique de Julien Gracq, Balzac, Molière, Shakespeare, Julien Green

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Croisant biographie des auteurs et commentaires des textes, le regard clinique de Thérèse Tremblay-Dupré parcourt quelques œuvres majeures de notre héritage littéraire, y quêtant notamment les traces des ruptures et des élaborations de l’adolescence. L’univers poétique des personnages évoqués est atemporel, dit-elle, peuplé d’images et de métaphores de l’angoisse et de la détresse. Le plus souvent, le désarroi tient à l’impossibilité de se représenter l’absence de l’objet primordial, la mère, cadre et soutien de la psychè de l’enfant. Chez Julien Gracq, permier auteur abordé, se fait jour non pas la souffrance d’un abandon précoce, mais une fixation maternelle : l’absence évoque la nostalgie d’un refuge sûr, dans un flottement psychique aux frontières de l’hypnose et du sommeil, en-deçà de la mutation adolescente. L’effacement de l’objet maternel devient ici structure encadrante, garantie de la présence maternelle dans son absence ; dans la latence, au seuil de l’adolescence, la femme est médiatrice de l’homosexualité, tandis que son sexe reste porteuse d’un ailleurs jamais atteint. Les parallèles entre l’existence de Balzac et le destin psychotique qu’il assigne à son personnage Louis Lambert montrent son auto-analyse d’un travail psychique qui amène l’adolescent à concevoir une théorie viosionnaire de l’origine, des pouvoirs et de la dynamique de la pensée. Le propos consacré à Molière montre notamment le refus chez Dom Juan, engagé dans son défi phallique (et non libidinal) de renoncer à son fantasme d’auto-engendrement. A l’espace indéfini de Dom Juan répond l’espace étroit et réduit d’Argan, le Malade Imaginaire – joué par un Molière réellement malade. Après les destins du corps, voici ceux de la mélancolie : c’est sur Richard II, le monarque qui s’offre à se laisser déposséder, que se centre l’étude sur Shakespeare. Le dernier interlocuteur clinique de l’auteur est Julien Green, voyageur sur la terre, éternel expatrié au monde animiste et hallucinatoire.


La passion du sujet freudien. Entre pulsionnalité et signifiance

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Soucieux de ce qui conditionne l’accès à une véritable subjectivité, Bernard Penot, Membre titulaire de la SPP et médecin directeur du CEREP Montsouris, réfléchit à partir des troubles graves de la subjectivaton à l’adolescence, à la lumière du corpus freudien.

La condition de sujet apparaît comme une fonction précaire, issue de la prématurité du nourrisson humain, et de ce fait dépendante des premières transactions pulsionnelles avec la mère. C’est au prix d’une véritable passion que le sujet humain acquiert son existence, et la révolution métapsychologique freudienne ne cesse d’attaquer l’image narcissique auto-centrée que l’homme se plaît à avoir de lui-même et qui lui fait ignorer ou dénier en lui l’étranger intime, l’autre scène, celle de l’Inconscient. L’antagonisme entre le moi narcissique par lequel on se plaît à s’imaginer cohérent, constant, voire immortel et les incertitudes du sujet du désir – l’inspiration issue de cet étranger au fond de soi – est irréductible, mais il s’agit d’aider les patients à dialectiser cela au mieux. Sur ce chemin, l’expérience subjectivante de l’hétérogène se heurte à la perception décisive de l’autre sexe. Chaque génération doit poursuivre la fabrication d’une histoire partageable, aidée par la mise en discours mythique, et le processus psychanalytique, en un effort de liaison sans cesse à reprendre, constitue un travail transformateur de ce rapport intime à l’hétérogène, qui en permet l’appropriation au prix d’une acceptation de la passivation nécessaire à la subjectivation.

Le livre montre “l’étoffage de la fonction sujet dans la cure” qui permet, en dépassant la défense narcissique, l’émergence et la mise en œuvre du sujet de l’inspiration pulsionnelle, grâce à la conjonction de l’énergétique pulsionnelle et de la signifiance : l’agent pulsionnel s’y trouve (re)pris dans un rapport signifiant, en une passivation subjectivante, et selon une temporalité complexe. Le texte commence par l’examen de l’apparition du terme sujet dans “Pulsions et destins des pulsions”, avant d’analyser le rôle clé de la passivation dans la subjectivation du fantasme au fil d’un commentaire très riche du texte de Freud “On bat un enfant”. Boulimie et situations limites de subjectivation défectueuse nourrissent cliniquement le propos qui se déploie dans l’élaboration de la notion de signifiant (à partir de la représentation mentale du phallus) et par un réexamen de la sublimation, car la qualité sublimatoire de l’investissement pulsionnel du parent est essentielle. Au propos théorique l’auteur sait adjoindre la force de présence des patients évoqués et surtout une façon de nous montrer l’analyste au travail, qui aide à percevoir l’importance et la fécondité de sa conceptualisation.


Karl Abraham

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Selon la formule de cette collection, Bernard Lemaigre présente la vie et l’œuvre de Karl Abraham avant de nous proposer une bibliographie raisonnée et un choix de textes comportant des extraits des deux grands articles sur le développement de la libido (1924) et sur le caractère (1925), mais aussi de l’étude sur le peintre Segantini ainsi que des textes sur la résistance à l’association libre et sur le symbolisme de l’araignée.

Précise et claire, l’étude de la vie (trop brève) et de l’œuvre d’Abraham souligne ses talents de clinicien, son investissement immense de la psychanalyse et de la cause psychanalytique, son attachement aux stades de développement libidinal, et aux étapes de la relation à l’objet, son refus de la psychanalyse “profane” (exrecée par des non-médecins), ainsi que ses rapports avec Freud, Jung et plus tard Mélanie Klein qui fut son analysante (après avoir été celle de Ferenczi). L’étude de la psychose maniaco-dépressive est la source fondamentale de l’œuvre et dès son travail sur Segantini, Abraham y interroge la relation de nostalgie désespérée à la mère. Bernard Lemaigre éclaire le propos sur les stades de la libido et la différenciation en deux de chacun des stades – oral (préambivalent puis sadique-oral), anal (sadique anal puis marqué par la rétention) génital (phallique, puis postambivalent) par l’ancrage de ces distinctions dans la clinique d’Abraham, mais aussi par des tableaux qui aident à visualiser la pensée d’Abraham et en particulier l’articulation entre stades de la libido et rapport à l’objet. L’auteur nous permet de comprendre l’apport d’Abraham sur la question du caractère (qui commence par l’analyse de l’analité), son intérêt pour la sexualité féminine (qui souligne l’envie du pénis et plus tard propose la théorie cloacale pour la sexualité précoce de la petite fille) et les termes de sa polémique avec Karen Horney. Il restitue la controverse avec Ferenczi et Rank autour des notions de fixation, de régression et de la technique active, présente enfin son étude sur Amenhotep IV le pharaon, qui introduisit le culte monothéiste d’Aton (l’intérêt d’Abraham pour le mythe et les hétitages culturels fut constant) et qui montre le mouvement par lequel quelqu’un veut s’engendrer lui-même. On notera à propos de l’étude sur la maniaco-dépression le souci de mettre en évidence les points de rencontre et les écarts avec la pensée de Freud, la clarification de la conception qu’Abraham se fait de la régression, et, dans la conclusion sur l’héritage d’Abraham, une étude systématique de ce que la pensée de Mélanie Klein doit à son analyste. Cette riche synthèse est ainsi plus qu’une introduction et se propose comme un instrument de travail fécond.

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https://www.spp.asso.fr/cdl_revue_article/n02-janvier-2004/