Société Psychanalytique de Paris

AUTRES ENTRETIENS

Michel de M’Uzan a toujours affirmé sa fidélité à la théorie freudienne.
Il s’en explique plus précisément dans cet entretien.

Parlant de ses références doctrinales, d’emblée il déclare : « s’il n’y avait qu’une seule notion à retenir ce serait la découverte de l’Inconscient, découverte irrécusable, fondamentale, révolutionnaire, qui bouleverse tout ce que l’on pouvait penser des philosophies du fonctionnement de l’esprit. » et qui demeure scandaleuse, même pour les psychanalystes.
Même s’il a longtemps laissé la question en suspens, il se rallie sans ambigüité à la 1ère théorie des pulsions, objectant principalement que la mort n’est pas représentée dans l’Inconscient. Il admet cependant que la 2ème théorie des pulsions introduit des instances utiles cliniquement. La solution, empiriquement utilisée dans la pratique, nécessite en fait l’intégration de la 2ème théorie des pulsions à la 1ère (et non l’inverse).
Fidèle à sa conception dynamique de la vie psychique, ce sont les modalités de fonctionnement de la pulsion auxquelles il se réfère: la qualité de la pulsion découle dit-il, du fait qu’elle obéit au principe de plaisir ou au principe de constance et non d’une qualité substantielle particulière, indéfinissable qui, de plus, poserait le problème de la source de la pulsion de mort.
La notion de « trajectoire » caractérise la façon imagée dont Michel de M’Uzan conçoit le fonctionnement psychique qui pour lui est le lieu du mouvement incessant de la circulation de l’énergie. La vie psychique est une histoire qui se construit constamment dit -il : « c’est une construction continue, rectificatrice et mensongère d’un passé cohérent avec l’état actuel, et qui se renouvelle constamment.
Non seulement il n’y a pas d’état figé d’un statut psychique ou des représentations, mais la vie psychique ne peut s’appréhender dans son mouvement qu’avec des qualificatifs ayant trait à la mobilité, au changement permanent, à l’évolution, à l’Economique etc.. .
Ainsi en est–il de l’affect : prenant pour exemple le masochisme dont on distingue trois états ( le masochisme érogène, le masochisme féminin et le masochisme moral), pour Michel de M’Uzan il ne s’agit pas d’entités séparées, mais de moments d’une évolution qui peut aussi s’arrêter en route.
Cette conception dynamique et évolutive lui inspire également une nosographie originale s’appliquant à la pathologie envisagée dans son ensemble qui s’organise de part et d’autre d’une « ligne du sens » qu’il commente et détaille de façon très convaincante.
L’entretien s’achève sur le thème de la formation des analystes, « de toute façon ce sera mal » paraphrase t-il, déplorant que les analystes en formation soient trop déresponsablisés.

Marianne Persine