Ecrire la psychanalyse

 

Rédacteurs :
| Abdel-Karim Kebir | Sabina Lambertucci-Mann | Sesto-Marcello Passone |

Tome 74 n°2, avril 2010
Date de parution : 2010-04-01
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Argument...
Sommaire

Écrire la psychanalyse : ce thème est cher aux psychanalystes. La Nouvelle Revue de Psychanalyse l’avait déjà abordé en 1977 et les questions qui avaient donné lieu au dialogue entre M. de M’Uzan et J-B Pontalis sont encore d’actualité et méritent d’être poussées plus loin.

Comme la psychanalyse, l'écriture en psychanalyse a ses règles, son cadre et ses variations de cadre, ses contraintes internes et de contexte, ses évolutions. Comme en psychanalyse, l'acte d'écrire engage l'analyste et l'analysant, et donne à l'intrasubjectif sa dimension sociale et culturelle.

Depuis Freud, écrire fait partie de la psychanalyse, en tant qu'outil de partage d'une méthode et de ses expériences et moyen d'amplification, parfois de révélation de l'élaboration théorico-clinique nécessaire au psychanalyste.

Dès les Etudes sur l’hystérie, Freud remarque l’importance des paroles chez ses patientes et de toutes les nuances significatives exprimées par le langage oral qui fait de sa méthode de traitement une « talking cure ». Les différentes fonctions du langage et ses achoppements sont au centre de sa recherche. C’est par des paroles écrites, « couchées », que Freud nous transmet la langue de l’analyse.

L’acte d’écriture est ainsi considéré d’emblée comme un temps second, un temps d’élaboration qui succède au travail clinique et qui participe et prolonge l’«élaboration associative» (Breuer). Par l’écriture, Freud fonde ses théorisations. Au cours de son œuvre, il réfléchit à l’impact de l’écriture sur le traitement analytique : est-elle utile ou dangereuse pour le déroulement du processus ?

L’écriture freudienne, très hétérogène, se compose de notes, de correspondances, de récits de traitements, ainsi que de spéculations théoriques et de modélisations, passant par des réflexions anthropologiques et sociales.

C’est dans ses récits cliniques, rapportés dans Les cinq psychanalyses, que l’écriture articule la théorie et la technique psychanalytique à la clinique. Les multiples facettes du travail de Freud se reflètent dans la diversité de son écriture. Freud transmet ainsi le développement de sa pensée et de sa méthode montrant à ses lecteurs la complexité de l’acte d’écrire la psychanalyse, acte révélateur de l’objet analytique lui-même.

Lorsqu’il exerce comme professeur, Freud donne des conférences en se basant uniquement sur ses notes, le travail de rédaction et de ré-écriture intervenant dans un second temps.

Les Leçons d’introduction à la psychanalyse en sont un exemple : Freud les écrit, sous la pression de son éditeur, quelques mois après les avoir prononcées à l’Université de Vienne.

Tout au long de son histoire, l'écriture en psychanalyse est restée analyse, auto-analyse pour Freud dans ses lettres à Fliess, analyse théorique jamais démentie depuis la clinique partagée avec Breuer et les premières modélisations de l'Esquisse…, analyse clinique régulière avec les récits de cas, et puis questionnement, évaluation et commentaires parfois polémiques depuis les notes et correspondances de Freud avec ses contemporains, Jung, Abraham, Ferenczi entre autres. Riche de sa complexité, de ses nuances, de sa puissance d'élaboration, l'écriture de Freud, et après lui celle de tant d'autres psychanalystes, aura fait de la psychanalyse une langue universelle, langue de l'inconscient.

En psychanalyse, écrire a toujours été et reste une recherche, un idéal qui engage plusieurs dimensions.

L’écriture de la psychanalyse convoque une part de nos théories sexuelles infantiles. L’illustre toute la nuance d’affects que l’analyste-auteur peut déclencher inconsciemment chez son patient-lecteur qui se reconnaît dans l’exemple clinique – ou le croit. Ces affects prennent un caractère plus douloureux lorsque la retenue d’informations de la part de l’analyste est insuffisante ; des mouvements de déception ou d’excitation peuvent apparaître alors chez le patient-lecteur, comme lorsque des parents parlent à des amis des qualités ou des défauts de leur enfant en sa présence.

Mais de manière plus générale, un texte psychanalytique qui nous parle n'est-il pas toujours un texte qui fait effet d'interprétation à son lecteur ?

L’écriture de la psychanalyse implique nécessairement un travail de perte et de deuil par rapport à l’idéal d’une parole qui ne peut tout restituer de l’expérience de la séance. Ecrire la psychanalyse confronte l’analyste à ses propres limites et inhibitions.

Ecrire la psychanalyse a aussi une dimension sociale, à l'intérieur de ses frontières institutionnelles, et à l'extérieur, confrontation collective cette fois de la réalité interne à la réalité externe.

Référence au tiers analytique, à l'analyse personnelle prolongée dans l'auto-analyse, aux écrits d'autres analystes, l'écriture est confrontation à soi et au groupe de pairs.

Ecrire pour une supervision, pour la validation d’une fin de cursus ou pour rédiger un mémoire, écrire un article pour une revue ou une conférence : autant de moments différents du travail de l’analyste où l’écriture est investie dans un projet extérieur. C’est là que l’analyste s’engage dans une réflexion plus secondarisée de sa pensée clinique. En revanche, la prise de notes après une séance, l’écriture d’un rêve ou l’écriture d’affects contre-transférentiels n’ont pas de visée immédiate pour l’analyste, sinon le souhait de coucher noir sur blanc ses pensées.

Parfois l’analyste écrit dans sa langue maternelle les paroles d’un analysant qui lui parle dans une langue étrangère, ou d’autres fois il écrit dans une langue étrangère les paroles d’un analysant qui partage sa langue. Ces différences linguistiques sont aussi des variantes de l’écriture de la psychanalyse. Écrire c’est en partie traduire. Et inversement, toute traduction de la psychanalyse implique une part de réécriture.

L’écriture en psychanalyse s’adresse à un destinataire potentiel, déjà là. Celui-ci participe à une prise de distance par rapport à l’intimité de la relation analytique. Ce moment d’élaboration de l’analyste aura un impact aussi au sein de la relation transféro-contre-transférentielle, parfois dégagement d’une impasse. L’écriture en analyse se différencie ainsi de l’écriture littéraire ou scientifique.

L’acte d’écrire est pour l’analyste une manière de transmettre en dehors de son champ les résultats de ses recherches, contribuant ainsi à la culture de son époque. L'extension et l'accessibilité aux technologies de la communication représentent des enjeux nouveaux, aux multiples facettes. Positives pour le partage de la culture analytique ; négatives pour le risque de déviation du contrat initial de confidentialité vers une mésinterprétation et de fausses évaluations.

« Voici donc conclu notre pacte avec les névrosées : sincérité totale contre discrétion absolue », écrit Freud, en 1938 dans l’Abrégé.

Comment l’exigence de confidentialité est-elle requise aujourd’hui par nos différentes revues de psychanalyse ? Et qu’en jugeraient les législations ?

Écrire la psychanalyse est bien une aventure, au risque de sa neutralité, mais également une nécessité pour une recherche renouvelée de sens, à laquelle les articles de ce numéro voudront aussi contribuer.

Coordination : Denys Ribas

Argument : Ecrire la psychanalyse
Abdel-Karim Kebir, Sabina Lambertucci-Mann et Sesto-Marcello Passone

I – L’ECRIVAIN PSYCHANALYSTE
Jacques Angelergues – Pourquoi écrire la psychanalyse ?
Michel Schneider – Le psychanalyste appliqué
Claude Le Guen – La psychanalyse, c’est comme l’amour

II – FREUD ECRIT
Gerhard Fichtner – Du « traitement psychique » à la psychanalyse. A propos de l’erreur de datation de l’un des premiers textes de Freud et d’un ajout à celui-ci jusque-là négligé (reproduit ici en annexe)

III – LE PSYCHANALYSTE ECRIVANT
Simone Sausse-Korff – Le psychanalyste « écrivant ». Ecrire la psychanalyse avec W.R. Bion
Marie-Françoise Guittard-Maury – L’écriture écoute…
Shierry Nicholsen – L’éthique et les écrits psychanalytiques dans la réaction contre-transférentielle à l’égard de la transgression sexuelle d’un collègue
Maurice Khoury – Ce qui peut s’écrire, ce qui fait écrire
Nicole Llopis-Salvan – L’écriture en psychanalyse: une abréaction du traumatisme ?
A. Marie Andrade De Azevedo et Jean-Claude Rolland – Représentation psychique et travail de figurabilité chez l’analyste

IV – POINT DE VUE JURIDIQUE
Jean-Michel Braunchschweig – Écriture en psychanalyse et confidentialité

HORS THÈME
Raphaëlle Pérétié – La grossesse de l’analyste : un événement de vie fertile dans la relation analytique
Johann Jung – Du paradoxe identitaire au double transitionnel : Le Horla de Guy de Maupassant

Critiques de livres
Bernard Chervet – Présentation de La tentation psychotique de Liliane Abensour. Quelques réflexions sur le fonctionnement psychotique
Robert D. Hinshelwood – A l’écoute d’Hanna Segal. Sa contribution à la psychanalyse de Jean-Michel Quinodoz
Jacques Angelergues – Vieillir : une découverte de Danielle Quinodoz

Revue des revues
Isabelle Kamieniak – Libres cahiers pour la psychanalyse, n° 19, printemps 2009, In-Press Éditions : L’amitié
Daniela Avakian – Psiche. Revue de culture psychanalytique. Mutations anthropologiques, n° 2, 2008
Michel Sanchez-Cardenas – International Journal of Psychoanalysis, volume 90, n°1, 2009
Hede Menke-Adler – Zeitschrift für Psychoanalytische Theorie und Praxis, n°3, 2008, “Perversion”

Résumés et mots clés
Résumés,
Summaries,
Zusammenfassungen,
Resúmenes,
Riassunti,

Annonce du prix Kestemberg

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