L’enjeu du surmoi dans la cure

 

Rédacteurs :
| Béatrice Ithier | Isabelle Kamieniak |

Tome 74 n°3, juillet 2010
Date de parution : 2010-07-01
  • Consulter sur le site de la BSF
  • Consulter sur le site des PUF
  • Commander sur Amazon
Argument...
Sommaire

Introduction au colloque de la SPP à Deauville, point de départ du numéro dont l’intitulé était : Le « Wo Es war… » et l’enjeu du surmoi dans la cure.

Le projet du colloque sera d’interroger les relations entre l’actualisation transférentielle du Surmoi-Idéal et la dimension surmoïque de la méthode analytique. L’instanciation du Surmoi est liée, chez Freud, à la reconnaissance de résistances inconscientes du Moi, et tout particulièrement, à l’expérience, contre-transférentiellement éprouvante, de formes particulièrement tenaces de résistance liées à la culpabilité inconsciente : réaction thérapeutique négative, besoin de punition. Il n’est donc pas surprenant que le Surmoi se soit présenté sous l’angle du travail du négatif, et que la tâche de libérer le Moi de son emprise soit devenue, sous la plume même de Freud, une visée centrale de la cure.

Un des mérites de J. Strachey, dans son article de 1934, devenu classique, de « La nature de l’action thérapeutique en Psychanalyse », était de faire du Surmoi non seulement une cible, mais un levier pour les transformations escomptées. S’appuyant sur « Psychologie des masses », Strachey faisait valoir que, sur le modèle de l’hypnose et de l’état amoureux, le transfert induisait une relation dans laquelle l’analyste prenait la place du Surmoi-Idéal, de telle sorte qu’il pouvait en exercer le pouvoir ; selon l’indication de Freud, il devait utiliser la suggestion indirecte pour contraindre le patient à surmonter ses résistances. En référence à M. Klein, Strachey évoquait aussi l’organisation du Surmoi chez l’enfant et la dialectique projection-introjection qui éclaire l’interférence entre objets et pulsions. Mais il se montrait critique à l’égard de la ligne qui tendait à crier haro sur le Surmoi : ainsi rappelait-il la position radicale d’Alexander, pour qui le Surmoi devait être supprimé, et ses fonctions revenir au Moi ; le Surmoi inconscient apparaissait comme « une partie de l’appareil psychique primitive, périmée, non accordée au réel, sans capacité d’adaptation, et dont le fonctionnement automatique était aussi monotone que celui d’un réflexe ». En dépit du poids des arguments pragmatiques, Strachey faisait remarquer que la suppression du Surmoi « entraînerait celle d’un grand nombre d’activités mentales hautement souhaitables ».

De son côté, en 1927, à la fin de « L’élasticité de la technique », Ferenczi appelait à « mettre au rencart » tout Surmoi, y compris le Surmoi analytique -prescription paradoxale et ô combien surmoïque !-. Ce rappel fait mesurer l’intensité de l’arrière-plan idéologique contre-transférentiellement mobilisé par les ambiguïtés métapsychologiques du Surmoi, derrière lesquelles se profile les enjeux de la « conscience morale ». Si la visée de l’analyse était la moïsation intégrale de ses fonctions, elle contredirait une instanciation qui le désigne comme aussi irréductible en totalité au Moi que ne l’est le ça. Si, par contre, l’on admet que la différentiation Moi-Surmoi a une valeur structurale, il faut admettre que l’action analytique y rencontre à la fois une limite et un support. Ce support varie en fonction de l’organisation des patients, mais l’impact de la méthode devrait, en principe, concerner plutôt l’articulation Moi-Surmoi que des transformations directes du Surmoi. A cet égard, la position de Freud, dans « l’Abrégé », en 1938, est troublante.  A côté d’aperçus profonds sur le Surmoi à la fin du livre, les formulations « techniques » qui ont précédé paraissent embarrassées. Il écrit, par exemple : « si le patient substitue l’analyste à son père ou à sa mère, il lui confère en même temps le pouvoir que son Surmoi exerce sur son Moi… …Le nouveau Surmoi peut procéder à une post-éducation du névrosé, et peut rectifier certaines erreurs dont les parents furent responsables dans le passé dans l’éducation qu’ils donnèrent… ». Et, dans Le passage suivant, Freud paraît admettre l’existence d’un pôle « éducatif » dans la fonction de l’analyste, même s’il répète qu’il doit respecter au maximum la personnalité du patient. On est comme surpris, et, en quelque sorte, rassuré lorsque, abordant abruptement l’enjeu du transfert hostile, il souligne que les acquis de la phase précédente se trouvent instantanément balayés. Il semble alors qu’il ne reste rien du « nouveau Surmoi », ce qui confirme que l’analyse du transfert constitue un tout indissociable. Freud ne précise pas si cette « post-éducation » concerne ces patients trop régressifs pour qu’il ne faille pas « les traiter comme des enfants ». On penserait ici à Winnicott, et aux patients « ayant besoin d’une régression à la dépendance ». Il semblerait plutôt que, pour Freud, la « post-éducation » fasse référence à ce qui relie la cure au travail de culture, sous le signe de l’après-coup. Freud pointerait ici, néanmoins, la nécessité, pour une méthode destinée à lever les refoulements, de se préoccuper de leur établissement, fonction essentielle du Surmoi.

Le point de départ du colloque serait la question posée par  la dimension surmoïque-idéale présente dans la mise en œuvre de la méthode analytique, avec sa valeur positive et son ombre portée. Même dans les cas où la position purement interprétative de l’analyste assure une indispensable dynamique de « désurmoïsation », les éléments constitutifs de la situation comme le cadre, la règle fondamentale, le cadre interne de l’analyste, ont une portée, une incidence surmoïque, protectrice et/ou injonctive. A partir de ce constat, on pourrait décrire une interférence constamment processualisée, en quête de transitionnalité, entre l’induction du site et les projections ou transpositions surmoïques du patient ; on éviterait alors l’alternative clivante, massive suggérée par l’Abrégé. Une telle description vaut encore pour les cures des patients-limites, dont l’investissement de la situation de travail est souvent intense et fonctionnel. De fait, le transfert sur la parole, sur le cadre, l’investissement sublimatoire de l’intelligence de la situation, la transformation des contraintes en règles du jeu, et les effets symbolisants, subjectivants, des transferts déjà interprétés contribuent, chez tous les patients, à la structuration d’une fonction tiercéisante qui, à travers ses éclipses, limite les risques de l’aliénation dans une « foule à deux ».

Bibliographie :

Freud S. (1923 b), Le Moi et le Ça, Essai de psychanalyse, trad. fr. J. Laplanche, Paris, Payot, 1981 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.

Freud S. (1937 c), L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, in Résultats, Idées, Problèmes, II, trad. fr. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet et A. Rauzy, Paris, PUF, 1985 ; GW, XVI.

Freud S. (1940 a [1938]), Abrégé de psychanalyse, trad. A. Bermann, revue par J. Laplanche, Paris, PUF, 1985 ; GW, XV.

Lœwald H., Internationalisation, séparation, deuil et surmoi, RFP, t. LXXI, n° 3, 2007, 877-892.

Strachey J., La nature de l'action thérapeutique de la psychanalyse, in Pragier G. (dir.), Urtubey L. (dir.), Wainrib S. (dir.), Interprétation : t.1 : un processus mutatif, trad. fr. Ch. David, Paris, PUF, 1999, pp. 33-64.

Surmoi : t.1 : le concept freudien et la règle fondamentale, Paris, PUF, Monographies de psychanalyse de la Revue française de Psychanalyse, 1995, 176 p.

Surmoi : t.2 : les développements post-freudiens, Paris, PUF, Monographies de psychanalyse de la Revue française de Psychanalyse, 1995, 180 p.

Coordination : Chantal Lechartier-Atlan

Argument : « Le Wo es war… » et l’enjeu du surmoi dans la cure
Françoise Coblence et Jean-Luc Donnet

I – INTERVENTIONS
Robert Asséo – Le surmoi, personnnalisation, impersonnalisation, dépersonnalisation
Jean-Louis Baldacci – Là où était le surmoi… ?
Anne Rosenberg – La voie de la fratrie pour affronter le surmoi

II – DEVELOPPEMENTS
Gérard Bayle – Le surmoi est-il un super rejeton ?
Bernard Chervet – Qu’en dirait Monsieur notre père… ? Le surmoi et l’impératif d’inscription inaugural
Christian Seulin – Modes de transfert, réflexivité et écart moi-surmoi
Joyceline Siksou – Un moi emprisonné. Idéal du moi – surmoi
Steven Wainrib – L’interprétation et quoi d’autre ?
Nathalie Zilkha – D’une certaine élasticité dans la relation moi-surmoi

DEBATS
Henri Danon-Boileau – Analyste terminé – Analyste interminable
Danielle Quinodoz – Prendre sa retraite et rester psychanalyste ? Réaction à l’article de H. Danon-Boileau

HORS THÈME
Madjid Sali – La destructivité primaire et sa réacquisition
Hélène Parat – Helene Deutsch, pionnière du féminin

Critiques de livres
Christian Delourmel – Les modèles psychanalytiques de la psychosomatique. de Claude Smadja
Florence Guignard – La poussée de vie. Notes cliniques sur la sexualité aujourd’hui de Laura Ambrosiano et Eugenio Gaburri
Bernard Chervet – Alter ego de Michel Neyraut

Revue des revues
Jean-Pierre Kamieniak – Topique. Revue freudienne, n° 106, 2009 : « Éthique et technique de la psychanalyse »
Michel Sanchez-Cardenas – International Journal of Psychoanalysis, n° 2, 2009
Michel Sanchez-Cardenas – L’Année Psychanalytique Internationale, 2009
Benoît Servant – L’Évolution Psychiatrique, octobre-décembre 2008 : « Soigner la psychose »
Michel Sanchez-Cardenas – The International Journal of psychoanalysis, n° 3, 2009
Sesto-Marcello Passone – The Italian psychoanalytic annual, n°3, 2009
Marie-Claire Durieux – The psychoanalytic study of the child, vol. 63

Résumés et mots clés
Résumés,
Summaries,
Zusammenfassungen,
Resúmenes,
Riassunti,

Sorry, the comment form is closed at this time.

   

Société Psychanalytique de Paris
21 rue Daviel – 75013 Paris
E-mail : spp@spp.asso.fr
Tél. : 01 43 29 66 70

© 2013 Société Psychanalytique de Paris
Responsable de la publication : Vassilis Kapsambelis
Directeur de publication : Denys Ribas