L’oralité

 

Rédacteurs :
| Jean-Louis Baldacci | Monique Dechaud-Ferbus |

Tome 65 n°5, décembre 2001
Date de parution : 2001-12-01
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Argument...
Sommaire

Allaitement, cannibalisme, communion, préliminaires amoureux, parole, le domaine de l’oralité est vaste. Piaget parle du monde des premiers instants comme d’une réalité à sucer tandis que Hugo évoque la bouche d’ombre qui “ mange l’inconnu ”. Nous suivons Grunberger lorsqu’il utilise à propos de l’oralité les adjectifs de flou, d’imprécis, d’illimité... Et puis, comme le remarquait Abraham, l’oralité est moins refoulée que l’analité ou la génitalité et se mêle à toutes les facettes du champ pulsionnel.

En fait, ce registre très étendu résulte de métaphores successives qui ont une origine commune, la bouche. La question se pose de savoir alors comment la bouche est ou devient une zone érogène et un premier organisateur du développement psychique. Dans les Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, Freud répond à Meisl à propos de sa conférence sur la faim et l’amour que dès l’origine « dans la pulsion de nutrition l’élément érotique est présent. Les deux pulsions, poursuit-il, se rencontrent à cet endroit. La composante asexuelle apparaît toujours en même temps que la composante érotique ». Dans cette conception, la bouche est d’emblée une zone érogène lors de sa rencontre avec l’objet. Le psychisme n’est pas greffé du dehors, il a ses racines dans le corps. C’est donc à partir de l’oralité que Freud essaie de différencier les premiers moments de la psychisation. Mais au terme de « oralité », il préfère l’usage de l’adjectif oral qui vient qualifier certains termes du langage psychanalytique comme stade, pulsion, plaisir, érotisme ou incorporation et la liste n’est pas exhaustive. Peut-être cherche-t-il ainsi à se détacher du syncrétisme des débuts ?

C’est ainsi qu’à propos de la différenciation des instances nous retrouvons le mot depuis l’emprise orale sur l’objet jusqu’à l’introjection/projection comme matrice des processus intellectuels, en passant par la problématique de la représentation telle qu’elle est abordée au sujet de l’incorporation, de l’identification et du deuil. Le terme intervient aussi dans les échanges entre les instances psychiques avec les notions de fixation et de régression. Pour les postfreudiens, l’usage d’un vocable unique semble chercher à lier cette problématique de l’origine et du développement en faisant une place importante à l’objet et aux effets de la discontinuité introduite par les traumatismes propres à la période. Dans ces travaux qui peuvent concerner l’anorexie, la boulimie, les addictions, l’avidité, l’agir, ou les troubles de l’identité, la clinique ne prend son sens qu’en fonction de modèles psychopathologiques différents. Quoi de commun, en effet, entre le refus de manger de Dora, témoignant de son dégoût de la sexualité et de sa crainte du fruit défendu incestueux, et une anorexique ? Quoi de commun aussi entre la peur d’être mordu de Hans et les angoisses de dévoration de l’Homme aux loups ?

Les modèles théoriques qui s’attachent suivant les cas à la succion et l’emprise, la satisfaction et l’hallucination, l’incorporation et l’identification, en y incluant l’identification projective kleinienne, essaient tous de cerner les conditions de l’introjection de l’objet et de la pulsion. Ils cherchent donc à comprendre comment, selon les termes mêmes de Freud, « trouver l’objet c’est le retrouver ». Dans cette découverte, qui n’est pas sans évoquer le trouvé/créé Winnicottien, le rêve mais aussi le sommeil comme l’a montré Bertram Lewin soulignent le rôle du narcissisme comme défense contre l’hémorragie libidinale. À ce propos, on peut citer aussi les travaux concernant la quête de l’idéal, la honte et la resexualisation des instances dans le masochisme moral qui accompagnent certains des troubles précédemment évoqués.

Mais à quoi peuvent servir ces constructions théoriques si les cas qu’elles concernent échappent à la cure ? Serait-on pris dans une théorisation symptomatique de notre impuissance pratique ?

Or, les conséquences techniques ouvertes par ces recherches sont nombreuses. En psychanalyse de l’enfant cette approche a rendu par exemple possible tout le développement des consultations thérapeutiques mère/bébé. Quant à l’adulte, les repères théoriques proposés ont entraîné une meilleure élaboration des mouvements contre-transférentiels suscités par ces transferts particuliers mêlant paradoxes et investissements massifs. Les aménagements du cadre et de la technique psychanalytiques ainsi permis ont reculé les limites de l’analysable en repoussant les bornes de l’assistance et de la non-indication.

Bernard BRUSSET – Oralité et attachement
François DUPARC – Inquiétante voracité
Hélène PARAT – Elixirs d’amour
Félicie NAYROU – Essai sur le don, l’inquiétante oralité dans l’ombre de la structure
Andrée BAUDUtN – Variations sur le thème d’être mangé
Henri & Madeleine VERMOREL – Abord métapsychologique de l’anorexie mentale
Jacques MAîTRE – Anorexies religieuses, anorexie mentale
Geneviève BOURDELLON – L’anorexique, « une petite fille livide, rouge et noire, cousue de fil blanc »

ENFANTS ET ORALITÉ
Marta BADONI – Traces de l’expérience orale dans l’analyse d’enfants
Catherine DRUON – L’oralité au carrefour de la vie intra-utérine et de la vie néonatale
Michèle POLLAK-CORNtLLOT – Actualité de Melanie Klein dans les consultations thérapeutiques parents-nourrisson

L’ORALITÉ DANS L’ART
Jean-François RABAIN – Angoisse d’engloutissement et scénario fétichique
Murielle GAGNEBIN – Les destins de l’oralité
Marie-France CASTAREDE – Les notes d’or de sa voix tendre. Oralité et chant
Anouk DRIANT – Leur suffit-il d’ouvrir la bouche ?
Bernard C. MEYER – Aspects de l’oralité. Étude psychanalytique sur Joseph Conrad

CRITIQUES DE LIVRES
Claude BALIER – Le remords, psychanalyse d’un meurtrier de Gérard Bonnet
Colette COMBE – De la pratique psychanalytique de Thierry Bokanowski
Angela GOYENA & Florence LECLERC – Wilfred R. Bien de Elsa Schmid-Kitsikis
Claude JANIN – D.W Winnicott de Denys Ribas
Georges PRAGIER – Freud, un enfant de l’humour ? de Jean-Pierre Kamieniak

REVUE DES REVUES
Liliane ABENSOUR – Le fait de l’analyse
Denise BOUCHET-KERVELLA – Revue Française de Psychosomatique

Table des matière.i du tome LXV
Prix Mary S. Sigourney (Sigourney Award)

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