Manie

 

Rédacteurs :
| Martine Girard | Michel Picco |

Tome 79, n°4
Date de parution : 2015-09-01
Argument...
Quelques classiques autour du numéro Manie
Sommaire
Rebonds

« Mais regarde bien ce fou furieux à droite
Son air dément, quel horrible spectacle.
Il est couché, en haillons, enchaîné,
S’il rugit il n’en sait pas la raison.
Observe-le, car comme dans un miroir
C’est bien là ton portrait dans la colère.
Son image est immobile devant toi,
Entre toi et lui, aucune différence ».

R. Burton
Argument du carré n° 7 du frontispice Anatomie de la mélancolie (1621) Paris, José Corti, 2000

 

La crise maniaque avec son excitation psychique, motrice et neurovégétative, sa fuite des idées – « "tourbillon" sans fin, sans but et sans ordre » – et son exaltation de l’humeur constitue un tableau d’autant plus surprenant que le maniaque a été et sera à nouveau une personnalité normale voire hyperadaptée et que cet orage « dionysiaque » alliant sexualité débridée, volatilité de la vie psychique et désordre des fonctions organiques (Ey, 2007) pourra être précédé ou suivi de son exact contraire. En effet, si la manie, du grec mania folie furieuse, fut synonyme de folie au sens général, la théorie physiologique des humeurs faisait de la bile noire le support de la mélancolie et assez vite un lien d’alternance était repéré : dès lors se mêleront inextricablement les hésitations entre acception générique ou spécifique et celles relatives à l’autonomie de la manie au regard de la mélancolie. En 1913, Kraepelin officialise l’unité de la folie maniaque-dépressive renforcée par les états mixtes et l’origine constitutionnelle qui annonce la psychiatrie biologique. Celle-ci délaissera la « psychose » maniaco-dépressive pour la bipolarité des troubles de l’humeur compliquée par le caractère transnosograhique et les étiologies iatrogènes de la manie.

Pour Freud, dans des écrits aussi rares qu’inachevés, la manie reste le parent pauvre de la thérapeutique et de la théorie, à l’ombre de la mélancolie : « La manie n’a pas d’autre contenu que la mélancolie » (1916-17g, p. 273). Adopterait-il la nosographie de son contemporain Kraepelin, alors que la richesse de la phénoménologie le confrontera au caractère inconciliable de cette épistémologie avec la psychanalyse, malgré son dialogue avec Binswanger ?

Est-il dès lors pertinent d’isoler la manie pour interroger la psychanalyse des psychoses ? D’autant que ses réflexions sur la paranoïa ou la schizophrénie l’avaient conduit à faire de la mélancolie une névrose narcissique et que s’il ne s’était pas prononcé sur la manie, Augustin Jeanneau prendra ce parti (1980).

Pourtant la manie, comme état psychotique aigu pourrait interroger la bascule psychotique et le retour cyclique des accès, l’automatisme de répétition. Si aucune élaboration n’est possible pendant l’accès dont le traitement revient aux psychiatres – le cas Warburg chez Binswanger – l’intervalle libre y serait-il plus propice ? Rupture ou continuité subjective entre l’après-coup de l’effraction psychotique et l’anticipation de la jouissance de la toute-puissance… ou vice-versa ? Car malgré les psychotropes, l’impuissance à empêcher la bascule, à retenir le patient peut interroger l’analyste.

S’il avait minutieusement repéré le stade anal comme point de bascule entre obsessionnel et mélancolique, Abraham (1977) s’attache peu au virage maniaque. Comme si passée cette frontière la dissolution des relations objectales précipitait la régression libidinale vers le stade oral lui-même divisé : l’ambivalence envers le moi du mélancolique contenant la possibilité du revirement vers « l’orgie cannibalique ». Quant à la bascule qui ne serait pas virage il la rattache au « rejet de la dysphorie originelle » et pour lui le patient n’est pas en « bonne santé » pendant l’intervalle. Répétition d’accès dans une diachronie émaillée de ruptures, hiatus ou continuité d’une bipolarité synchrone (Ebtinger, 1999) depuis cette dysphorie en passant par les états mixtes ou la syntaxe de l’être double (Gillibert, 1978, p. 22) ? 

Freud, de fait, se reconnait en difficulté : les considérations économiques de 1915 – libération du contre-investissement accaparé par la douleur mélancolique – lui paraissent imprécises et, du point de vue topique, il ne peut avancer qu’une supposition : la dissolution temporaire de l’idéal du moi dans le moi (1921c, p.71). Reste le point de vue dynamique : le surmoi mélancolique fait rage contre le moi avec une violence sans ménagement. Règne dès lors « une culture pure de la pulsion de mort, et effectivement celle-ci réussit bien souvent à pousser le moi dans la mort, si le moi ne se défend pas auparavant contre son tyran par le revirement dans la manie » (1923b, p. 296). De là à déduire que la manie, a contrario, serait le règne sans partage de la pulsion de vie ? Libéré certes de l’oppression du surmoi, mais qu’en est-il du rapport à l’emprise dans l’affect d’exaltation (Denis, 2013) ? Libération vers « non pas un devenir, mais un avenir tout béant » (Gillibert, 2001, p. 90). C’était en effet négliger la destructivité propre à cette libération, dont les effets ravageurs s’imposent dans l’après-coup, venant tempérer la nostalgie de l’euphorie. Pour Lacan, qui a mis en avant la dimension mortelle de l’excitation maniaque de la psychose (1974, p. 39), l’affect est trompeur. Le maniaque n’est ni un joueur ni un jouisseur commente Colette Soler (2002, p. 87). Dérèglement d’un organisme abandonné par toute accroche symbolique et condamné à dire et produire n’importe quoi ?

Après avoir décrit son hospitalisation pour accès maniaque, le peintre Gérard Garouste écrit : « On ne peut peindre que si l’on va bien. Le délire est un trou noir dont on sort dans un état d’extrême sensibilité bénéfique pour la peinture, mais le lien légendaire entre la folie et l’art s’est trop souvent changé en un raccourci romantique. Le délire ne déclenche pas la peinture, et l’inverse n’est pas plus vrai. La création demande de la force » (2009, p. 126).

Mais que dire alors des moments maniaques dans la cure, des positions maniaques, des restaurations maniaques (Gillibert, 1978, p. 19), des mouvements maniaques de fin de cure tout autant que de l’hyperactivité, version contemporaine de l’hypomanie chronique ? Dès 1931 (1992), Winnicott avait souligné la fréquence de « l’excitation anxieuse courante » de l’enfant ; un équivalent de l’hypomanie de l’adulte, dont l’étude avait conduit Helene Deutsch (2007) à faire du déni visant le monde extérieur et les agressions du ça au travers du surmoi, le mécanisme de défense principal au même titre que l’introjection mélancolique ou la projection paranoïaque. L’année suivante, Klein introduisait la notion de défense maniaque autour de la négation : le moi se défend « contre la peur des persécuteurs intériorisés et du ça. Cela revient à dire que la toute première négation est celle de la réalité psychique, après quoi le moi peut étendre la négation à une bonne partie de la réalité extérieure » (1968, p. 327). Elle fera de l’oscillation entre position dépressive et maniaque une étape structurante du développement. Winnicott étendra la défense maniaque (1989) à tous les processus de vie comme fuite du monde interne vers la réalité extérieure, l’agitation et les lumières de la ville, le bruit de fond de la radio… Abraham avait relevé cet ordinaire de la défense maniaque à travers la proximité entre gaieté maniaque et plaisir du mot d’esprit. Serait-elle inhérente à toute création, de la pensée la plus ordinaire à la sublimation la plus élaborée ? L’attrait d’une œuvre ne tient-il pas plus à ce qu’elle se révèle capable de dénier que de montrer ? Et que dire, du côté du psychanalyste, d’une forme d’activisme en séance ?

Mais contre quel niveau de dépression se défend-on, interroge Bianca Lechevalier (2001), ou contre quelle souffrance ? Et Cléopâtre Athanassiou distingue défense primaire avec angoisses d’anéantissement et enclaves autistiques et défense secondaire en lien avec les relations à l’objet (1996).

Ainsi la manie interrogerait la construction du fait psychotique dans son articulation à la psychopathologie de la vie quotidienne et à la normalité d’autant que l’humeur n’est pas superposable à l’affect et que la temporalité de « l’homme maniaque » a conduit les psychanalystes à convoquer les philosophes. Continuité ou rupture entre symbole de la folie furieuse ou de la vie ? Simples variations quantitatives d’intensité « affective » ou basculement topique et dissolution des relations objectales ? Simple dérèglement des oscillations physiologiques du fonctionnement psychique entre deux mouvements contraires progrédient et régrédient, narcissisme et anti-narcissisme ? Quelle place dans les Chroniques de l’intrication et de la désintrication pulsionnelle (Ribas, 2002) ? Mais la démesure « l’hubris n’est pas éros » (Kahn, 1985, p. 45)… ni thanatos ? Et la défense maniaque serait-elle au XXIe siècle l’équivalent culturel de ce que fut pendant des siècles de tædium vitae et de spleen la « tendance mélancolique inhérente à la mortalité » (Burton, op. cit., p. 227) ?

Quelques classiques autour du numéro Manie (volume 79, numéro 4, 2015)

Marie Bonaparte, 1929 : Un petit accès de Kleptomanie larvée

Herbert Rosenfeld, 1961 : De la toxicomanie

Jean Kestemberg, 1962 : A propos de la relation érotomaniaque

Jean Bergeret, 1977 : Toxicomanie, auto-érotisme, auto-thanatisme

De quoi « manie » est-il le nom ? Il se trouve que la clinique contemporaine a conservé cette appellation plutôt pour ce que l’on appelle maintenant les « troubles de l’humeur », et le terme désigne cette clinique symétriquement inverse à celle de la mélancolie ; on la trouve sous cette forme dans Deuil et mélancolie de Freud ou dans des termes comme la « manie de deuil » et la « défense maniaque ». C’est à partir de cet état de fait de la terminologie actuelle que l’argument du présent numéro de la Revue française de Psychanalyse a été rédigé.

Mais la manie exprime historiquement bien plus qu’un état d’exaltation euphorique, hyperactif et grandiose, exact opposé de l’abîme mélancolique. Depuis ses origines grecques, elle regroupe tout ce qui, du pulsionnel, reste rebelle à tout raisonnement et à tout effort de maîtrise : la manie est l’échec du système perception-conscience, la déroute de la secondarisation, la défaite de tout moi prétendant servir équitablement ses trois maîtres, le ça, le surmoi et la réalité. Qu’elle embrase l’ensemble de la personne ou seulement tel ou tel secteur de sa vie psychique et relationnelle, qu’elle soit « psychose » ou « folie », elle reste le terme favori pour exprimer le caractère indomptable de la pulsion. Elle est donc « manie » de la maladie maniaco-dépressive, cet état qui balaie tout sur son passage, et rend la personne méconnaissable à ses proches, et à soi-même. Mais elle est encore « manie » lorsqu’elle s’attache à un objet précis avec une force et une répétitivité qu’aucun contrôle ne semble en mesure de limiter : c’est ainsi qu’elle devient toxicomanie, ou encore érotomanie. Et c’est encore de « manie » qu’il s’agit dans les rites et autres compulsions obsessionnels, des répétitions effrénées de vérification, de lavage ou d’accumulation ; une « folie » bien sûr, « ridicule » aux yeux de tous, et du patient en premier – à ceci près qu’il en est saisi avec une force interne qui le dépasse, et à laquelle il s’avère impossible de se soustraire : avec la manie, et quelle que soit son appartenance nosographique, névroses, psychoses et états-limite confondus, on est dans le royaume du « c’est plus fort que moi » ; un moi qui baisse les bras, vaincu – quels que soient ses efforts pour sauver la face et les apparences, pour faire semblant qu’il « contrôle », qu’il « maîtrise », et qu’il reste dans la rationalité du comportement librement décidé.

C’est à ces autres « manies » que nous consacrons la présente anthologie de « classiques ».

Nous commençons par un petit « bijou », le bref exposé de Marie Bonaparte sur un cas de kleptomanie, paru dans notre revue en 1929 (Un petit accès de kleptomanie larvée, RFP vol. 3, n° 3, 1929). On peut y admirer la prouesse interprétative, très caractéristique des premiers psychanalystes, dans la foulée de la méthode de travail de Freud.

Le texte de Herbert Rosenfeld sur la toxicomanie a été présenté au 21e Congrès International de Copenhague, en 1959 (De la toxicomanie, RFP vol. 25, n° 4-5-6, 1961). Il est remarquable en ceci qu’il pose d’emblée certaines questions, comme par exemple le rapport entre toxicomanies (notamment alcoolisme) et maladie maniaco-dépressive, qui sont de grande actualité, et ses réponses sont d’une grande finesse : « Dans mon étude psychanalytique de la toxicomanie j’ai trouvé une étroite connexion entre cette maladie et les états maniaco-dépressifs mais non point d’identité. Le drogué utilise les mécanismes maniacodépressifs qui se trouvent renforcés par la drogue et, par conséquent, altérés par l’intoxication. Le Moi du toxicomane est faible, n’a pas la force de supporter la souffrance d’une dépression et a facilement recours à des mécanismes maniaques, mais la réaction maniaque ne peut se réaliser qu’à l’aide des drogues, parce que sa production nécessite une certaine force du Moi. » Dans un langage kleinien classique, Rosenfeld montre que la drogue, objet idéalisé et concrètement introjecté, permet de surmonter les angoisses paranoïdes liées à la première enfance, au prix d’un clivage du moi. Mais il remarque de façon pertinente : « Il [le sujet sous m’emprise de la drogue] ne semble pas régresser, comme le suggère Rado, à l’état de satisfaction du bébé au sein, mais à une phase de la petite enfance où l’enfant se sert hallucinatoirement pour agir sur ses angoisses, de fantasmes réalisateurs de désir. Cet état est étroitement lié aux mécanismes et aux défenses maniaques ; l’effet de la drogue est utilisé comme un moyen physique artificiel pour produire l’hallucination, de la même manière que le petit enfant se sert de ses doigts ou de son pouce pour halluciner le sein idéal. » Ainsi, derrière cette « manie » se cache l’absence de l’objet, tant et si bien que « le facteur essentiel dans cette relation [entre dépression et toxicomanie] est une identification avec un objet malade ou mort ». En définitive, « le toxicomane est fixé à une phase infantile précoce que Melanie Klein a appelée “situation schizoïdo-paranoïaque” en dépit du fait que le malade a, en partie, accédé à la situation dépressive. Je crois que cela a une importance primordiale pour la compréhension de la toxicomanie. Ce sont surtout le Moi du toxicomane et les mécanismes de défense du Moi qui ont régressé à cette situation précoce. Dans la mesure où les relations objectales du toxicomane et les niveaux libidinaux du développement entrent en ligne de compte, la régression n’est pas toujours aussi marquée, sauf quand l’état d’intoxication entraîne un détachement total des objets extérieurs. »

On ne présente plus la conférence de Jean Kestemberg sur l’érotomanie, devenue un classique de la littérature française des états psychotiques (À propos de la relation érotomaniaque, RFP vol. 26, n° 5, 1962). Il y a un point sur lequel l’attention du lecteur mérite d’être attirée : certains de cas cliniques de Kestemberg ne présentent pas l’érotomanie délirante classique, telle que décrite par la psychiatrie du 19e siècle, et intégrée progressivement dans l’ensemble des paranoïas (malgré le travail de de Clérambault), mais des cas plus « frustes », évoquant davantage des formes de ce qui sera appelé plus tard une « toxicomanie d’objet », connotant certaines évolutions des états-limite contemporains.

Enfin, c’est encore de toxicomanie qu’il est question dans la communication que Jean Bergeret a présentée au 37e Congrès des Psychanalystes de Langues Romanes (l’actuel CPLF) à Paris en mai 1977, ayant comme thème l’auto-érotisme et comme rapporteur Jean Gillibert (Toxicomanie, auto-érotisme et auto-thanatisme, RFP vol. 41, n° 5-6, 1977). Bergeret montre que les effets « antidépressifs » de la drogue habituelle lors d’un moment de difficulté du sujet dans ses rapports avec ses objets habituels ne sont plus en mesure de rendre compte des grands états de toxicomanie, où « les acquisitions narcissiques primaires et identificatoires elles-mêmes, constitutives du Moi, se trouvent remises en question au profit d’une régression vers un état structurel beaucoup plus anarchique encore et décrit par Freud comme une forme d’auto-érotisme précédant la convergence des pulsions sur le corps, attitude nécessaire au plein établissement du narcissisme », et le désir « est réduit au besoin du besoin pour contre-investir l’énergie pulsionnelle libérée par le manque, résultant du défaut d’investissement de l’hétéro-objet ». Pour Bergeret, ce « retour mégalomaniaque sur l’auto-objet » n’est sans doute pas en rapport avec l’éros, malgré son appellation auto-érotique, et « s’avère au contraire destructeur de l’investissement objectai (narcissique tout autant qu’érotique) qui se trouve à la base de tous les liens sociaux. » : « l’auto-érotisme apparent du toxicomane recouvre un véritable auto-thanatisme ».

 

 

 

 

 

RFP 2015-4

Sommaire

Éditorial : Entre humeur et humour

THÈME : MANIE

Rédacteurs : Martine Girard et Michel Picco

Coordination : Danielle Kaswin-Bonnefond

Martine Girard et Michel Picco – Argument : Les infortunes de la manie : état, défense, position ?

Augustin Jeanneau – L’idéalisation médiatrice

De clinique en théorie

Frédérique Massat – Clinique au quotidien de la défense maniaque

Cléopâtre Athanassiou-Popesco – Le moi dans la défense maniaque

Catherine Chabert – L’amour maniaque

Aux confins de la manie

François Duparc – Fuites en avant et formes limites de la manie

Isée Bernateau – L’humour, une manie vitale ? Le lien à l’autre et à soi-même dans l’humour

Entretien avec Paul Denis – Exaltation heureuse, exaltation béate, exaltation maligne

Entre mania et sophrosyne

Marianne Massin – Mania créatrice, ambivalences et torsions

Davide Stimilli – L’énigme de Warburg

INTERLUDE

Michel Neyraut – Face et profils (extraits 2)

RECHERCHES

Jacques Press – Le transfert du négatif. Histoire d’une possession blanche

François Pommier – À propos du patient d’avant : fantaisies conscientes et inconscientes

Gianluigi Monniello – Jeu et réalité du refoulement

Élisabeth Gontier – Parricide agi et complexe paternel

Christian Spella – Vocalyse. Une approche métapsychologique et sémiotique de la voix

René Roussillon – Le visage de l’étranger et la matrice du négatif chez Albert Camus

Florian Houssier, Xanthie Vlachopoulou, Delphine Bonnichon, Noémie Capart – Freud consultant. Une lecture de la correspondance entre Freud et Federn

REVUES

Revue des livres

Claudie Dufetel – Donald Winnicott today, Édition établie par Jan Abram

Rénate Eiber – Sigmund Freud – Oskar Pfister, Briefwechsel 1909 – 1939

Marcela Montes de Oca – Psychoanalytic Therapy with Infants and Parents: Practice, Theory and Results de Björn Salomonsson

Michel Sanchez-Cardenas – Melanie Klein, Lettres à Marcelle Spira, Édition établie par Jean-Michel Quinodoz

En rapport avec le thème Manie

André Galinowski – Bipolaire vraiment ?de Darian Leader

Regard sur la psychanalyse française

Eric Glassgold – Au temps du renouveau de Freud : le plaisir de « Lire la psychanalyse française »

Revue des revues

Isabelle Martin Kamieniak – Libres Cahiers pour la Psychanalyse, n° 30, 2014, « Contraintes »

Benoît Servant – Adolescence, n° 90, « Le sensoriel »

Marie-Claire Durieux – Journal of the American Psychoanalytic Association, vol. 61/6, vol. 62/1, vol. 62/2

Michel Sanchez-Cardenas – Lu dans L’International Journal of Psychoanalysis, n° 5 et n° 6, 2014

 

Manie

Une lettre du Dr Augustin Jeanneau

À la suite de la publication de notre numéro « Manie » (numéro 4, volume 79 de la Revue française de Psychanalyse, septembre 2015), nous avons reçu la lettre suivante de la part du Dr Augustin Jeanneau, que nous publions ici avec son aimable autorisation.  Le Dr Jeanneau, membre titulaire formateur honoraire de la Société Psychanalytique de Paris, a été son président de 1984 à 1985. Psychiatre des hôpitaux, il a également été le directeur général de l’Association de Santé Mentale dans le 13ème arrondissement de Paris de 1982 à 1992.

Chers collègues,

Il y a quelques semaines déjà que je voulais vous dire tout l’intérêt que j’ai trouvé à la lecture du récent numéro de la Revue concernant la manie. Merci tout d’abord de m’y avoir associé par le rappel d’un travail dont l’après-coup me disait que je le ferais maintenant plus court – mais en suis-je aussi sûr ? –, y retrouvant en tout cas la pression ressentie sur le terrain – au dehors en effet – où le patient vous précipite dans la vitesse et l’ubiquité, avec l’obligation, pour en saisir le drame, de ne pas brûler les étapes de la réflexion. C’était méritoire de m’y avoir suivi, et sympathique d’en faire état.

Je ne pouvais qu’apprécier cette relance du sujet, que l’argument proposait aux auteurs, en élargissant la perspective, sans éviter pour autant de pointer les questions difficiles. Et les réponses n’ont pas craint de se situer d’un point à l’autre d’un large spectre, de l’obstination « opératoire » à l’inspiration divine, ou d’interroger, ailleurs, par delà la fuite ou la défense d’une nécessaire et impossible rencontre, les exigences d’un amour qui s’ignore, venu des inconnues anaclitiques. Encore faut-il – et à quel prix ! – sauver cette relation à un objet condamné, au départ, d’être seulement ce qu’il est.

Et puisque le meilleur de la réflexion fait surgir d’autres questions, c’en est bien une, et pas la seule, qui court de l’un à l’autre texte. Se maintenir dans l’excitation, sans émarger au pulsionnel, mais en garder ce qu’il en faut, à peine, pour maintenir la pression. Ce qui est bien, en effet, spécifique de la manie. Car on sait comment la mélancolie se trouve lourdement arrimée par l’identification narcissique à un objet qui entretient l’excitation douloureuse de son être ; et que par l’incorporation, elle prend pied régressivement dans le pulsionnel, avec quelque chance de s’inscrire sur le chemin d’un travail mélancolique. Mais en plein air, si j’ose dire, invité par un des auteurs à ne pas y négliger pour autant cette identification narcissique, on comprend assurément mieux combien le montage est fragile pour conserver sa bonne humeur. Parce que dans une réalité tout à la fois nécessaire et contraire, ce n’est pas une sinécure pour le moi d’y garder son ambitieuse primauté, s’il faut pour s’en assurer en devenir « l’agent subalterne », pour reprendre un terme de B. Grunberger.

Même foncière contradiction qui nous est rappelée ailleurs par le terme d’ « objets infinis », mais aussi bien « mal finis », s’il est vrai, en effet, que l’objet a failli à renvoyer au narcissisme l’absolu de ses limites. Et puis cette mise à feu d’un préconscient qui, finalement, n’a pas toujours tant de choses à dire, puisqu’il s’agit avant tout de sauver du naufrage un système relationnel, qui ne vaut qu’à donner à la folie narcissique un semblant de raison.

On a également bien fait de nous laisser entendre que rien n’est si étonnant de ces revirements imprévus, de la douleur à la colère, dans les profondeurs topiques. Une indication qui mériterait d’être examinée, car la porosité des stades, dans ces zones matricielles, pourrait nous en dire davantage, pourvu qu’un zest d’objectalité, en y laissant sa griffe, nous aide à mieux comprendre comment peuvent se côtoyer le désespoir et l’illusion.

Voilà quelques notations, amicales et spontanées, mais qui sont bien insuffisantes au regard de l’élaboration des différents textes. Mais c’était seulement pour vous dire que la réussite de ce numéro tient à la relance de la réflexion, que chaque lecteur aimera poursuivre à sa manière sur ce sujet qui, grâce à vous, n’est pas clos.

Et vous redire aussi, chers collègues, l’assurance de mes sentiments de très cordiale amitié.

Augustin Jeanneau 

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