Névroses

 

Rédacteurs :
| Albert Louppe | Christine Anzieu-Premmereur |

Tome 67 n°4, octobre 2003
Date de parution : 2003-10-01
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Argument...
Sommaire

Les patients ne sont plus les mêmes, dit-on. Que sont devenues les belles névroses d’antan ? Les hystéries de Freud et les névroses obsessionnelles ? Les “ états limites ” semblent devenus l’ordinaire de la pratique analytique. Ce changement est-il le reflet d’une évolution des demandes adressées aux analystes ou une modification de leurs références théoriques ? Que reste-t-il de la référence au modèle princeps de la névrose, élaboré par Freud tout au long de son œuvre ? Est-elle encore le vertex à partir duquel s’organise la pratique analytique ? Comment repenser cette base sur laquelle s’est édifiée la théorie freudienne, en contrepoint de la multiplication des tendances théoriques chez les analystes contemporains, qui voit (parfois) s’amenuiser la référence à l’Œdipe et à la névrose ? S’agit-il du reflet d’un changement de l’organisation même de nos sociétés ? En effet, depuis près de trente ans, on entend beaucoup dire que l’on observe dans les sociétés occidentales un affaiblissement des représentations œdipiennes, une relativisation des interdits et des références paternelles. C’est finalement tous les fondements mêmes de la névrose qui seraient remis en cause, la question se poserait alors de savoir si, dans le registre latent, la dimension du conflit œdipien et les logiques de la névrose demeurent. 2 Les conceptions de la névrose chez Freud évolueront en fonction des remaniements successifs des concepts qui l’animent : du conflit entre représentations au conflit d’instances ; de la conception du refoulement au remaniement des défenses introduit par la conceptualisation du clivage ; de la première théorie des pulsions à la seconde théorie des pulsions ; de la notion de traumatisme sexuel réel à la conception du traumatisme dans Inhibition, symptôme et angoisse ; de la séduction par l’adulte au complexe d’Œdipe, au complexe de castration et aux fantasmes originaires. 3 Malgré tous ces remaniements, la névrose restera au cœur de la pensée freudienne. Si la définition du Vocabulaire de J. Laplanche et J.-B. Pontalis « affection psychogène où les symptômes sont l’expression symbolique d’un conflit psychique trouvant ses racines dans l’histoire infantile du sujet et constituant des compromis entre le désir et la défense », reste très actuelle, peut-on considérer que Freud a tiré toutes les conséquences de l’élaboration de la seconde topique dans la conception de la névrose ? Comment concevoir les effets des infléchissements de la théorie de l’agressivité et de l’angoisse, source de vifs débats au sein de notre société, sur ce modèle de la névrose, pour une large part issue de la première topique ? 4 Ce travail remarquable de Freud se développe des années 1890 à l’élaboration du moi et du ça, pour remanier, voire définir les contours de la névrose du point de vue clinique au regard de leur organisation défensive contre l’angoisse, et en cerner les grandes entités ; à l’opposé, on observe depuis les années 1980 une remise en cause du principe même d’une structure névrotique. Au nom d’une position athéorique souvent inspirée par le behaviorisme, les classifications nosologiques américaines, qui prétendent organiser maintenant la pratique psychiatrique, ont dispersé la clinique des névroses dans des catégories nosologiques hétérogènes. La désaffection relative des travaux analytiques pour la névrose ne vient-elle pas cautionner ce démantèlement ? Que peuvent dire les analystes aujourd’hui de l’unité du concept de névrose et de sa validité ? À la reconnaissance de la cohérence de la logique névrotique propre à la temporalité de la cure, que sous-tend le terme même de névrose de transfert, s’oppose une volonté objectivante du fait mental. Les névroses cliniques ont perdu leur appellation, et seuls les regroupements symptomatiques sont déclarés valides pour permettre au psychiatre un choix rapide de traitement spécifique, pharmacologique pour l’essentiel, rendant inutile et obsolète la référence au concept unitaire de névrose. Cette désubjectivation de la clinique ne peut qu’inciter les analystes à remettre au travail la question de la délimitation des grandes entités névrotiques et celle de l’articulation des symptômes avec une organisation défensive, la logique du désir et l’angoisse, à la suite de Freud dans Inhibition, symptôme et angoisse. 5 Que peut-on dire aujourd’hui, au regard des tableaux cliniques complexes que rencontrent les analystes, de la validité des grandes organisations cliniques du champ de la névrose ? Dépassant la différenciation progressive et heuristique des névroses actuelles, des psychonévroses de transfert et des névroses narcissiques de 1915, Freud a lui-même relativisé cette distinction et envisagé la possibilité de névroses mixtes. Le décentrement progressif des analystes de la notion de structure à celle de fonctionnement mental permet-il de mieux rendre compte de la dialectique, à l’intérieur même du champ des névroses, entre névrose obsessionnelle et hystérie, entre névrose de transfert et névrose actuelle ? Comment appréhender l’évolution des pathologies névrotiques actuelles, plus floues dans leurs contours, moins spécifiques dans leur organisation ? Ces modifications sont-elles le reflet d’une évolution réelle dans la clinique des névroses ou l’effet des changements dans la pratique et dans la théorie analytiques, voire dans l’articulation théorico-clinique ? 6 À l’intérieur même du champ analytique, les changements intervenus depuis plusieurs décennies chez les patients ayant recours à l’analyse, expression des transformations socioculturelles et des repères identificatoires familiaux, tendent à faire passer au second plan la référence à la névrose. La fréquence des pathologies liées au narcissisme, des troubles identitaires, des états limites et des symptomatologies associées de dépression, de troubles somatiques et comportementaux, reflet des changements dans la clinique des analystes, les a contraints à des recentrages théoriques. La référence à la névrose serait-elle alors devenue une prise de position trop traditionnelle ? Comment concevoir aujourd’hui, au regard de ces changements, les articulations entre le champ de la névrose et les organisations non névrotiques ? 7 Si la névrose est dans la pensée freudienne la forme d’expression privilégiée de la conflictualité propre à la sexualité infantile, qu’en est-il aujourd’hui de la référence à la sexualité infantile dans la clinique et la théorie des névroses, avec le développement des travaux sur la structuration du moi, sur le rôle des interactions précoces ? L’évolution de nombre de théories postfreudiennes montre le déplacement des théories psychopathologiques en deçà de l’Œdipe, avec une prévalence du facteur économique et des relations d’objet, voire de l’attachement. Cette évolution ne risque-t-elle pas de se faire au détriment de la place de la sexualité infantile, lieu privilégié d’articulation de l’objet et de la pulsion ? N’y a-t-il pas là un risque d’affadissement de la dimension conflictuelle de la sexualité humaine, intégrant la temporalité propre à la dialectique de l’étayage et de l’après-coup constitutif du fonctionnement psychique ? 8 Classiquement redécouverte dans l’après-coup de la névrose de transfert, la névrose infantile est-elle toujours la formation nucléaire première qui condense et structure ce qui vient de la névrose de l’enfance ? Ce modèle de temporalité et d’historicisation est-il encore le fil conducteur du travail analytique ? Si la situation œdipienne marque chez l’enfant l’aboutissement d’un processus, la tentation est grande de centrer l’intérêt du thérapeute sur le prégénital, le narcissisme et la relation d’objet ou encore sur les relations interpersonnelles réelles entre le petit enfant et ses parents. Pour les analystes d’enfants, l’interrelation entre névrose infantile et névrose de l’enfant est-elle toujours, depuis les travaux de Serge Lebovici, la référence structurelle ? 9 Tant du côté du « préjudice porté à la vie pulsionnelle par les exigences de la culture », que de ce que la civilisation prête « d’habillage aux désirs inconscients, qui se cachent derrière l’idéal du moi », les liens entre culture, civilisation et névrose sont complexes. Ces corrélations, comme le souligne Freud à propos des formations idéales du moi et du surmoi, « changent dans le temps et dans l’espace ». Le débat actuel sur l’homosexualité, jusqu’au sein des sociétés analytiques, les polémiques sur l’impact des représentations sexuelles sur les enfants et les adolescents, le rôle des images violentes banalisées dans les médias en témoignent abondamment. Que peuvent dire les analystes de cette évolution ? Comment l’évolution du discours social sur la sexualité et la violence influence-t-elle l’expression actuelle des formes névrotiques, tant chez l’enfant que chez l’adolescent ou l’adulte ? Cette nouvelle donne tend-elle à restreindre le champ des névroses au profit des pathologies narcissiques ou limites, voire de la perversion ? 10 Les analystes ne peuvent se dessaisir de ces questions, à l’instar de Freud s’interrogeant sur le malaise dans la civilisation. 11 Dans les écrits techniques et dans les récits de cure, Freud est resté fidèle au modèle de la névrose de transfert. La visée de la cure type demeure l’élucidation de la névrose de l’adulte, à travers son déplacement sur la névrose de transfert, permettant l’élaboration de la névrose infantile. Ce modèle de la cure nécessite-t-il d’être remanié pour tenir compte des modifications du profil des patients névrosés qui s’adressent aux analystes ? Dans le débat sur les cas difficiles, les psychothérapies psychanalytiques ou les variations du cadre, les modifications du dispositif doivent-elles ou peuvent-elles être pensées à partir du modèle de la cure type de patients névrosés, et comment ? Quels sont les enjeux actuels pour la psychanalyse dans le maintien du modèle de la névrose comme vertex à partir duquel seront abordés ces débats ?

I – ASPECTS THÉORIQUES
Litza GUTTIERES-GREEN - Hystérie femelle, encore et toujours
Florence GUIONARD – Impasses et issues pour Ie concept de névrose aujourd’hui
Sara BOTELLA – Une « théorie implicite » de la pratique analytique
Bernard CHERVET – La réalité névrotique
Pierre DESSUANT — Névrose, Œdipe et blessure narcissique
Manuela UTRILLA-ROBLES – Nostalgique névrose : le feu dans l’âme
Denys RIBAS - Névroses et fonctionnement névrotique
Use BARANDE – « L’appétit d’excitation », donnée anthropologique

II – CLMQUE ACTUELLE DES NÉVROSES
Jean COURNUT - Névrose : Quid hie et nunc ?
Stefano BOLOGNINI – Vrais et faux loups. L’alternance du refoulement et du clivage dans les tableaux

cliniques complexes, 1285
Francisco PALACIO ESPASA – La sexualité infantile et la problématique névrotique : une organisation

structurante de la conflictualité dépressive
Yolande GUEUTCHERIAN – Un parfum de jasmin

III – LA NEVROSE CHEZ L’ENFANT
Michel ODY – La névrose de l’enfant existe-t-elle ?
Lore SCHACHT – Tu aimes Ie soleil ? Rencontre extra-analytique avec un enfant
Laurent DANON-BOILEAU – Le mot d’enfant comme sidération de l’adulte par l’enfant…

Critiques de livres
Jean BERGERET – Un désirable désir de Olivier Floumoy
Jacques BOUHSIRA – La fin du divan de Raymond Cahn
Yves LEBEAUX – Essai de psychologie contemporaine de Marcel Gauchet
Albert LOUPPE - Épître aux enfants qui se cachent dans les grandes personnes de Roger Perron

Revue des revues
Danielle KASWIN-BONNEFOND – Topique
Denise BOUCHET-KERVELLA – Revue franfaise de psychosomatique
Hede MENKE-ADLER – Forum Der Psychoanalyse. Zeitschriftfiir Klinische Theorie und Praxis

Résumés et mots clés

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