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L’interprétation, et quoi d’autre ?

Auteur(s) : Steven Wainrib
Mots clés : interprétation – position (inconsciente) – position méta – subjectal/subjectalisant – tiercéité

Couplée à des constructions, l’interprétation est à juste titre considérée comme un aspect spécifique de notre pratique. En même temps chacun sent qu’il est amené à faire autre chose. En quoi ce mode alternatif peut-il se situer au cœur du travail analytique, sans nous mener à l’improbable mariage de la psychanalyse et de la « psychothérapie », cet affligeant fourre-tout, propice à toutes les dérives vers la suggestion, le comportementalisme ou un soutien aliénant ?

Ce questionnement nous mènera dans un deuxième temps à revisiter le processus interprétatif, dans le contexte des analyses actuelles, avant de nous efforcer d’articuler ces deux aspects de la rencontre analytique.

I) Le mode subjectalisant

Pour commencer, je vous proposerai de nous reporter en 1907, pour relire un extrait du compte-rendu de l’analyse de l’homme aux rats. Il a le mérite de nous montrer comment Freud recourait volontiers à d’autres modes d’intervention que l’interprétation.

Nous sommes à la deuxième séance de l’analyse. Après avoir évoqué sa rencontre avec le « capitaine qui aimait la cruauté », le patient s’interrompt, se lève et prie Freud de lui faire grâce de la description de ce qui l’obsède. Freud se trouve confronté à une certaine urgence devant ce passage à l’acte, l’analysant quittant la position allongée, avec une demande directe d’entorse à la règle fondamentale. Paradoxalement, c’est le contenu même des obsessions pour lesquels il est venu voir Freud, que son patient lui demande d’exclure de l’analyse.

Devant une résistance aussi massive, si une interprétation exhaustive pourrait sembler prématurée, on conçoit aisément un questionnement qui aurait pu amorcer le processus interprétatif, à un moment où Freud a en tête l’homosexualité inconsciente et le sadisme anal de son analysant. Ce n’est pas le choix de Freud. Il lui répond en l’assurant que « quant à moi je n’ai aucun penchant pour la cruauté et n’ai certainement pas envie de vous tourmenter, mais bien entendu je ne peux vous dispenser d’une chose sur laquelle je n’ai pas de pouvoir. Vous pourriez tout aussi bien me prier de vous dispenser deux comètes. Surmonter les résistances est un commandement du traitement auquel nous ne pouvons naturellement pas nous soustraire. »

Le mode dénégatoire employé au début traduit l’embarras de Freud. Par son passage à l’acte, Ernst Lehrs lui impose de choisir entre deux rôles insoutenables : tu seras le capitaine cruel ou la gouvernante incestueuse. Une collusion lui est en effet proposée, celle consistant à se mettre d’accord pour ne pas tenir parole. Ce pacte ne peut manquer de faire écho à celui dévoilée lors de la séance précédente. Vers 4 ou 5 ans, alors que sa gouvernante était étendue sur le canapé, légèrement vêtue, Ernst lui avait demandé la permission de se glisser sous ses jupons. La jeune femme y avait consenti, à condition que l’enfant n’en dise rien à personne. C’est un enjeu insistant, qui réapparaît avec la gouvernante suivante, celui de pouvoir transgresser si l’on ne parle pas, mettant ainsi le père hors-jeu. Freud va sortir de cette impasse en trouvant une forme de réponse qui relève d’un authentique moment de rencontre analytique. S’impliquant, prenant position sur son propre rapport aux règles, Freud fait ainsi émerger du nouveau, créant les conditions qui permettront au mode interprétatif de pouvoir se déployer dans la suite de l’analyse.

Se référant à la règle fondamentale comme une « règle constitutive », et non comme une règle normative, Freud ne fait pas la morale à son patient, mais rappelle que la règle vient ici instituer en position tierce, symbolique, une forme d’échange qui n’existe pas en dehors de cette situation. Freud prend ici position en tant qu’homme de parole, et non maître du jeu, pouvant en changer les règles à son gré. Cet énoncé témoigne de son parcours, de son choix de devenir analyste, abandonnant la position de l’hypnotiseur ou du psychothérapeute, pour prendre en compte la demande que lui avait formulé Anna O, celle de pouvoir être entendue. Renonçant au pouvoir illusoire conféré par le transfert, Freud se réfère à une pratique inédite, conçue pour reconnaître les positions inconscientes de l’analysant et les rôles qu’il souffle à son analyste, au lieu de l’aliéner dans des manipulations psychothérapiques. 

C’est en ce sens que nous pouvons aussi saisir l’énigmatique évocation des deux comètes. Le transfert ne tend-il pas à conférer à l’analyste des pouvoirs exorbitants, concédés dans le seul espoir qu’il ira vous décrocher la lune, ou quelque chose d’aussi fulgurant que les deux seins perdus dans la nuit des temps ?

Ne se prenant pas plus pour un père omnipotent que pour une figure maternelle complice, Freud offre à l’homme aux rats une sortie de l’automatisme de répétition vers une nouvelle forme de liens, entre sujets susceptibles de se reconnaître à l’intérieur d’un cadre tiercéisant. Freud crée ainsi la possibilité d’un lien subjectalisant, ouvrant vers un autre monde possible que celui des relations sadiques de domination qui obsèdent son patient. 

Freud intervient autrement qu’en interprétant, sur un mode que nous pouvons qualifier de subjectalisant. Bien sûr, ces deux aspects de notre travail se complètent, dans la mesure où cette intervention subjectalisante n’advient qu’en fonction des interprétations latentes de l’acting, restées à l’arrière-plan. 

Il serait d’ailleurs tout à fait possible d’articuler la question de la collusion aux obsessions de l’homme aux rats qui restent à interpréter. Son sadisme n’est-il pas exacerbé par les impasses suscitées par le climat transgressif qu’il évoque ? Rappelons-nous cette séance où l’analysant se souvient d’une scène qui aurait eu lieu lorsqu’il avait sept ans. Il entend la gouvernante dire à la cuisinière et une autre fille : « avec le petit on pourrait bien faire ça, mais Ernst est trop maladroit, il raterait sûrement son coup » (idem, p. 37). L’exacerbation du sadisme anal à l’égard de la « dame vénérée », qu’il fantasme de soumettre au supplice des rats, ne tient-il pas de la vengeance. L’incestualité ambiante l’a confronté d’autant plus crûment à d’intenses blessures narcissiques, que l’interdit n’est pas venu jouer son rôle protecteur par rapport à l’impossible ?

Dans son intervention, Freud ne fait pas que résoudre un moment de tension en séance pour permettre à l’analyse de continuer. Confronté à l’agir de son patient, Freud ne nous montre-t-il pas son exercice de la fonction subjectalisante de l’analyste ? Comme le propose R. Cahn (2002, p. 169) cette fonction vise à « permettre que se répètent, à la fois afin de les identifier et de les modifier, les situations à l’origine de la perturbation, chez l’analysant, de la fonction sujet. »

Il y a dans cette optique une ouverture vers un lien entre sujets, susceptibles de se reconnaître mutuellement, en fonction d’un terme tiers, ici à la règle analytique. Freud ne joue pas le jeu truqué de la « castration symbolique » de l’analysant, la référence vaut pour les deux parties, sans impliquer pour autant une symétrie.

Le concept de tiercéité qui vient à propos de cette intervention de Freud a été particulièrement développé en psychanalyse par André Green depuis une bonne vingtaine d’années, cet auteur soulignant de manière pertinente le risque de « se laisser emprisonner dans la relation duelle » (Green 2002), dans l’impasse « d’un échange circulaire d’où l’on ne voit pas comment on peut sortir ». Comme le souligne aussi Jean-Luc Donnet (1995) : « tous les éléments du site – jusqu’à la théorie – peuvent ou doivent à l’occasion assurer la vicariance de la fonction tiercéisante ». La relation duelle évoquée par A. Green, tient de la collusion inconsciente entre l’analyste et l’analysant, un co-ludere, rendu très excitant par le fait que ce jeu se ferait au détriment d’un tiers, censé représenter la limite des deux protagonistes.

À l’inverse des interventions subjectalisantes, élément du processus analytique, les dérives psychothérapiques peuvent être conçues comme une réduction de la fonction de l’analyste à des activités pseudo réparatrices ou correctrices. Pris dans cette logique, le thérapeute risque alors de se prendre pour un contenant parfait, omnipotent, dans une relation vouée à la circularité, à l’empiètement, aux impasses de la déception mutuelle et finalement de la destructivité.

Complétant les avancées de Freud, d’autres auteurs nous aident à poursuivre cette recherche d’un complément du processus interprétatif.

Bion attire notre attention sur le lien entre le travail analytique et la capacité de rêverie maternelle, susceptible de réaliser la transformation des éléments-bêta en éléments-alpha. Comme le montre Ferro (2009) dans un article récent, la séance devient un espace où peut devenir racontable ce qui était auparavant inexprimable. Cet auteur nous présente le développement de la fonction de “casting” dans l’analyse, entendue comme l’activité continue faite par la pensée onirique de l’état de veille (de l’analyste et du patient), pour trouver des personnages, des situations qui permettent leur incarnation émotionnelle. On en rapprochera le travail présenté en France par César et Sarah Botella, qui trouve ses sources dans les travaux de Freud, nous montrant comment la mise en mots par l’analyste de la figuration d’un état traumatique de l’histoire infantile d’un patient peut introduire un nouveau sens, « redéfinissant les données de la rencontre devenue ainsi “analytique” ».

Avec Winnicott, le lien est fait avec d’autres aspects de la fonction maternelle, le holding, la capacité d’établir une aire transitionnelle permettant au self de se constituer avant d’affronter la désillusion et l’altérité. Sans pour autant renoncer à interpréter les conflits pulsionnels, Winnicott mettra l’accent sur la capacité de l’analyste à faire advenir du nouveau, assurant les fonctions qui ont fait défaut de la part de l’environnement. Au risque d’empiètement doit être préféré le fait que l’analyste doit avant tout refléter ce que le patient lui a communiqué. Pour cet auteur il ne faut surtout pas essayer de porter le patient au-delà de ce que permet la confiance transférentielle, mais participer de la création d’un espace intermédiaire, tant l’analyse se déroule là où deux aires de jeu se chevauchent. C’est en ce sens que l’on peut comprendre la métaphore du travail analytique représentée par le squiggle, cette co-création qui fait advenir un vrai self, en utilisant le cadre de jeu analytique d’une manière de plus en plus approfondie. Nous trouvons là le thème très contemporain d’un processus de co-construction, de co-subjectivation, illustré notamment par les travaux de René Roussillon (2005), évoquant avec certains patients la nécessité « d’un répondant », faute de quoi ils se désorganisent, ou évoluent vers un faux self analytique. La « conversation » psychanalytique est pour lui une manière de rester psychanalyste « tout en respectant les linéaments de l’activité de reliaison nécessaires à la poursuite du travail de symbolisation et de subjectivation ».

Dans le mode subjectalisant, l’accent est mis sur la générativité du processus analytique, plus que sur la mise au jour de contenus. Loin de retenir la proposition de Lacan de « faire le mort », cette perspective participe d’une co-fantasmatisation, créant avec l’analysant l’espace tiers d’une authentique rencontre analytique. Me vient ici la métaphore de musiciens de jazz, partageant la même veine créative, dans une expérience où chacun se met en phase, faisant allégeance au tiers de l’improvisation en commun, sans perdre sa spécificité et se noyer dans une quelconque fusion néantisante. 

Deux formes de tiercéité viennent s’articuler en analyse, accompagnent l’émergence de liens subjectalisants. La tiercéité transitionnelle est celle qui résulte de la création d’un espace tiers partagé, auquel l’analyste participe en reflétant ce que le patient a communiqué, tout en le transformant dans sa psyché afin de participer à la régulation des affects et à la mentalisation. Cette forme de tiercéité met plutôt l’accent sur le partage de l’expérience, tandis que la tiercéité différenciante fait émerger l’altérité de l’objet, devenant un authentique être de désir, tant il apparaît susceptible de faire référence à un tiers. Cette seconde version de la tiercéité met l’accent sur la différenciation et le rapport à une loi organisatrice. L’intervention de Freud contient ces deux composantes de la tiercéité, sa référence à la règle venant encadrer l’inter-fantasmatisation en train de se développer entre lui et son analysant. 

Si notre pratique gagne en créativité lorsque nous évoquons l’importance de l’inter-fantasmatisation, le mode subjectalisant suppose l’intériorisation dans le préconscient de l’analyste d’un tiers éthique, s’étayant sur un nécessaire repérage des limites du cadre.

 Ce tiers éthique apparaît en creux, lorsqu’il fait défaut dans l’utilisation perverse du transfert, qu’il s’agisse de passages à l’acte sexuels, ou de l’exercice d’une emprise sur l’analysant (W. Godley 2001), à la Masud Khan. Ici, celui qu’on n’ose plus appeler l’analyste, n’hésite pas un instant à se poser en détenteur des « deux comètes », cet obscur objet du désir de l’analysant censé incarner la fin du manque. Profitant du transfert, la collusion apparaît comme une aubaine, faisant dériver la pseudo analyse vers une addiction à l’illimité.

Cependant, la question du tiers éthique ne se résume pas aux règles interdisant la négation radicale de l’analyse contenue dans ces transgressions. La position de l’analyste est sans cesse à redécouvrir pour transformer la poussée à réagir, suscitée par son contre-transfert, en réponse subjectalisante, susceptible de permettre le retour vers un processus interprétatif. 

Le cadre qui donne confiance (Winnicott), la fiabilité de l’analyste (cf. Gougoulis 2008) sont des exemples de ce tiers éthique, condition préalable à l’effet mutatif du processus interprétatif. 

Le tact analytique en est un autre. Très lié à la deuxième règle fondamentale – l’analyse du futur analyste – il fut défini par Ferenczi (1927) comme une « faculté de sentir avec ». Cet auteur précisant qu’il n’y a « aucune différence de nature entre le tact qui est exigé de nous, et l’exigence morale de ne pas faire à autrui ce que, dans des circonstances analogues, on ne voudrait pas subir soi-même, de la part des autres » (idem p. 56). 

Soulignons que le repérage par l’analyste d’une souffrance, témoignant des ratés du processus de subjectivation de son analysant, implique sans doute une responsabilité particulière de sa part. Là où les impasses de l’analyse viennent présentifier une entrave à se constituer en relation avec les autres, ne doit-il pas s’efforcer de créer dans la rencontre analytique une ouverture à de nouvelles possibilités de liens subjectalisants. 

L’ouverture au lien subjectalisant n’est pas quelque chose de tout prêt, de convenu, que l’analyste pourrait sortir d’un tiroir. Dans la séquence rapportée par Freud, ses affects sont fortement mobilisés, son histoire personnelle est convoquée, à la perpendiculaire de la réponse qu’il formule. Parfois énoncée dans l’urgence, l’intervention subjectalisante s’ajuste à la problématique de l’analysant, tout en portant la signature de l’analyste. Ce moment d’authentique rencontre analytique, constitue une réponse pertinente à la traversée des turbulences, des flux d’antisubjectivation, venus ébranler le cadre autant que la capacité d’élaboration de l’analyste.

II) Vers une extension du champ de l’interprétation 

Bien qu’ils soient complémentaires, le mode subjectalisant se différencie du processus interprétatif, incluant des constructions. Comme le rappelle Jacques Angelergues, l’interprétation « vise la mise en évidence du sens latent des paroles et des agirs d’un sujet […] Il s’agit de dégager les désirs inconscients et les conflits défensifs qui s’y attachent » (Angelergues, 2002). Contribuant au nécessaire travail d’historisation dans la cure (Wainrib, 2008), la construction se tient dans une dialectique « entre le passé retrouvé et la construction comme création liée à la cure », selon une heureuse formule de Christian Seulin (2002).

Comment saisir aujourd’hui l’aspect mutatif de ce processus interprétatif ?

Séance après séance des répétitions se font jour, les analysants se fixant sur un nombre restreint de positions inconscientes, fermant le champ des possibles, tout en contribuant largement aux troubles pour lesquels ils sont venus demander de l’aide. 

Le terme de position nous renvoie dans un premier temps aux descriptions de Mélanie Klein (1952), même si je souhaite en étendre la portée. Cette auteure nous a permis de dépasser la notion de stades du développement, dans la mesure où la position schizo-paranoïde et la position dépressive sont un ensemble d’anxiétés et de défenses, persistant dans l’inconscient tout au long de la vie. Comme le souligne Ogden (1994, p. 35), les positions kleiniennes sont des « organisations psychiques qui déterminent les manières d’attribuer du sens à l’expérience ». En cela elles traduisent l’activité interprétative de l’inconscient, ce qu’avait remarquablement compris Serge Viderman (1987), en notant à propos de nos interventions que « nous interprétons des interprétations ». À chacune de ces positions « correspond une anxiété spécifique, des formes de défense, des manières de se lier aux objets, un type de symbolisation et une qualité de la subjectivité » (Ogden, idem). Les positions kleiniennes nous apparaissent donc comme des manières d’être, les pôles d’un processus dialectique au travers duquel le sujet se constitue en relation à son monde objectal. Cette lecture de la notion de position inconsciente ne me semble nullement réservée à celles mises au jour par Mélanie Klein. Les positions œdipiennes, narcissiques ou sadomasochistes, ainsi que de multiples autres configurations fréquemment rencontrées dans notre champ sont autant de ruses inventées par la psyché pour faire face aux différences, aux limites, au manque d’un objet avec lequel être en parfaite continuité. Que dire des inconnues du désir de l’autre, alors que c’est avec lui que le sujet doit bien se constituer ?

Se différenciant de cette constellation de positions inconscientes, dans le préconscient, se met progressivement en place une virtualité, une prédisposition à des liens entre sujets, à situer en termes pulsionnels du côté d’Éros. Dans cette forme de relation l’un et l’autre sont susceptibles de se prendre en compte, non seulement comme objet, mais aussi en tant qu’autre doté de ses propres désirs. Des changements dans les équilibres entre les positions inconscientes, niant peu ou prou l’altérité de l’objet, et cette disposition aux liens subjectalisants sont un des enjeux majeurs du processus analytique.

Dans le temps d’une analyse, le processus interprétatif mène progressivement l’analysant à faire un retour sur ses positions inconscientes. Mettre au jour et interpréter une position inconsciente, ce n’est pas pointer simplement un contenu, ou susciter de l’insight au sens d’une connaissance supplémentaire. 

Se déployant dans la situation analytique, la position subjectale de l’analysant se constitue en relation au rôle distribué à l’analyste. L’interprétation trouve son effet mutatif en suscitant l’émergence d’une position méta chez l’analysant. J’entends par position méta, le développement de la réflexivité suscitée par l’analyse, le devenir conscient du scénario qui gouvernait le fil de la séance. L’interprétation s’adresse à un sujet en devenir, contribuant à le faire émerger du processus associatif qu’elle suscite. 

L’émergence d’une position méta n’est pas de l’ordre de l’introspection. Elle passe par la rencontre analytique, par la reconnaissance du désir et des anxiétés de l’analysant venu trouver un écho dans la psyché de l’analyste. Saisir le rôle qu’il nous donne, le mettre en relation à la position qui en résulte pour lui, relier cela à son histoire, nous permet de trouver le point de vue qui permet de trouver le ton juste pour restituer à l’analysant ce qu’il nous a inconsciemment apporté. Il n’y a pas d’interprétation mutative, qui n’aie participé d’un certain ébranlement des positions subjectives de l’analyste, lui permettant d’en passer le témoin à l’analysant.

Le but du processus interprétatif est de permettre à celui-ci de se réapproprier ses positions inconscientes, saisies sur le vif de leur émergence en séance. Plus un analysant est susceptible d’augmenter le déploiement de cette position méta, moins il aura besoin à rester automatiquement fixé à ses anciennes manières d’être. 

L’interprétation mutative, relève de la co-subjectivation. Elle développe la prédisposition aux liens subjectalisants, évoquée plus haut. En effet, l’acte de reconnaissance de la position de l’analysant, venu de l’interprétation, permet à celui-ci de reconnaître l’analyste comme susceptible d’être autre que ce qu’il devrait être dans la logique du fantasme. Générée par le processus analytique, la position méta est du côté d’une relance des mouvements d’intersubjectivation.

Le concept de position inconsciente doit cependant être complexifié, en fonction des enjeux cliniques. Déjà, dans un texte comme « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin » ce n’étaient plus les résistances liées aux mécanismes de défense du Moi qui donnaient du fil à retordre à Freud (1937). Une certaine « fiction théorique », supposant des positions subjectales entièrement déterminées en intrapsychique, par le seul jeu des défenses contre les pulsions, avait trouvé ses limites. Confronté à des résistances donnant leur limite au modèle de l’interprétation des conflits pulsionnels, les auteurs post freudiens, ont largement levé la mise entre parenthèses du rôle de l’environnement dans l’organisation psychique. Freud ne s’en était d’ailleurs pas vraiment privé, l’abandon de sa « neurotica », ne l’empêchant jamais d’évoquer le traumatique. Dans son introduction au narcissisme, ne nous montre-t-il pas un bébé pris dans les fantasmes de désirs inassouvis de ses parents, avant même sa naissance ? À l’orée de la, vie, les positions du sujet nous apparaissent déjà enchevêtrées avec celles de son entourage. 

Que devient le travail interprétatif, quand il s’agit de reconnaître que les positions inconscientes de l’analysant sont non seulement déterminées par ses propres désirs, mais imbriquées dans celles des générations antérieures ? Pour aborder cette question je souhaite vous faire part d’un mouvement en séance. 

Ce jour-là, nous serons interrompus par un coup de téléphone. Je réponds très brièvement, notant le numéro de téléphone de mon interlocuteur, en lui indiquant que je le rappellerai plus tard. Allongée sur le divan, Julia va être envahie par le sentiment que je continue à écrire et ne l’écoute plus. Un peu de bruit, venu de la rue a pu servir de support à ce vécu projectif ?

J’interviens pour lui dire qu’elle semble penser que je n’aurais pas pu me détacher de la personne qui m’a téléphoné pour revenir vers elle.

La patiente va associer sur le fait que c’est toujours la même chose ; elle sent bien qu’elle a besoin que je sois collé à elle, ou alors elle risque d’être angoissée. Vont suivre tout un ensemble d’associations sur le désir de ne faire qu’un avec sa mère, et son sentiment d’échouer à trouver un accès à autre chose.

Si mon interprétation était sensiblement plus ouverte, Julia l’entend comme une évocation de son désir de me posséder ou de faire corps avec moi, désir contrarié par l’irruption d’un tiers. Alors que ces associations semblent cependant témoigner d’un certain insight, Julia s’angoisse à nouveau et va me dire qu’elle a toujours l’impression que j’écris, et ne peut plus penser à autre chose.

Au moment où elle me dit ça, je suis gêné par la tournure prise par la séance, passablement mécontent de ma première formulation. Elle avait eu pour seul effet d’évoquer le contenu déjà bien exploré en analyse du désir d’une relation adhésive avec sa mère, sans rien amener de nouveau, tout en laissant la séance se focaliser sur un vécu quasi hallucinatoire, qui parasite les associations de l’analysante.

Pris dans ma rêverie, me vient la formulation suivante :

Est-ce un coup de fil de Hongrie, qui me fait gratter sans fin mon passé au point de ne plus pouvoir vous prêter attention ?

La tonalité de la séance va se modifier radicalement à partir de ce moment. Surprise, puis très émue elle me dit que ça lui parle. Ses associations vont porter ensuite sur les deuils familiaux, en relation à l’histoire du pays, et le retentissement que celle-ci a eu sur sa famille – disparitions de proches, déportations, puis après la guerre espoir dans l’idéal communiste, trahi par la dictature et de nouvelles attaques contre la famille. L’histoire familiale est faite de blancs, de disparitions ou d’horreurs qui convergent vers une perte de confiance dans des liens avec les autres, comme si différence renvoyait immanquablement à persécution. C’est sans doute une histoire qui reste à écrire dans la tête de ses parents. Revenant à la surface, elle les envahissait, faisant écran à leur rapport avec leur fille. Mal remis de la disparition de leurs proches, leur espoir dans un monde meilleur, promis par le communisme, ne s’était-il pas aussi désagrégé ? Dans ce contexte, comment transmettre à Julia une confiance dans les liens, comment penser qu’on peut être séparé, sans risque de disparition ?

Si le père de Julia pouvait s’enfermer dans son bureau, sans forcément y faire quelque chose de précis, la mère de Julia n’aurait sans doute jamais pu reconnaître qu’un fossé pouvait se créer entre elle et l’enfant. À la naissance, sa culpabilité et ses formations réactionnelles ont pu être intenses, dans la mesure où le premier mouvement des parents avait été de prendre la décision d’un avortement, comme s’il était plus fort qu’eux de ressentir qu’investir une vie c’était risquer de la perdre. 

La non disponibilité psychique de l’objet et ses formations réactionnelles devraient pouvoir être symbolisées dans l’analyse, en fonction d’une angoisse toujours actuelle, suscitant de multiples défenses de la part de Julia. Si je n’avais pas vraiment la tête ailleurs, rien ne m’empêchait d’interpréter ce rôle, d’en interroger les effets dans le cadre de jeu analytique. L’émergence du quasi hallucinatoire incitait à retrouver le tiers analytique, le terrain de la co-symbolisation.

D’une interprétation plus classique à une forme d’énoncé plus scénarisé la recherche d’un sens latent persiste, mais mon engagement change. Dans la première intervention j’apparais plus en position d’observateur, dans la seconde je questionne le rôle qui m’est attribuée en « l’interprétant », dans les deux sens du terme, utilisant ainsi de manière plus étendue les potentialités du cadre du jeu analytique. Le risque d’une réponse en faux self de l’analysante se trouve ainsi dépassé, au profit d’une réelle générativité de la rencontre analytique.

Dans cette vignette clinique, nous avons pu saisir une forte imbrication (cf. Wainrib, 2008) entre les pulsions de l’analysante, ses angoisses et ses mécanismes de défense et sa prise dans une problématique familiale. En se répétant avec l’analyste, cette imbrication fait la difficulté de bon nombre d’analyses actuelles, renvoyant le plus souvent aux ratés de la transmission de ce qui contribue au plaisir de vivre et désirer, sur plusieurs générations. Lorsqu’elle n’est pas repérée et transformée par un authentique travail analytique, l’analyste et l’analysant risquent de se trouver empêtrés dans des rôles figés, bloquant l’élaboration. L’interprétation de la destructivité ou du masochisme – comme des choses en soi – ne fera que renforcer le mal-être de l’analysant. Le processus interprétatif devra trouver à lier la détresse qui sous-tend cet empêtrement, à la perte de confiance dans des liens permettant de se constituer comme sujet avec les autres.

Conclusion

Nous n’avons pas fini d’inventer des modes de rencontre analytique appropriés, pour accueillir et transformer ce qui a pu entraver le processus de subjectivation de l’analysant. 

Deux modes d’intervention de l’analyste ont pu être ici nettement différenciés, par ce qui prime dans leur visée. 

– Les interventions subjectalisantes constituent une forme de réponse de l’analyste, dans le vif des enjeux de la séance. Elles permettent d’ouvrir de nouvelles perspectives de liens, laissant entrevoir à l’analysant qu’un autre monde est possible. Elles ont une valeur interprétative, dans la mesure où elles sont le fruit de l’écoute analytique, de l’attention portée aux effets de l’inconscient dans la séance et à l’histoire du sujet.

– Le processus interprétatif s’efforce de donner du sens à une position inconsciente du sujet venue occuper le champ analytique. C’est bien parce que l’interprétation questionne sa position transférentielle, qu’elle peut toucher un sujet en devenir et donc exercer un effet mutatif. C’est ainsi qu’elle génère chez l’analysant l’émergence d’une position méta, venant accueillir le développement de la réflexivité qui résulte de la relance de son processus associatif.

Chaque analyse nécessite son propre dosage, entre ces deux formes d’un travail analytique, toujours à l’écoute des enjeux contre transférentiels. Quel que soit notre mode d’intervention et les variantes du dispositif, la rencontre analytique doit s’agencer de manière à faciliter la relance des processus de subjectivation. 

La valeur interprétative des interventions subjectalisantes s’y articule à la fonction subjectalisante de l’interprétation.

Conférence du mardi 20 octobre 2009

 

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Winnicott D.W. (1971) La consultation thérapeutique et l’enfant, Gallimard.


L’efficacité symbolique de la psychanalyse. L’apport de la psychanalyse et du psychodrame d’enfants et d’adolescents

Auteur(s) : Steven Wainrib
Mots clés : adolescent/adolescence – efficacité (symbolique) – interprétation – Klein (Melanie) – objet – objeu – psychanalyse (des enfants) – symbolisation – Winnicott (D.W.)

Thème de ce cycle de conférences, la symbolisation constitue un fil rouge traversant la diversité des pratiques actuelles de la psychanalyse. Parmi celles-ci, la psychanalyse d’enfants et le psychodrame diffèrent très sensiblement de l’analyse d’adultes, tout en permettant un authentique travail psychanalytique. Ces pratiques de l’analyse, sans divan, ne sont-elles pas susceptibles d’enrichir notre compréhension de l’efficacité symbolique de la psychanalyse, et de nous faire mieux découvrir sa spécificité, son invariance au-delà des variations du cadre et de la technique ?

Chacun connaît l’apport décisif à la pratique de l’analyse d’enfant de Mélanie Klein, inventant dès les années 1920 une technique du jeu qui garde aujourd’hui toute sa pertinence. Cette innovation introduit une médiation permettant de prendre en charge de jeunes enfants.

En 1955, reprenant l’histoire de cette technique, Mélanie Klein lui donnera toute sa portée, demandant que soit pris en compte le fait que son « travail avec les enfants et les adultes » et ses « contributions à la théorie psychanalytique dans son ensemble proviennent en dernier ressort de la technique de jeu élaborée avec les jeunes enfants » (Mélanie Klein, 1955, page 24).

Cette phrase vient déconstruire toute prétention à une hiérarchie entre « cure-type » d’adultes et analyse d’enfants. Bien que M. Klein témoigne ici de sa propre expérience, son propos pourrait être pris dans le sens d’un renversement de la hiérarchie ; on pourrait y voir une sorte de retournement de la situation, attribuant aux analystes d’enfant une sorte de prééminence liée au contact direct avec les enfants. Piqués au vif, certains analystes d’adultes pourront toujours rétorquer que l’analyse se situe dans l’après-coup, l’infantile dans l’analyse n’étant pas l’enfant. Plutôt que d’inverser la hiérarchie, dans un sens ou l’autre, n’est-il pas envisageable de déconstruire cette pseudo hiérarchie entre les pratiques, divan versus analyse d’enfants, afin de construire un modèle moins réducteur, émergeant des apports de cette diversité ?

Il va de soi que la technique de jeu n’est pas applicable directement à l’analyse d’adultes, personne n’ayant songé à leur réserver une petite boîte de jouets pour leur séance. Par contre les rapports du jeu et de l’inconscient, la métaphore d’un « jeu analytique » ainsi que la question de manières appropriées de formuler une interprétation peuvent être revisités à partir de l’expérience avec les enfants et les adolescents.

Pour Mélanie Klein « la psychanalyse d’un enfant consiste à comprendre et à interpréter les fantasmes, les sentiments, les angoisses et les expériences exprimées par le jeu ou, si les activités de jeu sont inhibées, les causes de cette inhibition. » (Idem, page 28).

Mélanie Klein découvre très vite la nécessité de poser un « cadre de jeu analytique »condition pour une situation de transfert puisse s’établir, se maintenir et être analyséeAinsi elle cesse de faire des traitements au domicile de l’enfant, avec ses propres jouets, pour délimiter une salle de jeu, avec une boîte de jouets réservés à l’enfant, la possibilité d’utiliser un lavabo et de dessiner. Le cadre de la séance est là pour que les scénarios fantasmatiques de l’enfant puissent être joués, et interprétés, passant du jeu manifeste à ses contenus latents. Remarquons qu’il y a là tout lieu de penser que Mélanie Klein avait intériorisé le cadre, le restituant dans son travail avec ses patients, à la suite de sa propre analyse sur le divan. L’idée d’un cadre de jeu analytique peut nous servir de fil conducteur entre les diverses pratiques.

Ajoutons que pour Mélanie Klein « l’analyste peut, grâce à l’interprétation, rendre de plus en plus libre, de plus en plus riche et productif le jeu de l’enfant, et en réduire graduellement les inhibitions. » (Mélanie Klein 1932, page 45). Le jeu sera donc mis au service de l’approfondissement du processus analytique qui permet lui-même au jeu de se développer grâce à son interprétation. L’augmentation de la capacité de jouer en présence de l’analyste, est ici pointée comme un développement lié au travail analytique.

Que fait Mélanie Klein avec les enfants incapables de jouer ? Son propos est d’interpréter précocement leurs angoisses et le transfert négatif à son égard. Elle considère que la résolution de l’angoisse, prise en charge par l’interprétation permet à l’enfant de continuer à jouer et de développer son jeu.

Ainsi Peter (Idem, page 36) casse les jouets dès la première séance. Se saisissant de sa mise en acte et des associations de l’enfant pendant la séance, Mélanie Klein lui dit que les jouets qui se tamponnaient étaient des personnes, reliant son agressivité au fait que « sa maman et son papa faisaient se tamponner leurs organes génitaux, et en faisant ça avaient fait naître son petit frère ». L’effet de l’interprétation est que Peter se met à jouer, au lieu de chercher à briser les jouets. Ce développement du jeu résulte ici d’un processus de co-symbolisation, l’analyste proposant un contenu symbolique s’accordant à divers éléments du contenu manifeste de la séance. Au fond Mélanie Klein ne fait-elle pas signe à Peter, lui montrant qu’elle entend ce qu’il fait en séance comme un agir symbolique, et non comme une manifestation d’agressivité à corriger. Elle va chercher la potentialité symbolique, le jeu de l’inconscient là où la répétition agie semble désymbolisée. Captant ce potentiel ludique l’analyste l’amplifie, faisant émerger la musique du jeu là où tout n’aurait pu être que bruit de la casse.

Peter cesse de casser les jouets : couchant un jouet en forme de personnage sur une brique qu’il appelle un ‘lit’, il le jette par terre et dit qu’il est mort est fichu. La symbolisation appelle la symbolisation, sans que les mouvements pulsionnels n’en soient entravés.

Notons aussi que Mélanie Klein ayant interprété le fait qu’il abîmait un personnage-jouet comme représentant des attaques sur son frère, Peter lui fera remarquer qu’il ne ferait pas ça à son frère réel, il ne le faisait qu’au frère jouet. (Idem, page 46). Serions-nous là simplement face à une banale dénégation de l’enfant ? Pas sûr, Peter a bien compris que l’analyse se situe dans un espace de symbolisation propre à la psychanalyse, captant la réalité psychique dans un jeu où les personnages sont à la fois réels et pas réels en même temps.

Une question : Mélanie Klein jouait-t-elle avec les enfants? Et bien oui, à plusieurs reprises elle nous montre qu’elle n’hésite pas à jouer avec les enfants qui peuvent aussi bien lui attribuer des rôles de marchands, de docteur, que de mère ou d’enfant. La technique de Mélanie Klein préfigure alors ce qui sera développé après la guerre en France sous le nom de psychodrame psychanalytique (R. Diatkine, S. Lebovici, E. et J. Kestemberg en seront les pionniers). Dans cette technique, plusieurs cothérapeutes vont être amenés à jouer des scènes avec un analysant, le jeu apparaissant comme une des manières d’accompagner la co-fantasmatisation tout en faisant émerger la dimension latente des positions du sujet avec ses objets. Le directeur de jeu ne joue pas, mais prend en charge le setting des séances ainsi que l’interprétation à partir du jeu et du transfert. Cette technique a pu être employée avec succès pour des enfants, des adolescents, mais aussi avec des adultes qui ne pourraient souvent bénéficier du cadre analytique classique. Le jeu apparaît ici susceptible à la fois d’étendre le travail analytique aux jeunes patients, mais aussi à des adultes qui présentent une problématique non névrotique, ou des difficultés de symbolisation dont nous savons qu’elles sont de plus en plus fréquemment rencontrées par les analystes.

Si le psychodrame analytique se développe en France à partir des années cinquante, un autre apport de l’analyse d’enfant, extensible à l’ensemble du champ analytique, nous viendra également d’Angleterre avec WinnicottDe ses consultations thérapeutiques, nous retiendrons notamment le modèle du squiggle, engageant aussi l’analyste dans une forme de jeu avec l’enfant. Rappelons que la technique de Winnicott passait par le dessin. Au gribouillis initial de l’un ou de l’autre, l’enfant et l’analyste ajoutaient des éléments au dessin, ouvrant à un dialogue analytique faisant émerger la problématique de l’enfant, avec un effet mutatif lié à cette rencontre.

C’est bien sûr dans « Jeu et Réalité » (1970), que Winnicott théorisera le plus clairement sa contribution, remarquant que les psychanalyses se sont montrés trop occupés à décrire le contenu du jeu, pour regarder l’enfant qui joue, et comprendre à partir de là quelque chose sur le jeu en tant que tel. Il dialogue ainsi de manière critique avec Mélanie Klein, qui a tendance à considérer le jeu comme une simple modalité technique permettant d’accéder aux fantasmes inconscients.

À partir de « Jeu et réalité », Winnicott fait une série de propositions théoriques. Si elles résultent de son expérience avec les enfants, elles n’en sont pas moins extensibles à l’ensemble du champ analytique.

Rappelons en quelques points ses propositions les plus connues sur la dynamique de l’analyse:

  • C’est le jeu qui est universel et la psychanalyse s’est développée comme une forme très spécialisée du jeu, mise au service de la communication avec soi-même et les autres.
  • La psychanalyse se tient là où deux aires de jeu (playing) se chevauchent (overlap), celle du patient et celle du thérapeute.
  • Le corollaire de la proposition précédente est que lorsque le jeu n’est pas possible, le travail fait par le psychanalyste a pour but, à partir d’un état où le patient n’est pas capable de jouer, de le mener à un état où il est capable de jouer.
  • Si le thérapeute ne peut pas jouer, cela signifie qu’il n’est pas fait pour ce travail. À noter que cette formule de Winnicott, un peu sèche, a pour mérite d’attirer notre attention sur la formation des analystes dont on saisit là une fois de plus en quoi elle diffère d’une formation universitaire. Si la capacité de jouer analytiquement résulte en partie de l’indispensable analyse personnelle du futur analyste, il est de plus en plus admis qu’une formation au psychodrame psychanalytique va remarquablement dans ce sens.
  • Si le jeu est essentiel, c’est parce que c’est en jouant que le patient se montre créatif. Le jeu n’a évidemment rien d’une fin en soi, la créativité et le jeu étant, dans l’esprit de Winnicott, profondément associés au sentiment d’existence et à la quête de soi.

Privilégiant le déploiement des aires de jeu dans la situation analytique, devrait-on imputer à Winnicott d’avoir mis de côté l’interprétation du transfert ?

Winnicott donne plutôt de nombreux exemples, non d’un rejet de l’interprétation, mais de sa manière d’aller chercher quelque chose comme le blanc, la déréalisation, la difficulté à se sentir exister face à des empiètements de l’objet. Tous ces enjeux de la séance sont à entendre chez certains patients qui ne répondent pas forcément à une interprétation classique en termes de conflits pulsionnels. Le modèle du jeu analytique ne pose alors aucun problème quant à sa compatibilité avec le modèle de l’interprétation du transfert proposé par Freud. En effet, Winnicott s’est employé à critiquer l’interprétation donnée en dehors d’un matériel parvenu à maturité, celle qui entraîne l’endoctrinement et provoque une soumission.

Il ne suffit pas de donner des interprétations correctes, en théorie, mais en théorie seulement si l’analyste offre autre chose à l’analysant que des signes de reconnaissance du jeu des inconscients, mobilisé dans une séance.

Il y a en effet des interprétations qui sont hors-jeu analytique, intempestives parce qu’elles ne correspondent pas un moment adéquat où parce qu’elles viennent au nom d’un a priori théorique, fonctionnant du côté de l’analyste comme une réassurance, face à l’angoisse suscitée par un matériel nouveau dont il ne maîtrise pas le sens. Une telle angoisse de la part de l’analyste peut donner lieu à une compulsion à interpréter dans une certaine direction, à ramener au connu, bref à créer les conditions du développement d’un faux self analytique, parfois rompu par une réaction thérapeutique négative.

Les propositions de Winnicott sur le jeu analytique ont aussi pour intérêt de critiquer tout théorie de l’interprétation qui se voudrait traduction, décodage. Cela concerne notamment l’utilisation abusive des symboles (« La crainte de l’effondrement », page 77), comme une sorte de clé permettant d’accéder à l’inconscient. Winnicott prend l’exemple d’une interprétation qui serait « les deux objets blancs du rêve sont des seins ». Dès que l’analyste s’est embarqué dans ce type interprétation, Winnicott note « qu’il a quitté la terre ferme pour se trouver maintenant dans un domaine dangereux où il utilise ses idées personnelles, et elles peuvent être inexactes du point de vue du patient à cet instant-là » (idem). L’abus de symbolisation n’écrase-t-il pas l’efficacité symbolique ?

Et si le principal apport de l’analyse d’enfant à la psychanalyse était de nous avoir clairement fait réaliser que le travail de symbolisation en séance peut être pensé en fonction du modèle du jeu, et ce, au-delà des variations du cadre liées à l’âge du patient ou à son organisation psychique ?

Loin d’être en contradiction avec l’analyse sur le divan, proposée aux adultes névrosés, cet apport de la psychanalyse d’enfants nous permet au contraire de retrouver de multiples remarques de Freud étayant ce point de vue.

Ainsi, dans un texte important, « Remémoration, répétition, élaboration », Freud considère que la situation analytique permet à la compulsion de répétition de se déployer dans « le transfert comme terrain de jeu » (Tummelplatz), avec une liberté quasi totale.

La règle fondamentale, l’invitation à dire tout ce qui vient, peut être considérée comme une règle constitutive d’une forme d’échange humain spécifique, la psychanalyse, qui n’aurait pas lieu en dehors de l’espace de symbolisation qu’elle encadre. René Diatkine (1986) envisage la règle fondamentale comme une règle du jeu, dont découle le fait que « le discours d’un patient adulte au cours d’une séance ordinaire de psychanalyse comporte une dimension ludique qui a son importance dans l’élaboration interprétative ».

Parler d’un modèle du jeu en psychanalyse, c’est mettre l’accent sur le fait que la répétition agie dans le transfert doit pouvoir être entendue dans sa potentialité symbolique. La prise en compte de cet élément de jeu dans la psychanalyse ne fait pas pour autant de celle-ci une expérience ludique, au sens d’un divertissement. La psychanalyse doit aussi pouvoir être considérée comme un travail. Un traitement aussi, avec toute la latitude que ce dernier terme donne quant à son sens de soins aussi bien que de transformation, la psychanalyse apparaissant en ce sens comme un mode de traitement du jeu humain, plus précisément du jeu de l’inconscient, de ses scénarios de désir qui assurent la continuité symbolique de soi, séparé et relié à ses objets ?

Dès 1908, Freud avait d’ailleurs repéré la présence du jeu de l’inconscient dans le symptôme. En effet, à cette date, il nous relate une attaque d’une patiente hystérique, tenant d’une main sa robe serrée contre son corps, en tant que femme, tandis que de l’autre main elle s’efforce de l’arracher, en tant qu’homme. « La malade joue en même temps les deux rôles », masculin et féminin, nous dit Freud, posant le symptôme explicitement en termes de jeu du désir, permettant de contenir une « simultanéité contradictoire ». Si ce jeu renvoie à la bisexualité, il est aussi interprétable par rapport à la scène primitive, sans doute symbolisée dans le symptôme comme un viol. Au scénario de désir, au pulsionnel s’articule la problématique narcissique de la patiente, figurant dans le jeu sa vision de la scène primitive, excluant le désir de sa mère pour le père.

Les effets du jeu sont ici aussi spectaculaires, qu’il est inconscient dans sa construction. Son déploiement sur la scène du transfert ouvre la voie à son interprétation, ainsi qu’à une relance du processus associatif de l’analysant. Le changement tient à la symbolisation de cette mise en jeu de l’inconscient dans la situation analytique.

Dans les problématiques non névrotiques, on a pu mettre l’accent sur le travail du négatif (Green, 1993), la destructivité et le défaut de symbolisation. Loin d’être facilité par l’expérience de la transitionnalité, le jeu propre du sujet a pu être écrasé par le jeu de l’autre, qu’il s’agisse de sa prise dans les scénarios narcissiques ou le rejet de l’un des parents. Tout le poids d’une scène familiale peut aussi venir organiser de véritables impositions de rôles (Wainrib, 2002), parfois liées à une problématique transgénérationnelle. L’analyse devra prendre en charge ce que Winnicott appelle « le patient qui n’est pas en état de jouer », formule que j’entends comme un patient porteur d’une histoire, celle de sa prise dans le jeu parfois pervers de ceux qui l’ont utilisé en excès comme objet de leurs propres visées narcissiques et pulsionnelles.

Dans ces cas, l’interprétation de la seule agressivité inconsciente de l’analysant ne constitue pas forcément la meilleure manière d’accompagner l’analysant d’un état où il n’est pas capable de jouer analytiquement, à une perspective de symbolisation. La capacité de l’analyste à créer un espace de jeu avec le patient, tout en contribuant à comprendre quelle est la nature exacte de la répétition mise en jeu dans transfert, sont ici au premier plan. Ici, c’est souvent en repérant les rôles que lui souffle de jouer son contre-transfert, que l’analyste peut retrouver l’usage de sa fonction analytique, facteur de tiercéité lors de déploiement de transfert parfois passionnels.

Poser un cadre de jeu analytique fiable et traçant les bords de la situation, constitue certainement dans tous les cas, et quel que soit l’âge des patients, une condition nécessaire en vue de l’interprétabilité du transfert, le contre-transfert étant un élément de la mise au jour du jeu de l’inconscient.

Michael Parsons (1999), dans son article sur « La logique du jeu en psychanalyse » nous montre qu’en cours d’analyse « un élément de jeu fonctionne en continu pour soutenir une “réalité paradoxale” où les choses peuvent être réelles et pas réelles en même temps ». Ce paradoxe est considéré par l’auteur comme « le cadre de la psychanalyse ». Au cadre convenu de la séance, s’ajoute ici un cadre psychique. Michael Parsons situe « l’analyste comme gardien de ce cadre du jeu ». Ce rôle ne consiste pas simplement à protéger l’intégrité de ce cadre, mais répond à la nécessité d’aider l’analysant à utiliser de plus en plus l’espace de jeu avec l’analyste.

Être gardien de ce cadre de jeu implique aussi pour l’analyste de se laisser prendre suffisamment comme objet, support du scénario transférentiel. Il est assez tentant de reprendre ici (comme l’ont fait René Roussillon et Pierre Fedida) le néologisme de Francis Ponge. En effet, un analyste est quelqu’un qui se prête à être un « objeu » (objet-jeu), suffisamment malléable pour qu’on puisse l’inscrire dans son scénario, à l’intérieur des bords du cadre.

  • Dans la situation analytique classique ce peut-être le silence de l’analyste qui facilite son utilisation comme objeu, personnage transférentiel aux confins de la séance et de la scène du rêve.
  • Dans la technique de jeu avec les enfants, ce sont des objets proposés par l’analyse qui vont servir de médiation au déploiement de la symbolisation.
  • Dans le psychodrame psychanalytique, les cothérapeutes viendront jouer tous les rôles proposés par le patient, s’efforçant de leur donner toute leur coloration fantasmatique.

Au-delà de la diversité des cadres, un fil rouge apparaît, lié à la disponibilité de l’analyste à laisser se déployer le jeu qui l’inclut progressivement dans les scénarios fondamentaux du sujet.

Le transfert a toujours été pour Freud une mise en acte, aussi la terminologie du « jeu analytique » vient mettre l’accent sur la transformation consistant dans l’analyse à permettre à l’analysant de s’en approprier la dimension symbolique. Le jeu se différencie du passage à l’acte brut par la prise de conscience de sa dimension symbolique.

Le travail de l’analyste ne consiste nullement à rétablir une sorte de vérité sur ce qu’il serait en tant que personne, pour de vrai, par rapport aux illusions du transfert, sur le mode : je ne suis pas celui ou celle que vous croyez. L’analyse se tient dans une dialectique entre l’analyste objeu du scénario transférentiel et sa fonction analytique, gardien du cadre, interprète donnant du sens.

S’il y a un art de l’analyste, c’est bien celui d’assurer le passage entre le rôle que lui donne le transfert, l’implication agie que pourrait lui suggérer son contre-transfert, et le temps de l’interprétation devant permettre un certain décalage qui relance le processus associatif. Interpréter n’est pas casser le jeu, mais permettre à l’analysant d’utiliser d’une manière de plus en plus approfondie le cadre de jeu analytique comme espace potentiel de mise en sens.

L’histoire du sujet se rejoue de séance en séance, une histoire distordue par la réalité psychique, plus ou moins symbolisée, plus ou moins ré-agie, mais à laquelle le processus analytique s’emploie à donner toute sa dimension de jeu, d’acte symbolisant, de trame sur laquelle se forme et se reforme la position de l’analysant en fonction de ses objets.

Mettre au jour le jeu l’inconscient, ses logiques, c’est aussi découvrir les raisons de la souffrance qu’il engendre, masquant la virtualité d’une jouissance ignorée du sujet. L’analysant, enfant ou adulte, change lorsqu’il entrevoit que ce qui lui semblait une sorte de réalité incontournable n’est peut-être qu’un scénario, un jeu de son inconscient, par rapport auquel de nouvelles marges de jeu sont possibles, voire d’autres jeux, moins coûteux, permettant à la subjectivation de reprendre son cheminement, sa quête identificatoire.

Freud posait comme but de l’analyse le devenir conscient, la prise de conscience du fonctionnement de l’inconscient à partir de l’analyse du transfert. Élaborant la deuxième topique il modifia cette formule pour désigner dans son fameux « Wo Es war soll Ich werden », le Moi qui doit advenir là où était le Ça.

L’analyse d’enfant et l’expérience du psychodrame nous incitent à articuler ces formules freudiennes, toujours actuelles, au modèle du jeu évoqué précédemment.

Rappelons-nous, Peter s’appropriant à sa manière l’interprétation de Mélanie Klein sur les attaques contre son frère, en évoquant le « frère jouet ». Pourquoi suis-je tenté de lui donner raison, alors que Mélanie Klein aimerait bien, dans le fond, qu’il reconnaisse sans nuances que c’est bien son frère réel qu’il veut tuer ? Dès qu’il déteste son frère, Peter n’est-il pas déjà pris dans les jeux de son inconscient, la ruse de l’imaginaire consistant ici à croire qu’une possession sans limites de la mère serait possible, si seulement son frère ou son père venaient à disparaître.

Qu’est-ce que l’interprétation analytique, sinon une parole qui fait référence à ce jeu de l’inconscient, seule réalité qui vaille dans l’échange analytique ? Du jeu manifeste à la question virtuelle qu’il s’efforce de résoudre, l’interprétation analytique s’efforce d’ouvrir une voie au devenir conscient, qui s’apparente ici à un devenir auteur de son jeu. Assumant une fonction auteur, le Moi accepte d’authentifier, de signer le jeu qui l’anime, bien qu’il ne soit pas à son origine, mais tout simplement parce qu’il reconnaît que ce jeu s’efforce le dessiner dans un monde dont il serait à nouveau le centre – si le frère venait à disparaître…

« Là où Ça joue, le Moi doit devenir auteur du jeu inconscient », serait peut-être une formulation post-freudienne, susceptible de prendre en compte l’apport de la psychanalyse d’enfant à la théorie générale du changement en psychanalyse.

Conférences d’introduction à la psychanalyse

8 octobre 2003

Bibliographie

Diatkine R. (1986) Les jeux et les âges. Les textes du Centre Alfred Binet. Édité par ASM 13.
Freud S. (1900) L’interprétation des rêves. PUF.
Freud S. (1914) Remémoration, répétition, élaboration. In : La technique psychanalytique, PUF, 1970.
Freud S. (1920) Au-delà du principe de plaisir. Œuvres complètes, PUF.
Green A. (1993) Le travail du négatif. Éditions de Minuit.
Klein M. (1932) La psychanalyse les enfants. PUF, 1959.
Klein M. (1955) La technique de jeu psychanalytique : son histoire et sa portée. In: Le transfert et autre écrits, PUF 1995.
Parsons M. (1999) The logic of play in psychoanalysis, Int. J. Psychoanal., 80, 871.
Wainrib S. (2002) Des familles qui vous collent à la peau. Les liens trans-subjectifs. Revue Française de psychanalyse n° 1, 2002.
Winnicott D.W. (1970) Jeu et réalité. Gallimard.
Winnicott D.W. (1942) Pourquoi les enfants jouent-ils ? In L’enfant et le monde extérieur. Payot, 1972.
Winnicott D.W. (1974) La crainte de l’effondrement. Gallimard.


Le travail psychanalytique avec les familles

Auteur(s) : Françoise Debenedetti – Steven Wainrib
Mots clés : analyse inter-transférentielle – antœdipe – appareil psychique groupal – défenses trans-subjectives – double-bind – emprise – famille à transactions paradoxales – incestuel – inconscient familial – injonction paradoxale – instinct grégaire – manœuvres perverses – mentalité groupale – névrose familiale – thérapie familiale systémique – transfert – transfert paradoxal

Historique

Si la psychanalyse s’est construite en grande partie à partir de cures individuelles de patients névrosés, Freud considère que la psychologie individuelle ne se trouve que « rarement en mesure de pouvoir faire abstraction des relations de cet individu avec d’autres individus ». Employant en anglais les termes “herd instinct, group mind” (instinct grégaire, mentalité groupale), il ajoute que « l’autre entre en ligne de compte très régulièrement comme modèle, comme objet, comme aide et comme adversaire, et de ce fait la psychologie individuelle est aussi, d’emblée, simultanément, psychologie sociale, en ce sens élargi mais tout à fait fondé ».

L’approche psychanalytique originale du groupe familial qui se développera en France à partir des années 1980 peut être située dans le contexte historique suivant :

Dès 1936, R. Laforgue et J. Leuba, au IXème Congrès des Psychanalystes de langue française parlaient de “névrose familiale”. De son côté, Jacques Lacan, en 1937 et 1938, avance dans les articles qu’il a rédigés pour l’Encyclopédie française des concepts qui resteront sans suite, sur le thème de la famille notamment : inconscient familial, fantasmes d’objets communs, symptômes familiaux.

Aux États-Unis se développe à partir des années cinquante un courant de recherches sur la pragmatique de la communication et l’interaction. Grégory Bateson décrit en 1956 le “double bind ” (traduit par double lien, double entrave ou double contrainte). Il s’agit d’un véritable ligotage, réalisé par une communication paradoxale, faite de messages contraignants, liés et pourtant contraires. Ces injonctions jouent sur des niveaux logiques différents. La différence essentielle entre ces injonctions paradoxales et une simple contradiction réside dans le fait que le choix reste une solution possible quand vous êtes face à une contradiction, alors qu’une telle solution n’est même pas pensable dans le cas de l’emprise qu’exerce la communication paradoxale. Watzlawick (1972 tr.fr) en fait saisir l’effet au lecteur par la formule « Veuillez ne pas lire cette phrase.» L’effet d’injonctions paradoxales est d’autant plus délétère qu’elles sont adressées par quelqu’un dont vous dépendez affectivement, par rapport auquel vous tendez à vous situer. Le membre de la famille considéré jusqu’alors comme “malade” est désormais appréhendé comme le “patient désigné“, symptôme d’un groupe dysfonctionnant mais dont il assure l’homéostasie et la pérennité. Cette théorie a donné lieu à une pratique de double contrainte à visée thérapeutique, du type prescriptions du symptôme, à valeur de contre-paradoxe. La thérapie familiale systémique a pris son essor sur ces bases, divergeant par une approche souvent comportementaliste et qui peut sembler manipulatoire des approches psychanalytiques du groupe familial.

L’article d’H. Searles (1977 tr.fr.) paru en 1959 sur « L’effort pour rendre l’autre fou » aura un grand retentissement. Cet auteur décrit un certain nombre de mécanismes interpersonnels dont il souligne le caractère inconscient. Ses travaux rejoignent ceux de Boszormenyi-Nagy, J. Framo et collaborateurs (1980 tr.fr) qui ouvrent une approche psychanalytique des liens complexes entre la problématique individuelle et le contexte familial de certains troubles.

Parallèlement, en France, à la même période, certains psychanalystes commencent à s’intéresser à l’élaboration et au processus analytique dans les groupes, à travers le cadre du psychodrame et celui des groupes de formation. D. Anzieu (1975) théorisant l’imaginaire groupal, défend notamment l’analogie entre groupe et rêve dans son ouvrage “Le Groupe et l’inconscient“. René Kaës établit la notion d’appareil psychique groupal qui se constitue des transformations et des liaisons de la réalité psychique entre les sujets constituant le groupe. Il s’étaye sur certaines structures organisatrices de la psyché individuelle auquel cet auteur donne le nom de groupe interne (fantasmes originaires, image du corps, imago, réseau d’identification, instances, complexes). Ces auteurs contribueront à développer les bases théoriques de la psychanalyse de groupe, déjà bien avancée au Royaume-Uni par les travaux de W.R. Bion, S.H. Foulques, Anthony et Ezriel.

Les fondateurs de l’Institut de Psychanalyse Groupale et Familiale, s’inspirant de tous ces travaux, en poursuivront la logique vers un abord psychanalytique du groupe familial. Cet institut a été fondé en 1987 par Didier Anzieu, Jean-Pierre Caillot, Gérard Decherf, Simone Decobert, Claude Pigott, Paul-Claude Racamier et André Ruffiot. Un congrès et un colloque annuels se tiennent depuis 1983, la revue “Gruppo” créée en 1985 et la revue “Groupal” ensuite ont rendu compte de la clinique et des travaux de recherche sur la famille des psychanalystes français et étrangers. C’est désormais sous le nom de “Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale” que cet institut poursuit ses travaux et assure la formation des psychanalystes en tant que thérapeutes familiaux de groupe et psychodramatistes, tandis qu’Alberto Eiguer et Gérard Decherf participaient à la création de la ” Société Française de Thérapie Familiale Psychanalytique”.

Pratique

Qu’est-ce qui conduit à engager un travail analytique avec une famille ?

Le travail psychanalytique avec les familles est désormais couramment pratiqué, notamment dans le cas d’enfants ou d’adolescents pris dans certains dysfonctionnements familiaux qui ne peuvent que limiter ou entraver un abord individuel. Il se décide en particulier lors de la rencontre de groupes familiaux en souffrance, qui présentent d’importantes difficultés relationnelles et sont traversés par des angoisses majeures, en partie inconscientes, face aux mouvements de différenciation et d’autonomisation. Un climat d’irréalité et d’atemporalité est souvent perceptible dès les premiers entretiens.

Ce sont des « familles à transactions paradoxales » pour reprendre une expression pertinente de S. Decobert . La folie des échanges dans ce type de groupe familial tient à son mode dominant de relations narcissiques, forcément paradoxales, où l’autre de la relation doit être déchu de son altérité. La reconnaissance de l’altérité cède la place à une relation d’emprise, souvent masquée, donnant lieu à des communications paradoxales, de type double entrave. Tout ce qui peut présentifier une différence, la finitude humaine y est perçue comme perturbation à évacuer. Les repères symboliques sont souvent brouillés, entravant la définition de la place de l’un par rapport à l’autre, en fonction d’un tiers, ou d’une loi comme celle de l’interdit de l’inceste.

À forte potentialité psychotique, les familles pour lesquelles se pose une indication de travail groupal voient souvent leur évolution marquée par la substitution du passage à l’acte à la mentalisation (conflits violents, suicides, troubles des conduites alimentaires, addictions, somatisations).

Un processus de disqualification mutuelle est ici fréquent. Il consiste en un discrédit de la parole ou des actions d’autres membres du groupe. L’auto-disqualification est assez fréquente : ainsi un père indique à son fils qu’il faut céder sa place, se posant en exemple d’un renoncement masochique qui l’empêche de donner des limites à son fils. Toute reconnaissance de la place de l’un et de l’autre semble barrée, chacun s’efforçant de ravaler l’autre au statut d’un objet narcissique, qui ne doit pas prendre la liberté d’être sujet de ses pensées et de sa parole propre.

Le terme de mystification décrit une forme de dénégations qui peuvent s’observer avec une grande fréquence ; un membre de la famille opposera à un autre membre du groupe que sa pensée, ce qu’il sent, ce qu’il perçoit et qu’il tente de dire ou de faire sentir n’est pas considéré par son interlocuteur comme étant vraiment ce qu’il ressent. Celui qui cherche à le manipuler sait mieux que lui la vérité de ses éprouvés. Didier Anzieu (1981) raconte à ce propos l’histoire suivante : « Ainsi cet enfant que sa mère plongeait régulièrement dans un bain trop chaud afin que l’eau soit à point pour baigner ensuite la petite sœur, qui tentait de faire état de la sensation physique douloureuse et insupportable qui l’envahissait et qui s’entendait répondre que l’eau n’était pas trop chaude, qu’il faisait là un caprice, que ce n’était pas vrai qu’il se sente échaudé et mal à l’aise – et qui finit par se taire jusqu’au jour où il fut victime d’une syncope.»

Quel cadre, quelle technique ?

La famille à qui est proposé un abord psychanalytique est composée au minimum des membres qui vivent ensemble. Elle peut être élargie à d’autres membres fortement impliqués dans la problématique exposée lors des entretiens préalables.

Le groupe familial est convié à des séances régulières, se déroulant à un rythme hebdomadaire le plus généralement (éventuellement au rythme d’une séance par quinzaine). 

La règle de présence bi-générationnelle s’impose pour que la séance ait lieu. La règle de restitution s’applique lorsqu’un membre s’est ponctuellement absenté, ou lorsque l’un d’eux a cherché à communiquer un message hors séance aux thérapeutes. La famille est souvent reçue par un couple de thérapeutes, psychanalystes, de préférence un homme et une femme.

La cure s’appuie sur une règle d’abstinence (absence de conseils et de prescriptions contrairement à la technique systémique), et l’invitation à parler librement remplace ici la règle de dire tout ce qui vient à l’esprit comme en psychanalyse individuelle ; ainsi est reconnue la possibilité pour chacun d’un espace privé, ou sa potentialité.

Le cadre a une fonction contenante essentielle, limitative et symboligène, permettant le dépôt de la souffrance familiale et l’élaboration des angoisses sous-jacentes à la symptomatologie.

Dans certains cas, (difficultés de fantasmatisation, répétition itérative des conflits en séance, passages à l’acte) la thérapie familiale psychanalytique peut être orientée sur le mode du jeu psychodramatique, afin de favoriser la représentation par la figuration et de limiter les agirs.

Les psychanalystes sont ici particulièrement à l’écoute de la fantasmatique familiale issue de l’appareil psychique groupal-familial, des fantasmes du groupe autour de l’objet-famille, comme représentation et comme objet, ainsi que des mythes familiaux.

Les échanges verbaux et comportementaux permettent l’exploration en séance des rôles, des alliances inconscientes, mais aussi des manœuvres perverses, allant à l’encontre d’un repérage de la place de l’un et de l’autre en fonction des structures différenciantes de la parenté et de la filiation.

Un élément fondamental de cette approche psychanalytique est l’interprétation du transfert, en relation au groupe ; le repérage d’une problématique individuelle sera surtout repris en fonction des résonances fantasmatiques qu’elle entraîne, happant d’autres membres de la famille dans des interactions répétitives et pathogènes.

Le transfert opère ici à plusieurs niveaux :

– sur les thérapeutes avec notamment une projection des imagos des générations précédentes et une activation des “présupposés de base” au sens de Bion;

– sur le groupe composé de la famille et des psychanalystes favorisant des représentations d’objet-groupe;

– sur le cadre, qui sera par exemple l’objet d’attaques : retards, séances manquées ou refus sous des prétextes divers d’une participation de l’ensemble de la famille.

L’élaboration du contre-transfert est ici centrale afin de permettre au psychanalyste d’utiliser ses capacités associatives et ses affects au service du développement d’un processus interprétatif. Si la famille est reçue par deux analystes, ils tendront à inclure dans leur élaboration ce que R. Kaes désigne par analyse inter-transférentielle. Le travail spécifique d’un couple d’analystes en situation de groupe, les conduit à repérer le “transfert ” qu’ils opèrent sur leur collègue, en réponse à ce qui est induit en situation de groupe.

Winnicott (1971) considérait la psychothérapie en termes de jeu, avec le corollaire suivant : “Là où le jeu n’est pas possible, le travail du thérapeute vise à amener le patient d’un état où il n’est pas capable de jouer à un état où il est capable de le faire “. Cette proposition est particulièrement pertinente dans l’abord de groupes familiaux en état de tension permanente, rejouant indéfiniment la même partie. La situation analytique offre à ces familles une aire de jeu sur le jeu souvent paradoxal qui noue les uns et les autres, les enserrant dans une distribution de rôles figés, alors qu’il est censé leur permettre de vivre ensemble.

Quelques éléments théoriques

L’abord des familles en cure psychanalytique renvoie à des références conceptuelles déjà existantes en psychanalyse, tout en permettant également le dégagement de nouveaux concepts.

Ainsi certaines familles tendent à former un système fermé, régi par des défenses trans-subjectives .

Habituellement la notion de défense est située dans la perspective d’une topique individuelle, sur le modèle du refoulement de représentants pulsionnels intolérables au surmoi. Cependant un certain nombre de défenses archaïques ne sont pas dirigées contre la pulsion, mais visent un élément de différenciation ressenti comme source d’une angoisse catastrophique. Ici ce qui permet habituellement de se repérer, ravive l’angoisse d’une séparation néantisante. L’exemple type de ces mécanismes est le déni partagé de la fonction paternelle, de la différence des sexes ou des générations ; un tel déni portant sur un élément fondateur de la réalité humaine s’étayera volontiers sur une collusion entre deux membres de la famille, parfois étendue à l’ensemble du groupe familial.

Dès lors tout se passe comme si chacun se laissait gouverner par des rôles imaginaires, distribués dans la famille en dehors de tout encadrement par la fonction symbolique du système de parenté qui règle la succession des générations. Ainsi un enfant pourra se voir chargé de missions impossibles (combler les manques de ses parents, tenir lieu d’un objet perdu idéalisé antérieur etc..) et se prendre au piège de sa propre fascination par ces identifications aliénantes.

Si la relation intersubjective se joue sur un fond de reconnaissance de l’altérité, il n’en va pas de même du champ trans-subjectif ainsi généré, où tend à s’estomper le repérage de la différence de l’un et de l’autre, toujours fonction d’un tiers en place de symboliser l’échange.

Dans ce contexte, la loi de l’interdit de l’inceste ne joue pas son rôle d’organisateur du groupe familial. a proposé le terme d’incestuel pour désigner ce qui dans la vie psychique individuelle et familiale porte l’empreinte de l’inceste, sans que soit nécessairement accompli un passage à l’acte sous forme de relations sexuelles. L’incestuel est une modalité propre d’organisation de la vie du groupe familial qui s’oppose à l’organisateur œdipien lié à la triangulation et à l’interdit de l’inceste. Le fol espoir que l’autre advienne comme objet narcissique, l’expulsion d’avoir à faire le deuil de cet objet d’une parfaite complétude, l’emporte sur tout autre mode de liens. Proche de l’incestuel, L’antœdipe n’est pas seulement un anté-œdipe personnel qui pourrait être dépassé, mais tend dans ce cas à l’organisation d’ une mentalité groupale familiale anti-œdipienne.

L’abord psychanalytique pourra mettre en évidence des fantasmes d’auto-engendrement fondés sur le déni d’une origine lié à la rencontre de parents sexués, êtres de désirs. Le groupe familial tend alors à fonctionner sur le mode de l’engrènement, de l’interaction contraignante court-circuitant la fantasmatisation individuelle : ” le vécu d’une personne se branche directement, c’est-à-dire sans intermédiaires psychiques, sur le vécu et sur l’agir d’une autre ” . La paradoxalité (cf. doubles contraintes, disqualifications) est le fonctionnement mental, le régime psychique et le mode relationnel qui régit l’antœdipe. C’est ainsi qu’on la rencontre dans les familles dites à “transaction paradoxale”, mais aussi dans certains couples où elle tend à faire perdurer le lien tout en déniant sa valeur. Elle s’attaque au sujet en déniant son statut d’objet. “Je pourrais faire son autoportrait” dit cette jeune femme en séance à propos de son mari, selon un propos relevé par G. Decherf.

Ce sont des familles mêlant une souffrance à vivre ensemble autant qu’une impossibilité de se séparer. L’absence d’individuation fait de la famille la projection d’un corps commun indifférencié. Peu de place y est laissée à la mentalisation, l’agir prévalant sur la pensée et la symbolisation.

Le transfert paradoxal a été décrit par D. Anzieu en 1975 : c’est la forme que prend la communication paradoxale dans la cure psychanalytique individuelle ou groupale (couple ou famille). Il prend le plus souvent la forme de la réaction thérapeutique négative dans un contexte d’ injonctions paradoxales, et de disqualifications, donnant à l’analyste un sentiment d’impuissance, voire de nullité, qu’il va, soit re-projeter sur la famille jugée inapte à l’abord analytique, soit le conserver passivement pour son masochisme personnel. Les indices de ce transfert paradoxal sont dans les vécus contre-transférentiels qu’il entraînent, l’analyste devenant le dépositaire de ce qui n’a pu être élaboré : perplexité devant des injonctions paradoxales, sidération, impuissance à penser et à fantasmer, dépersonnalisation. L’analyste peut également éprouver un sentiment d’être l’objet de manipulations plus ou moins perverses, d’obligations d’agir peu conformes à sa perspective d’élaboration.

Le cadre doit être maintenu, non comme un dispositif rigide et fétichisé, mais en étayage de la référence à un pacte symbolique permettant l’échange. Comme l’indique J.P. Caillot Vocabulaire, 1998, d’une façon générale le cadre est anti-incestuel. Telle est la condition permettant au processus interprétatif de générer du nouveau et de rétablir la circulation fantasmatique familiale et individuelle bloquée dans la transaction paradoxale.

Lorsque le processus s’enclenche favorablement, des changements notables et parfois surprenants, se font jour au cours des séances. Les résistances deviennent interprétables, des éléments de l’histoire de la famille venant donner sens à l’histoire transférentielle du groupe familial, tandis qu’un plaisir de parler et de fantasmer se substitue peu à peu à la violence mortifère qui sous-tendait la paradoxalité.

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