Ce groupe de travail propose une relecture épistémologique des conceptions du nourrisson en psychanalyse, en examinant la formation des mentalités théoriques qui ont structuré les modèles classiques du développement précoce et influencent encore les pratiques cliniques auprès du bébé, des parents et des institutions.
À l’ère du numérique et de la circulation démultipliée des savoirs, l’interdisciplinarité n’est plus une option mais une nécessité pour maintenir la pertinence de la méthode psychanalytique. La figure du « bébé » — longtemps oscillant entre bébé impotent et bébé compétent — constitue un terrain privilégié pour exercer une démarche non seulement complémentariste (Devereux), mais véritablement comparatiste, capable de mettre en tension plusieurs « silos de connaissance ».
L’année sera consacrée à la revisite d’un fragment de l’œuvre de Margaret Mahler, à partir de l’article de György Gergely (Revisiting Mahler), et à la mise en dialogue de ces modèles avec :
· les apports contemporains de la psychologie développementale et de la clinique du bébé,
· l’analyse philosophique de S. Berger sur les cadres cartésiens et post‑kantiens du sujet,
· l’immunologie relationnelle de Thomas Pradeu, qui renouvelle les notions de frontière, altérité, incorporation et constitution du self.
L’objectif est de comprendre comment se construisent les catégories théoriques (symbiose, autisme normal, séparation‑individuation, constance de l’objet, narcissisme, sens de soi), comment elles orientent silencieusement les cadres du soin, et comment les avancées actuelles permettent de les déplacer, les nuancer ou les réouvrir.
Ce travail vise également à identifier les reculades conceptuelles, replis identitaires ou « pruning conceptuels » qui limitent l’élaboration psychanalytique contemporaine.
Bibliographie indicative
Berger (1996) ; Gergely (2000) ; Mahler et al. (1975) ; Rochette‑Guglielmi (2014, 2022) ; Pradeu (2009) ; Speranza & Ouss (2010) ; Georgieff (2024).