Samedi 14 et dimanche 15 mars 2026
ASIEM - 6, rue Albert de Lapparent, Paris 7e
INSCRIPTION AUX RENCONTRES 2026

Au fil du transfert : interpréter, construire
Au gré des évolutions de la clinique du transfert, une articulation s’est progressivement dessinée entre ces deux modèles d’intervention. Dès le début de son œuvre Freud fait de l’interprétation le cœur du travail analytique ; elle fait advenir le remémoré, permet de lever les résistances, de mettre à jour le refoulé et d’élucider le sens du symptôme. Dans La méthode psychanalytique (1904a), il en souligne la portée révélatrice, en tant qu’elle donne accès à ce qui est latent, aux pensées incidentes. Mais progressivement il constate que la force agissante ne se résume pas à la mémoire occultée. En 1914 dans Remémoration, répétition, perlaboration il s’intéresse à ce qui échappe à la remémoration et tend à se répéter en acte. Freud amorce alors ce qui sera le tournant de 1920.
Dans L’analyse finie et l’analyse infinie (1937c), il interroge encore les limites de l'analyse. Trois mois plus tard, Constructions dans l’analyse (1937d) propose une issue élaborative aux apories sur lesquelles il a buté. Dans ce texte d'une grande générativité, il donne un statut métapsychologique à la notion de construction, déjà présente dans ses cures, et en précise les contours. Face à ce qui demeure inaccessible à une parole interprétative, l’analyste doit « deviner ou plus exactement construire » et proposer à l’analysant une version de son histoire psychique, « une période oubliée de sa préhistoire ». Freud compare cette démarche à celle de l’archéologue qui, à partir de débris et de traces, tente de reconstituer un édifice ancien. Pour l’analyste, il s’agit d’un travail « préliminaire » qui n’apporte pas l’accès direct à une « vérité entière ». Toutefois Freud écrit : « Tout l’essentiel est conservé, même ce qui parait complètement oublié subsiste encore de quelque façon et en quelque lieu » (1937d, p. 64). Il initie alors les recherches sur le négatif, sous l'angle de la potentialité représentative dans la cure et de la cure.
Dans les cliniques marquées par le vide, le trauma, les pathologies narcissiques ou les états-limites, la construction prend un relief particulier. Elle participe d’un processus de création du passé, réalité à construire, dans une temporalité non linéaire, faite de points d’arrêts, de reprises et de déplacements. Elle vise ainsi à permettre, en après coup, une première mise en forme, l’émergence d’une organisation psychique.
Dans cette perspective, la cure devient le lieu d’une co-élaboration. Analyste et analysant produisent ensemble un récit partiel, toujours révisable qui se tisse au fil des séances. En creux on voit se dessiner une autre conception de ce que peut être le travail analytique. Et c'est ce terrain qu'ont exploré nombre de ses successeurs.
C’est dire que la construction, comme l’interprétation, est inséparable du transfert, du contre-transfert et des résistances qu'ils mobilisent. La validité de son énoncé ne se vérifie qu’aux effets subjectifs qu’elle suscite ; ce qu’elle permet d’ouvrir, de mettre à jour, dans les cas favorables, chez le patient dans la suite des séances. Comment s’en saisit-il, quelles transformations se déploient ?
Nous vous proposons d’interroger, au fil du transfert, et à la lumière de nos pratiques cliniques, les modalités d’intervention de l’analyste. Comment s’articulent-elles ? Entre interprétation et construction, dévoilement et invention, reprise du passé et création de sens. Quels usages faisons-nous de ces deux modalités dans la cure ? A quel moment l’un s’impose-t-il à l’autre ? Comment évoluent-ils et comment les penser ?
Martine Pichon-Damesin, Sylvie Pons-Nicolas et Véronique Laurent
Bibliographie
- Bertrand M. (2008) Construire un passé, inventer un possible. RFP, N°5 Tome LXXII
- Botella C. et S. (2001 a) La figurabilité psychique, Lausanne-Paris, Delachaux et Niestlé
- Botella C et S. (2017) Conviction et remémoration dans Abella A., Déjussel G. dir. Conviction, suggestion, séduction, Paris , Puf.
- Freud S. (1914g) Remémoration, répétition et perlaboration, OCF.P XII, 2005
- Freud S. (1937c) L'analyse avec fin et l'analyse sans fin, OCF XX, Paris, Puf, 2010
- Freud S. (1937d) Constructions dans l'analyse, OCF XX, Paris, Puf, 2010
- Press J. (2008) Construction avec fin, construction sans fin , RFP, N°5 Tome LXXII
- Press J. (2010) La construction du sens, PUF, Le fil Rouge
- Viderman S. (1970) La construction de l'espace analytique, Paris, Denoel
PROGRAMME
Samedi 14 Mars
- 13h30 : Introduction Emmanuelle Chervet
- 13h45 : Fil rouge Anne Deburge
- 14h15 : Présentation clinique Claire Danion
- 14h55 : Discussion Laurent Muldworf
- 15h15 : Echange avec la salle
- 16h15 : pause
- 16h45-18h15 : Ateliers
- Catherine Dupuis et Samir Fellak
- Karine Gautier et Sophie Parrot-Fabre
- Stéphanie Marchand et Sophie-Agnès Robert
- Jean-Philippe Roguet et Marielle Vacher
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COCKTAIL D'ACCUEIL DES NOUVEAUX MEMBRES : 19h00
Dimanche 15 mars
- 9h30 : Présentation clinique Stéphanie George
- 10h10 Discussion Daniel Metge
- 10h30 Echanges avec la salle
- 11h30 Table conclusive par les intervenants
TARIFS
- Membre de la SPP : 50€
- AeF : gratuit