Séminaire Jean Cournut 2026-2027
Cycle « Réalités de l'angoisse »
SJC2704 - L’angoisse du vieillissement et l’angoisse du sujet âgé - Marguerite et Pierre CHARAZAC
Si l’on se range à la conception freudienne du moi étant à la fois lieu de l’angoisse et organisateur des défenses vis-à-vis d’elle, l’angoisse du vieillissement met en jeu la capacité du moi de s’adapter aux changements intérieurs et extérieurs auxquelles il est soumis, en conservant sa « tendance à la synthèse et à l’unité » (Freud). On doit à Pasche une étude rigoureuse du phénomène de l’angoisse qui fait la distinction de l’angoisse proprement dite qui n’a pas d’objet et l’angoisse thématisée que représente la peur de quelque chose, qui opèrent l’une et l’autre dans les crises de l’existence et pas seulement celles de la sénescence.
Le vieillissement du corps comporte des modifications et des déficiences qui font vaciller l’unité et la continuité du moi. Sa capacité de rester un dépend des crises existentielles qui se sont succédées à partir de sa construction, en particulier de l’angoisse de la position dépressive dont les kleiniens nous ont appris à interpréter les rééditions successives. Parmi elles, la crise du milieu de la vie impose la révision du fantasme d’immortalité partagé même par les personnes qui ont déjà approché la mort. La survenue de l’angoisse « court-circuit entre le moi et les profondeurs du ça » (Pasche) varie selon le caractère traumatique des bouleversements de l’assise corporelle et des fonctions psychiques du moi. L’angoisse mentalisée grâce aux représentations de la vieillesse peut devenir peur de ne pas accomplir son idéal, peur de perdre l’amour de ses objets, peur de la mort, peur de l’effondrement ou de l’anéantissement. Avec le grand âge, la défense la plus fréquente est la partition ou le dédoublement du moi qui représente une forme de clivage fonctionnel respectant à la fois le principe de plaisir et l’adaptation à la réalité.
En pratique analytique, l’angoisse du patient âgé s’inscrit dans le transfert de deux manières conformes aux deux théories freudiennes de l’angoisse décharge et de l’angoisse signal, en suivant tantôt la voie tracée par la libido en quête d’objet et tantôt celle des mécanismes de défense. Le thérapeute est ainsi investi tour à tour comme objet de désirs et comme celui dont les défenses écartent l’angoisse suscitée par ces désirs. Les patients âgés se montrent en effet souvent pris entre deux mouvements contraires, l’un progrédient qui s’est manifesté par le désir d’entreprendre ce travail, l’autre régressif les faisant manifester leurs tendances pulsionnelles sans refoulement ni barrière, ce qui ne va pas sans menacer les défenses acquises par le thérapeute. Celui-ci peut se protéger par des réponses proposant au patient un nouvel équilibre entre désirs et défenses faisant passer ses idéaux personnels, notamment d’ordre sublimatoire, avant le nécessaire travail d’intégration du transfert négatif et de ses affects en mal de liaison.
Conserver dans le travail psychothérapique une place pour la frustration reste le meilleur moyen d’échapper au piège narcissique de répondre à toutes les attentes exprimées par le patient. Le respect de cette part de manque, d’inachevé et d’inconnu fait que le travail psychique peut demeurer, de part et d’autre, ouvert au-delà du terme de la psychothérapie.
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