© Société Psychanalytique de Paris

Psychanalyse et psychothérapie chez l’enfant

Auteur(s) : Gilbert Diatkine
Mots clés : adolescence

Compte-rendu de la Conférence d’Introduction à la Psychanalyse de Gilbert Diatkine du 18 Novembre 2020 par Mathieu Petit-Garnier

 

Gilbert Diatkine  Psychanalyse et psychothérapie chez l’enfant

En ces temps de restrictions et d’isolement, on ne peut que se réjouir de la vitalité préservée des activités scientifiques de la SPP. Le dispositif en visio-conférence imposé par la situation sanitaire n’a pas empêché Gilbert Diatkine de transmettre une image vivifiante de la psychanalyse à un large public connecté parfois bien au-delà de nos frontières. En partant des préoccupations cliniques de tout thérapeute et en ancrant les questions techniques dans l’histoire de la psychanalyse, Gilbert Diatkine a installé son intervention dans un climat de proximité authentique.

À l’interrogation : « Quelle est la différence entre la psychanalyse et les autres psychothérapies ? » la conférence de Gilbert Diatkine donne une réponse claire. L’essence et la spécificité de la psychanalyse résident dans son processus.

S’il a déjà mis au travail cette question, entre autres, par la coordination d’un numéro de la collection Débats de psychanalyse1, en 1999 et en 2012, sous la forme d’une synthèse à destination des internes en psychiatrie2, Gilbert Diatkine aborde ici le problème à partir de la rencontre clinique avec l’enfant. Le propos de René Diatkine est ainsi rappelé : la rencontre avec un psychanalyste, dont l’attitude diffère de tous les autres adultes rencontrés, confronte l’enfant à une expérience inédite qui marque pour longtemps le destin de sa vie psychique.

Présentation du conférencier

Avant de rentrer dans le détail de la conférence, rappelons la présentation de Gilbert Diatkine par Dominique Delay. proche collègue du conférencier, psychanalyste à Rouen. Trois axes directeurs peuvent être repérés dans la grande richesse de ses travaux et publications :

  • Le premier le situe dans la tradition de la thérapie institutionnelle et de la psychiatrie de secteur. Gilbert Diatkine a, de longue date, oeuvré en tant que psychiatre à transmettre dans les institutions sanitaires et sociales les découvertes de la psychanalyse sans méconnaître les différences et la complémentarité des fonctions de chacun. Aux années de travail en équipe au Côteau de Vitry-sur-Seine3 ont succédé ses fonctions de formateur et de superviseur auprès de nombreux professionnels bénéficiant de son expérience et de ses réflexions en particulier à propos de ce que la psychiatrie contemporaine nomme les troubles du comportement4,5,6,7.
  • Le second axe de travail, qui n’est pas sans lien avec le précédent, se déploie d’avantage dans des publications psychanalytiques. Il concerne les formations collectives, le travail de culture et ses achoppements8. C’est ce que Gilbert Diatkine développera dans son rapport au Congrès des psychanalystes de langue française de 2000 autour du concept de Surmoi culturel 9.
  • Enfin, le troisième axe, dans lequel s’inscrit cette conférence, est celui du processus psychanalytique tel qu’il se déploie dans une cure et en particulier avec l’enfant 10, 11,12. Dans ces travaux, Gilbert Diatkine s’attache à montrer l’ancrage du langage dans ses racines pulsionnelles ainsi que l’importance de ce qui prépare et suit une interprétation pour le développement du processus psychanalytique.

La psychanalyse d’enfant : un espoir pour la psychanalyse 

Gilbert Diatkine entame sa conférence en soulignant le paradoxe actuel dans lequel se trouve la psychanalyse d’enfant par rapport à la psychanalyse dans son ensemble. Elle est un grand espoir pour son essor dans le monde contemporain car un travail psychanalytique bien mené donne à un enfant et ses parents la conviction qu’il y a là quelque chose de spécial qui n’a pas d’équivalent dans les autres approches. Mais, pour autant, aucun enfant n’a fait l’expérience d’une cure type de psychanalyse au sens étroit du terme, c’est-à-dire pour le modèle français : en se laissant aller à la libre association, au moins trois séances hebdomadaires, allongé sur un divan.

Cet apparent paradoxe amène à se questionner sur ce qui fait l’essence d’une psychanalyse, ce d’autant que le nombre d’adultes faisant l’expérience d’une cure type va également en diminuant. Beaucoup de patients ne peuvent faire leur psychanalyse de façon profitable sans voir en face à face leur analyste. De nombreux travaux psychanalytiques de ces cinquante dernières années (Lacan, Winnicott, Bleger, Bion, Green) portent sur ces situations mais n’ont pas encore, selon Gilbert Diatkine, donné d’explication tout à fait cohérente à cette évolution.

Quels critères distinguent psychanalyse et psychothérapie ?

Il est intéressant de rappeler l’histoire du modèle de la cure type. On apprend dans sa correspondance avec Ferenczi qu’en 1921, alors que Freud traverse une période personnelle de deuil et de dépression, il décide de réduire le nombre et la durée des séances de ses analyses. La cure type jusque-là de six séances hebdomadaires de soixante minutes est réduite à cinq séances de cinquante minutes sans que le fondateur de la psychanalyse ne justifie théoriquement cette modification du cadre. Il semble que ce soit la disponibilité psychique de l’analyste qui ait dicté cette modification, critère non négligeable si l’on pense à l’engagement nécessaire au travail analytique. Le dispositif devient dans ce cas d’avantage un compromis entre idéal et nécessité qu’un élément inconditionnelle au travail analytique.

Pourtant, si le dispositif divan/fauteuil ou face à face n’est aujourd’hui plus un critère pour distinguer psychanalyse et psychothérapie, celui du nombre des séances divise encore la communauté psychanalytique. Le canon des cinq séances reste dans les pays anglo-saxons le critère décisif.

Pour Gilbert Diatkine, il ne fait pas de doute que l’analyse nécessite de consacrer « le plus de temps possible » à l’enfant afin de suivre au mieux le processus. Mais cette exigence technique se heurte à la disponibilité de l’analyste et aux réalités socio-économiques de nombreuses familles pour qui cet effort est inimaginable. Si l’on ne veut pas réserver la psychanalyse à une élite aisée dégagée de toute contrainte matérielle et financière, le nombre de séances doit nécessairement être adapté à chaque situation. On peut ici se rappeler l’analyse de Carine menée à une séance hebdomadaire par Janine Simon et pourtant reprise comme modèle du processus analytique dans son livre co-écrit avec René Diatkine La psychanalyse précoce. L’analyse relatée par Donald Winiccott dans son livre Petite Piggle est quand à elle menée par séances espacées de plusieurs semaines.

On comprend donc que, pour le conférencier, le cadre et le dispositif sont au service du processus. Suivre un patient cinq séances par semaine donne les meilleures conditions pour permettre à ce processus de se déployer. Les aménagements qui éloignent de ces conditions idéales, rendent la tâche de l’analyste plus difficile mais ne suffisent pas pour dire que ça n’est pas une psychanalyse. On note d’ailleurs que, dans le modèle français, cet idéal a depuis longtemps été ramené à trois séances et que, dans le contexte de la psychanalyse d’enfant, la pratique courante est plutôt celle de deux séances, voire une. Le contexte récent du confinement et des séances à distance a rendu encore plus difficile le travail analytique mais il a pu dans certaines situations se maintenir.

L’engagement du processus analytique

Si le critère de distinction d’une psychanalyse et d’une psychothérapie n’est pas la fréquence des séances mais l’engagement d’un processus analytique, on peut s’interroger sur ce qui permet cet engagement. On se tourne alors vers cette attitude particulière de l’analyste en séance qui donne à l’adulte comme à l’enfant le sentiment qu’il se passe là quelque chose de différent.

Il est connu que la position analytique suspend les conseils et les questions directes pour permettre au patient de « dire ce qui vient » selon le principe de la libre association. A cette position de neutralité, Wilfried Bion a adjoint le conseil d’être « sans mémoire, ni désir » et Jacques Lacan celui de laisser vacante la place du « sujet supposé savoir ». Il ne s’agit pas là d’un désintérêt pour le matériel des séances précédentes mais d’une suffisante distance, d’une certaine rêverie, au sens de Bion. La circulation des représentations inconscientes va permettre l’émergence de souvenirs significatifs. Ne pas chercher à se rappeler activement, donc consciemment, les séances précédentes laisse la place au retour d’éléments refoulés. Un détail de la séance lève le refoulement chez l’analyste qui met en route un circuit de représentations en lien avec le transfert. C’est alors l’interprétation de son contre-transfert qui lui permet d’accéder au transfert du patient. Selon l’expression de Michel Neyraut « le contre-transfert précède le transfert ».

Le processus analytique s’engage lorsque la première interprétation produit chez le patient une réaction qui amène à son tour l’analyste vers une nouvelle construction qu’il peut garder pour lui ou communiquer au patient, relançant alors le processus. C’est l’enfant lui-même, compte-tenu de sa réaction qui va indiquer la pertinence de l’interprétation. On comprend ce que la technique lacanienne de l’arrêt de la séance au moment de l’émergence d’un signifiant a d’incompatible avec cette conception du processus analytique.

Gilbert Diatkine illustre dans sa conférence sa conception du processus analytique à partir d’un exemple clinique emprunté à Mathilde Laroche-Joubert, que nous ne pouvons reproduire ici. Dans cette analyse d’enfant, on voit que le processus, tel qu’il a été décrit, court par moment le risque de l’enlisement. L’impossibilité pour l’analyste d’avoir une activité associative préconsciente pour faire évoluer par l’interprétation les activités répétitives de l’enfant transforme, dans ce cas, l’analyse en psychothérapie. Les supervisions ou les échanges inter-analytiques tiennent un rôle majeur pour restaurer la fonction analytique. Dans son ouverture à la discussion, Gabrielle Viennet propose la formulation « d’un analyste qui joue sans jouer le jeu », participant aux jeux auxquels l’enfant l’invite dans une séduction inévitable et nécessaire pour l’intéresser aux contenus psychiques mais sans perdre le cap de sa fonction d’analyste.

La spécificité du transfert chez l’enfant

Dans les discussions qui suivent sa présentation Gilbert Diatkine revient sur la controverse historique entre Anna Freud et Mélanie Klein à propos du transfert chez l’enfant. Les positions de chacune sont connues : Mélanie Klein pense que le transfert est là d’emblée et qu’il doit être interprété alors qu’Anna Freud plaide pour un travail psychothérapeutique préparatoire avant toute interprétation de transfert. Peut-être sont moins connues les présentations qui ont permis à chacune d’elles d’être admise au sein de leurs sociétés psychanalytiques respectives. Anna Freud, présente un fragment d’analyse avec son père, alors que Mélanie Klein, relate une des premières tentatives de traitement psychanalytique avec un enfant, lequel n’est autre que son propre fils.

Ces deux expériences, aujourd’hui surprenantes mais sans contradiction avec les principes techniques de l’époque, vont révéler l’impasse de la position de Freud sur l’analyse avec l’enfant. En effet, celui-ci défend dans « le petit Hans » que les parents sont les mieux placés du fait de leur proximité avec l’enfant pour recueillir ses associations. Mais cette position va progressivement se heurter à la reconnaissance du rôle joué par le transfert dans la cure. Le besoin d’analyser le transfert rencontre la réalité de parent de l’analyste. Cette absence de différenciation entre objet de transfert et personne réelle, empêche tout jeu de déplacement à l’enfant.

La réponse que chacune des deux fondatrices de la psychanalyse d’enfant trouve à ce problème technique garde sa pertinence. La précaution d’Anna Freud vis-à-vis de l’interprétation engage à trouver une formulation respectueuse de l’organisation pré-consciente d’un enfant. De fait beaucoup de cures d’enfants et d’adultes commencent par une phase préparatoire où se construit « l’espace analytique » (Viderman). Cela rejoint la phase préparatoire d’Anna Freud, mais pour des raisons différentes.

La défense par Mélanie Klein d’un transfert analysable chez l’enfant est pertinente si l’interprétation, lorsqu’elle est possible, vise les objets internes transferés sur l’analyste, en les distinguant bien des objets réels que sont les parents de l’enfant.

L’indication d’analyse d’enfant 

Gilbert Diatkine va préciser sa conception de l’indication d’une psychanalyse d’enfant. Une intervenante rappelle que, dans les consultations d’adultes, une des « boussoles » qui permettent de poser une indication d’analyse sur le divan est l’écart possible entre l’analyste en personne (les aspects spécifiques de la personne qui mène la consultation) et l’analyste en fonction (le fonctionnement analytique de ce consultant). Cet écart permet d’évaluer les capacités de déplacement et de réflexivité nécessaires pour engager une analyse.

Gilbert Diatkine rappelle qu’il faut avoir suffisamment intériorisé la régulation de la relation avec l’objet pour se passer d’un contact réel comme c’est le cas quand on est allongé sur le divan. Cette possibilité n’est assurée qu’après l’adolescence et la résolution relative du conflit oedipien. C’est un des éléments qui distingue l’analyse d’enfant de l’analyse d’adulte.

Une certaine équivalence avec ce repérage « analyste en personne ou en fonction » peut toutefois se retrouver dans la réaction de l’enfant à une interprétation. Les consultations psychanalytiques préalables à un traitement consistent en partie à repérer l’engagement possible d’un processus à partir de ce qui suit les interventions du consultant. Dans certains cas, un travail préalable sera nécessaire pour amener l’enfant à s’intéresser à son fonctionnement psychique au -delà de la relation particulière qu’il établit avec le consultant.

Les conditions de faisabilité d’une analyse d’une durée suffisante rentrent ensuite en compte pour engager ou non ce type de traitement. La rupture brutale d’un traitement du fait d’un déménagement, d’un placement ou d’un changement d’institution risque toujours de répliquer les ruptures douloureuses qu’a déjà vécues l’enfant. Mais si le processus est suffisamment distinct de la personne de l’analyste, on peut aussi penser qu’il pourra se poursuivre pour l’enfant intérieurement ou auprès d’un autre analyste si les conditions de son déploiement sont rétablies.

Mathieu Petit-Garnier

1 Diatkine G., Schaeffer J., 1999, Psychothérapies psychanalytiques, Monographie et débats de psychanalyse, PUF, Paris.

2 Diatkine, G, 2012, « Psychothérapies, psychanalyse, psychothérapies psychanalytiques », in Perspectives psy, edp sciences, 2012/4 vol. 51, pp 331-335.

3 Diatkine G., 1977, De l’observation à la thérapeutique, Vitry in vitro, ESF, Les milieux éducatifs de l’enfant, Paris.

4 Diatkine G., 1979, « Familles sans qualités : les troubles du langages et de la pensée dans les familles à problèmes multiples », in La psychiatrie de l’enfant, Vol.22, n°1, pp. 237-273.

5 Diatkine G., 1983, Les transformations de la psychopathie, PUF, Coll Fil Rouge, Paris.

6 Diatkine G., 1996, « Inceste et identification à l’agresseur », in Psychologie clinique et projective, vol.2, n°1., pp.21-30.

7 Diatkine G., Maffioli M., 2017, « De l’accordage affectif à l’interprétation. Tendance antisociale et troubles oppositionnels avec provocation », in Enfance et Psy, n°73, pp. 67-78.

8 Diatkine G., 1993, « La cravate croate : narcissisme des petites différences et processus de civilisation », in Revue française de psychanalyse, Vol. 57, n° 4, pp. 1057-1072.

9 Diatkine G., 2000, « Surmoi culturel », in Revue française de psychanalyse, vol. 64, n° 5 spécial congrès, 2000, pp. 1523-1588.

10 Diatkine G., 2008, « la disparition de la sexualité infantile dans la psychanalyse contemporaine », in Revue Française de psychanalyse, Vol. 72, n° 3, pp. 671-685.

11 Diatkine G., 2017, « Transfert et altérité, la rencontre interprétante : L’interprétation et la rencontre analytique », in Revue française de psychanalyse, vol. 81, n° 5, pp. 1479-1484.

12 Diatkine G., 2020, « Un modèle de la cure d’enfant », in Revue française de psychanalyse, vol. 84, n° 1, pp. 47-57.


Clivage et refoulement dans la situation analytique, programme

Auteur(s) :
Mots clés :

Espace de conférence des Diaconesses – 18 rue du Sergent Bauchat – 75 012 Paris

Samedi 23 et dimanche 24 mars 2019

Présidé par Denys RIBAS

Organisateurs et modérateurs : Jean-Louis BALDACCI, Évelyne CHAUVET, Isabelle Martin KAMIENIAK

Programme

Samedi après-midi (13 h 45 – 18 h 30)

13h 15 : Accueil des participants
13h 45 : Présidence Denys RIBAS
14h 00 : Introduction théorique et « fil rouge » de la discussion : Claude SMADJA
14h 20 : Présentation clinique : Daniel METGE (Toulouse)
Commentaire par Dominique BOURDIN

15h 20 : La parole à la salle
15h 45 – 16h 00 : Pause
16h 00 – Poursuite de la discussion
17h 00 – 18h 30 : Ateliers

  1. Sophie CHARME et Claude BROCLAIN
  2. Kalyane FEJTÖ et Michael BRUN
  3. Claire MAURICE et Abdel-Karim KEBIR
  4. Hélène PARAT et Gérard SORIA
  5. Dominique REYDELLET et Anne ROSENBERG
  6. Anne Marie VAISSAIRE et Jacques LUCCHINI

Dimanche matin : 9 h – 12 h 30

9h – 9h 40 : Deuxième présentation clinique : Aline COHEN-DELARA commentaire par Jean PICARD
10h :  La parole à la salle
10h 30 – 10h 45 : Pause
11h 45 – 12h 30 : Table ronde conclusive par les intervenants.


Le non-lieu d’une existence d’enfant

Auteur(s) : Dominique Bourdin
Mots clés :

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle…

/…/ Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,

Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir ».

Baudelaire, Spleen in Les Fleurs du Mal

 

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LA FILLE DE LA VEUVE – Entre clivage et refoulement, un deuil impossible

Auteur(s) : Daniel Metge
Mots clés :

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Puissance des désirs œdipiens : le passage de l’adolescence

Auteur(s) : Aline Cohen de Lara
Mots clés :

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Œuvre de Freud

Auteur(s) : Jean Picard
Mots clés :

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Clivage et refoulement dans la situation analytique, argument

Auteur(s) : Jean-Louis Baldacci
Mots clés :

Clivage et refoulement dans la situation analytique et non pas clivage ou refoulement. Pourquoi à propos de la cure, associer et ne pas opposer les deux mécanismes ? Comment « le processus de défense du moi », sollicité par l’expérience du transfert les utilise-t-il ? Exclusivement, alternativement, simultanément ?

Il est classique de considérer un peu rapidement, clivage et refoulement comme des stratégies de défense du moi différentes voire opposées. Le refoulement du côté de la névrose et le clivage comme lié à la problématique du déni, déni de la castration dans les perversions, ou d’une part plus ou moins grande de la réalité dans les états limites et les états psychotiques. Cette opposition est même utilisée comme un repérage diagnostique pratique, en référence à une nosographie psychanalytique plus ou moins explicite.

Mais, chez Freud, le clivage est loin d’être un phénomène univoque et son rapport au refoulement n’est pas posé sur le mode de l’alternative. D’ailleurs, à propos de l’article princeps de 1938, « Le clivage du moi dans le processus de défense » le premier titre qui vient sous sa plume est « Le clivage du moi comme processus de défense ». Remplacer le « comme » par « dans » traduit un changement de perspective : de défense spécifique, le clivage devient un mécanisme qui s’inscrit conjointement au refoulement dans le processus de défense du moi.

Ce changement de 1938 pose donc la question de pouvoir situer le clivage dans le système des défenses du moi et de l’envisager comme participant d’un processus global.

En 1927, l’article sur le fétichisme apporte la preuve théorico-clinique de la coexistence possible du déni de la castration et de sa reconnaissance simultanée. Mais Freud est alors obligé de renverser sa théorie du refoulement : c’est le refoulement de l’affect qui permet de soutenir la reconnaissance simultanée de la castration. Refoulement et déni peuvent alors s’articuler et Freud retrouve son hypothèse de 1924 celle de la possibilité pour le moi de « faire amende de son unité » ce qui expliquerait «  les extravagances et les folies des hommes ». Le clivage peut alors devenir un concept métapsychologique et les travaux terminaux de 1938 , « Le clivage du moi… » déjà cité et « L’abrégé de psychanalyse » résument les questions qu’il pose. Est-il un mécanisme de défense, qui dans des circonstances traumatiques singulières pallie les défaillances du refoulement tout en   ouvrant sur un déni de réalité ? Ou est-il un entre deux, un facteur de régulation qui, dans des contextes de perte et de séparation, permet d’éviter l’alternative refoulement/déni et réduit leurs excès respectifs ? Enfin ces deux possibilités renvoient-elles à des formes différentes de clivage ?

Ces questions se recoupent si l’on envisage le rapport du clivage et du refoulement. À quelles conditions en effet ce rapport est-il maintenu ou rompu ? Et en cas de rupture peut-il à nouveau devenir fonctionnel ?

Au cours de ces journées de rencontres, nous souhaitons donc remettre sur le métier la problématique freudienne du rapport clivage/refoulement. Questionnement nécessaire, car la reconnaissance et la non-reconnaissance simultanées d’éléments du ça et de la réalité ouvrent le champ de l’illusion et de la transitionnalité. En d’autres termes nous nous demanderons à quelles conditions le clivage peut être une rupture ou un passage ?

Nous travaillerons successivement deux situations cliniques : un travail analytique en face à face et une psychanalyse divan/fauteuil.

BIBLIOGRAPHIE FREUDIENNE

Freud S. (1985c [1887-1904]) Lettres à Wilhelm Fliess : 1887-1904, trad. fr. F. Kahn, F. Robert, Paris, PUF, 2006.
Freud S. (1894 a), Les psychonévroses de défense : essai d’une théorie psychologique de l’hystérie acquise de nombreuses phobies et obsessions et de certaines psychoses hallucinatoires, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. J. Laplanche, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, III, 1989 ; GW, I.
Freud S. (1908 c), Les théories sexuelles infantiles, La vie sexuelle, trad. fr. J.-B. Pontalis, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, VIII, 2007 ; GW, VII.
Freud S. (1909 d), Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (l’Homme aux rats), Cinq psychanalyses, trad. fr. M. Bonaparte, R. M. Loewenstein, Paris, PUF, 1966 ; OCF.P, IX, 1998 ; GW, VII.
Freud S. (1914 d), Sur l’histoire du mouvement psychanalytique, trad. fr. C. Heim, Paris, Gallimard, 1991 ; OCF.P, XII, 2005 ; GW, X.
Freud S. (1915 d), Le refoulement, Métapsychologie, trad. fr. J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Paris, Gallimard, 1968 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, X.
Freud S. (1917 e [1915]), Deuil et mélancolie, Métapsychologie, trad. fr. J. Laplanche, J.-B. Pontalis, J.-P Briand, J.-P. Grossein, M. Tort, Paris, Gallimard, 1968 ; OCF.P, XIII, 1988 ; GW, X.
Freud S. (1921 c), Psychologie collective et analyse du Moi, Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1972 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
Freud S. (1923 b), Le Moi et le Ça, Essai de psychanalyse, trad. fr. J. Laplanche, Paris, Payot, 1981 ; OCF.P, XVI, 1991 ; GW, XIII.
Freud S.(1924), Névrose et psychose, Paris Puf, 1973
Freud S. (1924 e), La perte de la réalité dans la névrose et la psychose, Névrose, psychose et perversion, trad. fr. D. Guérineau, Paris, PUF, 1973 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIII.
Freud S. (1925 h), La négation, Résultats, idées, problèmes, II, Paris, PUF, 1985 ; OCF.P, XVII, 1992 ; GW, XIII.
Freud S. (1927 e), Le fétichisme, La vie sexuelle, trad. fr. D. Berger, Paris, PUF, 1969 ; OCF.P, XVIII, 1994 ; GW, XIV.
Freud S. (1933a [1932]) 31e leçon : la décomposition de la personnalité psychique, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, trad. fr. M. R. Zeitlin, Paris, Gallimard, 1984 ; OCF, XIX, 1995 ; GW, XV.
Freud S. (1940 a [1938]), Abrégé de psychanalyse, trad. A. Bermann, revue par J. Laplanche, Paris, PUF, 1985 , OCF., XX, 2010 ; GW, XV.
Freud S. (1940 e [1938]), Le clivage du Moi dans le processus de défense, Résultats, Idées, Problèmes, II, Paris, PUF, 1985, OCF., XX, 2010 , GW, XVII.

BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE

BAYLE, Gérard, Clivages, Coll. Le fil rouge, Presses Universitaires de France, Paris, 2012
CHABERT Catherine et KAHN Laurence, Il y a clivage et clivage, Le Carnet Psy, Ed. Cazaubon, n° 190, 2015/5 pp. 20-30
ROUSSILLON, René. Agonie, clivage et symbolisation, Coll. Le fait psychanalytique, Presses Universitaires de France, 1999
Les clivages in Revue Française de Psychanalyse, vol. 60, n° 5, spécial congrès, Paris, Presses Universitaires de France, 1996


2019 : Clivage et refoulement dans la situation analytique

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Clivage et refoulement dans la situation analytique, argument

 

Jean-Louis Baldacci

Clivage et refoulement dans la situation analytique, programme

 

LA FILLE DE LA VEUVE – Entre clivage et refoulement, un deuil impossible

 

Daniel Metge

Le non-lieu d’une existence d’enfant

 

Dominique Bourdin

Puissance des désirs œdipiens : le passage de l’adolescence

 

Aline Cohen de Lara

Œuvre de Freud

 

Jean Picard


Entretien VIDEO TEST

Auteur(s) : Florence Guignard – Marianne Persine
Mots clés :

Florence Guignard, psychanalyste spécialiste de l’enfant et de l’adolescent, fondatrice avec Annie Anzieu de la SEPEA (Société européenne pour la psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent,) a publié en 2015, un ouvrage particulièrement important : « Quelle Psychanalyse pour le 21ème siècle ? »
Pour cette auteure, la Psychanalyse comme toute science, doit être réinterrogée, critiquée et complétée, non seulement en fonction des avancées de la méthode et des modifications de la technique, mais aussi, à la lumière des changements anthropologiques et sociologiques survenus depuis plus d’un siècle.
Considérant que la théorie psychanalytique ne devrait pas être considérée comme un roc inamovible mais plutôt comme un ensemble de modèles dont il importe de remettre en question et de requalifier sans cesse les configurations conceptuelles, elle se donne pour tâche de revoir et d’analyser plusieurs concepts majeurs de la métapsychologie, et de nous exposer sa démarche et les influences qui l’ont conduites à ses propositions.
Ce tome sera suivi par une étude clinique (à paraître) des configurations des transferts, du trauma et des identifications.

Dans la première partie de cet entretien, Florence Guignard redéfinit certains concepts clés de la métapsychologie freudienne (le clivage, l’Œdipe, le Féminin), précise sa conception de la formation de l’espace psychique chez l’enfant, en intégrant l‘apport de psychanalystes de l’école anglaise : Mélanie Klein, D. Meltzer et surtout W.R.Bion.

Marianne Persine
15 Novembre 2019

1ère Partie : Naissance de la vie psychique et concepts psychanalytiques en mouvement

03:02 — Formation et influences
08:26 — L’Infantile : « Freud, Klein, Bion »
10:10 — Relation d’objet partiel ou total
12:32 — Précocité de l’Œdipe
17:10 — Maternel primaire et la fonction alpha
23:00 — Projection identificatoire
25:00 — « Mémoire implicite » et bain de paroles
34:50 — Féminin primaire
39:10 — Le Féminin paradigme de l’altérité

Regarder la 2ème partie de l’entretien ici

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https://www.spp.asso.fr/cdl_annee_article/2019/