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Vies de Job

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Pierre ASSOULINE est l’auteur de nombreuses biographies. Son « Job » est étrange. C’est la biographie d’un homme qui n’a pas existé ; un homme « fabriqué à dessein pour illustrer le problème qu’il pose ». Job hante littéralement la culture judéo-chrétienne y compris dans des résurgences triviales inattendues, comme le « JOB », surnom inventé par les utilisateurs du papier à cigarettes « JB ».

Mais l’enquête de Pierre ASSOULINE à quelques pochades de ce type près, est un voyage savant ; une errance mystique qui confine par moments à l’hallucinatoire et dans laquelle il nous entraîne.

Il nous montre, depuis la bibliothèque de l’école biblique de Jérusalem jusqu’en Inde, en passant par les installations d’Anselm KIEFFER autour de la Shoah, la présence insistante, quoique en filigrane, de ce personnage qui surgit soudain dans le discours, comme s’il donnait sens à certaines épreuves que la vie ne manque pas de distiller ; pas n’importe quelles épreuves cependant, le deuil et la culpabilité du survivant ; plus particulièrement encore, la perte pour un parent d’un de ses enfants.

C’est évidemment son histoire de famille qui pousse ainsi l’auteur à traquer, en quête de sens, son personnage ; celle de la perte accidentelle d’un frère puis d’un père et qui l’amène à s’identifier à l’un tout en déplorant la perte des deux. Comment survit-on à la mort d’un fils ? Semble-t-il se demander tout au long de l’essai.

Mais le retour aux origines mythiques, celles d’un grand père s’expatriant d’un village des confins du désert, n’apporte aucune solution à l’absurdité de la perte accidentelle du fils. Tout homme souffrant est spontanément identifié à Job, mais c’est aussitôt pour alimenter la recherche d’une théorie explicative de la souffrance : la faute, une erreur, un manquement, fut-il à l’insu du sujet, et qui viendrait légitimer comme rétorsion divine, comme punition, la souffrance infligée par Dieu. « Car, rien n’est infernal pour la conscience que d’ignorer la faute qu’on vous reproche » auraient pu commenter les déportés de la Shoah.

Or ce qui caractérise l’histoire de Job, c’est précisément son innocence. C’est elle qui paradoxalement semble être sa faute. Si Job n’était qu’une méditation sur la condition humaine, « il y a longtemps qu’il aurait disparu. Faut-il qu’il contienne autre chose, d’autrement plus violent, radical, insensé… » L’histoire de Job est intrigante : quoi penser par exemple de cette restitution à Job de son état antérieur mais avec de nouveaux enfants, comme s’ils suffisaient à compenser la perte des premiers ?

Mais c’est surtout l’arbitraire d’un acharnement divin qui ne montre aucune empathie, aucun souci pour l’homme, lequel n’est rien d’autre qu’un élément de son jeu avec Satan. Le Dieu de Job se comporte beaucoup plus comme un Dieu grec qu’un Dieu Judéo-Chrétien.

Cette impression se confirme avec le personnage de Satan dont l’ambiguïté pourrait rappeler celle de Dyonisos. Car le Satan du « Job », nous dit ASSOULINE, n’est pas un démon, c’est un nom propre, une fonction. « Insinuateur public », il est là pour faire naître en nous l’appétit de la vie. Fonction séductrice, vitale mais dangereuse : si l’homme ne s’en dégage pas à temps, Satan se mue en ange de la mort ; il incarne le mauvais penchant de l’homme. Cette description de Satan, on le notera, n’est pas sans évoquer la fonction maternelle de séduction originaire telle qu’inventée par LAPLANCHE.

Des rumeurs amènent l’auteur à traquer Job jusqu’à Bombay, mais c’est pour y découvrir une interprétation de la souffrance radicalement différente. Nul besoin d’une faute à expier ou d’un tort à punir pour penser la conséquence des actes. Curieuse figuration pour nous du surmoi. Un surmoi beaucoup plus impersonnel à qui suffirait de savoir ceci, que nos actes nous attendent sur la route. L’indéfini de l’adresse, le passif de la formule, laissent entendre la dissolution de la volonté et l’acceptation des aléas du chemin.

Mais ASSOULINE, à l’inverse du Bouddha, ne parvient pas à l’illumination. A poursuivre cette figure mouvante qui surgit à tous les coins de rue pour disparaître aussitôt qu’il croît la saisir, rien d’étonnant à ce que l’auteur finisse par perdre pied, et à le voir, Job, là où il n’est pas, comme de ne pas se voir, lui même, là où il est. C’est une expérience d’hallucination négative du type du « Horla » qui, le saisissant un jour, l’effraye : poursuivre son « fantôme biblique » vaut-il de s’avancer plus avant dans la folie ? Cette expérience hallucinatoire semble alors lui indiquer la limite de sa quête.


La solitude apprivoisée

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Ce livre est un aperçu particulièrement précieux pour le travail en situation analytique avec des personnalités mal structurées, très intolérantes à la solitude.

Après avoir défini l’angoisse de séparation, phénomène universel au fondement du sentiment d’identité, et passé en revu les théories de Freud et d’autres analystes, l’auteur

1) montre que l’angoisse de séparation se manifeste sous diverses facettes qu’il faut comprendre en fonction du contexte clinique. À la différence de la relation objectale, l’angoisse de séparation menace l’intégrité du moi chez des patients ayant une relation d’objet narcissique.

2) sur le plan technique, insiste, en se référant au concept kleinien de l’identification projective, sur le lien étroit entre cadre analytique et angoisse de séparation. En effet, l’angoisse de séparation, partie intégrante de la situation transférentielle, doit être interprétée surtout si la communication verbale est interrompue. L’angoisse de séparation peut être à l’origine de la réaction thérapeutique négative, sous-tendant le désir de faire un avec l’objet. L’acting-out peut prendre la signification de défense lors d’une séparation contre l’absence de contenant. La tolérance de l’angoisse de séparation est un des critères de la décision de la fin de l’analyse.

3) introduit ensuite le concept de la portance, défini comme gain d’autonomie, et qui implique l’introjection d’un objet bon et un objet contenant. La perception conjointe de l’espace et du temps permet l’émergence du sentiment de portance qui se traduit par la capacité du moi de se soutenir indépendamment de l’objet. La tolérance de la solitude favorise le sentiment d’identité, la créativité et la perception de l’objet différent de soi. Le travail analytique vise donc à instaurer ce sentiment de portance dont l’acquisition constitue un critère de fin de l’analyse.


De l’atome aux machines quantiques

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Le collège de France a entrepris de publier les leçons inaugurales de chaque nouvel enseignement, sorte de rituel initiatique pour lequel le professeur nouvellement promu doit exposer de manière synthétique le projet général de son enseignement.

L’intérêt de la leçon de Michel DEVORET est qu’elle porte sur la physique quantique dont on sait qu’elle a pu servir pour certains de nos confrères de « nouvelle métaphore » pour la psychanalyse.

Dans ce court texte (75 pages) le lecteur peut trouver, exposés de manière synthétique et didactique, les principaux enjeux de cette physique de l’infiniment petit dont le fonctionnement n’a rien d’intuitif

L’une de ses caractéristiques est que l’énergie et la matière ne s’y distribuent plus de manière continue. La matière y est discontinue et peut être identifiée et comptée, à l’unité près, à l’atome près. La distribution de l’énergie par une succession de sauts permet des applications en particulier du côté de l’informatique, puisque le système pourra répondre par oui ou par non en fonction du franchissement ou non d’un niveau d’énergie.

La discontinuité de la matière implique que dans l’intervalle stable qui sépare deux sauts, le temps y est circulaire, à l’image d’un disque tournant sur lui-même et qui ramène à chaque tour de spire à la même position. Le temps s’y trouve limité entre les bornes d’un intervalle fermé ce qui n’est pas sans nous rappeler les anomalies de l’organisation temporelle dans certains types de psychoses (en particulier autistiques).

En mécanique quantique il n’est pas possible de connaître avec une égale précision la position d’un élément et sa vitesse de déplacement. Cette imprécision, remplacée par une connaissance statistique, s’avère en revanche compatible avec un certain nombre d’anomalies de la matière dans la physique classique. Certains systèmes qui ne devraient pas être stables le sont (l’atome d’hélium). Ainsi, le « pas tout » de la connaissance sur la matière est ce qui permet d’en cerner le réel… Tiens, tiens ? Voilà un bruit de fond tout à coup familier…

L’information transmise par les systèmes quantiques peut concerner plusieurs aspects d’un même élément : un « bit » quantique délivre non seulement l’information de sa présence, mais aussi de son orientation et de son parcours (lesquels influeront sur le résultat final). Il constitue ainsi un même temps un élément mémoire. Là encore une analogie se dégage avec l’inconscient dont le fonctionnement, les particularités de son mode de pensée, permet de manipuler plus d’information qu’on ne pourrait le faire en passant par la seule pensée structurée dans les mots et la causalité linéaire.

Le champ d’application limité à l’infiniment petit de cette physique pourrait décevoir, mais on s’est aperçu que dans certaines circonstances en particulier ; aux températures de froid extrême, la matière devenant supra conductrice adoptait un comportement quantique pour des grands nombres d’atomes. Ainsi s’ouvre la possibilité d’applications à de véritables machines quantiques dont les ordinateurs, les faisceaux lasers etc.


Réunir pour séparer: le lien familial à l’adolescence

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Ce numéro du Divan familial explore les enjeux spécifiques des liens familiaux à l’adolescence .Les nombreuses contributions théorico-cliniques présentes dans ce volume permettent d’envisager l’approche psychanalytique familiale comme tout à fait centrale dans la clinique de l’adolescent en souffrance. Le travail psychanalytique familial montre ici toute son utilité. En effet, celle-ci aide l’adolescent et sa famille à se dégager des impasses issues d’une cristallisation dans la crise adolescente de la psychopathologie. L’issue alors se figure du coté du redéploiement des espaces psychiques, ainsi la séparation ne se présente plus comme une rupture .La première partie est consacrée à la théorie de l’approche familiale à l’adolescence. A. Eiguer centre sa réflexion, clinique à l’appui, sur la mythopoïese familiale, bien souvent en défaut dans les configurations cliniques propre à l’adolescent, mais aussi dans la société contemporaine. F. Richard présente une approche revisitée du Malaise dans la culture, à la lumière des changements contemporains, notamment autour de la place du père. A. Loncan quant à elle propose de considérer les liens intersubjectifs et l’enveloppe psychique familiale comme des outils théoriques opérants pour traiter ce qu’elle nomme « la famille en adolescence ». Dans la seconde partie de ce numéro sont présentés différents travaux dans le champ de l’approche psychanalytique familiale. F. Aubertel envisage la thérapie familiale psychanalytique comme un soin spécifique favorisant les processus d’individuation. C. Gianèse-Madelaine et M. Pavoux examinent la question des agirs à l’adolescence, clinique dans laquelle l’écoute analytique familiale peut favoriser la transformation. A. Sanahudja et P. Cuynet avancent quelques hypothèses de transmission transgénérationnelle à partir de la clinique d’une jeune fille souffrant d’obésité. F. Robert et F. Houssier centrent leur réflexion sur l’ambivalence des courants sensuel et tendre, dont les résonnances dans le langage figurent la confusion possible des liens générationnels. B. Penot à partir de sa longue expérience institutionnelle rend compte d’un dispositif spécifique du travail analytique à plusieurs (en équipe et avec la famille). Cet outil permet par le jeu des transferts diffractés d’encourager la subjectivation. Dans la dernière partie de l’ouvrage, O. Rosenblum et F. Breil, mettent en avant les destins du pulsionnels en thérapie familiale psychanalytique. Le bénéfice du soin se repère du coté de la transformation. L’autorité familiale est ensuite abordée par S. Chapellon. C’est un processus nécessaire non seulement du coté de la transmission des codes mais aussi de la contenance psychique. C. Condamin et A.C. Sauvage suggèrent une lecture du roman A rebours de J.K. Huysmans à la lumière du lien transgénérationnel et de ses affres. La contribution d’A. Rissone sur l’identification projective et psychanalyse familiale met en avant l’importance de ce concept pour aborder les dynamiques intrapsychiques, interpersonnelles et transgenérationnelles.


La position dépressive au service de la vie

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Cet ouvrage est la réédition de celui paru en 2007, il propose une actualisation des thèses de James Gamill autour de la position dépressive, concept central de l’œuvre kleinienne. James Gamill psychanalyste franco- américain a été formé à Londres .Analysé par Paula Heimann et supervisé par Mélanie Klein, il s’installe à Paris en 1966. Très tôt, il s’attache à la transmission de la pensée kleinienne, à son ouverture. Ses travaux sont donc le fruit d’une longue et très riche expérience de clinicien, de superviseur et, de formateur. La clinique de l’enfant occupe une place centrale dans la pensée de James Gamill, celle-ci en effet permet aussi un accès aux cliniques les plus difficiles, patients borderline, psychotiques. On peut dire que ses travaux contribuent à redorer les blasons de la psychanalyse de l’enfant. Cet ouvrage très documenté témoigne largement des qualités de l’auteur, en particulier de la richesse de sa pensée qui sans cesse reste ouverte en permanence sur la créativité. Les positions théoriques ne sont là que pour soutenir le chemin de la clinique, les références sont nombreuses tant du coté des psychanalystes qu’en dehors.

Dans le premier chapitre qui constitue le centre de l’ouvrage en quelque sorte, l’auteur précise ce qu’il entend par « Editions successives de la position dépressive ». Il s’agit de moments particuliers de l’existence au cours desquels l’individu se trouve face à la perte, pouvant revêtir plusieurs formes : la perte du sein , la perte de l’aspect maternel des soins, la perte de l’illusion œdipienne , le début de l’école primaire , le début et la fin de l’adolescence, la relation amoureuse , la naissance du premier enfant , la crise du milieu de la vie , la retraite….Chaque « édition » nécessite une élaboration psychique qui passe inévitablement par le travail de deuil . Cette élaboration comporte des intrications avec l’Œdipe et les allers-retours sont nécessaires du coté de la position schizo-paranoide. Ce travail d’élaboration psychique abouti inévitablement à un gain, repérable dès l’élaboration de la première édition (la perte du sein). C’est la possibilité de l’accès à la représentation symbolique des liens. L’échec de ces élaborations qui conduit à l’état dépressif voire à la catastrophe psychique. Ainsi, à la lumière de ces travaux, la position dépressive peut être considérée comme une étape normale et indispensable du fonctionnement psychique. Ensuite, l’auteur nous propose une réflexion clinique sur la violence. Il dégage trois facteurs favorisant son surgissement chez l’humain : la blessure narcissique avec éléments paranoïde ou excitation excessive, le défaut de pare-excitation qu’il qualifie de défaut d’identification maternelle, et, la labilité émotionnelle.La contre-vérité psychique chez l’enfant et l’adolescent est un concept développé à partir de la clinique du clivage. L’auteur propose de considérer ce concept comme une modalité défensive laissant la place au faux, la vérité psychique est mise à distance. Celle-ci devient alors l’objectif du soin psychique. Plusieurs points technico-cliniques sont ensuite abordés. La question de la fréquence des séances trouve sa réponse dans la qualité de l’écoute analytique qui guide la nécessité d’une fréquence suffisante permettant que se déploie pleinement le travail analytique. Abordant la clinique de l’adolescent en souffrance, il pointe la nécessaire articulation du travail psychothérapique, psychanalytique, avec la prescription médicamenteuse, (antidépresseurs notamment) chez l’adolescent lorsque cette dernière s’avère nécessaire et J. Gamill énonce les dangers de la prise en charge pharmacologique seule d’un adolescent en souffrance. Après avoir exploré les confins du trauma dans un travail de réflexion centré sur la clinique abordant les rapports entre séduction et dépression, l’auteur examine la dépression primaire normale et pathologique et ses rapports avec la position schizo-paranoide et la position dépressive. Il nous propose de distinguer trois catégories : la première comportant les états dépressifs liés aux reproches du surmoi, la seconde les états dépressifs en liens avec des exigences trop fortes de l’idéal du moi et enfin les dépressions primaires dans lesquels on observe un sentiment d’être laissé tomber. L’ouvrage se conclue par une réflexion sur la formation des psychothérapeutes et des psychanalystes d’enfant, dans un entretien avec Didier Houzel . Dans cet échange, James Gamill insiste sur les exigences de la formation, confirmant ainsi le souci de transmission très présent dans tous ses travaux.


Croire avec Freud ? Quête de l’origine et identité

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Sous l’égide de la croyance, c’est à une enquête minutieuse sur la genèse de la psychanalyse que se livre Emmanuel Schwab. Cette recherche généalogique, dont l’esprit repose sur l’idée que Freud aurait vécu une forme de “crise initiatique” lui permettant d’assumer pour son propre compte son rapport à ses origines, reprend et interprète en détail les perplexités, bouleversements et remaniements identitaires et théoriques de Freud entre 1895 et 1901, l’élaboration de l’Esquisse, la période de l’auto-analyse avec les relations de Freud à son père et au judaïsme, mais aussi avec sa Nania, première initiatrice. Puis il en montre l’issue avec l’espace intime des souvenirs-écrans, la découverte de l’interprétation des rêves, et la conquête de Rome mise en rapport avec l’athéisme de Freud.

La croyance peut faire craindre le délire, mais le soupçon envers les illusions doit à son tour être soupçonné, affirme l’auteur, car il peut être porteur d’une illusion de maîtrise, voire d’une identification à la mort. L’hypothèse intéressante d’une unité du champ de la croyance, constituée à partir de la question de l’origine, permet de relier notamment l’abandon de la neurotica avec les positions de Freud envers son père, le judaïsme et sa réflexion critique sur la conviction religieuse. Ainsi peuvent jouer de manière très heuristique le croisement entre les données biographiques et les élaborations théoriques de Freud. L’ensemble de l’étude est à la fois attractif et fécond, et laisse l’envie de les confronter à l’étude des grands textes de Freud sur le phénomène religieux : Totem et tabou (1913) puis L’avenir d’une illusion, Malaise dans la culture et Moïse et le monothéisme


Je parle aux murs

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Je parle aux murs rassemble une série de trois courts exposés inédits de LACAN, prononcés à la chapelle de l’hôpital Sainte Anne, en marge de son séminaire « Encore », entre Novembre 1971 et Janvier 1972. Un des intérêts de ces inédits est que, destinés à un public d’internes en psychiatrie, la forme en est plus libre et plus didactique (plus compréhensible ?) que dans les séminaires. Ils permettent aussi de saisir un moment de transition dans son œuvre, qui marque un décalage par rapport à Freud. A ce point s’introduisent des développements vers la topologie et les nouages borroméens.

LACAN met en doute l’idée de FREUD que les résistances à la psychanalyse procèderaient de ce qu’elle porte atteinte au narcissisme de l’individu. Ce qui ne passe pas, c’es « une subversion dans la structure du savoir ». S’il prétend l’inconscient structuré comme un langage, c’est à considérer que pour que langage il y ait, il faut pouvoir y distinguer le code du message. La parole ne dit la vérité qu’en disant : « Je mens ».

Et lorsque FREUD face à la compulsion de répétition évoque un au delà au principe de plaisir, LACAN lui oppose qu’un « principe où il y a un au delà, n’est plus un principe » Tout serait à rebâtir. Pourquoi se demande-t-il être allé chercher ce signifiant plein d’ambiguïtés de « l’instinct de mort » plutôt que d’y introduire « la jouissance » ? Le lien entre la parole et la jouissance, sur quoi porte l’interprétation psychanalytique, passe par le réel du corps ; ce réel, toujours manqué, impossible à écrire, d’où sa formule d’un rapport sexuel qui n’existe pas.

Une attente déçue, celle d’atteindre la vérité par le savoir est au cœur de l’incompréhension mathématique : « Les sujets en proie à l’incompréhension mathématique attendent plus de la vérité » et de la simple démonstration logique. Le doute, la bivalence entre vrai et faux les laisse en déroute ; d’autant que les mathématiques s’occupent d’énoncés dont il est impossible de dire s’ils ont une vérité.

Car la vérité est ce qui approche le réel du côté du langage. Mais la parole ne peut que « mi-dire » laissant toujours échapper cet objet inexistant que LACAN appelle « a ». Si elle ne peut dire complètement la jouissance, elle en assure cependant la dimension de vérité « en en forgeant du semblant » ; un discours. Or le réel est inapprochable sauf par une voie mathématique.

LACAN l’illustre de la figure de la bouteille de Klein, pour en remarquer la caractéristique principale, que sur l’ensemble de sa surface chaque point peut devenir le point de réversion de la surface en elle-même. Et qui se en apparence « entre l’homme et la femme, l’amour ça fuse », ça devrait communiquer sans limites, la castration, elle, est là présente en tout point, au cœur, de ce qui les réunit. Entre l’homme et la femme, entre l’homme et le monde, il y a un mur.


Au risque de la topologie et de la poésie; élargir la psychanalyse

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Dans la dernière partie de son enseignement, entre 1974 et 1978, LACAN a tenté de formaliser la psychanalyse à travers le maniement de la logique des nœuds borroméens. La nouveauté du domaine, son étrangeté, ont souvent fait considérer cette partie de son œuvre comme une sorte de symptôme précurseur de la maladie démentielle dont il décèdera en 1981.

Nonobstant cette déplorable réputation des élucubrations borroméennes de LACAN, Michel BOUSSEYROUX s’emploie à nous les rendre non seulement compréhensibles mais aussi à entrevoir des perspectives inattendues sur la clinique. C’est en particulier dans le champ des psychoses que ces formulations permettent de distinguer les enjeux réciproques des délires paranoïaques ou schizophréniques.

Le recours aux théories des nouages borroméens est progressivement utilisé par Lacan en parallèle avec ses développements à partir de la topologie. Ainsi, si dans les premiers temps, le nouage borroméen à trois éléments permet de rendre compte de l’articulation entre les trois catégories du réel de l’imaginaire et du symbolique, il utilise dans le même temps les propriétés de la surface topologique de la « bande de Möbius » pour penser la situation du sujet dans son rapport à l’inconscient et au langage autrement que par le truchement du moi de la première topique.

L’intérêt des nouages borroméens, tient à ce que lorsque le système à trois éléments n’a pas pu s’articuler de manière borroméenne (c’est à dire noués de façons qu’on ne puisse les séparer sans couper l’un des brins), alors le ficelage par un quatrième nœud, celui du symptôme, assurera la cohésion de la structure. Ce renversement dans la compréhension du symptôme par rapport à l’intuition première (celle d’un défaut de la structure à corriger), et qui le fait apparaître comme nécessité par la structure psychique, inscrit LACAN dans la continuité de FREUD.

Mais le symptôme ne suffit pas toujours à éviter la désorganisation et le système peut encore gagner en complexité jusqu’à un sixième nœud, c’est ce que montre Michel BOUSSEYROUX à partir de l’exemple de l’homme aux loups. L’identification progressive de celui-ci à cette identité d’emprunt, qui lui faisait, sur le tard, se présenter sous le nom de « Wolfman », véritable identité de substitution, représente, selon l’auteur, la fonction du fantasme d’une « nomination du réel » telle qu’elle s’opère avec l’intervention du sixième nœud borroméen.

Les développements dans l’utilisation des nœuds borroméens, se poursuivent en articulation avec la topologie avec l’utilisation de la « surface de Klein » (abusivement appelée « bouteille » du fait d’une homonymie de la traduction). Avec cette surface, qui s’abouche à elle même dans une continuité entre l’extérieur et l’intérieur, LACAN montre la place centrale de la fonction symbolique de Nom du Père dans la structuration du psychisme à travers deux exemples. Il s’agit des formules conjuratoires et identitaires de l’homme aux rats : « Glejisamen » et du « cas Philippe » de Serge LECLAIRE : « Poord’Jeli ». Le nom propre, décomposé et recomposé vient suturer la surface sans bords où se déploie le sujet, en lui procurant un point origine où puisse s’ancrer un fantasme d’auto engendrement. (Le « cas Philippe » est une transposition de l’analyse de Serge Leclaire lui même avec Lacan, Leclaire, dont le nom d’emprunt venait recouvrir son patronyme caché, d’origine juive et effacé par son père au retour des camps).

Dans la suite du livre cependant, on ne peut que rester sceptique dans l’utilisation ultérieure de ces nouages par les institutions lacaniennes pour formaliser « la passe », ce moment où l’analyste est reçu comme tel par ses pairs. Car si les surfaces topologiques peuvent permettre de penser là un paradoxe de l’origine, l’application concrète qui en est montrée par BOUSSEYROUX laisse un peu rêveur.

Le livre s’achève sur une longue méditation à partir de l’œuvre de Paul CELAN. Quelle poésie est-elle encore possible après Auschwitz, expérience du vrai trou, se demande-t-il ?


La Rencontre psychanalytique

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Dans cet ouvrage, François Richard s’attache à cerner le fait fondamental de la rencontre interhumaine en s’appuyant sur une reproblématisation de la découverte faite par Freud en 1895 de la rencontre entre d’un côté l’infans en état de détresse et de désaide, et de l’autre le Niebenmensch, l’être humain proche, qui n’exclut pas la tiercéité.

Certains achoppements et certaines limites de la théorie et de la pratique psychanalytique sont à comprendre comme une crise de croissance. A partir des apports de Winnicot, Anzieu et Green, François Richard définit les enjeux de la psychanalyse contemporaine et s’interroge sur la compatibilité de la théorie des processus de subjectivation (R. Cahn, Brusset ,Penot, Roussillon, Winnicot) et les perspectives « intersubjectivistes »(Ogden, Ferro).Ces discussions théoriques sont largement illustrées d’exemples cliniques clairs de ces patients d’aujourd’hui caractérisés par la négativité et le désengagement subjectal, ce qui induit un style d’échange paradoxal.

François Richard souligne la continuité de cet ouvrage avec les précédents en reprenant la question de la psychothérapie des adolescents d’aujourd’hui. La complexité des pathologies adultes et adolescentes contemporaines : fonctionnement en processus primaires, recours à l’excitation et à l’externalisation de toute intériorité, devenant même une marque signalétique du lien social, reste référencée à partir du lien structural de la psychose et de la mélancolie.

François Richard tente de dépasser l’opposition entre narcissisme et altérité en parlant de pathologies de la subjectivation avec interprétation du transfert , interprétation qu’il pense possible chez l’adolescent.

Un autre paradoxe est souligné : il faut accepter de ne pas «  comprendre » pour rencontrer autrui et finalement pour comprendre autrui.

Enfin la rencontre psychanalytique peut aussi se faire en institution médico psychologique (psychodrame analytique) en structure groupale ou familiale.

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https://www.spp.asso.fr/cdl_revue_article/n19-mars-2012/